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	<title>EcoloTech Ing&#233;nierie &#233;cologique au service de l'agriculture et du d&#233;veloppement durable</title>
	<link>http://www.ecolotech.eu/</link>
	<description>Ce site, cr&#233;&#233; par Yvan Besson, est d&#233;di&#233; &#224; la recherche et au conseil en ing&#233;nierie &#233;cologique (Ecological Engineering). Les domaines privil&#233;gi&#233;s sont l'&#233;tude des diff&#233;rentes techniques de l'agriculture &#233;cologique, la planification territoriale du d&#233;veloppement &#233;cologique, ainsi que les processus technologiques et sociaux favorisant un d&#233;veloppement technique durable (biod&#233;gradation des mat&#233;riaux et produits, &#233;cologie industrielle, recyclage).</description>
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		<title>EcoloTech Ing&#233;nierie &#233;cologique au service de l'agriculture et du d&#233;veloppement durable</title>
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		<title>Revue Innovations Agronomiques</title>
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		<dc:date>2009-02-06T18:09:58Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>


		<dc:subject>ALaUne</dc:subject>

		<description>Ce num&#233;ro est sp&#233;cialement d&#233;di&#233; &#224; l'Agriculture biologique. Il pr&#233;sente des communications s&#233;lectionn&#233;es parmi les expos&#233;s et posters du colloque Dinabio organis&#233; en mai 2008 &#224; Montpellier. Parmi les article propos&#233;s : Besson Yvan, 2009. Une histoire d'exigences : philosophie et agrobiologie. L'actualit&#233; de la pens&#233;e des fondateurs de l'agriculture biologique pour son d&#233;veloppement contemporain. Innovations Agronomiques 4, 329-362. Une histoire d'exigences : philosophie et agrobiologie. L'actualit&#233; de la (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-Publications-.html" rel="directory"&gt;Publications&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/+-ALaUne-+.html" rel="tag"&gt;ALaUne&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce num&#233;ro est sp&#233;cialement d&#233;di&#233; &#224; l'Agriculture biologique. Il pr&#233;sente des communications s&#233;lectionn&#233;es parmi les expos&#233;s et posters du colloque Dinabio organis&#233; en mai 2008 &#224; Montpellier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parmi les article propos&#233;s : &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Besson Yvan&lt;/strong&gt;, 2009. Une histoire d'exigences : philosophie et agrobiologie. L'actualit&#233; de la pens&#233;e des fondateurs de l'agriculture biologique pour son d&#233;veloppement contemporain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Innovations Agronomiques 4, 329-362.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_28 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ecolotech.eu/sites/ecolotech.eu/IMG/pdf/47-Bessonpdffda0.pdf&quot; title='PDF - 403.8 ko' type=&quot;application/pdf&quot;&gt;&lt;img src='http://www.ecolotech.eu/sites/ecolotech.eu/local/cache-vignettes/L52xH52/pdf-eb697.png' width='52' height='52' alt='PDF - 403.8 ko' style='height:52px;width:52px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='crayon document-titre-28 spip_doc_titre' style='width:120px;'&gt;&lt;strong&gt;Une histoire d'exigences : philosophie et agrobiologie.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='crayon document-descriptif-28 spip_doc_descriptif' style='width:120px;'&gt;L'actualit&#233; de la pens&#233;e des fondateurs de l'agriculture biologique pour son
d&#233;veloppement contemporain.
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Le site de la &lt;a href=&quot;http://www.inra.fr/ciag/revue_innovations_agronomiques/volume_4_janvier_2009&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Revue Innovations Agronomiques &gt; Volume 4 / Janvier 2009&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Conclusion et annexes</title>
		<link>http://www.ecolotech.eu/Conclusion-et-annexes.html</link>
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		<dc:date>2007-11-03T01:12:22Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>CONCLUSION GENERALE A partir de 1980, une reconnaissance de l'agriculture biologique par la l&#233;gislation fran&#231;aise s'est engag&#233;e. Voulue par une partie des acteurs de l'agriculture biologique, l'institutionnalisation publique a eu plusieurs cons&#233;quences sur la dynamique du mouvement bio. D'une part, elle a permis une simplification du paysage de ses organisations repr&#233;sentatives. Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, les deux organisations n&#233;es en 1963-1964, la SVB Lemaire et l'association Nature et Progr&#232;s ne (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;CONCLUSION GENERALE&lt;/h2&gt; &lt;p&gt; A partir de 1980, une reconnaissance de l'agriculture biologique par la l&#233;gislation fran&#231;aise s'est engag&#233;e. Voulue par une partie des acteurs de l'agriculture biologique, l'institutionnalisation publique a eu plusieurs cons&#233;quences sur la dynamique du mouvement bio.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une part, elle a permis une simplification du paysage de ses organisations repr&#233;sentatives. Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, les deux organisations n&#233;es en 1963-1964, la SVB Lemaire et l'association Nature et Progr&#232;s ne sont plus les seuls &#224; structurer l'organisation collective des producteurs, consommateurs, et sympathisants de l'agriculture biologique. Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, la SVB Lemaire-Boucher a produit par scission l'UFAB de Georges Racineux (1972) tandis que Jean Boucher prenait ses distances avec la soci&#233;t&#233; Lemaire et relan&#231;ait la dynamique de l'AFAB. Du c&#244;t&#233; de Nature et Progr&#232;s, appara&#238;t, &#233;galement par scission, la FNAB (F&#233;d&#233;ration Nationale de l'Agriculture Biologique des r&#233;gions de France) en 1978, et Biobourgogne en 1980. Ce ne sont donc pas moins de six organisations qui regroupent les agriculteurs biologiques fran&#231;ais au d&#233;but des ann&#233;es 1980, sans compter les organisations de l'agriculture bio-dynamique. Plusieurs acteurs, dont les ing&#233;nieurs agronomes de l'ACAB (Association des Conseillers ind&#233;pendants de l'Agriculture Biologique), les membres de l'IRAAB (Institut pour la Recherche et l'Application en Agriculture Biologique), et les fondateurs de la FNAB, aspirent &#224; d&#233;passer les conflits de m&#233;thodes et d'id&#233;ologies internes &#224; l'agriculture biologique en mettant en avant une approche centr&#233;e sur les d&#233;nominateurs techniques communs aux diff&#233;rentes m&#233;thodes de l'agrobiologie. Ce courant plus pragmatique a d&#233;sir&#233; ainsi asseoir, avec l'institutionnalisation publique, &#224; la fois une identit&#233; professionnelle commune aux agriculteurs biologiques, un dialogue avec les institutions de l'agriculture conventionnelle, et une vision claire de l'agrobiologie pour le grand public. En une vingtaine d'ann&#233;es, ce courant a r&#233;ussi &#224; rassembler au sein de la FNAB pr&#232;s des trois quarts des agriculteurs biologiques &#171; certifi&#233;s AB &#187;. Si, en 1995, seulement six r&#233;gions adh&#232;rent &#224; la FNAB, le r&#233;seau s'&#233;tend aux vingt-deux r&#233;gions fran&#231;aises en 2001. Entre temps la FNAB est devenue l'interlocuteur privil&#233;gi&#233; des pouvoirs publics pour la politique de soutien au d&#233;veloppement de l'agriculture biologique et l'&#233;volution de sa r&#233;glementation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, d'autre part, cette sortie de la marginalit&#233; et ce rapprochement avec l'Etat, plus pouss&#233; en France que dans d'autres pays europ&#233;ens, n'induit pas que des avantages pour le mouvement agrobiologique. Les agriculteurs biologiques sont amen&#233;s &#224; des compromis et expose leur mouvement au recul sur &#171; certaines valeurs fondamentales &#187;. La reconnaissance de la FNAB par les pouvoirs publics a ainsi eu pour effet &#171; d'orienter le mouvement dans une perspective plus gestionnaire que revendicative &#187; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Piriou S., L'instutionnalisation de l'agriculture biologique (1980-2000), p (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Le mouvement agrobiologique contemporain vit ainsi des tensions contradictoires nouvelles. Il se trouve, par exemple, pris entre une r&#233;glementation publique qui soutient plus l'extension des chim&#232;res g&#233;n&#233;tiques OGM que celle de l'agriculture biologique, tout en ne pouvant pas avancer sa contestation. Mais le dilemme s'accentue. Depuis fin 2005, un projet de r&#233;vision du r&#232;glement europ&#233;en de l'agriculture biologique vise &#224; assouplir les exigences des cahiers des charges biologiques afin de faciliter le libre-&#233;change des produits bio, notamment en &#171; normalisant &#187; la pr&#233;sence d'OGM dans les produits bio jusqu'&#224; un seuil de 0,9 % [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='MAB 16 info, bulletin d'information interne, n&#176; 41,11-12/20006.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]. N'est-il pas troublant pour les consommateurs et les producteurs en agrobiologie de se voir imposer peu &#224; peu une agriculture biologique g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;e ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1980, la loi fran&#231;aise entame la reconnaissance de l'agriculture biologique en stipulant que &#171; des cahiers des charges d&#233;finissant les conditions de production de l'agriculture &lt;em&gt;n'utilisant pas&lt;/em&gt; de produits chimiques de synth&#232;se peuvent &#234;tre homologu&#233;s par arr&#234;t&#233; du minist&#232;re de l'agriculture &#187;. Aujourd'hui, cette m&#234;me loi voudrait faire exister une agriculture biologique &lt;em&gt;int&#233;grant&lt;/em&gt; des OGM, c'est-&#224;-dire des produits issus d'une artificialisation de la nature bien plus pouss&#233;e que celle r&#233;sultant de l'usage des produits de synth&#232;se. Autant dire que la d&#233;finition de l'agriculture biologique par les seuls aspects du mode de production, notamment par les produits utilis&#233;s ou non, pourrait peu &#224; peu perdre en signifiance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La situation appara&#238;t donc propice &#224; un nouveau travail de discussion et de d&#233;finition de l'agriculture biologique : si une longue p&#233;riode de produits biologiques presque fatalement contamin&#233;s aux OGM s'ouvre, il est probable que les agriculteurs biologiques communiquent en insistant encore plus sur leurs &#171; obligations de moyens &#187; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; L'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale a r&#233;affirm&#233; que la bio a b&#226;ti son identit&#233; sur la notion (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;] et leur volont&#233; de bien faire, dans un environnement adverse, dont ils ne peuvent pas ma&#238;triser la pollution croissante par les OGM, et moins sur les qualit&#233;s organoleptiques de leurs produits. Ce d&#233;placement accentu&#233; vers &lt;em&gt;l'intention&lt;/em&gt; de l'agriculteur biologique nous renvoie aux probl&#233;matiques &#233;thiques, id&#233;ologiques, et plus globales de l'histoire de l'agriculture biologique. En conclusion de sa th&#232;se, Solenne Piriou rappelait que l'agriculture biologique est &#171; n&#233;e d'une critique de l'industrialisation de la soci&#233;t&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Piriou S., L'institutionnalisation de l'agriculture biologique, (1980-2000), (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]. L'institutionnalisation publique de l'agriculture biologique est donc porteuse d'une ambigu&#239;t&#233; fondamentale dont la plupart des agrobiologistes sont conscients. Notre travail introductif aux conceptions id&#233;ologiques, sociales, et agronomiques des fondateurs a rappel&#233; l'anticapitalisme foncier partag&#233; par Howard, M&#252;ller, et Masanobu Fukuoka. Ce n'est pas qu'ils critiquent l'&#233;conomie de march&#233; en soi, mais, bien plut&#244;t, qu'ils se sont rendus compte, comme d'autres, que l'argent roi et la motivation du gain &#233;taient incompatibles avec une agriculture durable, une alimentation saine, et une soci&#233;t&#233; soucieuse de justice sociale et d'&#233;quilibres territoriaux entre les villes et les campagnes. Nous avons soulign&#233; qu'une telle r&#233;flexion se trouvait d&#233;j&#224;, dans ses grandes lignes, chez Aristote. A d&#233;faut de pouvoir changer la nature humaine, les hommes et les femmes doivent s'organiser pour encadrer et limiter les cons&#233;quences n&#233;gatives de la &#171; rapacit&#233; des int&#233;r&#234;ts &#187; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, in La Foi (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]. Toute la question est de savoir si les institutions et le fonctionnement des institutions publiques contemporaines peuvent assurer ce contr&#244;le des libert&#233;s au service du bien commun.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard, tributaire de l'Empire britannique dans le financement de sa ferme exp&#233;rimentale et mod&#232;le d'Indore, s'est n&#233;anmoins battu pour pouvoir commercialiser les produits agricoles issus de ses essais et, ainsi, au-del&#224; de l'exp&#233;rience concr&#232;te des difficult&#233;s de la commercialisation des produits agricoles, obtenir un certain degr&#233; d'autonomie mon&#233;taire pour son travail de recherche et de vulgarisation. M&#252;ller s'est orient&#233; vers l'organisation coop&#233;rative des producteurs pour valoriser au mieux le travail agricole destin&#233; &#224; la commercialisation. Masanobu Fukuoka s'est peu investi dans l'agriculture commerciale et aspirait plut&#244;t &#224; une vente des denr&#233;es agricoles sur les march&#233;s locaux. L'essentiel est de retenir le souci de l'auto-organisation qui a anim&#233; les fondateurs. Aujourd'hui, en plus des syst&#232;mes coop&#233;ratifs, des organisations contractuelles entre producteurs et consommateurs se d&#233;veloppent significativement, telles les AMAP (Association de Maintien des Agricultures Paysannes). Non seulement elles offrent aux producteurs de vendre tout ou partie de leur production hors des contraintes et des diverses pertes &#233;conomiques des fili&#232;res longues, mais, en plus, elles permettent de moraliser l'&#233;conomie de march&#233; en instaurant un commerce &#233;quitable de proximit&#233;. Comme l'avaient bien vu Albert Howard et Hans M&#252;ller, atteindre l'objectif de l'ind&#233;pendance &#233;conomique des producteurs agricoles offre un levier d&#233;cisif pour leurs libert&#233;s politiques et existentielles. M&#252;ller et Howard ont propos&#233; et mis en &#339;uvre des d&#233;marches &#233;conomiques allant &#224; l'encontre du mod&#232;le du &#171; pur producteur &#187;, soutenu par les lois fran&#231;aises de modernisation agricole de 1960 et 1962 [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='La pluriactivit&#233;, ne serait-ce que par l'introduction d'une activit&#233; (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La volont&#233; et la r&#233;alisation d'une unification des agriculteurs biologiques est importante pour esp&#233;rer faire basculer le rapport de force socio-&#233;conomique en leur faveur. Mais quand les agriculteurs en g&#233;n&#233;ral ne repr&#233;sentent plus que 3% de la population active, et les agrobiologistes 1% de cette infime minorit&#233; sociale, on ne peut que suivre Solenne Piriou dans son invitation &#224; se chercher des alli&#233;s chez les consommateurs, les sympathisants &lt;em&gt;et au-del&#224;, &lt;/em&gt;aupr&#232;s de la soci&#233;t&#233; civile. On retrouve d&#233;j&#224; une telle organisation sociale transversale de l'agrobiologie au niveau mondial avec l'IFOAM (International Federation of Organic Agriculture Movements). Pour cela, les agrobiologistes ont peut-&#234;tre &#224; relever le d&#233;fi de formuler clairement un projet politique, un v&#233;ritable mod&#232;le de d&#233;veloppement alternatif, coh&#233;rent de la nature &#224; la culture. En proposant largement un tel projet ils peuvent esp&#233;rer &#224; la fois &#233;tendre leurs soutiens et d&#233;velopper leurs march&#233;s. Ce qui veut dire qu'ils ne peuvent se contenter des questions agronomiques, d&#233;j&#224; d&#233;licates, ni des probl&#232;mes de la commercialisation et de la distribution, pourtant d&#233;j&#224; difficiles &#224; contr&#244;ler, quand on sait la place importante des importations dans l'approvisionnement du march&#233; de la consommation biologique de notre pays. Mais le d&#233;fi &#224; relever va au-del&#224; : bien des personnes ont des vell&#233;it&#233;s de retour &#224; la campagne, bien des choses doivent &#234;tres transmises sur les d&#233;s&#233;quilibres de notre mode de d&#233;veloppement et les moyens offerts par l'agriculture biologique pour rem&#233;dier &#224; plusieurs d'entre eux. L'h&#233;sitation entre une agriculture biologique engag&#233;e au moins au service du d&#233;veloppement rural et une agriculture biologique tendanciellement r&#233;duite &#224; une profession &#171; comme les autres &#187; ne recoupe pas les d&#233;bats fondateurs. Il est impossible de passer &#224; c&#244;t&#233; de l'engagement politique et philosophique des fondateurs de l'agriculture biologique sans mettre en cause la l&#233;gitimit&#233; m&#234;me de s'appeler &#171; agriculteur biologique &#187;. Un projet politique coh&#233;rent est en germe aux origines de l'agrobiologie, particuli&#232;rement chez Albert Howard et Hans M&#252;ller. Le rassemblement de la majorit&#233; des agriculteurs biologiques au sein d'une organisation commune, depuis 2001, multiplie les opportunit&#233;s de relancer collectivement le travail d'inventaire sur l'h&#233;ritage historique de l'agriculture biologique. Par l&#224;, sans doute, pourront &#234;tre soumises au d&#233;bat des perspectives in&#233;dites ou encore h&#233;sitantes sur les dimensions sociales et politiques de la bio. Esp&#233;rons que notre travail aura montr&#233; suffisamment que les fondateurs de l'agriculture biologique n'&#233;taient ni des r&#233;actionnaires, ni des partisans du statu quo, id&#233;ologiquement exag&#233;r&#233;, d'une certaine tradition paysanne. M&#234;me un Masanobu Fukuoka, pourtant amoureux d'un mode de vie paysan simple envisag&#233; comme source de cheminement et d'&#233;panouissement spirituel, a cherch&#233; de nouvelles perspectives agronomiques et s'est investi dans la lutte contre la d&#233;sertification. Chez Howard et M&#252;ller, il est clair que la vie et le travail agricole ne sont pas des fins en soi mais seulement des bases &#233;conomiques du d&#233;veloppement culturel des paysans et de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral. Quoique certains, mal inform&#233;s, aient pu le dire ou l'&#233;crire, nous n'avons trouv&#233; nul trace d'une d&#233;fense de l'&lt;em&gt;autarcie&lt;/em&gt; paysanne chez ces auteurs [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Une erreur trop souvent rapport&#233;e, particuli&#232;rement &#224; propos de M&#252;ller. Cf. (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]. Il serait sans doute aujourd'hui pertinent non pas seulement de retravailler les perspectives agronomiques et environnementales, mais de reprendre &#224; bras le corps l'ensemble des propositions fondatrices, tant sociales, &#233;conomiques, que philosophiques. Certes, le d&#233;fi d'affronter la complexit&#233; de la pens&#233;e agrobiologique n'est pas mince. Il impose de se frotter &#224; des questions aussi difficiles et g&#233;n&#233;rales que celles du rapport de l'homme &#224; la nature : mais ces questions ne sont-elles pas propres &#224; toute r&#233;flexion sur l'agriculture en tant que telle ? L'agriculture n'est-elle pas une pratique culturelle fondatrice de l'aventure humaine, &#224; la charni&#232;re de la nature et de la culture, &#224; mi-distance de notre participation &#224; la vie animale et v&#233;g&#233;tale et de nos aspirations &#224; la cr&#233;ation et &#224; l'invention de modes de vies, d'objets, d'&#233;changes et d'expressions sp&#233;cifiquement humains ? Une des originalit&#233;s de l'agriculture biologique est justement de ne pas vouloir r&#233;duire l'agriculture &#224; un mode de production mais de maintenir ouvert, en plus, le questionnement culturel sur son identit&#233; et sa place dans l'histoire et le d&#233;veloppement des civilisations. Chacun &#224; leur fa&#231;on, M&#252;ller et Fukuoka ont consacr&#233; de nombreuses pages &#224; cette dimension proprement philosophique de l'agriculture biologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut cependant reconna&#238;tre que les agriculteurs biologiques trouvent difficilement du soutien au sein de la culture intellectuelle &#233;tablie pour approfondir ces questions philosophiques. Nous avons soulign&#233; que la domination politique et &#233;conomique des agriculteurs, reconnue par les fondateurs, remonte largement au-del&#224; de la R&#233;volution industrielle, au moins jusqu'au Moyen-Age. Mais nous avons &#233;galement soulign&#233; que la tradition philosophique occidentale &#233;tait presque tout enti&#232;re le produit d'une pens&#233;e citadine. Rien ne sert de ressortir les vieux poncifs sur l'opposition entre la ville et la campagne. Longtemps nos villes, m&#234;me de grande taille, ont conserv&#233; de nombreux caract&#232;res ruraux, jusqu'&#224; la pr&#233;sence de b&#233;tail &#233;lev&#233;s dans les rues. Mieux vaut prendre acte une fois pour toute du fait que notre culture occidentale est marqu&#233;e par un intellectualisme fort et facilement &#233;loign&#233; de sujet aussi &#171; triviaux &#187; que l'agriculture et l'alimentation. Il existe aujourd'hui tr&#232;s peu de livres traitant de &#171; philosophie de l'agriculture &#187;, et gu&#232;re plus d'ouvrages traitant de philosophie de l'&#233;cologie o&#249; l'on trouverait une place constructive r&#233;serv&#233;e &#224; l'agriculture. Sans doute est-ce li&#233; notamment &#224; un manque d'humilit&#233;. Et s'il existe bien une sagesse de la langue, l'&#233;tymologie indo-europ&#233;enne commune des mots &lt;em&gt;humus, homme, &lt;/em&gt;et&lt;em&gt; humilit&#233;&lt;/em&gt; aide &#224; comprendre cette d&#233;ficience de notre culture commune. D&#232;s lors, c'est bien l'ensemble des r&#233;f&#233;rences de base de notre soci&#233;t&#233; qui est interrog&#233; par les probl&#232;mes de l'agriculture et de l'alimentation. Parmi les &lt;em&gt;besoins primaires&lt;/em&gt; de l'&#234;tre humain, la qualit&#233; de l'alimentation, et donc des fa&#231;ons de la produire, est sans doute un des sujets les moins m&#233;diatis&#233;s. On en voudra pour preuve les &#233;tudes qui s'accumulent sur la mise en &#233;vidence du r&#244;le de l'alimentation dans le d&#233;clenchement de nombreuses maladies, parmi lesquelles le cancer figure en bonne place. Howard terminait son &lt;em&gt;Testament agricole &lt;/em&gt;en pronostiquant une disparition de la moiti&#233; des maladies si nous consommions des aliments frais issus de sols fertiles. Mais quand serons-nous en mesure de tenter cette exp&#233;rience ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons vu, aussi, que le romantisme litt&#233;raire et politique a d&#233;velopp&#233; de diverses fa&#231;ons une critique &#233;tendue de la modernit&#233;. L'intellectualisme occidental, renforc&#233; par le dualisme cart&#233;sien et les Lumi&#232;res, a &#233;t&#233; attaqu&#233; au nom de son incapacit&#233; &#224; approcher de la nature v&#233;ritable des choses, et de la mise &#224; l'&#233;cart des questions ultimes du sens qu'il entra&#238;nait. L'industrialisme et le capitalisme furent attaqu&#233;s pour la d&#233;sagr&#233;gation sociale, les injustices et les probl&#232;mes de sant&#233; accrus qu'ils entra&#238;naient ou menacer d'entra&#238;ner. Si Marx et les courants de pens&#233;e se r&#233;clamant du marxisme ont eu tendance &#224; dominer le champ de la contestation sociale pendant plus d'un si&#232;cle, on ne doit plus cependant ignorer d'autres courants de pens&#233;e moins hostiles &#224; l'existence d'agriculteurs nombreux. Penser les articulations entre l'&#233;cologie, l'agriculture, et le d&#233;veloppement des autres activit&#233;s &#233;conomiques semble &#234;tre au c&#339;ur du programme minimal d'une agriculture biologique assumant r&#233;solument son identit&#233; alternative.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par ailleurs, en rappelant l'essence m&#233;thodologique de la science moderne, c'est-&#224;-dire sa nature de d&#233;finition formelle d'une fa&#231;on de regarder et mesurer une partie du r&#233;el, nous avons pu aussi comprendre que les questions portant sur ce qu'est v&#233;ritablement la nature relevaient d'un champ distanci&#233; de celui de la science - sans en &#234;tre coup&#233; -, &#224; savoir celui de la r&#233;flexion philosophique. Aucun des fondateurs de l'agriculture biologique n'a cherch&#233; &#224; &#233;viter ces questions de fond. Simplement, ils ont pens&#233; diff&#233;remment les articulations entre investigation scientifique exp&#233;rimentale, r&#233;flexion philosophique, et th&#233;orie du d&#233;veloppement socio-&#233;conomique. Rudolf Steiner a produit une &#339;uvre surd&#233;termin&#233;e par l'investigation &lt;em&gt;subjective&lt;/em&gt; occulte. Ses conceptions philosophiques montrent qu'il a mal compris la sp&#233;cificit&#233; &lt;em&gt;objectivante&lt;/em&gt; de la m&#233;thode scientifique. Ses conceptions agricoles, &#233;conomiques, sociales, ou p&#233;dagogiques sont essentiellement d&#233;termin&#233;es par des conceptions &#233;sot&#233;riques de l'histoire et de la nature. Pour la seule agriculture, l'efficacit&#233; des pr&#233;parations bio-dynamiques est tributaire, d'une part, de manipulations et de recettes inexplicables par les m&#233;thodes scientifiques, d'autre part, de la subjectivit&#233; de la personne qui les emploie sur ses cultures ou sur ses animaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour nous, le r&#233;sultat le plus int&#233;ressant apport&#233; par la bio-dynamie ne concerne ni l'&#233;conomie agricole, ni l'agronomie, mais bien la culture. La compr&#233;hension ici d&#233;velopp&#233;e des enjeux fondamentaux de l'anthroposophie a en effet abouti &#224; montrer l'actualit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; des questionnements spirituels et religieux pour toute perspective rationaliste cons&#233;quente. Par suite, la recherche sur l'agriculture biologique n'a aucun motif valable pour se fermer aux apports &#233;ventuels des religions &#224; sa r&#233;flexion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les fondements de l'agriculture se trouvent d'abord dans la nature. Le projet scientifique se justifie notamment par l'id&#233;e que les lois de la nature pr&#233;sentent une autonomie suffisante pour &#234;tres appr&#233;hend&#233;es et comprises par la seule observation ordinaire et la raison, &#233;ventuellement prolong&#233;es par l'instrumentation et l'observation scientifique. Il n'est nul besoin des interrogations occultes pour d&#233;velopper une agriculture biologique encore plus rationnelle. N&#233;anmoins, et tout sp&#233;cialement, cet h&#233;ritage de l'histoire agrobiologique montre que ce mouvement a partie li&#233;e avec les questions originelles de la philosophie occidentale. L'aventure de la culture occidentale, malgr&#233; ses d&#233;boires, chemine avec la question de la raison. Le simple fait que l'on puisse se mettre d'accord sur tel ou tel sujet atteste que nous &#233;changeons &#224; l'int&#233;rieur d'un monde commun. La mise au jour progressive des structures, des formes, ou de l'ordre de ce monde commun correspond au cheminement et &#224; l'approfondissement de la raison. L'id&#233;e selon laquelle la compr&#233;hension du monde est accessible selon des principes universels d&#233;couverts par l'exp&#233;rience ordinaire est aux antipodes des visions occultistes du monde. La m&#233;thode scientifique ne demande nulle initiation subjective. Elle demande simplement d'appliquer des protocoles physiques, formalis&#233;s et math&#233;matis&#233;s, afin de mettre en &#233;vidence l'absence ou la r&#233;currence de corr&#233;lations entre deux ou plusieurs classes de ph&#233;nom&#232;nes. Nous avons vu avec Husserl ou Gilson la continuit&#233; existant entre la formation de la connaissance et de l'accord ordinaire entre les personnes et la d&#233;marche protocolaire scientifique. La d&#233;marche philosophique essaye de compl&#233;ter ce travail en critiquant les id&#233;ologies produites par l'intellect interrogateur et imaginatif. Une critique philosophique, inspir&#233;e de Husserl, peut, en remontant au-del&#224; de l'histoire, venir interroger le moment anthropologique premier o&#249; l'homme interrogateur, imaginatif, et cr&#233;ateur, commence &#224; s'engager dans la r&#233;alisation d'une sph&#232;re culturelle &#233;mergeant du monde biologique, animal et v&#233;g&#233;tal pr&#233;c&#233;dent. Ce moment charni&#232;re concerne tout autant l'agri-culture que la culture dans son ensemble, et la formation de la perspective philosophique de l'Occident en particulier. C'est ainsi que Husserl lui-m&#234;me, comme nous l'avons rappel&#233;, avait remarqu&#233; que &lt;em&gt;la crise de la rationalit&#233;&lt;/em&gt;, ouverte au d&#233;but du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, pouvait d&#233;boucher sur le monde la vie ordinaire [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Husserl E., La crise des sciences europ&#233;ennes et la ph&#233;nom&#233;nologie (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]. Reprendre la question de la raison, fondamentale pour notre culture, invitait donc &#224; r&#233;interroger les conditions de possibilit&#233; m&#234;mes de la r&#233;flexion philosophique. Aristote reconnaissait que les besoins primaires devaient &#234;tre satisfaits pour que la vie philosophique puisse commencer. Sans doute faut-il remonter en-de&#231;&#224; et faire de cette question des besoins primaires un th&#232;me d'interrogation philosophique &lt;em&gt;en soi&lt;/em&gt;. L'alimentation, l'agriculture, et finalement le rapport humain &#224; la nature biologique sont ainsi mis &#224; la base de la question de la raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mettre le rapport humain &#224; la nature au centre du d&#233;bat rel&#232;ve pourtant d&#233;j&#224; d'une option culturelle. Nous avons vu que Masanobu Fukuoka, marqu&#233; par sa culture orientale, ne cherchait pas tant un rapport juste au monde qu'&#224; &lt;em&gt;s'effacer&lt;/em&gt; devant la nature. Cette &#171; m&#233;taphysique des for&#234;ts &#187; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Tagore, cit&#233; in Scheler M., Sociologie de la connaissance, p. (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;] est &#224; l'extr&#234;me oppos&#233;e de la philosophie occidentale intellectualiste, particuli&#232;rement dans sa p&#233;riode moderne. Les fondateurs europ&#233;ens de l'agriculture biologique ont subi peu ou prou ces deux influences culturelles. Pour ce qui est de l'influence orientale, on peut dire qu'elle a touch&#233; sp&#233;cialement Howard au cours de ses longues ann&#233;es pass&#233;es en Inde et via ses &#233;tudes de l'agriculture d'Extr&#234;me-Orient - loi du retour, Roue de la vie. Mais elle a touch&#233; aussi Rusch et M&#252;ller par l'interm&#233;diaire du romantisme, de l'anthroposophie, et par des personnalit&#233;s de l'agriculture naturelle issue des mouvements de &lt;em&gt;Lebensreform,&lt;/em&gt; avec qui Rusch fut en contact. Quant &#224; l'influence de l'intellectualisme occidental, elle semble plut&#244;t s'&#234;tre manifest&#233;e sinon comme un repoussoir, plut&#244;t comme quelque chose qu'il fallait remettre &#224; sa place. Avec un r&#233;alisme qui met l'&#234;tre avant l'homme, le donn&#233; avant l'artifice, la nature avant la libert&#233;, les fondateurs ont appel&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir l'agriculture &#224; l'aune de l'observation de et de la m&#233;ditation sur la nature. Il faut cependant souligner que leurs recherches n'ont pas suffisamment distingu&#233; la nature et l'histoire. C'est-&#224;-dire que le th&#232;me de la nature et d'une science de la nature renouvel&#233;e est mal d&#233;m&#234;l&#233; d'avec le th&#232;me de la suppos&#233;e sagesse paysanne ancestrale. L'&#233;vidence du r&#244;le positif de l'humus sur la fertilit&#233; des terres joue, certes, en faveur d'une orientation de la recherche scientifique autour de cette question, mais les fondateurs ont eu tendance &#224; survaloriser l'agriculture paysanne, au nom de son attention au taux de mati&#232;res organiques des sols. Ceci est particuli&#232;rement visible dans le traitement de la question de la fertilit&#233; et de la fertilisation chez Howard. Alors qu'il a conscience de la puissance p&#233;dog&#233;n&#233;tique des for&#234;ts, il s'en tiendra &#224; la d&#233;fense et &#224; l'am&#233;lioration du compostage en tas. Il ne s'engagera pas dans des recherches approfondies sur l'&#233;cologie foresti&#232;re ou l'agroforesterie. Son mod&#232;le forestier demeura, somme toute, un horizon de r&#233;flexion assez abstrait. De m&#234;me, le mod&#232;le howardien du chercheur-agriculteur articule-t-il le laboratoire et le champ, non le laboratoire et la nature. L'&#339;uvre de cet agronome pr&#233;sente une clarification insuffisante entre la nature, la science, et l'agriculture. Mais on peut en dire autant du travail de Rusch. L'&#339;uvre de Masanobu Fukuoka pr&#233;sente l'avantage de ne pas chercher &#224; se pr&#233;senter comme scientifique et d'insister sur la nature. Mais elle est compliqu&#233;e par l'h&#233;sitation de l'auteur entre les savoirs &#233;cologiques qu'il a d&#233;couvert, et les options de sa culture orientale, qui les contredisent et d&#233;nient jusqu'&#224; la validit&#233; m&#234;me du projet de la connaissance objective.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; l'histoire de l'agronomie, les fondateurs de l'agriculture biologique ont consid&#233;r&#233; que la chimie agricole faisait fausse route. Justus Liebig est le seul personnage qui revient syst&#233;matiquement chez tous les fondateurs pour repr&#233;senter les errements de l'agronomie depuis le XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Mais les fondateurs ne voient pas que des erreurs dans les travaux de Liebig. Quand Albert Howard charge Liebig et ses disciples de la moiti&#233; de la responsabilit&#233; de la crise agricole, Hans Peter Rusch voudrait distinguer un premier Liebig et un second Liebig, devenu &#171; un adversaire acharn&#233; de la fertilisation chimique &#187;&#8230; Nous avons soulign&#233; bien d'autres ambigu&#239;t&#233;s historiques, aussi bien dans le rapport des fondateurs aux d&#233;veloppements agronomiques modernes, que chez des analystes cherchant &#224; replacer les d&#233;bats de l'agrobiologie dans cette histoire. Nous sommes ainsi revenus sur la r&#233;ception agrobiologique de Liebig, mais aussi de Tha&#235;r, ainsi que sur le travail de Boussinguault, consid&#233;r&#233;es par certains comme des figures de l'histoire agronomique susceptibles d'illustrer une posture d&#233;passant le manich&#233;isme de l'opposition agrochimie versus agrobiologie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;ception agrobiologique de l'histoire agronomique moderne nous est ainsi apparue comme incertaine et paradoxale. Mais l'essentiel est sans doute de retenir que les fondateurs de l'agriculture biologique n'ont pas cherch&#233; &#224; se faire historiens de l'agronomie. Et ils n'ont pas non plus cherch&#233; &#224; se positionner pr&#233;cis&#233;ment dans des d&#233;bats th&#233;oriques mal connus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Via les questions de la physiologie v&#233;g&#233;tale, l'humus est sans doute un des th&#232;mes fondateurs de la pens&#233;e agronomique moderne [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Robin P., Le point de vue de l'agronome, in Aeschlimann J.-P., Feller (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]. Mais comme le soulignait Howard, ce n'est pas tant la th&#233;orie de l'humus en tant que telle, ou sa critique par les chimistes, qui retient son attention. Le d&#233;bat sur la nutrition min&#233;rale ou organique des plantes semble finalement secondaire dans la r&#233;flexion agrobiologique fondatrice : c'est l'&#233;vidence du r&#244;le de l'humus dans la fertilit&#233; des champs, traditionnellement reconnue, qui constitue le point de d&#233;part d'Howard. Dans cet axe, Hans Peter Rusch a avanc&#233; que Liebig reconnaissait que la validit&#233; des lois agrochimiques s'arr&#234;tait aux sols les plus fertiles. Le regard agrobiologique fondateur sur l'humus s'appuie sur l'exp&#233;rience paysanne ancestrale pour d&#233;cliner un ensemble de critiques sur la fertilisation chimique. En consid&#233;rant le r&#244;le positif de l'humus comme un ph&#233;nom&#232;ne &lt;em&gt;universel&lt;/em&gt;, les fondateurs pouvaient esp&#233;rer relativiser la pertinence des lois agrochimiques, en les ramenant &#224; des cas particuliers voire &#171; pathologiques &#187;. L'essentiel, pour eux, &#233;tait sans doute de briser la domination de l'agrochimie sur les mentalit&#233;s, en montrant le caract&#232;re r&#233;ducteur de sa d&#233;marche, ainsi que les co&#251;ts &#233;cologiques et sanitaires qu'elle engendre. Les fondateurs ne se sont pas content&#233;s ni de critiquer l'agrochimie, ni d'en appeler &#224; une revalorisation de la tradition de la fertilisation paysanne. Ils ont aussi cherch&#233; d'autres voies pour le progr&#232;s agricole. Les fondateurs ont m&#233;dit&#233; sur la nature et la fertilit&#233; naturelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce troisi&#232;me aspect de leur recherche agronomique est plus sp&#233;culatif, mais il n'en est pas moins essentiel, comme on le voit jusque dans les titres de plusieurs de leurs ouvrages. Il s'agit d'une r&#233;flexion globale sur la vie et la biologie terrestre, sur les causes et les m&#233;canismes de la fertilit&#233; des sols. Tandis que la physiologie v&#233;g&#233;tale et l'agrochimie se soucient surtout de nutrition des plantes, l'approche agrobiologique donne le primat &#224; la qualit&#233; du sol. Les perspectives sont bien diff&#233;rentes : d'abord la plante ou d'abord le sol ? Les fondateurs de l'agrobiologie, parce que la question de l'humus n'&#233;tait pas r&#233;solue &#224; leurs yeux, et parce que l'agrochimie avait des cons&#233;quences n&#233;gatives, ont donn&#233; le primat au sol et insist&#233; pour que la fertilit&#233; du sol soit consid&#233;r&#233;e comme un probl&#232;me relevant de la biologie. Howard et Fukuoka ont ainsi r&#233;fl&#233;chi au r&#244;le p&#233;dologique de la for&#234;t. Le travail des fondateurs regarde la nature au-del&#224; de l'agronomie, vers une &#171; biologie globale &#187; chez Rusch, vers la botanique sous l'angle de l'&#233;volutionnisme chez Masanobu Fukuoka, vers l'&#233;cologie chez Howard. Certes ils n'ont pas ainsi boulevers&#233; les conceptions agronomiques modernes ou traditionnelles. Mais ils ont ouvert ou contribu&#233; &#224; redonner un espace de questionnement original pour l'agriculture et l'agronomie, en amont de l'agrochimie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reprendre de mani&#232;re critique le projet des fondateurs revient donc aussi &#224; tenter de prolonger leur effort philosophique sur la nature et le rapport de l'humanit&#233; &#224; la nature. Hans Peter Rusch et Masanobu Fukuoka ont soulign&#233; le probl&#232;me de l'intervention agricole dans la nature. En vue d'une agriculture optimale, tous deux consid&#233;raient que l'artifice humain devait &#234;tre minimis&#233; autant que possible. Ce n'est plus tant sur les champs mais sur la nature que devrait se concentrer la r&#233;flexion de l'agriculteur et de l'agronome. Les fondateurs de l'agriculture biologique invitent &#224; d&#233;placer le questionnement en amont de l'agriculture, vers le donn&#233; naturel de sa fertilit&#233;. Dans les expressions &#171; agriculture biologique &#187;, &#171; agriculture organique &#187;, &#171; agriculture &#233;cologique &#187;, il semble bien que ce ne soit pas tant l'agriculture mais la science et la philosophie de la nature - biologie, &#233;cologie, organicisme - qui compte d'abord. Mais l'ambigu&#239;t&#233; fondamentale demeure de savoir si, &#233;cologiquement et philosophiquement, l'agriculture est un mal n&#233;cessaire, afin de subvenir aux besoins de la croissance de la population humaine, ou une possibilit&#233; qui puisse s'offrir sereinement &#224; l'humanit&#233;. On sent toute la r&#233;ticence d'un Rusch ou d'un Masanobu Fukuoka &#224; intervenir dans le cours spontan&#233; de la nature. Mais tandis que Rusch se contente d'appeler &#224; un &#233;quilibre paysager et territorial entre arbres, for&#234;ts et haies, d'un c&#244;t&#233;, et parcelles agricoles, de l'autre, Masanobu Fukuoka n'affronte jamais la &lt;em&gt;contradiction dans les termes&lt;/em&gt; qu'il y a dans les d&#233;signations de son approche comme &#171; agriculture naturelle &#187; ou &#171; agriculture sauvage &#187;. Rappelons que l'antihumanisme tendanciel de Masanobu Fukuoka ne lui permet pas de rechercher consciemment une harmonie entre nature et agriculture, nature et humanit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, dans les pas des fondateurs europ&#233;ens de l'agriculture biologique, influenc&#233;s par l'humanisme et le christianisme, cette question se pose plus franchement. L'h&#233;ritage du jud&#233;o-christianisme, combin&#233; au rationalisme grec, a donn&#233; &#224; la culture occidentale une confiance en la possibilit&#233; de l'affirmation de la singularit&#233; de l'homme. La notion de personne et la valeur sacr&#233;e de chacun, celle d'un temps lin&#233;aire orient&#233; vers le salut, l'attirance pour le progr&#232;s technique, la conviction que la connaissance rationnelle et la ma&#238;trise de la nature sont au moins partiellement possibles, forment quatre traits sp&#233;cifiques de l'h&#233;ritage occidental. Cependant, tandis que le rationalisme grec vise encore une &lt;em&gt;imitation&lt;/em&gt; de l'harmonie du cosmos, le r&#233;cit biblique de la Gen&#232;se appelle &#224; la fois &#224; la contemplation et &#224; la &lt;em&gt;culture&lt;/em&gt; de la cr&#233;ation. En mettant l'Amour &#224; l'origine et &#224; la fin de la cr&#233;ation et de l'histoire, la perspective chr&#233;tienne propose une posture &#224; la fois humble et humaniste pour le rapport de l'homme &#224; la nature. Comme dans toute perspective &#233;cologiste authentique, la Gen&#232;se donne le primat &#224; l'admiration et &#224; l'observation du donn&#233;. Mais &#224; la diff&#233;rence des mystiques fusionnelles biologiques ou naturalistes, l'homme est &#233;galement appel&#233; &#224; &#171; cultiver le jardin &#187;, afin de s'y trouver chez lui. Le jud&#233;o-christianisme propose de regarder la nature comme une cr&#233;ation donn&#233;e &#224; son admiration mais &#233;galement ouverte &#224; l'&#233;panouissement cr&#233;ateur de l'homme. En reprenant librement une approche de Maurice N&#233;doncelle, il est possible de proposer une caract&#233;risation de la relation biblique id&#233;ale &#224; la nature. N&#233;doncelle voyait de l'amour entre deux personnes lorsqu'il existait entre elles une &#171; volont&#233; de promotion mutuelle &#187; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='N&#233;doncelle M., Vers une philosophie de l'amour et de la personne, Ed. (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]. Appliqu&#233;e aux relations de l'homme &#224; la nature, cela voudrait dire que l'humanit&#233; devrait d'abord promouvoir la nature pour promouvoir en retour son d&#233;veloppement sp&#233;cifique. L'humilit&#233; et le primat du donn&#233; avant et au service de l'artifice, de la civilisation, et de l'humanisme. Mais que peut vouloir dire &#171; promouvoir la nature &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous l'avons soulign&#233;, contre l'oubli agrochimique du sol, les fondateurs europ&#233;ens de l'agriculture biologique ont insist&#233; sur le th&#232;me de la f&#233;condit&#233; ou de la fertilit&#233; de la terre. Dans le r&#233;cit de la Gen&#232;se, &#171; l'arbre de vie &#187; peut &#233;clairer la signification de la nature. Comme le peut aussi l'&#233;tymologie du mot &#171; nature &#187;, laquelle est li&#233;e &#224; &#171; l'action de faire na&#238;tre &#187;. Ce n'est pas l'impalpable &#171; tout &#187;, ce n'est pas la &#171; nature-univers &#187; qui est ici d&#233;sign&#233;e par le terme nature, mais bien la &#171; nature ou biosph&#232;re &#187;, la sph&#232;re de la vie [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ces deux sens du mot nature, voir Bourg D., L'homme-artifice, Le sens de (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]. Promouvoir la nature signifierait donc cultiver les dynamiques et les m&#233;canismes de la vie. En se restreignant au domaine de la vie &lt;em&gt;terrestre&lt;/em&gt;, les fondateurs n'en ont pas moins cherch&#233; &#224; comprendre comment la fertilit&#233; apparaissait et pouvait &#234;tre entretenue dans les champs. A la lumi&#232;re des travaux de la biologie &#233;volutionniste et de l'&#233;cologie consacr&#233;e aux v&#233;g&#233;taux, nous savons qu'il est au moins plausible que la for&#234;t soit le stade v&#233;g&#233;tal ultime du d&#233;veloppement spontan&#233; de la vie sur terre [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Godron G. et Lemieux G., Le bois des rameaux, un &#233;l&#233;ment crucial de la (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]. Except&#233;e l'action de l'homme, seules les contraintes climatiques extr&#234;mes semblent constituer un v&#233;ritable obstacle &#224; l'extension des for&#234;ts. Promouvoir la nature terrestre renverrait alors au d&#233;veloppement d'une sylviculture &#171; proche de la nature &#187; [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='Turckeim (De) B. et Bruciamacchie M., La futaie irr&#233;guli&#232;re, Th&#233;orie et (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;], proche de la dynamique spontan&#233;e de la for&#234;t, &#233;voluant vers ses stades les plus riches de vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cultiver des arbres et des for&#234;ts car ils sont &#224; l'origine de la plupart des terres agricoles fertiles. Cultiver des arbres pour les diverses industries et le chauffage, mais d'abord pour conserver le r&#244;le &#233;cologique fondamental de la for&#234;t et entretenir, via l'agroforesterie et l'usage du bois ram&#233;al fragment&#233;, la fertilit&#233; des terres agricoles. Index&#233;e sur une compr&#233;hension scientifique des m&#233;canismes de la fertilit&#233; naturelle et de la p&#233;dogen&#232;se, l'agriculture pourrait d&#233;sormais d&#233;passer &lt;em&gt;sereinement&lt;/em&gt; sa fonction encore essentiellement alimentaire et former une base privil&#233;gi&#233;e d'un d&#233;veloppement technique et &#233;conomique &#233;cologiquement viable [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='La question de la fertilit&#233; naturelle et de la fertilisation agricole (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;], au niveau de l'exploitation des ressources renouvelables.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Sources primaires&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Fukuoka M., &lt;em&gt;La r&#233;volution d'un seul brin de paille&lt;/em&gt;, Ed. Guy Tr&#233;daniel, Paris, 1983 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;dition japonaise en 1975), Traduit de l'anglais par Bernadette Prieur, 202 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fukuoka M., &lt;em&gt;L'agriculture naturelle, Art du non-faire, Th&#233;orie et pratique pour une philosophie verte&lt;/em&gt;, Ed. Guy Tr&#233;daniel, Paris, 1989 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;dition japonaise en 1985), Traduit de l'anglais par Thierry Pi&#233;lat, 326 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fukuoka M., &lt;em&gt;La Voie du Retour &#224; la Nature&lt;/em&gt;, Ed. Le courrier du livre, Paris, 2005, Traduit de l'anglais par Alain Davaut, 379 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fukuoka M., &lt;em&gt;The Road Back to Nature, Regaining the Paradise lost&lt;/em&gt;, Ed. Bookventure, Madras, 1987, 377 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fukuoka M., &lt;em&gt;Reverdir le d&#233;sert, L'application des techniques agricoles naturelles &#224; l'Afrique, &lt;/em&gt;Entretien avec Robert et Diane Gilman, 1997 (1986, traduit de l'anglais par Michel Dussandier &lt;http://www.citerre.org/fukuokamct.htm&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fukuoka M. &lt;em&gt;The Plowboy Interview, Fourty Years of Natural Farming&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Mother Earth News&lt;/em&gt;, 07/08 1982, &lt;a href=&quot;http://www.motherearthnews.com/diy/1982
July
August/The
Plowboy
Interview&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Masanobu
Fukuoka&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.motherearthnews.com/diy/1982
July
August/The
Plowboy
Interview&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Masanobu
Fukuoka&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A., &lt;em&gt;Testament Agricole, Pour une agriculture naturelle&lt;/em&gt;, Pr&#233;face de Jean Keilling, Postface de Raymond Lauti&#233;, Traduit de l'anglais par Jean Usse, Edition Vie et Action, Marcq-Lille, et CERAB, La Boissi&#232;re-Ecole, 1971(1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;dition anglaise, Oxford University Press, 1940), 238 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A., &lt;em&gt;Farming and Gardening for Health or Disease&lt;/em&gt;, Faber and Faber, 1945, &lt;a href=&quot;http://journeytoforever.org/farm
library/howard.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://journeytoforever.org/farm
library/howard.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A. et Wad Y.D., &lt;em&gt;The Waste Products of Agriculture, Their Utilization as Humus&lt;/em&gt;, Oxford University Press, 1931, &lt;a href=&quot;http://journeytoforever.org/farm
library/howard.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://journeytoforever.org/farm
library/howard.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A., &lt;em&gt;The General treatment of fungo&#239;d pests&lt;/em&gt;, Imperial Department of Agriculture from the West Indies, Pamphlet Series, n&#176;17, 43 p., 1902.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A., &lt;em&gt;Hop Experiments&lt;/em&gt;, Issued for the information of Hop Growers in Kent and Surrey, Ed. University of London, South Eastern Agricultural College, Wye, 1904.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A. et G., &lt;em&gt;Wheat in India&lt;/em&gt; :&lt;em&gt; Its production, Varieties, and Improvement&lt;/em&gt;, Ed. Imperial Department of Agriculture in India, Calcutta, 1909.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A. et G., &lt;em&gt;The improvement of crops&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Agricultural Journal of India&lt;/em&gt;, vol. VIII, part II, Calcutta, 1913, p. 01 &#224; 08.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Burt, Howard A. et G., &lt;em&gt;Pusa 12 and Pusa 4&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Some Aspects of the Agricultural Development in Bihar&lt;/em&gt;, in Bulletin n&#176; 33 of the Agricultural Research Institute, Pusa, 1913.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A., &lt;em&gt;Some Improvements in the Packing and Transport of Fruit in India&lt;/em&gt;, in Bulletin n&#176; 02 of the Fruit Experiment Station, Quetta, 1915&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A., &lt;em&gt;Soil Aeration in Agriculture&lt;/em&gt;, in Bulletin n&#176; 61 of the Agricultural Research Institute, Pusa, 1916.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A., &lt;em&gt;The Commercial Possibilities of the Sun-drying of Vegetables in Baluchistan&lt;/em&gt;, in Bulletin n&#176; 10 of the Fruit Experiment Station, Quetta, 1920.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A., &lt;em&gt;The Improvement of Fruit Packing in India&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Agricultural Journal of India&lt;/em&gt;, vol. XV, Part. I, Calcutta, 1920.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A.,&lt;em&gt; Crop-Production in India&lt;/em&gt; : &lt;em&gt;A Critical Survey of Its problems&lt;/em&gt;, Ed. Oxford University Press, 1924.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A., &lt;em&gt;The Salvage of Agriculture&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;The New English Weekly&lt;/em&gt;, 04 01 1940.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard A., &lt;em&gt;The animal as our farming partner&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Organic Gardening&lt;/em&gt;, Vol. II, n&#176; 3, September 1947.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard L.-E., &lt;em&gt;Labour in Agriculture&lt;/em&gt;, Oxford University Press and Royal Institue of International Affairs, 1935&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard L.-E, &lt;em&gt;Sir Albert Howard's Career&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Soil and Health&lt;/em&gt;, Memorial number, 1948, p. 03-26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard L.-E., &lt;em&gt;Sir Albert Howard in India, &lt;/em&gt;Ed. Rodale Press, Emmaus, 1954 (Faber and Faber, 1953), 272 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#252;ller H., &lt;em&gt;Glaube und Technik I, Der Glaube des Bauern&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Kultur und Politik&lt;/em&gt;, 1949/1950, 4, 4 p. 01-03 et 5, 1, p. 01-05.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#252;ller H., &lt;em&gt;Der moderne Mensch und sein Glaube&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Kultur und Politik&lt;/em&gt;, 1959, 2, p. 01-05.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#252;ller H., &lt;em&gt;Die Freiheit, eine der wichstigsten Voraussetzungen der Sicherheit des Bauernstandes&lt;/em&gt;,&lt;em&gt; &lt;/em&gt;in&lt;em&gt; Kultur und Politik, &lt;/em&gt;1952, 7, 3, p. 07-10.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#252;ller H, &lt;em&gt;Der Christ und die Politik&lt;/em&gt; ?, in &lt;em&gt;Kultur und Politik, &lt;/em&gt;1952,1, p. 01-04.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#252;ller H., &lt;em&gt;La libert&#233;, une des conditions pr&#233;alables les plus importantes pour la s&#233;curit&#233; du milieu agricole, &lt;/em&gt;in&lt;em&gt; Kultur und Politik, &lt;/em&gt;1952, 7, p. 07-10.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rusch H.-P., &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol, Pour une conception biologique de l'agriculture&lt;/em&gt; (Titre original : &lt;em&gt;Bodenfruchtbarkeit, Eine Studie Biologischen Denkens&lt;/em&gt;), Paris, Ed. Le courrier du livre, 1972, (Karl F. Haug Verlag, Heidelberg, 1968), Traduit de l'allemand par Claude Aubert, 311 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rusch H.-P., &lt;em&gt;Wissenschaft und Praxis&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Kultur und Politik&lt;/em&gt;, 1961, 16, 3, p. 15-19.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;Une autobiographie&lt;/em&gt;, Ed. Alice Sauerwein, PUF, Paris, 524 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;Autobiographie&lt;/em&gt;, 2 volumes, EAR, Gen&#232;ve, 1923-1925.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode bio-dynamique &lt;/em&gt;(Titre original : &lt;em&gt;Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirschaft, Landwirtschaftlicher Kursus&lt;/em&gt;), Editions anthroposophiques Romandes, Gen&#232;ve, 1999, 338 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;La th&#233;osophie&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Introduction &#224; la connaissance suprasensible du monde et &#224; la destination suprasensible de l'homme,&lt;/em&gt; Ed. Novalis, Montesson, 1995 (1904), 196 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;La science occulte&lt;/em&gt;, Traduction de Jules Sauerwein, Librairie acad&#233;mique Perrin, Paris, 1938 (1910), 377 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;Le seuil du monde spirituel&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Aphorismes&lt;/em&gt;, Ed. Alice Sauerwein/PUF, Paris, (1913), 111 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R.,&lt;em&gt; Economie sociale&lt;/em&gt;, Ed. EAR, Gen&#232;ve, 1975, 275 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R.,&lt;em&gt; V&#233;rit&#233; et science&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Prologue &#224; une philosophie de la libert&#233;&lt;/em&gt;, Editions. EAR, Gen&#232;ve, 1982, (1892), 108 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;La philosophie de la libert&#233;, Observations de l'&#226;me conduites selon la m&#233;thode scientifique&lt;/em&gt;, Ed. EAR, Gen&#232;ve, 1991 (1894), 265 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;Nietzsche, Un homme en lutte contre son temps&lt;/em&gt;, EAR, Gen&#232;ve, (1895).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;Goethe et sa conception du monde&lt;/em&gt;, EAR, Gen&#232;ve, 1985 (1897), 196 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;La nature humaine et les fondements de la p&#233;dagogie&lt;/em&gt;, Triades, Paris, 1996 (Conf&#233;rences donn&#233;es en 1919, 1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;dition suisse en 1960), 221 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;Sant&#233; et maladie&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Fondements d'une &#233;tude sur les sens par les m&#233;thodes de la Science spirituelle&lt;/em&gt;, EAR, Gen&#232;ve, 1989 (Conf&#233;rences donn&#233;es en 1923), 450 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner R., &lt;em&gt;5&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; conf&#233;rence, f&#233;vrier 1924&lt;/em&gt;, Dornach, in &lt;em&gt;Anthroposophie, une introduction&#8230;&lt;/em&gt;, &lt;www.ersy.ch/forums&gt; [visite du 29 04 2006].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pfeiffer E., &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; de la terre, M&#233;thode pour conserver ou r&#233;tablir la fertilit&#233; du sol, Le principe bio-dynamique dans la nature&lt;/em&gt;, Triades, Paris, 1975, (1937), 350 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pfeiffer E., &lt;em&gt;Le visage de la terre, Le paysage expression de la sant&#233; du sol&lt;/em&gt;, Paris, Ed. La science spirituelle, XXIV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; ann&#233;e, cahier n&#176; 2, Paris, 1949, 185 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pfeiffer E. et Riese E., &lt;em&gt;Le gai jardin potager ou comment soigner son jardin selon la m&#233;thode bio-dynamique&lt;/em&gt;, Triades, Paris, 1972, 121 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pfeiffer E., &lt;em&gt;Les forces &#233;th&#233;riques en biologie humaine et v&#233;g&#233;tale&lt;/em&gt;, Imprimerie du palais, Paris, Extrait du bulletin du centre hom&#233;opathique de France, Fascicule N&#176;1, 1934, 32 p.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Bibliographie&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;em&gt;Ouvrages g&#233;n&#233;raux&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Benv&#233;niste E., &lt;em&gt;Le vocabulaire des institutions indo-europ&#233;ennes&lt;/em&gt;, Tome 2, Minuit, Paris, 1969, 344 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Brunschwig J., Lloyd G., Pellegrin P., (dir.), &lt;em&gt;Le savoir grec&lt;/em&gt;, Ed. Flammarion, Paris, 1996, 1095 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique&lt;/em&gt;, Ed. Mame/Plon, Paris, 1992, 676 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chevalier J. et Gheerbrant A., (dir.), &lt;em&gt;Dictionnaire des symboles&lt;/em&gt;, Ed. Robert Laffont/Jupiter, Paris, 1982 (1969), 1060 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Dictionnaire de l'&#233;cologie&lt;/em&gt;, Ed. Encyclopaedia universalis/Albin Michel, Paris, 1999, 1400 p&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Dictionnaire Langenscheidt&lt;/em&gt; Allemand-fran&#231;ais, Larousse,1979, article &#171; Heimat &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eliade M., et Couliano I.-P., &lt;em&gt;Dictionnaire des religions&lt;/em&gt;, Plon/Pocket, 1990, 364 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Huisman D., (dir.), &lt;em&gt;Dictionnaire des mille &#339;uvres cl&#233;s de la philosophie&lt;/em&gt;, Nathan, Paris, 1993, 571 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Kunzmann P., Burkard F.-P., Wiedmann F., &lt;em&gt;Atlas de la philosophie&lt;/em&gt;, Ed. Le livre de poche, Paris, 1993, 279 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lalande A., &lt;em&gt;Vocabulaire technique et critique de la philosophie&lt;/em&gt;, PUF, Paris, 1993 (1926), 2 vol., 1323 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lecourt D., (dir.), &lt;em&gt;Encyclop&#233;die des Sciences&lt;/em&gt;, Ed. Le grand livre du mois / LGF, 1998, 1526 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rey A., (dir.), &lt;em&gt;Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise&lt;/em&gt;, Ed. Dictionnaires Le Robert, Paris, 1992, 4304 p. (Ed. petit format en trois volumes).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rey A. et Rey-Debove J. (dir.), &lt;em&gt;Le nouveau petit Robert, Dictionnaire alphab&#233;tique et analogique de la langue fran&#231;aise&lt;/em&gt;, Ed. Dictionnaires Le Robert, Paris, 1995, 2552 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rey A., (dir.), &lt;em&gt;Le petit Robert des noms propres&lt;/em&gt;, Ed. Dictionnaires Le Robert, Paris, 1998, 2259 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Serres M., (dir.), &lt;em&gt;El&#233;ments d'histoire des sciences&lt;/em&gt;, Ed. Bordas, Paris, 1994 (1989), 576 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;em&gt;Agriculture biologique&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Allard G., David C., Henning J., (dir.), L'agriculture biologique face &#224; son d&#233;veloppement, Les enjeux futurs, Actes du colloque de Lyon, 6-8 d&#233;cembre 1999, INRA &#233;ditions, 2000, 394 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ari&#232;s P., &lt;em&gt;Anthroposophie : enqu&#234;te sur un pouvoir occulte&lt;/em&gt;, Editions Golias, Villeurbanne, 2001, 288 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aubert C., &lt;em&gt;L'agriculture biologique, Une agriculture pour la sant&#233; et l'&#233;panouissement de l'homme&lt;/em&gt;, Ed. Le courrier du livre, Paris, 1970, 253 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Barton G., &lt;em&gt;Sir Albert Howard and the Forestry Roots of the Organic Movement, in Agricultural History&lt;/em&gt;, vol. 75, 2, 2001, p. 168-187.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bonneuil C. et Mouchet C., (dir), &lt;em&gt;Entre visionnaires, praticiens et chercheurs scientifiques : Une histoire de la dynamique des savoirs li&#233;s &#224; l'agriculture biologique (XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle)&lt;/em&gt;, projet de recherches pr&#233;sent&#233; &#224; l'AC CNRS &#171; Histoire des Savoirs &#187;, 2003, 26 p., &lt;&lt;a href=&quot;http://www.cnrs.fr/DEP/prg/Hist.Savoirs/projets2003
nselec/HDS-bonneuil.pdf&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.cnrs.fr/DEP/prg/Hist.Savoirs/projets2003
nselec/HDS-bonneuil.pdf&lt;/a&gt;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Belon S. et alii, L'agriculture biologique et l'INRA, Vers un programme de recherche, Rapport interne INRA, Ed. INRA, 25 p.,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Calame M., L'agriculture biologique, un retour au Moyen-&#196;ge ? in La Bergerie 1995-2000, Philosophie et bilan d'activit&#233;, Editions Charles L&#233;opold Mayer/FPH, 155 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Caplat J., Paradoxes de l'agriculture biologique en France, in Ecologie et politique, 31/2005, p. 91-93.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Carpenter-Boggs L.A., &lt;em&gt;Effects of biodynamic preparations on compost, crop, and soil quality&lt;/em&gt;, Th., Washington State University, 1997, 164 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Conford P., &lt;em&gt;The Origins of the Organic Movement&lt;/em&gt;, Ed. Floris Book, Edinburgh, 2001, 287 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deavin A., Horsgood R.K. and Rusch V, &lt;em&gt;Rhizosphere microflora in relation to soil conditions. Part I : Comparison of bacteria in soil, rhizosphere and rhizoplane&lt;/em&gt;. Zbl. Bakt. II, Abt. 136, (1981), p. 613-618.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deavin A., Horsgood R.K. and Rusch V, &lt;em&gt;Rhizosphere microflora in relation to soil conditions. Part II : Rhizosphere and soil &#171; coliform &#187; bacteria&lt;/em&gt;, Zbl. Bakt. II, Abt. 136, (1981), p. 619-627&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De France J.-M., &lt;em&gt;Entretien avec un repr&#233;sentant des magasins Satoriz&lt;/em&gt;, &lt;www.satoriz.com/index
new.php ?page=les-entretients&amp;NUM
ARTICLE=218&amp;NUM
RUBRIQUE=5&gt;, visite de 10/2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dessau J. et Le Pape Y., &lt;em&gt;L'agriculture biologique : critique technologique et syst&#232;me social&lt;/em&gt;, Universit&#233; de Grenoble, Centre de recherche r&#233;gionale CORDES, 1975.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fliessbach A. et M&#228;der P., &lt;em&gt;Essai Doc, Performance des syst&#232;mes bio&lt;/em&gt;, Ed. IRAB/FIBL, 2005, 16 p., &lt;http://www.reckenholz.ch/doc/fr/forsch/landbau/bio/05btagf02.pdf&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Galbreath R.C., Spiritual science in an age of materialism : Rudolf Steiner and occultism, Th., University of Michigan, 1970, 526 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gieryn F. T., &lt;em&gt;Cultural boudaries of science, Credibility on the Line&lt;/em&gt;, Chicago and London, University of Chicago Press, 381 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hoffmann H. et Marx G., &lt;em&gt;Die Entwicklung des &#214;kologischen Gartenbaus in der Obstbausiedlung Eden, &lt;/em&gt;Humboldt-Universit&#228;t, Fakult&#228;tsschwerpunkt &#214;kologie der Agrarlandschaften, Berlin, 1999,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://orgprints.org/1297/01/hoffmann-1999-entwicklung-eden.doc&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://orgprints.org/1297/01/hoffma&#8230;&lt;/a&gt; [visite de 09/2006].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Joyeux H., &lt;em&gt;Changez d'alimentation, Faut-il manger bio ?&lt;/em&gt;, Ed. F.X. de Guibert, Paris, 2002, 272 p. ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Keyserlingk A. (von), (dir.), &lt;em&gt;La naissance de l'agriculture bio-dynamique, &lt;/em&gt;Ed. Novalis, Montesson, 2003,&lt;em&gt; &lt;/em&gt;260 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;K&#246;neman E., Der Mensch im Reich der Ordnung, Lebensgesetze und Lebensordnung, Braum&#252;ller, Wien, 1976.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Pape Y., Cadiou P., Lefebvre A., Mathieu-Gaudrot S. et Oriol S., &lt;em&gt;L'agriculture biologique en France, &#233;cologie ou mythologie ?&lt;/em&gt;, Presses universitaires de Grenoble, 1975, 180 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorand A.C., &lt;em&gt;Biodynamic agriculture : a paradigmatic analysis&lt;/em&gt;, Th., Pennsylvania State University, 1996, 113 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mollison B. et Holmgren D., &lt;em&gt;Permaculture 1&lt;/em&gt;, Debard, Paris, 1986 (1978), 180 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moser P., Der Stand der Bauern, B&#228;uerliche Politik, Wirtschaft und Kultur gestern und heute, Ed. Huber, Frauenfeld, 1994, 424 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pain J., Landbau als Kulturkritik. &#8222;Boden&#171; als Kristallisationspunkt gesellschaftsreformerischer Bestrebungen alternativer Landbaubewegungen Deutschlands und der Schweiz, Communication donn&#233;e lors de la Journ&#233;e d'Etude L'agriculture biologique, ferment du d&#233;veloppement &#233;cologique ?, Universit&#233; de Technologie de Troyes, 23 06 2005 (Organisation : Association pour la Philosophie, l'HIstoire des Fondements, et l'Avenir de l'Agriculture Biologique (APHIFAAB) et Yvan Besson ; Actes &#224; para&#238;tre en 2007, cf. &lt;a href=&quot;http://monsite.orange.fr/aphifaab&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://monsite.orange.fr/aphifaab&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peters S.-M., The Land in Trust, A social history of the organic farming movement, Th., Mac Gill University, 1980.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Philipps C., South African permaculture : a political ecology perspective, Th., University of Guelph, 1999, 172 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Piriou S., L'institutionnalisation de l'agriculture biologique, 1980-2000, Th., ENSAR, Rennes, 2002, 467 p. + Annexes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Riesen R., &lt;em&gt;Die Scweizerische Bauernheimatbewegung (Jungbauern), Entwicklung von den Anf&#226;ngen bis 1947 unter der F&#252;hrung von D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Hans M&#252;ller, M&#246;schberg/Grossh&#246;chstetten&lt;/em&gt;, Ed. Franke, Bern, 1972, cit&#233; in Simon B., &lt;em&gt;Zur Geschichte des Organish-biologischen Landbaus nach M&#252;ller-Rusch&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Zeitschrift f&#252;r Agrargeschichte und Agrarsoziologie&lt;/em&gt;, 39, Heft 01, 1991, p. 69-90.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rushefsky M.E., &lt;em&gt;Organic farming science and ideology in a technological dispute&lt;/em&gt;, Th., State University of New York at Binghamton, 1997, 227 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sattler F. et Wistinghausen E. (von), &lt;em&gt;La Ferme Biodynamique&lt;/em&gt;, Ed. Arts Graphiques Europ&#233;ens (Ed. Ulmer, Stuttgart, 1985), Paris, 1987, 340 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Schaumann W., Siebeneicher G.-E., Lunzer I., &lt;em&gt;Geschichte des okologischen Lanbaus&lt;/em&gt;, S&#214;L, Sonderausgabe n&#176; 65, Bad Durkeim, 2002, 200 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Shiva V., &lt;em&gt;In Praise Of Cowdung&lt;/em&gt;,&lt;em&gt; &lt;/em&gt;03 p., &lt;a href=&quot;http://www.zmag.org/sustainers/content/2002-11/12shiva.cfm&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.zmag.org/sustainers/cont&#8230;&lt;/a&gt; [visite de 10/2006].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Silguy (De) C., L'agriculture biologique, Des techniques efficaces et non polluantes, Patino/Terre Vivante, 1994, 185 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Silguy (De) C., &lt;em&gt;L'agriculture biologique, &lt;/em&gt;PUF, Paris, 1991, 128 p&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Solana P., &lt;em&gt;La bio, De la terre &#224; l'assiette&lt;/em&gt;, Sang de la terre/Bornemann, Paris, 1999, 253 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Soper J., &lt;em&gt;Pour comprendre le cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner&lt;/em&gt;, Ed. Le courrier du livre, Paris, 1980 (Ed. Bio-Dynamic Agricultural Association, Clent, 1976), 164 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;V&#233;rot D., &lt;em&gt;Une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale riche en d&#233;bats&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;FNAB INFO, La Revue des Agriculteurs Biologiques&lt;/em&gt;, n&#176; 63, 2002, 27 p., p. 04-07.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Viel J.-M., &lt;em&gt;L'agriculture biologique en France&lt;/em&gt;, Th., Paris I, IEDES, Paris, 1978.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Viel J.-M., &lt;em&gt;L'agriculture biologique : une r&#233;ponse ?&lt;/em&gt;, Ed. Entente, Paris, 1979, 96 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vogt G., Enstehung und Entwiclung des &#246;kologischen Landbaus im deutschsprachigen Raum, S&#214;L, Bad Durkeim, 2000, 399 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vogt G., &lt;em&gt;Ewald K&#246;nemann&lt;/em&gt;, 01 p., &lt;ww.vegetarierbund.de&gt; [visite de 04/2004].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Wood D., &lt;em&gt;One Hand Clapping : Organic Farming in India, &lt;/em&gt;04 p., &lt;www.cgfi.org/materials/articles/2002/dec
12
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wood.htm&gt;&lt;em&gt; &lt;/em&gt;[visite de 10/2006].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;em&gt;Agriculture, aspects sociaux et historiques&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aug&#233;-Larib&#233; M., &lt;em&gt;Grande ou petite propri&#233;t&#233; ? Histoire des doctrines en France sur la r&#233;partition du sol et la transformation industrielle de l'agriculture&lt;/em&gt;, Th&#232;se pour le doctorat, Universit&#233; de Montpellier, Imprimerie Firmin, Montane et Sicardi, 1902.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Berque A., &lt;em&gt;L'agriculture et la paysannerie sacrifi&#233;e aux imp&#233;ratifs de la croissance&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Le Monde diplomatique&lt;/em&gt;, 12/1975.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cauvin J., &lt;em&gt;Naissance des divinit&#233;s, Naissance de l'agriculture&lt;/em&gt;, Flammarion, 1998 (CNRS Editions, 1997).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Crisenoy (De) C., &lt;em&gt;L&#233;nine face aux moujiks&lt;/em&gt;, Seuil, Paris, 1978.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Del&#233;age E., &lt;em&gt;Paysans, De la parcelle &#224; la plan&#232;te&lt;/em&gt;, Ed. Syllepse, 2004, 245 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Del&#233;age E., Au-del&#224; de la Tradition et de la Modernit&#233; : le R&#233;seau Agriculture Durable. Socio-anthropologie d'un mouvement social paysan de l'Ouest de la France, Th., Universit&#233; de Caen, 2003, 333 p. + Annexes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dupont Y., Pourquoi faut-il pleurer les paysans ?, in Ecologie et politique, 2005, 31 (num&#233;ro intitul&#233; Paysans malgr&#233; tout !), p. 25-40.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Farcy J.-C., &lt;em&gt;Capitalisme agraire et sp&#233;cialisation agricole dans le centre du bassin parisien&lt;/em&gt;, in Garrier G. et Hubscher R., (dir.), &lt;em&gt;Entre faucilles et marteaux, Pluriactivit&#233;s et strat&#233;gies paysannes&lt;/em&gt;, Ed. Presses Universitaires de Lyon / Maison des Sciences de l'Homme, 1988, 242 p., p. 161-174.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Guillaumin E., &lt;em&gt;Paysans par eux-m&#234;mes&lt;/em&gt;, Stock, 1980, (1953), 319 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Henri (P&#232;re), &lt;em&gt;Le don de la terre&lt;/em&gt;, Edition Journ&#233;es Paysannes, Angers, 1995, 49 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Houssel J.-P., Max Weber revisit&#233; : quand les pays de chr&#233;tient&#233; r&#233;ussissent le passage de la soci&#233;t&#233; paysanne &#224; la modernit&#233;, 2002, 15 p., &lt;http://fig-st-die.education.fr/actes/actes
2002/houssel/article.htm&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lamy Y., &lt;em&gt;Hommes de fer et paysannerie dans la Dordogne proto-industrielle&lt;/em&gt;, in Garrier G. et Hubscher R., (dir.), &lt;em&gt;Entre faucilles et marteaux, Pluriactivit&#233;s et strat&#233;gies paysannes&lt;/em&gt;, Ed. Presses Universitaires de Lyon / Maison des Sciences de l'Homme, 1988, 242 p., p. 175-200.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Masp&#233;tiol R., &lt;em&gt;L'Ordre &#233;ternel des champs&lt;/em&gt;, Ed. De M&#233;dicis, Paris, 1946, 589 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mayaud J.-L., &lt;em&gt;La petite exploitation rurale triomphante&lt;/em&gt;, France, XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Belin, Paris, 1999, 278 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mazoyer M. et Roudart L., Histoire des agricultures du monde, Du n&#233;olithique &#224; la crise contemporaine, Seuil, Paris, 1997, 545 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mendras H., &lt;em&gt;La fin des paysans&lt;/em&gt;, Actes Sud, Arles, 1984, 439 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Olivier J.-M., &lt;em&gt;Trois cycles technologiques &#224; Morez, Haut-Jura&lt;/em&gt;, in Belot R., Cotte M., Lamard P., (dir.), &lt;em&gt;La technologie au risque de l'histoire&lt;/em&gt;, Ed. Universit&#233; de technologie de Belfort-Montb&#233;liard / Berg international, Belfort/Paris, 2000, 454 p., p. 25-42.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pernet F., &lt;em&gt;R&#233;sistances paysannes&lt;/em&gt;, Presses universitaires de Grenoble, 1982.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Remarques sur l'agriculture g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;e et la d&#233;gradation des esp&#232;ces&lt;/em&gt;, Ouvrage collectif anonyme, Ed. Encyclop&#233;die Des Nuisances, Paris, 1999, 106 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Wright G., &lt;em&gt;La r&#233;volution rurale en France, Histoire politique de la paysannerie au XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/em&gt;, Ed. Epi, Paris, 1967 (Stanford University Press, 1964), 348 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;em&gt;Histoire de l'agronomie, th&#233;ories agronomiques, et agroforesterie&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alexandrian D. et Binggeli F., &lt;em&gt;L'&#233;cologie prend le maquis, For&#234;t, biomasse, &#233;nergie, compost&lt;/em&gt;, Ed. Edisud, Aix-en-Provence, 1984, 219 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Association nationale pour le perfectionnement et le d&#233;veloppement de l'emploi des engrais et des amendements, &lt;em&gt;La fertilisation, Engrais et Amendements&lt;/em&gt;, Paris, 1955 ?, 45 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Baumer M., &lt;em&gt;Agroforesterie et d&#233;sertification&lt;/em&gt;, Ed. Centre Technique de Coop&#233;ration Agricole et Rurale, Wageningen, 1987, 261 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Berner A., Quatre mille ans d'agriculture durable, in Bio actualit&#233;s, Ed. IRAB/FIBL, 10/2004, p. 06-07.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Blondel-M&#233;grelis M., &lt;em&gt;Agriculture et &#233;quilibres au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/em&gt;, in Acot P., (dir.), &lt;em&gt;La ma&#238;trise du milieu&lt;/em&gt;, Vrin, 1994, 151 p., p. 15-38.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Blondel-M&#233;grelis M., Justus Liebig, Tout est chimie, in L'actualit&#233; chimique, 10/2003, p. 50-59.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Boulaine J., &lt;em&gt;Histoire des p&#233;dologues et de la science des sols&lt;/em&gt;, Ed. INRA, Paris, 1989, 230 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Boulaine J., &lt;em&gt;Histoire de l'agronomie en France&lt;/em&gt;, Ed. Lavoisier, Paris, 1992.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Boulaine J., &lt;em&gt;Quatre si&#232;cles de fertilisation, Premi&#232;re partie&lt;/em&gt;, in Etude et Gestion des Sols, 1995, 2, 3, p. 201-208.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Boulaine J., &lt;em&gt;Quatre si&#232;cles de fertilisation, Deuxi&#232;me partie&lt;/em&gt;, in Etude et Gestion des Sols, 1995, 2, 4, p. 219-226.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Brosse J.,&lt;em&gt; L'aventure des for&#234;ts en Occident&lt;/em&gt;, De la pr&#233;histoire &#224; nos jours, Ed. J.C. Latt&#232;s, 2000, 497 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceulemans R.J. et Saugier B., &lt;em&gt;Photosynthesis&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Physiology of Trees&lt;/em&gt;, Ed. A.S. Raghavendra, 1991, p. 21-49.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Clout H.D. et Phillips A.D.M., Fertilisants min&#233;raux en France au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, in Etudes Rurales, 1972, 42, p. 09-28&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Columelle, &lt;em&gt;De l'agriculture, Livre X, De l'horticulture,&lt;/em&gt; Belles Lettres / Bud&#233;, Collection des universit&#233;s de France, 2002.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dumas R., Trait&#233; de l'arbre, Essai d'une philosophie occidentale, Ed. Actes Sud, Arles, 2002, 256 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Duchaufour P., Article &#171; Humus &#187;, in &lt;em&gt;Dictionnaire de l'&#233;cologie&lt;/em&gt;, Encyclopaedia Universalis, Albin Michel, Paris, 1999, 1400 p., p. 702-712.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Feller C., Boulaine J. et Pedro G., Indicateurs de fertilit&#233; et durabilit&#233; des syst&#232;mes de culture au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, L'approche de Albrecht Tha&#235;r, in Etude et gestion des sols, 2001, 8, 1, p. 33-46.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Feller M. et Manlay R., Evolution des concepts d'humus et de fertilit&#233; sur trois si&#232;cles dans une optique de rendements soutenus, Ed. GCBR / Universit&#233; de Laval, Publication n&#176; 146, Qu&#233;bec, 21 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Germain D. et Lemieux G., &lt;em&gt;Le Bois Ram&#233;al Fragment&#233; : la cl&#233; de la fertilit&#233; durable du sol&lt;/em&gt;, Publication GCBR n&#176; 129, Universit&#233; Laval, D&#233;partement des Sciences du Bois et de la For&#234;t, Canada, 2003, (2001), 15 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Giono J., &lt;em&gt;L'homme qui plantait des arbres&lt;/em&gt;, Ed. Gallimard, Paris, 2002, 58 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Godron G. et Lemieux G., &lt;em&gt;Le bois des rameaux, un &#233;l&#233;ment crucial de la biosph&#232;re&lt;/em&gt;, Publication GCBR n&#176; 88, Universit&#233; Laval, D&#233;partement des Sciences du Bois et de la For&#234;t, Canada, 1998, 32 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hall&#233; F., Eloge de la plante, Pour une nouvelle biologie, Seuil, Paris, 1999, 347 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Harrison R., &lt;em&gt;For&#234;ts, Essai sur l'imaginaire occidental&lt;/em&gt;, Flammarion, Paris, 1992, 406 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Henry D., &lt;em&gt;Sol et &#233;cosyst&#232;me : manifeste pour un nouveau regard&lt;/em&gt;, Publication GCBR n&#176; 208, Universit&#233; de Laval, 2005, 54 p. (+ Bibliographie compl&#232;te des publications GCBR).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, Les sciences agronomiques en France et en Allemagne, 1840-1914, Editions des archives contemporaines, Paris, 2001, 433 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jas N., &lt;em&gt;Chimie et agriculture en France et en Allemagne, 1870-1914&lt;/em&gt;, M&#233;moire de DEA, Facult&#233; d'histoire, Universit&#233; Lumi&#232;re, Bron, 1994, 165 p. + Annexes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jas N., Les sciences agricoles en Allemagne. La chimie agricole, des premi&#232;res th&#233;ories sur la nutrition des plantes &#224; l'av&#232;nement des engrais industriels, M&#233;moire de Ma&#238;trise, Facult&#233; d'histoire, Universit&#233; Lumi&#232;re, Bron, 1993, 99 p. + Annexes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jas N., Microorganismes &#224; tout faire : les tentatives de red&#233;finitions du champ scientifique de la fertilisation par la microbiologie du sol en France vers 1886 &#8211;1930, Communication lors de la Journ&#233;e d'&#233;tude L'agriculture biologique, ferment du d&#233;veloppement &#233;cologique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lemieux G., L'origine foresti&#232;re des sols agricoles : la diversification microbiologique par aggradation sous l'effet des bois ram&#233;aux fragment&#233;s, Publication GCBR n&#176; 29, Universit&#233; de Laval, 1993, 30 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lemieux G., L'aggradation des sols par le patrimoine microbiologique d'origine foresti&#232;re, Universit&#233; Laval, Qu&#233;bec, Publication GCBR n&#176; 25, 1992, 10 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lemieux G., &lt;em&gt;L'intersuffisance des &#233;cosyst&#232;mes &#233;pig&#233; et hypog&#233;&lt;/em&gt;, Publication GCBR n&#176; 16, 1990, 39 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lemieux G. et Lapointe A., &lt;em&gt;Le bois ram&#233;al et la p&#233;dog&#233;n&#232;se : une influence agricole et foresti&#232;re directe&lt;/em&gt;, Publication GCBR n&#176; 15, 1996 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1990), 35 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Liebig J., &lt;em&gt;Chimie appliqu&#233;e &#224; la physiologie v&#233;g&#233;tale et &#224; l'agriculture&lt;/em&gt;, Ed. Fortin, Masson et C&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;ie&lt;/sup&gt;, Paris, Traduction de Charles Gerhardt, 1844, 2&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;dition, 541 p., &lt;a href=&quot;http://gallica.bnf.fr/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://gallica.bnf.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Liebig J., &lt;em&gt;Es ist ja dies die Spitze meines Lebens, Naturgesetze im Landbau&lt;/em&gt;, Ed. Stiftung &#214;kologie und Landbau, Sonderausgabe n&#176; 23, 1995, 54 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Maathai W., &lt;em&gt;Pour l'amour des arbres&lt;/em&gt;, Ed. l'Archipel, Paris, 2005, 164 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Maathai W., Un prix Nobel de la paix pour la plan&#232;te, in l'Ecologiste, 2004, vol. 5, n&#176; 03, p. 06-07.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Masutti C, &lt;em&gt;Le Dust Bowl, la politique de conservation des ressources et les &#233;cologues aux Etats-Unis dans les ann&#233;es 1930,&lt;/em&gt; Th., Universit&#233; Louis Pasteur, Strasbourg I, 2004, 392 p. + Annexes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mennessier M., L'Am&#233;rique abandonne la charrue, in Le Figaro, 19 novembre 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Munday P., Sturm und Dung : Justus von Liebig and the Chemistry of Agriculture, Th., UMI Dissertation Service, Michigan, 1990&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mustin M., &lt;em&gt;Le compost, Gestion de la mati&#232;re organique&lt;/em&gt;, Ed. Fran&#231;ois Dubusc, Paris, 1987, 954 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nahal I., &lt;em&gt;La d&#233;sertification dans le monde, Causes, processus, cons&#233;quences, lutte&lt;/em&gt;, Ed. Harmattan, Paris, 2004, 163 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;No&#235;l B., Le bois ram&#233;al fragment&#233;, Plus de carbone pour nos sols et un outil pour une agriculture durable respectueuse de l'environnement, Centre des Techniques Agronomiques de Str&#233;e, Direction g&#233;n&#233;rale de l'Agriculture, Minist&#232;re de la R&#233;gion Wallonne, 2005, 38 p.,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;No&#235;l B., &lt;em&gt;&#201;tude comparative de l'apport au sol en conditions contr&#244;l&#233;es de Bois Ram&#233;aux Fragment&#233;s (&lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;) et de Bois Ram&#233;aux compost&#233;s, appliqu&#233;s en mulch&lt;/em&gt;, M&#233;moire pr&#233;sent&#233; pour l'obtention du dipl&#244;me d'Ing&#233;nieur chimiste et des industries agricoles, Universit&#233; Catholique de Louvain, Facult&#233; des Sciences Agronomiques, 1996 (publication &#233;dit&#233;e par le GCBR (n&#176;76)).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;No&#235;l B., &lt;em&gt;M&#233;morandum de l'usage du &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;, Le comment et le pourquoi&lt;/em&gt;, Publication GCBR n&#176; 79, 2003 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1997), 12 p., p. 06.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;No&#235;l B., &lt;em&gt;Lexique agronomique&lt;/em&gt;, sur &lt;a href=&quot;http://www.aggra.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;www.aggra.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pain I. et J., &lt;em&gt;Les m&#233;thodes Jean Pain ou Un autre jardin&lt;/em&gt;, 1981, (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1972), 88 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Perry D.A. et alii, &lt;em&gt;Bootstrapping in ecosystems&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;BioScience&lt;/em&gt;, 39, 4, 1989, p. 230-237.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pochon A.,&lt;em&gt; Les champs du possible, Plaidoyer pour une agriculture durable&lt;/em&gt;, Ed. Syros/Alternatives &#233;conomiques, Paris, 1998, 252 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Poulain D., Histoires et chronologies de l'agriculture fran&#231;aise, Ellipses, Paris, 2004, 426 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Robin P., Horticulture sans sol : histoire et actualit&#233;, in Cahiers d'&#233;conomie et sociologie rurales, n&#176;46-47, 1998, p. 97-112&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Robin P., &lt;em&gt;Le point de vue de l'agronome&lt;/em&gt;, in Aeschlimann J.-P., Feller C., Robin P., &lt;em&gt;Histoire et Agronomie, entre Ruptures et Dur&#233;e&lt;/em&gt; (Colloque Histagro), Ed. de l'IRD, 2007 (&#224; para&#238;tre).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Schling-Brodersen U., Entwicklung and Institutionalisierung der Agrikulturechemie im XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Jahrhundert : Liebig and die landwirtschaftliche Versuchsstationen, Braunscchweiger Ver&#246;ffentlichung zur Geschichte der Pharmazie und der Naturwissenschaft, Braunschweig, 1989.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Turckeim (De) B. et Bruciamacchie M., La futaie irr&#233;guli&#232;re, Th&#233;orie et pratique de la sylviculture irr&#233;guli&#232;re, continue et proche de la nature, Ed. Edisud, Aix-en-Provence, 2005, 282 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Varron, &lt;em&gt;Economie rurale&lt;/em&gt;, Livre I, 9, Belles Lettres / Bud&#233;, Collection des universit&#233;s de France, 1978.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voigt K.A., Grier C.C. et Meir C.E., Mycorrhizal role in net primary products and nutrient cycling in Abies amabilis ecosystems in western Washington, in Ecology, 1982, p. 370-380.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Waksman S.-A., &lt;em&gt;Humus, Origin, chemical composition and importance in nature&lt;/em&gt;, Ed. Williams and Wilkins Co., Baltimore. 1938, 526 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Wendt G., &lt;em&gt;Carl Sprengel und die von ihm geschaffene Mineraltheorie als fundament der neuen Pflanzenern&#228;hrungtheorie&lt;/em&gt;, Inaugural-Dissertation zur Erlangung des Doktorgrades der Mathematisch-Naturwissenschaftlischen Fakult&#228;t der Georg-August-Universit&#226;t zu G&#244;ttingen, Ernst Fischer, G&#246;ttingen, 1950, 208 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Histoire et th&#233;ories de l'&#233;cologie et de l'&#233;cologisme&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Acot P., &lt;em&gt;Histoire de l'&#233;cologie&lt;/em&gt;, PUF, 1994, 128 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alphand&#233;ry P., Bitoun P., Dupont Y., &lt;em&gt;L'&#233;quivoque &#233;cologique&lt;/em&gt;, La d&#233;couverte, Paris, 1993, 279 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Barbault R., Un &#233;l&#233;phant dans le jeu de quilles, L'homme dans la biodiversit&#233;, Seuil, Paris, 2006, 270 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bartholom&#233;e 1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;er&lt;/sup&gt;, &lt;em&gt;Pour une Journ&#233;e de la cr&#233;ation&lt;/em&gt;, in l'Ecologiste, 9/2003, p. 61-63.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bastaire J., &lt;em&gt;Pour une &#233;cologie chr&#233;tienne&lt;/em&gt;, Cerf, 2004, 88 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Belpomme D., Ces maladies cr&#233;&#233;es par l'homme, Comment la d&#233;gradation de l'environnement met en p&#233;ril notre sant&#233;, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, 380 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bennahmias J.-L. et Roche A., Des Verts de toutes les couleurs, Histoire et sociologie du mouvement &#233;colo, Albin Michel, Paris, 1992, 209 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Blanchart E. et alii, Perception et popularit&#233; des vers de terre avant et apr&#232;s Darwin, in Etude et gestion des sols, 2005, 12, 2, p. 145-151.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourg D., &lt;em&gt;Les sc&#233;narios de l'&#233;cologie&lt;/em&gt;, Hachette, Paris, 1996, 142 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourg D., &lt;em&gt;Le nouvel &#226;ge de l'&#233;cologie&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Le D&#233;bat&lt;/em&gt;, n&#176; 113, 2001, p. 92-105&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourg D., &lt;em&gt;Modernit&#233; et nature &lt;/em&gt;(Postface), in&lt;em&gt; &lt;/em&gt;Bourg D., (dir.),&lt;em&gt; Les sentiments de la nature, &lt;/em&gt;La d&#233;couverte, 1993, p. 227-246&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Colinvaux P., &lt;em&gt;Invitation &#224; la science de l'&#233;cologie, (Les man&#232;ges de la vie)&lt;/em&gt;, Seuil, Paris, 1993 (Princeton University Press, 1978), 251 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Del&#233;age J.-P., &lt;em&gt;Une histoire de l'&#233;cologie&lt;/em&gt;, Seuil, Paris, 1994 (Ed. La D&#233;couverte, 1991), 330 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Delort R. et Walter F&lt;em&gt;., Histoire de l'environnement europ&#233;en&lt;/em&gt;, PUF, Paris, 2001, 352 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Darwin C., La formation de la terre v&#233;g&#233;tale par l'action des vers avec des observations sur leurs habitudes, Ed. Syllepse, Paris, 2001, 179 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Duban F., L'&#233;cologisme aux Etats-Unis : histoire et aspects contemporains de l'environnementalisme am&#233;ricain, Ed. Harmattan/Universit&#233; de La R&#233;union, 2000, 189 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dupuy M., Les cheminements de l'&#233;cologie en Europe, Une histoire de la diffusion de l'&#233;cologie au miroir de la for&#234;t, 1880-1980, Ed. Harmattan, Paris, 2004, 297 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Drouin J.-M., &lt;em&gt;L'&#233;cologie et son histoire, R&#233;inventer la nature&lt;/em&gt;, Flammarion, Paris, 1993 (Descl&#233;e de Brouwer, 1991), 218 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Erkman S., Vers une &#233;cologie industrielle, Comment mettre en pratique le d&#233;veloppement durable dans une soci&#233;t&#233; hyper-industrielle, Ed. Charles L&#233;opold Mayer, Paris, 1998, 147 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Illich I., &lt;em&gt;La convivialit&#233;&lt;/em&gt;, Seuil, 1973.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jacob J., &lt;em&gt;Les sources de l'&#233;cologie politiques&lt;/em&gt;, Editions Panoramiques/Corlet, Cond&#233;-sur-Noireau, 1995, 179 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jacob J., &lt;em&gt;Histoire de l'&#233;cologie politique&lt;/em&gt;, Ed. Albin Michel, Paris, 1999, 361 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jonas H., &lt;em&gt;Une &#233;thique pour la nature&lt;/em&gt;, Ed. DDB (Suhrkamp Verlag, Frankfurt-am-Main, 1993), Paris, 2000 161 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Matagne P., Aux origines de l'&#233;cologie, Les naturalistes en France de 1800 &#224; 1914, Ed. CHTS, Paris, 1999, 302 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pelt J.-M., La solidarit&#233; chez les plantes, les animaux, les humains, Fayard, Paris, 2004, 196 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Roose (De) F. et Van Parijs P., La pens&#233;e &#233;cologiste, Essai d'inventaire &#224; l'usage de ceux qui la pratiquent comme de ceux qui la craignent, Ed. De Boeck, Bruxelles, 1994 (1991), 203 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Schumacher E.F., &lt;em&gt;Small is beautiful, Une soci&#233;t&#233; &#224; la mesure de l'homme&lt;/em&gt;, Seuil, Paris, 1978 (Blond and Briggs Ltd, London, 1973), 318 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Thoreau H.D., &lt;em&gt;Journal, 1837-1861&lt;/em&gt;, Ed. Deno&#235;l, Paris, 1986, 219 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vernadsky W., &lt;em&gt;La biosph&#232;re&lt;/em&gt;, Seuil, Paris, 2002 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;dition russe en 1926), 284 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Walter F., Les Suisses et l'environnement, Une histoire du rapport &#224; la nature du 18&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; nos jours, Ed. Zo&#233;, 1990, 294 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Weizs&#228;cher (von) E., Lovins A.B., Hunter-Lovins L, Facteur 4, Deux fois plus de bien-&#234;tre en consommant deux fois moins de ressources, Un rapport au Club de Rome, Editions Terre vivante, Mens, 1997, 320 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;World Resources Institute, World Resources 2000-2001, People and Ecosystems : The Fraying Web of life, Washington, 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Worster D., &lt;em&gt;Les pionniers de l'&#233;cologie, Une histoire des id&#233;es &#233;cologiques&lt;/em&gt;, Ed. Sang de la terre, Paris, 1998, (Cambridge University Press, 1985)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;White Lynn Jr, The Historical Roots of Our Ecologic Crisis, in Science, vol. 155, 1967, p. 1203-1207&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Histoire &#233;conomique et culturelle&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bairoch P., Victoires et d&#233;boires, Histoire &#233;conomique et sociale du monde du XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; nos jours , Gallimard, Paris, 1997, Trois tomes, 662 p., 1015 p., 1111 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Barles S, &lt;em&gt;L'invention des d&#233;chets urbains, France 1790-1970&lt;/em&gt;, Ed. Champ Vallon, Seyssel, 2005, 301 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Baub&#233;rot A., &lt;em&gt;Histoire du Naturisme, Le mythe du retour &#224; la nature&lt;/em&gt;, Presses Universitaires de Rennes, 2004, 351 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bedarida F., La soci&#233;t&#233; anglaise du milieu du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; nos jours, Seuil, Paris, 1990, 351 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Blanquart P., &lt;em&gt;Une histoire de la ville, Pour repenser la soci&#233;t&#233;&lt;/em&gt;, La d&#233;couverte, Paris, 1997, 194 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Blondel J.-F., Bouleau, J.-C., Tristan F., &lt;em&gt;Encyclop&#233;die du compagnonnage, Histoire, symboles et l&#233;gendes&lt;/em&gt;, Ed. Rocher, 2000, 721 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Davis M., G&#233;nocides tropicaux, Catastrophes &#233;cologiques et famines coloniales, Aux origines du sous-d&#233;veloppement, La d&#233;couverte, Paris, 2003, 479 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Foucault M., Histoire de la folie &#224; l'&#226;ge classique, Plon, Paris, 1961.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Frecot J. et Kerbs D., &lt;em&gt;Fidus 1868-1948, La pratique esth&#233;tique des mouvements d'&#233;vasion civils&lt;/em&gt; (Ed. Rogner et Bernhard, Munich, 1972).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Frecot J., &lt;em&gt;Quarante ann&#233;es de mouvement de r&#233;forme de vie en Allemagne, environ 1890-1930, Biblioth&#232;que Janos Frecot, Berlin&lt;/em&gt;, &lt;www-sul.stanford.edu/depts/hasrg/german/lebens.html&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gimeno P., L'esprit d'Ascona, pr&#233;curseur d'un &#233;cologisme spirituel et pacifiste, in Ecologie et politique, vol. 27, 2003, p. 235-244.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gimpel J., &lt;em&gt;La r&#233;volution industrielle du Moyen-Age&lt;/em&gt;, Seuil, Paris, 1975, 253 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Girardet R., &lt;em&gt;Mythes et mythologies politiques&lt;/em&gt;, Seuil, Paris, 1986, 191 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Icher F., &lt;em&gt;99 r&#233;ponses sur le compagnonnage&lt;/em&gt;, CRDP/CDDP du Languedoc-Roussillon, 1994, 210 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Kerbs D. und Reulecke J., &lt;em&gt;Handbuch der deutschen Reformbewegungen, 1880-1933&lt;/em&gt;, Ed. Peter Hammer Verlag, Wuppertal, 1998, 389 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Goff J., &lt;em&gt;La naissance du Purgatoire&lt;/em&gt;, Gallimard, Folio, Paris, 1981, 509 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Goff J., &lt;em&gt;La bourse et la vie, Economie et religion au Moyen-Age&lt;/em&gt;, Ed. Hachette, Pluriel, Paris, 1986, 150 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Goff J., Pour un autre Moyen-Age, Temps, travail et culture en Occident : 18 essais, Gallimard, Paris, 1991, (1977).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Goff J., &lt;em&gt;A la recherche du Moyen-Age&lt;/em&gt;, Seuil, Paris, 2006, 171 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lopez R.-S., The commercial revolution of the Middle-Ages (950-1350), Cambridge University Press, 1976.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#246;wy M. et Sayre R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, Le romantisme &#224; contre courant de la modernit&#233;, Payot, Paris, 1992, 306 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#233;nard G. et Miquel C., Les ruses de la technique, Le symbolisme des techniques &#224; travers l'histoire, Ed. M&#233;ridiens-Klincksieck, 1988, 389 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#233;nard G., &lt;em&gt;L'ambivalence du silex, R&#233;flexions sur la technique et son autre&lt;/em&gt;, Texte &#233;tabli &#224; partir d'une communication au colloque &#171; L'autre de la technique &#187;, Acfas, Trois-Rivi&#232;res, 1997, 03 p., &lt; &lt;a href=&quot;http://pages.mlink.net/~menardg/silex.html&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://pages.mlink.net/ menardg/sil&#8230;&lt;/a&gt;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moindrot C., &lt;em&gt;Villes et campagnes britanniques&lt;/em&gt;, Armand Colin, Coll. U, Paris, 1967, 320 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mumford L., &lt;em&gt;Technique et civilisation&lt;/em&gt;, Seuil, Paris, 1950, 415 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nipperdey T., &lt;em&gt;R&#233;flexions sur l'histoire allemande&lt;/em&gt;, Gallimard, NRF, Paris, 1992 (M&#252;nchen, C.H. Beck'sche Verlagsbuchhandlung, 1986), 353 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rapoport M., (Dir.), &lt;em&gt;Culture et Religion, Europe, XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/em&gt;, Ed. Atlande, Neuilly, 2002, 767 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Onken W., &lt;em&gt;Modellversuche mit sozialpflichtigem Boden und Geld,&lt;/em&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;em&gt; &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;59 p. &lt;www.ats20.de/blog/stories/2003/08/01/eden.html&gt; [visite de 09/2006].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pichot A., &lt;em&gt;La soci&#233;t&#233; pure, De Darwin &#224; Hitler&lt;/em&gt;, Flammarion, Paris, 2000, 458 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pois R.A., &lt;em&gt;La religion de la nature et le national-socialisme&lt;/em&gt;, Cerf (Croom Helm Ltd, Beckenham, 1986), Paris, 1993, 241 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pulliero M., &lt;em&gt;Walter Benjamin, Le d&#233;sir d'authenticit&#233;&lt;/em&gt;, Bayard, Paris, 2005, 1055 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#246;mer K, (dir.), &lt;em&gt;R&#233;alit&#233;s allemandes, La R&#233;publique f&#233;d&#233;rale d'Allemagne&lt;/em&gt;, Bertelsmann Lexicon Verlag, G&#252;tersloh, 1979 (1987 pour la traduction fran&#231;aise), 416 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sahlins M., Age de pierre, &#226;ge d'abondance, L'&#233;conomie des soci&#233;t&#233;s primitives, Gallimard, NRF, Paris, 1976 (1972), 411 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Verley P., &lt;em&gt;La r&#233;volution industrielle, 1760-1870&lt;/em&gt;, Ed. MA, Paris, 1985, 270 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Economie, physiocratie, bio&#233;conomie&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aristote, &lt;em&gt;Politique&lt;/em&gt;, Edition Gallimard, Collection Tel, 1993, 376 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chanteau J.-P., &lt;em&gt;Du constat empirique aux grilles de lecture th&#233;orique de la dynamique &#233;conomique en agriculture&lt;/em&gt;, M&#233;moire IEP sous la direction de De France H. et Janet C., UPMF, Grenoble, 1995, 202 p. + Annexes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Clerc D., &lt;em&gt;Vous avez dit &#171; &#233;conomie &#187; ?,&lt;/em&gt; in Latouche S., (dir.), &lt;em&gt;L'&#233;conomie d&#233;voil&#233;e, Du budget familiale aux contraintes plan&#233;taires&lt;/em&gt;, Ed. Autrement, S&#233;rie &#171; Mutations &#187;, n&#176; 159, 1995, 199 p., p.41-51, p. 45).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, Un mod&#232;le de d&#233;veloppement, T&#233;qui, 1989, 222 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Delatouche R. (Fils), &lt;em&gt;Le bon commerce&lt;/em&gt;, Communication aux XV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;es&lt;/sup&gt; Journ&#233;es Paysannes, Souvigny (03), (19 02 2005). A para&#238;tre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Georgescu-Roegen N., &lt;em&gt;La d&#233;croissance, Entropie-&#233;cologie-&#233;conomie&lt;/em&gt;, Ed. Sang de la terre, 1995 (Ed. P.-M. Favre, Lausanne, 1979), 254 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Grandamy R., La Physiocratie, th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement &#233;conomique, Mouton, Paris &#8211; La Haye, 1973, 148 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Larr&#232;re C., L'analyse physiocratique des rapports entre la ville et la campagne, in Etudes Rurales, n&#176; 49-50, 1973, pp. 42-68&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mar&#233;chal J.-P., Le rationnel et le raisonnable, L'&#233;conomie, l'emploi et l'environnement, PUR, 1997, 181 p&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mar&#233;chal J.-P., Aux origines bibliques de l'&#233;thique &#233;conomique, in Ecologie et politique, n&#176; 29, 2004, p. 215-226.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Martin (P&#232;re), &lt;em&gt;Production et commerce : vision classique, vision moderne&lt;/em&gt;, Communication aux XV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;es&lt;/sup&gt; Journ&#233;es Paysannes (20 02 2005). A para&#238;tre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Miquel P., &lt;em&gt;L'argent&lt;/em&gt;, Bordas, Paris, 1971, 208 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Passet R., &lt;em&gt;L'Economique et le Vivant,&lt;/em&gt; Ed. Economica, Paris, 1996, 291 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Polanyi K., &lt;em&gt;La Grande Transformation, Aux origines politiques et &#233;conomiques de notre temps&lt;/em&gt;, Gallimard, Biblioth&#232;que des sciences humaines, Paris, 1983 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;dition am&#233;ricaine en1944), 415 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quesnay F., &lt;em&gt;Physiocratie, Droit naturel, Tableau &#233;conomique et autres textes&lt;/em&gt;, GF-Flammarion, Edition &#233;tablie par Jean Cartelier, Paris, 1991, 449 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ric&#339;ur P., &lt;em&gt;D'un soup&#231;on &#224; l'autre&lt;/em&gt;, in Spire A., &lt;em&gt;L'argent, Pour une r&#233;habilitation morale&lt;/em&gt;, Editions Autrement, 1992, 204 p., p. 56-71.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner P., La &#171; science nouvelle &#187; de l'&#233;conomie politique, PUF, 1998, 128 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Culture orientale&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Berque A., Le sauvage et l'artifice, Les japonais devant la nature, Gallimard, NRF&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Breton S., Christianisme et bouddhisme, Le compatible et l'incompatible, in Esprit, 1997, volume n&#176; 06, p. 141-148, p. 147.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cheng A., &lt;em&gt;Histoire de la pens&#233;e chinoise&lt;/em&gt;, Seuil, 1997, 704 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hulin M., &lt;em&gt;Shankara et la non-dualit&#233;&lt;/em&gt;, Bayard, Paris, 2001, 278 p&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Kamenarovic I.-P., Agir, non-agir en Chine et en Occident, Du Sage immobile &#224; l'homme d'action, Cerf, 2005, 148 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Kielce A., &lt;em&gt;Le sens du Tao&lt;/em&gt;, Le Mail, 1991 (1985), 284 p.,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lenoir F., La rencontre du bouddhisme et de l'Occident, Fayard, 1999, 393 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Needham J., &lt;em&gt;La science chinoise et l'Occident, &lt;/em&gt;Seuil, Paris, 1973 (Allen &amp; Unwin Ltd, 1969), 253 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Otto R., &lt;em&gt;Mystique d'Orient et mystique d'Occident, Distinction et unit&#233;&lt;/em&gt;, Payot, Paris, 1996 (1951), 268 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pons P., &lt;em&gt;Japon : attachement s&#233;lectif &#224; la nature&lt;/em&gt;, , in Bourg D., (dir.), &lt;em&gt;Les sentiments de la nature&lt;/em&gt;, La d&#233;couverte, Paris, 1993, 247 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Percheron M., &lt;em&gt;Le Bouddha et le bouddhisme&lt;/em&gt;, Seuil, 1961, 192 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Philosophes tao&#239;stes, Lao-tseu, Tcouang-tseu, Lie-tseu&lt;/em&gt;, Gallimard, Biblioth&#232;que de La Pl&#233;iade, Paris, 1980 (1967), 776 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Raguin Y., &lt;em&gt;Bouddhisme, Christianisme&lt;/em&gt;, Ed. Epi, Paris, 1973, 134 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Shuming L., Les cultures d'Orient et d'Occident et leurs philosophies, PUF, Paris, 2000, 255 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;em&gt;Occultisme, histoire et critiques de l'occultisme&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bensaude-Vincent B. et Blondel C., (dir.), &lt;em&gt;Des savants face &#224; l'occulte, 1870-1914, &lt;/em&gt;La d&#233;couverte, Paris, 2002, 233 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Blondel C., Eusapia Palladino : la m&#233;thode exp&#233;rimentale et la &#171; diva des savants &#187;, in Bensaude-Vincent B. et Blondel C., (dir.), Des savants face &#224; l'occulte, 1870-1914, La d&#233;couverte, Paris, 2002, p. 143-171.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Berg&#233; C., L'Au-del&#224; et les Lyonnais, Mages, m&#233;diums et Francs-ma&#231;ons du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; au XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Lyon, LUGD, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bergson H., &lt;em&gt;&#171; Fant&#244;mes de vivants &#187; et &#171; recherche psychique &#187;&lt;/em&gt;, Conf&#233;rence faite &#224; la Society for psychical Research de Londres, le 28 mai 1913, in &lt;em&gt;L'&#233;nergie spirituelle&lt;/em&gt;, PUF, Quadrige, 1996, 214 p., p. 61-84.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bideau P.H., &lt;em&gt;Goethe,&lt;/em&gt; PUF, Paris, 1984, 128 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bortoft H., &lt;em&gt;La d&#233;marche scientifique de Goethe&lt;/em&gt;, Triades, Paris, 2001 (The Institute for Cultural Research, London, 1998), 159 p., p. 73).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Branly E., Archives Branly, Archives nationales 522AP, 4244.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Castellan Y., &lt;em&gt;Le spiritisme&lt;/em&gt;, Paris, PUF, 1987 (1954), 127 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Charpak G. et Broch H., &lt;em&gt;Devenez sorciers, Devenez savants&lt;/em&gt;, Ed. Odile Jacob, Paris, 2002, 224 p&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chon&#233; A., &lt;em&gt;Discours &#233;sot&#233;riques et savoirs sur l'Inde &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Analyse de la r&#233;ception de quelques notions et doctrines indiennes par Helena Blavatsky et Rudolf Steiner&lt;/em&gt;, in Maillard C., (dir.), &lt;em&gt;Recherches Germaniques &lt;/em&gt;, Num&#233;ro hors s&#233;rie n&#176; 01, &lt;em&gt;Sciences, sciences occultes et litt&#233;rature (1890-1935), &lt;/em&gt;Strasbourg, 2002, p. 27-58&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chon&#233; A., &lt;em&gt;La r&#233;ception de l'Inde chez les &#233;sot&#233;ristes occidentaux de la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &lt;/em&gt;in&lt;em&gt; Revue fran&#231;aise de Yoga&lt;/em&gt;, Ed. Dervy, n&#176; 27, 166 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Edelman N., &lt;em&gt;Histoire de la voyance et du paranormal&lt;/em&gt;, Seuil, Paris, 2006, 286 p., p. 36.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Edelman N., Spirites et neurologues face &#224; l'occulte (1870-1890) : une particularit&#233; fran&#231;aise ?, in Bensaude-Vincent B. et Blondel C., (dir.), Des savants face &#224; l'occulte, 1870-1914, La d&#233;couverte, Paris, 2002, p. 85-104&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ernst E., &lt;em&gt;Reformation oder Anthroposophie ?,&lt;/em&gt; Ed. Paul Haupt. Akademische Buchhandlung, Bern, 1924, 126 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fuent&#232;s P., Camille Flammarion et les forces naturelles inconnues, in Bensaude-Vincent B. et Blondel C., Des savants face &#224; l'occulte, 1870-1914, La d&#233;couverte, Paris, 2002, p. 105-123.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Galtier G., &lt;em&gt;Ma&#231;onnerie Egyptienne, Rose-Croix et N&#233;o-Chevalerie&lt;/em&gt;, Ed. du Rocher, Paris, 1989.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Goethe J.W., &lt;em&gt;La m&#233;tamorphose des plantes et autres &#233;crits botaniques&lt;/em&gt;, Introduction et notes de Rudolf Steiner, Triades, 1999 (1975), Traduction de Henri Bideau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Goodrick-Clarke N., &lt;em&gt;Les racines occultistes du nazisme, Les Aryosophistes en Autriche et en Allemagne, 1890-1935&lt;/em&gt;, Ed. Pard&#232;s, Puiseaux, 1989 (The Aquarian Press, Wellingborough, 1985), 343 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Guyard J., &lt;em&gt;Les sectes et l'argent&lt;/em&gt;, Commission d'enqu&#234;te, Rapport n&#176; 1687, Ed. Assembl&#233;e nationale, 1999, 347 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hemleben J., &lt;em&gt;Rudolf Steiner, Sa vie, son &#339;uvre&lt;/em&gt;, Ed. Triades (Rowohlt Taschenbuch Verlag Gmbh, Hamburg, 1963), Paris, 183 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Introvigne M. et Gordon-Melton J. (dir.), &lt;em&gt;Pour en finir avec les sectes, Le d&#233;bat sur le rapport de la commission parlementaire&lt;/em&gt;, Ed. CESNUR-Di Giovanni, Paris, 1996, 355 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jagot P.-C., &lt;em&gt;Science occulte et magie pratique&lt;/em&gt;, Drouin, Paris, 1924.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;James W., &lt;em&gt;La volont&#233; de croire&lt;/em&gt;, Flammarion, Paris, 1916 (Londres, 1897).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Joly B., &lt;em&gt;La rationalit&#233; de l'herm&#233;tisme, La figure d'Herm&#232;s dans l'alchimie &#224; l'&#226;ge classique&lt;/em&gt;, (paru dans la revue &lt;em&gt;M&#233;thodos,&lt;/em&gt; disponible sur le web &#224; l'adresse //.revues.org/document106.html, visite de 07/2006).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Mal&#233;fan P., Richet chasseur de fant&#244;mes : l'&#233;pisode de la villa Carmen, in Des savants face &#224; l'occulte, 1870-1914, La d&#233;couverte, Paris, 2002, p. 173-200.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lombroso C., &lt;em&gt;Hypnotisme et Spiritisme&lt;/em&gt;, Flammarion, Paris, 1910, 308 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#233;heust B., &lt;em&gt;Somnambulisme et m&#233;diumnit&#233; (1784-1930), Tome 1, Le d&#233;fi du magn&#233;tisme&lt;/em&gt;, Ed. Institut Synth&#233;labo pour le progr&#232;s de la connaissance, Le Plessis-Robinson, 1999, 620 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#233;heust B., &lt;em&gt;Somnambulisme et m&#233;diumnit&#233; (1784-1930),, Tome 2, Le choc des sciences psychiques&lt;/em&gt;, Ed. Institut Synth&#233;labo pour le progr&#232;s de la connaissance, Le Plessis-Robinson, 1999, 598 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#233;heust B., Devenez savants : d&#233;couvrez les sorciers, Lettre &#224; Georges Charpak, Ed. Dervy/Ed. Sorel, Paris, 2004, 179 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#233;heust B., Epist&#233;mologiquement correct, R&#233;flexions inactuelles sur la mise &#224; l'index de la m&#233;tapsychique, in Alliage, n&#176;28, 1996.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#252;cke J. et Rudolf A.-A., Souvenirs : Rudolf Steiner et l'universit&#233; de Berlin, 1899-1904, Ed. EAR, Gen&#232;ve, 1983.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P&#233;trement S., Le Dieu s&#233;par&#233;, Les origines du gnosticisme, Cerf, Paris, 1984.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sarembaud A., &lt;em&gt;L'hom&#233;opathie&lt;/em&gt;, PUF, Paris, 1999, 128 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ullrich H., &lt;em&gt;Rudolf Steiner (1861-1925)&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Perspectives, Revue trimestrielle d'&#233;ducation compar&#233;e &lt;/em&gt;Paris, UNESCO, Bureau international d'&#233;ducation, vol. XXIV, n&#176; 3/4, 1994 (91/92), p. 577-595.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Verlinde J.-M., &lt;em&gt;L'Exp&#233;rience interdite&lt;/em&gt;, Saint Paul, Versailles, 1998, 288 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Verlinde J.-M., Quand le voile se d&#233;chire&#8230;, Le d&#233;fi de l'&#233;sot&#233;risme au christianisme, Tome 1, Saint Paul, Versailles, 2000, 322 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Verlinde J.-M., La d&#233;it&#233; sans nom et sans visage, Le d&#233;fi de l'&#233;sot&#233;risme au christianisme, Tome 2, Saint Paul, Versailles, 2001, 272 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Verlinde J.-M., &lt;em&gt;Le christianisme au d&#233;fi des nouvelles religiosit&#233;s&lt;/em&gt;, Presses de la renaissance, Paris, 2002, 249 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Verlinde J.-M, &lt;em&gt;100 questions sur les nouvelles religiosit&#233;s&lt;/em&gt;, Saint Paul, Versailles, 2002, 187 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Verlinde J.-M., &lt;em&gt;Les impostures antichr&#233;tiennes, Des apocryphes au&lt;/em&gt; Da Vinci Code, Ed. Presses de la Renaissance, Paris, 2006, 444 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;em&gt;Epist&#233;mologie, philosophie, histoire des sciences et techniques&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Anders G., &lt;em&gt;L'obsolescence de l'homme, Sur l'&#226;me &#224; l'&#233;poque de la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle&lt;/em&gt;, Ed. Ivrea/Encyclop&#233;die des nuisances, Paris, 2002 (CH Beck Verlag, M&#252;nchen, 1956), 363 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arendt H., &lt;em&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/em&gt;, Ed. Calman-L&#233;vy/Pocket, Paris, 1983, 406 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arendt H., La crise de la culture, Huit exercices de pens&#233;e politique, Gallimard, Folio, Paris, 1972, 380 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arendt H., &lt;em&gt;Consid&#233;rations morales&lt;/em&gt;, Ed. Payot &amp; Rivages, Paris, 1996, 79 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aristote, &lt;em&gt;La M&#233;taphysique,&lt;/em&gt; Ed. Presses pocket, Agora, Paris, 1991, 558 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aristote, &lt;em&gt;R&#233;futations sophistiques&lt;/em&gt;, traduction J. Tricot, Paris, 1939.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bacon F., (Sir), &lt;em&gt;La Nouvelle Atlantide&lt;/em&gt;, Payot, Paris, 1983.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Barreau H., S&#233;parer et rassembler, Quand la philosophie dialogue avec les sciences, Ed. Diano&#239;a, Chenevi&#232;res-sur-Marne, 2004, 91 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ben Makhlouf A., &lt;em&gt;Entretien&lt;/em&gt;, in Ast&#233;rion, n&#176; 01, juin 2003, &lt;http//asterion.revues.org/document19.html&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Beno&#238;t P., La th&#233;ologie au XIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : une science pas comme les autres, in Serres M., El&#233;ments d'histoire des sciences, Bordas, 1989, p. 177-195.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bensaude-Vincent B. et Stengers I., &lt;em&gt;Histoire de la chimie&lt;/em&gt;, Editions La d&#233;couverte, Paris, 2001 (1992), 360 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Berdiaev N., &lt;em&gt;Le sens de l'histoire&lt;/em&gt;, Aubier-Montaigne, Paris, 1948.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Berdiaev N., La fin de la Renaissance, A propos de la crise contemporaine de la culture, in Le nouveau Moyen-Age, L'Age d'Homme, 1985 (1924), 141 p., p. 22-23.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Berdiaeff N., Christianisme Marxisme, Conception chr&#233;tienne et conception marxiste de l'histoire, Le Centurion, 1975, 95 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bonaventure (Saint), &lt;em&gt;Itin&#233;raire de l'esprit vers Dieu&lt;/em&gt;, trad. H. Dum&#233;ry, Vrin, Paris, 1960.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Borella J., &lt;em&gt;La crise du symbolisme religieux&lt;/em&gt;, L'&#194;ge d'Homme, Lausanne, 1980.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bouilloud J.-P., L'&#233;pist&#233;mologie des sciences sociales aujourd'hui, in Blanckaert C., (dir.), L'histoire des sciences de l'homme, Trajectoire, enjeux et questions vives, L'Harmattan, 1999, 308 p., p. 219-243.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourg D., &lt;em&gt;L'homme-artifice, Le sens de la technique&lt;/em&gt;, Gallimard, Paris, 1996, 355 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourg D., Nature et technique, Essai sur l'id&#233;e de progr&#232;s, Hatier, Paris, 1997, 80 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourg D. et Besnier J.-M., (dir.), &lt;em&gt;Peut-on encore croire au progr&#232;s ?&lt;/em&gt;, PUF, Paris, 2000, 280 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bourg D., Sciences, nature et modernit&#233;, in Ecologie et politique, n&#176;11/12, Hiver 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Boyer A., &lt;em&gt;Introduction &#224; la lecture de Karl Popper&lt;/em&gt;, Presses de l'ENS, Paris, 1994.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Brague R., La sagesse du monde, Histoire de l'exp&#233;rience humaine de l'univers, Fayard, Paris, 1999, 333 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Brisson L., &lt;em&gt;Mythe et savoir&lt;/em&gt;, in Brunschwig J., Lloyd G., (dir.), &lt;em&gt;Le savoir grec&lt;/em&gt;, Paris, Flammarion, 1996, 1095 p., p. 77-88&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Derrida J., &lt;em&gt;Introduction&lt;/em&gt; &#224; Husserl E., &lt;em&gt;L'origine de la g&#233;om&#233;trie&lt;/em&gt;, PUF, Paris, 2004 (1936), 219 p., p. 03-171.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ehrenberg E., &lt;em&gt;La Fatigue d'&#234;tre soi&lt;/em&gt;, Ed. Odile Jacob, 2000, 448 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eliade M., &lt;em&gt;Oc&#233;anographie&lt;/em&gt;, Livre de poche, Paris, 1993, 250 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eliade M.,&lt;em&gt; Le sacr&#233; et le profane,&lt;/em&gt; Folio, Essais, 1997, (1957), 185 p&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ferrari J., L'objet de la th&#233;orie physique et la r&#233;alit&#233;, Les nouveaux enjeux philosophiques, in Schulthess D., (dir.), La nature, Th&#232;mes philosophiques, th&#232;mes d'actualit&#233;s, in Cahiers de la revue de th&#233;ologie et de philosophie, 18, (Actes du XXV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s de l'Association des Soci&#233;t&#233;s de philosophie de langue fran&#231;aise, Lausanne, 25-28/08/1994), Gen&#232;ve-Lausanne-Neuch&#226;tel, 1996, 726 p., p. 19-41.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fink E., &lt;em&gt;La philosophie tardive de Husserl&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Proximit&#233; et distances, Essais et conf&#233;rences ph&#233;nom&#233;nologiques&lt;/em&gt;, Ed. J&#233;r&#244;me Millon, Grenoble, 1994 (Friburg-M&#252;nchen, Karl Alber Verlag, 1976), 269 p., p.169-187.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Frankl V., &lt;em&gt;D&#233;couvrir un sens &#224; sa vie avec la logoth&#233;rapie&lt;/em&gt;, Ed. de l'Homme, Ivry, 1993 (1988), 165 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Frankl V., &lt;em&gt;R&#233;flexions sur la pathologie de l'esprit contemporain, &lt;/em&gt;Communication donn&#233;e lors du 9&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; symposium de la psychiatrie, Seefeld, Autriche, 19/09/1992, in Pelicier Y., &lt;em&gt;Pr&#233;sence de Frankl&lt;/em&gt;, Actes du colloque autour de l'&#339;uvre de Viktor E. Frankl (Paris, 1992), Ed. du Tricorne, Gen&#232;ve, 1996, 126 p., p. 09-19.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Funkenstein A., &lt;em&gt;Th&#233;ologie et imagination scientifique, Du Moyen-Age au XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/em&gt;, PUF, Paris, 1995 (Princeton University Press, 1986), 478 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Furley D., &lt;em&gt;Cosmologie,&lt;/em&gt; in Brunschwig J., Lloyd G., (dir.), &lt;em&gt;Le savoir grec&lt;/em&gt;, Paris, Flammarion, 1996, 1095 p., p. 315-337.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gilson E., &lt;em&gt;Le r&#233;alisme m&#233;thodique&lt;/em&gt;, T&#233;qui, Paris, 1935, 103 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gilson E., Plaidoyer pour la servante, in L'ath&#233;isme difficile, Vrin, Paris, 1979, 96 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ginzburg C., Traces. Racines d'un paradigme indiciaire, in Mythes, embl&#232;mes, traces, Morphologie et histoire, Flammarion, Paris, 1989, p. 139-180.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ginzburg C., &lt;em&gt;Le juge et l'historien, Consid&#233;rations en marge du proc&#232;s Sofri,&lt;/em&gt; Verdier, Lagrasse, 1997, (Giulio Einaudi, Torino, 1991), 190 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Granger G.-G., &lt;em&gt;La raison&lt;/em&gt;, PUF, 1993 (1955), 128 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Heidegger M., &lt;em&gt;La question de la technique&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;Essais et conf&#233;rences&lt;/em&gt;, Gallimard, Paris, 1958 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. Allemande en 1954).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Husserl E., &lt;em&gt;L'origine de la g&#233;om&#233;trie&lt;/em&gt;, PUF, Epim&#233;th&#233;e, Paris, 2004 (1936), 219 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Husserl E., La crise des sciences europ&#233;ennes et la ph&#233;nom&#233;nologie transcendantale, Gallimard, Tel, Paris, 1976 (1954), 589 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Husserl E., &lt;em&gt;La terre ne se meut pas&lt;/em&gt;, Ed. Minuit, Paris, 1989, 94 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jean-Paul II, &lt;em&gt;Foi et raison&lt;/em&gt;, Lettre encyclique &lt;em&gt;Fides et ratio&lt;/em&gt;, Ed. Pierre T&#233;qui, Paris, 1998, 156 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ladri&#232;re J., &lt;em&gt;La Foi chr&#233;tienne et le Destin de la raison&lt;/em&gt;, Cerf, Cogiatio Fidei, 2004, 367 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ladri&#232;re J., Les enjeux de la rationalit&#233;, Le d&#233;fi de la science et de la technologie aux cultures, Aubier / Unesco, 1977, 221 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Legendre P., L'inestimable objet de la transmission, Etude sur le principe g&#233;n&#233;alogique en Occident, Fayard, Paris, 1985, 408 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Legendre P., La 901&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; conclusion, Etude sur le th&#233;&#226;tre de la Raison, Fayard, Paris, 1998, 464 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Legendre P., &lt;em&gt;La fabrique de l'homme occidental&lt;/em&gt;, Ed. Mille et une nuits / Arte, Paris, 1996, 55 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Leibniz G. W., &lt;em&gt;Principes de la Nature et de la Gr&#226;ce&lt;/em&gt;, in Leibniz, G. W, &lt;em&gt;Principes de la Nature et de la Gr&#226;ce&lt;/em&gt;, suivi de &lt;em&gt;Monadologie &lt;/em&gt;et autres textes 1703-1716, Flammarion, GF, Paris, 1996, 322 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#233;vinas E., De l'Un &#224; l'autre : transcendance et temps, in Cahier de l'Herne &#171; Emmanuel L&#233;vinas &#187;, Livre de poche, Paris, 1991, 627 p., p. 29-49.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lloyd G.E.R., &lt;em&gt;Origines et d&#233;veloppement de la science grecque&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Magie, raison et exp&#233;rience&lt;/em&gt;, Flammarion (Cambridge University Press, 1979), Paris, 1990, 488 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Magnin T., Entre science et religion, Qu&#234;te de sens dans le monde pr&#233;sent, Ed. Rocher, Paris, 1998, 266 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Maldam&#233; J.-M., Le Christ et le cosmos, L'Univers du Big Bang, Vrin, Paris, 2001, 248 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mandosio J.-M., &lt;em&gt;Apr&#232;s l'effondrement, Notes sur l'utopie n&#233;otechnologique&lt;/em&gt;, Editions de l'encyclop&#233;die des nuisances, Paris, 2000, 221 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marx K., &lt;em&gt;Le capital,&lt;/em&gt; (3 livres), &#201;ditions sociales, Paris, 1967 (1867).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marx K., &lt;em&gt;Manifeste du Parti communiste&lt;/em&gt;, Le livre de poche, 2000, (1848), 158 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marx K., &lt;em&gt;Lettre &#224; Engels&lt;/em&gt;, 8 octobre 1858, in Riesel R., &lt;em&gt;OGM : la soci&#233;t&#233; industrielle en proc&#232;s&lt;/em&gt;, in &lt;em&gt;l'Ecologiste&lt;/em&gt;, Volume 1, n&#176; 01, 2000, p. 67-71.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Namer E., &lt;em&gt;L'affaire Galil&#233;e&lt;/em&gt;, Ed. Gallimard/Julliard, Paris, 1975, 266 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;doncelle M., &lt;em&gt;Vers une philosophie de l'amour et de la personne&lt;/em&gt;, Ed. Aubier-Montaigne, Paris, 1957.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pic de La Mirandole J., &lt;em&gt;De la dignit&#233; de l'homme&lt;/em&gt;, Ed. de l'Eclat, Paris, 1993.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Platon, &lt;em&gt;Sophiste, Politique, Phil&#232;be, Tim&#233;e, Critias&lt;/em&gt;, Ed. Flammarion, GF, Paris, Traduction Emile Chambry, 1989, 512 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Popper K., &lt;em&gt;Realism and the Aim of Science&lt;/em&gt;, Ed. Rowman and Littlefield, New-Jersey, 1983.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Potdevin G., &lt;em&gt;La v&#233;rit&#233;&lt;/em&gt;, Quintette, Paris, 1988, 64 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Raynova Y., Nature et logos : la r&#233;ponse d'Edith Stein, in Schulthess D., (dir.), La nature, Th&#232;mes philosophiques, th&#232;mes d'actualit&#233;s, in Cahiers de la revue de th&#233;ologie et de philosophie, 18, (Actes du XXV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s de l'Association des Soci&#233;t&#233;s de philosophie de langue fran&#231;aise, Lausanne, 25-28/08/1994), Gen&#232;ve-Lausanne-Neuch&#226;tel, 1996, 726 p., p. 628-632..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Richir M., &lt;em&gt;Lieu et non-lieux de la philosophie&lt;/em&gt; in &lt;em&gt;Autrement&lt;/em&gt;, n&#176; 102, 1988,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Richir M., &lt;em&gt;Science et monde de la Vie, la question de l'&#171; &#233;thique &#187; et de la science&lt;/em&gt;, &lt;http &lt;img alt=&quot;:/&quot; title=&quot;:/&quot; class=&quot;no_image_filtrer format_png&quot; src=&quot;http://www.ecolotech.eu/extensions/indispensables/couteau_suisse/img/smileys/mouais.png&quot; width=&quot;19&quot; height=&quot;19&quot;/&gt;/multitudes.samizdat.net/Science-et-monde-de-la-Vie-la.html&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Saiman J., &lt;em&gt;Les fronti&#232;res de la philosophie : n'y a-t-il de philosophie qu'en Occident ? &lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://philo.pourtous.free.fr/Articles/Julien/les
frontieres
de
la
philosophie.htm&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://philo.pourtous.free.fr/Articles/Julien/les
frontieres
de
la
philosophie.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Scheler M., &lt;em&gt;Probl&#232;mes de sociologie de la connaissance&lt;/em&gt;, PUF, Paris, 1993 (Der Neue-Geist Verlag, Leipzig, 1926), 283 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Scheidecker-Chevallier M., De la Mati&#232;re vivante &#224; la Vie brevet&#233;e, Ellipses, Paris, 2005, 128 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Schr&#246;dinger E., Qu'est-ce que la vie ?, De la physique &#224; la biologie, Seuil, 1986, (1967), 242 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stengers I., &lt;em&gt;L'invention des sciences modernes&lt;/em&gt;, Flammarion, Paris, 1995, 211 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stengers I., L'affinit&#233; ambigu&#235;, Le r&#234;ve newtonien de la chimie du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, in Serres, M., (Dir.), El&#233;ments d'histoire des sciences, Bordas, Paris, 1994, (1989), 576 p., p. 297-319.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Thuillier P., La revanche des sorci&#232;res, L'irrationnel et la pens&#233;e scientifique, Belin, Paris, 1997, 159 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Thuillier P., Un d&#233;bat fin de si&#232;cle : la &#171; faillite de la science &#187;, in Science et soci&#233;t&#233;, Essai sur les dimensions culturelles de la science, Fayard, Livre de poche, Paris, p. 224-242&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Thuillier P., Les j&#233;suites ont-ils &#233;t&#233; des pionniers de la science ? in D'archim&#232;de &#224; Einstein, Les faces cach&#233;es de l'invention scientifique, Fayard, Le livre de poche, Paris, 1988, 416 p., p.177-191.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Urs von Balthasar H., &lt;em&gt;Dieu et l'homme d'aujourd'hui&lt;/em&gt;, DDB, Paris, 1966 (1958), 342 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Urs von Balthasar H., &lt;em&gt;La gloire et la croix, IV&lt;/em&gt;, Aubier, Paris, 1981.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Waldenfels H., &lt;em&gt;Manuel de th&#233;ologie fondamentale&lt;/em&gt;, Cerf, Cogitatio Fidei, Paris, 1997.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Weber M., &lt;em&gt;Le savant et le politique&lt;/em&gt;, UGE 10/18, Paris, 1994 (1963), 223 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Weibel B., &lt;em&gt;Edith Stein, prisonni&#232;re de l'Amour&lt;/em&gt;, T&#233;qui, Paris, 2002, 141 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Whitehead A.-N., &lt;em&gt;La science et le monde moderne&lt;/em&gt;, Ed. du rocher (Cambridge University Press, 1926), Paris, 1994, 247 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Wittgenstein L., &lt;em&gt;Tractatus logico-philosophicus&lt;/em&gt;, Gallimard, Paris, 1993, (Routledge et Kegan, 1922), 128 p.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Annexe : rapports de soutenance&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;RAPPORT SUR LA THESE DE MONSIEUR YVAN BESSON :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;HISTOIRE DE L'AGRICULTURE BIOLOGIQUE : UNE INTRODUCTION AUX FONDATEURS, Sir Albert Howard, Rudolf Steiner, le couple M&#252;ller et Hans Peter Rusch, Masanobu Fukuoka.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Universit&#233; Technologique de Troyes &#8211; janvier 2007&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1. CONSIDERATIONS GENERALES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son introduction, Yvan Besson se r&#233;clame de la position d'historien des sciences, en particulier agronomiques. Toutefois, d&#232;s l'expos&#233; des premiers chapitres, sa d&#233;marche s'&#233;largit &#224; la philosophie, l'&#233;pist&#233;mologie et de fa&#231;on plus ponctuelle, &#224; l'&#233;conomie et la biologie. Il s'agit donc d'un travail transversal, ce qui est parfaitement justifi&#233; par l'objet de recherche : la gen&#232;se de l'agriculture biologique, ou plus pr&#233;cis&#233;ment, la mani&#232;re dont les th&#233;oriciens et chercheurs fondateurs ont &#233;labor&#233; leurs id&#233;es et repr&#233;sentations th&#233;oriques. En effet, il ne s'agit pas ici d'un travail visant &#224; &#233;tudier l'agriculture biologique actuelle et pass&#233;e en tant qu'ensemble de techniques agronomiques appliqu&#233;es par une population d'agriculteurs, et ce choix, nettement explicit&#233; d'entr&#233;e, n'est pas critiquable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Les objectifs poursuivis par Yvan Besson sont clairement expos&#233;s dans l'introduction (p.19) :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Retracer les origines intellectuelles et scientifiques des courants de l'agrobiologie par l'&#233;tude des textes de ceux qu'il nomme les fondateurs : Rudolf Steiner, Albert Howard, Hans Peter R&#252;sch et Masanobu Fukuoka.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Analyser la critique sociale dans leurs &#233;crits, et &#233;galement dans leur pratique d'intellectuels agissants, en s&#233;parant visions &#233;conomiques et culturelles de la critique de la rationalit&#233; chez Rudolf Steiner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Evaluer la port&#233;e de la critique agronomique de ces auteurs par rapport &#224; la science agronomique &#171; dominante &#187;, incarn&#233;e &#224; l'&#233;poque par la chimie agricole principalement,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Evaluer la coh&#233;rence interne de chacune de ces d&#233;marches th&#233;oriques, ainsi que les &#233;l&#233;ments de diff&#233;renciation et de similitude entre elles,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, rechercher dans les &#339;uvres de chacun d'entre eux, la mani&#232;re dont se pose la question de l'artificialisation de la nature par l'agriculture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ensemble de la recherche, apr&#232;s avoir class&#233; les &#339;uvres selon la nature de leurs apports, doit d&#233;boucher sur la notion de fertilit&#233;, d&#233;clin&#233;e sous plusieurs formes (capital de fertilit&#233;, ressource existant originellement, source en milieu forestier, etc&#8230;), et son entretien ou son am&#233;lioration par l'utilisation de la m&#233;thode reposant sur l'apport de bois ram&#233;al fragment&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce cheminement intellectuel qui part de la &#171; perspective historique et de l'&#233;valuation &#233;pist&#233;mologique &#187; (p.22) pour d&#233;boucher finalement sur la remise en cause de l'agriculture comme pratique anti-naturelle destructrice de fertilit&#233;, et sur la perspective d'une agriculture exclusivement v&#233;g&#233;tale n'est pas annonc&#233;e comme telle dans l'introduction. Nous reviendrons sur cette modification de la probl&#233;matique en cours d'expos&#233; dans le m&#233;moire, et sur ces cons&#233;quences pour la port&#233;es des conclusions de la recherche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plan de la th&#232;se est calqu&#233; sur l'&#233;nonc&#233; des questions rappel&#233;es ci-dessus, et s'organise en quatre parties d'importance tr&#232;s in&#233;gale :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;une premi&#232;re consacr&#233;e &#224; la pr&#233;sentation de la biographies de chacun des grands auteurs retenus, ainsi qu'&#224; des personnalit&#233;s associ&#233;es dont le r&#244;le a &#233;t&#233; essentiel : Ehrenfried Pfeiffer pour Rudolf Steiner, Hans et Maria M&#252;ller pour Hans Peter R&#252;sch.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;la seconde, intitul&#233;e &#171; l'agriculture biologique comme critique sociale &#187; est tr&#232;s volumineuse et contient pour une moiti&#233;, soit une centaine de pages, une analyse du rationalisme dans l'agriculture biodynamique et dans les &#233;crites de Rudolf Steiner. Ce choix est &#224; mon sens regrettable, non sur le fond, car ce texte me semble pr&#233;senter un grand int&#233;r&#234;t, mais parce que le plan de la th&#232;se se trouve ainsi manquer de coh&#233;rence. Il aurait &#233;t&#233; bien pr&#233;f&#233;rable de faire un plan en cinq parties, quitte &#224; sacrifier aux r&#232;gles du formalisme en la mati&#232;re. Si ce choix avait &#233;t&#233; fait, cette partie aurait &#233;t&#233; utilement plac&#233;e apr&#232;s celle consacr&#233;e &#224; &#171; l'ensemble technique agrobiologique &#187; (la troisi&#232;me dans le plan retenu).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;la quatri&#232;me, annonc&#233;e comme portant sur le projet fondateur de l'agriculture biologique aborde surtout la question du rapport nature/agriculture, et ensuite, mais non secondairement, le r&#244;le de la for&#234;t sur la cr&#233;ation et l'entretien de la fertilit&#233; du sol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La recherche d'Yvan Besson s'appuie sur une liste tr&#232;s compl&#232;te des &#339;uvres des fondateurs, ainsi que sur des entretiens avec des acteurs du mouvement d'agriculture biologique : chercheurs, partenaires ayant accompagn&#233; des r&#233;flexions th&#233;oriques sur les m&#233;thodes et les fondements de cette conception de l'agriculture, techniciens, agriculteurs, etc&#8230;Plusieurs textes, disponibles seulement en langue anglaise ou allemande, ont d&#251; faire l'objet d'une traduction par l'auteur de la th&#232;se. Ce terrain tr&#232;s riche, et plut&#244;t &#233;tendu, a pu &#234;tre explor&#233; avec succ&#232;s par le recours &#224; un appareil th&#233;orique mobilisant, comme nous l'avons d&#233;j&#224; fait remarquer plus haut, des outils de diff&#233;rentes disciplines : philosophie des sciences, histoire, &#233;pist&#233;mologie, mais aussi &#233;conomie, biologie, agronomie et p&#233;dologie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me si elle souffre de certaines insuffisances, cette approche qui rel&#232;ve presque de l'encyclop&#233;disme donne &#224; la th&#232;se un contenu tr&#232;s riche et permet de faire une synth&#232;se sur quelques grandes questions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux th&#232;mes en particulier m&#233;ritent &#224; mon avis d'&#234;tre retenus comme &#233;tant des sujets sur lesquels Yvan Besson a fait avancer significativement la r&#233;flexion th&#233;orique :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;la rationalit&#233; dans l'agriculture biodynamique face &#224; l'&#233;sot&#233;risme et au rapport &#224; l'occultisme de son fondateur Rudolf Steiner&lt;/p&gt; &lt;p&gt;la question de la nutrition et de l'alimentation des plantes par l'humus, la critique de la chimie agricole de Justus von Liebig et la n&#233;cessaire prise en compte du sol et de la vie du sol&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur un plan plus concret, on peut retenir l'int&#233;ressante proposition de classification des travaux des fondateurs en fonction de leurs pr&#233;conisations d'intervention sur la &#171; nature &#187; &#224; partir d'&#233;l&#233;ments organiques pour la fertilisation : du compost en fosse (Albert Howard), puis en tas (Rudolf Steiner) au compostage de surface (Hans Peter Rusch) jusqu'&#224; l'absence d'intervention (Masanobu Fukuoka).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, on peut relever certaines absences dans la bibliographie, pourtant tr&#232;s abondante sauf pour l'agronomie. On citera, entre autres :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alain GRAS sur les questions de domination de l'homme par la technique, ainsi que Jacques ELLUL sur ce sujet (il est cit&#233; par ailleurs)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ALEXANDRIAN (les socialistes romantiques), &#224; propos de la critique romantique du capitalisme au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claude REBOUL (Monsieur le Capital et Madame la Terre) sur les questions de capital de fertilit&#233;,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Michel CEPEDE, &#224; propos de physiocratie dans l'analyse de l'agriculture contemporaine, en particulier dans les pays en d&#233;veloppement,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Serge LATOUCHE, pour ses nombreux &#233;crits sur la d&#233;croissance, &#224; peine &#233;voqu&#233;e dans le chapitre consacr&#233; &#224; la critique &#233;conomique et sociale par les fondateurs,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Luc FERRY (&lt;em&gt;Le nouvel ordre &#233;cologique&lt;/em&gt;) lorsqu'il critique la contestation romantique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Andr&#233;-Georges HAUDRICOURT (&lt;em&gt;La technologie : science humaine&lt;/em&gt;), &#224; propos des relations entre agriculture et repr&#233;sentations religieuses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au plan formel, on peut regretter le parti pris d'ins&#233;rer dans le texte de nombreuses citations, souvent trop longues. Par ailleurs, les notes de bas de page, tr&#232;s fournies, se r&#233;v&#232;lent quelquefois plus int&#233;ressantes que le texte lui-m&#234;me, et &#224; ce titre m&#233;riteraient d'y figurer. Prenons deux exemples seulement pour illustrer cette critique : la note n&#176;226, p.76, qui donne une &#233;clairage utile sur l'apparition de la notion de &#171; terre vivante &#187;, et la note n&#176;436, p.119 qui explicite les termes de la discussion initi&#233;e par Marshall Sahlins dans &#171; Age de pierre, &#226;ge d'abondance &#187; au sujet du rapport entre abondance des ressources et incitation &#224; l'effort productif agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, si les titres et sous-titres sont souvent explicites et bien choisis, les paragraphes sont pr&#233;sent&#233;s de mani&#232;re trop dense, ceci rendant la lecture quelquefois ardue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;2. REMARQUES ANALYTIQUES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 104/108. On peut s'interroger sur l'utilit&#233; du d&#233;tour par Aristote .&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 110. L'analyse des th&#233;ories physiocratiques est un peu courte &#224; mon avis, en ce que la notion de produit net apport&#233; par l'agriculture pourrait faire l'objet d'une r&#233;flexion plus pouss&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 141. Conclusion int&#233;ressante sur la vision a-&#233;conomique de la nature chez Steiner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Question &#224; discuter : peut-on faire un parall&#232;le entre les diff&#233;rences de conception sur l'&#233;conomie, qui s&#233;parent d&#8216;un c&#244;t&#233; Rusch et Steiner, et de l'autre Howard et Fukuoka ? En d'autres termes, retrouve-t-on cette m&#234;me partition &#224; propos de l'intervention sur la nature, ou du compost par exemple. En fait, la suite de l'&#233;tude va montrer que non, puisque Howard et Fukuoka sont les plus &#233;loign&#233;s sur ces deux questions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 150 Il ne s'agit pas d'un bilan &#233;conomique de l'action du couple Howard, mais plut&#244;t d'un bilan de l'activit&#233; de diffusion et de formation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 152 L'affirmation selon laquelle l'agriculture biologique (ou durable) peut devenir moins ch&#232;re moyennant certaines modifications dans les structures de l'&#233;conomie est tr&#232;s discutable, voire fausse. D&#232;s lors que l'on prend en compte le co&#251;t du renouvellement des ressources, et de l'absence de pollutions, une telle agriculture pr&#233;sente obligatoirement un co&#251;t &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la partie consacr&#233;e &#224; l'&#233;conomie, on aurait d&#251; trouver une r&#233;f&#233;rence au courant de pens&#233;e qui se d&#233;veloppe sur le th&#232;me de la d&#233;croissance, ainsi que sur la relocalisation de l'&#233;conomie. Par ailleurs, la justification du fait que l'analyse est beaucoup plus fouill&#233;e pour Howard et Fukuoka que pour Rusch et Steiner n'est pas tr&#232;s convaincante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 158 A propos de la critique rationaliste de la th&#233;orie de Steiner, il aurait &#233;t&#233; int&#233;ressant de replacer l'&#233;mergence de cette recherche dans le contexte des id&#233;es de l'&#233;poque, en particulier pour l'hypnose, le spiritisme, etc.. Dans des domaines autres que l'agriculture, mais proches de ceux abord&#233;s par Steiner, l'exploration des ph&#233;nom&#232;nes li&#233;s au psychisme ont fait appel &#224; des concepts similaires (Freud).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P.196 L'hypoth&#232;se de compatibilit&#233; partielle entre &#171; fa&#231;on moderne de faire de la science et la fa&#231;on dont certains adeptes de l'occultisme tendent &#224; ou esp&#232;rent construire et valider leur savoir &#187; est particuli&#232;rement importante. Le travail engag&#233; ici par Yvan Besson, comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; soulign&#233; plus haut, constitue aujourd'hui &#224; ma connaissance le dossier le plus complet sur cette question. Cependant, la conclusion &#233;nonc&#233;e &#224; la page 203 para&#238;t manquer d'ampleur suite &#224; la richesse de l'argumentation expos&#233;e dans les pages qui pr&#233;c&#232;dent : &#171; L'agriculture biologique, parmi d'autres pratiques contemporaines, fond&#233;e sur l'agriculture anthroposophique, selon un discours encore dominant chez les agrobiologistes, m&#232;nerait ainsi largement au-del&#224; de l'agronomie et de l'&#233;conomie, puisque, via la compr&#233;hension des faits surnaturels all&#233;gu&#233;s par l'anthroposophie, il faudrait r&#233;apprendre &#224; consid&#233;rer s&#233;rieusement la th&#233;ologie et les discours religieux sur l'existence d'un &#171; autre monde &#187; &#187;. Deux commentaires s'imposent :&lt;/p&gt; &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; le caract&#232;re dominant d'un tel discours chez les agrobiologistes n'est pas du tout certain. D'ailleurs, que faut-il entendre ici par agrobiologistes : producteurs, consommateurs, chercheurs et acteurs divers&#8230; ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; il existe sans doute toute une s&#233;rie d'attitudes allant d'une simple contestation des d&#233;marches scientifiques majoritaires aujourd'hui jusqu'&#224; cette reconsid&#233;ration du religieux. L'enthousiasme r&#233;sultant d'une longue d&#233;monstration a sans doute emp&#234;ch&#233; l'auteur de se livrer &#224; un discours plus nuanc&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;p&gt;P. 219 et 220. Le d&#233;tour par les philosophies et religions de l'Orient est bienvenu, d'autant plus que Steiner a puis&#233; &#224; certaines de ces sources. A ce propos, on retiendra en particulier cette phrase (p.22) : &#187;Vouloir que le monde soit sens&#233; est donc tout aussi important que d'en d&#233;couvrir des indices ou des preuves &#187;, sans savoir pr&#233;cis&#233;ment si l'auteur la rapporte comme &#233;tant un acquis de ces philosophies orientales, ou s'il l'a fait sienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ensemble constitu&#233; par les pages 240 &#224; 250 est un excellent r&#233;sum&#233; conclusif de la critique rationaliste de Steiner. Yvan Besson y adopte des positions claires, et courageuses. L'id&#233;alisme de Steiner &#233;tant rappel&#233;, il d&#233;clare (p. 248) : &#171; Nous pouvons donc conclure, au moins, que l'id&#233;ologie anthroposophique est une sorte de spiritisme. &#187;. Et il ajoute que l'origine des r&#232;gles de la composition des pr&#233;parations bio-dynamiques et des proc&#233;dures &#224; mettre en &#339;uvre pour les rendre efficaces est &#171; inaccessible au savoir scientifique &#187;, allant jusqu'&#224; &#233;voquer, pour l'agriculteur biodynamiste, une posture de &#171; pr&#234;tre &#187; se livrant &#224; des &#171; rites &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, ces citations, hors de leur contexte, ne doivent pas masquer le fait que selon Yvan Besson, &#171; la compr&#233;hension difficile et partielle de l'&#233;sot&#233;risme steinerien ouvre n&#233;anmoins (&#8230;) au d&#233;passement rigoureux et raisonnable (&#8230;) du scientisme &#233;troit &#187; (p. 250).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, &#224; l'issue de la conclusion de cette tr&#232;s longue seconde partie, au-del&#224; des int&#233;ressantes consid&#233;rations sur les racines urbaines de la culture occidentale et de la difficult&#233; des religions du Dieu r&#233;v&#233;l&#233; &#224; prendre en compte la nature, nous retiendrons une phrase lourde de sens, &#224; laquelle on peut adh&#233;rer : &#171; Si l'on ne go&#251;te pas &#224; l'&#233;sot&#233;risme, qui , n&#233;anmoins &#233;tudi&#233; avec un recul historique suffisant, ouvre raisonnablement au d&#233;passement du scientisme &#233;troit, et si l'on ne partage pas plus l'id&#233;ologie du non-agir et de l'immobilit&#233; fukuokienne, c'est du c&#244;t&#233; des fondateurs europ&#233;ens que l'on pourrait chercher &#224; creuser les alternatives agricoles et sociales d'aujourd'hui et demain, pour les bases d'une &#233;conomie &#233;cologique progressiste &#187;. Encore serait-il utile de pr&#233;ciser ce que recouvre ici l'adjectif &#171; progressiste &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si on suit bien Yvan Besson, il faut donc ne conserver que les th&#233;ories scientifiques fondatrices de l'agriculture biologique de Rusch-M&#252;ller et de Howard. Notons toutefois que les crit&#232;res retenus pour rejeter Steiner et Fukuoka, de ce point de vue, ne sont pas de m&#234;me nature : pour celui l&#224;, c'est l'argument scientifique qui est invoqu&#233;, pour celui-ci, c'est celui de la diff&#233;rence enter culture orientale et culture occidentale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 255. La notion de pragmatisme humique est mal d&#233;finie et peu claire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 259. Le choix de ne pas travailler le probl&#232;me des pesticides est certes justifi&#233; par le fait qu'il n'y est gu&#232;re fait mention dans les &#233;crits des fondateurs. Cependant, ceci limite &lt;em&gt;de facto&lt;/em&gt; la probl&#233;matique au domaine de l'historien des sciences, ce qui est dommage au regard des enjeux actuels de l'agriculture durable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En outre, le texte de la page 325 fait ressortir que la v&#233;ritable raison du choix de ne traiter que la question des fertilisants trouve son origine dans la focalisation d'Yvan Besson sur la fertilit&#233; vue comme un capital.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 266. La notion de &#171; largeur de rationalit&#233; &#187; est particuli&#232;rement bienvenue dans cette th&#232;se qui consacre de longs d&#233;veloppements &#224; la rationalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 276/277. Il y a l&#224; un passage cl&#233; sur les impasses de l'agriculture biologique comme th&#233;orie agronomique, qui appara&#238;t comme une rationalisation de l'agriculture traditionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 297. La notion de &#171; r&#233;ception &#187; n'est pas clairement explicit&#233;e, s'agissant de l'apport de Liebig. Est-ce un rejet cons&#233;cutif &#224; une critique, ou une assimilation, ou encore autre chose ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un point de vue plus global, tout ce passage (p. 277 &#224; 326) semble long par rapport &#224; l'enjeu de la question, et son utilit&#233; n'est pas vraiment justifi&#233;e dans l'expos&#233;. Par ailleurs, le choix d'introduire aux techniques seulement apr&#232;s (p.326) est critiquable, car ce point aurait d&#251; &#224; mon avis venir plus t&#244;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La for&#234;t comme mod&#232;le de fertilit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 267. Note n&#176;1005. On peut tout d'abord se demander pourquoi la fertilit&#233; de la for&#234;t, vue comme source de fertilit&#233;, est pr&#233;sent&#233;e pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ensuite, on peut discuter de la pertinence du choix de la for&#234;t comme mod&#232;le d'&#233;quilibre de la fertilit&#233; (p. 327) afin d'&#233;tudier les &#233;crits de Howard &#224; ce sujet, alors que justement la th&#233;orie de ce dernier fait appel &#224; la for&#234;t, tout en &#233;tant fond&#233;e sur l'id&#233;e d'&#233;quilibre de fertilit&#233;. Il faut attendre le passage ult&#233;rieur (p.372) pour apprendre que &#171; Howard n'a pas expliqu&#233; pourquoi il a pris la for&#234;t comme mod&#232;le d'agriculture &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la m&#234;me r&#233;flexion, Yvan Besson affirme (p.334) que la for&#234;t incarne la &#171; vision unitaire &#187; de la nature, ce qui reste &#224; prouver et il revient ensuite sur le m&#234;me th&#232;me (p.336).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La note n&#176;1310 (p.327) fait allusion aux politiques publiques de soutien au maintien de la fertilit&#233;, ainsi qu'aux relations entre anthroposophie et politique du III&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich. Il aurait &#233;t&#233; int&#233;ressant d'en &#233;crire d'avantage sur ces deux points.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, l'agroforesterie est finalement peu d&#233;crite (p. 352). Seule la question du bois est &#233;voqu&#233;e. Il n'est pratiquement fait aucune allusion aux feuilles, &#224; l'humus des sols forestiers, &#224; la biologie sp&#233;cifique de ces formations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En conclusion sur ce chapitre (p. 376 &#224; 380), il est utile de disposer du mod&#232;le de la for&#234;t comme syst&#232;me cr&#233;ateur de fertilit&#233;, mais on ne voit pas, en tous cas pas d'apr&#232;s la lecture de Howard, comment on peut passer du mod&#232;le &#224; l'agriculture r&#233;elle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A mon avis, cette analyse du r&#244;le de la for&#234;t, des ses implications, de sa place dans l'histoire de l'agriculture biologique, si elle r&#233;sulte d'une intuition juste, constitue le point faible de la th&#232;se. Introduite tardivement dans l'expos&#233;, et probablement dans le travail de recherche lui-m&#234;me, elle ne donne pas lieu &#224; un bilan aussi solide que le travail sur la critique &#233;conomique et sociale chez les fondateurs, l'&#233;sot&#233;risme chez Steiner ou encore l'histoire de la dispute scientifique sur la nutrition min&#233;rale et organique des plantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il aurait sans doute l&#224; un travail &#224; poursuivre, apr&#232;s cette piste &#224; peine &#233;bauch&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P. 350 et 354. Les techniques culturales simplifi&#233;es (TCS) ne sont tout de m&#234;me pas imputables au seul Fukuoka, m&#234;me si il leur a accord&#233; beaucoup d'attention.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La conclusion g&#233;n&#233;rale constitue un texte tr&#232;s int&#233;ressant. Apr&#232;s un r&#233;sum&#233; des principaux acquis de la th&#232;se, Yvan Besson d&#233;veloppe des id&#233;es synth&#233;tiques sur ce qui oppose le naturel &#224; l'artificiel, la for&#234;t comme syst&#232;me g&#233;n&#233;rateur de fertilit&#233;, la pr&#233;&#233;minence du v&#233;g&#233;tal, la r&#233;sistance des paysans, l'&#233;sot&#233;risme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La partie ultime est une belle introduction &#224; une r&#233;flexion approfondie sur le futur de l'agriculture (ou des agricultures ?). Apr&#232;s le passage de la nature &#224; l'agriculture, le retour &#224; une agriculture naturelle se r&#233;v&#232;lerait impossible, sauf &#224; passer par l'interm&#233;diaire de la for&#234;t comme capital de fertilit&#233; capable de se reproduire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La perspective d'une agriculture exclusivement v&#233;g&#233;tale (ou plut&#244;t sans &#233;levage), y compris pour la gestion de la mati&#232;re organique, est &#233;galement un sujet de discussion particuli&#232;rement stimulant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour toutes les raisons &#233;voqu&#233;es ci-dessus, je donne un avis favorable &#224; la soutenance de la th&#232;se de Monsieur Yvan Besson, sans r&#233;serve majeure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Le 7 janvier 2007,&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Professeur Christian MOUCHET&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;RAPPORT SUR LE MEMOIRE PRESENTE PAR MONSIEUR YVAN BESSON
EN VUE DE L'OBTENTION DU
DOCTORAT DE L'UTT EN ETUDES ENVIRONNEMENTALES.&lt;/h2&gt; &lt;p&gt; En vue d'obtenir son doctorat, Monsieur Yvan Besson nous a remis un m&#233;moire de 439 pages intitul&#233; : &lt;em&gt;Histoire de l'agriculture biologique : une introduction aux fondateurs, sir Albert Howard, Rudolf Steiner, le couple M&#252;ller et Hans Peter Rusch, Masanobu Fukuoka.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/em&gt;Outre les remerciements, l'introduction et la conclusion g&#233;n&#233;rale, le document pr&#233;sente quatre parties principales auxquelles s'ajoutent la bibliographie et la table des mati&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son introduction, Monsieur Yvan Besson pr&#233;sente clairement quel a &#233;t&#233; l'objet de sa recherche, de nature &#224; la fois historique et &#233;pist&#233;mologique. Il ne s'est pas agi seulement d'expliquer les cheminements de l'agriculture biologique &#224; ses d&#233;buts mais de comprendre aussi comment ses fondateurs ont consid&#233;r&#233; les relations entre l'agriculture et la nature, entre les soci&#233;t&#233;s humaines et les ph&#233;nom&#232;nes biologiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re partie pr&#233;sente clairement la biographie des fondateurs des principaux courants de l'agriculture biologique contemporaine, tout en pr&#233;sentant d&#233;j&#224; bri&#232;vement les principes g&#233;n&#233;raux sur lesquels reposent les techniques propos&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie montre dans quels contextes ont &#233;merg&#233; ces diff&#233;rents courants de pens&#233;e. L'agriculture biologique appara&#238;t tout d'abord issue d'une critique des errements de ce qui semblait devoir &#234;tre l'agronomie moderne. Ont ainsi &#233;t&#233; particuli&#232;rement questionn&#233;s l'importance accord&#233;e &#224; l'emploi de produits chimiques de synth&#232;se, le recours exag&#233;r&#233; &#224; la m&#233;canisation, et le caract&#232;re r&#233;ductionniste des protocoles de recherche mis en place par les agronomes. &#171; Au c&#339;ur m&#234;me de l'agriculture biologique, se trouve affirm&#233;e l'irr&#233;ductibilit&#233; du vivant &#224; la science physicochimique et m&#233;caniste &#187;. Ont &#233;t&#233; aussi souvent d&#233;nonc&#233;s le peu d'attention accord&#233;e aux savoir-faire paysans et les risques de domination &#233;conomique que pouvaient exercer les groupes industriels peu au fait des ph&#233;nom&#232;nes biologiques. Mais l'auteur montre en quoi la critique a port&#233; aussi parfois sur le rationalisme et la modernit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Les longs d&#233;veloppements consacr&#233;s &#224; l'&#233;sot&#233;risme de l'anthroposophie steinerienne am&#232;ne l'auteur &#224; pr&#244;ner &#171; un d&#233;passement rigoureux et raisonnable &#187; du &#171; scientisme &#233;troit &#187;. Mais de quoi est-il question au juste : scientisme ou scientocratisme ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La troisi&#232;me partie porte sur l'ensemble des techniques propos&#233;es par les concepteurs de l'agriculture biologique. Elle montre notamment en quoi, malgr&#233; la volont&#233; affirm&#233;e d'avoir une approche holistique des ph&#233;nom&#232;nes biologiques, ces techniques ont &#233;t&#233; centr&#233;es presque exclusivement sur la &#171; fertilit&#233; des sols &#187; et sur l'humus. Cela semble clairement r&#233;sulter des craintes engendr&#233;es par l'agrochimie ; mais c'est &#224; peine si les terrains agricoles apparaissent comme des surfaces de captation de l'&#233;nergie solaire en vue de la photosynth&#232;se. L'agriculture biologique est n&#233;e en fait sans v&#233;ritable r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;cologie scientifique et au fonctionnement global des &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La quatri&#232;me partie essaie finalement d'interpr&#233;ter le projet fondateur de l'agriculture biologique comme la concr&#233;tisation d'un &#171; effort philosophique &#187;, &#224; savoir mettre en valeur la nature sans l'exploiter. La question des relations entre la nature et les soci&#233;t&#233;s humaines est donc ainsi de nouveau trait&#233;e du point de vue de l'auteur. Mais voil&#224; que celui-ci pr&#233;sente &lt;em&gt;in extremis&lt;/em&gt;, comme r&#233;volutionnaires, les techniques d'emploi du bois ram&#233;al fragment&#233; (&lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;) sans, me semble-t-il, appliquer &#224; leurs conditions d'&#233;mergence, le m&#234;me esprit critique que pour l'ensemble des techniques analys&#233;es ant&#233;rieurement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout ce travail est tr&#232;s stimulant pour l'esprit et nous inviterait volontiers &#224; prolonger la r&#233;flexion sur les points suivants :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourquoi si peu d'importance a &#233;t&#233; accord&#233;e &#224; la r&#233;flexion sur la g&#233;n&#233;tique : les fondateurs de l'agriculture biologique n'ont-ils pas entrevu la rupture occasionn&#233;e par la s&#233;lection vari&#233;tale men&#233;e par les g&#233;n&#233;ticiens, en comparaison avec la s&#233;lection massale pratiqu&#233;e autrefois par les agriculteurs eux-m&#234;mes ? La s&#233;lection de vari&#233;t&#233;s &#224; haut potentiel de rendement photosynth&#233;tique &#224; l'unit&#233; de surface n'a-t-elle pas accompagn&#233;, sinon m&#234;me encourag&#233;, l'utilisation des engrais chimiques et produits phytosanitaires ? Leur d&#233;nomination de &#171; vari&#233;t&#233;s am&#233;lior&#233;es &#187; ne camouflaient-elles d'ailleurs pas d&#233;j&#224; le &#171; scientocratisme &#187; qui a inspir&#233; l'attitude si brutalement normative de nombreux agronomes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourquoi si peu de consid&#233;rations sur ce que de nombreux agronomes appellent &#171; l'am&#233;lioration des rendements &#187; (par unit&#233; de surface), sans r&#233;f&#233;rence aucune aux co&#251;ts &#233;conomiques (et &#233;cologiques) ? Est-on bien s&#251;r &#171; qu'am&#233;liorer un rendement &#187; (d'une culture) consiste toujours &#224; l'accro&#238;tre, comme cela est trop souvent implicite dans les discours ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La surprise vient aussi du fait que la diversit&#233; des conditions &#233;cologiques (y compris celle des conditions &#233;daphiques) para&#238;t avoir &#233;t&#233; assez peu prise en compte chez les fondateurs de l'agriculture biologique. De m&#234;me semble-t-il en &#234;tre aujourd'hui chez les promoteurs du bois ram&#233;al fragment&#233; (&lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;) : comment la rh&#233;torique sur les relations entre for&#234;ts et agriculture peut-elle aider &#224; r&#233;soudre les questions de &#171; fertilit&#233; &#187; dans les r&#233;gions de rizi&#232;res, bases nourrici&#232;res de tr&#232;s nombreuses populations dans le monde ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne conviendrait-il pas en fait de s'interroger sur le maintien ou le renforcement de la fertilit&#233; des (divers) &#233;cosyst&#232;mes (et non plus des seuls sols), en &#233;tendant le concept aux potentialit&#233;s productives de ces derniers ? Ainsi le recours au concept de fertilit&#233; ne nous permettrait-il pas de prendre aussi en compte les risques inh&#233;rents &#224; des ph&#233;nom&#232;nes tels que la perte de biodiversit&#233;, la prolif&#233;ration d'esp&#232;ces invasives, l'&#233;puisement des ressources en phosphate, (etc.) ? En bref, au-del&#224; de l'agriculture biologique con&#231;ue par ses fondateurs ou pratiqu&#233;e aujourd'hui par un nombre croissant de paysans, ne conviendrait-il pas de s'interroger sur les conditions d'&#233;mergence d'une agronomie qui reconna&#238;trait que l'objet de travail des agriculteurs est &#224; chaque fois un &#233;cosyst&#232;me complexe. La question des rendements et de la fertilit&#233; ne reviendrait-elle pas alors s'assurer que l'artificialisation de ces &#233;cosyst&#232;mes (c'est &#224; dire l'agriculture) puisse mettre en valeur les cycles biologiques de l'eau, du carbone, de l'azote, du phosphore, de la potasse, (etc.), avec des &#171; rendements &#187; satisfaisants pour les soci&#233;t&#233;s humaines actuelles, sans que leurs potentialit&#233;s productives (leur fertilit&#233;) ne soient mises en p&#233;ril pour les g&#233;n&#233;rations futures ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Monsieur Yvan Besson a accompli un travail consid&#233;rable et stimulant. Sa d&#233;marche a &#233;t&#233; fructueuse. Son document est bien &#233;crit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La th&#232;se m&#233;rite donc parfaitement d'&#234;tre soutenue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fait &#224; Paris, le 14 janvier 2007&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marc Dufumier&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Professeur &#224; AgroParisTech&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;RAPPORT DE SOUTENANCE DE THESE D'YVAN BESSON&lt;/h2&gt; &lt;p&gt; Par Paul Robin, Directeur de recherches &#224; l'INRA.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La soutenance de th&#232;se d'Yvan Besson pour l'obtention du Doctorat de l'Universit&#233; de Technologie de Troyes en Etudes Environnementales (Ecole Doctorale Sciences des Syst&#232;mes Technologiques et Organisationnels) s'est tenue le 27 Janvier 2007 en salle A002 devant le Jury compos&#233; de Dominique Bourg son directeur de th&#232;se, de Marc Dufumier premier rapporteur, des examinateurs Jean-Paul Del&#233;age, Bertrand Meheust, Nicolas Buclet et Paul Robin et en l'absence du deuxi&#232;me rapporteur, Christian Mouchet, excus&#233;. Paul Robin a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; pour pr&#233;sider le jury et Jean-Paul Del&#233;age d&#233;sign&#233; pour r&#233;sumer au cours de la discussion les points importants du rapport de Christian Mouchet. L'ordre d'intervention retenu a &#233;t&#233; : Bourg, Dufumier, Del&#233;age, Meheust, Buclet, Robin. La th&#232;se s'intitule Histoire de l'Agriculture Biologique : une introduction aux fondateurs, Sir Albert Howard, Rudolf Steiner, le couple M&#252;ller et Hans Peter Rusch, Manasobu Fukuoka.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La soutenance a fait l'objet d'un enregistrement vid&#233;o par un coll&#232;gue d'Yvan Besson. La r&#233;daction de ce rapport de soutenance a &#233;t&#233; effectu&#233;e par le pr&#233;sident du jury sur la base des notes prises par celui-ci au cours de la soutenance. Ce rapport est accompagn&#233; des commentaires &#233;crits du directeur de th&#232;se Dominique Bourg (annexe 1), de Jean-Paul Del&#233;age (annexe 2), de Nicolas Buclet (annexe 3).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pr&#233;sentation d'Yvan Besson a commenc&#233; &#224; 9h15 et a dur&#233; 30 minutes. Elle s'est appuy&#233;e sur un &#171; montage power point &#187; synth&#233;tisant les diff&#233;rents chapitres de sa recherche sous forme de tableaux r&#233;capitulatifs comparant les cinq fondateurs sous les trois angles d'attaque propos&#233;s par l'auteur : &#171; critique sociale &#187; (qui repr&#233;sente la moiti&#233; de l'ouvrage &#233;crit), &#171; approche technique centr&#233;e sur le sol &#187; et &#171; effort philosophique concr&#233;tis&#233; &#187;. L'utilit&#233; et la qualit&#233; du support visuel ont &#233;t&#233; unanimement appr&#233;ci&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dominique Bourg en tant que directeur de la th&#232;se a fait part au jury des interrogations que lui avait suscit&#233;es le projet initial. Les trois angles d'attaque soulevaient le probl&#232;me des comp&#233;tences requises pour une analyse objective et approfondie. Le manuscrit final, en s'appuyant sur une intelligence philosophique courageuse des textes fondateurs sous ces trois angles, lui est apparu comme levant ces interrogations, tout en regrettant que la question artifice/nature n'ait pas &#233;t&#233; assez travaill&#233;e (cf annexe 1).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marc Dufumier a repris les points de son rapport pour l'autorisation de soutenance en posant 5 questions autour du possible tort que fait l'occultisme de la Biodynamie &#224; l'AB, de la discr&#233;tion sur le contexte historique concernant les travaux sur la fertilit&#233; des sols, du silence sur l'am&#233;lioration vari&#233;tale, de la place excessive accord&#233;e au &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; en ignorant l'agroforesterie, de l'absence de l'animal. Les r&#233;ponses de YB ont soulign&#233;, entre autres, la n&#233;cessit&#233; dans laquelle il &#233;tait d'ouvrir la r&#233;flexion rationnelle pour donner place, de fa&#231;on critique, &#224; ce &#171; quelque chose &#187; qui sort de la sph&#232;re de l'opinion priv&#233;e. Il a aussi confirm&#233; que ces fondateurs se caract&#233;risent effectivement par un primat du v&#233;g&#233;tal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux points essentiels du rapport d'autorisation de soutenance de Christian Mouchet ont &#233;t&#233; rappel&#233;s par Monsieur Del&#233;age : le d&#233;bat sur l'AB interpelle la rationalit&#233; d'une part, la nutrition d'autre part. Quatre questions en ressortent autour de la nature et de l'&#233;conomie, du &#171; faire de la science &#187; dans de tels contextes philosophiques, d'une perspective sans &#233;levage, de la place des &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'intervention de Jean-Paul Del&#233;age a port&#233; sur diff&#233;rentes questions concernant la distance de l'auteur par rapport &#224; son objet, la distinction entre science officielle et raison, la focalisation sur le seul humus concernant le sol, la place du Bois Ram&#233;al Fragment&#233;, la perception de l'&#233;cologie (caract&#232;re restrictif de la seule appr&#233;hension v&#233;g&#233;tale de l'&#233;cologie) et de sa dimension historique et scientifique, le romantisme de Goethe, le travail de L&#246;wy sur nostalgie et utopie. Voir l'annexe 2. Il a soulign&#233; la richesse du m&#233;moire. La question finale, plus globale et essentielle aux yeux de Jean-Paul Del&#233;age, a port&#233; sur le fait de savoir si la caract&#233;ristique du discours de ces &#171; p&#232;res missionnaires &#187; de l'AB, et latent aujourd'hui chez un nombre certain d'acteurs de cette fili&#232;re, consistant &#224; dire &#171; voici la v&#233;rit&#233;, il faut s'incliner &#187;, ne constituait pas un obstacle (une &#171; difficult&#233; suppl&#233;mentaire &#187;) &#224; l'&#233;cologisation n&#233;cessaire de l'agriculture c'est &#224; dire &#224; la prise en compte des donn&#233;es de l'&#233;cologie scientifique dans l'&#233;valuation des pratiques de l'AB. Ces diff&#233;rentes questions et surtout la derni&#232;re ont conduit pendant 20 minutes &#224; des r&#233;ponses argument&#233;es d'YB ponctu&#233;es d'&#233;changes avec les autres membres du jury pour aboutir &#224; un accord partag&#233; sur la pertinence de cette derni&#232;re question.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'analyse de Bertrand M&#233;heust a propos&#233; de situer son intervention de 15 minutes, portant principalement sur Steiner, dans le champ de l'&#171; &#233;cologie des id&#233;es &#187; et de la place accord&#233;e aux &#171; sciences psychiques &#187;. Il a ainsi pos&#233; trois questions concernant la pr&#233;sence ou l'absence de la &#171; notion de clairvoyance &#187; dans les &#233;crits de Steiner, la structure des d&#233;bats autour de Steiner et de la Biodynamie par rapport aux milieux acad&#233;miques en faisant r&#233;f&#233;rence aux conflits de Mesmer et de son magn&#233;tisme animal avec l'institution m&#233;dicale, l'int&#233;r&#234;t de ne pas ignorer les r&#233;flexions d'Isabelle Stengers concernant le chamanisme. Un d&#233;bat anim&#233; de 10 minutes a surgi pour savoir si les th&#232;ses de la Biodynamie n'&#233;taient pas nuisibles &#224; l'AB. Ce jugement, qui transpire des commentaires r&#233;currents faits par YB dans son manuscrit, est bien partag&#233; par le jury, reconnaissant par l&#224; la grande difficult&#233; de discuter de th&#232;ses qui rel&#232;vent plus de la croyance, aussi respectable soit-elle, que de l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'intervention de 15 minutes de Nicolas Buclet s'est ax&#233;e autour de la probl&#233;matique de l'AB par rapport au d&#233;veloppement durable. Il a ainsi pos&#233; deux questions importantes sur la nature des alliances de l'AB avec des mouvements qui revendiquent de redonner le primat &#224; la dimension gustative de l'alimentation comme le mouvement Slow Food, et sur le caract&#232;re idyllique du paysan traditionnel tel qu'il appara&#238;t chez ces fondateurs de l'AB et dans les mouvements qui s'en inspirent marquant par l&#224;-m&#234;me une opposition entre la ville et la campagne qui favorise une vision communautariste et un refus de voir la transformation des rapports entre ces deux p&#244;les ville-campagne. Voir annexe 3.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'intervention finale du pr&#233;sident du jury a port&#233; en 15 minutes sur des questions qui lui &#233;taient propres pour tenter ensuite une synth&#232;se, suivie par un &#233;change de 15 minutes avec le candidat. S'agissant de la pertinence du sujet, on ne peut que reconna&#238;tre qu'un tel travail m&#233;ritait d'&#234;tre entrepris et que certains l'attendaient depuis longtemps. La volont&#233; de prendre les 5 fondateurs en comparaison sous les 3 angles d'attaque successifs repr&#233;sentait un d&#233;fi. Si la cons&#233;quence de cette d&#233;marche pouvait constituer une faiblesse en affectant la profondeur de certaines analyses (on peut regretter que l'ensemble technique ait repos&#233; sur une analyse partielle de l'agronomie, s'agissant de l'espace anglo-saxon par exemple, quid de Russell chez Howard), elle en a permis la richesse du fait de l'examen d&#233;taill&#233; des sources par une approche plus philosophique que strictement technique ou &#233;conomique. A ce titre, le travail d'Yvan Besson fait &#339;uvre originale par la multitude des questions qu'il pose et des portes qu'il ouvre. Cependant la structure g&#233;n&#233;rale du discours contenu dans ce m&#233;moire conduit &#224; plusieurs questions. La lecture de ces fondateurs n'a-t-elle pas d&#233;teint sur l'auteur de ce m&#233;moire au point de le conduire &#224; une &#171; forme du r&#233;cit &#187; par trop litt&#233;raire. L'&#171; esprit de syst&#232;me &#187; (au sens entendu au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt;) de ces fondateurs n'est-il pas ignor&#233; et en particulier ses deux corollaires, absence d'humilit&#233; face &#224; la complexit&#233; des m&#233;canismes biologiques et des concepts issus des sciences exp&#233;rimentales, volont&#233; de s'&#233;carter des espaces acad&#233;miques de d&#233;bat, pour ne pas dire de les ignorer. Yvan Besson a r&#233;pondu en partageant ces interrogations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En premi&#232;re conclusion, et question finale, ne doit-on pas consid&#233;rer trois caract&#233;ristiques possiblement communes aux discours des 5 fondateurs, rh&#233;torique de s&#233;duction et du retour (perte du paradis d'hier), rh&#233;torique de confusion des ordres (d&#233;fi &#224; la rationalit&#233; moderne), rh&#233;torique de d&#233;nonciation (progr&#232;s comme source de tous les maux). La pr&#233;sence dominante de ces trois caract&#233;ristiques ne pourrait-elle pas constituer les signes plus inqui&#233;tants d'une &#233;bauche de volont&#233; sectaire chez ces fondateurs. La r&#233;ponse argument&#233;e de YB a soulign&#233; qu'effectivement ceux-ci se sont bien revendiqu&#233;s sur les marges et &#224; l'&#233;cart des d&#233;bats acad&#233;miques (sauf peut-&#234;tre partiellement pour Howard) et que leurs discours pr&#233;sentent bien simultan&#233;ment ces trois traits caract&#233;ristiques (sauf dans le cas Howard &#224; son avis). Doit-on conclure &#224; la g&#233;n&#233;ralit&#233; d'un sectarisme cong&#233;nital refusant la confrontation aux sciences nouvelles ? Le d&#233;bat a le m&#233;rite d'avoir &#233;t&#233; ouvert par ce travail d'YB sur les pr&#233;curseurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A remarquer que les membres du jury partage cependant une interrogation dubitative sur l'int&#233;r&#234;t des 6 pages traitant du Bois Ram&#233;al Fragment&#233; en fin de la quatri&#232;me partie et qui paraissent anachroniques (&#171; cheveu sur la soupe &#187;). Elles doivent &#234;tre le r&#233;sultat d'un &#233;lan d'enthousiasme pour cette technique innovante qui m&#233;riterait une analyse plus approfondie dans un cadre relevant de l'agroforesterie et non de la r&#233;flexion engag&#233;e sur les fondateurs de l'AB. Ceci &#233;tant, cette observation n'est en aucune mani&#232;re r&#233;dhibitoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En deuxi&#232;me conclusion, et observation finale plus prospective, rejoignant l'interrogation de Nicolas Buclet, ne doit-on pas s'interroger sur la pertinence d'une perspective de l'AB qui se situerait seulement dans un espace de production, alors que le vrai d&#233;bat se situe aujourd'hui autour des nouvelles relations d'&#233;change entre ville et campagne articulant habilement les fonctions de production (march&#233;) et de service (bien commun) pour affronter la diversit&#233; des conditions et des formes de la ruralit&#233; comme de l'alimentation. A ce titre une ouverture du monde de l'AB vers les travaux multidisciplinaires entrepris depuis une trentaine d'ann&#233;es sur les agricultures alternatives ou traditionnelles dans les espaces acad&#233;miques de l'&#233;cologie et de l'agronomie scientifiques sous l'intitul&#233; d'Agroecology (espace initialement californien avec Gliessmann et Altieri mais qui s'est &#233;largi consid&#233;rablement depuis) permettrait, parmi d'autres d&#233;clinaisons, de r&#233;pondre, d'une part, aux interrogations l&#233;gitimes de Jean-Paul Del&#233;age concernant l'&#233;cologisation de l'agriculture et, d'autre part, aux craintes de voir s'amplifier une d&#233;rive sectaire s'appuyant sur une lecture litt&#233;rale des textes produits par ces fondateurs et diffus&#233;s encore activement aujourd'hui. Le travail critique du m&#233;moire d'Yvan Besson sur ces fondateurs peut y contribuer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s une br&#232;ve d&#233;lib&#233;ration priv&#233;e du jury de 10 minutes, celui-ci, tout en tenant compte des critiques formul&#233;es par les rapporteurs et les examinateurs, a &#233;t&#233; unanime pour juger positivement l'ampleur et la qualit&#233; g&#233;n&#233;rale du travail. Apr&#232;s avoir pris connaissance de la note de l'UTT relative &#224; la politique d'attribution des mentions aux th&#232;ses faisant suite &#224; la d&#233;cision du Conseil de l'Ecole Doctorale en date du 1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;er&lt;/sup&gt; F&#233;vrier 2002 de ne plus attribuer de f&#233;licitations, le jury a d&#233;cid&#233; d'accorder &#224; Yvan Besson la mention Tr&#232;s Honorable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La proclamation de la d&#233;cision du jury &#224; 12h45 a &#233;t&#233; introduite par la lecture pr&#233;alable de la note sus-mentionn&#233;e. Le jury est unanime pour accorder &#224; Yvan Besson le titre de Docteur de l'Universit&#233; de Technologie de Troyes en Etudes Environnementales avec la mention Tr&#232;s Honorable.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Annexes&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Annexe 1&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Rapport de soutenance de Dominique Bourg&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dominique Bourg, en tant que directeur de th&#232;se, tient &#224; souligner le contraste entre les difficult&#233;s travers&#233;es par Yvan Besson, p&#233;cuniaires notamment, et le r&#233;sultat de sa recherche : un travail pionnier sur les fondateurs de l'agriculture biologique, lequel faisait cruellement d&#233;faut dans le paysage fran&#231;ais et francophone ; un vaste effort bibliographique et de recherche documentaire ; des liens forts avec le milieu de l'agriculture biologique qui n'ont cependant nullement entrav&#233; la libert&#233; du chercheur ; des qualit&#233;s d'&#233;criture ind&#233;niables pour le m&#233;moire et un sens remarquable de la synth&#232;se pour la pr&#233;sentation ouvrant la soutenance ; des r&#233;ponses fermes et pr&#233;cises aux objections et autres remarques, etc. Dominique Bourg tient donc &#224; f&#233;liciter Yvan Besson pour le travail accompli, m&#234;me s'il a d&#233;pass&#233; le strict objectif &#233;pist&#233;mologique arr&#234;t&#233; au commencement de la recherche. Compte tenu de la rapidit&#233; avec laquelle les chapitres se sont&lt;em&gt; in fine&lt;/em&gt; succ&#233;d&#233;, il tient encore &#224; faire part de certaines remarques de fond. La partie consacr&#233;e &#224; l'approche par Rudolf Steiner des origines de la g&#233;om&#233;trie semble ignorer la th&#233;orie intuitionniste relative &#224; l'interpr&#233;tation des id&#233;alit&#233;s math&#233;matiques et ses origines platoniciennes ; ladite th&#233;orie n'est pas sans lien avec la probl&#233;matique platonicienne de la pr&#233;dication. Le chapitre final sur l'&#171; agriculture naturelle &#187; lui semble relever d'une interpr&#233;tation sujette &#224; caution de la naturalit&#233;. L'agriculture ne peut &#234;tre tax&#233;e de naturelle en un sens absolu, &#224; savoir au sens de ce qui advient spontan&#233;ment et selon des m&#233;canismes universels. La naturalit&#233; en question oppose bien plut&#244;t deux mani&#232;res d'envisager l'insertion de l'action humaine dans son milieu : &#224; savoir la brutalit&#233; d'une agriculture cherchant &#224; s'abstraire du sol et de ses particularit&#233;s, oppos&#233;e &#224; une agriculture cherchant au contraire &#224; tourner &#224; son profit la multitude des m&#233;canismes, notamment de d&#233;fense, propres &#224; la vie du sol comme aux plantes. De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, il lui semble que les fondateurs, pour reprendre l'expression d'Yvan Besson, ne sont pas en tous points &#224; la hauteur de la t&#226;che critique qu'ils ont entreprise, ce qui ouvre des perspectives nouvelles &#224; l'agriculture biologique qui gagnerait grandement &#224; s'inspirer du savoir scientifique qui est d&#233;sormais le n&#244;tre quant aux &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Annexe 2&lt;/h3&gt; &lt;p&gt; Intervention de Jean-Paul Del&#233;age lors de la soutenance de Th&#232;se d'Yvan Besson&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien que l'&#233;tude des fondateurs de l'agriculture biologique soit abord&#233;e sous des angles tr&#232;s divers, l'angle de vision privil&#233;gi&#233; par Yvan Besson est celui de l'historien des sciences et des techniques. C'est de ce point de vue qu'il me semble utile de formuler les remarques suivantes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premi&#232;re remarque : on ne distingue pas toujours tr&#232;s bien dans le manuscrit d'Yvan Besson ce qui, pour l'auteur, fonde la diff&#233;rence entre science et scientisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;me remarque : la distinction, voire l'opposition, entre l'ordre de la nature et l'ordre de l'artefact, qui est l'un des fils conducteurs du m&#233;moire d'Yvan Besson, est discutable sur le plan m&#233;thodologique. Est-elle pertinente pour une pr&#233;sentation distanci&#233;e des th&#233;oriciens/fondateurs de l'agriculture biologique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Troisi&#232;me remarque : les fondateurs de l'agriculture biologique ont centr&#233; leur critique de l'agriculture standard sur la question de l'humus, c'est-&#224;-dire du sol. Cette attitude n'est-elle pas aujourd'hui d&#233;pass&#233;e au vu des avanc&#233;es de l'&#233;cologie scientifique qui tend &#224; porter la r&#233;flexion sur le n&#233;cessaire maintien de la dynamique des &#233;cosyst&#232;mes plut&#244;t que sur la seule question du sol ? Question annexe : pourquoi ne pas parler d'agro-&#233;cologie ou d'agriculture &#233;cologique plut&#244;t que d'agriculture biologique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quatri&#232;me remarque : Yvan Besson prend-t-il assez de distance critique avec les auteurs qu'il &#233;tudie dans sa th&#232;se ? Autrement dit, on peut penser qu'il a tendance &#224; &#233;pouser un peu vite les th&#232;ses de ces auteurs (&#224; l'exception de celles de Steiner que manifestement, il n'appr&#233;cie gu&#232;re).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De mon point de vue, ces remarques critiques visent &#224; am&#233;liorer le travail consid&#233;rable et de qualit&#233; qui vient de nous &#234;tre pr&#233;sent&#233; afin de le rendre plus lisible dans les publications futures auxquelles Yvan Besson doit d&#233;sormais travailler.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Annexe 3&lt;/h3&gt; &lt;p&gt; Rapport de soutenance de Nicolas Buclet&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En tant qu'&#233;conomiste du d&#233;veloppement durable, et peu au fait des questions agricoles ou de l'histoire des sciences, Nicolas Buclet indique que, pour un n&#233;ophyte, la lecture du travail d'Yvan Besson est tr&#232;s abordable et d'un grand int&#233;r&#234;t. Sur le fond, il partage l'avis de Marc Dufumier sur le tort que pourrait faire l'&#233;sot&#233;risme de Steiner &#224; la diffusion de l'agriculture biologique, mais partage &#233;galement l'avis de Bertrand M&#233;heust sur le fait que souvent la science avance gr&#226;ce &#224; une remise en cause ayant des origines parfois &#233;loign&#233;e de la rationalit&#233; scientifique. D&#232;s lors, ne pourrait-on pas lire &#233;galement le d&#233;veloppement de l'agriculture biologique comme &#233;tant lui-m&#234;me le produit d'une r&#233;action &#224; l'agrochimie et la focalisation de l'agriculture biologique sur le sol comme le produit de l'atteinte m&#234;me de l'identit&#233; du r&#244;le du sol dans l'agriculture intensive ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Nicolas Buclet, la qualit&#233; du travail d'Yvan Besson m&#233;riterait d'&#234;tre nuanc&#233;e au niveau de la partir sur la vision &#233;conomique des fondateurs de l'agriculture biologique. Cette partie m&#232;ne le lecteur &#224; embrasser une vision idyllique du monde agricole d'avant la r&#233;volution industrielle et &#224; opposer la ville au monde agricole de mani&#232;re probablement trop manich&#233;enne. Cette vision est coupl&#233;e &#224; l'erreur d'insister sur le fait que la concurrence monopolistique serait le domaine dominant dans le monde industriel alors que la concurrence parfaite caract&#233;riserait la production agricole. C'est on ne peut moins exact. Aussi Nicolas Buclet questionne-t-il Yvan Besson sur la pertinence d'une vision aussi duale entre ville et campagne, surtout, comme le souligne le pr&#233;sident du jury, &#224; un moment o&#249; un rapprochement entre ville et agriculture s'av&#232;re absolument n&#233;cessaire, eu &#233;gard aux enjeux de d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Yvan Besson r&#233;pond qu'il a souhait&#233; mettre en &#233;vidence la d&#233;gradation spectaculaire des conditions de l'&#233;change entre agriculteurs et consommateurs. Nicolas Buclet pense cependant qu'il faudrait corriger le tir en parlant plut&#244;t d'un rapport de force d&#233;s&#233;quilibr&#233; entre les acteurs &#233;conomiques du monde agricole, comme il existe de tels d&#233;s&#233;quilibres entre acteurs du monde industriel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Piriou S., L'instutionnalisation de l'agriculture biologique (1980-2000), p 440.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] MAB 16 info, bulletin d'information interne, n&#176; 41,11-12/20006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &#171; L'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale a r&#233;affirm&#233; que la bio a b&#226;ti son identit&#233; sur la notion d'obligation de moyens &#187;. Cf. V&#233;rot D., Une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale riche en d&#233;bats, in FNAB INFO, n&#176; 63, 2002, p. 06.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Piriou S., L'institutionnalisation de l'agriculture biologique, (1980-2000), p. 442.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, in La Foi chr&#233;tienne et le Destin de la raison, p. 68.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] La pluriactivit&#233;, ne serait-ce que par l'introduction d'une activit&#233; commerciale ma&#238;tris&#233;e par les producteurs, constitue donc un enjeu fort de l'agriculture biologique originelle. Rappelons que beaucoup des agriculteurs biologiques se sont convertis &#224; l'agrobiologie pour ne pas entrer dans le cercle des d&#233;pendances &#233;conomiques du syst&#232;me productiviste mis en place &#224; partir des ann&#233;es 1950-1960. Rappelons aussi que l'histoire longue des paysans montre que nombre d'entre eux, particuli&#232;rement parmi les moins favoris&#233;s, se sont engag&#233;s dans une activit&#233; ext&#233;rieure, pour se maintenir &#224; la terre, ou devenir propri&#233;taire, et promouvoir ainsi leur &#233;mancipation et leur libert&#233;. Cette attitude a &#233;t&#233; soulign&#233;e par plusieurs auteurs. &#171; L'intention d&#233;clar&#233;e d'acc&#233;der &#224; l'acquisition d'un bien propre se lit au travers de cette expression populaire &#171; se mettre chez soi &#187;. Propri&#233;taire ou candidat &#224; la propri&#233;t&#233;, le paysan-ouvrier n'offre pas la connotation prol&#233;tarienne classique : il est ouvrier parce que paysan et pour continuer &#224; l'&#234;tre &#187; (Lamy Y., Hommes de fer et paysannerie dans la Dordogne proto-industrielle, in Garrier G. et Hubscher R., (dir.), Entre faucilles et marteaux, Pluriactivit&#233;s et strat&#233;gies paysannes, p. 182). A propos des paysans-cloutiers du Jura : &#171; La clouterie n'est donc pas une fin en soi, elle n'est qu'un moyen de se maintenir sur sa terre natale en tentant de devenir, gr&#226;ce &#224; ce revenu compl&#233;mentaire, un petit propri&#233;taire foncier ind&#233;pendant &#187; (Olivier J.-M., Trois cycles technologiques &#224; Morez, Haut-Jura, in Belot R., Cotte M., Lamard P., (dir.), La technologie au risque de l'histoire, p. 27). L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale, que l'on retrouve parfaitement chez Hans M&#252;ller, est celle de la r&#233;sistance paysanne. La pluriactivit&#233; pourrait ainsi &#234;tre &#171; analys&#233;e comme une forme de r&#233;sistance &#224; l'int&#233;gration dans la &#171; soci&#233;t&#233; englobante &#187; de nature capitaliste &#187; (Farcy J.-C., Capitalisme agraire et sp&#233;cialisation agricole dans le centre du bassin parisien, in Garrier G. et Hubscher R., (dir.), Entre faucilles et marteaux, Pluriactivit&#233;s et strat&#233;gies paysannes, p. 168).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Une erreur trop souvent rapport&#233;e, particuli&#232;rement &#224; propos de M&#252;ller. Cf. Silguy (De) C., L'agriculture biologique, PUF, 1991, p. 11 ; Silguy (De) C., L'agriculture biologique, Des techniques efficaces et non polluantes, Patino/Terre Vivante, 1994, p. 167 ; Solana P., La bio, De la terre &#224; l'assiette, Sang de la terre/Bornemann, 1999, p. 14.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Cf. Husserl E., La crise des sciences europ&#233;ennes et la ph&#233;nom&#233;nologie transcendantale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Tagore, cit&#233; in Scheler M., Sociologie de la connaissance, p. 140.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Cf. Robin P., Le point de vue de l'agronome, in Aeschlimann J.-P., Feller C., Robin P., Histoire et Agronomie, entre Ruptures et Dur&#233;e (Colloque Histagro), Ed. de l'IRD, 2007 (&#224; para&#238;tre).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] N&#233;doncelle M., Vers une philosophie de l'amour et de la personne, Ed. Aubier-Montaigne, 1957.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Sur ces deux sens du mot nature, voir Bourg D., L'homme-artifice, Le sens de la technique, Gallimard, 1996, p. 170-171.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Cf. Godron G. et Lemieux G., Le bois des rameaux, un &#233;l&#233;ment crucial de la biosph&#232;re, 1998 ; Colinvaux P., Une affaire de succession, in Invitation &#224; la science de l'&#233;cologie, 1982, p. 123. Citons Paul Colinvaux, sans oublier le caract&#232;re pionnier des travaux de Frederic Clements sur le sujet : &#171; Une occupation progressive des champs abandonn&#233;s, par une succession de communaut&#233;s de plantes diff&#233;rentes, a souvent &#233;t&#233; observ&#233;e. Elle se produit toujours. Tout d'abord viennent les mauvaises herbes annuelles, plantes dont les niches sont caract&#233;ris&#233;es par la possibilit&#233; de r&#233;pandre au loin sur de grandes &#233;tendues de minuscules graines, dans l'espoir de trouver un carr&#233; de terre nue o&#249; elles puissent pousser pour une saison et disperser de nouvelles graines. Ensuite viennent ensuite les plantes persistantes, herbes dont les racines r&#233;sistantes s'agrippent au sol et restent fix&#233;es dans les champs d'une ann&#233;e sur l'autre, puis viennent les buissons, puis les arbustes des taillis. Tout cela est bien &#233;tabli. Lorsque nous affirmons que le processus aboutit &#224; la for&#234;t primitive, nous faisons une hypoth&#232;se parce qu'il se d&#233;roule en un temps si long que l'Homo scientificus n'existe pas depuis assez longtemps pour avoir pu l'observer dans son ensemble. C'est cependant une hypoth&#232;se assez plausible. Nous pouvons voir les premi&#232;res &#233;tapes de ce processus et observer comment, dans d'antiques for&#234;ts autrefois ravag&#233;es, la distribution des arbres &#233;volue et se rapproche de plus en plus de la for&#234;t d'origine &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh14' id='nb14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Turckeim (De) B. et Bruciamacchie M., La futaie irr&#233;guli&#232;re, Th&#233;orie et pratique de la sylviculture irr&#233;guli&#232;re, continue et proche de la nature, Ed. Edisud, 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh15' id='nb15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] La question de la fertilit&#233; naturelle et de la fertilisation agricole &#233;cologique est bien la question technique primordiale des fondateurs de l'agriculture biologique. Mais dans le contexte d'une agriculture m&#233;canis&#233;e, et dans celui d'une civilisation technologique en g&#233;n&#233;ral, d'autres questions &#233;cologiques touchent directement le travail quotidien, telle celle de la pollution. Les machines et engins, les mat&#233;riaux les composant, les carburants les alimentant, etc., sont-ils biod&#233;gradables ? A quel rythme ? Sous quelles conditions ? Avec quels impacts sur le milieu ? Nous envisageons des recherches sur ces questions. En g&#233;n&#233;ralisant la perspective ici d&#233;velopp&#233;e, nous formulons l'hypoth&#232;se qu'une connaissance approfondie des m&#233;canismes notamment biologiques et biochimiques des &#233;cosyst&#232;mes naturels pourrait servir &#224; d&#233;velopper des programmes de recherche en ing&#233;nierie &#233;cologique ou Ecological Engineering. (Sur l'ing&#233;nierie &#233;cologique, voir par exemple Erkman S., Vers une &#233;cologie industrielle, Comment mettre en pratique le d&#233;veloppement durable dans une soci&#233;t&#233; hyper-industrielle,1998, p. 105-106).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Biographies des fondateurs des mouvements de l'agriculture biologique contemporaine</title>
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		<dc:date>2007-11-03T00:47:30Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>Sir Albert Howard et l'agriculture naturelle Enfance et formation du p&#232;re du mouvement d'agriculture organique Albert Howard est n&#233; en Angleterre en 1873. Il est &#233;lev&#233; sur la ferme de polyculture&#8211;&#233;levage de ses parents. L'exp&#233;rience pratique de l'agriculture, dans son enfance, l'am&#232;ne plus tard &#224; se d&#233;fier des agronomes &#171; ermites de laboratoire &#187;. La jeunesse qu'il a, r&#233;gl&#233;e et int&#233;ressante, g&#233;n&#233;reuse dans son traitement de l'homme et des b&#234;tes, le marque profond&#233;ment. Pour Louise Howard, sa seconde &#233;pouse, (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-Biographies-des-fondateurs-des-mouvements-de-l-agriculture,12-.html" rel="directory"&gt;Biographies des fondateurs des mouvements de l'agriculture biologique contemporaine&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Sir Albert Howard et l'agriculture naturelle&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Enfance et formation du p&#232;re du mouvement d'agriculture organique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Albert Howard est n&#233; en Angleterre en 1873. Il est &#233;lev&#233; sur la ferme de polyculture&#8211;&#233;levage de ses parents [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans le Shropshire, pr&#232;s du Pays de Galles.' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. L'exp&#233;rience pratique de l'agriculture, dans son enfance, l'am&#232;ne plus tard &#224; se d&#233;fier des agronomes &#171; ermites de laboratoire &#187;. La jeunesse qu'il a, r&#233;gl&#233;e et int&#233;ressante, g&#233;n&#233;reuse dans son traitement de l'homme et des b&#234;tes, le marque profond&#233;ment. Pour Louise Howard, sa seconde &#233;pouse, les souvenirs d'une jeunesse pass&#233;e dans une ambiance assez ais&#233;e, expliquent l'esprit plut&#244;t g&#233;n&#233;reux et peu mat&#233;rialiste dont Howard fait preuve dans ses relations humaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est tr&#232;s jeune lors de la crise agricole de 1879. Cette date marque la fin d'une &#233;poque pour l'agriculture anglaise. C'est aussi, &#224; ce moment, que son p&#232;re meurt et que de nombreux moutons sont touch&#233;s par une maladie. A partir de l'&#226;ge de quatorze ans, il est oblig&#233; de s'occuper lui-m&#234;me de son &#233;ducation. Il obtient des bourses et fait des &#233;tudes, d'abord au Coll&#232;ge Royal de Science de Kensington, o&#249; il obtient un dipl&#244;me de chimie avec la meilleure mention. En 1896, il obtient un dipl&#244;me de Sciences Naturelles, avec la meilleure mention, au Coll&#232;ge Saint John de Cambridge. Pendant ces premi&#232;res ann&#233;es, il &#233;tudie la physique, la chimie, la g&#233;ologie, et la m&#233;canique. C'est durant le temps de cette formation qu'il trouve une id&#233;e des principes de base qu'il va garder toute sa vie. Il insiste sur la bonne qualit&#233; des enseignements qu'il re&#231;oit. Ces premi&#232;res ann&#233;es d'&#233;tudes ont &#233;t&#233; tr&#232;s importantes pour lui, parce que l'on y traite en vision panoramique de toutes les sciences : il d&#233;fend l'id&#233;e que l'on a besoin d'une base large d'&#233;tudes g&#233;n&#233;rales, quelle que soit la sp&#233;cialisation que l'on prenne ensuite [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans son article sur la carri&#232;re d'Howard, Louise Howard insiste sur le fait (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]. En 1897, il est re&#231;u premier au dipl&#244;me agricole de la prestigieuse Universit&#233; de Cambridge, puis, en 1898, second au dipl&#244;me agricole national anglais.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Vers la nature : de la maladie &#224; l'entretien de la sant&#233; spontan&#233;e des &#234;tres vivants&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Entre 1899 et 1905, la premi&#232;re direction de recherche d'Howard est consacr&#233;e &#224; la&lt;em&gt; nature de la maladie&lt;/em&gt; des plantes [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament Agricole, Pour une agriculture naturelle, Edition Vie (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]. En premier poste, de 1899 &#224; 1902, il est enseignant, assistant en sciences agricoles, aux Antilles britanniques, au Coll&#232;ge Harrison de Barbade. Bien que brillamment dipl&#244;m&#233;, Howard, fils d'agriculteur, garde, toute sa vie, un respect profond pour le travail des paysans. On le voit &#224; travers trois aspects de son attitude.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A Barbade, il s'&#233;tablit, tout d'abord, dans une attitude humble devant les paysans indig&#232;nes, en comprenant leur syst&#232;me de bouturage des cannes &#224; sucre. Les indig&#232;nes choisissent &#171; curieusement &#187; des boutures de cannes &#224; sucre qui ne sont pas en tr&#232;s bonne sant&#233;. En fait, ils choisissent &lt;em&gt;express&#233;ment&lt;/em&gt; ces plants, car ils les savent tr&#232;s pauvres en sucre. Or, les maladies et les champignons ont besoin de sucre pour survivre. Ce syst&#232;me de bouturage est devenu une tradition pour faire de nouveaux plants. Ce syst&#232;me du pass&#233; &#8211; indig&#232;ne &#8211; s&#233;lectionne des boutures m&#233;diocres. Mais &lt;em&gt;c'est le seul syst&#232;me pour que l'objectif soit atteint, et pourtant ce r&#233;sultat est juste le fruit d'une observation empirique&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le deuxi&#232;me aspect de son attitude concerne le rapport &lt;em&gt;science / pratique.&lt;/em&gt; Souvent, les rendements des fermes sont inf&#233;rieurs &#224; ceux des parcelles exp&#233;rimentales. Au lieu de d&#233;noncer l'incomp&#233;tence des paysans &#224; mettre en &#339;uvre les &#171; innovations scientifiques &#187;, Howard insiste sur le devoir qu'ont, selon lui, les chercheurs, de prendre en ligne de compte, dans leur travail, les int&#233;r&#234;ts quotidiens des personnes pour qui ils travaillent. Il r&#233;agit par rapport &#224; la publication d'un coll&#232;gue chercheur au sujet du test sur parcelles d'essais. Sa critique porte sur la taille des parcelles d'essais, et, en particulier, sur le coefficient &#171; N &#187;, c'est-&#224;-dire le nombre d'&#233;chantillons test&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Allant au-del&#224; de l'agronomie proprement dite, il y a un troisi&#232;me &#233;l&#233;ment qui marque Howard d&#232;s la p&#233;riode de son travail aux Antilles. Howard parle de l'effort que devrait mener le chercheur pour compl&#233;ter ses exp&#233;riences du c&#244;t&#233; du domaine &#233;conomique. Pour Louise Howard, Albert Howard est coh&#233;rent avec sa d&#233;nonciation de la science confin&#233;e au laboratoire, puisqu'il n'a jamais &#233;t&#233; lui-m&#234;me un ermite de laboratoire. Il n'est pas satisfait des exp&#233;riences scientifiques qui ne couvrent pas le sujet de la canne &#224; sucre depuis le plant jusqu'au produit manufactur&#233; et commercialis&#233; &#171; sucre &#187;. Pour Howard, les &lt;em&gt;chercheurs doivent &#234;tre conscients des probl&#232;mes de fabrication et de commercialisation&lt;/em&gt;. Il ajoute que les r&#233;sultats qui ne tiennent pas compte de ces param&#232;tres ne valent pas la peine d'&#234;tre produits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:52px;'&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ecolotech.eu/sites/ecolotech.eu/IMG/ppt/Soutenance_Y._Besson.ppt&quot; type=&quot;application/vnd.ms-powerpoint&quot; title=&quot; Soutenance Th&#232;se Y Besson&quot;&gt;&lt;img src='http://www.ecolotech.eu/sites/ecolotech.eu/local/cache-vignettes/L52xH52/ppt-db89b.png' width='52' height='52' alt=' Soutenance Th&#232;se Y Besson {PowerPoint}' style='height:52px;width:52px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 01 &#8211; Sir Albert Howard (1873-1947) [&lt;a href='#nb2-www.seedsofchange.com' class='spip_note' rel='footnote' id='nh2-www.seedsofchange.com'&gt;www.seedsofchange.com&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De 1902 &#224; 1905, il est de retour en Angleterre, comme botaniste, au coll&#232;ge de Wye, dans le Kent. Il est charg&#233; de poursuivre les travaux de son pr&#233;d&#233;cesseur, A. D. Hall, sur la culture du houblon. Par ses recherches, il va amener un fort changement dans la pratique des principaux producteurs de houblon [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Hop Experiments, 1904 (article disponible aux archives du Coll&#232;ge (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]. Il commence par se rapprocher des producteurs, et remarque que ceux qui ont des probl&#232;mes ont pris l'habitude d'&#233;liminer les pieds m&#226;les de leurs plantations. Howard d&#233;couvre que la pollinisation acc&#233;l&#232;re la croissance, et augmente la r&#233;sistance du houblon aux pucerons et &#224; la rouille (une maladie fongique), deux probl&#232;mes faisant souvent beaucoup de d&#233;g&#226;ts [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardenning for health or disease, Chapitre 1, (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]. Gr&#226;ce aux exp&#233;riences et d&#233;monstrations d'Howard, les producteurs de houblon r&#233;introduisent les pieds m&#226;les dans leurs cultures. Howard, de son c&#244;t&#233;, tire de ce r&#233;sultat pratique une premi&#232;re inclination &#224; traiter les probl&#232;mes &#224; partir de la compr&#233;hension et du suivi de la &lt;em&gt;loi naturelle&lt;/em&gt;. L'&#233;limination des pieds m&#226;les est une large d&#233;viation de la loi naturelle, pour Howard. Les maladies apparaissent parce que &#171; la Nature ne peut pas &#234;tre d&#233;fi&#233;e longtemps &#187;. En fait, Howard a tr&#232;s t&#244;t ses id&#233;es de base. Dans une de ses premi&#232;res publications, en 1902, sur le traitement des maladies fongiques [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., The General treatment of fungo&#239;d pests, Imperial Department of (...)' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;], comme le note Louise Howard, &#171; tout le contenu de son article est classique &#187;, sauf une phrase, qui montre d&#233;j&#224; son orientation d&#233;finitive : &#171; &lt;em&gt;D&#232;s le d&#233;but, il faut se souvenir que les champignons ne sont pas les seuls agents actifs dans la lutte. Quand les plantes sont en bonne sant&#233;, elles poss&#232;dent des pouvoirs vraiment tr&#232;s consid&#233;rables de d&#233;fense naturelle contre tous les parasites, y compris les champignons&lt;/em&gt; &#187;. Ces simples mots, mis en italique par Howard lui-m&#234;me, &#171; forment un r&#233;sum&#233; parfait de sa &lt;em&gt;th&#233;orie de la r&#233;sistance aux maladies &#187; [&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Howard L.-E., Sir Albert Howard's Carreer, in Soil and Health, Memorial (...)' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. Cinq ans apr&#232;s le d&#233;but de ses recherches, en 1904, ce r&#233;sultat s'av&#232;re &#234;tre la premi&#232;re pi&#232;ce d'un travail vraiment couronn&#233; de succ&#232;s. Ce succ&#232;s lui donne un aper&#231;u sur la fa&#231;on dont la nature r&#232;gle son r&#232;gne, et il raffermit en lui la conviction que la m&#233;thode la plus prometteuse pour le traitement des maladies r&#233;side dans la pr&#233;vention. Mais, pour poursuivre de telles investigations, Howard consid&#232;re que le chercheur a besoin de champs et de houblons avec une libert&#233; compl&#232;te dans la fa&#231;on de les cultiver. Howard ne trouve pas de telles conditions de travail, originales par rapport &#224; la conception &#171; moderne &#187; de la recherche agronomique, r&#233;gnant &#224; Wye.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Howard, agronome progressiste mais humble devant les paysans&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Sa chance survient en 1905. Il accepte un poste de botaniste &#233;conomique au sein d'un Institut de Recherche Agricole que le vice-roi de l'Inde, Lord Curzon, &#233;tait en train de fonder &#224; Pusa, au Bengale [&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Quand Howard arrive sur place, l'institut n'existe que sur le papier, mais (...)' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt;]. Sa mission consiste en l'am&#233;lioration des c&#233;r&#233;ales et en la production de nouvelles vari&#233;t&#233;s, selon les m&#233;thodes modernes de s&#233;lection. Pendant dix-neuf ans il se consacre &#224; cette question et isole, teste, et distribue largement plusieurs vari&#233;t&#233;s de bl&#233; [&lt;a href='#nb2-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Dont plusieurs r&#233;sistantes &#224; la rouille.' id='nh2-9'&gt;9&lt;/a&gt;], de tabac, de lin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Conform&#233;ment au principe qu'il a adopt&#233;, de joindre la pratique &#224; sa th&#233;orie, il veut d'abord faire cultiver les c&#233;r&#233;ales qu'il a am&#233;lior&#233;es. L'agriculture nord-est indienne cultive les m&#234;mes champs de riz depuis des si&#232;cles. Qu'y a-t-il de plus sens&#233; que d'observer et d'apprendre d'une exp&#233;rience ayant pass&#233; un test de temps aussi prolong&#233; ? Il se trouve, justement, que les c&#233;r&#233;ales cultiv&#233;es dans le voisinage de Pusa sont remarquablement indemnes de maladies : les insecticides et fongicides ne trouvent pas leur place dans cet ancien syst&#232;me cultural. Avec ce constat, il d&#233;cide de lancer ses recherches sur de nouvelles bases, &#224; partir d'une id&#233;e qu'il avait eu d'abord aux Antilles, puis envisag&#233;e &#224; Wye : &lt;em&gt;observer ce qui se passe quand les insectes et les maladies fongiques sont autoris&#233;es &#224; se d&#233;velopper sans la moindre opposition, en n'utilisant que des m&#233;thodes indirectes pour pr&#233;venir les attaques [&lt;a href='#nb2-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Albert Howard n'est pas le p&#232;re de la th&#233;orie de la r&#233;sistance aux maladies. (...)' id='nh2-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;, telles des pratiques culturales am&#233;lior&#233;es ou des vari&#233;t&#233;s plus efficaces. Par suite, Howard en vient &#224; consid&#233;rer qu'il n'a, d'abord, pas mieux &#224; faire que &lt;em&gt;d'observer les pratiques des paysans locaux&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb2-11' class='spip_note' rel='footnote' title='C'est aussi lors de l'observation du travail des paysans indiens qu'il (...)' id='nh2-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;em&gt;,&lt;/em&gt; et de les consid&#233;rer, eux &lt;em&gt;et les maladies des plantes&lt;/em&gt;, comme &lt;em&gt;ses meilleurs professeurs&lt;/em&gt;. Ainsi, dans ses exp&#233;riences, il n'utilise aucun moyen curatif direct des maladies : ni insecticides ni fongicides, mais, &#233;galement, aucune destruction de plantes malades. Comme sa compr&#233;hension de l'agriculture indienne et sa pratique s'am&#233;liorent, une diminution marqu&#233;e de la maladie appara&#238;t dans ses c&#233;r&#233;ales. En 1910, il apprend comment faire cro&#238;tre des c&#233;r&#233;ales saines, pratiquement indemnes de maladies, &#171; sans la moindre aide de mycologue, entomologistes, bact&#233;riologistes, chimistes agricoles, statisticiens, centres de documentation, engrais artificiels, pulv&#233;risateurs, insecticides, fongicides, germicides, et tout l'autre attirail co&#251;teux de la station d'essai moderne &#187; [&lt;a href='#nb2-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardenning for health or disease, ibid.' id='nh2-12'&gt;12&lt;/a&gt;]. De m&#234;me, malgr&#233; les contacts avec un cheptel local m&#233;diocre, Howard parvient &#224; un &#233;levage de b&#339;ufs sains [&lt;a href='#nb2-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Au cours de cette p&#233;riode, Howard, en insistant aupr&#232;s de son administration (...)' id='nh2-13'&gt;13&lt;/a&gt;]. Egalement, entre 1911 et 1918, l'exp&#233;rience d'Howard va s'&#233;largir consid&#233;rablement, par l'&#233;tude des probl&#232;mes d'irrigation et de la croissance des fruits. Il va aussi travailler sur les probl&#232;mes d'a&#233;ration du sol, pour &#233;viter les situations pathog&#232;nes o&#249; la flore du sol devient ana&#233;robie [&lt;a href='#nb2-14' class='spip_note' rel='footnote' title='D&#232;s cette p&#233;riode, la qualit&#233; de son travail commence &#224; &#234;tre largement reconnue (...)' id='nh2-14'&gt;14&lt;/a&gt;]. Petit &#224; petit [&lt;a href='#nb2-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Howard A., Sir Albert Howard's Career, op. cit. Louise Howard explique (...)' id='nh2-15'&gt;15&lt;/a&gt;], au fil d'observations et de pratiques concordantes, Howard s'&#233;l&#232;ve &#224; une compr&#233;hension globale [&lt;a href='#nb2-16' class='spip_note' rel='footnote' title='Une compr&#233;hension v&#233;ritablement holiste, irr&#233;ductible &#224; l'addition de &#171; savoirs (...)' id='nh2-16'&gt;16&lt;/a&gt;], de l'agriculture &#171; naturelle &#187;, qu'il rassemble dans son &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de 1924, et jusqu'en 1931, il est directeur de l'Institut pour l'Industrie de la Plante, dans l'Etat d'Indore, un centre de recherches o&#249; il peut organiser la recherche autour de la question centrale de la fertilit&#233;, conform&#233;ment &#224; ses vues personnelles [&lt;a href='#nb2-17' class='spip_note' rel='footnote' title='T.A., p. 38.' id='nh2-17'&gt;17&lt;/a&gt;]. Avec son &#233;pouse Gabrielle et le chimiste Y. D. Wad, tous deux scientifiques &#233;galement, il va mettre au point une m&#233;thode d'am&#233;lioration du compostage qui le rend c&#233;l&#232;bre, d&#232;s les ann&#233;es 1930, le proc&#233;d&#233; Indore. Il travaille plus d'un quart de si&#232;cle &#224; mettre au point ce proc&#233;d&#233; de &#171; fabrication de l'humus &#224; partir des d&#233;chets v&#233;g&#233;taux et animaux &#187; [&lt;a href='#nb2-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 37. Pr&#232;s du tiers des pages de son ma&#238;tre livre sont consacr&#233;es &#224; (...)' id='nh2-18'&gt;18&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il se marie en 1905 avec Gabrielle Matthaei. Apr&#232;s la mort de Gabrielle, en 1930, il &#233;pouse Louise, sa s&#339;ur, et retourne en Grande-Bretagne, en 1931.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard ne travaille pas seul. Il travaille particuli&#232;rement avec ses deux &#233;pouses successives et avec de multiples collaborateurs, avec qui il &#233;change des centaines de lettres &#224; travers le monde entier. Le couple Gabrielle et Albert est surnomm&#233; les &#171; Sidney et Beatrice Webb de l'Inde &#187;, car leurs recherches sont le produit d'un travail d'&#233;quipe d&#233;vou&#233; [&lt;a href='#nb2-19' class='spip_note' rel='footnote' title='Plusieurs fois, pour manifester publiquement la dimension collective de (...)' id='nh2-19'&gt;19&lt;/a&gt;]. Apr&#232;s la mort d'Howard, Louise deviendra membre active de la Soil Association et une amie intime de Lady Eve Balfour. Elle travaillera &#224; faire conna&#238;tre l'&#339;uvre d'Howard, avec des &#233;crits tels &lt;em&gt;Sir Albert Howard's career&lt;/em&gt;, ou &lt;em&gt;Howard in India&lt;/em&gt;. Albert Howard est fait Chevalier en 1934. Il devient Professeur Honoraire du Coll&#232;ge Imp&#233;rial de Sciences en 1935 [&lt;a href='#nb2-20' class='spip_note' rel='footnote' title='L'aristocratie anglaise et la famille royale sont rest&#233;es amies de la (...)' id='nh2-20'&gt;20&lt;/a&gt;]. Il &#233;crit fr&#233;quemment dans le journal &lt;em&gt;New English Weekly&lt;/em&gt;, pour qui il est un conseiller. Il est impliqu&#233; dans le &lt;em&gt;Club et Institut de R&#233;forme Economique&lt;/em&gt;, et dans le &lt;em&gt;Conseil pour l'Eglise et la Campagne&lt;/em&gt;. Il soutient le &lt;em&gt;Centre Pionnier de la Sant&#233;&lt;/em&gt;, et lance, en 1939, avec Sir Robert Mac Carrison, le journal &lt;em&gt;Medical Testament.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sir Albert Howard est le principal inspirateur du p&#232;re du mouvement agrobiologique am&#233;ricain, Jerome Irving Rodale (1898-1971), avec lequel il a correspondu jusqu'&#224; sa mort, et aussi le principal inspirateur de Lady Eve Balfour, la fondatrice de la Soil Association, le mouvement agrobiologique en Grande-Bretagne. Sir Albert Howard est aussi, chronologiquement, le p&#232;re du mouvement d'agriculture organique ou biologique mondial [&lt;a href='#nb2-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, Rudolf Steiner n'est pas le pionnier de (...)' id='nh2-21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Il meurt en 1947, &#224; Blackhealth, pr&#232;s de Londres.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les principes de l'agriculture naturelle d'Howard&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Sir Albert Howard a produit un travail tr&#232;s important, utile pour toute personne de bonne volont&#233; se posant des questions agricoles, &#233;cologiques, &#233;conomiques, historiques. On ne manque pas d'arguments pour consid&#233;rer son &#339;uvre comme une philosophie de la nature et de la culture [&lt;a href='#nb2-22' class='spip_note' rel='footnote' title='Commentant l'&#233;volution du travail de son mari, notamment autour du (...)' id='nh2-22'&gt;22&lt;/a&gt;]. On trouvera ci-dessous un abr&#233;g&#233; de ses principes essentiels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;La r&#233;sistance naturelle des plantes et animaux aux maladies&lt;/em&gt;. Pour ce qui concerne l'&#233;tat sanitaire des cultures ou des troupeaux, Howard en conclut que la maladie n'est pas une fatalit&#233; mais la cons&#233;quence d'un mauvais rapport &#224; la nature. Liant la sant&#233; des plantes dans la nature &#224; la fertilit&#233; des sols [&lt;a href='#nb2-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard ne semble pas s'&#234;tre risqu&#233; &#224; r&#233;duire la question de la sant&#233; des (...)' id='nh2-23'&gt;23&lt;/a&gt;], il propose d'am&#233;liorer la fertilit&#233; des champs pour abaisser les risques de pathologies. Il d&#233;fend le principe&lt;em&gt; &lt;/em&gt;de la&lt;em&gt; r&#233;sistance&lt;/em&gt; &lt;em&gt;aux maladies des plantes en bonne sant&#233;&lt;/em&gt;, plut&#244;t que la susceptibilit&#233; de telle ou telle plante &#224; telle ou telle maladie [&lt;a href='#nb2-24' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; It is well known that healthy and vigorous trees have the power of (...)' id='nh2-24'&gt;24&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;Le primat de la nature en agriculture&lt;/em&gt;. Le p&#232;re de l'approche organique en agriculture rompt avec la d&#233;rive anthropocentriste et techniciste de l'agriculture : il renoue avec la tradition qui la consid&#232;re comme &lt;em&gt;un art de cultiver l'ordre pr&#233;existant de la nature&lt;/em&gt;. Il part de l'observation de la &#171; culture naturelle &#187; [&lt;a href='#nb2-25' class='spip_note' rel='footnote' title='T.A., Introduction.' id='nh2-25'&gt;25&lt;/a&gt;] telle qu'on la voit, notamment, dans la for&#234;t, pour &#233;tudier les m&#233;canismes du d&#233;veloppement de la f&#233;condit&#233; de la terre. La &lt;em&gt;for&#234;t&lt;/em&gt;, et son humus, repr&#233;sente la figure g&#233;n&#233;rale mais &lt;em&gt;palpable&lt;/em&gt; de la nature, dans sa fertilit&#233; essentielle. La &lt;em&gt;nature &lt;/em&gt;est le &#171; principe actif &#187;, &#171; personnifi&#233;, qui anime, organise l'ensemble des choses existantes selon un certain ordre &#187; [&lt;a href='#nb2-26' class='spip_note' rel='footnote' title='Dictionnaire Le Robert.' id='nh2-26'&gt;26&lt;/a&gt;]. La for&#234;t, personnifi&#233;e, donc, &#171; se fertilise elle-m&#234;me &#187; [&lt;a href='#nb2-27' class='spip_note' rel='footnote' title='T.A., p. 02.' id='nh2-27'&gt;27&lt;/a&gt;]. On cherchera donc &#224; fertiliser les champs et d&#233;velopper l'agriculture en adoptant, et, si possible, en am&#233;liorant &#171; les principes de la Nature &#187;. Pour Howard, &lt;em&gt;la nature est le fermier et le jardinier supr&#234;me&lt;/em&gt;, l'&#233;tude de ses mani&#232;res nous fournit une direction saine et fiable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;La focalisation de l'attention sur la fertilit&#233; de la terre et non sur les plantes&lt;/em&gt; : &#171; Les bases d'une bonne culture r&#233;sident non pas tant au niveau de la plante qu'au niveau &lt;em&gt;du sol&lt;/em&gt; lui-m&#234;me : il y a une corr&#233;lation si intime entre l'&#233;tat du sol, c'est-&#224;-dire sa fertilit&#233;, et la croissance et la sant&#233; de la plante, qu'elle l'emporte sur chaque autre facteur &#187; [&lt;a href='#nb2-28' class='spip_note' rel='footnote' title='Farming and gardenning for health or disease, Chapitre 1, Introduction.' id='nh2-28'&gt;28&lt;/a&gt;]. En portant les sols &#224; leur plus haut niveau de fertilit&#233;, Howard a estim&#233; pouvoir tripler ses rendements [&lt;a href='#nb2-29' class='spip_note' rel='footnote' title='Son coll&#232;gue George Clarke confirma amplement ses r&#233;sultats : en augmentant (...)' id='nh2-29'&gt;29&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;L'origine biologique de la p&#233;dogen&#232;se et la n&#233;cessit&#233; du retour de tous les d&#233;chets organiques &#224; la terre pour entretenir sa fertilit&#233;&lt;/em&gt;. Howard s'oppose &#224; l'exploitation agricole et rappelle la n&#233;cessit&#233; de respecter les deux phases du cycle vital en agriculture. L'intensification agricole cons&#233;cutive &#224; la R&#233;volution industrielle a puis&#233; dans la r&#233;serve de fertilit&#233; des sols sans entretenir celle-ci &lt;em&gt;via&lt;/em&gt; l'attention minutieuse &#224; son taux d'humus. Les engrais de synth&#232;se NPK sont une sorte de faux succ&#233;dan&#233; de l'humus. Ils sont trompeurs : ils permettent de produire temporairement des r&#233;coltes abondantes mais ils ne contribuent pas &#224; l'entretien de la vie du sol, au contraire. L'axe agronomique, principal, de la critique howardienne de la fertilisation&lt;em&gt; min&#233;rale,&lt;/em&gt; propre &#224; &#171; mentalit&#233; NPK &#187;, est de d&#233;fendre &lt;em&gt;l'origine et le primat biologique de la fertilit&#233; des sols&lt;/em&gt;, sur toutes consid&#233;rations physico-chimique. L'approche NPK de l'agriculture est tributaire d'un raisonnement bien trop &#233;troit : pour maintenir &lt;em&gt;durablement&lt;/em&gt; la fertilit&#233;, Howard d&#233;fend &#171; &lt;em&gt;la grande&lt;/em&gt; &lt;em&gt;loi du retour&lt;/em&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire l'assiduit&#233; dans le retour de tous les d&#233;chets d'origine biologique &#224; la nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;Une agriculture efficace serait toujours une polyculture-&#233;levage&lt;/em&gt;. Dans la nature, la croissance de la biodiversit&#233; et de la biomasse, donc de la f&#233;condit&#233;, vont de pair. C'est la perspective &#233;cologique du &lt;em&gt;co-d&#233;veloppement mutuel des esp&#232;ces [&lt;a href='#nb2-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Une perspective qui relativise l'importance de &#171; la survie du plus fort &#187; (...)' id='nh2-30'&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. L'intrication des formes de vie v&#233;g&#233;tales et animales, dans la biosph&#232;re, est un mod&#232;le pour la ferme [&lt;a href='#nb2-31' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; In Nature animals and plants lead an interlocked existence. The connection (...)' id='nh2-31'&gt;31&lt;/a&gt;]. Howard en tire l'excellence de la &lt;em&gt;mixed farm&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;L'agriculture naturelle est la base du progr&#232;s de la soci&#233;t&#233; humaine&lt;/em&gt;. Howard consid&#232;re qu'il y a un encha&#238;nement logique qui va des sols fertiles aux nourritures saines et &#224; la bonne sant&#233; des gens. Lorsque l'on oublie que le souci d'une agriculture saine doit avoir la priorit&#233; sur tous les autres besoins secondaires, en particulier les int&#233;r&#234;ts financiers des entreprises, les soci&#233;t&#233;s courent invariablement &#224; la d&#233;cadence [&lt;a href='#nb2-32' class='spip_note' rel='footnote' title='Testament agricole, p. 06-09 et 204-206.' id='nh2-32'&gt;32&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;Tout chercheur en agriculture doit &#171; r&#233;unir en lui la pratique et la science &#187;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb2-33' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 206. Voir aussi les pages 171-203 et 206-208.' id='nh2-33'&gt;33&lt;/a&gt;]. Pour &#233;viter l'enfermement des chercheurs dans leurs &#171; tours d'ivoire &#187; et que leurs sp&#233;cialisations ne leur fasse perdre de vue l&lt;em&gt;'objet&lt;/em&gt; de la recherche, Howard propose que les chercheurs se nourrissent du produit de leurs travaux : il n'y aurait plus des stations exp&#233;rimentales ne confirmant que leurs propres pr&#233;suppos&#233;s, d'un c&#244;t&#233;, et des paysans, en cons&#233;quence, &#171; r&#233;tifs au progr&#232;s &#187;, mais un r&#233;seau territorial de &lt;em&gt;fermes mod&#232;les &lt;/em&gt;et&lt;em&gt; exp&#233;rimentales, &lt;/em&gt;entour&#233;es de paysans-chercheurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pr&#233;sentons maintenant la vie et l'agriculture de Rudolf Steiner, le fondateur d'un mouvement dont le succ&#232;s, dans plusieurs domaines, occulte encore trop souvent l'existence ant&#233;rieure des travaux d'Howard, tout comme l'existence du courant allemand d'agriculture naturelle, issue directement de la mouvance de r&#233;forme de la vie (&lt;em&gt;Lebensreform&lt;/em&gt;), que nous &#233;voquerons dans la deuxi&#232;me partie.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Rudolf Steiner : l'agriculture bio-dynamique&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Rudolf Steiner, un enfant surdou&#233; et hypersensible&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Rudolf Steiner est n&#233; le 27 f&#233;vrier 1861 &#224; Kraljevic, un petit village hongrois (actuellement en Slov&#233;nie), de parents autrichiens de condition modeste. Il est mort &#224; Dornach, pr&#232;s de B&#226;le (Suisse), en 1925. Ses parents quittent le domaine f&#233;odal, o&#249; ils demeurent, et o&#249; le p&#232;re est garde-chasse, pour pouvoir se marier, malgr&#233; l'opposition de leur seigneur. Le p&#232;re fait ensuite une carri&#232;re aux chemins de fer austro-hongrois. La vie de la famille Steiner est alors rythm&#233;e par les d&#233;m&#233;nagements. Rudolf Steiner est l'a&#238;n&#233; de trois enfants. Tr&#232;s t&#244;t, le jeune Rudolf se distingue par une intuition et une sensibilit&#233; extr&#234;mes, presque anormales, et par des facult&#233;s intellectuelles tout &#224; fait hors du commun. D'une part, il est fascin&#233; par les math&#233;matiques : &lt;em&gt;&#171; C'est par la g&#233;om&#233;trie que j'ai connu le bonheur pour la premi&#232;re fois. Je sentais, quoique ne pouvant &#233;videmment pas le formuler clairement, qu'il fallait porter en soi la connaissance du monde spirituel comme une g&#233;om&#233;trie &#187;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb2-34' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Une autobiographie, Ed. Alice Sauerwein, PUF, Paris, p. (...)' id='nh2-34'&gt;34&lt;/a&gt;]. D'autre part, il est un enfant qui s'interroge grandement sur le monde suprasensible. Il note ainsi dans son autobiographie intellectuelle [&lt;a href='#nb2-35' class='spip_note' rel='footnote' title='Xavier Florin nous pr&#233;cisa en entretien qu'il s'agit d'une autobiographie (...)' id='nh2-35'&gt;35&lt;/a&gt;] : &lt;em&gt;&#171; Etant enfant, je me disais : les objets et les &#233;v&#233;nements que les sens per&#231;oivent se situent dans l'espace. Mais de m&#234;me que cet espace est au-dehors de l'homme, il existe au-dedans de lui une sorte d'espace psychique qui est le th&#233;&#226;tre d'entit&#233;s et d'&#233;v&#233;nements spirituels. Pour moi, les pens&#233;es n'&#233;taient pas simplement des images que l'homme se fait des choses, mais j'y voyais des manifestations d'un monde spirituel au sein de cet espace psychique &#187;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb2-36' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Autobiographie, 2 volumes, EAR, 1923-1925. Je souligne. Il (...)' id='nh2-36'&gt;36&lt;/a&gt;]. Bien que son p&#232;re soit &#171; libre-penseur &#187; et ne fr&#233;quente jamais l'&#233;glise, Rudolf Steiner s'y sent pourtant attir&#233; : &lt;em&gt;&#171; La c&#233;l&#233;bration du culte me paraissait &#234;tre l'interm&#233;diaire entre le monde sensible et le monde suprasensible &#187;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb2-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Une autobiographie, op. cit., p. 27.' id='nh2-37'&gt;37&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est admis, &#224; dix huit ans, &#224; l'Ecole sup&#233;rieure technique de Vienne, - l'&#233;quivalent de l'Ecole Polytechnique en France -, pour y devenir ing&#233;nieur, mais il est beaucoup plus int&#233;ress&#233; par la philosophie. C'est ainsi qu'un jour, passant devant une librairie, il d&#233;couvre la &lt;em&gt;Critique de la raison pure&lt;/em&gt; de Kant, puis les ouvrages de Fichte et enfin ceux de Hegel. Passionn&#233; par les cours de Franz Brentano [&lt;a href='#nb2-38' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Steiner R., Une autobiographie, Ed. Alice Sauerwein, p. 60-61. Franz (...)' id='nh2-38'&gt;38&lt;/a&gt;], le jeune homme consacre d&#233;sormais le plus clair de son temps &#224; l'&#233;tude de la philosophie. Bient&#244;t il rencontre un vieil homme qui cueille des plantes m&#233;dicinales. Celui-ci le met en contact avec un guide spirituel, qui l'encourage &#224; poursuivre ses &#233;tudes, afin de mieux se familiariser avec la mentalit&#233; scientifique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A vingt ans, en 1881, il re&#231;oit une initiation rosicrucienne. Il participe activement &#224; la vie culturelle et occultiste de son temps. Il adh&#232;re au rite Memphis-Misra&#239;m, dirig&#233; par Th&#233;odor Reuss (1855-1924), un journaliste allemand f&#233;ru d'occultisme et franc-ma&#231;on marginal. Th&#233;odor Reuss sera cofondateur de l'Ordo Templi Orientis (l'Ordre du Temple Oriental) [&lt;a href='#nb2-39' class='spip_note' rel='footnote' title='Le groupe O.T.O. existe toujours et a &#233;t&#233; class&#233; &#171; secte &#187; dans le rapport (...)' id='nh2-39'&gt;39&lt;/a&gt;]. De 1879 &#224; 1891, Rudolf Steiner continue son parcours de recherche entre &#233;tude de la philosophie, des sciences naturelles, et initiation &#224; l'&#233;sot&#233;risme. Au terme de ces ann&#233;es pass&#233;es &#224; Vienne, il poss&#232;de un doctorat en philosophie et &lt;em&gt;&#171; divers dipl&#244;mes scientifiques : il aura &#233;tudi&#233; la physique, la chimie, la biologie, l'anatomie, la botanique &#187; [&lt;a href='#nb2-40' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., Quand le voile se d&#233;chire&#8230;, Le d&#233;fi de l'&#233;sot&#233;risme au (...)' id='nh2-40'&gt;40&lt;/a&gt;].&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La d&#233;couverte de Goethe et la premi&#232;re &#171; illumination &#187; de Steiner&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En 1891, Steiner quitte Vienne, et, int&#233;ress&#233; par l'&#339;uvre &#171; scientifique &#187; de Johann Wolgang Goethe, il devient collaborateur du centre d'archives Goethe &#224; Weimar. Il occupe des fonctions d'archiviste et participe ainsi pendant sept ans &#224; l'&#233;dition des &#339;uvres compl&#232;tes de Goethe, en &#233;tant charg&#233; de la surveillance de la r&#233;&#233;dition de l'ensemble de ses &#233;crits &#224; vis&#233;e scientifique. Ce travail lui permet &lt;em&gt;&#171; d'approfondir &#224; la fois la pens&#233;e de son ma&#238;tre dans ses aspects les plus secrets, et sa propre connaissance de l'&#233;sot&#233;risme &#187; [&lt;a href='#nb2-41' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 149.' id='nh2-41'&gt;41&lt;/a&gt;]. &lt;/em&gt;Cette exp&#233;rience comptera toute sa vie et il la fera fructifier. Selon Joseph Marie Verlinde, il consid&#233;ra toute sa vie Goethe &lt;em&gt;&#171; comme son ma&#238;tre &#187;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb2-42' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 148.' id='nh2-42'&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;em&gt;.&lt;/em&gt; C'est en &#233;tudiant ces travaux qu'il &lt;em&gt;&#171; comprend que la science mat&#233;rialiste ne peut atteindre que le monde inanim&#233;, alors que les ouvrages scientifiques de l'auteur de Faust &#233;tablissent un pont entre la nature et l'esprit &#187; [&lt;a href='#nb2-43' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh2-43'&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. Cependant, il estime que Goethe &lt;em&gt;&#171; n'allait pas assez loin dans l'approche spirituelle et chercha &#224; d&#233;velopper une autre approche de la connaissance &#224; travers la recherche d'un &#233;tat de conscience permettant d'acc&#233;der &#224; la &#171; v&#233;rit&#233; &#187; des choses &#187; [&lt;a href='#nb2-44' class='spip_note' rel='footnote' title='Ari&#232;s P., Anthroposophie : enqu&#234;te sur un pouvoir occulte, Editions Golias, (...)' id='nh2-44'&gt;44&lt;/a&gt;].&lt;/em&gt;
&lt;br /&gt;C'est &#233;galement &#224; Weimar que Steiner rencontre Elisabeth Forster, la s&#339;ur de Nietzsche, et Nietzsche lui-m&#234;me, mais &#224; la fin de sa vie, alors qu'il &#233;tait devenu d&#233;ment. Et c'est devant ce grand penseur devenu fou &lt;em&gt;&#171; qu'il eut sa premi&#232;re &#171; illumination &#187; &#187;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb2-45' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., op. cit., p. 149.' id='nh2-45'&gt;45&lt;/a&gt;] :
&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&#171; Il reposait sur un divan, l'esprit envelopp&#233; dans les brumes de sa folie. Et voici la vision que j'eus dans cette chambre : l'&#226;me de Nietzsche planait au-dessus de son front, sans limites et d&#233;j&#224; irradi&#233;e de lumi&#232;re spirituelle, libre dans ces mondes de l'esprit dont elle avait eu la nostalgie avant la chute dans les t&#233;n&#232;bres, mais sans pouvoir les d&#233;couvrir. Elle &#233;tait encore encha&#238;n&#233;e au corps qui ne la percevait plus que tout juste assez pour avoir la nostalgie de ce monde. L'&#226;me de Niezsche &#233;tait encore l&#224; ; mais elle ne pouvait plus maintenir que du dehors ce corps qui l'emp&#234;chait, pour autant qu'il &#233;tait encore li&#233; &#224; elle, de s'&#233;panouir dans sa pleine lumi&#232;re. Auparavant, j'avais lu Nietzsche. Et maintenant, je contemplais l'homme qui avait port&#233; en lui, ramen&#233;es d'un lointain au-del&#224; spirituel, des id&#233;es dont la beaut&#233; gardait un reflet de lumi&#232;re, bien qu'en route elles avaient perdu leur rayonnement primitif. Son &#226;me avait rapport&#233; de ses vies ant&#233;rieures un tr&#233;sor lumineux auquel il n'avait pu rendre dans cette vie tout son &#233;clat. Si j'avais admir&#233; autrefois l'&#233;crivain, je d&#233;couvrais maintenant cette vision resplendissante &#187;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb2-46' class='spip_note' rel='footnote' title='Rihou&#235;t-Coroze S., Qui &#233;tait Rudolf Steiner ?, Triades, Paris, 1973, p. 94, (...)' id='nh2-46'&gt;46&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Initiations franc-ma&#231;onnes et rosicruciennes, entr&#233;e en Th&#233;osophie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;A partir de 1897, il quitte Weimar et devient r&#233;dacteur d'une revue litt&#233;raire, le &lt;em&gt;Magazin f&#252;r Litteratur&lt;/em&gt;. Il intervient comme enseignant &#224; l'Universit&#233; populaire (marxiste). Les socialistes de cette universit&#233; se s&#233;parent de lui apr&#232;s avoir d&#233;couvert son id&#233;ologie. N&#233;anmoins, selon l'interpr&#233;tation anthroposophique, face &#171; aux blocages culturels qu'exprimerait le comportement des chefs socialistes &#187;, la lecture de l'histoire selon Steiner a de l'attrait sur les ouvriers auditeurs de l'Universit&#233; populaire [&lt;a href='#nb2-47' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;cke J. et Rudolf A.-A., Souvenirs : Rudolf Steiner et l'universit&#233; de (...)' id='nh2-47'&gt;47&lt;/a&gt;]. Cette scission avec les socialistes semblait de toute fa&#231;on in&#233;vitable car Steiner entretenait &#233;galement depuis 1897 des relations avec quelques membres de la soci&#233;t&#233; Th&#233;osophique Mondiale, groupe qui ne passait pas pour &#234;tre des plus r&#233;volutionnaires. Aupr&#232;s de ces personnes il trouve une inspiration li&#233;e &#224; celle qu'il avait trouv&#233;e chez Goethe, lequel &#233;tait initi&#233; aux arcanes du rosicrucianisme. En 1899, il &#233;pouse une veuve, m&#232;re de cinq enfants, Anna Eunique, dont il se s&#233;pare assez rapidement. La m&#234;me ann&#233;e, il publie une explication de l'herm&#233;tisme de Goethe, sous forme de conte fantastique, intitul&#233;e &lt;em&gt;Le serpent vert et le beau lys&lt;/em&gt;. Int&#233;ress&#233;e par ce texte, la soci&#233;t&#233; Th&#233;osophique de Berlin contacte Rudolf Steiner et lui propose de donner une s&#233;rie de conf&#233;rences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 02 &#8211; Rudolf Steiner (1861-1925) [&lt;a href='#nb2-www.anthroposophy.org.uk' class='spip_note' rel='footnote' id='nh2-www.anthroposophy.org.uk'&gt;www.anthroposophy.org.uk&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, Rudolf Steiner ne fut pas un enthousiaste de la Th&#233;osophie : il ne se fait admettre dans cette Soci&#233;t&#233; qu'en 1902, soit cinq ann&#233;es apr&#232;s ses premiers contacts avec des membres. Sous l'influence de cette brillante recrue, les Loges se multiplient en Allemagne, o&#249; la progression stagne depuis quelques ann&#233;es. C'est dans le milieu th&#233;osophe qu'il fait la connaissance de Marie Von Sivers, une aristocrate d'origine russe, de grande culture, &#233;tudiante en art dramatique, qui deviendra son &#233;pouse en 1914, trois ans apr&#232;s la mort de sa premi&#232;re femme. En 1905 ou 1906 il re&#231;oit une patente de Th&#233;odor Reuss pour fonder &#224; Berlin un Grand Conseil de l'Ordre de Memphis-Misra&#239;m. Selon G&#233;rard Galtier, Steiner aurait &#233;t&#233; initi&#233; &#224; l'Ordre de la Rose-Croix Esot&#233;rique de Franz Hartmann, l'un des principaux dirigeants de la Soci&#233;t&#233; Th&#233;osophique allemande, et ami de Th&#233;odor Reuss. &#171; A cette &#233;poque, Steiner essaye de cumuler comme Papus l'ensemble des diverses initiations ma&#231;onniques et rosicruciennes, dans le but de fonder une esp&#232;ce d'union occultiste internationale sous sa propre direction. En fait il entre en conflit avec Reuss et Hartmann et reprend son ind&#233;pendance. Plus tard, &#224; partir des &#233;l&#233;ments initiatiques qu'il avait su amasser de tous c&#244;t&#233;s, Steiner fonde son propre Rite, la &#171; Franc-Ma&#231;onnerie Esot&#233;rique &#187;, &#224; laquelle Edouard Schur&#233; aurait &#233;t&#233; initi&#233; &#187; [&lt;a href='#nb2-48' class='spip_note' rel='footnote' title='Galtier G., Ma&#231;onnerie Egyptienne, Rose-Croix et N&#233;o-Chevalerie, Ed. du (...)' id='nh2-48'&gt;48&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Le th&#233;osophe Edouard Schur&#233; introduit Steiner en France &#224; partir de 1906, o&#249; il participe au Congr&#232;s de la F&#233;d&#233;ration des sections europ&#233;ennes de la Soci&#233;t&#233; &#224; Paris. Il rendra compte de ce congr&#232;s dans sa revue Lucifer-Gnosis. Lors d'un congr&#232;s th&#233;osophique &#224; Londres, Marie de Sivers le pr&#233;sente &#224; Annie Besant, la directrice de la Soci&#233;t&#233; Th&#233;osophique Mondiale [&lt;a href='#nb2-49' class='spip_note' rel='footnote' title='La Soci&#233;t&#233; Th&#233;osophique a &#233;t&#233; fond&#233;e par Helena Petrova Blavatsky (1831-1891) et (...)' id='nh2-49'&gt;49&lt;/a&gt;]. Celle-ci, impressionn&#233;e par la personnalit&#233; de ce nouvel adepte, lui demande de seconder Marie qui venait de se voir confier la direction du cercle berlinois. Steiner s'acquitte avec tant d'ardeur de sa t&#226;che, qu'il est nomm&#233;, en 1905, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la section allemande de la Soci&#233;t&#233; Th&#233;osophique Mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner publie autour de 1910 plusieurs ouvrages qui ont un retentissement consid&#233;rable. C'est aussi &#224; cette &#233;poque qu'il commence &#224; monter ses propres drames, assist&#233; par Marie de Sivers : &lt;em&gt;La porte de l'Initiation, L'Epreuve de l'&#194;me, Le Gardien du Seuil, Eurythmie&lt;/em&gt;. La publication de &lt;em&gt;La science occulte&lt;/em&gt; marque la premi&#232;re &#233;tape du diff&#233;rent avec Annie Besant. La directrice de la Soci&#233;t&#233; th&#233;osophique a install&#233; la direction de son mouvement &#224; Adyar, en Inde, et elle a adopt&#233; les m&#339;urs de ce pays. Elle est convaincue de la sup&#233;riorit&#233; des traditions orientales sur les cultures jud&#233;o-chr&#233;tiennes. Bien que &lt;em&gt;La&lt;/em&gt; s&lt;em&gt;cience occulte&lt;/em&gt; d&#233;bouche sur une &#171; r&#233;novation du christianisme &#187; [&lt;a href='#nb2-50' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., Quand le voile se d&#233;chire&#8230;, op. cit., p. 152.' id='nh2-50'&gt;50&lt;/a&gt;] &#224; partir de certains aspects de la pens&#233;e orientale, bouddhiste particuli&#232;rement, Rudolf Steiner reste attach&#233; &#224; une inspiration &#171; christique &#187;. Son souci de l'importance du Christ dans l'histoire le pousse &#224; prendre ses distances avec la th&#233;osophie o&#249; l'initiation hindoue est centrale. Annie Besant reproche &#224; Rudolf Steiner d'ignorer la voie orientale de la &#171; vraie &#187; Connaissance, tandis que Steiner est convaincu d'&#234;tre la r&#233;incarnation spirituelle de Mani, qu'il consid&#232;re &#234;tre un proph&#232;te initi&#233; par le Christ et qui serait parvenu &#224; r&#233;concilier la science et la religion, l'Inde et Babylone, le christianisme et les civilisations pa&#239;ennes. Rudolf Steiner rompt officiellement avec la Th&#233;osophie lorsque Besant pr&#233;tend avoir d&#233;couvert dans le jeune Krishnamurti la r&#233;incarnation du Christ.
&lt;br /&gt;La section allemande de la Soci&#233;t&#233; Th&#233;osophique demande, par t&#233;l&#233;gramme envoy&#233; au si&#232;ge d'Adyar, la d&#233;mission d'Annie Besant : en r&#233;ponse, celle-ci exclut en bloc de la Soci&#233;t&#233; toute la section allemande, soit deux mille quatre cents membres.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La fondation de l'anthroposophie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Steiner fonde alors l'Anthroposophie (&#171; l'homme sage &#187;) en 1913 pour qu'elle incarne l'&#233;sot&#233;risme christique et occidental qu'il d&#233;sire. De nombreux adh&#233;rents allemands de la Th&#233;osophie le suivent. La nouvelle organisation ressemble fortement &#224; celle de la Th&#233;osophie et elle propose un mode de vie complet. Il &#233;labore une anthropologie fond&#233;e sur &#171; une interpr&#233;tation &#233;sot&#233;rique et manich&#233;enne des Evangiles &#187; [&lt;a href='#nb2-51' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 153.' id='nh2-51'&gt;51&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Tr&#232;s rapidement Steiner est second&#233; par Marie Von Sivers. A partir de 1906 il multiplie les conf&#233;rences hors d'Allemagne (France, etc&#8230;), et durant la premi&#232;re guerre mondiale il donne de nombreuses conf&#233;rences en Allemagne, Autriche, Suisse. Il fait construire en Suisse, &#224; Dornach, pr&#232;s de B&#226;le, le centre spirituel de son mouvement, avec une architecture symbolisant son enseignement. Autour du centre, se rassemblent des disciples de plus en plus nombreux et fervents, tandis que l'Anthroposophie commence &#224; se r&#233;pandre un peu partout en Europe. A partir de 1914, Steiner organise au Goetheanum des spectacles de myst&#232;res, &#171; tenant &#224; la fois du psychodrame et de la c&#233;r&#233;monie initiatique &#187;. Il a, semble-t-il, durant cette p&#233;riode, des contacts avec les Rose-Croix et les Eglises &#233;sot&#233;riques cathares. Le premier &#171; Goetheanum &#187;, construit en bois, est d&#233;truit en 1922 lors d'un incendie criminel, vraisemblablement nazi. Un second est aussit&#244;t reconstruit et demeure aujourd'hui le centre mondial de l'anthroposophie. Un an apr&#232;s l'incendie, Steiner contracte la maladie qui l'emportera. Mais son activit&#233; ne diminue pas pour autant. Alors que son mouvement conna&#238;t des dissensions, il fonde, en 1924, la &lt;em&gt;Soci&#233;t&#233; Anthroposophique Universelle&lt;/em&gt;, et en prend la pr&#233;sidence. Il fonde &#233;galement &lt;em&gt;l'Universit&#233; libre des Sciences spirituelles&lt;/em&gt;, une d&#233;nomination par laquelle il d&#233;signe son enseignement. Rudolf Steiner meurt au Goetheanum le 30 mars 1925 en laissant un travail consid&#233;rable.
&lt;br /&gt;Apr&#232;s cette pr&#233;sentation biographique, nous allons essayer &#8211; sans pr&#233;tention &#224; une compr&#233;hension assur&#233;e - de pr&#233;senter l'approche de l'agriculture que Rudolf Steiner a esquiss&#233;e. Les nombreuses difficult&#233;s logiques que nous avons rencontr&#233;es dans cet examen, nous ont amen&#233; &#224; proposer un assez important d&#233;tour &#233;pist&#233;mologique pour cerner la d&#233;marche de Rudolf Steiner (cf. &#167;241 et 242).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le lancement de l'agriculture bio-dynamique ou anthroposophique avec Ehrenfried Pfeiffer&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En 1924, &#224; la demande d'un groupe d'agriculteurs pr&#233;occup&#233;s par la baisse de la qualit&#233; du fourrage et des semences, la vigueur amoindrie des plantes culturales, et des signes de &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; dans les troupeaux d'&#233;levage, Rudolf Steiner a donn&#233; les bases de l'agriculture biodynamique, lors d'une s&#233;rie de huit conf&#233;rences, r&#233;unies dans le &lt;em&gt;Cours aux agriculteurs&lt;/em&gt;. Ces conf&#233;rences ont lieu au ch&#226;teau de Koberwitz [&lt;a href='#nb2-52' class='spip_note' rel='footnote' title='Le domaine agricole de Koberwitz &#233;tait situ&#233; pr&#232;s de Breslau en Allemagne (...)' id='nh2-52'&gt;52&lt;/a&gt;], appartenant au comte Karl von Keyserlingk, propri&#233;taire et g&#233;rant d'un &#171; cartel familial &#187; de plusieurs domaines agricoles &#171; de grandes dimensions &#187; [&lt;a href='#nb2-53' class='spip_note' rel='footnote' title='Meyer R., Avant-propos, in Keyserlingk A. (von), La naissance de (...)' id='nh2-53'&gt;53&lt;/a&gt;]. Les participants, pourtant peu nombreux &#224; ce &#171; congr&#232;s &#187; [&lt;a href='#nb2-54' class='spip_note' rel='footnote' title='Bideau G., Rep&#232;res, in Keyserlingk A. (von), La naissance de l'agriculture (...)' id='nh2-54'&gt;54&lt;/a&gt;], ont du mal &#224; se compter : les estimations varient de plus du simple au double. Soixante, selon Ehrenfried Pfeiffer, soixante-dix selon Paul Ari&#232;s, cent trente selon Johanna von Keyserlingk [&lt;a href='#nb2-55' class='spip_note' rel='footnote' title='Bideau G., Rep&#232;res, ibid. ; Ari&#232;s P., op. cit., p. 199.' id='nh2-55'&gt;55&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 03 &#8211; Ehrenfried Pfeiffer (1897-1961) [&lt;a href='#nb2-www.perseus.ch' class='spip_note' rel='footnote' id='nh2-www.perseus.ch'&gt;www.perseus.ch&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'assistance, &#171; principalement compos&#233; d'agriculteurs et de propri&#233;taires de grands domaines &#187; [&lt;a href='#nb2-56' class='spip_note' rel='footnote' title='Bideau G., ibid.' id='nh2-56'&gt;56&lt;/a&gt;], comprend aussi quelques scientifiques de formation, tels le v&#233;t&#233;rinaire Werr, le D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Streicher, la biologiste Lili Kolisko, et surtout le chimiste et/ou biologiste Ehrenfried Pfeiffer (1897-1961) [&lt;a href='#nb2-57' class='spip_note' rel='footnote' title='Ari&#232;s P., op. cit. Pfeiffer est chimiste pour Paul Ari&#232;s, il est biologiste (...)' id='nh2-57'&gt;57&lt;/a&gt;], dont les &#233;crits forment la premi&#232;re pi&#232;ce de la diffusion de l'anthroposophie chez les agriculteurs. D&#233;couvrons maintenant les principes g&#233;n&#233;raux de la nature et de l'agriculture expos&#233;s lors de ces conf&#233;rences et discussions au &#171; &lt;em&gt;Ch&#226;teau du Graal &lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb2-58' class='spip_note' rel='footnote' title='Il s'agit du titre du premier tome des &#339;uvres posthumes de la comtesse de (...)' id='nh2-58'&gt;58&lt;/a&gt;], par un homme au soir de sa vie, malade [&lt;a href='#nb2-59' class='spip_note' rel='footnote' title='Karl von Keyserlingk d&#233;crit ainsi l'ambiance du Cours aux agriculteurs : &#171; Je (...)' id='nh2-59'&gt;59&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;Principes g&#233;n&#233;raux de la bio-dynamie&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Proposant un point de vue occultiste sur la vie et la nature, Steiner part du principe que tous les ph&#233;nom&#232;nes observables dans le monde physique ne sont que la manifestation d'une r&#233;alit&#233; immat&#233;rielle qui, d'une certaine mani&#232;re, s'active de la p&#233;riph&#233;rie du cosmos et rayonne vers la terre. Selon cette vision de l'univers, la plante, mais aussi les atomes ne seraient qu'une sorte de condensation d'un principe cosmique. Autrement dit, ils ne seraient pas la &lt;em&gt;cause&lt;/em&gt; originelle mais uniquement la manifestation, le p&#244;le physique, la mat&#233;rialisation, voire l'aboutissement d'un principe et d'un processus beaucoup plus vaste.
&lt;br /&gt;Si l'on adopte ce point de vue, la seule analyse physico-chimique des ph&#233;nom&#232;nes de la nature n'est plus suffisante. Il faudrait &#233;largir le champ d'investigation, aussi bien dans l'espace et le temps que vers les sph&#232;res suprasensibles. Bien que ces ph&#233;nom&#232;nes &#233;chappent g&#233;n&#233;ralement &#224; une d&#233;tection directe par les instruments de la science exp&#233;rimentale, il ne faut pas les ignorer.
&lt;br /&gt;Par cette ouverture du regard, la biodynamie veut &#233;largir les bases scientifiques de l'agriculture. Ajoutant les notions de principe immat&#233;riel et de &#171; forces formatrices &#187; &#224; celles de substances et de processus physico-chimiques, les notions de globalit&#233; et de coh&#233;rence &#224; celle d'analyse des &#233;l&#233;ments, la notion de qualit&#233; subjective &#224; celles de qualit&#233; mesurable et de quantit&#233;, elle veut tendre vers une compr&#233;hension plus profonde de l'organisation dynamique, interd&#233;pendante et hi&#233;rarchis&#233;e de la nature. Cette compr&#233;hension qualitative globale cherchant &#224; rendre compte des arri&#232;res-plans, des r&#233;alit&#233;s cach&#233;es, permet, selon Steiner, de faire des choix plus judicieux, tout en prenant en consid&#233;ration les d&#233;couvertes de la recherche moderne et les acquis des traditions paysannes.
&lt;br /&gt;La biodynamie attache une importance tout &#224; fait particuli&#232;re &#224; la notion d'organisme et d'individualit&#233; agricole, notion qui d&#233;passe largement l'id&#233;e habituelle que l'on se fait d'une ferme. Partant du principe que, tel un individu, chaque domaine a son caract&#232;re et sa personnalit&#233; sp&#233;cifiques, elle porte une attention sp&#233;ciale aussi bien &#224; la recherche de symbioses entre sol, v&#233;g&#233;taux, animaux et &#234;tres humains qu'aux perspectives sociales et &#224; l'int&#233;gration de la ferme dans le tissu &#233;cologique, &#233;conomique et culturel de son environnement. Outre de proposer un &#233;largissement des bases scientifiques, la biodynamie cherche donc aussi &#224; &#233;largir les bases socio-&#233;conomiques et culturelles de l'agriculture.
&lt;br /&gt;Une autre originalit&#233; de la Bio-dynamie est sa vision de la ferme comme un &#171; organisme vivant &#187; et une unit&#233; de base du paysage agricole et social, laquelle conduit obligatoirement &#224; une appr&#233;ciation nouvelle des moyens de production, du cadre du domaine ainsi que du r&#244;le du paysan. For&#234;t et zones humides, haies et bosquets, flore et faune sauvages, organisation sociale et aspects culturels, tous consid&#233;r&#233;s comme parties int&#233;grantes de l'organisme agricole, sont tout aussi importants que prairies et champs, animaux d'&#233;levage et cultures, vergers et ruchers, mat&#233;riel et r&#233;alit&#233; &#233;conomique. Le paysan s'appr&#233;hende alors non seulement en qualit&#233; de technicien mais encore en celle de &#171; chef d'orchestre &#187; cherchant &#224; harmoniser cet ensemble et &#224; lui insuffler progressivement son individualit&#233; [&lt;a href='#nb2-60' class='spip_note' rel='footnote' title='Sattler F. et Wistinghausen E. (von), La Ferme Biodynamique, Ed. Arts (...)' id='nh2-60'&gt;60&lt;/a&gt;]. Pour Jean-Michel Florin, l'agriculteur bio-dynamiste devrait chercher &#224; cr&#233;er &#171; le maximum de liens &#187; dans l'organisme agricole de la ferme [&lt;a href='#nb2-61' class='spip_note' rel='footnote' title='Florin J.-M., Entretien avec l'auteur, Lanouaille (24), 2001.' id='nh2-61'&gt;61&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;La perspective anthroposophique d'un d&#233;passement des bases scientifiques vers les influences suprasensibles et lointaines a pour objet de faire rena&#238;tre en l'homme une nouvelle sensibilit&#233; et un plus grand respect face au monde du vivant, conduisant &#224; des modifications importantes des pratiques culturales et de l'&#233;levage, y compris des soins v&#233;t&#233;rinaires. Au c&#339;ur du savoir occulte acquis par Steiner sur la nature et l'agriculture, il y a les recettes des dites &#171; pr&#233;parations bio-dynamiques &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;Aper&#231;u sur les pr&#233;parations bio-dynamiques&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;En avan&#231;ant qu'il a acquis une compr&#233;hension &#171; plus vaste &#187; du vivant, Rudolf Steiner a pu mettre au point une s&#233;rie de pr&#233;parations &#171; catalytiques &#187; destin&#233;es &#224; am&#233;liorer la qualit&#233; de la fertilisation et &#224; agir sur divers processus essentiels dans la nature, notamment sur des &#233;l&#233;ments qu'il juge clefs pour l'agriculture, tels que silice, calcium, potasse, phosphore, sodium, azote, hydrog&#232;ne, oxyg&#232;ne, carbone et soufre. Ces pr&#233;parations sont pulv&#233;ris&#233;es sur le sol, les cultures, ou encore employ&#233;es dans l'&#233;laboration du compost. D&#233;riv&#233;es du quartz, de la bouse de vache et de plantes m&#233;dicinales &#8212; telles que l'achill&#233;e mille-feuille, la camomille, l'ortie, l'&#233;corce de ch&#234;ne, le pissenlit, la val&#233;riane et la pr&#234;le &#8212; les pr&#233;parations stimulent, selon Steiner, les forces vitales du sol et des plantes.
&lt;br /&gt;Il existe deux types de pr&#233;parations bio-dynamiques : un pour le sol et les plantes, l'autre pour les fumiers et composts. Les pr&#233;parations num&#233;rot&#233;es 500 et 501 sont pour le sol et les plantes, celles num&#233;rot&#233;es de 502 &#224; 507 visent une am&#233;lioration de la qualit&#233; biologique des fumiers et composts. Ces pr&#233;parations sont tr&#232;s sp&#233;cifiques : ainsi, la pr&#233;paration 500 est &#233;labor&#233;e &#224; partir de bouse de vache : elle stimule la vie du sol, la vie microbienne, l'enracinement, c'est-&#224;-dire le domaine hypog&#233;e. La 501 est &#224; base de silice, elle participe au domaine &#233;pig&#233;e, &#224; la vie a&#233;rienne de la plante, &#224; l'assimilation chlorophyllienne, elle renforce sa sant&#233; ; en cons&#233;quence, elle agirait &#171; sur la qualit&#233;, l'ar&#244;me et la conservation de l'aliment &#187; [&lt;a href='#nb2-62' class='spip_note' rel='footnote' title='De France J.-M., Entretien avec un repr&#233;sentant des magasins Satoriz. [cf. (...)' id='nh2-62'&gt;62&lt;/a&gt;]].
&lt;br /&gt;Ces pr&#233;parations sont aussi cens&#233;es favoriser, en outre, un &#233;quilibre entre diff&#233;rentes forces cosmiques et terrestres, ainsi qu'une p&#233;dofaune et une p&#233;doflore plus diversifi&#233;es et plus abondantes, ainsi, enfin, qu'un meilleur enracinement et un d&#233;veloppement plus harmonieux des plantes cultiv&#233;es. Par le biais d'une rhizosph&#232;re mieux d&#233;velopp&#233;e, ces facteurs contribuent, selon l'auteur, non seulement &#224; un meilleur &#233;quilibre nutritionnel et sanitaire de la plante, mais encore &#224; une meilleure qualit&#233; gustative et alimentaire des r&#233;coltes. Ces pratiques et rem&#232;des, pr&#233;sent&#233;s comme &#171; nouveaux &#187;, aident aussi &#224; freiner le d&#233;veloppement des adventices et des parasites. Par un travail organis&#233; dans la mesure du possible en fonction des multiples influences cosmiques suppos&#233;es - solaires, lunaires et plan&#233;taires - ces pr&#233;parations, m&#234;me employ&#233;es &#224; dose hom&#233;opathique, visent &#233;galement &#224; r&#233;duire les probl&#232;mes de maladies et d'adventices dans les cultures, ainsi qu'&#224; am&#233;liorer la qualit&#233; des produits r&#233;colt&#233;s.
&lt;br /&gt;Mais il est aussi important de comprendre que le r&#244;le de l'agriculteur se transforme profond&#233;ment. L'&#233;cole bio-dynamique est une sorte de spiritualit&#233; de la nature o&#249; les gestes de l'agriculteur sont assimil&#233;s &#224; des op&#233;rations sacramentelles efficaces : &lt;em&gt;l'agriculteur bio-dynamiste s&#233;rieux serait promu au rang de pr&#234;tre ou de bon magicien&lt;/em&gt;. Le lecteur aura sans doute du mal &#224; comprendre le passage suivant, mais il faut malgr&#233; tout le citer longuement car il propose une perspectice sur l'articulation faite par Steiner entre la nature, la &#171; Force &#187; d'un certain &#171; Christ Cosmique &#187;, l'homme, et le travail agricole bio-dynamique. Dans la derni&#232;re section de notre seconde partie nous tenterons de d&#233;gager les grandes lignes de cette vision du cosmos et de l'homme :
&lt;br /&gt;&#171; L'&#233;volution de l'homme depuis ses origines primordiales jusqu'au point o&#249; il atteint la conscience du Moi, ce qui l'am&#232;ne &#233;ventuellement &#224; devenir un membre des hi&#233;rarchies spirituelles, forme le fil conducteur de l'enseignement de Steiner sur la finalit&#233; et la destin&#233;e de la Terre. L'homme est incapable d'accomplir cette t&#226;che avec ses propres forces ; mais au moment crucial du myst&#232;re du Golgotha, le Christ est venu sur cette terre de fa&#231;on &#224; donner &#224; l'homme le compl&#232;ment de puissance n&#233;cessaire pour s'accomplir en tant que Moi. Il est possible de consid&#233;rer que la &#171; Potentialit&#233; du Moi &#187;, qui &#233;tait pour nous, au d&#233;part, une &#233;nigme, n'est pas autre chose que la &#171; &lt;em&gt;Force du Christ Cosmique&lt;/em&gt; &#187;, sans laquelle nous ne pouvons parvenir &#224; la v&#233;ritable &#233;go&#239;t&#233;. Avec ceci dans l'esprit, il devient possible de comprendre plus facilement ce que Steiner dit &#224; propos de la nourriture du cerveau humain. Et alors surgit une image encore plus sublime de la ferme. Celle-ci appara&#238;t comme une individualit&#233; vivante, dans laquelle cette Force circule. N'&#233;tant pas utilis&#233;e par les animaux, elle est rejet&#233;e dans leur fumier puis absorb&#233;e par les plantes, impr&#233;gnant les aliments qui en proviennent. &lt;em&gt;C'est l&#224; le plus important des cycles que l'agriculteur doit favoriser et stimuler en toutes circonstances par ses pratiques&lt;/em&gt;. C'est l&#224; la Force indispensable pour donner &#224; la nourriture le pouvoir de renforcer la volont&#233; de l'homme. On peut d&#233;couvrir l&#224;, &#233;galement, un nouvel aspect de la pr&#233;paration 500. Le fumier, dans la corne de vache qui joue le r&#244;le de r&#233;flecteur et de condensateur, est plac&#233; en terre durant l'hiver. Sous cet &#233;clairage, la pulv&#233;risation de la 500 devient plus qu'une pratique agricole bienfaisante ; il s'agit d'une sorte d'&lt;em&gt;acte sacramental &lt;/em&gt;et l'agriculteur devient un pr&#234;tre &#187; [&lt;a href='#nb2-63' class='spip_note' rel='footnote' title='Soper J., Pour comprendre le cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner, Ed. (...)' id='nh2-63'&gt;63&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s cette introduction &#224; la vaste perspective embrass&#233;e par Rudolf Steiner, d&#233;couvrons un autre groupe de fondateurs de l'agriculture biologique. Egalement germanophones, Maria et Hans M&#252;ller, rejoints par Hans Peter Rusch apr&#232;s la seconde guerre mondiale, ont fond&#233; le courant organo-biologique. Dans ce mouvement, l'influence de la bio-dynamie se fera sentir, mais elle ira d&#233;clinant avec les ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Hans et Maria M&#252;ller, et Hans Peter Rusch : l'agriculture organo-biologique&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les grandes lignes de la vie du couple M&#252;ller&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Maria Bigler et Hans Christian M&#252;ller sont n&#233;s en Suisse, respectivement en 1894 et 1891. Ils grandissent chacun sur des fermes de l'Emmental, une r&#233;gion proche de Bern. Ils se marient en 1914.
&lt;br /&gt;Maria M&#252;ller a suivi une scolarit&#233; dans une &#233;cole d'horticulture et de gestion de la maison. Apr&#232;s avoir donn&#233; naissance &#224; un fils, elle effectue une &#233;tude intensive de la litt&#233;rature existante sur les sujets des r&#233;gimes alimentaires, de la sant&#233; et de l'agriculture. &#192; partir de 1933, elle commence &#224; enseigner cette connaissance dans la petite &#233;cole m&#233;nag&#232;re du M&#246;schberg. &#192; partir des ann&#233;es 1940, recherchant la litt&#233;rature disponible sur l'agriculture organique, et la lisant la nuit, elle en discute le contenu avec son mari. Elle essaye de mettre en pratique la connaissance acquise sur son propre jardin et sur celui du M&#246;schberg. Juste avant sa mort en 1969, est &#233;dit&#233;e sa publication &lt;em&gt;Instructions pratiques pour l'horticulture organique&lt;/em&gt;, un travail couronnant une vie consacr&#233;e &#224; la connaissance et &#224; l'exp&#233;rimentation dans les domaines de la sant&#233; et de l'agriculture biologique.
&lt;br /&gt;Hans M&#252;ller &#233;tudie &#224; Hofwil, pr&#232;s de Berne, pour devenir instituteur. Apr&#232;s avoir enseign&#233; pendant trois ans, il commence &#224; &#233;tudier la biologie, jusqu'&#224; obtenir, en 1921, un doctorat en botanique, &#224; l'Universit&#233; de Bern. Mais c'est l'agriculture qui va demeurer au c&#339;ur de sa vie. Fils d'agriculteur, M&#252;ller a une exp&#233;rience directe des difficult&#233;s des paysans depuis la R&#233;volution industrielle, d'autant plus qu'il est influenc&#233; par l'exemple charitable de sa m&#232;re, laquelle a eu sept enfants naturels et a &#233;lev&#233;, en plus, quatorze orphelins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_4 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:52px;'&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ecolotech.eu/sites/ecolotech.eu/IMG/ppt/Soutenance_Y._Besson-3.ppt&quot; type=&quot;application/vnd.ms-powerpoint&quot; title=&quot;Power Point de la soutenance de la th&#232;se d'Yvan Besson&quot;&gt;&lt;img src='http://www.ecolotech.eu/sites/ecolotech.eu/local/cache-vignettes/L52xH52/ppt-db89b.png' width='52' height='52' alt='Power Point de la soutenance de la th&#232;se d'Yvan Besson {PowerPoint}' style='height:52px;width:52px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 04 &#8211; Hans et Maria M&#252;ller (1891-1988 et 1894-1969) [&lt;a href='#nb2-www.oekolandbau.de' class='spip_note' rel='footnote' id='nh2-www.oekolandbau.de'&gt;www.oekolandbau.de&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi que le projet qui va orienter toute la vie d'Hans M&#252;ller, en collaboration avec son &#233;pouse, consiste &#224; se battre, par presque tous les moyens [&lt;a href='#nb2-64' class='spip_note' rel='footnote' title='Il aura recours &#224; l'&#233;ducation, &#224; la politique (avec des d&#233;rives graves), &#224; la (...)' id='nh2-64'&gt;64&lt;/a&gt;], pour maintenir les petits paysans, particuli&#232;rement en cherchant &#224; leur assurer l'ind&#233;pendance &#233;conomique. Il cherche &#224; limiter les intrants industriels dans les fermes, &#224; d&#233;velopper la qualit&#233; [&lt;a href='#nb2-65' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce sera son credo pour aider les paysans &#224; r&#233;sister &#224; la crise &#233;conomique de (...)' id='nh2-65'&gt;65&lt;/a&gt;], ainsi que quelques cultures commerciales r&#233;mun&#233;ratrices [&lt;a href='#nb2-66' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme la pomme de terre, dans le contexte suisse d'alors.' id='nh2-66'&gt;66&lt;/a&gt;], afin les paysans n'aient pas &#224; aller travailler loin de chez eux, tout comme il travaille &#224; la ma&#238;trise de la mise sur le march&#233; des denr&#233;es agricoles par les producteurs eux-m&#234;mes. Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, l'agriculture biologique, sous le nom d'agriculture &#171; organo-biologique &#187;, entre, assez logiquement, dans sa d&#233;marche. Critiqu&#233; pour son style &#171; autoritaire &#187;, il garde une influence d&#233;cisive sur le d&#233;veloppement de l'agriculture biologique suisse, jusqu'&#224; la cr&#233;ation de l'IRAB [&lt;a href='#nb2-67' class='spip_note' rel='footnote' title='Institut de Recherche de l'Agriculture Biologique. L'IRAB, (ou FIBL en (...)' id='nh2-67'&gt;67&lt;/a&gt;], en 1972, &#224; laquelle il ne participa pas. Hans M&#252;ller est d&#233;c&#233;d&#233; en 1988.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Maria et Hans M&#252;ller, un combat pour les libert&#233;s paysannes&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Hans M&#252;ller se soucie d'abord de l'agriculture comme du groupe social des paysans, avant d'int&#233;grer, plus tard, dans sa d&#233;marche, l'agriculture biologique. Ses r&#233;f&#233;rences &#224; l'humain, au christianisme, &#224; la patrie, &#224; la libert&#233;, indiquent que son projet est culturel, voire philosophique, avant d'&#234;tre technique. Sa d&#233;marche personnelle passe tout d'abord par l'action sociale et politique. Engag&#233; et &#233;lu au sein d'un parti politique, il m&#232;ne aussi, &#224; partir de 1926, des activit&#233;s d'&#233;ducation populaire, au sein de groupes de paysans et paysannes qu'il contribue &#224; cr&#233;er et &#224; motiver. Pendant les ann&#233;es o&#249; il est instituteur, il s'occupe &#233;galement de transformation de pommes en jus sans alcool, en r&#233;action aux tendances alcooliques de son p&#232;re. Il s'engage, en 1923, dans un mouvement contre l'alcoolisme paysan, nomm&#233; &#171; Verein abstinenter Schweizerbauern &#187; [&lt;a href='#nb2-68' class='spip_note' rel='footnote' title='Schaumann W., Siebeneicher G.-E., Lunzer I., Geschichte des okologischen (...)' id='nh2-68'&gt;68&lt;/a&gt;]. Mais il est &#233;galement, tr&#232;s t&#244;t, engag&#233; dans la politique &#171; institutionnelle &#187;. En 1918, issu d'une scission au sein du parti lib&#233;ral Suisse, le &#171; Bauern Gewehrbe und Burger partei &#187; est cr&#233;&#233;. Le &#171; parti artisan-paysan-bourgeois (ou citoyen) &#187; est une sorte de parti populaire, selon Werner Scheidegger. Hans M&#252;ller en est membre d&#232;s le d&#233;but. [&#8230;] Ce parti a eu, certaines ann&#233;es, la majorit&#233; absolue dans le canton de Bern &#187; [&lt;a href='#nb2-69' class='spip_note' rel='footnote' title='Scheidegger W., Entretien ave l'auteur, Suisse, Ao&#251;t 2002.' id='nh2-69'&gt;69&lt;/a&gt;]. En 1927, surtout pr&#233;occup&#233; par les questions culturelles, il devient directeur de formation dans son parti politique [&lt;a href='#nb2-70' class='spip_note' rel='footnote' title='Scheidegger W., ibid.' id='nh2-70'&gt;70&lt;/a&gt;]. Il est &#233;lu au Conseil f&#233;d&#233;ral suisse en 1928, en tant que repr&#233;sentant de son parti. Pour d&#233;velopper son activit&#233; culturelle, il lance la construction de la maison du M&#246;schberg en 1932, ainsi que ses journaux, &lt;em&gt;Le Jeune Paysan Suisse&lt;/em&gt;, en 1935, et &lt;em&gt;Kultur und Politik&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Culture et politique&lt;/em&gt;), un peu plus tard. Au M&#246;schberg, avec Maria M&#252;ller, il y a une grande activit&#233; de cours, portant surtout sur des questions culturelles : famille, culture, religion, politique [&lt;a href='#nb2-71' class='spip_note' rel='footnote' title='Scheidegger W., ibid.' id='nh2-71'&gt;71&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;A cette &#233;poque l&#224;, la crise de 1929 r&#233;v&#232;le les contradictions du mouvement de la soci&#233;t&#233; sous l'emprise d'une organisation industrielle [&lt;a href='#nb2-72' class='spip_note' rel='footnote' title='Viel J.-M., L'agriculture biologique en France, Th&#232;se de 3e cycle, IEDES, (...)' id='nh2-72'&gt;72&lt;/a&gt;]. M&#252;ller propose des solutions originales, comme le d&#233;veloppement d'une agriculture de qualit&#233;. Il est en opposition avec la ligne officielle de son parti, qui propose une politique mon&#233;taire. Dans son opposition, il rejoint celle des socialistes. En 1935, son parti ne supporte plus d'avoir l'opposition de M&#252;ller en son c&#339;ur : il est &#233;vinc&#233;. Une petite minorit&#233;, de 10 &#224; 20 % des adh&#233;rents, forme les &#171; Jungbauern &#187;, et le suit jusqu'en 1946, date &#224; laquelle il quitte ses fonctions de d&#233;put&#233; au Conseil F&#233;d&#233;ral. Durant quelques ann&#233;es de la d&#233;cennie 1930, selon Peter Moser, lui et le mouvement Jung Bauern collaborent avec des syndicats ouvriers socialistes. Mais &#233;galement, d'apr&#232;s Werner Scheidegger, ils collaborent aussi directement avec les socialistes et d'autres petits groupes.
&lt;br /&gt;A partir de 1936, la crise &#233;conomique a chang&#233; de figure, elle est all&#233;e en se terminant. Le parti socialiste commence &#224; modifier ses rapports avec les Jungbauern. Les socialistes &#171; avaient compris que les Jungbauern ne repr&#233;sentait pas la majorit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb2-73' class='spip_note' rel='footnote' title='Moser P., Entretien ave l'auteur, Bern, Ao&#251;t 2002.' id='nh2-73'&gt;73&lt;/a&gt;]. Le parti socialiste dit &#224; M&#252;ller que &#171; paysans &#187; et &#171; socialistes &#187; n'allaient pas ensemble. Lui maintient que &#171; si &#187;, en arguant qu'ouvriers et paysans &#233;taient des producteurs manuels&#8230; Cela ne suffira pas : &#171; en 1938-1939, les socialistes changent de tactique et font alliance avec les bourgeois &#187; [&lt;a href='#nb2-74' class='spip_note' rel='footnote' title='Moser P., ibid.' id='nh2-74'&gt;74&lt;/a&gt;]. Avec la baisse d'acuit&#233; de la crise &#233;conomique et l'imminence de la guerre, les priorit&#233;s changent et les questions agricoles et paysannes passent au second plan. S'ouvre alors pour le mouvement &lt;em&gt;politique&lt;/em&gt; de M&#252;ller une p&#233;riode dramatique qui lui sera fatale.
&lt;br /&gt;Lorsque les socialistes arr&#234;tent leur collaboration avec le parti de M&#252;ller et font alliance avec les bourgeois, le &#171; mouvement &lt;em&gt;Jung Bauern&lt;/em&gt; se trouve alors compl&#232;tement isol&#233;, il se tourne vers la droite, et m&#234;me vers les nazis. M&#252;ller aussi a sympathis&#233; avec les nazis, pendant deux ou trois ans, entre 1937-1938 et 1938-1939. Apr&#232;s 1943, le mouvement &lt;em&gt;Jung Bauern&lt;/em&gt; est compl&#232;tement discr&#233;dit&#233; &#187;. Apr&#232;s la guerre, il p&#233;riclite. Pour l'historien Peter Moser, c'est la cause de l'abandon de la politique par M&#252;ller [&lt;a href='#nb2-75' class='spip_note' rel='footnote' title='Moser P., ibid.' id='nh2-75'&gt;75&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;En 1946, M&#252;ller r&#233;agit et fonde la coop&#233;rative de producteurs de Galmiz [&lt;a href='#nb2-76' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon Otto Schmid, &#171; au d&#233;but des ann&#233;es 1950, Hans M&#252;ller a collabor&#233; avec les (...)' id='nh2-76'&gt;76&lt;/a&gt;]. Quelques ann&#233;es plus tard, avec Hans Peter Rusch, il lance son mouvement dans l'agriculture biologique. Hans M&#252;ller a continu&#233; &#224; travailler pour la coop&#233;rative de Galmiz et &#224; donner des cours &#224; des agriculteurs jusqu'&#224; sa mort. Avant de pr&#233;senter H.-P. Rusch, les grandes lignes de ses recherches biologiques, et sa collaboration avec M&#252;ller, d&#233;couvrons un aspect par rapport auquel cette collaboration va permettre au mouvement organo-biologique de se distancier, l'influence de l'agriculture bio-dynamique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le r&#244;le de la biodynamie dans le d&#233;veloppement de l'agriculture organo-biologique de M&#252;ller&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;C'est surtout apr&#232;s la 2&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; guerre mondiale que se pr&#233;sente en Suisse un int&#233;r&#234;t renforc&#233;, et une nouvelle impulsion, pour l'agriculture biologique. Des horticulteurs fondent, en 1947, l'association Suisse pour l'Agriculture Biologique, &#224; laquelle se rallient de petits jardiniers amateurs. A cette p&#233;riode, les Jung Bauern, ayant cr&#233;&#233;, en 1946, la coop&#233;rative de construction et recyclage [&lt;a href='#nb2-77' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans la suite de ce travail j'abr&#232;ge le nom de la coop&#233;rative Anbau-und (...)' id='nh2-77'&gt;77&lt;/a&gt;] &#171; Heimat &#187; (Patrie), &#224; Galmiz, commencent &#224; se rapprocher plus fortement de l'Agriculture Biologique. Lors de la fondation de l'AVG, l'agriculture biologique &#233;tait un sujet &#224; peine abord&#233; ; au travers de la coop&#233;rative, on veut surtout aboutir &#224; des d&#233;bouch&#233;s commerciaux nouveaux et s&#251;rs. Cependant, des repr&#233;sentants isol&#233;s, comme le vice-pr&#233;sident Gottfried Etter, s'int&#233;ressent d&#233;j&#224;, depuis quelques temps, &#224; cette m&#233;thode, et mettent en place des pr&#233;parations de type biodynamique, comme la Val&#233;riane et l'Achill&#233;e, pour am&#233;liorer la fermentation dans les tas de compost. Les &lt;em&gt;19 et 20 juillet 1947, des membres du mouvement des Jeunes Paysans font un compte-rendu, au M&#246;schberg, de leurs observations et exp&#233;riences avec l'Agriculture Biologique. &lt;/em&gt;Selon Peter Moser, on peut supposer qu'au milieu des ann&#233;es 1940, au sein du mouvement des jeunes agriculteurs &lt;em&gt;Jung Bauern, &lt;/em&gt;d'autres paysans se sont pr&#233;occup&#233;s de l'agriculture biologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Maria M&#252;ller-Bigler, l'&#233;pouse d'Hans M&#252;ller, horticultrice exp&#233;riment&#233;e, qui exerce depuis 1932 en tant que g&#233;rante de l'&#233;cole h&#244;teli&#232;re de M&#246;schberg, joue un r&#244;le important pour le d&#233;veloppement et la recherche des m&#233;thodes culturales, au sein du mouvement &#171; Paysans de la Patrie &#187; (autre appellation des Jung Bauern). Maria M&#252;ller avait d'ores et d&#233;j&#224; pris connaissance de la litt&#233;rature, (Howard, Steiner), et examine l'id&#233;e d'une &#171; communaut&#233; de vie biologique &#187; ; elle se laisse inspirer, pour son jardinage au M&#246;schberg, de l'exp&#233;rience des m&#233;thodes bio-dynamiques. Ensemble, avec le pasteur z&#252;richois Edmund Ernst [&lt;a href='#nb2-78' class='spip_note' rel='footnote' title='Edmund Ernst est un personnage qui semble jouer un r&#244;le d'interface entre la (...)' id='nh2-78'&gt;78&lt;/a&gt;], ils font des m&#233;thodes de culture biologique un th&#232;me de d&#233;bat pour la 2&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; moiti&#233; des ann&#233;es 40. Edmund Ernst, qui &#233;crit pour le journal z&#252;richois &lt;em&gt;Ausgleich&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;La balance&lt;/em&gt;), vient d'un mouvement de travailleurs &#233;vang&#233;liques, en contact avec les &lt;em&gt;Jung Bauern&lt;/em&gt;, mouvement auquel il adh&#233;re durant la crise du d&#233;but des ann&#233;es 1940. Il s'engage jusqu'&#224; sa mort, au printemps 1953, pour la recherche et le d&#233;veloppement de l'agriculture biologique.
&lt;br /&gt;Il est th&#233;oriquement possible d'utiliser les m&#233;thodes bio-dynamiques sans comprendre dans son int&#233;gralit&#233; l'id&#233;ologie de l'anthroposophie. Mais pour un perfectionnement s&#233;rieux, une acceptation fondamentale de cette id&#233;ologie est incontournable. Hans et Maria M&#252;ller, et la plupart des jeunes agriculteurs qui suivent Hans M&#252;ller, partagent un int&#233;r&#234;t commun pour ces bases anthroposophiques, en raison de leur adh&#233;sion &#224; la religion chr&#233;tienne protestante et des passerelles existant entre le culte r&#233;form&#233; et la religiosit&#233; chr&#233;tienne-&#233;sot&#233;rique fond&#233;e par Steiner [&lt;a href='#nb2-79' class='spip_note' rel='footnote' title='La d&#233;clinaison religieuse de l'anthroposophie s'appelle la &#171; Communaut&#233; des (...)' id='nh2-79'&gt;79&lt;/a&gt;]. Les relations et l'&#233;volution des relations entre le mouvement M&#252;ller et l'agriculture anthroposophique sont donc h&#233;sitantes. Avec Edmund Ernst, le couple M&#252;ller cherchent des possibilit&#233;s de perfectionner les m&#233;thodes culturales qui pourraient &#234;tre pratiqu&#233;es &lt;em&gt;sans accessoires mystiques, dans une forme ais&#233;ment r&#233;alisable par le paysan&lt;/em&gt;. Avec l'appellation agriculture &#171; organo-biologique &#187;, ils se d&#233;marquent bient&#244;t de l'orientation bio-dynamique [&lt;a href='#nb2-80' class='spip_note' rel='footnote' title='Mais, comme nous le verrons, la rupture compl&#232;te de l'agriculture biologique (...)' id='nh2-80'&gt;80&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Hans Peter Rusch : de la gyn&#233;cologie &#224; l'agriculture biologique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Hans Peter Rusch est n&#233; le 28 novembre 1906 &#224; Goldap, en Prusse orientale (Allemagne). Il fait des &#233;tudes de m&#233;decine &#224; l'Universit&#233; de Giessen, qu'il termine en 1932. Docteur en m&#233;decine, il a alors pratiqu&#233; la gyn&#233;cologie pendant treize ans au sein de l'h&#244;pital universitaire. Alors qu'il vient d'&#234;tre habilit&#233; &#224; enseigner la gyn&#233;cologie et l'obst&#233;trique &#224; l'universit&#233;, la guerre &#233;clate ; il s'engage volontairement dans l'arm&#233;e [&lt;a href='#nb2-81' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. ww.shop.mikroveda.com [viste de 09/2006].' id='nh2-81'&gt;81&lt;/a&gt;]. Il sert, en tant que m&#233;decin militaire, en Sicile et en Cr&#232;te. Il quitte l'arm&#233;e en 1946. Il devient m&#233;decin dans une clinique sp&#233;cialis&#233;e sur le traitement du cancer, &#224; Lehrbach. Il entreprend &#233;galement des recherches avec le docteur A. Becker, bact&#233;riologue. Il &#233;tudie la fonction des bact&#233;ries dans le but de d&#233;velopper de nouvelles m&#233;decines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 05 &#8211; Hans Peter Rusch (1906-1977) [&lt;a href='#nb2-pub.ne.jp' class='spip_note' rel='footnote' id='nh2-pub.ne.jp'&gt;pub.ne.jp&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la m&#234;me &#233;poque, il ouvre un cabinet de m&#233;decine &#224; Frankfort (RFA). Ses recherches sur la d&#233;g&#233;n&#233;ration de la flore bact&#233;rienne des muqueuses, induites de son exp&#233;rience de gyn&#233;cologue, vont le mener au probl&#232;me de la qualit&#233; de l'alimentation, et par l&#224;, &#224; l'agriculture biologique. D&#232;s lors, et jusqu'&#224; sa mort, suite &#224; une conf&#233;rence donn&#233;e en Suisse et &#224; sa rencontre avec le patron des Jeunes Paysans, Rusch va travailler avec le mouvement M&#252;ller. Son statut et ses recherches de scientifiques, plus que sa th&#233;orie du cycle de la substance vivante et ses tests microbiologiques sur la fertilit&#233; des sols, constituent un appui certain pour la confiance en soi du mouvement organo-biologique et sa transition vers une agrobiologie plus en phase avec la culture occidentale contemporaine, pr&#233;parant ainsi sa reconnaissance &#233;tatique. Ses travaux agrobiologiques sont rassembl&#233;s principalement dans l'ouvrage &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol, Pour une conception biologique de l'agriculture&lt;/em&gt;, publi&#233; d'abord en Allemagne, en 1968. Hans Peter Rusch est d&#233;c&#233;d&#233; le 17 ao&#251;t 1977 dans le sud de la France [&lt;a href='#nb2-82' class='spip_note' rel='footnote' title='Outre ses articles dans Kultur und Politik, Hans Peter Rusch a publi&#233; trois (...)' id='nh2-82'&gt;82&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La collaboration Rusch-M&#252;ller et les principes de l'agriculture organo-biologique.&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Au cours de ses recherches m&#233;dicales [&lt;a href='#nb2-83' class='spip_note' rel='footnote' title='Il mena ces recherches au sein du groupe de travail d'Helmut Mommsen. Le (...)' id='nh2-83'&gt;83&lt;/a&gt;], Rusch en vient &#224; attribuer la cause du dysfonctionnement des flores des muqueuses &#224; l'utilisation croissante des antibiotiques et &#224; la baisse de la qualit&#233; nutritive des aliments. A partir de l&#224;, il engage un travail sur la relation entre qualit&#233; nutritive et sant&#233; humaine. En 1950, il d&#233;veloppe le concept du &#171; cycle des bact&#233;ries &#187;, comme &#233;tant &#171; un principe de vie &#187; [&lt;a href='#nb2-84' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P. et Kolb H., Der Kreislauf der Bakterien als Lebensprinzip, in (...)' id='nh2-84'&gt;84&lt;/a&gt;]. L'&#233;volution de ce concept en fait &#171; la loi du maintien des substances vivantes &#187; [&lt;a href='#nb2-85' class='spip_note' rel='footnote' title='Santo E. et Rusch H.-P, Das Gesetz von der Erhaltung der lebendigen (...)' id='nh2-85'&gt;85&lt;/a&gt;]. En 1952, dans un article du &lt;em&gt;Paysan suisse&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb2-86' class='spip_note' rel='footnote' title='Gisiger L., Biologischer Landbau, die Agrikulturechemie, die Landwirschat (...)' id='nh2-86'&gt;86&lt;/a&gt;], Hans Peter Rusch prend position contre les engrais min&#233;raux de synth&#232;se. D&#232;s lors, son nom circule dans le milieu de l'agriculture biologique suisse naissante. Hans M&#252;ller entre en contact avec lui cette m&#234;me ann&#233;e, suite &#224; une conf&#233;rence que Rusch donne &#224; Bern sur le th&#232;me de la formation de l'humus.
&lt;br /&gt;A partir de 1952, Hans Peter Rusch s'engage dans une coop&#233;ration avec Hans M&#252;ller, lequel cherche des conseils &#224; propos de questions relatives &#224; l'agriculture biologique. Les deux hommes se mettent d'accord sur l'int&#233;r&#234;t d'avoir un laboratoire d'&#233;tude microbiologique du sol. Hans Peter Rusch tente de mettre au point une m&#233;thode bact&#233;riologique d'&#233;tude du sol. Ces &lt;em&gt;examens de laboratoire&lt;/em&gt;, appel&#233;, couramment &#171; Test Rusch &#187;, financ&#233;s par la coop&#233;rative AVG Galmiz, ont pour objectif d'&#233;valuer et de suivre la fertilit&#233; des sols des fermes. Avant d'aller plus loin sur cette question du &#171; Test Rusch &#187;, notons les autres activit&#233;s de Rusch pour les agriculteurs biologiques : il donne r&#233;guli&#232;rement des conf&#233;rences &#224; l'&#233;cole du M&#246;schberg, et participe aux visites et consultations des fermes biologiques qui sont organis&#233;es. En outre, Rusch publie, dans chaque &#233;dition de &lt;em&gt;Culture et politique&lt;/em&gt;, un article sur ou autour de l'agriculture biologique. En ce qui concerne les analyses de sol, on en attend des rep&#232;res pour confirmer ou r&#233;orienter les pratiques culturales. Mais il semble que l'objectif n'est pas atteint. Selon le docteur Volker Rusch, le fils d'Hans Peter Rusch, qui a repris le travail de microbiologie de son p&#232;re, le &#171; Test Rusch &#187;, quoique apparemment pertinent sur un strict plan scientifique, n'est pas significatif pour les agriculteurs. Il semble qu'il ne permet pas un diagnostic pr&#233;cis, susceptible de d&#233;terminer des interventions sp&#233;cifiques des agriculteurs sur leurs terres. Cette conclusion, ainsi que le co&#251;t financier fort &#233;lev&#233; des tests mis au point [&lt;a href='#nb2-87' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon Volker Rusch, c'est surtout le coup financier excessif qui a nuit au (...)' id='nh2-87'&gt;87&lt;/a&gt;], am&#232;nent Volker Rusch a abandonn&#233; l'approche de son p&#232;re et l'&#233;tude des &#233;chantillons de sol des agriculteurs du mouvement M&#252;ller.
&lt;br /&gt;D'autre part, les th&#233;ories d'Hans Peter Rusch sur le ph&#233;nom&#232;ne de la vie, m&#234;me si elles ont indiscutablement unifi&#233; le mouvement de M&#252;ller [&lt;a href='#nb2-88' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans sa phase d'&#233;mergence comme mouvement d'agriculture biologique, en servant (...)' id='nh2-88'&gt;88&lt;/a&gt;], semblent, aussi, avoir compliqu&#233; le d&#233;veloppement de l'agriculture biologique. Un exemple caract&#233;ristique de ce probl&#232;me r&#233;side dans son approche centrale du &#171; cycle de la substance vivante &#187;. Les termes et la port&#233;e de la controverse autour de &#171; la substance vivante &#187; seront pr&#233;sent&#233;s dans les parties suivantes de ce travail.
&lt;br /&gt;Au-del&#224; de la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale ruschienne, les principes techniques de l'agriculture organo-biologiques apparaissent relativement plus simples que ceux des mouvements howardiens et steineriens, notamment en orientant vers &lt;em&gt;une agriculture sans compost ni labour&lt;/em&gt;. Le compostage en tas, critiqu&#233; par Rusch, n'occupe qu'une place accessoire dans la m&#233;thode : &#171; le fumier n'est compost&#233; qu'en attendant de pouvoir l'&#233;pandre sur le sol, quand ce dernier n'est pas libre ; la dur&#233;e du compostage est aussi courte que possible &#187; [&lt;a href='#nb2-89' class='spip_note' rel='footnote' title='Aubert C., L'agriculture biologique, Une agriculture pour la sant&#233; et (...)' id='nh2-89'&gt;89&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'essentiel de la m&#233;thode vise la fertilisation organique :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;Le compostage de surface et le mulching&lt;/em&gt;. On cherche &#224; &#233;viter au maximum que le sol ne reste d&#233;nud&#233;, m&#234;me en hiver. Les fumiers et d&#233;chets v&#233;g&#233;taux sont &#233;pandus et enfouis seulement &#224; quelques centim&#232;tres de profondeur, afin d'&#233;viter la perturbation des couches du sol, et cela juste quelques semaines avant les semis ou plantations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;La pratique des engrais verts&lt;/em&gt;. Elle est d&#233;velopp&#233;e autant que possible, entre deux cultures lorsque l'intervalle est suffisant, ainsi que dans les cultures p&#233;rennes et certaines cultures annuelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;L'usage de poudre de roches faiblement solubles&lt;/em&gt;. Il s'agit d'une fumure min&#233;rale qui se ne &#171; court-circuiterait &#187; pas la vie du sol pour alimenter les plantes. L'id&#233;e goeth&#233;enne de &#171; m&#233;tabolisme originel &#187; sert aussi &#224; justifier les &#171; roches primitives &#187; utilis&#233;es. D'autre part, il est autoris&#233; de recourir &#224; des scories de d&#233;phosporation pour corriger les sols acides ou &#224; du patentkali pour les sols basiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;Le travail du sol en surface&lt;/em&gt;. Id&#233;alement, Rusch et M&#252;ller recommande de ne jamais travailler le sol &#224; plus de 8-12 cm de profondeur. Mais les difficult&#233;s avec les adventices conduiront certains agriculteurs du mouvement &#224; recourir occasionnellement au labour ; plus tard, des jeunes du mouvement d&#233;velopperont le d&#233;sherbage thermique, contre l'avis d'Hans M&#252;ller.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;Le recours &#224; des pr&#233;parations &#224; base de culture de microorganismes&lt;/em&gt;. Le &#171; ferment d'humus Symbioflor &#187;, une pr&#233;paration de microorganismes d&#233;velopp&#233;e par Hans Peter Rusch et d&#233;pos&#233;e sous une marque commerciale, est propos&#233; aux agriculteurs pour am&#233;liorer la vie des sols agricoles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Passons maintenant &#224; une pr&#233;sentation de la vie et de l'&#339;uvre du fondateur connu le plus tardivement en France, bien qu'il ait mis au point sa m&#233;thode d&#232;s le milieu du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : Masanobu Fukuoka.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt; Masanobu Fukuoka et l'agriculture sauvage&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Biographie de Masanobu Fukuoka.&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Masanobu Fukuoka est n&#233; en 1913 au Japon. Il vit encore sur la ferme de ses parents, dont il a pris la suite. La ferme domine la baie de Matsuyama, dans l'&#238;le de Shikoku, la plus petite des quatre &#238;les principales de l'archipel japonais [&lt;a href='#nb2-90' class='spip_note' rel='footnote' title='L'&#238;le de Shikoku, &#171; quatre pays &#187;, est situ&#233;e au sud du Japon, vers le 35e (...)' id='nh2-90'&gt;90&lt;/a&gt;]. Il re&#231;oit une formation de microbiologiste [&lt;a href='#nb2-91' class='spip_note' rel='footnote' title='Au cours de son cursus &#233;tudiant, Masanobu Fukuoka fut l'&#233;l&#232;ve du professeur (...)' id='nh2-91'&gt;91&lt;/a&gt;]. En tant qu'ing&#233;nieur, il travaille en laboratoire, comme sp&#233;cialiste de phytopathologie, jusqu'&#224; la seconde guerre mondiale. Il est d'abord en poste &#224; la Division de l'Inspection des Plantes pour le Bureau des Douanes de Yokohama. A partir de l'&#226;ge de vingt-cinq ans, Masanobu Fukuoka se met &#224; se poser de plus en plus de questions sur la valeur r&#233;elle de ses connaissances et sur la pertinence de l'agriculture chimique. Il en vient &#224; formuler des questions qui remettent en cause l'id&#233;e que l'agriculture chimique soit un v&#233;ritable progr&#232;s par rapport &#224; l'agriculture traditionnelle. Il traverse ce que l'on appelle, aujourd'hui, &#171; une crise existentielle &#187;. Il vit plusieurs mois assez d&#233;sempar&#233;, livr&#233; &#224; des questionnements et &#224; des m&#233;ditations philosophiques, inspir&#233;s de ses racines culturelles (bouddhisme zen, tao&#239;sme, shinto&#239;sme). Ses amis ne le comprennent plus.
&lt;br /&gt;L'id&#233;e de base de sa m&#233;thode &#171; lui vient un jour qu'il passe par hasard dans un ancien champ ni utilis&#233; ni labour&#233; depuis de nombreuses ann&#233;es. Il y voit de magnifiques pieds de riz poussant &#224; travers un fouillis d'herbes &#187; [&lt;a href='#nb2-92' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, Tr&#233;daniel, Paris, 1983, (...)' id='nh2-92'&gt;92&lt;/a&gt;]. En 1938, ne voulant pas s'en tenir &#224; des id&#233;es, et ayant l'opportunit&#233; d'un lieu pour pouvoir les tester, il d&#233;missionne de son poste et s'en va vivre dans une hutte, situ&#233;e dans une plantation de mandariniers de son p&#232;re. Il d&#233;cide de consacrer sa vie &#224; l'agriculture, en testant ses id&#233;es sur le &#171; non-agir &#187;. Il applique cela aux mandariniers de son p&#232;re, lesquels &#233;taient taill&#233;s jusque-l&#224; : c'est un &#233;chec [&lt;a href='#nb2-93' class='spip_note' rel='footnote' title='Il perdit ainsi, dans cette premi&#232;re vague de ses recherches pratiques, (...)' id='nh2-93'&gt;93&lt;/a&gt;]. La guerre &#233;clate, il se range aux v&#339;ux de son p&#232;re, accepte un poste &#224; la Station d'Essai de la Pr&#233;fecture de Kochi, o&#249; il devient Directeur de la Division de l'Agriculture Scientifique. Mais il ne cesse pas, pour autant, de travailler &#224; ses recherches personnelles : &#171; je m'employais &#224; augmenter la production alimentaire en temps de guerre, mais surtout, je r&#233;fl&#233;chissais sur la relation entre agriculture scientifique et naturelle. La question qui m'occupait &#233;tait de d&#233;terminer si oui ou non l'agriculture naturelle pouvait tenir t&#234;te &#224; la science moderne &#187; [&lt;a href='#nb2-94' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, p. 43.' id='nh2-94'&gt;94&lt;/a&gt;]. A la fin de la seconde guerre mondiale, il retourne d&#233;finitivement poursuivre ses recherches sur la ferme familiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 06 &#8211; Masanobu Fukuoka (1913-) [&lt;a href='#nb2-www.permaculture.com' class='spip_note' rel='footnote' id='nh2-www.permaculture.com'&gt;www.permaculture.com&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, il met au point une conception et une pratique globale et originale de l'agriculture, alternative, &#224; la fois &#224; l'agrochimie moderne et &#224; l'agriculture traditionnelle de son pays. Sa m&#233;thode d'agriculture s'appelle, selon les traductions, &#171; agriculture du non-agir &#187;, &#171; agriculture naturelle &#187;, &#171; agriculture sauvage &#187;.
&lt;br /&gt;Il parvient &#224; confirmer ses intuitions sur la valeur d'une intervention artificielle minimale en agriculture. Quelques ann&#233;es apr&#232;s la seconde guerre mondiale, satisfait des r&#233;sultats de sa m&#233;thode, il cherche &#224; la faire conna&#238;tre. De nombreux visiteurs et stagiaires viennent sur sa ferme, et, parmi eux, de nombreux chercheurs issus des diff&#233;rents &#171; d&#233;partements &#187; de la recherche agronomique &#171; moderne &#187;. Ces chercheurs &#171; officiels &#187; constatent les r&#233;sultats &#233;tonnants de Masanobu Fukuoka mais ne cherchent pas, en g&#233;n&#233;ral, &#224; aller plus loin, pour, par exemple, r&#233;orienter leurs recherches et m&#233;thodes de travail. N&#233;anmoins, Masanobu Fukuoka continue &#224; communiquer, en se rendant dans des colloques, &#224; la t&#233;l&#233;vision, en accordant des interviews &#224; des journalistes, en &#233;crivant des articles. Bien qu'il ait une large audience au Japon, - il est &#224; l'origine d'un large retour des vergers sur couvert v&#233;g&#233;tal dans son pays -, il n'a pas connu la reconnaissance publique mais, bien plut&#244;t, des contraintes et des entraves de l'Etat japonais (confiscation, pendant une dizaine d'ann&#233;es, d'une vari&#233;t&#233; de riz qu'il avait s&#233;lectionn&#233;).
&lt;br /&gt;C'est en 1978, gr&#226;ce &#224; son livre intitul&#233; &lt;em&gt;The one straw revolution&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb2-95' class='spip_note' rel='footnote' title='La r&#233;volution d'un seul brin de paille, publi&#233; &#224; Tokyo en 1975, puis traduit et (...)' id='nh2-95'&gt;95&lt;/a&gt;]&lt;em&gt;,&lt;/em&gt; que Masanobu Fukuoka commence &#224; &#234;tre mondialement connu. Ainsi, &#224; partir de 1979, il va voyager un peu partout. Il va tout d'abord aux USA, o&#249; il rencontre notamment le responsable du D&#233;partement des D&#233;serts des Nations Unies. Cette rencontre va &#234;tre d&#233;cisive pour la suite de son parcours. En effet, ce fonctionnaire de l'ONU lui demande si sa m&#233;thode peut changer le d&#233;sert d'Irak. Il invite Masanobu Fukuoka &#224; d&#233;velopper une m&#233;thode pour faire reverdir les d&#233;serts. D'abord impressionn&#233;, - &#171; je n'&#233;tais qu'un pauvre fermier sans pouvoir ni connaissances &#187; -, il en vient &#224; accepter le d&#233;fi : &#171; &#224; partir de ce moment, j'ai commenc&#233; &#224; penser que ma t&#226;che est de travailler sur le d&#233;sert &#187; [&lt;a href='#nb2-96' class='spip_note' rel='footnote' title='Reverdir le d&#233;sert, Un entretien de Masanobu Fukuoka avec Robert et Diane (...)' id='nh2-96'&gt;96&lt;/a&gt;]. Il va ensuite en Europe, et s'attache &#224; enseigner l'application de ses m&#233;thodes en Tha&#239;lande, aux Philippines, en Inde, en Afrique (1985). Il cherche particuli&#232;rement &#224; faire la d&#233;monstration de ses m&#233;thodes dans les zones d&#233;sertiques. Dans ce cadre, son objectif est de faire reverdir les d&#233;serts. La premi&#232;re exp&#233;rience &lt;em&gt;&#224; grande &#233;chelle&lt;/em&gt; de sa m&#233;thode de lutte contre les d&#233;serts et la d&#233;sertification a d&#233;marr&#233; en Gr&#232;ce, en mars 1998.
&lt;br /&gt;Masanobu Fukuoka a re&#231;u en 1988 le prix &#171; Magsaysay &#187;, l'&#233;quivalent du prix Nobel de la paix en Extr&#234;me-Orient, &#171; pour sa contribution mondiale au bien-&#234;tre de l'humanit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb2-97' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; for his world-wide contribution to the well-being of mankind (...)' id='nh2-97'&gt;97&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Aujourd'hui, il continue &#224; diffuser son travail, bas&#233; sur des id&#233;es qu'il a mis au point et appliqu&#233; il y a d&#233;j&#224; un demi-si&#232;cle. Son influence sur l'agronomie ne cesse de s'&#233;tendre, quoiqu'une reconnaissance explicite du caract&#232;re pionnier de son &#339;uvre, notamment pour le d&#233;veloppement des &#171; techniques culturales simplifi&#233;es &#187; (TCS), ne soit pas toujours au rendez-vous.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les principes de l'agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka.&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;A partir du moment o&#249; il a ma&#238;tris&#233; son syst&#232;me d'agriculture simplifi&#233;e, Masanobu Fukuoka n'a cess&#233; de &#171; chercher &#224; d&#233;montrer la validit&#233; de cinq principes majeurs : pas de labourage, pas d'engrais, pas de pesticides, pas de semailles et pas de taille. Pendant les nombreuses ann&#233;es &#233;coul&#233;es depuis, [il] n'a pas dout&#233; une seule fois des possibilit&#233;s d'une agriculture naturelle qui renonce &#224; toute intervention et &#224; tout savoir humains &#187; [&lt;a href='#nb2-98' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka, M., L'agriculture naturelle, Art du non-faire, Th&#233;orie et pratique (...)' id='nh2-98'&gt;98&lt;/a&gt;]. Devant une telle ambition, on essaiera ici, seulement, d'expliciter un peu ces cinq principes, en relevant quelques cas o&#249; l'auteur lui-m&#234;me y d&#233;roge. Quant &#224; la question philosophique de la possibilit&#233; du renoncement &#224; toute intervention et &#224; tout savoir humain dans le d&#233;veloppement agricole, on y reviendra plus sp&#233;cifiquement aux &#167;3431 et 424, avec quelques r&#233;flexions relatives au contexte culturel et aux enjeux contradictoires de cette hypoth&#232;se fukuokienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;L'agriculture sans labour&lt;/em&gt;. Masanobu Fukuoka s&#232;me directement ses c&#233;r&#233;ales &#8211; le riz, notamment - &lt;em&gt;sur un couvert permanent de l&#233;gumineuses&lt;/em&gt;, souvent du tr&#232;fle blanc [&lt;a href='#nb2-99' class='spip_note' rel='footnote' title='De m&#234;me, il recommande l'absence de sarclage via l'inondation ponctuelle, le (...)' id='nh2-99'&gt;99&lt;/a&gt;].. Pour que ses semences ne soient pas &#233;touff&#233;es par la l&#233;gumineuse ou les adventices, il inonde son champ, pour freiner le couvert v&#233;g&#233;tal. Il vide ensuite sa rizi&#232;re pour semer [&lt;a href='#nb2-100' class='spip_note' rel='footnote' title='Il recourt &#224; l'inondation p&#233;riodique, limit&#233;e dans le temps, sept jours au (...)' id='nh2-100'&gt;100&lt;/a&gt;]. Egalement, il remet sur la parcelle toutes les pailles de la r&#233;colte pr&#233;c&#233;dente. Il s&#232;me, alors, dans cette liti&#232;re de mati&#232;res organiques. Dans le cas o&#249; le sol serait trop nu, o&#249; les graines seraient expos&#233;es aux oiseaux, ou pour un hivernage des graines, il utilise et pr&#233;conise d'enrober les semences dans des boulettes d'argile [&lt;a href='#nb2-101' class='spip_note' rel='footnote' title='R.B.P., p. 75-76 ; A.N., p. 198.' id='nh2-101'&gt;101&lt;/a&gt;] ou de calcium. Dans certains cas, il autorise un labourage l&#233;ger &#171; &#224; cinq centim&#232;tres environ &#187; [&lt;a href='#nb2-102' class='spip_note' rel='footnote' title='A.N., p. 199. Masanobu Fukuoka travaille dans des conditions climatiques (...)' id='nh2-102'&gt;102&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;Cultiver sans engrais&lt;/em&gt;. Masanobu Fukuoka consid&#232;re qu'il est quasiment inutile de pr&#233;parer du compost ou d'apporter des amendements. Il &#233;pand, parfois, quelques fientes de poules [&lt;a href='#nb2-103' class='spip_note' rel='footnote' title='Il remet m&#234;me en cause l'id&#233;e que les cendres de bois soit un bon (...)' id='nh2-103'&gt;103&lt;/a&gt;]. En revanche, il remet aux champs toutes les pailles. En s'appuyant sur l'observation de la nature sauvage, il consid&#232;re qu'un champ aussi peu travaill&#233; que possible, - ce qu'il recherche assid&#251;ment dans sa d&#233;marche -, auquel on remet la majeure partie de la mati&#232;re organique qu'il a produite la saison pr&#233;c&#233;dente, voit sa fertilit&#233; augmenter [&lt;a href='#nb2-104' class='spip_note' rel='footnote' title='R.B.P., p. 62 : &#171; Si la nature est livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me, la fertilit&#233; augmente &#187;. (...)' id='nh2-104'&gt;104&lt;/a&gt;]. A la diff&#233;rence d'Howard qui a beaucoup travaill&#233; pour am&#233;liorer les techniques de compostage, M. Fukuoka se contente d'un compostage de surface, sans enfouissement. Si Howard veut faire le maximum pour la fertilit&#233; et les rendements en ayant recours &#224; un compostage sophistiqu&#233;, M. Fukuoka se satisfait d'une augmentation de la fertilit&#233; plus naturelle et plus &#233;conome en travail. N&#233;anmoins, il ne se refuse pas &#224; l'&#233;pandage limit&#233; [&lt;a href='#nb2-105' class='spip_note' rel='footnote' title='A.N., p. 199 ; il propose de 3 &#224; 6 quintaux / hectare de fumier de poules (...)' id='nh2-105'&gt;105&lt;/a&gt;] de fientes de canards ou de poules, pour fournir de &#171; l'engrais animal qui aide &#224; d&#233;composer la paille &#187; [&lt;a href='#nb2-106' class='spip_note' rel='footnote' title='R.B.P., p. 63.' id='nh2-106'&gt;106&lt;/a&gt;]. Enfin, on retiendra que, pour M. Fukuoka, la &lt;em&gt;for&#234;t&lt;/em&gt; et les &#233;l&#233;ments nutritifs de son &lt;em&gt;humus&lt;/em&gt;, sont bien la base d'un sol fertile et de la r&#233;ussite de l'agriculture. Pour lancer une ferme fukuokienne il faudrait ainsi s'assurer de la proximit&#233; d'une r&#233;serve d'humus : trouver un site pr&#232;s d'un &#171; bois naturel &#187; ou en faire pousser un [&lt;a href='#nb2-107' class='spip_note' rel='footnote' title='A.N., p. 160-162. Si l'on ne trouve pas de bois ou si l'on ne peut puiser (...)' id='nh2-107'&gt;107&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;S'abstenir des pesticides&lt;/em&gt;. Au premier abord, M. Fukuoka peut appara&#238;tre comme un agriculteur Bio &#171; classique &#187; avec ce principe. Or, aujourd'hui, certains pesticides &#171; &#233;cologiques &#187; ou certains produits de synth&#232;se sont exceptionnellement autoris&#233;s dans la l&#233;gislation europ&#233;enne de l'agriculture biologique. M. Fukuoka, comme Albert Howard, est plus puriste. Pour Howard, les maladies sont des professeurs qui indiquent &#224; l'agriculteur qu'il fait une erreur dans ses pratiques : il doit corriger en cons&#233;quence. M. Fukuoka, toujours plus simple, consid&#232;re que les maladies ou les invasions de pr&#233;dateurs se r&#233;gulent d'elles-m&#234;mes, pour peu que la ferme soit dans un environnement naturel pr&#233;serv&#233; : la croissance de la population de pr&#233;dateurs des cultures engendre spontan&#233;ment celle de leurs propres pr&#233;dateurs. Tout finit par rentrer dans l'ordre, moyennant une perte faible &#224; la r&#233;colte. En ce qui concerne la prolif&#233;ration des adventices, M. Fukuoka, dans ses t&#226;tonnements successifs, a relev&#233; plusieurs fa&#231;ons de les contr&#244;ler, dont l'inondation p&#233;riodique, le semis d'un couvert v&#233;g&#233;tal, le paillage, et le semis tr&#232;s pr&#233;coce, &#171; pendant que la moisson pr&#233;c&#233;dente m&#251;rit encore &#187; [&lt;a href='#nb2-108' class='spip_note' rel='footnote' title='R.B.P., p. 61-62 et p. 64.' id='nh2-108'&gt;108&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;Le semis direct&lt;/em&gt;. Inutile, pour Masanobu Fukuoka, de mettre les graines en terre. Il dit n'avoir jamais vu une graine suffisamment faible pour ne pas &#234;tre capable de s'implanter d'elle-m&#234;me. Si les conditions sont trop dures, au d&#233;sert par exemple, il recommande ses boulettes protectrices. Celles-ci prot&#232;gent les graines des pr&#233;dateurs mais aussi du soleil, et constituent une sorte de premier terreau, en attendant des pluies suffisantes pour d&#233;clencher la germination. Mais dans les conditions des champs de sa ferme, la structure souple et riche en d&#233;chets v&#233;g&#233;taux de la surface du sol ressemble &#224; l'humus des for&#234;ts : l'implantation des semences n'est pas difficile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* &lt;em&gt;Ne pas tailler les arbres et plantes&lt;/em&gt;. La taille modifie l'organisation naturelle des tiges ou des branches des arbres. Spontan&#233;ment, les branches des arbres se disposent id&#233;alement pour capter le maximum d'&#233;nergie solaire. La taille amenuise la capacit&#233; de photosynth&#232;se. Ou bien il faudrait la r&#233;p&#233;ter r&#233;guli&#232;rement, pour &#233;viter ce probl&#232;me, ou bien la taille ponctuelle cr&#233;e des zones du branchage artificiellement ombrag&#233;es, situation susceptible de favoriser les maladies. Masanobu Fukuoka reproche &#233;galement &#224; la taille visant &#224; avoir de gros fruits d'enclencher une production irr&#233;guli&#232;re d'ann&#233;e en ann&#233;e, alors qu'un arbre naturel donne des fruits, de calibres variables [&lt;a href='#nb2-109' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour Masanobu Fukuoka, la distribution naturelle du calibre des fruits est (...)' id='nh2-109'&gt;109&lt;/a&gt;], presque chaque ann&#233;e. N&#233;anmoins, il sugg&#232;re, le cas &#233;ch&#233;ant, &#171; une taille correctrice minimale, ne visant qu'&#224; rapprocher l'arbre de sa forme naturelle &#187;, tout comme, &#233;ventuellement, un palissage, dans le m&#234;me esprit, des jeunes fruitiers.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusion de la premiere partie.&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Mis &#224; part Rudolf Steiner, fils d'un fonctionnaire des chemins de fer austro-hongrois, les autres fondateurs ont tous eu une exp&#233;rience familiale et personnelle directe de l'agriculture paysanne traditionnelle. Il faudrait excepter aussi le m&#233;decin et biologiste Hans Peter Rusch. Cependant, son &#339;uvre de th&#233;oricien de la biologie, &#224; la diff&#233;rence de celle de Rudolf Steiner, n'a pas &#233;t&#233; re&#231;ue telle qu'elle par les agriculteurs du mouvement M&#252;ller : comme nous le verrons, elle sera filtr&#233;e, retraduite, interpr&#233;t&#233;e par Maria M&#252;ller et Hans M&#252;ller, dans leurs publications respectives et dans leurs conseils aux agriculteurs.
&lt;br /&gt;L'importance de ces racines paysannes a sans doute contribu&#233; &#224; une r&#233;ception bien plus positive de la tradition agricole qu'elle ne l'est dans l'agrochimie &#171; de rupture &#187; qui a &#233;t&#233; celle de Liebig. Ces racines auront aussi plus facilement donn&#233; une conscience vive de l'ali&#233;nation des paysans dans le monde moderne, des hommes et des femmes toujours plus exploit&#233;(e)s &#233;conomiquement, dans le m&#234;me temps que l'agronomie a n&#233;glig&#233; de plus en plus la terre en tant que matrice de vie. Mais ces enfants de paysans et paysannes se sont outill&#233;s pour lutter &#224; armes &#233;gales avec un mouvement de civilisation tendant &#224; les &#233;radiquer [&lt;a href='#nb2-110' class='spip_note' rel='footnote' title='Dupont Y., Pourquoi faut-il pleurer les paysans ? in Ecologie et politique, (...)' id='nh2-110'&gt;110&lt;/a&gt;] : tous ont fait de brillantes &#233;tudes, obtenant de hauts dipl&#244;mes (Rudolf Steiner, Hans M&#252;ller, et Hans Peter Rusch sont docteurs &#8211; en philosophie, botanique, et m&#233;decine), parfois dans des &#233;coles prestigieuses (l'Universit&#233; de Cambridge pour Howard). Sans pr&#233;juger du r&#244;le de ces &#233;tudes dans l'&#233;laboration de la pens&#233;e agrobiologique [&lt;a href='#nb2-111' class='spip_note' rel='footnote' title='Un Masanobu Fukuoka r&#233;p&#232;tera souvent que ses &#233;tudes de biologie ne lui ont (...)' id='nh2-111'&gt;111&lt;/a&gt;], nous pouvons retenir que ces cursus ont permis aux fondateurs d'&#234;tres plus &#224; m&#234;me de d&#233;chiffrer et de contrer les discours et strat&#233;gies des institutions et industries gouvernant l'&#233;volution dominante de l'agriculture au XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Citons, enfin, les deux principes les plus consensuels des fondateurs. Le premier, directement critique de l'agrochimie, dit qu'il faut nourrir le sol pour nourrir la plante. Le second, trait fondateur du holisme agrobiologique, &#233;nonce qu'un sol fertile donne des plantes, des animaux, et des &#234;tres humains en bonne sant&#233;. La d&#233;nonciation de l'oubli et de l'exploitation sans borne du sol, ainsi que la recherche d'une agriculture capable de nourrir les hommes tout en entretenant le donn&#233; de la fertilit&#233; naturelle, sont ainsi au centre de tous les questionnements agrobiologiques. Mais ce questionnement ouvre dans de multiples directions, tant socio-&#233;conomiques que culturelles et philosophiques, lesquelles recoupent, pas toujours tr&#232;s clairement, le questionnement &#233;cologique et agronomique. Proc&#233;dant du g&#233;n&#233;ral au particulier, nous allons d'abord resituer l'agriculture biologique au sein du vaste mouvement de la critique romantique de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Dans le Shropshire, pr&#232;s du Pays de Galles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Dans son article sur la carri&#232;re d'Howard, Louise Howard insiste sur le fait que son mari eut des sujets d'&#233;tudes tr&#232;s vastes (cf. Howard L., Sir Albert Howard's Career, in Soil and Health, Memorial number, 1948, p. 03-26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Howard A., Testament Agricole, Pour une agriculture naturelle, Edition Vie et Action, Marcq-Lille, et CERAB, La Boissi&#232;re-Ecole, 1971, 238 p. (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;dition anglaise : Oxford University Press, 1940), p. 37. (R&#233;f&#233;rence souvent abr&#233;g&#233;e &#171; T.A. &#187; ou &#171; TA &#187; ci-dessous).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-4' id='nb2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Howard A., Hop Experiments, 1904 (article disponible aux archives du Coll&#232;ge de Wye).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-5' id='nb2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardenning for health or disease, Chapitre 1, Introduction. Cf. &lt;a href=&quot;http://journeytoforever.org/farm_library/howard.html&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://journeytoforever.org/farm_li&#8230;&lt;/a&gt;. Nous suivons l'&#233;dition en ligne de cet ouvrage d'Howard : la pr&#233;sentation par chapitres pagin&#233;s s&#233;par&#233;ment, sur le site Journey to forever, ne nous permet pas de donner les num&#233;ros de page de l'&#233;dition originale papier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-6' id='nb2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Howard A., The General treatment of fungo&#239;d pests, Imperial Department of Agriculture from the West Indies, Pamphlet Series, n&#176;17, 43 p., 1902.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-7' id='nb2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Cf. Howard L.-E., Sir Albert Howard's Carreer, in Soil and Health, Memorial Number, 1948, p. 03-26, p. 04.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-8' id='nb2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Quand Howard arrive sur place, l'institut n'existe que sur le papier, mais une terre d'environ trente hectares n'&#233;tait pas encore allou&#233;e, qu'il obt&#238;nt imm&#233;diatement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-9' id='nb2-9' class='spip_note' title='Notes 2-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Dont plusieurs r&#233;sistantes &#224; la rouille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-10' id='nb2-10' class='spip_note' title='Notes 2-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Albert Howard n'est pas le p&#232;re de la th&#233;orie de la r&#233;sistance aux maladies. Pour Louise Howard, il devait cette inspiration &#224; Marshall Ward, l'un de ses professeurs &#224; Cambridge. Howard a gard&#233;, fortes dans son esprit, toutes les id&#233;es qu'il avait eut &#233;tudiant. En approfondissant les id&#233;es de Ward, il se demanda, t&#244;t, ce qui se passerait si l'on n'intervenait pas face aux maladies. Les plantes cultiv&#233;es ont-elles la m&#234;me dynamique que les plantes sauvages ? Les maladies apparaissent-elles et &#171; passent-elles &#187; naturellement ? C'est au cours de son long travail en Inde qu'il testera ses th&#233;ories et questions sous-jacentes. Le r&#233;sultat, en faveur du patrimoine donn&#233; de la sant&#233; naturelle, est une incitation permanente &#224; mettre les pratiques agricoles toujours plus en accord avec cette dynamique saine de la biosph&#232;re. Hans Peter Rusch et Masanobu Fukuoka rel&#232;veront &#233;galement cette v&#233;rit&#233;. A propos de l'infulence de M. Ward, Gregory Barton pr&#233;cise : &#171; Howard studied under Marshall Ward, a man with a catholic intellect that made him a fit successor to his mentor, Thomas Henry Huxley, the popularizer of Charles Darwin &#187; (cf. Barton G., Sir Albert Howard and the Forestry Roots of the Organic Movement, in Agricultural History, vol. 75, 2, 2001, p. 168-187, p. 171).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-11' id='nb2-11' class='spip_note' title='Notes 2-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] C'est aussi lors de l'observation du travail des paysans indiens qu'il apprendra &#224; critiquer la monoculture et insistera sur l'int&#233;r&#234;t des cultures mixtes ou associ&#233;es, par exemple c&#233;r&#233;ales-l&#233;gumineuses. (Cf. T.A., p. 11-12).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-12' id='nb2-12' class='spip_note' title='Notes 2-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardenning for health or disease, ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-13' id='nb2-13' class='spip_note' title='Notes 2-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Au cours de cette p&#233;riode, Howard, en insistant aupr&#232;s de son administration de tutelle, parviendra &#224; prendre en charge six paires de b&#339;ufs. El&#233;ment de la puissance ordinaire de l'agriculture indienne, la population bovine &#233;tait cependant trop &#233;lev&#233; pour la nourriture existante, ce qui faisait qu'il y avait fr&#233;quemment des maladies qui d&#233;vastait le cheptel des campagnes. Howard, gr&#226;ce &#224; son exp&#233;rience agricole familiale, put bien s&#233;lectionner son b&#233;tail et organiser &#224; son gr&#233; leur habitat, hygi&#232;ne, gestion. Ce qui fit que, bien que plusieurs fois en contact avec des animaux malades, ses b&#339;ufs ne r&#233;agir pas &#224; la maladie, exactement comme ses vari&#233;t&#233;s de c&#233;r&#233;ales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-14' id='nb2-14' class='spip_note' title='Notes 2-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] D&#232;s cette p&#233;riode, la qualit&#233; de son travail commence &#224; &#234;tre largement reconnue : il est &#233;lev&#233; au grade de Compagnon de l'Empire Indien en 1914.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-15' id='nb2-15' class='spip_note' title='Notes 2-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Cf. Howard A., Sir Albert Howard's Career, op. cit. Louise Howard explique que son mari a trait&#233; de l'agriculture d'une r&#233;gion d'Inde, avant de d&#233;montrer que toute l'agriculture tropicale &#233;tait un seul sujet, puis de terminer en montrant qu'agriculture tropicale et temp&#233;r&#233;e suivaient &#171; un seul et m&#234;me ensemble de lois &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-16' id='nb2-16' class='spip_note' title='Notes 2-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] Une compr&#233;hension v&#233;ritablement holiste, irr&#233;ductible &#224; l'addition de &#171; savoirs &#187; de sp&#233;cialistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-17' id='nb2-17' class='spip_note' title='Notes 2-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] T.A., p. 38.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-18' id='nb2-18' class='spip_note' title='Notes 2-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Ibid., p. 37. Pr&#232;s du tiers des pages de son ma&#238;tre livre sont consacr&#233;es &#224; la technique et &#224; l'&#233;volution du proc&#233;d&#233; Indore.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-19' id='nb2-19' class='spip_note' title='Notes 2-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] Plusieurs fois, pour manifester publiquement la dimension collective de leurs recherches, les Howard pratiqu&#232;rent la &#171; signature tournante &#187; de leurs publications. Sydney et B&#233;atrice Webb (1859-1947 et 1858-1943) contribu&#232;rent au d&#233;veloppement du socialisme en Grande-Bretagne. Sydney Webb fonda la Fabian Society en 1899 et dirigea le parti travailliste en 1915 (cf. Le Robert des noms propres, Article Webb Sydney).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-20' id='nb2-20' class='spip_note' title='Notes 2-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] L'aristocratie anglaise et la famille royale sont rest&#233;es amies de la campagne. Il &#171; subsiste dans les m&#339;urs quelque chose de cette vieille alliance de la campagne et de l'aristocratie et une lancinante nostalgie de la campagne &#224; laquelle John Milton empruntait les caract&#232;res de son Paradis perdu. La campagne ennoblit. Tout ce qui inspire le respect, tout ce qui pr&#233;tend au prestige se doit de s'entourer d'un cadre agreste : imagine-t-on le palais royal sans un vaste parc, la cath&#233;drale sans son close, l'universit&#233; de Cambridge sans ses backs, un duc d&#233;pourvu d'une r&#233;sidence campagnarde ? &#187;
(Cf. Moindrot, C., Villes et campagnes britanniques, Armand Colin, Coll. U, 320 p., 1967, p. 295)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-21' id='nb2-21' class='spip_note' title='Notes 2-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, Rudolf Steiner n'est pas le pionnier de l'agriculture biologique. Ses travaux datent de la d&#233;cennie 1920-1930, alors que les premiers travaux et r&#233;sultats d'Howard, sans engrais chimiques, datent, comme nous venons de le voir, de la premi&#232;re d&#233;cennie du 143dsi&#232;cle. Nous &#233;voquerons aussi l'agriculture naturelle germanophone, qui trouve ses commencements dans les mouvements de Lebensreform, d&#232;s la d&#233;cennie 1890.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-22' id='nb2-22' class='spip_note' title='Notes 2-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] Commentant l'&#233;volution du travail de son mari, notamment autour du compostage, Louise Howard &#233;crit : &#171; As the years passed, an ever deeper view was gained of the complex character of all that makes up this, the second half of the Wheel of Life, which gradually led to a most comprehensive and an almost philosophic conception of natural law in the mind of the principal investigator, a conception which coloured his whole attitude to science and his place in human affairs, and which i twas one of his achievements to be able to impart to his followers &#187; (Howard L.-E., Sir Albert Howard's Carreer, op. cit., p. 16).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-23' id='nb2-23' class='spip_note' title='Notes 2-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] Howard ne semble pas s'&#234;tre risqu&#233; &#224; r&#233;duire la question de la sant&#233; des v&#233;g&#233;taux sauvages &#224; ce crit&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-24' id='nb2-24' class='spip_note' title='Notes 2-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] &#171; It is well known that healthy and vigorous trees have the power of protecting themselves in several ways when their bark is wounded. &#187; (Cf. Howard A., The General treatment of fungo&#239;d pests, 1902, op. cit., p. 21).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-25' id='nb2-25' class='spip_note' title='Notes 2-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] T.A., Introduction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-26' id='nb2-26' class='spip_note' title='Notes 2-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] Dictionnaire Le Robert.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-27' id='nb2-27' class='spip_note' title='Notes 2-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] T.A., p. 02.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-28' id='nb2-28' class='spip_note' title='Notes 2-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] Farming and gardenning for health or disease, Chapitre 1, Introduction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-29' id='nb2-29' class='spip_note' title='Notes 2-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] Son coll&#232;gue George Clarke confirma amplement ses r&#233;sultats : en augmentant le taux d'humus de sa station d'essai de Shahjahanpur, en adoptant de simples am&#233;liorations dans les pratiques culturales, ainsi que le recours &#224; l'engrais vert, il fut capable de tripler les rendements de la canne &#224; sucre et du bl&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-30' id='nb2-30' class='spip_note' title='Notes 2-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] Une perspective qui relativise l'importance de &#171; la survie du plus fort &#187; pour comprendre la dynamique du vivant (Cf. Pelt J.-M., La solidarit&#233; chez les plantes, les animaux, les humains, Fayard, Paris, 2004, 196 p.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-31' id='nb2-31' class='spip_note' title='Notes 2-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] &#171; In Nature animals and plants lead an interlocked existence. The connection could not be closer, more permanent, or more crucial. We can observe this partnership in operation in the forest, in the prairie, in marshes, streams, rivers, lakes, and the ocean. &#187; (Cf. Howard A., The animal as our farming partner, Organic Gardening, Vol. II, n&#176; 3, September 1947). Howard s'inspire de la &#171; mixed farm &#187;, une association animaux-plantes qu'il a vu fonctionner avec succ&#232;s sur la ferme familiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-32' id='nb2-32' class='spip_note' title='Notes 2-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] Testament agricole, p. 06-09 et 204-206.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-33' id='nb2-33' class='spip_note' title='Notes 2-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] Ibid., p. 206. Voir aussi les pages 171-203 et 206-208.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-34' id='nb2-34' class='spip_note' title='Notes 2-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] Steiner R., Une autobiographie, Ed. Alice Sauerwein, PUF, Paris, p. 20-21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-35' id='nb2-35' class='spip_note' title='Notes 2-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] Xavier Florin nous pr&#233;cisa en entretien qu'il s'agit d'une autobiographie intellectuelle : elle relate uniquement ce que Steiner estima n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension de son parcours de &#171; connaissance &#187;. Cette autobiographie &#233;carte les autres &#233;v&#233;nements de sa vie car Steiner consid&#233;ra qu'elle concernait sa vie priv&#233;e et n'int&#233;ressait pas le lecteur. (Entretien avec Xavier Florin, Lanouaille (24), Octobre 2001). Nous pouvons alors nous demander s'il n'eut pas &#233;t&#233; plus l&#233;gitime d'intituler autrement cet ouvrage. Par exemple, &#171; Gen&#232;se et d&#233;veloppement de mon &#339;uvre &#187; nous semblerait plus &#224; propos. Cette remarque en appelle une seconde : Rudolf Steiner voulait-il vraiment faciliter la compr&#233;hension critique de sa d&#233;marche en &#233;cartant la plupart des &#233;v&#233;nements non cognitifs de son Autobiographie ? Peut-on vouloir &#234;tre philosophe en n'explicitant pas d'o&#249; nous est venu notre conception du monde ? Entre l'&#233;vacuation des motifs non directement cognitifs et le droit l&#233;gitime au respect de la vie priv&#233;e, il nous semble qu'il y a, dans la perspective (auto)biographique, un espace de la vie interm&#233;diaire &#224; &#233;clairer, lequel rel&#232;ve en quelque sorte des choix professionnels : quels sont les motifs qui ont pouss&#233; Steiner &#224; s'engager et &#224; perdurer dans des recherches &#233;sot&#233;riques et th&#233;oriques diverses ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-36' id='nb2-36' class='spip_note' title='Notes 2-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] Steiner R., Autobiographie, 2 volumes, EAR, 1923-1925. Je souligne. Il faudrait analyser l'origine et le type d'&#233;pist&#233;mologie vers lequel tend l'approche qui parle d'un espace hors de l'homme et d'une sorte d'espace psychique dans l'homme (cf. &#167;243).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-37' id='nb2-37' class='spip_note' title='Notes 2-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] Steiner R., Une autobiographie, op. cit., p. 27.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-38' id='nb2-38' class='spip_note' title='Notes 2-38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] Cf. Steiner R., Une autobiographie, Ed. Alice Sauerwein, p. 60-61. Franz Brentano (1838-1917), philosophe et psychologue allemand, d&#233;finit la conscience par son &#171; intentionnalit&#233; &#187; (&#171; Toute conscience est conscience de quelque chose &#187;) et la repr&#233;sentation comme une vis&#233;e de l'objet lui-m&#234;me et non sa reproduction dans l'esprit. Il est le p&#232;re de la psychologie descriptive et un pr&#233;curseur de la m&#233;thode ph&#233;nom&#233;nologique, notamment d&#233;velopp&#233;e par Edmund Husserl (cf. Le Robert des noms propres, Article Brentano Franz). Nous retrouverons plus loin Steiner et Husserl face-&#224;-face. Tous deux sont int&#233;ress&#233;s par l'&#339;uvre de Brentano, mais ils proposent des interpr&#233;tations diam&#233;tralement oppos&#233;es de la raison humaine, ce que nous analyserons &#224; partir du probl&#232;me de l'origine de la g&#233;om&#233;trie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-39' id='nb2-39' class='spip_note' title='Notes 2-39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;] Le groupe O.T.O. existe toujours et a &#233;t&#233; class&#233; &#171; secte &#187; dans le rapport parlementaire fran&#231;ais n&#176; 2468. cf. &lt;a href=&quot;http://www.info-sectes.org/masques/sectes.htm&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.info-sectes.org/masques/&#8230;&lt;/a&gt;. Il convient n&#233;anmoins d'&#234;tre tr&#232;s prudent avec l'usage du qualificatif de &#171; secte &#187;. Pour une approche mesur&#233;e de la question, voir Introvigne M. et Gordon-Melton J. (dir.), Pour en finir avec les sectes, Le d&#233;bat sur le rapport de la commission parlementaire, Ed. CESNUR-Di Giovanni, Paris, 1996, 355 p. Le rapport parlementaire n&#176; 1687, pr&#233;sid&#233; par le d&#233;put&#233; Jacques Guyard, avait d&#233;clench&#233; de vives controverses, notamment en taxant l'anthroposophie de &#171; secte &#187; (cf. Guyard J., Les sectes et l'argent, Commission d'enqu&#234;te, Rapport n&#176; 1687, Ed. Assembl&#233;e nationale, 1999, 347 p.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-40' id='nb2-40' class='spip_note' title='Notes 2-40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., Quand le voile se d&#233;chire&#8230;, Le d&#233;fi de l'&#233;sot&#233;risme au christianisme, Tome 1, Saint Paul ,Versailles, 2000, 322 p., p.148.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-41' id='nb2-41' class='spip_note' title='Notes 2-41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;] Ibid., p. 149.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-42' id='nb2-42' class='spip_note' title='Notes 2-42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;] Ibid., p. 148.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-43' id='nb2-43' class='spip_note' title='Notes 2-43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-44' id='nb2-44' class='spip_note' title='Notes 2-44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;] Ari&#232;s P., Anthroposophie : enqu&#234;te sur un pouvoir occulte, Editions Golias, Villeurbanne, 2001, 288 p., p. 19-20.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-45' id='nb2-45' class='spip_note' title='Notes 2-45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., op. cit., p. 149.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-46' id='nb2-46' class='spip_note' title='Notes 2-46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;] Rihou&#235;t-Coroze S., Qui &#233;tait Rudolf Steiner ?, Triades, Paris, 1973, p. 94, cit&#233; in Verlinde J.-M., op cit., p. 149.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-47' id='nb2-47' class='spip_note' title='Notes 2-47' rev='footnote'&gt;47&lt;/a&gt;] M&#252;cke J. et Rudolf A.-A., Souvenirs : Rudolf Steiner et l'universit&#233; de Berlin, 1899-1904, Ed. EAR, Gen&#232;ve, cit&#233; in Ari&#232;s P., Anthroposophie : enqu&#234;te sur un pouvoir occulte, Ed. Golias, p. 20.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-48' id='nb2-48' class='spip_note' title='Notes 2-48' rev='footnote'&gt;48&lt;/a&gt;] Galtier G., Ma&#231;onnerie Egyptienne, Rose-Croix et N&#233;o-Chevalerie, Ed. du Rocher, Paris, 1989, p. 304, cit&#233; in Verlinde J.-M., Quand le voile se d&#233;chire&#8230;, op. cit., p. 151.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-49' id='nb2-49' class='spip_note' title='Notes 2-49' rev='footnote'&gt;49&lt;/a&gt;] La Soci&#233;t&#233; Th&#233;osophique a &#233;t&#233; fond&#233;e par Helena Petrova Blavatsky (1831-1891) et Henry Steele Olcott en 1875. Sur le sujet, voir notamment Verlinde J.-M., Quand le voile se d&#233;chire&#8230;, op. cit., p. 125-146. L'auteur, citant La doctrine secr&#232;te de Blavatsky, note les buts de la Socit&#233;t&#233; Th&#233;osophique. Celle-ci vise &#224; &#171; rassembler et diffuser la connaissance des Lois qui gouvernent l'univers &#187;. Elle se propose &#171; 1- Former un noyau de la Fraternit&#233; Universelle de l'Humanit&#233; sans distinction de race, croyance, sexe, caste ou couleur ; 2 &#8211; Encourager l'&#233;tude compar&#233;e des religions, des philosophies et des sciences ; 3 &#8211; Explorer les lois inexpliqu&#233;es de la Nature et les pouvoirs latents en l'homme &#187; (p.128-129).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-50' id='nb2-50' class='spip_note' title='Notes 2-50' rev='footnote'&gt;50&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., Quand le voile se d&#233;chire&#8230;, op. cit., p. 152.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-51' id='nb2-51' class='spip_note' title='Notes 2-51' rev='footnote'&gt;51&lt;/a&gt;] Ibid., p. 153.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-52' id='nb2-52' class='spip_note' title='Notes 2-52' rev='footnote'&gt;52&lt;/a&gt;] Le domaine agricole de Koberwitz &#233;tait situ&#233; pr&#232;s de Breslau en Allemagne (aujourd'hui Wroclaw, en Pologne).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-53' id='nb2-53' class='spip_note' title='Notes 2-53' rev='footnote'&gt;53&lt;/a&gt;] Meyer R., Avant-propos, in Keyserlingk A. (von), La naissance de l'agriculture bio-dynamique, p. 21-28, p. 21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-54' id='nb2-54' class='spip_note' title='Notes 2-54' rev='footnote'&gt;54&lt;/a&gt;] Bideau G., Rep&#232;res, in Keyserlingk A. (von), La naissance de l'agriculture bio-dynamique, p. 15-20, p. 15.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-55' id='nb2-55' class='spip_note' title='Notes 2-55' rev='footnote'&gt;55&lt;/a&gt;] Bideau G., Rep&#232;res, ibid. ; Ari&#232;s P., op. cit., p. 199.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-56' id='nb2-56' class='spip_note' title='Notes 2-56' rev='footnote'&gt;56&lt;/a&gt;] Bideau G., ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-57' id='nb2-57' class='spip_note' title='Notes 2-57' rev='footnote'&gt;57&lt;/a&gt;] Ari&#232;s P., op. cit. Pfeiffer est chimiste pour Paul Ari&#232;s, il est biologiste selon la 4&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; de couverture de la F&#233;condit&#233; de la terre. Selon G&#233;rard Schmidt, il fut &#171; vers la fin de sa carri&#232;re, le directeur d'un laboratoire de chimie biologique &#224; Spring Valley (USA) &#187; (cf. Schmidt G., Avant propos, in Pfeiffer E. et Riese E., Le gai jardin potager, Triades, p. 08).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-58' id='nb2-58' class='spip_note' title='Notes 2-58' rev='footnote'&gt;58&lt;/a&gt;] Il s'agit du titre du premier tome des &#339;uvres posthumes de la comtesse de Keyserlingk (cf. Meyer R., Avant-propos, op. cit.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-59' id='nb2-59' class='spip_note' title='Notes 2-59' rev='footnote'&gt;59&lt;/a&gt;] Karl von Keyserlingk d&#233;crit ainsi l'ambiance du Cours aux agriculteurs : &#171; Je fus effray&#233; de l'aspect pitoyable de Rudolf Steiner &#8211; totalement chang&#233;. Des nouvelles avaient filtr&#233; jusque chez nous depuis Dornach sur sa grave maladie. [&#8230;] Ces nouvelles laissaient pr&#233;sumer que l'existence sur le plan physique &#233;tait devenue presque impossible pour lui. [&#8230;] Il me semblait que Rudolf Steiner s'&#233;tait &#233;lev&#233; avec son esprit dans des r&#233;gions c&#233;lestes encore plus hautes &#8211; la distance entre lui et les hommes n'en &#233;tait que plus grande et plus effrayante. Il &#233;tait bouleversant de le voir &#8211; tous eurent la m&#234;me impression &#187; (cf. Keyserlingk A. (von), La naissance de l'agriculture bio-dynamique, p. 92.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-60' id='nb2-60' class='spip_note' title='Notes 2-60' rev='footnote'&gt;60&lt;/a&gt;] Sattler F. et Wistinghausen E. (von), La Ferme Biodynamique, Ed. Arts Graphiques Europ&#233;ens, Paris, 1987, 340 p. (Ed. Ulmer, Stuttgart, 1985).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-61' id='nb2-61' class='spip_note' title='Notes 2-61' rev='footnote'&gt;61&lt;/a&gt;] Florin J.-M., Entretien avec l'auteur, Lanouaille (24), 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-62' id='nb2-62' class='spip_note' title='Notes 2-62' rev='footnote'&gt;62&lt;/a&gt;] De France J.-M., Entretien avec un repr&#233;sentant des magasins Satoriz. [cf. w.satoriz.com/index_new.php ?page=les-entretients&amp;NUM_ARTICLE=218&amp;NUM_RUBRIQUE=5, visite de 10/2006&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-63' id='nb2-63' class='spip_note' title='Notes 2-63' rev='footnote'&gt;63&lt;/a&gt;] Soper J., Pour comprendre le cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner, Ed. Le courrier du livre, 1980, p. 157-158.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-64' id='nb2-64' class='spip_note' title='Notes 2-64' rev='footnote'&gt;64&lt;/a&gt;] Il aura recours &#224; l'&#233;ducation, &#224; la politique (avec des d&#233;rives graves), &#224; la religion, &#224; la science, et &#224; l'agriculture biologique, finalement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-65' id='nb2-65' class='spip_note' title='Notes 2-65' rev='footnote'&gt;65&lt;/a&gt;] Ce sera son credo pour aider les paysans &#224; r&#233;sister &#224; la crise &#233;conomique de 1929.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-66' id='nb2-66' class='spip_note' title='Notes 2-66' rev='footnote'&gt;66&lt;/a&gt;] Comme la pomme de terre, dans le contexte suisse d'alors.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-67' id='nb2-67' class='spip_note' title='Notes 2-67' rev='footnote'&gt;67&lt;/a&gt;] Institut de Recherche de l'Agriculture Biologique. L'IRAB, (ou FIBL en allemand), est install&#233; &#224; Frick, pr&#232;s de B&#226;le. C'est le plus gros institut de recherche sur l'agriculture biologique en Europe. Nettement orient&#233; vers les approches techniques et &#233;conomiques, il est &#224; l'origine de l'essai &#171; DOC &#187;, une comparaison, sur vingt ans, des agricultures bio-dynamiques, biologiques, et conventionnelles. Hans M&#252;ller, malgr&#233; son doctorat en botanique, ne s'est gu&#232;re souci&#233; de l'aspect technique de l'agriculture biologique : il n'a jamais &#233;crit sur cet aspect. De plus, comme nous l'a confi&#233; W. Scheidegger, il minimisait le probl&#232;me lors de ses conf&#233;rences pour inciter &#224; la conversion &#224; la Bio ; ses coll&#232;gues se chargeaient de les reconna&#238;tre et de les expliquer aux agriculteurs int&#233;ress&#233;s. Pour la technique, il s'en remettra &#224; d'autres, tels Maria, son &#233;pouse, ou le m&#233;decin Hans Peter Rusch. Fils de paysan, il conna&#238;t le m&#233;tier et il voit surtout l'agrobiologie comme un prolongement de la tradition paysanne. Avec la modernisation des conditions de travail et de vie, la simplicit&#233; de la vie paysanne attira de moins d'agriculteurs. De plus, il faut reconna&#238;tre que l'agriculture biologique va, au moins dans la perspective d'Howard, au-del&#224; d'une certaine monotonie de la tradition paysanne : la Bio n'est pas qu'un moyen de se maintenir, elle est aussi une agriculture engag&#233;e dans une dynamique consciente de recherche, visant &#224; intensifier la production agricole, dans l'espoir d'un profit commercial ouvrant sur les libert&#233;s du monde moderne. Des jeunes du mouvement M&#252;ller, dont son propre fils, plus dans cet &#233;tat d'esprit progressiste, soutiendront la naissance de l'IRAB. On a eut l&#224;, &#224; l'int&#233;rieur du mouvement du mouvement Bio de Suisse, une sorte de conflit des anciens et des modernes. Quoiqu'il en soit, dans les esprits des agrobiologistes suisses, comme pour les membres de l'&#233;quipe pionni&#232;re de l'IRAB, Hans M&#252;ller demeure le fondateur du mouvement dans leur pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-68' id='nb2-68' class='spip_note' title='Notes 2-68' rev='footnote'&gt;68&lt;/a&gt;] Schaumann W., Siebeneicher G.-E., Lunzer I., Geschichte des okologischen Lanbaus, S&#214;L, Sonderausgabe n&#176; 65, Bad Durkeim, 2002, 200 p., p. 157-158.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-69' id='nb2-69' class='spip_note' title='Notes 2-69' rev='footnote'&gt;69&lt;/a&gt;] Scheidegger W., Entretien ave l'auteur, Suisse, Ao&#251;t 2002.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-70' id='nb2-70' class='spip_note' title='Notes 2-70' rev='footnote'&gt;70&lt;/a&gt;] Scheidegger W., ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-71' id='nb2-71' class='spip_note' title='Notes 2-71' rev='footnote'&gt;71&lt;/a&gt;] Scheidegger W., ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-72' id='nb2-72' class='spip_note' title='Notes 2-72' rev='footnote'&gt;72&lt;/a&gt;] Viel J.-M., L'agriculture biologique en France, Th&#232;se de 3&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; cycle, IEDES, Paris, 1978, p. 48.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-73' id='nb2-73' class='spip_note' title='Notes 2-73' rev='footnote'&gt;73&lt;/a&gt;] Moser P., Entretien ave l'auteur, Bern, Ao&#251;t 2002.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-74' id='nb2-74' class='spip_note' title='Notes 2-74' rev='footnote'&gt;74&lt;/a&gt;] Moser P., ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-75' id='nb2-75' class='spip_note' title='Notes 2-75' rev='footnote'&gt;75&lt;/a&gt;] Moser P., ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-76' id='nb2-76' class='spip_note' title='Notes 2-76' rev='footnote'&gt;76&lt;/a&gt;] Selon Otto Schmid, &#171; au d&#233;but des ann&#233;es 1950, Hans M&#252;ller a collabor&#233; avec les biodynamistes, il a m&#234;me distribu&#233; des pr&#233;parats &#187;. Cependant, avec l'engagement de sa collaboration avec Rusch, &#171; il diminuera ses contacts avec les biodynamistes, peut-&#234;tre pour des diff&#233;rences religieuses, Hans M&#252;ller semblant plus traditionnel que les biodynamistes sur ce plan-l&#224; &#187; (Schmid O., Entretien avec l'auteur, IRAB, Ao&#251;t 2002).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-77' id='nb2-77' class='spip_note' title='Notes 2-77' rev='footnote'&gt;77&lt;/a&gt;] Dans la suite de ce travail j'abr&#232;ge le nom de la coop&#233;rative Anbau-und Verwertungsgenossenschaft en A.V.G.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-78' id='nb2-78' class='spip_note' title='Notes 2-78' rev='footnote'&gt;78&lt;/a&gt;] Edmund Ernst est un personnage qui semble jouer un r&#244;le d'interface entre la foi protestante du couple M&#252;ller et l'anthroposophie. Il est l'auteur de plusieurs articles dans Kultur und Politik et d'un ouvrage sur cette question : Ernst E., Reformation oder Anthroposophie ?, Ed. paul Haupt. Akademische Buchhandlung, Bern, 1924, 126 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-79' id='nb2-79' class='spip_note' title='Notes 2-79' rev='footnote'&gt;79&lt;/a&gt;] La d&#233;clinaison religieuse de l'anthroposophie s'appelle la &#171; Communaut&#233; des chr&#233;tiens &#187; ; elle occupe &#171; une place originale puisqu'elle constitue le passage entre le protestantisme confessionnel et l'occultisme &#187; (cf. Ari&#232;s P., Anthroposophie : enqu&#234;te sur un pouvoir occulte, p. 266).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-80' id='nb2-80' class='spip_note' title='Notes 2-80' rev='footnote'&gt;80&lt;/a&gt;] Mais, comme nous le verrons, la rupture compl&#232;te de l'agriculture biologique de M&#252;ller avec la biodynamie est difficile : Rusch prolonge l'h&#233;sitation en trouvant int&#233;ressante la m&#233;thode des cristallisations sensibles et en se r&#233;f&#233;rant beaucoup &#224; Goethe, tout en disant rechercher une agrobiologie exempte d'occultisme. Par ailleurs, l'interpr&#233;tation de Jeanne-Marie Viel, pour qui Hans M&#252;ller serait un &#171; fils spirituel de Rudolf Steiner &#187;, nous semble exag&#233;r&#233;e (Viel J.-M., Communication personnelle, 2004).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-81' id='nb2-81' class='spip_note' title='Notes 2-81' rev='footnote'&gt;81&lt;/a&gt;] Cf. ww.shop.mikroveda.com [viste de 09/2006].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-82' id='nb2-82' class='spip_note' title='Notes 2-82' rev='footnote'&gt;82&lt;/a&gt;] Outre ses articles dans Kultur und Politik, Hans Peter Rusch a publi&#233; trois livres, dont seul le dernier a &#233;t&#233; traduit et publi&#233; en France : La loi de la conservation de la substance vivante (1951) ; Sciences naturelles de demain (1955) ; La f&#233;condit&#233; du sol, Une &#233;tude sur la pens&#233;e biologique (1968).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-83' id='nb2-83' class='spip_note' title='Notes 2-83' rev='footnote'&gt;83&lt;/a&gt;] Il mena ces recherches au sein du groupe de travail d'Helmut Mommsen. Le sujet en &#233;tait la &#171; th&#233;rapie microbiologique &#187; : la d&#233;g&#233;n&#233;ration des flores bact&#233;riennes des muqueuses et leur gu&#233;rison par la pr&#233;paration microbienne &#171; Symbioflor &#187; (Cf. Gunter Vogt, op. cit.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-84' id='nb2-84' class='spip_note' title='Notes 2-84' rev='footnote'&gt;84&lt;/a&gt;] Rusch H.-P. et Kolb H., Der Kreislauf der Bakterien als Lebensprinzip, in Hippokrates, Zeitschrift f&#252;r praktische Heilkunde, 21, 12, 1950, p. 623-630, cit&#233; in Vogt G., ibid., p. 209.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-85' id='nb2-85' class='spip_note' title='Notes 2-85' rev='footnote'&gt;85&lt;/a&gt;] Santo E. et Rusch H.-P, Das Gesetz von der Erhaltung der lebendigen Substanz, in Wiener Medizinische Wochenschrift, 101, 37, p. 706-713 et 38, p. 725-734, 1951, cit&#233; in Vogt G., ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-86' id='nb2-86' class='spip_note' title='Notes 2-86' rev='footnote'&gt;86&lt;/a&gt;] Gisiger L., Biologischer Landbau, die Agrikulturechemie, die Landwirschat und der Konsument, in Der Scweizer Bauer, 106, 13, Beilage, p. 03 et 106, 16, Beilage, p. 02-03, 1952, cit&#233; in Vogt G., ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-87' id='nb2-87' class='spip_note' title='Notes 2-87' rev='footnote'&gt;87&lt;/a&gt;] Selon Volker Rusch, c'est surtout le coup financier excessif qui a nuit au Test Rusch : &#171; The Rusch Test was performed by our institute for microecology until the early eighties of the 20. century. We stopped it due to exorbitant high costs and a shift in the institutes interests. Thus, the reason for the non-success is mainly an economical one. Scientifically, the test was quite reasonable &#187;. Pour la validit&#233; scientifique du test, Volker Rusch s'appuie sur ses propres travaux : Deavin A., Horsgood R.K. and Rusch V, Rhizosphere microflora in relation to soil conditions. Part I : Comparison of bacteria in soil, rhizosphere and rhizoplane. Zbl.Bakt. II Abt. 136, (1981), p. 613-618 ; Deavin A., Horsgood R.K. and Rusch V, Rhizosphere microflora in relation to soil conditions. Part II : Rhizosphere and soil &#171; coliform &#187; bacteria, Zbl.Bakt. II Abt. 136, (1981), p. 619-627 (cf. Rusch V., Courriel &#224; l'auteur, 11 2006).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-88' id='nb2-88' class='spip_note' title='Notes 2-88' rev='footnote'&gt;88&lt;/a&gt;] Dans sa phase d'&#233;mergence comme mouvement d'agriculture biologique, en servant de moyen p&#233;dagogique pour faciliter la transition des paysans de la pens&#233;e agrochimique &#224; la pens&#233;e biologique. (Cf. Gunter Vogt, op. cit., p. 216).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-89' id='nb2-89' class='spip_note' title='Notes 2-89' rev='footnote'&gt;89&lt;/a&gt;] Aubert C., L'agriculture biologique, Une agriculture pour la sant&#233; et l'&#233;panouissement de l'homme, Ed. Le courrier du livre, 1970, p. 190.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-90' id='nb2-90' class='spip_note' title='Notes 2-90' rev='footnote'&gt;90&lt;/a&gt;] L'&#238;le de Shikoku, &#171; quatre pays &#187;, est situ&#233;e au sud du Japon, vers le 35&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; parall&#232;le (Afrique du Nord, M&#233;diterran&#233;e orientale). L'&#238;le est montagneuse, elle culmine &#224; 1950 m. Sa superficie est de 19 000 km2 et sa population compte un peu plus de 4 200 000 habitants. De vastes for&#234;ts occupent son territoire, et, malgr&#233; la pr&#233;sence d'activit&#233;s industrielles (m&#233;tallurgie du cuivre, p&#233;trochimie), l'&#233;conomie est surtout agricole et artisanale. L'&#233;migration y est intense. (Cf. Le Robert des noms propres, Article &#171; Shikoku &#187;, Edition de 1998).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-91' id='nb2-91' class='spip_note' title='Notes 2-91' rev='footnote'&gt;91&lt;/a&gt;] Au cours de son cursus &#233;tudiant, Masanobu Fukuoka fut l'&#233;l&#232;ve du professeur Kurosawa, le p&#232;re de la gibb&#233;relline. (D'apr&#232;s Bernadette Prieur, la traductrice de La r&#233;volution d'un seul brin de paille en fran&#231;ais, qui a rencontr&#233; Masanobu Fukuoka sur sa ferme. Communication personnelle, 2001).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-92' id='nb2-92' class='spip_note' title='Notes 2-92' rev='footnote'&gt;92&lt;/a&gt;] Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, Tr&#233;daniel, Paris, 1983, 202 p., p. 18. (Abr&#233;g&#233; ci-dessous R.B.P.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-93' id='nb2-93' class='spip_note' title='Notes 2-93' rev='footnote'&gt;93&lt;/a&gt;] Il perdit ainsi, dans cette premi&#232;re vague de ses recherches pratiques, environ quatre cent mandariniers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-94' id='nb2-94' class='spip_note' title='Notes 2-94' rev='footnote'&gt;94&lt;/a&gt;] RBP, p. 43.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-95' id='nb2-95' class='spip_note' title='Notes 2-95' rev='footnote'&gt;95&lt;/a&gt;] La r&#233;volution d'un seul brin de paille, publi&#233; &#224; Tokyo en 1975, puis traduit et publi&#233; aux Etats-Unis en 1978. Traduit en diverses langues, dont le fran&#231;ais en 1983.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-96' id='nb2-96' class='spip_note' title='Notes 2-96' rev='footnote'&gt;96&lt;/a&gt;] Reverdir le d&#233;sert, Un entretien de Masanobu Fukuoka avec Robert et Diane Gilman, 1986. Traduit de l'anglais par Michel Dussandier, 1997, (sur le Web).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-97' id='nb2-97' class='spip_note' title='Notes 2-97' rev='footnote'&gt;97&lt;/a&gt;] &#171; for his world-wide contribution to the well-being of mankind &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-98' id='nb2-98' class='spip_note' title='Notes 2-98' rev='footnote'&gt;98&lt;/a&gt;] Fukuoka, M., L'agriculture naturelle, Art du non-faire, Th&#233;orie et pratique pour une philosophie verte, Traduit de l'anglais par Thierry Pi&#233;lat, Guy Tr&#233;daniel, Paris, 1989, (Japan Publications, 1985), 326 p. 09. (Abr&#233;g&#233; ci-dessous A.N.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-99' id='nb2-99' class='spip_note' title='Notes 2-99' rev='footnote'&gt;99&lt;/a&gt;] De m&#234;me, il recommande l'absence de sarclage via l'inondation ponctuelle, le couvert permanent, et le mulching.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-100' id='nb2-100' class='spip_note' title='Notes 2-100' rev='footnote'&gt;100&lt;/a&gt;] Il recourt &#224; l'inondation p&#233;riodique, limit&#233;e dans le temps, sept jours au maximum, &#224; diff&#233;rents stades de croissance de ses cultures, en fonction du d&#233;veloppement du couvert : la c&#233;r&#233;ale doit toujours d&#233;passer le couvert. Pour une &#171; description minutieuse, &#233;tape par &#233;tape, des op&#233;rations qui d&#233;butent au moment de la moisson d'automne du riz &#187; sur la ferme de M. Fukuoka, on lira les pages 196-203 de L'agriculture naturelle, consacr&#233;es &#224; &#171; La rotation riz/orge par semis direct, sans labour, avec couverture d'engrais vert &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-101' id='nb2-101' class='spip_note' title='Notes 2-101' rev='footnote'&gt;101&lt;/a&gt;] R.B.P., p. 75-76 ; A.N., p. 198.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-102' id='nb2-102' class='spip_note' title='Notes 2-102' rev='footnote'&gt;102&lt;/a&gt;] A.N., p. 199. Masanobu Fukuoka travaille dans des conditions climatiques qui permettent les champs irrigu&#233;s. L'archipel japonais conna&#238;t deux passages du front de mousson, l'un entre mi-juin et fin juillet, l'autre en septembre. Trois &#224; quatre typhons, en moyenne, touchent &#233;galement le Japon chaque ann&#233;e, au printemps et &#224; l'automne. Il tombe presque partout plus d'un m&#232;tre de pluie par an. Si l'on ajoute que l'&#233;t&#233; est assez chaud partout, on comprend que la for&#234;t couvre encore les deux tiers du pays et que la culture du riz ait &#233;t&#233; la base de la civilisation japonaise. M. Fukuoka invite &#224; ne pas s'arr&#234;ter aux particularit&#233;s climatiques pour am&#233;liorer l'agriculture. N&#233;anmoins, il semble difficile de lancer son mode de culture sur une prairie dans nos climats temp&#233;r&#233;s, moins pluvieux, sans labourer. Jusqu'ici, les d&#233;marrages d'exp&#233;riences d'agriculture conventionnelle en non-labour ont souvent recours aux d&#233;sherbants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-103' id='nb2-103' class='spip_note' title='Notes 2-103' rev='footnote'&gt;103&lt;/a&gt;] Il remet m&#234;me en cause l'id&#233;e que les cendres de bois soit un bon fertilisant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-104' id='nb2-104' class='spip_note' title='Notes 2-104' rev='footnote'&gt;104&lt;/a&gt;] R.B.P., p. 62 : &#171; Si la nature est livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me, la fertilit&#233; augmente &#187;. Toujours &#224; la page 62 : &#171; Si vous voulez avoir une id&#233;e de la fertilit&#233; naturelle de la terre, allez un jour vous promener sur le versant sauvage de la montagne et regardez les arbres g&#233;ants qui poussent sans engrais et sans &#234;tre cultiv&#233;s. La fertilit&#233; de la nature d&#233;passe ce que l'on peut imaginer. C'est ainsi. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-105' id='nb2-105' class='spip_note' title='Notes 2-105' rev='footnote'&gt;105&lt;/a&gt;] A.N., p. 199 ; il propose de 3 &#224; 6 quintaux / hectare de fumier de poules s&#233;ch&#233; pour une culture d'orge &#8211; la majeure partie juste apr&#232;s le semis, le reste pendant la p&#233;riode d'&#233;piaison. Il &#233;voque aussi la possibilit&#233; du recours aux cendres de bois ou aux excr&#233;ments animaux ou humains d&#233;compos&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-106' id='nb2-106' class='spip_note' title='Notes 2-106' rev='footnote'&gt;106&lt;/a&gt;] R.B.P., p. 63.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-107' id='nb2-107' class='spip_note' title='Notes 2-107' rev='footnote'&gt;107&lt;/a&gt;] A.N., p. 160-162. Si l'on ne trouve pas de bois ou si l'on ne peut puiser dans son stock humique, l'auteur &#233;voque notamment la plantation de bambous, car ils viennent &#224; maturit&#233; en un an.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-108' id='nb2-108' class='spip_note' title='Notes 2-108' rev='footnote'&gt;108&lt;/a&gt;] R.B.P., p. 61-62 et p. 64.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-109' id='nb2-109' class='spip_note' title='Notes 2-109' rev='footnote'&gt;109&lt;/a&gt;] Pour Masanobu Fukuoka, la distribution naturelle du calibre des fruits est r&#233;parti de fa&#231;on homog&#232;ne, en une sorte de continuum.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-110' id='nb2-110' class='spip_note' title='Notes 2-110' rev='footnote'&gt;110&lt;/a&gt;] Dupont Y., Pourquoi faut-il pleurer les paysans ? in Ecologie et politique, 31, 2005, p. 25-40, p. 26 ; Bourg D., L'homme-artifice, Le sens de la technique, Gallimard, 355 p., p. 291-292.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-111' id='nb2-111' class='spip_note' title='Notes 2-111' rev='footnote'&gt;111&lt;/a&gt;] Un Masanobu Fukuoka r&#233;p&#232;tera souvent que ses &#233;tudes de biologie ne lui ont servi &#224; rien pour mettre au point sa m&#233;thode, tandis qu'un Howard attribuera plus d'importance aux pratiques paysannes et &#224; l'observation directe de la nature (le mod&#232;le forestier) qu'&#224; ses savoirs scientifiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'agriculture biologique, une critique romantique de la modernite</title>
		<link>http://www.ecolotech.eu/L-agriculture-biologique-une-critique-romantique-de-la.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>Nature et transcendance : les grands traits de la culture occidentale depuis les cultes matriarcaux jusqu'au romantisme en passant par les tentatives d'autonomisation de la raison L'habitude que nous avons de distinguer ce qui rel&#232;ve de la science et ce qui rel&#232;ve du religieux et des mythes est le fruit d'un long h&#233;ritage culturel. Cette mani&#232;re de s&#233;parer le savoir et le croire recoupe un effort pour discerner dans le r&#233;el d'une part, la nature et ses r&#233;gualrit&#233;s, et, d'autre part, ce qui (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-L-agriculture-biologique-comme-critique-sociale-.html" rel="directory"&gt;L'agriculture biologique comme critique sociale&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Nature et transcendance : les grands traits de la culture occidentale depuis les cultes matriarcaux jusqu'au romantisme en passant par les tentatives d'autonomisation de la raison&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;L'habitude que nous avons de distinguer ce qui rel&#232;ve de la science et ce qui rel&#232;ve du religieux et des mythes est le fruit d'un long h&#233;ritage culturel. Cette mani&#232;re de s&#233;parer le savoir et le croire recoupe un effort pour discerner dans le r&#233;el d'une part, la nature et ses r&#233;gualrit&#233;s, et, d'autre part, ce qui d&#233;passerait, serait au-del&#224; des lois de la nature accessibles de mani&#232;re ordinaire. Mais l'homme ne fait pas qu'essayer de conna&#238;tre les choses. Il d&#233;sire aussi profond&#233;ment se sentir en harmonie avec elles et lui-m&#234;me. Ces tensions entre la sph&#232;re cognitive, la sph&#232;re existentielle, et la sph&#232;re religieuse traversent les cultures. Essayons de pr&#233;ciser les grandes lignes du parcours de la culture occidentale sous l'angle de la modification de ces tensions.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Des cultes matriarcaux &#224; la masculinisation du panth&#233;on religieux&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'homme se d&#233;marque de l'animal par la cr&#233;ation d'un rapport au monde. L'animal n'a pas de rapport au monde, il y vit immerg&#233;. Sur la plus longue histoire humaine, celle qui remonte aux origines d&#233;celables de l'apparition de l'homme, on marque le d&#233;but de celle-ci avec, par exemple, l'apparition de rituels fun&#233;raires. L'homme questionne le monde et marque dans l'environnement cette originalit&#233; en cr&#233;ant et transformant des formes culturelles. L'homme le plus primitif a conscience des myst&#232;res du monde. Sa fa&#231;on d'exprimer le monde et ses choix de vie &#233;volue. Au d&#233;but de l'humanit&#233;, la distinction entre les dieux, les hommes, les forces mat&#233;rielles ou immat&#233;rielles, la vie, la mort n'est pas affin&#233;e. L'homme peut croire que tout est anim&#233; &#224; l'image de la conscience qu'il a de lui-m&#234;me en tant qu'&#234;tre non uniquement physique. Cette relative indistinction dans la r&#233;alit&#233; du monde correspond &#224; une p&#233;riode culturelle que le terme animisme qualifie assez bien. Sur le plan mat&#233;riel, la p&#233;riode o&#249; l'humanit&#233; vivait de chasse, p&#234;che, et cueillette, c'est-&#224;-dire en simple pr&#233;dation, lui correspond d'abord. Les divinit&#233;s sont alors telluriques et f&#233;minines, associant dans un m&#234;me culte la fertilit&#233; de la terre et la f&#233;condit&#233; des femmes, traduisant ainsi l'importance d'un sentiment d'attachement, sinon de fusion, de l'humanit&#233; avec son milieu de vie. Le r&#244;le de l'apparition et du d&#233;veloppement de l'agriculture, dans le recul des conceptions animistes, est consid&#233;r&#233; diff&#233;remment selon les auteurs. Pour certains, l'apparition de l'agriculture est concomittante d'une masculinisation du panth&#233;on religieux des soci&#233;t&#233;s. Le passage &#224; l'agriculture marquerait une &#233;tape significative de l'affirmation de l'homme face &#224; la nature, aux myst&#232;res, et aux divinit&#233;s [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Cauvin J., Naissance des divinit&#233;s, Naissance de l'agriculture, (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Pour d'autres, le mode de vie en simple pr&#233;dation n'a pas &#233;t&#233; remplac&#233; brutalement pas le mode de vie agraire. L'agriculture appara&#238;trait pour des raisons de croissance d&#233;mographique et de pression sociale accrue sur les ressources sauvages disponibles. Les changements du panth&#233;on religieux ne seraient pas d&#233;cisifs dans cette affirmation historique de l'agriculture [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Mazoyer M., et Roudart L., Histoire des agricultures du monde, Seuil, p. (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]. Ainsi, il y a toute une palette de techniques et d'organisations sociales qui ont pu permettre une transition progressive. Culture itin&#233;rante, nomadisme pastoral, alternance, saisonni&#232;re ou selon d'autres rythmes, entre agriculture et simple pr&#233;dation, etc. Bien que la question demeure non r&#233;solue, il semble acquis qu'il faille chercher aussi au-del&#224; de l'apparition d'une agriculture s&#233;dentaris&#233;e, pour comprendre la mutation culturelle ayant permis un d&#233;tachement des cultes &#224; tendance symbolique maternelle-terrestre. L'affirmation de l'agriculture ne serait qu'un des facteurs accompagnant la mutation culturelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'apparition d'un panth&#233;on masculinis&#233; sur le pourtour m&#233;diterran&#233;en serait due &#224; une pluralit&#233; de facteurs historiques. Vers 3000 avant J.-C., en basse M&#233;sopotamie, &#171; les Sum&#233;riens mettent au point l'&#233;criture cun&#233;iforme ; en m&#234;me temps, dans la vall&#233;e du Nil, les Egyptiens inventent les hi&#233;roglyphes. L'apparition de l'&#233;criture et l'utilisation des m&#233;taux (le cuivre, puis le bronze) entra&#238;nent une complexification de l'organisation sociale. Les villages primitifs deviennent de petites villes ; puis au moment de l'apparition des premiers empires &#8211; comme celui des Sum&#233;riens &#8211; surgissent de grands centres urbains avec des administrations hautement d&#233;velopp&#233;es. Les divinit&#233;s telluriques f&#233;minines vont progressivement c&#233;der le pas &#224; un panth&#233;on de divinit&#233;s c&#233;lestes masculines, charg&#233;es de justifier et de consolider le pouvoir royal. Appara&#238;t alors toute une hi&#233;rarchie de dieux, &#224; l'image des cours imp&#233;riales, qui r&#233;gissent l'ordre de la nature et du cosmos. Nous retrouvons cette structure aussi bien dans les civilisations de Babylone que dans celle de l'Egypte, de l'Inde ou encore de la Chine &#187; [&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., Les impostures antichr&#233;tiennes, Des apocryphes au Da Vinci (...)' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est donc plut&#244;t un ensemble de faits ayant comme d&#233;nominateur commun &lt;em&gt;l'affirmation renforc&#233;e de l'homme dans la nature&lt;/em&gt;, avec la domestication, des &#233;critures plus pr&#233;cises, des mat&#233;riaux et des outils plus performants, des villes imposantes mais organis&#233;es, qui constituerait le fil conducteur du changement culturel de fond. Ainsi, &#224; la conception &lt;em&gt;mythique&lt;/em&gt; de la religiosit&#233; animiste des premi&#232;res soci&#233;t&#233;s de cueillette, puis proto-agraires, et ensuite agraires, aurait succ&#233;d&#233; une vision &lt;em&gt;th&#233;ocratique&lt;/em&gt;. Celle-ci &#171; se fonde certes toujours sur des mythes, mais elle conduit &#224; une individualisation plus pr&#233;cise des dieux, qui g&#232;rent non seulement les rythmes saisonniers, mais aussi l'organisation sociale tout enti&#232;re par l'interm&#233;diaire des rois et des pr&#234;tres &#187;. La conscience d'une distance infranchissable entre les humains et les divinit&#233;s augmente. Ce passage du &lt;em&gt;mythos&lt;/em&gt; au &lt;em&gt;theos&lt;/em&gt; va s'acc&#233;l&#233;rer vers le II&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; mill&#233;naire, sous la pression de l'immigration des peuples indo-europ&#233;ens venus d'Asie centrale, qui adorent des dieux c&#233;lestes. Ma&#238;trisant la technologie du fer et ayant apprivois&#233; le cheval, ils vont descendre en vagues successives vers les Indes et la Perse, mais aussi vers l'Europe occidentale et m&#233;diterran&#233;enne. Pr&#233;c&#233;dant la civilisation myc&#233;nienne, des Indo-Europ&#233;ens s'installent en Gr&#232;ce entre -1950 et &#8211; 1580. Ils acc&#233;l&#232;rent le passage du &lt;em&gt;mythos&lt;/em&gt; au &lt;em&gt;theos&lt;/em&gt; autour de la M&#233;diterran&#233;e : &#171; Les divinit&#233;s terrestres &#8211; chthoniennes ou telluriques &#8211; des r&#233;gions pr&#233;hell&#233;niques sont d&#233;tr&#244;n&#233;es par les dieux du ciel &#8211; ouraniens &#8211; introduits par les Grecs. C'est &#224; cette &#233;poque que se fixe le terme indo-europ&#233;en &lt;em&gt;theos&lt;/em&gt;, d&#233;signant l'&#234;tre divin protecteur de la cit&#233; &#8211; pensons &#224; &lt;em&gt;Zeus&lt;/em&gt;, qui deviendra le &lt;em&gt;Jupiter&lt;/em&gt; romain &#187; [&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., ibid., p. 54.' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, la confrontation des deux cultures, celle du &lt;em&gt;mythos&lt;/em&gt; et celle du &lt;em&gt;theos&lt;/em&gt;, va conduire &#224; une nouvelle &#233;tape, que l'on d&#233;signe sous le terme de &#171; miracle grec &#187;. La civilisation myc&#233;nienne et sa chute l'ont pr&#233;par&#233;. La civilisation myc&#233;nienne couvre toute la p&#233;riode du bronze, de &#8211; 1600 &#224; &#8211; 1100. Au XIV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, elle affirme son originalit&#233;, avec l'introduction des divinit&#233;s indo-europ&#233;ennes, ainsi que par la fusion d'autres divinit&#233;s avec des cultes anatoliens et cr&#233;tois. De l&#224;, a r&#233;sult&#233; presqu'enti&#232;rement le panth&#233;on grec. Les doriens, en provenance du nord de la Gr&#232;ce, ont abattu Myc&#232;ne. Cette chute marque un des deux points de d&#233;part originaux de l'histoire de l'Occident : &#171; L'effondrement de la puissance myc&#233;nienne a pour plusieurs si&#232;cles s&#233;par&#233; la Gr&#232;ce de l'Orient, lequel conserve de son c&#244;t&#233; ses structures ant&#233;rieures. C'est l'affrontement du nouvel Occident et de l'Orient immuable, donc du nouvel Occident et de son antique d&#233;pouille, que l'Iliade orchestre en leur point de contact : l'Asie Mineure. Elle le fait en un prodigieux symbolisme, cristallis&#233; en particulier dans les caract&#232;res oppos&#233;s d'Agamemnon et de Priam. Celui-ci a l'autorit&#233; d'un oracle, il est un haut parleur dans lequel un texte &#233;crit d'avance se d&#233;roule. Au contraire, le pouvoir d'Agamemnon vient de la terre et peut donc &#234;tre contest&#233; : critiques et criailleries foisonnent dans le campement grec o&#249; on le consid&#232;re comme un homme faillible, non comme un dieu. L'action est r&#233;visable, la rupture s'est faite avec le sacr&#233;. La parole-dialogue se substitue &#224; la prof&#233;ration magico-religieuse &#224; partir d'une pratique dite de l'&lt;em&gt;ens&lt;/em&gt; &lt;em&gt;meson&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Blanquart P., Une histoire de la ville, Pour repenser la soci&#233;t&#233;, La (...)' id='nh3-5'&gt;5&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le miracle grec ou l'av&#232;nement de la transcendantalit&#233;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le &#171; miracle grec &#187; pourrait &#234;tre aussi d&#233;fini comme &#171; l'av&#232;nement de la transcendantalit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb3-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., Les impostures antichr&#233;tiennes, ibid., p. 55. Le &#171; miracle (...)' id='nh3-6'&gt;6&lt;/a&gt;]. Ainsi, d&#232;s le VIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, des concepts transcendantaux, que ce soit dans l'ordre ontologique &#8216;(l'&#234;tre) ou formel (les premi&#232;res notions de math&#233;matiques), apparaissent et &#233;mergent progressivement de leur contexte mythique natif. Vers le VII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la &lt;em&gt;r&#233;flexivit&#233;&lt;/em&gt; va progressivement s'affirmer comme instance critique du mythe, provoquant l'av&#232;nement d'une nouvelle forme de pens&#233;e, domin&#233;e par le logos : &#171; Le rapport magique avec le cosmos est relay&#233; par le rapport philosophique ou contemplatif &#224; l'instant o&#249; le cosmos se r&#233;v&#232;le &#224; la pens&#233;e spirituelle qui s'&#233;veille, non plus comme un &#171; Tout &#187;, domin&#233; par des puissances numineuses arbitraires, mais comme un ensemble r&#233;gi par des lois immuables &#187; [&lt;a href='#nb3-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Urs von Balthasar H., Dieu et l'homme d'aujourd'hui, DDB, 1966 (1958), 342 p., (...)' id='nh3-7'&gt;7&lt;/a&gt;]. Les philosophes observent la &lt;em&gt;phusis&lt;/em&gt;, la nature en perp&#233;tuel changement. Ils cherchent le principe de son existence et de son devenir, mais sans plus faire appel &#224; une divinit&#233; ou aux mythes cosmogoniques. Ils postulent chacun une cause explicative premi&#232;re, qui serait le principe moteur de la croissance des &#234;tres naturels et de l'&#233;volution du cosmos tout entier. Thal&#232;s, &#233;galement math&#233;maticien et astronome, invoque l'eau, l'un des quatre &#233;l&#233;ments distingu&#233;s dans l'Antiquit&#233;, comme principe d'unit&#233; de la nature et cause explicative de son devenir. Anaximandre &#171; place l'&#233;l&#233;ment primitif dans l'&lt;em&gt;apeiron&lt;/em&gt;, c'est-&#224;-dire l'indiff&#233;renci&#233;, qui se situe au-del&#224; des limites individuelles. Anaxim&#232;ne verrait plut&#244;t dans l'air, un air infini, anim&#233; d'un mouvement &#233;ternel, l'origine de toutes choses. Nous avons l&#224; une premi&#232;re tentative de d&#233;termination rationnelle de la cause explicative universelle et n&#233;cessaire sans invoquer un mythe ou un dieu : elle constitue &#171; l'impulsion initiatrice de la pens&#233;e &#171; scientifique &#187; &#187; [&lt;a href='#nb3-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., op. cit., p. 56.' id='nh3-8'&gt;8&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;D&#233;sormais, la psych&#233; humaine se distingue clairement des acteurs des mythes. Avant de pr&#233;tendre &#233;noncer un discours sur le monde, il s'agit d'abord pour l'homme de se conna&#238;tre lui-m&#234;me dans son originalit&#233;. Alors, seulement, les autres &#234;tres pourront lui appara&#238;tre dans leur alt&#233;rit&#233; et leur objectivit&#233;. Les autres &#234;tres ne sont plus le symbole d'une autre r&#233;alit&#233;, &#224; laquelle la pens&#233;e magique pr&#233;tendait donner acc&#232;s : &lt;em&gt;ils deviennent des objets jouissant d'une autonomie propre&lt;/em&gt;, et dont il s'agit d'&#233;tudier les conditions d'existence et d'action. Avec Platon et Aristote, la pens&#233;e conceptuelle et logique revendique l'&#233;tude non seulement de la &lt;em&gt;phusis&lt;/em&gt; &#8211; les ph&#233;nom&#232;nes de la nature &#8211; mais aussi de la morale, de la politique et de la religion. Les questions physiques comme les questions religieuses devront &#234;tre abord&#233;es sous l'angle d'une pens&#233;e critique et justificative de ses arguments. Le recours au &lt;em&gt;logos&lt;/em&gt; remplace d&#233;sormais les explications faisant appel au &lt;em&gt;theos&lt;/em&gt; et constituera pour deux mille ans la pierre d'angle de la civilisation occidentale.
&lt;br /&gt;Cependant, la raison &#171; qui pose la question de l'&#234;tre dans son ensemble &#187; est un acte &#171; monologique &#187; : &#171; &lt;em&gt;L&#224; o&#249; la philosophie entre visiblement dans l'histoire, le dialogue de la pri&#232;re s'interrompt du m&#234;me coup. Et ce coup marque la s&#233;paration entre deux mondes : &#224; la place du c&#339;ur imprudent, s'installe le savoir suffisant d'un c&#339;ur repli&#233; sur lui-m&#234;me. La raison qui veut s'assurer elle-m&#234;me de la vraie valeur de son &#233;lan vers la transcendance de l'&#234;tre, vers le monde divin et l'imp&#233;rissable, doit tout au moins &#171; mettre entre parenth&#232;ses &#187;, suspendre m&#233;thodologiquement l'acte d'adoration de Dieu&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Urs von Balthasar H., La gloire et la croix, IV, Aubier, Paris, 1981, p. (...)' id='nh3-9'&gt;9&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Platon ne souhaite pas instaurer un relativisme &#233;thique &#224; la mani&#232;re de Protagoras qui d&#233;clare que &#171; L'homme est la mesure de toute chose &#187;. Au contraire, il cherche &#224; rappeler l'existence d'une relation entre l'&#233;thique et l'Absolu, qu'il identifie &#224; l'Id&#233;e du Bien. L'homme peut atteindre le Bien par la voie de la contemplation associ&#233;e &#224; l'action juste.
&lt;br /&gt;Mais la lib&#233;ration de l'esprit humain de la d&#233;pendance des dieux ouvre le chemin d'une autonomisation plus radicale de la raison. Apr&#232;s les dieux, la raison tendra &#224; s'affranchir du monde des Id&#233;es. La raison autonome et souveraine &#171; va s'&#233;riger en unique absolu, d&#233;terminant, seule, les normes du vrai et du bien &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Rompre avec la question du divin ? Le chemin de la modernit&#233; ou les tentatives d'autonomisation de la raison&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Un d&#233;fi particuli&#232;rement chr&#233;tien : l'articulation du logos humain et du Logos divin&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'histoire de l'autonomisation du &lt;em&gt;logos&lt;/em&gt; humain est progressive. Avant ce repli de l'homme sur lui-m&#234;me, le christianisme parvient &#224; relever le d&#233;fi &#171; d'articuler le logos humain et le Logos divin, en montrant comment Dieu ne se substitue pas &#224; l'homme dans sa qu&#234;te d'intelligibilit&#233;, mais tout au contraire vient &#224; son aide en illuminant son intelligence par la lumi&#232;re surnaturelle de son verbe &#233;ternel &#187; [&lt;a href='#nb3-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., Les impostures antichr&#233;tiennes, ibid., p. 59.' id='nh3-10'&gt;10&lt;/a&gt;]. Ainsi, &#224; la lumi&#232;re de ce Logos int&#233;rieur, le cosmos garde la fonction th&#233;ophanique qu'il a dans la philosophie grecque : &#171; Le ciel et la terre ne r&#233;v&#232;lent pas seulement Dieu sous forme d'une Cause &#224; jamais inconnaissable, ils nous &#171; racontent sa gloire &#187; [&lt;a href='#nb3-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Borella J., La crise du symbolisme religieux, L'&#194;ge d'Homme, Lausanne, 1980, (...)' id='nh3-11'&gt;11&lt;/a&gt;]. Saint Bonaventure, le &#171; second fondateur &#187; de l'ordre franciscain, s'exclame :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Celui que tant de splendeurs cr&#233;&#233;es n'illuminent pas est un aveugle. Celui que tant de cris ne r&#233;veillent pas est un sourd. Celui que toutes ces &#339;uvres ne poussent pas &#224; louer Dieu est un muet. Celui que tant de signes ne forcent pas &#224; reconna&#238;tre le Premier Principe est un sot. Ouvre les yeux, pr&#234;te l'oreille de ton &#226;me, d&#233;lie tes l&#232;vres, applique ton c&#339;ur : toutes les cr&#233;atures te feront voir, entendre, louer, aimer, servir, glorifier et adorer ton Dieu. Sans quoi prends garde que l'univers ne se dresse contre toi. Car pour cet oubli le &#171; monde entier accablera un jour les insens&#233;s &#187;, tandis qu'il sera source de gloire pour le sage qui peut dire avec le proph&#232;te : &#171; Tu m'as rempli de joie, Seigneur, par ta cr&#233;ation ; je jubilerai devant les ouvrages de tes mains ! Quelle magnificence dans tes &#339;uvres, Seigneur ! Tu as tout fait avec sagesse, la terre est remplie de tes dons ! &#187; [&lt;a href='#nb3-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Saint Bonaventure, Itin&#233;raire de l'esprit vers Dieu, 9 ; 15, trad. H. Dum&#233;ry, (...)' id='nh3-12'&gt;12&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; tout, la frange dominante de la soci&#233;t&#233; va peu &#224; peu, surtout &#224; partir de la fin du Moyen-Age, renoncer &#224; l'articulation de la raison humaine et du &lt;em&gt;Logos&lt;/em&gt; divin, ainsi qu'&#224; la consid&#233;ration de la nature comme th&#233;ophanie &#233;vidente. La subordination de la raison humaine &#224; la gr&#226;ce divine et au Logos divin ne semble pas poser probl&#232;me &#224; l'homme m&#233;di&#233;val. Mais il n'en va plus de m&#234;me &#224; la Renaissance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Renaissance ou l'ouverture du divorce entre logos humain et Logos divin&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;poque de la Renaissance marque sans doute le d&#233;but du divorce entre le &lt;em&gt;logos&lt;/em&gt; humain et le Logos divin, dont l'alliance f&#233;conde avait pourtant fourni le socle de la culture occidentale. La raison humaine semble ne plus vouloir &#234;tre articul&#233;e &#224; ou d&#233;pendre d'un quelconque Logos : &#171; On perdit le caract&#232;re positif de l'autorit&#233; lorsque la rationalit&#233; se sentit bloqu&#233;e par l'autorit&#233; ext&#233;rieure &#8211; conform&#233;ment &#224; la terminologie moderne : quand l'autonomie, c'est-&#224;-dire l'autod&#233;termination de la ratio humaine, se vit handicap&#233;e dans son d&#233;ploiement par l'h&#233;t&#233;ronomie, c'est-&#224;-dire la d&#233;termination ext&#233;rieure par des autorit&#233;s, qu'elles fussent de type humain et historique, ou de type divin et supra-historique &#187; [&lt;a href='#nb3-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Waldenfels H., Manuel de th&#233;ologie fondamentale, Cerf, 1997, p. 317, cit&#233; in (...)' id='nh3-13'&gt;13&lt;/a&gt;]. A la Renaissance on confesse encore Dieu comme la Source de la vie, du mouvement et de l'&#234;tre (cf. Ac 17, 28). Mais face &#224; lui, la libert&#233; de l'homme &#171; est exalt&#233;e en des termes qui ne laissent gu&#232;re d'&#233;quivoque &#187; [&lt;a href='#nb3-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., Les impostures antichr&#233;tiennes, ibid., p.62.' id='nh3-14'&gt;14&lt;/a&gt;]. Un anthropocentrisme optimiste esp&#232;re affirmer ses droits face au Ma&#238;tre transcendant. Un Pic de La Mirandole, auteur exemplaire de l'humanisme de la Renaissance, fait dire au Cr&#233;ateur s'adressant &#224; Adam :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Pour les autres cr&#233;atures, leur nature d&#233;finie est tenue en bride par des lois que nous avons prescrites : toi, aucune restriction ne te bride, c'est ton propre jugement, auquel je t'ai confi&#233;, qui te permettra de d&#233;finir ta nature. Si je t'ai mis dans le monde en position interm&#233;diaire, c'est pour que de l&#224; tu examines plus &#224; ton aise tout ce qui se trouve alentour. Si nous ne t'avons fait ni c&#233;leste ni terrestre, ni mortel ni immortel, c'est afin que, dot&#233; pour ainsi dire du pouvoir arbitral et honorifique de te modeler et de te fa&#231;onner toi-m&#234;me, tu te donnes la forme qui aurait eu ta pr&#233;f&#233;rence. Tu pourras d&#233;g&#233;n&#233;rer en formes inf&#233;rieures, qui sont bestiales ; tu pourras par d&#233;cision de ton esprit, te r&#233;g&#233;n&#233;rer en formes sup&#233;rieures qui sont divines. Admirable f&#233;licit&#233; de l'homme ! A lui, il est donn&#233; d'avoir ce qu'il d&#233;sire et d'&#234;tre ce qu'il veut &#187; [&lt;a href='#nb3-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Pic de La Mirandole J., De la dignit&#233; de l'homme, Ed. de l'Eclat, Paris, 1993, (...)' id='nh3-15'&gt;15&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme le remarque justement Joseph-Marie Verlinde, avec ce discours de la Renaissance, nous ne sommes d&#233;j&#224; &#171; pas loin de l'existentialisme du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#187;, lequel pourra imaginer, dans ses versions les subjectivistes, que l'on ne na&#238;t pas homme ou femme mais que l'on le choisit [&lt;a href='#nb3-16' class='spip_note' rel='footnote' title='Une id&#233;e r&#233;pandue notamment par Simone de Beauvoir, la compagne de (...)' id='nh3-16'&gt;16&lt;/a&gt;]&#8230; C'est que la r&#233;f&#233;rence au Cr&#233;ateur va vite s'estomper pour donner libre cours &#224; l'exaltation de l'homme, en tant que &#171; microcosme &#187; r&#233;capitulant en lui l'univers entier et pouvant &#171; pr&#233;tendre &#224; la ma&#238;trise des forces visibles et invisibles qui le r&#233;gissent &#187; [&lt;a href='#nb3-17' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., ibid., p.63.' id='nh3-17'&gt;17&lt;/a&gt;]. La magnification de l'homme fut ambigu&#235;. En insistant sur le &lt;em&gt;logos&lt;/em&gt; humain et la libert&#233;, au d&#233;triment du &lt;em&gt;Logos&lt;/em&gt; et de la possibilit&#233; d'une finalit&#233; surnaturelle, l'humanisme de la Renaissance a aussi renvoy&#233; l'homme vers la nature. L&lt;em&gt;'exaltation de la libert&#233; humaine fut doubl&#233;e d'un abaissement de son champ d'action &#224; la nature&lt;/em&gt;. Nicolas Berdiaev a relev&#233; cette tension dans l'humanisme postm&#233;di&#233;val. La Renaissance &#171; a mis en &#233;vidence l'individualit&#233; humaine, l'a tir&#233;e de l'&#233;tat de soumission dans lequel elle se trouvait au Moyen Age, l'a lanc&#233;e sur le libre chemin de la propre affirmation et de la cr&#233;ation &#187;. Mais ce &#171; m&#234;me humanisme contient aussi des possibilit&#233;s d'abaissement pour l'homme. Il a en effet d&#233;plac&#233; le centre de gravit&#233; de la personne humaine des profondeurs vers la p&#233;riph&#233;rie en l'orientant vers la nature. La nature humaine n'est plus &#224; l'image de Dieu, mais elle est une image et un reflet de la nature cosmique ; l'homme est un enfant du si&#232;cle qui doit son existence &#224; une n&#233;cessit&#233; naturelle. Aussi l'humanisme de la Renaissance n'a pas seulement exalt&#233; l'individu humain, il l'a aussi rabaiss&#233; : il a cess&#233; de le consid&#233;rer comme ayant une origine divine, sup&#233;rieure, et poss&#233;dant une partie c&#233;leste ; et il l'a &#233;troitement attach&#233; &#224; la terre &#187; [&lt;a href='#nb3-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Berdiaev N., Le sens de l'histoire, Aubier-Montaigne, Paris, 1948, p. 120, (...)' id='nh3-18'&gt;18&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'homme de la Renaissance h&#233;site finalement entre deux appartenances : celle qui le relie au Dieu biblique par son h&#233;ritage chr&#233;tien, et celle qui le rattache &#224; cette terre qui serait maintenant livr&#233;e &#224; sa libert&#233; et dont il d&#233;couvre avec &#233;merveillement les puissances cach&#233;es. Paracelse est une figure embl&#233;matique de cette &#233;poque, &#171; dont l'influence ne s'est jamais d&#233;mentie tout au long des si&#232;cles &#187; [&lt;a href='#nb3-19' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., ibid., p. 64.' id='nh3-19'&gt;19&lt;/a&gt;]. Sa vision de l'homme naturel trahit l'ambigu&#239;t&#233; ici soulign&#233;e : &#171; Il y a deux &#226;mes en l'homme. L'une est &#233;ternelle, l'autre appartient &#224; la nature et elle est mortelle. L'homme a aussi deux esprits. L'un est &#233;ternel, l'autre est le propre de la nature. C'est le corps astral qui contient l'esprit selon la nature, et il est lui-m&#234;me renferm&#233; dans le corps visible, ce qui fait deux corps pour une m&#234;me personne &#187; [&lt;a href='#nb3-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Paracelse, La grande astronomie, Dervy, Paris, 2000, p. 119, cit&#233; in (...)' id='nh3-20'&gt;20&lt;/a&gt;]. Outre le support de pratiques occultes, une telle anthropologie duale pose le probl&#232;me d'un clivage, qu'il n'est pas difficile d'imaginer difficile &#224; vivre, pour la conscience humaine.
&lt;br /&gt;D'autre part, ce clivage est redoubl&#233;, du c&#244;t&#233; des forces visibles, par l'appel au langage math&#233;matique pour d&#233;crire et agir sur les ph&#233;nom&#232;nes de la nature. L'affirmation du &lt;em&gt;logos&lt;/em&gt; math&#233;matique, avec Galil&#233;e, Newton, Descartes, a exclu les qualit&#233;s secondes. Le succ&#232;s de la science moderne est li&#233; &#224; la possibilit&#233; de quantifier. Mais, le prix &#224; payer pour ce succ&#232;s, est une &#171; restriction s&#233;v&#232;re de l'esp&#232;ce de r&#233;alit&#233; qui est accessible &#187; gr&#226;ce &#224; cette m&#233;thode : &#171; la possibilit&#233; de la repr&#233;sentation formelle, qui est la cl&#233; du succ&#232;s de cette m&#233;thode, est une r&#233;duction de ce qui est donn&#233; dans la perception aux aspects qui sont susceptibles d'&#234;tre repr&#233;sent&#233;s par les objets abstraits construits par les math&#233;matiques. Cela &#233;tait d&#233;j&#224; le sens de la c&#233;l&#232;bre distinction entre qualit&#233;s premi&#232;res et qualit&#233;s secondes &#187; [&lt;a href='#nb3-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Ladri&#232;re, J., L'univers de la rationalit&#233; et la vie du sens, in La Foi (...)' id='nh3-21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Cette restriction de la r&#233;alit&#233; accessible selon le savoir culturellement dominant est douloureuse. Le ressenti de l'homme devant la nature, son ouverture au myst&#232;re, &#224; l'Au-Del&#224; indicible, tout cela est d&#233;valoris&#233;. Le symbole, qui prend appui sur les qualit&#233;s secondes per&#231;ues par les sens pour signifier cet Au-Del&#224; indicible, est banni du domaine scientifique, &lt;em&gt;et donc de la nouvelle sph&#232;re du vrai&lt;/em&gt;. La&lt;em&gt; r&#233;volution des sciences modernes introduit un clivage dans la perception du r&#233;el&lt;/em&gt; : elle &#171; n'a pas seulement introduit le divorce au sein des apparences, elle s&#233;pare aussi l'&#234;tre humain de ses repr&#233;sentations symboliques &#187; [&lt;a href='#nb3-22' class='spip_note' rel='footnote' title='Borella, J., La crise du symbolisme religieux, L'&#194;ge d'Homme, Lausanne, 1980, (...)' id='nh3-22'&gt;22&lt;/a&gt;]. Et par ce fait m&#234;me, elle marque une rupture avec l'approche m&#233;di&#233;vale o&#249; la nature pouvait faire signe vers l'Au-Del&#224;, vers Dieu. La r&#233;duction de la v&#233;rit&#233; sur le r&#233;el au math&#233;matisable &#171; ruine toute possibilit&#233; de th&#233;ophanie naturelle &#187; [&lt;a href='#nb3-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Borella, J., La crise du symbolisme religieux, L'&#194;ge d'Homme, Lausanne, 1980, (...)' id='nh3-23'&gt;23&lt;/a&gt;]. La r&#233;duction du vrai &#224; l'intelligibilit&#233; math&#233;matique va de pair avec sa description comme une immense machine. L'image fort r&#233;pandue de l'horloge ne permet plus de s'extasier devant les beaut&#233;s de la nature attirant l'homme vers les beaut&#233;s du Cr&#233;ateur. La r&#233;duction de la nature &#224; la machine s'accompagne d'une r&#233;duction de l'image de Dieu au &#171; Divin horloger &#187; ou au &#171; Grand architecte &#187;. Il est moins facile d'aimer une machine qu'une cr&#233;ature naturelle. De m&#234;me, l'&#233;vacuation de la beaut&#233;, de la bont&#233;, et de la sollicitude du Dieu biblique facilitera le d&#233;veloppement de l'ath&#233;isme. Malgr&#233; ce clivage, la puissance r&#233;v&#233;l&#233;e par la lib&#233;ration de la raison &#224; la Renaissance aboutit &#224; la divinisation de la Raison triomphante au si&#232;cle des Lumi&#232;res. Mais un tel clivage et un tel remplacement du &lt;em&gt;Logos&lt;/em&gt; divin par le &lt;em&gt;logos&lt;/em&gt; humain ne pouvait satisfaire la conscience humaine. D&#232;s le dernier tiers du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, tout en int&#233;grant la critique rationaliste de la R&#233;v&#233;lation, des voix s'&#233;l&#232;vent pour restaurer, particuli&#232;rement, une sph&#232;re du sacr&#233; non humain dans la culture : se r&#233;f&#233;rant &#224; la fois &#224; la &lt;em&gt;nature vivante&lt;/em&gt; et au &lt;em&gt;g&#233;nie cr&#233;ateur&lt;/em&gt; de l'homme, la pens&#233;e romantique allait na&#238;tre.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;La r&#233;volte romantique contre le clivage de la conscience moderne&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;A l'origine de la r&#233;volte romantique : la crise culturelle de l'humanisme de la Renaissance&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ainsi, sous ses apparents triomphes, l'humanisme moderne couve une r&#233;volte grandissante contre cette division de la conscience et de la vie humaine. Le romantisme va s'&#233;lever contre la raison des Lumi&#232;res. Mais il ne va pas faire retour &#224; la conscience m&#233;di&#233;vale qui se sentait accompagn&#233;e de Dieu. La porte th&#233;ologique semblant ferm&#233;e, c'est du c&#244;t&#233; &lt;em&gt;d'un sentiment, mais aussi d'un contact avec&lt;/em&gt; une sorte de nouvelle sacralit&#233; de &lt;em&gt;la nature&lt;/em&gt; que vont se tourner les diff&#233;rentes vagues de romantisme et de n&#233;o-romantisme aux XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles. Tout d'abord, citons deux passages de Berdiaev ayant le double avantage de bien situer la crise de l'humanisme moderne et de faire synth&#233;tiquement le lien, du point de vue de la conscience moderne, entre la Renaissance et l'&#233;poque de l'&#233;mergence des agricultures contestataires qui nous occupent ici. Le premier extrait rappelle que la coupure avec le divin a entra&#238;n&#233; d'abord une sorte de grande lib&#233;ration de l'enthousiasme cr&#233;ateur de l'homme occidental. Il rappelle &#233;galement, ensuite, que l'homme, ne comptant plus que sur ses propres forces naturelles et inspirations subjectives, en est venu &#224; se fatiguer de cr&#233;er sans raison suffisante. Le risque &#233;tant de voir l'&#233;lan humaniste se nier lui-m&#234;me [&lt;a href='#nb3-24' class='spip_note' rel='footnote' title='Aujourd'hui, le th&#232;me de la fatigue de l'humanisme moderne est toujours (...)' id='nh3-24'&gt;24&lt;/a&gt;] et la cr&#233;ation se muer en destruction :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Ayant magnifi&#233; l'homme, l'humanisme l'a priv&#233; de sa ressemblance divine et l'a asservi &#224; la n&#233;cessit&#233; naturelle. La renaissance, fond&#233;e sur l'humanisme, a mis en lumi&#232;re les forces cr&#233;atrices de l'homme en tant qu'&#234;tre naturel et non spirituel. Mais l'homme naturel, arrach&#233; de l'homme spirituel, ne poss&#232;de pas la source infinie des forces cr&#233;atrices, il doit s'&#233;puiser et s'en aller &#224; la superficie de la vie. Cela m&#234;me se ressentit dans les derniers fruits de l'histoire moderne qui ont conduit &#224; la fin de la Renaissance, &#224; la n&#233;gation de l'humanisme par lui-m&#234;me, au vide superficiel qui a perdu le centre de la vie, au tarissement de la cr&#233;ation. Le jeu libre des forces cr&#233;atrices ne pouvait se prolonger ind&#233;finiment. Et au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ce jeu cr&#233;ateur est d&#233;j&#224; termin&#233;, on ne sent plus d'abondance, on a un sentiment d'indigence, la difficult&#233; et le poids de la vie augmentent. La contradiction fondamentale de l'humanisme s'approfondit et se d&#233;couvre tout au long de l'histoire moderne. Elle conduit l'humanisme &#224; son contraire &#187; [&lt;a href='#nb3-25' class='spip_note' rel='footnote' title='Berdiaev N., La fin de la Renaissance, A propos de la crise contemporaine (...)' id='nh3-25'&gt;25&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le regard romantique, puis le regard &#233;cologique, en se tournant vers la nature, vont chercher un nouveau point d'appui pour l'&#233;lan humaniste. Mais, trop souvent attach&#233;s &#224; l'immanence, ils auront du mal &#224; situer et d&#233;velopper justement la probl&#233;matique humaniste. Dans le passage suivant, nous d&#233;couvrons une d&#233;clinaison de l'attachement romantique &#224; la nature, particuli&#232;rement significative pour l'agriculture biologique. Il s'agit du th&#232;me de l'opposition entre ce qui est organique ou biologique, d'une part, et ce qui est m&#233;canique, d'autre part [&lt;a href='#nb3-26' class='spip_note' rel='footnote' title='L'opposition agrobiologique entre organique et chimique rejoint sous (...)' id='nh3-26'&gt;26&lt;/a&gt;]. Elle est ici bien camp&#233;e, et reli&#233;e au clivage de la Renaissance :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La fin historique de la Renaissance s'accompagne de la d&#233;composition de tout organisme, de tout ce qui est organique. Une constitution organique de la vie s'est encore conserv&#233;e dans la Renaissance. La vie &#233;tait encore hi&#233;rarchique comme toute vie organique. C'est qu'alors ne faisait que commencer le processus de s&#233;cularisation qui finalement conduit &#224; la m&#233;canisation de la vie, au d&#233;tachement de toute structure organique. Au d&#233;but, dans ses premiers stades, cette s&#233;cularisation a &#233;t&#233; re&#231;ue comme une lib&#233;ration des forces cr&#233;atrices de l'homme, comme la joie provoqu&#233;e par leur jeu libre. Mais les forces humaines qui sortent de l'&#233;tat organique sont soumises in&#233;luctablement &#224; l'&#233;tat m&#233;canique. Cela ne se voit pas tout de suite. [&#8230;] Mais au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle s'est produite en Europe une des plus terribles r&#233;volutions qu'ait jamais subies l'humanit&#233; dans toute son histoire. La machine est entr&#233;e en vainqueur dans la vie humaine et a alt&#233;r&#233; tout son rythme organique. La machine a d&#233;truit toute la structure s&#233;culaire de la vie humaine, structure qui &#233;tait organiquement li&#233;e &#224; la vie de la nature. La machinisation de la vie d&#233;truit la joie de la Renaissance et rend impossible toute surabondance cr&#233;atrice de la vie. La machine tue la Renaissance. Elle pr&#233;pare une &#233;poque historique nouvelle, une &#233;poque de civilisation. La culture pleine de symbolisme sacr&#233; meurt. Les gens de la Renaissance ne savaient pas et ne comprenaient pas qu'ils pr&#233;paraient le triomphe de la machine dans le monde, que l'&#233;loignement d&#233;finitif du Moyen Age devait conduire au royaume des machines, &#224; la substitution d'une structure organique par une structure m&#233;canique &#187; [&lt;a href='#nb3-27' class='spip_note' rel='footnote' title='Berdiaev N., La fin de la Renaissance, in Le nouveau Moyen-Age, ibid., p. (...)' id='nh3-27'&gt;27&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une telle distinction a certainement du sens. Mais toute la difficult&#233; consiste certainement &#224; ne pas proposer l'organique et l'inorganique comme des alternatives inconciliables mais, bien plut&#244;t, &#224; d&#233;couvrir l'ordre th&#233;orique et pratique qui doit r&#233;gir leur d&#233;veloppement harmonieux. Dans le cadre de la protestation et des alternatives inspir&#233;es par le courant romantique, une telle probl&#233;matique a commenc&#233; &#224; s&#233;dimenter, de bien des fa&#231;ons et avec bien des incertitudes, dans la culture occidentale. La nature, la vie biologique, la vie de l'&#226;me humaine, la protestation contre les m&#233;faits de l'industrialisation, ont nourri de nombreux efforts, jamais coup&#233;s d'une nostalgie profonde, pour trouver un nouveau souffle &#224; l'aventure de la modernit&#233; occidentale. Nous reviendrons plus loin sur le premier romantisme, incarn&#233; par le mouvement &lt;em&gt;Sturm und Drang&lt;/em&gt;, cr&#233;&#233; autour de Goethe et Herder, &#224; l'occasion d'une analyse de la libert&#233; et de la cr&#233;ativit&#233; dans la d&#233;marche goeth&#233;enne de Rudolf Steiner (cf. &#167; 242162). Nous allons ici plut&#244;t &#233;voquer le XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, afin d&#233;boucher sur le n&#233;o-romantisme de la fin de ce si&#232;cle : c'est en effet dans cette ambiance culturelle &#171; fin de si&#232;cle &#187; qu'il faut chercher les origines directes des mouvements d'agriculture biologique europ&#233;ens. Le r&#233;enchantement du monde et l'amour de la nature vivante forment les principes de base de l'&#233;lan constructeur romantique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le r&#233;enchantement du monde et de la nature, th&#232;me romantique constructif fondamental&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le romantisme, d&#232;s le cercle &lt;em&gt;Sturm und Drang&lt;/em&gt;, refuse la r&#233;duction de l'homme &#224; sa raison. Il cherche une issue dans un sentiment de la nature empli de merveilleux et ouvert au surnaturel. Un peu plus tard appara&#238;tront des d&#233;clinaisons politiques socialistes, communistes, anarchistes, ou libertaires partageant cette critique et aspirant &#224; r&#233;enchanter le monde. Karl Marx consid&#232;re que la bourgeoisie a noy&#233; &#171; les frissons sacr&#233;s de la pi&#233;t&#233; exalt&#233;e, de l'enthousiasme chevaleresque &#187; dans &#171; les eaux glac&#233;es du calcul &#233;go&#239;ste &#187; [&lt;a href='#nb3-28' class='spip_note' rel='footnote' title='Marx K., Manifeste du Parti communiste, Le livre de poche, 158 p., 2000, (...)' id='nh3-28'&gt;28&lt;/a&gt;]. S'il peut sembler que Marx regrette parfois ce refroidissement de la vie int&#233;rieure, son utopie du grand soir ne s'affiche pas religieuse. N&#233;anmoins, il ne faut pas &#234;tre d'une grande perspicacit&#233; pour discerner l'influence du th&#232;me biblique du paradis dans le r&#234;ve marxien de la soci&#233;t&#233; finale sans classe. De plus, et bien qu'il existe des auteurs ambivalents vis-&#224;-vis du romantisme, comme Marx, ainsi que des romantismes que Michael L&#246;wy et Robert Sayre disent &#171; areligieux &#187; (Hoffman) ou &#171; antireligieux &#187; (Proudhon, Nietzsche, O. Panizza), il faut souligner que la grande majorit&#233; des romantiques cherchent le r&#233;enchantement du monde par un retour aux traditions religieuses, et parfois mystiques [&lt;a href='#nb3-29' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. L&#246;wy M., Sayre R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, Le romantisme &#224; contre courant (...)' id='nh3-29'&gt;29&lt;/a&gt;], comme le souligne Max Weber, l'inventeur de la fameuse expression du &#171; d&#233;senchantement &#187; : &#171; Le destin de notre &#233;poque, caract&#233;ris&#233;e par la rationalisation, par l'intellectualisation et surtout par le d&#233;senchantement du monde, a conduit les humains &#224; bannir les valeurs supr&#234;mes les plus sublimes de la vie publique. Elles ont trouv&#233; refuge soit dans le royaume transcendant de la vie mystique, soit dans la fraternit&#233; des relations directes et r&#233;ciproques entre individus isol&#233;s &#187; [&lt;a href='#nb3-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Weber M., Le savant et le politique, UGE 10/18, 1994 (1963), 223 p., p. (...)' id='nh3-30'&gt;30&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Outre par la modalit&#233; d'un retour au religieux, en passant ou non par les institutions et les dogmes &#233;tablis, les romantiques se tournent aussi &#171; vers la &lt;em&gt;magie&lt;/em&gt;, les arts &#233;sot&#233;riques, la sorcellerie, l'alchimie, l'astrologie ; ils red&#233;couvrent les mythes, pa&#239;ens ou chr&#233;tiens, les l&#233;gendes, les contes de f&#233;es, les r&#233;cits &#171; gothiques &#187; ; ils explorent les royaumes cach&#233;s du r&#234;ve et du fantastique, non seulement dans la peinture et la po&#233;sie, mais aussi dans la peinture, depuis F&#252;ssli et Blake jusqu'&#224; Max Klinger et Max Ernst &#187;. Il y a aussi une fascination romantique pour la &lt;em&gt;nuit&lt;/em&gt;, comme dans les &lt;em&gt;Hymnes &#224; la Nuit&lt;/em&gt; de Novalis [&lt;a href='#nb3-31' class='spip_note' rel='footnote' title='L&#246;wy M. et Sayre R., op. cit., p.48-49.' id='nh3-31'&gt;31&lt;/a&gt;], un auteur de r&#233;f&#233;rence chez Rudolf Steiner.
&lt;br /&gt;Enfin, &#171; face &#224; une science de la nature qui, &#224; partir de Newton et de Lavoisier, semble avoir d&#233;chiffr&#233; les myst&#232;res de l'univers, et face &#224; une technique moderne qui d&#233;veloppe une approche strictement rationnelle (instrumentale) et utilitaire envers l'environnement &#8211; les &#171; mati&#232;res premi&#232;res &#187; de l'industrie -, le romantisme aspire &#224; r&#233;enchanter la nature &#187;. On le voit dans la philosophie religieuse de Schelling, Ritter, ou Baader, mais &#171; c'est aussi un th&#232;me in&#233;puisable de la po&#233;sie et de la peinture romantique, qui ne cessent de chercher les analogies myst&#233;rieuses et les &#171; correspondances &#187;, au sens que Baudelaire donnera &#224; ce terme, apr&#232;s Swedenborg, entre l'&#226;me humaine et la nature, l'esprit et le paysage, l'orage interne et l'orage externe &#187; [&lt;a href='#nb3-32' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 49.' id='nh3-32'&gt;32&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Traversant l'ensemble des strat&#233;gies romantiques de r&#233;enchantement du monde ou de recherche d'une voie non religieuse pour retrouver le sacr&#233;, le recours au mythe occupe une place sp&#233;cifique : &#171; A l'intersection magique entre religion, histoire, po&#233;sie, langage, philosophie, il offre un r&#233;servoir in&#233;puisable de symboles et d'all&#233;gories, de fantasmes et de d&#233;mons, de dieux et de vip&#232;res &#187; [&lt;a href='#nb3-33' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 49-50.' id='nh3-33'&gt;33&lt;/a&gt;]. Le mythe central qui occupe aussi bien les pr&#233;curseurs [&lt;a href='#nb3-34' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Baub&#233;rot, A., Histoire du Naturisme, Le mythe du retour &#224; la nature, PUR, (...)' id='nh3-34'&gt;34&lt;/a&gt;] que les fondateurs de l'agriculture biologique est, bien &#233;videmment, celui du &lt;em&gt;retour &#224; la nature&lt;/em&gt;. Le retour &#224; la nature ne semble pas, comme tel et au premier abord, un mythe qui puisse mobiliser ais&#233;ment la pratique agricole. On imagine en effet, dans le th&#232;me du retour &#224; la nature, plus ou moins toujours comme une fusion et une passivit&#233; de l'homme, renvoy&#233; au mode de vie de simple pr&#233;dation, et donc &#233;loign&#233;, par cons&#233;quent, de toute vell&#233;it&#233; artificialiste d'envergure. Cette repr&#233;sentation des choses n'est pas fausse, mais elle est partielle. N'oublions pas que le romantisme s'est d&#233;velopp&#233; apr&#232;s la Renaissance et les Lumi&#232;res, et devant les triomphes grandissant de la raison scientifique. Il faut donc consid&#233;rer qu'une bonne partie de la nostalgie romantique, h&#233;riti&#232;re aussi de l'aspiration moderne, aspire plus &#224; une conciliation de la cr&#233;ativit&#233; de l'homme avec la sensibilit&#233; envers la nature et l'expression de l'identit&#233; humaine dans leur ensemble, plut&#244;t qu'&#224; une r&#233;gression antihumaniste, comme il aura tendance &#224; se produire avec certains fascismes du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, particuli&#232;rement dans le nazisme. Dans cette perspective, l'agriculture peut trouver sa place, &#224; condition d'&#234;tre construite &#224; la lumi&#232;re d'une compr&#233;hension pr&#233;alable de la nature et de la communaut&#233; harmonieuse que devrait former, entre eux et avec elle, les humains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est avec une telle charge de probl&#233;matiques intellectuelles et existentielles, combin&#233;es avec les questions sp&#233;cifiques de la construction d'une nation et d'un Etat, que le romantisme est devenu, particuli&#232;rement dans le cas de l'Allemagne, un courant de pens&#233;e et d'action largement dominant dans les initiatives r&#233;formatrices de l'&#233;poque wilhelmienne, durant les d&#233;cennies charni&#232;res des XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Et c'est aussi dans ce contexte qu'a &#233;merg&#233; l'impulsion pour l'agriculture biologique dans l'aire germanophone. En prolongeant notre parcours d'histoire des id&#233;es dans une analyse d'une situation culturelle o&#249; le romantisme a jou&#233; un r&#244;le pratique d&#233;terminant, nous comprendrons, ensuite, bien mieux les traits dominants des d&#233;marches sp&#233;cifiques du mouvement de Rudolf Steiner, d'une part, et du mouvement organo-biologique des M&#252;ller et de Rusch, d'autre part. Cependant le romantisme, tel que nous le consid&#233;rons, c'est-&#224;-dire, en suivant Robert Sayre et Micka&#235;l L&#246;wy, au sens d'un &lt;em&gt;mouvement politique&lt;/em&gt;, exc&#232;de les seules litt&#233;ratures et philosophies. Et s'il exc&#233;de la sph&#232;re intellectuel, c'est aussi parce qu'il exer&#231;e une influence, difficile &#224; cerner, sur de larges franges de la soci&#233;t&#233; occidentale d'un grand XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Il est peut-&#234;tre possible de le consid&#233;rer comme l'avers des positivismes, scientistes, et autres progressismes de l'&#232;re industrielle. Quoi qu'il en soit, au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le romantisme &#171; exerce une influence diffuse et tendanciellement dominante &#187; [&lt;a href='#nb3-35' class='spip_note' rel='footnote' title='L&#246;wy M. et Sayre R., op. cit., p. 46.' id='nh3-35'&gt;35&lt;/a&gt;]. Pour notre sujet, la th&#232;se se v&#233;rifiera. Au-del&#224; des fondateurs germanophones, l'auteur Albert Howard et l'auteur Masanobu Fukuoka reprendront bien des th&#232;mes romantiques, que ce soit pour critiquer l'agriculture moderne et la soci&#233;t&#233; industrielle, ou pour &#233;laborer leurs propositions alternatives. Mais venons-en d'abord &#224; cette p&#233;riode si riche de l'&#233;poque wilhelmienne.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Le romantisme et le mouvement de r&#233;forme de la vie : la naissance de l'agriculture biologique dans l'aire germanophone &#224; l'&#233;poque wilhelmienne&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'importance du romantisme dans l'histoire allemande&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans l'aire germanophone, le commencement du d&#233;veloppement de l'agriculture &#233;cologique co&#239;ncide avec l'apparition du mouvement de r&#233;forme de la vie &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Celui-ci s'est dress&#233; contre l'urbanisation et l'industrialisation dans le monde &#171; moderne &#187;. L'objectif est le retour &#171; &#224; une fa&#231;on de vivre naturelle &#187;. Ce n&#233;o-romantisme est un mouvement social sans commune mesure avec ce qui a pu se passer en Angleterre ou en France. Dans le contexte allemand, marqu&#233; par une absence de structuration du pays par un Etat, c'est la culture qui joue le r&#244;le d'unification de la nation allemande. Et au premier rang de la culture allemande du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, on retrouve le romantisme : &#171; En Allemagne, le romantisme rev&#234;t des caract&#233;ristiques bien particuli&#232;res qui en font [un] temps litt&#233;raire d'une richesse et d'une importance essentielles pour la litt&#233;rature nationale et plus encore pour l'identit&#233; culturelle de la nation &#187; [&lt;a href='#nb3-36' class='spip_note' rel='footnote' title='Rapoport, M., (Dir.), Culture et Religion, Europe, XIXe si&#232;cle, Ed. Atlande, (...)' id='nh3-36'&gt;36&lt;/a&gt;]. Il peut appara&#238;tre vraisemblable que l'ampleur du mouvement de &lt;em&gt;Lebensreform&lt;/em&gt; soit comparable avec l'importance du romantisme pour l'Allemagne : &#171; &#224; la diff&#233;rence de la France ou de la Grande-Bretagne, le romantisme allemand a un sens et une importance historique beaucoup plus grand &#187; [&lt;a href='#nb3-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 353.' id='nh3-37'&gt;37&lt;/a&gt;]. Comme l'a not&#233; Thomas Nipperdey, le romantisme a pris dans ce pays une place d&#233;terminante dans la construction de la conscience nationale. Thomas Nipperdey parle d'un &#171; nationalisme romantique &#187; [&lt;a href='#nb3-38' class='spip_note' rel='footnote' title='Nipperdey T., R&#233;flexions sur l'histoire allemande, Gallimard, Paris, p. (...)' id='nh3-38'&gt;38&lt;/a&gt;], dont le h&#233;raut aurait &#233;t&#233; Ernst Moritz Arndt. Dans le cadre de cette sp&#233;cificit&#233; romantique de la culture allemande, les auteurs de l'ouvrage collectif &lt;em&gt;Culture et religion, Europe, XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/em&gt;, n'h&#233;sitent pas &#224; mettre en &#233;quivalence de sens les expressions &#171; nationalisme romantique &#187; et &#171; nationalisme culturel &#187; [&lt;a href='#nb3-39' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 353 et 640.' id='nh3-39'&gt;39&lt;/a&gt;]. Or la probl&#233;matique romantique est complexe. Il y a un romantisme allemand autour du groupe de l'universit&#233; d'I&#233;na, avec notamment Fichte et les fr&#232;res Schlegel, mais il y a surtout Goethe, &#171; figure dominante de la litt&#233;rature allemande durant plus d'un demi-si&#232;cle &#187;. Apr&#232;s sa rencontre avec Schiller en 1794, Goethe, de la p&#233;riode du &lt;em&gt;Sturm und Drang&lt;/em&gt; &#224; celle de la cour de Weimar, incarne &#224; lui seul le romantisme et le classicisme. Contre l'absolutisation de la Raison des Lumi&#232;res, contre les s&#233;parations accentu&#233;es homme et nature, Dieu et nature, et contre l'approche utilitariste unilat&#233;rale de cette derni&#232;re, promouvant uniquement le savoir en vue de son exploitation industrielle naissante, le mouvement &lt;em&gt;Sturm und Drang&lt;/em&gt; a mis au centre de ses pr&#233;occupations le th&#232;me d'une relation profonde de la personne &#224; la nature. A l'&#233;poque wilhelmienne et de l'industrialisation acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'Allemagne, un grand nombre de mouvements de r&#233;forme vont avoir pour fil conducteur ce th&#232;me romantique et complexe de la proximit&#233; &#224; la nature. Apr&#232;s avoir port&#233; un regard sur l'&#233;poque wilhelmienne et l'existence de divers mouvements tous impr&#233;gn&#233;s de naturalisme, dont le mouvement de la r&#233;forme de la vie, nous nous introduirons au premier mouvement d'agriculture naturelle allemand n&#233; en son sein.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le bouillonnement culturel de l'&#233;poque wilhelmienne et le mouvement de r&#233;forme de la vie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans le langage de l'&#233;poque wilhelmienne et romantique, entre 1890 et 1914, la probl&#233;matique st&#252;rmerienne est consid&#233;r&#233;e comme une &#171; transformation culturelle d&#233;cisive &#187;, une &#171; &lt;em&gt;Verj&#252;ngung&lt;/em&gt; de la culture allemande &#187;, ce que l'on peut traduire par &#171; rajeunissement &#187; ou &#171; cure de jouvence &#187;. On peut donc reconna&#238;tre le &lt;em&gt;Sturm und Drang&lt;/em&gt; parmi les anc&#234;tres de la &lt;em&gt;Jugendbewegung&lt;/em&gt;, mais c'est tout aussi vrai pour les &lt;em&gt;Lebensreformer &lt;/em&gt;en g&#233;n&#233;ral, c'est-&#224;-dire les adeptes du mouvement de &lt;em&gt;r&#233;forme de la vie&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Lebensreform&lt;/em&gt;) [&lt;a href='#nb3-40' class='spip_note' rel='footnote' title='En parall&#232;le des paragraphes 2132 et 2133, on pouura lire Delort R et Walter (...)' id='nh3-40'&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;em&gt;.&lt;/em&gt; Le &#171; &lt;em&gt;Sturm und Drang &lt;/em&gt;fournit le mod&#232;le d'une r&#233;volte de la jeunesse au nom de la &lt;em&gt;nature&lt;/em&gt; et du &lt;em&gt;g&#233;nie&lt;/em&gt; contre les conventions de la &lt;em&gt;Gesellschaft&lt;/em&gt; et de la culture dominante &#187; [&lt;a href='#nb3-41' class='spip_note' rel='footnote' title='Pulliero, M., Walter Benjamin, Le d&#233;sir d'authenticit&#233;, Bayard, 2005, 1055 p., (...)' id='nh3-41'&gt;41&lt;/a&gt;]. Ainsi, tous les mouvements de r&#233;forme de vie initi&#233;s durant l'&#233;poque wilhelmienne, &lt;em&gt;Jugendbewegung&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Wandervogel&lt;/em&gt;, mais aussi la &#171; Freik&#246;rperkultur &#187;, le naturisme, le v&#233;g&#233;tarisme, l'eug&#233;nisme, ont-ils pour d&#233;nominateur commun une &#171; forme de &lt;em&gt;Naturmystik&lt;/em&gt; panth&#233;iste &#187; [&lt;a href='#nb3-42' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 744.' id='nh3-42'&gt;42&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Avec cette mystique naturaliste panth&#233;iste, associ&#233;e directement &#224; la lutte des romantiques vis-&#224;-vis des &#171; pr&#233;jug&#233;s contre la nature &#187; [&lt;a href='#nb3-43' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon Donald Worster (Les pionniers de l'&#233;cologie, Ed. Sang de la terre, (...)' id='nh3-43'&gt;43&lt;/a&gt;] de la tradition institutionnelle dominante du christianisme [&lt;a href='#nb3-44' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Bastaire, J., Pour une &#233;cologie chr&#233;tienne, Cerf, 2004, 88 (...)' id='nh3-44'&gt;44&lt;/a&gt;], associ&#233;e aussi, &#224; une critique du r&#244;le de la science, et &#233;galement &#224; la critique des valeurs et institutions du capitalisme triomphant, nous avons affaire &#224; une mouvance de pens&#233;e &#224; l'identit&#233; et aux contours incertains. Pour Janus Frecot, il s'agit d'un v&#233;ritable &#171; conglom&#233;rat de mentalit&#233;s historiques et d'id&#233;ologie &#187; [&lt;a href='#nb3-45' class='spip_note' rel='footnote' title='Janus Frecot a constitu&#233;, pendant trente ans, des archives au sujet du (...)' id='nh3-45'&gt;45&lt;/a&gt;]. Il pourrait s'agir d'un produit de d&#233;composition, n&#233; dans le mouvement de s&#233;cularisation et de dissolution des religions, de m&#233;fiance face au d&#233;veloppement moderne, incarn&#233; par l'urbanisation acc&#233;l&#233;r&#233;e et l'industrialisation. Ainsi, de la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; la p&#233;riode de Weimar, l'Allemagne est en plein bouillonnement culturel. Marino Pulliero rappelle ainsi que le climat de l'&#233;poque est &#171; marqu&#233;, pr&#233;cis&#233;ment, par un m&#233;lange inextricable d'&#233;mancipation, de discours et de puritanisme &#187; [&lt;a href='#nb3-46' class='spip_note' rel='footnote' title='Pulliero M., op. cit., p. 496.' id='nh3-46'&gt;46&lt;/a&gt;]. Avant la premi&#232;re guerre mondiale, le mouvement de jeunesse &#171; aura plut&#244;t l'apparence d'une petite galaxie compos&#233;e de petites sectes &#187;, et l'on peut en dire autant, sur une p&#233;riode plus longue, des &#171; innombrables sectes &#187; de &lt;em&gt;Lebensreformer&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb3-47' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., respectivement p. 472 et p. 801.' id='nh3-47'&gt;47&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Si l'on tente maintenant de dresser une liste des th&#232;mes pris en charge par &#171; le complexe historique &#187; &lt;em&gt;Lebensreform&lt;/em&gt;, il devient &#233;vident que le mouvement est porteur d'un d&#233;sir d'une nouvelle exp&#233;rience du monde, mais dans la d&#233;pendance &#224; une utopie du retour &#224; la nature, qui est aussi nostalgie d'un retour, par-del&#224; l'histoire, &#224; une humanit&#233; jeune et paradisiaque. Les conceptions bibliques du paradis originel, pass&#233;es au filtre de la mystique naturaliste romantique, alimentent une recherche prise dans une ambigu&#239;t&#233; entre un d&#233;sir d'autonomie et d'&#233;mancipation cr&#233;atrice du sujet, d'une part, et la tentation d'une religiosit&#233; mi pulsionnelle mi asc&#233;tique, tourn&#233;e vers la fusion avec l'&#233;l&#233;ment biologique de la nature, d'autre part [&lt;a href='#nb3-48' class='spip_note' rel='footnote' title='Marino Pulliero &#233;claire bien cette situation : &#171; Ce leitmotiv de l'autonomie (...)' id='nh3-48'&gt;48&lt;/a&gt;]. Ainsi, le mouvement &lt;em&gt;Lebensreform&lt;/em&gt; a couvert, entre autre, les aspects suivants : v&#233;g&#233;tarisme et r&#233;forme de l'alimentation, th&#233;osophie, agriculture naturelle, l'abstinence de tabac, alcool, caf&#233; ; des m&#233;thodes de bien-&#234;tre naturel, le naturisme et le nudisme (Nackkultur), et la culture du corps (Freik&#246;rperkultur) ; les jardins ouvriers et les cit&#233;s-jardins ; la protection des animaux et de la nature ; le d&#233;sir d'&#233;vasion urbaine, mais aussi la r&#233;forme p&#233;dagogique, ainsi que le souci de la pr&#233;servation des caract&#232;res paysagers et historiques des r&#233;gions [&lt;a href='#nb3-49' class='spip_note' rel='footnote' title='Le mot compos&#233; allemand &#171; Heimatschutz &#187; a deux sens. Il d&#233;signe d'abord &#171; la (...)' id='nh3-49'&gt;49&lt;/a&gt;]. Cette grande vari&#233;t&#233; de th&#232;mes a pu s'&#233;tendre &#224; l'id&#233;ologie v&#246;lkish [&lt;a href='#nb3-50' class='spip_note' rel='footnote' title='Via le d&#233;veloppement des mouvements de jeunesse tourn&#233;s vers la randonn&#233;e, (...)' id='nh3-50'&gt;50&lt;/a&gt;], au racisme, et &#224; l'antis&#233;mitisme. Selon Erik Jayme, dans un article du &lt;em&gt;Berliner Zeitung&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb3-51' class='spip_note' rel='footnote' title='Jayme E., Article dans l'&#233;dition du Berliner Zeitung du 6 12 (...)' id='nh3-51'&gt;51&lt;/a&gt;], c'&#233;tait une priorit&#233; de l'exposition pionni&#232;re de Darmstadt sur le &lt;em&gt;Lebensreform&lt;/em&gt; (en 2001) que de ne pas masquer les &#233;garements id&#233;ologiques du mouvement &lt;em&gt;Lebensreform&lt;/em&gt;. Au contraire, il s'agissait de montrer clairement au visiteur que cette &#233;volution vers la lib&#233;ration du corps et l'hymne &#224; la mani&#232;re de vivre naturelle n'&#233;tait pas s&#233;par&#233;e par un gouffre du &lt;em&gt;Lebensborn&lt;/em&gt; nazi et du racisme.
&lt;br /&gt;Ces ambigu&#239;t&#233;s fondamentales &#233;tant rappel&#233;es, nous pouvons maintenant, sur cette toile de fond, approcher l'agriculture biologique comme une des r&#233;alisations concr&#232;tes de ce mouvement. Rappelons auparavant que la recherche d'une vie autarcique et authentique ne se ram&#232;ne pas &#224; une affaire allemande. Sur les &#233;tag&#232;res des &lt;em&gt;Lebensreformer&lt;/em&gt;, &#224; c&#244;t&#233; du th&#233;ologien marginal de la religion libre et &#171; pasteur de la nature &#187; Eduard Baltzer, fondateur du mouvement v&#233;g&#233;tarien d'Allemagne [&lt;a href='#nb3-52' class='spip_note' rel='footnote' title='Au cours du mouvement de s&#233;cularisation du christianisme en Allemagne, (...)' id='nh3-52'&gt;52&lt;/a&gt;], les ouvrages d'Emerson et Thoreau, les po&#232;mes de Whitman, ne s'y retrouvent pas par hasard parmi les classiques. D'autre part, pas plus que pour Goethe ou pour Henri David Thoreau, qui s'int&#233;ressent avec passion &#224; l'histoire naturelle [&lt;a href='#nb3-53' class='spip_note' rel='footnote' title='Worster D., Les pionniers de l'&#233;cologie, p. 108. Par histoire naturelle il (...)' id='nh3-53'&gt;53&lt;/a&gt;], on ne saurait r&#233;duire les mouvements wilhelmiens &#224; des productions seulement id&#233;ologiques et intellectuels. Mais il faut reconna&#238;tre que le cas allemand constitue une situation d'exception mais aussi de trag&#233;die, dans la mesure o&#249; ce n&#233;o-romantisme touche de larges franges de la population du pays. On sait g&#233;n&#233;ralement que l'&#233;cologie et l'agriculture biologique sont plus d&#233;velopp&#233;es depuis longtemps dans l'aire germanophone que dans le reste de l'Europe. Pour ce qui est de l'agriculture biologique, il faut cependant remonter au-del&#224; de la repr&#233;sentation courante, laquelle voit aux origines le mouvement steinerien. Le v&#233;g&#233;tarisme et le mouvement de &lt;em&gt;Lebensreform&lt;/em&gt;, notamment, s'attachent aux conditions techniques et pratiques de leurs id&#233;es. La communaut&#233; Eden, pr&#232;s de Berlin, d&#232;s la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, associera le v&#233;g&#233;tarisme &#224; l'agriculture naturelle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La Colonie v&#233;g&#233;tarienne arboricole Eden, l'agriculture naturelle, et le pionnier Ewald K&#246;neman&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Une partie du mouvement de &lt;em&gt;Lebensreform&lt;/em&gt;, la r&#233;forme agraire, a mis en pratique la recherche d'une vie simple, saine, modeste, en harmonie avec la nature, par l'installation dans la nature rurale et la construction d'une existence agricole donnant, sous l'influence du v&#233;g&#233;tarisme, la priorit&#233; &#224; l'horticulture et &#224; l'arboriculture. En 1893, dix-huit &lt;em&gt;Lebensreformern&lt;/em&gt; fondent la &lt;em&gt;Vegetarsiche Obstbau-Kolonie &#171; Eden &#187;&lt;/em&gt; (e.G.m.b.H) sur la commune d'Oranienburg, pr&#232;s de Berlin [&lt;a href='#nb3-54' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour les donn&#233;es concernant Eden, nous avons puis&#233; sur le site internet (...)' id='nh3-54'&gt;54&lt;/a&gt;]. Le mouvement qui donne naissance &#224; l'agriculture naturelle, et se d&#233;veloppe au sein de la colonie Eden, se pr&#233;sente comme un sorte de troisi&#232;me voie [&lt;a href='#nb3-55' class='spip_note' rel='footnote' title='Au niveau id&#233;ologique, la vari&#233;t&#233; du Lebensreform se retrouve &#224; Eden. On y (...)' id='nh3-55'&gt;55&lt;/a&gt;]. C'est-&#224;-dire qu'il conjugue le th&#232;me de la sant&#233; par la nature avec le souci d'une alternative socio-&#233;conomique au communisme et au capitalisme. Des membres d'Eden, tels Adolf Damaschke, &#233;criront sur la r&#233;forme fonci&#232;re, avec l'inspiration, notamment, de Henry George [&lt;a href='#nb3-56' class='spip_note' rel='footnote' title='Henry George (1839-1897), journaliste, &#233;diteur, et homme politique am&#233;ricain, (...)' id='nh3-56'&gt;56&lt;/a&gt;] ; Silvio Gesell, quant &#224; lui, travaillera sur l'&#233;conomie libre, apr&#232;s avoir fond&#233; une &lt;em&gt;Association physiocratique&lt;/em&gt; et avoir publi&#233; un ouvrage intitul&#233; &lt;em&gt;Ordre &#233;conomique naturel&lt;/em&gt; (1916). Plus g&#233;n&#233;ralement, le mod&#232;le alternatif de soci&#233;t&#233; lanc&#233; &#224; Eden se veut complet : la d&#233;marche autarcique interne comprend, outre l'arboriculture et l'horticulture, l'organisation coop&#233;rative, une banque coop&#233;rative, une &#233;cole propre.
&lt;br /&gt;Les premi&#232;res productions destin&#233;es aux magasins de r&#233;forme (&lt;em&gt;Reformhaus&lt;/em&gt;) font du beurre v&#233;g&#233;tal, des jus de fruits, des confitures. Aujourd'hui, fait &#171; absolument remarquable &#187; pour Heide Hoffmann und Grit Marx [&lt;a href='#nb3-57' class='spip_note' rel='footnote' title='Hoffmann H., et Marx G., (Humboldt-Universit&#228;t, Fakult&#228;tsschwerpunkt &#214;kologie (...)' id='nh3-57'&gt;57&lt;/a&gt;], la colonie Eden existe toujours, malgr&#233; la quasi mise en veille des quarante ann&#233;es de la RDA (1949-1989). Elle compte 1500 habitants sur 120 hectares. Les magasins de r&#233;forme, tr&#232;s nombreux et populaires en Allemagne, sont l'&#233;quivalent pr&#233;curseur de nos magasins bio [&lt;a href='#nb3-58' class='spip_note' rel='footnote' title='Evidemment ils ne sont plus approvisionn&#233;s par la seule structure Eden mais (...)' id='nh3-58'&gt;58&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;&#192; c&#244;t&#233; de la recherche de l'autosuffisance avec des produits alimentaires v&#233;g&#233;tariens, et la pratique d'un travail physique &lt;em&gt;&#224; l'air et &#224; la lumi&#232;re&lt;/em&gt;, la production de produits alimentaires de grande qualit&#233; &#233;tait au premier plan. Les doutes concernant les diverses qualit&#233;s de produits alimentaires et les risques sanitaires possibles ont justifi&#233; la renonciation &#224; l'application d'engrais chimiques azot&#233;s et aux produits phytosanitaires contenant des m&#233;taux lourds. Le professeur d'agriculture Richard Bloeck (1863-1927) fut celui qui donna les orientations principales de l'agriculture d&#233;velopp&#233;e &#224; Eden. Celles-ci furent d&#233;velopp&#233;es et syst&#233;matis&#233;es par Ewald K&#246;neman (1899-1976). Au d&#233;but des ann&#233;es 1920, le jeune Ewald K&#246;neman va vivre au sein de la colonie Eden, o&#249; il re&#231;oit de Richard Bloeck, alors retrait&#233;, les incitations cruciales pour d&#233;velopper un syst&#232;me d'agriculture &#233;cologique. Ainsi, &#224; partir des id&#233;es du mouvement de r&#233;forme de vie, le syst&#232;me d'agriculture naturelle s'est d&#233;velopp&#233; dans les ann&#233;es 1920-1930. Une revue, intitul&#233;e &lt;em&gt;Ceux qui cultivent la terre&lt;/em&gt;, et sous-titr&#233;e &lt;em&gt;Revue pour la garantie des principes de vie&lt;/em&gt;, est fond&#233;e en 1925 par Walter Rudolph pour soutenir ce premier syst&#232;me d'agriculture &#233;cologique allemand. Elle a sert &#224; l'&#233;change d'informations en offrant un forum pour les agriculteurs qui se sont occup&#233;s de questions de la recherche agronomique. Ewald K&#246;nemann devient directeur de cette revue en 1928. Il contribue particuli&#232;rement au d&#233;veloppement de l'agriculture naturelle en rassemblant un savoir scientifique concernant une approche biologique de la fertilit&#233; des sols et les questions de la gestion de l'humus. Son &#233;tude intitul&#233;e &lt;em&gt;Agriculture sans b&#233;tail, Culture naturelle&lt;/em&gt;, parue en 1925 dans un journal du &lt;em&gt;Lebensreform [&lt;a href='#nb3-59' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans le TAO-Monatsbl&#228;tter f&#252;r Verinnerlichung und Selbstgestaltung, 11, 1925. (...)' id='nh3-59'&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;, contient d&#233;j&#224;, tout pr&#234;t, de nombreux &#233;l&#233;ments centraux de l'agriculture biologique. Les concepts de K&#246;nemann sont expos&#233;s sur plus de 400 pages dans son travail central, paru en trois parties, entre 1931 et 1937, et intitul&#233; &lt;em&gt;Culture biologique du sol et &#233;conomie de la fertilisation&lt;/em&gt;. Selon Wolfgang Schaumann et alii [&lt;a href='#nb3-60' class='spip_note' rel='footnote' title='. Schaumann, W., et alii, Geschichte des &#246;kologischen Landbaus, op. cit ; (...)' id='nh3-60'&gt;60&lt;/a&gt;], mais aussi selon Gunter Vogt, ce travail contient des vues encore d'actualit&#233; sur la dynamique de l'humus. La d&#233;marche agronomique de K&#246;nemann vise &#224; la construction et &#224; l'entretien d'un sol biologiquement actif, dot&#233; d'un sol &#224; la structure grumeleuse stable, et riche en humus. Il donne des indications sur l'am&#233;lioration de la pr&#233;paration du fumier et du compostage, sur un travail du sol sans le retourner, la couverture du sol, ainsi que sur l'usage des composts de d&#233;chets urbains. Il publie plusieurs brochures, sur l'horticulture (1940), sur le compostage (1941), sur la culture des fruitiers ol&#233;agineux (1943). Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, il travaille avec le concept g&#233;n&#233;ral de &#171; bionomie &#187;, proche du concept d'&#233;cologie, en fondant le journal &lt;em&gt;Bionomica&lt;/em&gt;. Il publie plusieurs ouvrages, notamment &lt;em&gt;L'homme dans le royaume de l'ordre, Lois de la vie et ordre de la vie&lt;/em&gt;, en 1976 [&lt;a href='#nb3-61' class='spip_note' rel='footnote' title='Der Mensch im Reich der Ordnung, Lebensgesetze und Lebensordnung, (...)' id='nh3-61'&gt;61&lt;/a&gt;]. Bien qu'il se soit impliqu&#233;, d&#232;s les ann&#233;es 1930, dans la cr&#233;ation d'organisations ayant &#233;tabli des certifications, directives, et contr&#244;les des pratiques de l'agriculture biologique, et qu'il ait anim&#233;, d'autre part, des rencontres d'&#233;change sur le sujet, de 1952 &#224; 1959 (&#171; &lt;em&gt;Les semaines bionomiques&lt;/em&gt; &#187;), ses id&#233;es n'ont pas perc&#233;. N&#233;anmoins, en Suisse, Mina Hofstetter (1883-1967) reprendra ses id&#233;es dans &lt;em&gt;Nouvelle agriculture, ancien savoir&lt;/em&gt; (1942). Maria M&#252;ller donnera une descendance plus significative aux id&#233;es de Mina Hofstetter, &#224; travers le mouvement organo-biologique M&#252;ller-Rusch. D'autre part, la Soci&#233;t&#233; suisse pour l'agriculture biologique (SGBL) a repris les approches de K&#246;neman et organis&#233;, en partenariat avec la cha&#238;ne de supermarch&#233; Migros, la commercialisation de l&#233;gumes produits biologiquement.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;La critique romantique des fondateurs de l'agriculture biologique&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Dans leur ouvrage intitul&#233; &lt;em&gt;R&#233;volte et m&#233;lancolie, Le romantisme &#224; contre-courant de la modernit&#233;&lt;/em&gt;, Michael L&#246;wy et Robert Sayre [&lt;a href='#nb3-62' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. L&#246;wy M. et Sayre R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, Le romantisme &#224; contre-courant (...)' id='nh3-62'&gt;62&lt;/a&gt;] ont mis en &#233;vidence l'extension politique, &#233;conomique, et social d'un courant de pens&#233;e que l'on a trop tendance &#224; r&#233;duire &#224; la litt&#233;rature. La r&#233;volte contre la &#171; scientifisation &#187; m&#233;canique, la marchandisation et l'industrialisation &#171; froides &#187; du monde, a nourri de nombreuses &#339;uvres cherchant &#224; d&#233;passer une sorte d'inversion g&#233;n&#233;rale des valeurs ayant cours dans la soci&#233;t&#233; occidentale moderne, &#224; tel point que la soci&#233;t&#233; finirait par ne plus &#234;tre qu'une collection d'individus atomis&#233;s et sans rep&#232;res communs. Les n&#233;cessit&#233;s primaires, telles la nourriture et le &#171; moral &#187;, &#224; savoir l'existence d'un sens global motivant l'humain &#224; vivre, seraient bafou&#233;es dans la modernit&#233;. Michael L&#246;wy et Robert Sayre ont propos&#233; une typologie de cette critique de la modernit&#233; se d&#233;clinant en cinq th&#232;mes : le d&#233;senchantement du monde, la quantification du monde, la m&#233;canisation du monde, l'abstraction rationaliste, et la dissolution des liens sociaux. Tous ces th&#232;mes se retrouvent peu ou prou dans l'&#339;uvre des fondateurs de l'agrobiologie. Nous avons choisi d'insister plus particuli&#232;rement sur trois d'entre eux : le d&#233;senchantement du monde, compens&#233;, chez les fondateurs, par une propension &#224; une mystique biologique ou cosmique (&#167;2142) ; la marchandisation et l'exploitation du monde, compens&#233;e par le souci de redonner le primat &#233;conomique et social &#224; une agriculture respectueuse de la fertilit&#233; et pourvoyeuse des nourritures essentielles &#224; la survie des hommes (&#167;22), tout en &#233;tant au service des agriculteurs et non une promotion de leur d&#233;racinement (&#167;23) ; le rejet d'un rationalisme &#233;troit, compens&#233; par une ouverture aux questions spirituelles et par la volont&#233; d'&#233;tablir un savoir global (&#167;24)
&lt;br /&gt;Mais avant d'aborder le th&#232;me du d&#233;senchantement et du r&#233;enchantement du monde chez les fondateurs, rassemblons un peu les divers traits d'ensemble de cette critique romantique agrobiologique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Des critiques de la quantification, de la m&#233;canisation, de l'abstraction rationaliste, et de la dissolution des liens sociaux&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Tout au long de ce travail, nous retrouverons maints aspects d'une critique transversale mais globale de la modernit&#233; occidentale chez les fondateurs, ce qui est normal chez des auteurs aspirant &#224; une agriculture alternative. Howard d&#233;nonce la multiplication des chiffres, tableaux et graphiques dans la production des sciences agronomiques comme une sorte de masque d'une certaine ignorance scientifique. Masanobu Fukuoka juge l'approche scientifique de la nature comme un leurre &#171; centrifuge &#187;, au sens o&#249; la multiplication des points de vue nous &#233;loignerait de l'unit&#233; absolue de la nature. La science exp&#233;rimentale, bas&#233;e sur les poids et mesures, est jug&#233;e parfaitement insuffisante par Steiner, au nom du dynamisme cosmique, lequel serait d&#233;terminant et seulement appr&#233;hendable &#224; travers la sensibilit&#233; et la vision occulte. Hans Peter Rusch affirmera que la pens&#233;e du Tout vivant est n&#233;cessaire pour appr&#233;hender correctement la biologie et l'agriculture, les analyses scientifiques ne venant qu'en position seconde. Au c&#339;ur m&#234;me de l'agriculture biologique se trouve ainsi affirm&#233;e l'irr&#233;ductibilit&#233; du vivant &#224; la science physico-chimique et m&#233;caniste. Qu'il s'agisse de vitalisme, de holisme biologique ou cosmique, l'essentiel consiste, pour les fondateurs de l'agrobiologie, &#224; rechercher une perspective sur le vivant qui prenne en compte un ensemble de &lt;em&gt;processus&lt;/em&gt; intimement articul&#233;s et incompr&#233;hensibles par la seule analyse de diverses &lt;em&gt;substances.&lt;/em&gt; A ce titre, les &#233;l&#233;ments fondamentaux de la nutrition v&#233;g&#233;tale, mis en &#233;vidence par l'agrochimie, ne seraient que le r&#233;sultat d'une approche abstraite, aveugle &#224; des processus naturels biologiques plus importants mais plus difficiles &#224; cerner. Les myst&#232;res de l'humus nourrissent la recherche et les sp&#233;culations des fondateurs de l'agrobiologie.
&lt;br /&gt;Sur le plan social, le capitalisme et le d&#233;veloppement de l'agriculture marchande sont souvent mis en balance avec l'agriculture vivri&#232;re, avec l'agriculture en tant que &lt;em&gt;ressource vitale&lt;/em&gt;, destin&#233;e &#224; produire des aliments de bonne qualit&#233; susceptible d'entretenir notre sant&#233; et d'&#233;viter les maladies. Il y a aussi, chez les fondateurs, une nostalgie de la qualit&#233; de vie paysanne et le d&#233;sir de retrouver des rapports sociaux plus profonds, au-del&#224; de la logique de la comp&#233;tence impos&#233;e par les progr&#232;s de la division du travail dans le mode de production industriel. A ce titre, la diversit&#233; des t&#226;ches assum&#233;es par les paysans traditionnels, mais aussi le travail artisanal, sont valoris&#233;es, par exemple chez Howard et les intellectuels pionniers du mouvement organique, comme dans le parti politique &#171; transversal &#187; cr&#233;&#233; par Hans M&#252;ller, durant l'entre deux guerres. Venons-en maintenant plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; la critique agrobiologique du d&#233;senchantement et d&#233;couvrons comment les efforts fournis par les fondateurs pour remettre du sacr&#233; ou de l'absolu dans l'agriculture et/ou la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une critique g&#233;n&#233;rale : d&#233;senchantement et r&#233;enchantement agrobiologique de la nature&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En union avec le motif fondamental du romantisme, qui s'&#233;rige face &#224; la &lt;em&gt;s&#233;paration&lt;/em&gt; moderne d'avec le divin et d'avec le monde de l'exp&#233;rience humaine et sensible ordinaire, les fondateurs de l'agriculture biologique ont trait&#233; de la nature sur un registre d&#233;passant le strict r&#233;ductionnisme scientifique. La nature des fondateurs, et la qualit&#233; du rapport des hommes &#224; celle-ci, auraient quelque chose &#224; voir avec ce qu'il y a de fondamental dans l'homme et avec ce qu'il peut y avoir de sacr&#233; dans l'univers. Dans ces paragraphes, nous &#233;tudierons successivement la question chez Howard, M&#252;ller, Rusch, et Fukuoka. Il est inutile que nous nous attardions maintenant sur le cas de Rudolf Steiner, puisque nous montrerons, plus loin et amplement, qu'il ne saurait y avoir d'approche anthroposophique s&#233;rieuse de la nature sans tenir compte des esprits et &#233;nergies suprasensibles qui la d&#233;termineraient : au sens &lt;em&gt;magique&lt;/em&gt; et premier du terme &#171; enchantement &#187;, &lt;em&gt;le monde de la bio-dynamie est sans conteste un monde r&#233;enchant&#233;&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sir Albert Howard&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard est celui chez qui cette perspective se voit le moins. Dans ses textes, aucune r&#233;f&#233;rence directe &#224; Dieu, ni &#224; l'&#233;sot&#233;risme, pas plus aux mythes. Mais il faut nuancer. L'anglais ne manque pas, en effet, d'&#233;voquer r&#233;guli&#232;rement &#171; notre m&#232;re la nature &#187; dans son &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;. De m&#234;me, il a tendance, sinon &#224; personnifier ou diviniser la nature, du moins &#224; l'&#233;riger en absolu, en orthographiant fr&#233;quemment, dans un tr&#232;s grand nombre de ses &#233;crits, le mot &#171; Nature &#187; avec une majuscule. Et surtout, il n'aura pas retir&#233;, de son long s&#233;jour en Inde, uniquement une m&#233;thode affin&#233;e de compostage et diverses innovations agronomiques. Il a mis un nom sur sa vision g&#233;n&#233;rale du fonctionnement biologique de la plan&#232;te : la loi du retour. Et cette th&#233;orie globale, qu'il applique dans le compostage, il reconnait en trouver confirmation dans une notion centrale de la culture d'Orient, &#171; la roue de la vie &#187; [&lt;a href='#nb3-63' class='spip_note' rel='footnote' title='Conford P., The Origins of the Organic Movement, p. 63-64.' id='nh3-63'&gt;63&lt;/a&gt;]. Or, il est pratiquement impossible de s&#233;parer philosophie et religiosit&#233; dans la culture orientale, laquelle est un ensemble de visions du monde, qui, au-del&#224; de leurs variations, convergent dans un naturalisme o&#249; esprits et dieux demeurent toujours pr&#233;sents. D'autre part, les origines du mouvement organique anglais, &#233;tudi&#233;es par Philip Conford [&lt;a href='#nb3-64' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid. Sur ce point, voir aussi Barton G., Sir Albert Howard and the (...)' id='nh3-64'&gt;64&lt;/a&gt;], comptent, outre Howard, bien des hommes impr&#233;gn&#233;s de sensibilit&#233; religieuse romantique. Mentionnons seulement les profils tout &#224; fait romantiques de pr&#233;curseurs directs du mouvement organique anglais, tels Philip Mairet ou Alec Vidler, tourn&#233;s vers l'image d'une chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale en harmonie avec la &#171; loi naturelle &#187;, par exemple dans ses rapports &#224; la terre aussi bien que dans ses &#233;quilibres sociaux et professionnels entre les villes et les campagnes. Deux organisations regroupent ces intellectuels pionniers, la &lt;em&gt;William Temple's Malvern Conference&lt;/em&gt; et le &lt;em&gt;Council for the Church and Countryside&lt;/em&gt;. Sir Albert Howard a &#233;t&#233; membre de la seconde. Ainsi, bien que Howard ait &#233;t&#233; soucieux de s&#233;parer les registres de la raison et de la science d'un c&#244;t&#233;, d'avec ceux de la religion et de la mystique, de l'autre, on pourra n&#233;anmoins se demander s'il n'est pas demeur&#233;, au moins partiellement, tributaire d'une conception mythique - cyclique - de la nature. A la fin de sa vie, le fait qu'il postule un cycle des prot&#233;ines dans la nature constitue un indice suppl&#233;mentaire pour cette ligne d'interpr&#233;tation.
&lt;br /&gt;Passons maintenant &#224; la perspective sur le d&#233;senchantement et ses recours d&#233;velopp&#233;e par Hans M&#252;ller, le fondateur de l'agriculture biologique se pr&#233;sentant le plus ouvertement comme chr&#233;tien dans son combat pour les paysans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hans M&#252;ller : une agriculture biologique sous la banni&#232;re du christianisme&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La position romantique d'Hans M&#252;ller, le compagnon d'Hans Peter Rusch sur la route Bio, m&#233;riterait, en raison de l'ampleur qu'elle occupe dans ses &#233;crits, une &#233;tude enti&#232;re. N'oublions pas que la perspective d'un &lt;em&gt;romantisme politique&lt;/em&gt;, tel que d&#233;fini par Micha&#235;l L&#246;wy et Robert Sayre, qui serait agricole ou agrarien ici, aurait sans doute de quoi &#234;tre largement f&#233;conde avec la carri&#232;re politique, institutionnelle puis originale, apr&#232;s guerre, de Hans M&#252;ller. Pour notre part, apr&#232;s les remarques qui vont suivre, son approche sociale et culturelle sera encore examin&#233;e dans sa critique du capitalisme et du mat&#233;rialisme (&#167;224). Soulignons pour commencer, que, parmi les fondateurs europ&#233;ens du mouvement agrobiologique contemporain, Hans M&#252;ller est, sans discussion possible, celui qui affiche le plus explicitement sa foi chr&#233;tienne [&lt;a href='#nb3-65' class='spip_note' rel='footnote' title='Rappelons d&#233;j&#224; que Rudolf Steiner ne proclamait pas une foi chr&#233;tienne mais (...)' id='nh3-65'&gt;65&lt;/a&gt;]. En effet, il y a peu d'articles de sa main, parmi ceux qu'il a fait para&#238;tre dans sa revue &lt;em&gt;Kultur und Politik&lt;/em&gt;, qui ne porte une r&#233;f&#233;rence explicite aux valeurs chr&#233;tiennes. Il faut plut&#244;t retenir, avec le protestant Hans M&#252;ller, l'existence d'un courant d'agriculture biologique d'origine chr&#233;tien et agrarien. Un nombre non n&#233;gligeable de ses &#233;crits citent la Bible (le Nouveau Testament) voire commencent par une citation du Livre saint des disciples du Christ. Mais il s'agit d'un christianisme rural. Dans un article sur &#171; Foi et technique &#187; M&#252;ller associe de fa&#231;on particuli&#232;re l'agriculture et la foi chr&#233;tienne. D&#233;j&#224;, quand il &#233;crit ce texte, &#224; la charni&#232;re des ann&#233;es 1940 et 1950, il a pleine conscience que seules les personnes ayant v&#233;cu et grandi dans la tradition du milieu paysan peuvent comprendre ces &#171; choses sublimes dont ne discute qu'avec r&#233;ticence dans la famille agricole &#187;. Mais il croit que chacun des membres d'une famille agricole a malgr&#233; tout encore &#171; conscience que c'est cette responsabilit&#233; ultime mutuelle qui r&#232;gle la vie commune &#224; la ferme, entre l'agriculteur et sa femme, entre le ma&#238;tre et l'ouvrier, entre les anciens et les jeunes &#187;. Le p&#232;re de l'agriculture organo-biologique voit dans &#171; cette attitude croyante &#187; la force d'accepter les coups durs. Il raconte une vie et un travail agricole traditionnel empli d'invocations et de pri&#232;res, pour les semis, la protection des &#233;tables, la vie de famille, etc. La force de caract&#232;re des paysans serait venue de leur foi. A l'appui de son interpr&#233;tation, Hans M&#252;ller ne manque de faire r&#233;f&#233;rence &#224; la tradition jud&#233;o-chr&#233;tienne. La Bible contiendrait un rapprochement particulier de la foi avec l'agriculture : &#171; C'est la foi qui d&#233;voile &#224; l'agriculteur le sens le plus profond et plus beau de son travail et ses valeurs &#233;ternelles. J&#233;sus Christ lui-m&#234;me a tir&#233; des images inoubliablement belles du travail de l'agriculteur. Quelles valeurs profondes et &#233;ternelles il a aper&#231;u &#8211; pour ne citer qu'une seule de ses images &#8211; dans le semis ! &#187; [&lt;a href='#nb3-66' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., Glaube und Technik, Der Glaube des Bauern, II, op (...)' id='nh3-66'&gt;66&lt;/a&gt;] M&#234;me si M&#252;ller ne le th&#233;matise pas explicitement dans cet article, on peut &#233;clairer rapidement [&lt;a href='#nb3-67' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous travaillons ce th&#232;me de mani&#232;re plus sp&#233;culative dans notre quatri&#232;me (...)' id='nh3-67'&gt;67&lt;/a&gt;] ce qu'il y a au fondement de sa vision de l'agriculture &#171; th&#233;ologique &#187; et base de la soci&#233;t&#233;. Le th&#232;me de fond consiste dans un id&#233;al anthropologique qui serait tributaire du lien de l'homme &#224; la terre. La figure de l'homme-agriculteur d&#233;signerait largement plus qu'un m&#233;tier, elle parlerait de l'essence de l'homme. Perdre le lien &#224; la terre serait pour l'homme comme une menace de perdre son identit&#233;. Une interpr&#233;tation litt&#233;rale de la Gen&#232;se voit Adam et Eve invit&#233;s &#224; cultiver la terre ; dans les paraboles morales et existentielles de la Bible, les images emprunt&#233;es &#224; l'agriculture ou &#224; la nature dominent sur tous les autres types. La foi traditionnelle rurale, qu'Hans M&#252;ller entend entretenir chez les agriculteurs qui le suivent, concernerai ainsi rien de moins que le destin de l'humanit&#233;. Au-del&#224; de la maxime relativement triviale selon laquelle les agriculteurs travaillent pour nourrir les hommes, la pens&#233;e d'Hans M&#252;ller ouvrirait vers une v&#233;ritable philosophie de l'agriculture, de l'homme, et de la soci&#233;t&#233;. Absolument sans vouloir d&#233;valoriser son intention, notons que de la sorte, le protestant Hans M&#252;ller semble en harmonie avec un catholicisme traditionnel depuis longtemps largement ringardis&#233;. Le succ&#232;s de son mouvement d'agriculture biologique prouve qu'il a su d&#233;pass&#233; la nostalgie pass&#233;iste sans tomber compl&#232;tement dans le mat&#233;rialisme ath&#233;e qu'il a d&#233;non&#231;&#233;. Mais revenons pour l'instant &#224; la nostalgie paysanne de M&#252;ller.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'instar des pr&#233;curseurs de l'&#233;cole organique [&lt;a href='#nb3-68' class='spip_note' rel='footnote' title='C'est Philip Conford qui emploie l'expression &#171; organic school &#187; &#224; propos des (...)' id='nh3-68'&gt;68&lt;/a&gt;], M&#252;ller ne cache pas sa nostalgie pour le monde paysan pr&#233;industriel. Il le d&#233;peint ici d'une mani&#232;re tr&#232;s vivante, en relatant ses souvenirs d'enfant de paysans. On y sent presque litt&#233;ralement le merveilleux paysan-chr&#233;tien. Mais pr&#233;cisons que la th&#232;se w&#233;b&#233;rienne du d&#233;senchantement du monde peut exhaler des relents pa&#239;ens qui ne conviennent pas &#224; la spiritualit&#233; chr&#233;tienne. La lutte m&#252;llerienne contre l'envahissement par le &#171; marais mat&#233;rialiste &#187; [&lt;a href='#nb3-69' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., Glaube und Technik, Der Glaube des Bauern, II, op. (...)' id='nh3-69'&gt;69&lt;/a&gt;] ne saurait consister &#224; r&#233;introduire dans les campagnes les f&#233;es et autres divinit&#233;s des sources. L'esprit de la nostalgie et de la critique exprim&#233;e par M&#252;ller sont port&#233;s tout entier par un Dieu transcendant, comme il est orient&#233; sur le travail de la terre que le dieu biblique souhaiterait d'une mani&#232;re toute particuli&#232;re. En aucun cas il ne s'agit de voir dans la terre elle-m&#234;me de quelconques enchantements [&lt;a href='#nb3-70' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme chez Rudolf Steiner&#8230;' id='nh3-70'&gt;70&lt;/a&gt;]. Ecoutons cette &#233;vocation, longue mais pleine d'une nostalgie &#233;mouvante, celle d'un pass&#233; d&#233;j&#224; lointain, pour nous habitants du XXI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Celui qui ne peut plus prier Dieu, se livre &#224; l'idol&#226;trie. Celui qui ne vie plus sa vie et n'effectue plus son travail sous son &#339;il paternel, celui-l&#224; perd les r&#233;f&#233;rences et le respect. Qui s'&#233;tonne si ce d&#233;veloppement nous apporte une &#232;re sans respect et sans amour ? Aucun autre m&#233;tier n'est autant l&#233;s&#233; que celui du cultivateur si on l'&#233;value avec un esprit froid, mat&#233;rialiste et sans respect. Comment une jeune g&#233;n&#233;ration, ayant grandi dans un tel esprit, et ne sachant rien du respect, peut-elle prendre la mesure des plus belles valeurs du m&#233;tier agricole, lesquelles ne peuvent pas &#234;tre exprim&#233;es en chiffres ?
&lt;br /&gt;En parall&#232;le de cette &#233;volution interne de l'esprit se d&#233;veloppe aussi la m&#233;canisation et la technicisation des travaux et de la vie agricoles. Ainsi, en agriculture, le moteur va vaincre. La rapidit&#233; devient omni-importante. Ce d&#233;veloppement a &#233;t&#233; co-fond&#233; et favoris&#233; par le manque de main d'&#339;uvre n&#233;cessaire pour le travail dans les champs. Mais, r&#233;ciproquement, l'idol&#226;trie de la machine, du moteur, favorise notablement la fuite du travail agricole par la jeune g&#233;n&#233;ration. Pourtant, aucun travail n'a tant &#224; perdre, en s'immergeant dans le bruit et le rythme de la machine ; que celui du cultivateur. Nous nous souviendrons toujours des soir&#233;es d'&#233;t&#233; inoubliables de la p&#233;riode des moissons.
&lt;br /&gt;Oubli&#233;s les difficult&#233;s de la journ&#233;e, quand, suivant le p&#232;re et une douzaine d'autres, en brandissant la fauche d'herbe humide de ros&#233;e, quand, &#224; la fin de la journ&#233;e, les cris de joie et les chansons r&#233;sonnaient dans la vall&#233;e.
&lt;br /&gt;Et aujourd'hui ? Les chansons sont muettes. Le cultivateur ne sait plus chanter. Qui en aurait encore le temps ? A la place, c'est le bruit des moissonneuses-batteuses qui rompent le calme des soir&#233;es d'&#233;t&#233;. Comme nous nous sentions importants, lorsque nous &#233;tions autoris&#233;s &#224; guider le cheval de devant. Calmement, les chevaux bruns tiraient la charrue le long des raies. Quel temps m&#233;ditatif magnifique ! Ce v&#233;cu profond, aujourd'hui, ne subsiste que dans les po&#232;mes et nous rappelle un temps heureux. Parce que trop souvent le bruit des moteurs a vol&#233; le calme et la m&#233;ditation au travail agricole.
&lt;br /&gt;Ou bien encore, qu'est ce que l'&#233;volution a laiss&#233; des semailles ? D'antan, nous &#233;tions &#224; c&#244;t&#233; du p&#232;re semant. Quelle image magnifique quand, sorti de la gibeci&#232;re, jet par jet, le semis &#233;tait confi&#233; &#224; la terre, les graines sautant sur les mottes. Oubli&#233;e la fatigue des jambes encore petites &#224; l'&#233;poque. Il nous restait le souvenir du respect et de la d&#233;votion avec lesquels le p&#232;re effectuait ce travail. Pour cela, &#233;galement, le cultivateur de nos jours n'a plus le temps. Certes, aujourd'hui aussi des jeunes agriculteurs sillonnent la terre. Ils suivent la machine &#224; semis, la surveillant afin de voir s'il n'y a pas de trou bouch&#233; et si elle fait correctement le boulot.
&lt;br /&gt;Le nombre de tels exemples pourrait &#234;tre multipli&#233;. D'antan, le travail agricole laissait le temps &#224; l'homme pour le recueillement et la contemplation. A chaque pas, il le conduisait vers les ultimes questions de sa vie. Le temps, la vitesse et la technique ont largement vol&#233; l'&#226;me du travail le plus beau &#187; [&lt;a href='#nb3-71' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., Glaube und Technik, Der Glaube des Bauern, II, op. (...)' id='nh3-71'&gt;71&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, comme il l'&#233;crit lui-m&#234;me, malgr&#233; la nostalgie, Hans M&#252;ller ne cherche pas &#224; &#171; tourner la roue du temps en arri&#232;re &#187;. Son inqui&#233;tude devant les risques de l'esclavage machinal ne le m&#232;ne pas &#224; inviter ses amis agriculteurs &#224; suivre les luddites. Pas plus il n'aspire &#224; un renversement r&#233;volutionnaire de type marxiste. Non, sa solution il la voit dans l'annonce du Christ Sauveur et un rapport vivant avec lui. Un renouveau du dynamisme de la foi devrait permettre un discernement dans l'&#233;volution historique afin d'y choisir et construire des cadres de vie [&lt;a href='#nb3-72' class='spip_note' rel='footnote' title='Des cadres de vie l&#233;gaux, notamment : Hans M&#252;ller, m&#234;me apr&#232;s sa carri&#232;re (...)' id='nh3-72'&gt;72&lt;/a&gt;] ainsi que des organisations du travail o&#249; l'humain reste servi et non asservi par elle. Une autre fa&#231;on de noter que M&#252;ller n'est pas un nostalgique pass&#233;iste consiste &#224; rappeler qu'il a tent&#233; de faire vivre un parti politique un peu incongru dans l'&#232;re industrielle, entre 1918 et 1935. Ainsi, le &#171; Parti paysans-artisans-citoyens &#187; entend faire converger des personnes aux int&#233;r&#234;ts professionnels et &#233;conomiques de plus en plus divergents, en tout cas selon le syst&#232;me &#233;conomique dominant. La fin de sa participation &#224; ce parti co&#239;ncide d'ailleurs avec la fin de sa collaboration avec les socialistes. Les socialistes des ann&#233;es 1930, autrement influenc&#233;s par la pens&#233;e marxienne que ceux d'aujourd'hui, pouvaient consid&#233;rer le monde rural fortement peupl&#233; de familles de petits et moyens paysans comme un caract&#232;re r&#233;siduel de l'histoire, condamn&#233; &#224; s'&#233;tioler &#224; mesure du d&#233;veloppement de la civilisation industrielle. On comprend, dans cette optique, que l'on puisse voir des &#171; antagonismes de classes &#187; entre les paysans et les citoyens-bourgeois beaucoup plus int&#233;gr&#233;s &#224; la modernit&#233;. Bien que connaissant les analyses marxiennes, Hans M&#252;ller ne les partagera jamais. Dans les extraits suivants, la foi biblique est pr&#233;sent&#233;e comme la base nourrici&#232;re du dynamisme des agriculteurs, tant sur le plan &#233;conomique que sur celui du progr&#232;s culturel de la personne et de la famille. Mais la foi rurale est aussi pr&#233;sent&#233;e comme le &#171; sanctuaire &#187; o&#249; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; peut se ressourcer :
&lt;br /&gt;&#171; Celui qui veut vraiment aider les ruraux doit s'efforcer d'augmenter de plus en plus le nombre de ceux qui prennent position envers les questions de la vie, de la profession, des choses et des humains de leur entourage, &#224; partir de leur rapport vivant avec le Christ. Bien s&#251;r, cette partie de la population rurale se doit de ma&#238;triser sans d&#233;faut ses questions professionnelles, se constituant ainsi une base &#233;conomique solide, si elle veut agir comme le levain pour le pain et contribuer &#224; la bonne qualit&#233; de la p&#226;te. C'est de ce point de vue qu'il faut comprendre notre application vis-&#224;-vis d'une valorisation juste du travail agricole, comme notre soutien et conseil pour chacun concernant les domaines les plus divers de sa vie et son travail, mais toujours avec le but de cr&#233;er et s&#233;curiser l'ascension culturelle de l'individu et de sa famille par sa s&#233;curit&#233; &#233;conomique. Nous sommes conscients que nous ne pouvons r&#233;ussir &#224; cr&#233;er des valeurs solides uniquement &#224; condition que notre &#339;uvre soit port&#233;e par l'ultime responsabilit&#233; envers le Christ. [&#8230;] Seuls les humains libres seront assez forts pour ce service, qui apportera du sens et de la perspective &#224; leur vie. Que la population rurale reste pour un peuple un sanctuaire de cette libert&#233; ancr&#233;e dans une forte foi, c'est sa mission. C'est pourquoi une soci&#233;t&#233; ne devrait pas rester indiff&#233;rente envers la qualit&#233; de ses bases religieuses &#187; [&lt;a href='#nb3-73' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., Der moderne Mensch und sein Glaube, in Kultur und Politik, 1949, (...)' id='nh3-73'&gt;73&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;La vision transversale d'Hans M&#252;ller s'effor&#231;e donc de rassembler en un seul tout coh&#233;rent, d'une part, une foi chr&#233;tienne vivante au service de l'&#233;mancipation, d'autre part une conception agrarienne de la soci&#233;t&#233;, selon laquelle la vie paysanne et agricole constitue une base et un p&#244;le d'&#233;quilibre n&#233;cessaire &#224; la vie et au d&#233;veloppement de l'ensemble des activit&#233;s, et enfin un ensemble de conseils sur la vie agricole et le d&#233;veloppement culturel des paysans. Par rapport aux cat&#233;gories propos&#233;es dans l'ouvrage &lt;em&gt;R&#233;volte et m&#233;lancolie&lt;/em&gt;, on peut dire que M&#252;ller emprunte des &#233;l&#233;ments au &#171; romantisme r&#233;formateur &#187;, par ses actions l&#233;gislatives et ses campagnes politiques, mais aussi qu'il appartient au &#171; romantisme utopique &#187;, en tant qu'il d&#233;nonce capitalisme et mat&#233;rialisme en proposant des modes d'organisation sociale alternatif. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il pourrait &#234;tre int&#233;ressant de comparer sa d&#233;marche avec le &#171; romantisme populiste &#187; d'un autre suisse, l'historien et &#233;conomiste Jean-Charles Sismondi. En effet, celui-ci critiquait l'industrialisme non d'un point de vue interne, &#233;conomique, mais depuis une r&#233;flexion morale : &#171; Je combattrai toujours le syst&#232;me d'industrialisation, qui a mis la vie humaine au rabais &#187; [&lt;a href='#nb3-74' class='spip_note' rel='footnote' title='Sismondi J.-C., Etudes sur l'&#233;conomie politique, cit&#233; in L&#246;wy, M. et Sayre, R., (...)' id='nh3-74'&gt;74&lt;/a&gt;]. Le m&#234;me Sismondi refusait, &#224; la suite d'Aristote, la chr&#233;matistique ou la recherche de la richesse comme but en soi, comme, un si&#232;cle avant M&#252;ller, &#171; la r&#233;duction des hommes &#224; la condition de machines &#187;. Sur le plan social, il se r&#233;f&#233;rait au Moyen-Age, par exemple aux r&#233;publiques italiennes, et il r&#234;vait d'une soci&#233;t&#233; de petits artisans et propri&#233;taires paysans. La commune rurale traditionnelle de Russie servira aussi de r&#233;f&#233;rence aux &#233;crivains du pays o&#249; la doctrine de Sismondi conna&#238;tra son plus grand d&#233;veloppement. Outre des &#233;conomistes &#171; plus ou moins influenc&#233;s par Sismondi &#187; (Efroussi, Vorontsov, Nicolaion), il faudrait citer le philosophe Herzen, mais surtout Tolsto&#239;, qui, parmi les grands &#233;crivains russes, &#171; montre la plus grande affinit&#233; avec le culte populiste de la paysannerie &#187; [&lt;a href='#nb3-75' class='spip_note' rel='footnote' title='L&#246;wy M. et Sayre R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, op. cit., p. 108-110. Il faudrait (...)' id='nh3-75'&gt;75&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Voyons maintenant comment son coll&#232;gue Hans Peter Rusch se positionne sur cette question du d&#233;senchantement du monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le holisme biologique chez Hans Peter Rusch ou la nostalgie de l'harmonie homme-nature&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Point chez Rusch d'importants d&#233;veloppements sur la foi, l'&#233;mancipation des hommes ou l'organisation id&#233;ale de la soci&#233;t&#233;. Comme m&#233;decin et biologiste sa pens&#233;e fut enti&#232;rement d&#233;volue &#224; un effort visant finalement &#224; percer les secrets du vivant. Et c'est aux fondements de son approche philosophique et scientifique que nous retrouvons le d&#233;senchantement. En effet, chez Hans Peter Rusch, le d&#233;senchantement moderne a atteint nos conceptions de la vie et nos relations concr&#232;tes aux &#234;tres vivants. Nous aurions perdu une conscience que les paysans, &#171; nos p&#232;res &#187;, avaient encore [&lt;a href='#nb3-76' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur l'identification ruschienne de &#171; nos p&#232;res &#187; avec la figure du &#171; paysan &#187; (...)' id='nh3-76'&gt;76&lt;/a&gt;] : &#171; respecter le miracle de la vie &#187;, &#234;tre &#171; humble face &#224; la merveille de la cr&#233;ation &#187; [&lt;a href='#nb3-77' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, Ed. Le courrier du livre, 1972 (Karl F. (...)' id='nh3-77'&gt;77&lt;/a&gt;]. Cette lecture de la conscience paysanne devant le ph&#233;nom&#232;ne du vivant peut certainement &#234;tre d&#233;fendue &#224; la lumi&#232;re de travaux d'historiens. Mais Rusch ajoute une id&#233;e plus discutable &#224; son tableau de la conscience humaine du pass&#233; : nous aurions &#224; nouveau &#171; &#224; &#234;tre conscients que l'homme n'est qu'un maillon de la cha&#238;ne biologique et demeure li&#233;, pour la vie ou pour la mort, aux autres maillons &#187; [&lt;a href='#nb3-78' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 307.' id='nh3-78'&gt;78&lt;/a&gt;]. L'id&#233;e est particuli&#232;rement discutable dans le contexte du mouvement de paysans chr&#233;tiens pour qui Hans Peter Rusch &#233;crit d'abord [&lt;a href='#nb3-79' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. sa d&#233;dicace de La f&#233;condit&#233; du sol &#224; Hans et Maria M&#252;ller, ou son (...)' id='nh3-79'&gt;79&lt;/a&gt;]. En effet, s'il est vrai que la Bible insiste sur la proximit&#233; de l'&#234;tre humain avec les autres &#234;tres vivants et le reste de la nature mat&#233;rielle en g&#233;n&#233;ral &#8211; en Gn 2,7 &#171; Dieu modela l'homme avec la glaise du sol -, ce serait un contresens grave que de croire que le c&#339;ur de la tradition jud&#233;o-chr&#233;tienne soit, vis-&#224;-vis de l'humain, arrim&#233; &#224; un mat&#233;rialisme, fut-il biocentrique. C'est m&#234;me une des originalit&#233;s profondes de cette tradition religieuse et culturelle que d'affirmer d'abord la transcendance de l'homme sur la nature. Ainsi, &lt;em&gt;la premi&#232;re mention de l'humain dans la Bible&lt;/em&gt;, au moment de sa cr&#233;ation, pr&#233;cise-t-elle, dans une r&#233;p&#233;tition significative : &#171; Dieu cr&#233;a l'homme &#224; son image, &#224; l'image de Dieu il le cr&#233;a &#187; (Gn 1,27). Du coup, il faut admettre que la tradition biblique expose &#224; la fois une double polarit&#233; de l'identit&#233; humaine, entre nature et image de Dieu, et le primat de l'image de Dieu dans l'homme. En interrogeant la Bible, ce primat permettrait de penser et de conna&#238;tre l'homme, en ce sens qu'il &#233;vacue toute h&#233;sitation paralysante sur l'importance respective de la nature et de la transcendance dans l'humain : comme l'humain serait d'abord image de Dieu, c'est en comprenant Dieu que l'homme pourrait se comprendre lui-m&#234;me.
&lt;br /&gt;Tout autre est cependant le raisonnement ruschien. Celui-ci ne consid&#232;re pas la singularit&#233; de l'homme dans la &#171; merveille de la cr&#233;ation &#187;. En rabaissant l'homme au statut de maillon dans la cha&#238;ne biologique [&lt;a href='#nb3-80' class='spip_note' rel='footnote' title='On a presqu'envie de dire que Rusch aurait pu parler de l'homme comme maillon (...)' id='nh3-80'&gt;80&lt;/a&gt;], ce n'est plus vers le divin que font signes ses appels &#224; l'humilit&#233; devant la &#171; merveille de la cr&#233;ation &#187; et au respect devant le &#171; miracle de la vie &#187;. Dans ses &#171; &lt;em&gt;Bases spirituelles &#187; [&lt;a href='#nb3-81' class='spip_note' rel='footnote' title='Il s'agit du titre de l'avant-dernier paragraphe de La f&#233;condit&#233; du sol (...)' id='nh3-81'&gt;81&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;, Hans Peter Rusch passe par un glissement, depuis un vocabulaire d'inspiration chr&#233;tienne jusqu'&#224; une imagerie d'inspiration pa&#239;enne, pour l&#233;gitimer ses conceptions de la biologie. Ainsi, &#171; retrouver la conviction qui &#233;tait celle de nos p&#232;res &#187; va consister en &#171; une conversion totale &#187; &#224; &#171; l'image du Tout vivant &#187; et au &#171; concept du Tout &#187; [&lt;a href='#nb3-82' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 307-308. Les travaux r&#233;cents (...)' id='nh3-82'&gt;82&lt;/a&gt;]. C'est du moins les &#171; armes spirituelles &#187; que Hans Peter Rusch propose pour l&#233;gitimer sa &#171; biologie globale &#187; : &#171; &lt;em&gt;Nous avons besoin d'armes spirituelles pour le combat de l'&#232;re biologique &#224; venir. Seule l'image du Tout vivant peut apprendre &#224; l'homme &#224; penser biologiquement&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-83' class='spip_note' rel='footnote' title='FS, ibid., p. 307.' id='nh3-83'&gt;83&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Nous allons d'abord pr&#233;senter le choix de la perspective holiste en science biologique fait par Hans Peter Rusch, en tentant de comprendre pourquoi il a eu besoin d'une telle posture de recherche dans une &#233;tude de la fertilit&#233; des sols. En le d&#233;couvrant, nous apercevrons la coloration statique qu'il donne &#224; la biosph&#232;re. Nous passerons alors &#224; une premi&#232;re identification de la notion ruschienne de la f&#233;condit&#233;, &#233;troitement imbriqu&#233;e avec son holisme. Les aspects &#171; spirituels &#187;, que nous venons d'&#233;voquer, resurgiront dans les aspects miraculaires de son approche de la fertilit&#233;. Finalement, l'analyse des id&#233;es les plus g&#233;n&#233;rales de la pens&#233;e ruschienne nous r&#233;v&#232;lera une tendance de fond &#224; une mystique biologique, bien dans la ligne du r&#233;enchantement romantique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour une biologie globale&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant d'aborder les grandes lignes du contenu du holisme ruschien (unit&#233; du vivant, cycles biologiques, f&#233;condit&#233;), nous allons pr&#233;ciser quelques aspects formels de cette perspective selon Rusch : son rapport &#224; la civilisation industrielle et &#224; l'organisation de la recherche scientifique ; l'&#233;tendue immense de la perspective ; la croyance acharn&#233;e de Rusch au concept central de son holisme, le cycle de la substance vivante ; sa justification de la science biologique global par un &#233;nigmatique et impr&#233;cis &#171; penser biologique &#187; global.
&lt;br /&gt;Selon Rusch, les institutions ne donneraient pas assez de moyens pour une approche biologique holiste, laquelle serait pourtant la seule valable. Le complexe institutionnel de &#171; la civilisation technique &#187; inhiberait le v&#233;ritable progr&#232;s en favorisant uniquement la science &#171; analytique &#187; et &#171; utilitariste &#187; : &#171; Finalement l'Etat, jusque dans ses ultimes ramifications, a fait sienne la cause de l'industrie, et a cr&#233;&#233; un ensemble de lois, d'institutions et de prescriptions qui confirment les pr&#233;tentions de la science utilitariste &#187;. L'inhibition toucherait particuli&#232;rement la biologie. Dans les ann&#233;es 1960, alors que la science disposait d&#233;j&#224; de &#171; moyens gigantesques &#187;, le biologiste devait, selon Rusch, se contenter &#171; d'un &#233;quipement insuffisant &#187;. Ceci expliquerait que le biologiste &#171; se contente le plus souvent de r&#233;soudre des probl&#232;mes partiels et ne sait pas que son champ d'exp&#233;rience propre est &lt;em&gt;le cycle biologique d'une communaut&#233; d'&#234;tres vivants consid&#233;r&#233;e dans sa totalit&#233;&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-84' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.38. Je souligne.' id='nh3-84'&gt;84&lt;/a&gt;]. Lui, Hans Peter Rusch, le sait.
&lt;br /&gt;C'est pourquoi il nous explique aussit&#244;t que la biologie globale qu'il souhaite couvre un champ de questionnement qui a de quoi d&#233;courager les plus t&#233;m&#233;raires : &#171; Cette biologie globale a pour objet l'homme, l'animal et la plante, mais aussi l'organisme &#171; terre vivante &#187; [&lt;a href='#nb3-85' class='spip_note' rel='footnote' title='Le th&#232;me de la &#171; terre vivante &#187; pris au sens fort de l'organisme terre vivante (...)' id='nh3-85'&gt;85&lt;/a&gt;], la m&#233;decine, l'art v&#233;t&#233;rinaire, les sciences agronomiques, la biologie du sol, la botanique, la zoologie, la microbiologie, la g&#233;ologie et bien d'autres sciences, la ferme aussi bien que le laboratoire, la pratique m&#233;dicale et toutes les autres occasions d'observer les processus vitaux &#187;. Devant un tel programme, Rusch ne s'&#233;tonne pourtant pas que &#171; les biologistes globaux &#187; n'existent pas encore &#187; et que la civilisation moderne n'ait &#171; pas l'air d&#233;cid&#233;e &#224; les cr&#233;er &#187;. C'est que le gyn&#233;cologue croit dur comme fer &#224; la valeur de son mod&#232;le du cycle de la substance vivante. Son id&#233;e fondamentale du &#171; cycle biologique &#187; total constitue la trame essentielle de son approche holistique et de ses raisonnements. Elle revient presque comme un leitmotiv dans de tr&#232;s nombreuses pages de son bilan pour l'agriculture biologique, l'ouvrage intitul&#233; &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt;, mais cette id&#233;e constitue aussi un des principaux th&#232;mes des articles qu'il publie dans &lt;em&gt;Kultur und Politik&lt;/em&gt;. Il sera donc in&#233;vitable que notre travail revienne sur ce concept (&#167; 343). Nous verrons que Rusch ne renoncera jamais &#224; ce concept, m&#234;me quand des preuves scientifiques renverront au statut de croyance d&#233;pass&#233;e l'id&#233;e qu'un niveau structurel du vivant se conserve tel quel, &#224; travers les cycles de la biosph&#232;re.
&lt;br /&gt;Pour l'instant, en demeurant au plan des id&#233;es les plus g&#233;n&#233;rales, notons que Rusch anticipe l'&#233;tonnement du lecteur devant l'ouverture d'un tel programme de &#171; biologie globale &#187;, dans un livre consacr&#233; &#224; la fertilit&#233; du sol, un sujet que d'aucuns consid&#233;reraient comme plus circonscrit, plus sp&#233;cifique, plus sp&#233;cialis&#233;. Cependant, plut&#244;t que de justifier l'englobement de cette question &#233;cologique et agronomique essentielle dans le champ de recherche assez ind&#233;fini qu'il propose, Hans Peter Rusch nous renvoie directement au &#171; penser biologique &#187; global. Nous avons indiqu&#233;, en introduction de cette partie sur le romantisme ruschien, que la pens&#233;e biologique globale renvoyait au concept du &#171; Tout vivant &#187;. Mais qui ne voit que ce concept, au-del&#224; de sa valeur de critique du r&#233;ductionnisme, ne nous donne gu&#232;re de piste concr&#232;te pour avancer dans la science biologique ? On retient du holisme &#233;cologique, g&#233;n&#233;ralement, l'id&#233;e que &#171; tout est li&#233; dans la nature &#187; : les perturbations dans tel lieu g&#233;o-climatique ou &#224; tel niveau des &#233;cosyst&#232;mes ont des r&#233;percussions sur l'ensemble. Certes. Mais il y a les questions des &#233;chelles spatiales et temporelles des perturbations : un arbre coup&#233; l&#224; n'a pas grand-chose &#224; voir, au niveau des cons&#233;quences &#233;cologiques et climatiques, avec la d&#233;forestation rapide de l'Amazonie ou la d&#233;sertification de grandes &#233;tendues auparavant bois&#233;es ou agricoles. D'autre part, une perspective cadre holiste ne dispense pas de d&#233;finir d'o&#249; part le regard scientifique op&#233;ratoire : du v&#233;g&#233;tal ? De tel type d'animaux ? De tel milieu naturel ? De telle conceptualisation et de tels faits &#233;tablis &#224; propos de tel processus physico-chimique ? Etc. M&#234;me si la perspective holiste est choisie, elle doit toujours se doubler d'une perspective interne op&#233;ratoire de type analytique. Rusch semble en avoir gard&#233; conscience. Mais, il ne le dit qu'en passant, peut-&#234;tre de mani&#232;re rh&#233;torique. Sur le fond, il rappelle tr&#232;s souvent, par exemple, ses incertitudes sur les crit&#232;res et les microorganismes qui ont servi au cours de ses &#233;valuations de la fertilit&#233; des sols agricoles [&lt;a href='#nb3-86' class='spip_note' rel='footnote' title='On en finirait pas de relever les pages ou Hans Peter Rusch signale ses (...)' id='nh3-86'&gt;86&lt;/a&gt;]. Si nous nous &#233;tonnons d'une telle &lt;em&gt;impr&#233;cision du sujet d'&#233;tude de Rusch&lt;/em&gt;, cela &#171; ne ferait que confirmer combien nous sommes tous sp&#233;cialis&#233;s et combien nous avons perdu l'habitude d'une pens&#233;e biologique globale &#187;. Encore exprime-t-il cette opinion en d&#233;but d'ouvrage. A la fin de &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt;, les incertitudes ruschiennes d&#233;bouchent sur une surench&#232;re quant &#224; la valeur de la pens&#233;e selon le &#171; Tout &#187;. Mais elles s'ach&#232;vent aussi sur un discours du &#171; miracle &#187; de la fertilit&#233;&#8230; Ce que nous pouvons d'ores et d&#233;j&#224; souligner, c'est l'impr&#233;cision fondamentale de la d&#233;marche de Rusch. Elle sera mise en lumi&#232;re plus loin, dans notre troisi&#232;me partie, quant au concept de &#171; substance vivante &#187;, lequel appara&#238;tra &#224; la limite d'&#234;tre un v&#233;ritable prot&#233;e, autorisant, m&#234;me parmi les leaders du mouvement organo-biologique, des interpr&#233;tations et des usages bien divers.
&lt;br /&gt;Mais venons-en maintenant aux aspects principaux du contenu du holisme ruschien. D&#232;s les premi&#232;res lignes du premier chapitre de &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt;, intitul&#233; &lt;em&gt;Vers une conception globale de la biologie&lt;/em&gt;, le lecteur est confront&#233; &#224; l'affirmation plurielle d'un holisme biologique, ainsi qu'&#224; une d&#233;finition originale de la fertilit&#233;. Le penser biologique ruschien est holistique, global : &#171; L'ensemble des &#234;tres vivants forme une communaut&#233; f&#233;conde. Les &#234;tres dou&#233;s de vie constituent une entit&#233; unique dans la nature, reli&#233;e au reste de l'univers, s'adaptant et se corrigeant elle-m&#234;me, construite sur un principe qui lui est propre, extr&#234;mement diversifi&#233;e dans ses manifestations, mais gardant une unit&#233; qui se traduit par une n&#233;cessaire symbiose. Chaque &#234;tre vivant, et particuli&#232;rement l'organisme vivant qu'est la terre, doit se comporter de mani&#232;re &#224; &#234;tre utile au Tout &#187;. Dans ce passage, comme dans le reste de l'ouvrage, et &#233;galement comme dans le reste de son &#339;uvre, pour autant que nous en puissions en juger, gr&#226;ce aux travaux r&#233;cents de Gunter Vogt et Johannes Pain, et malgr&#233; notre lecture partielle du corpus ruschien, il n'est pas indiqu&#233; si Hans Peter Rusch parle de la totalit&#233; des &#234;tres vivants en y incluant l'homme ou non. A notre connaissance, il ne semble pas que Rusch traite l'humanit&#233; &#224; part du reste du vivant. Au contraire, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, il tend &#224; r&#233;duire l'homme &#224; un maillon de la cha&#238;ne biologique. Il n'h&#233;site pas non plus &#224; qualifier l'individu humain de &#171; partie du Tout &#187; : &#171; &lt;em&gt;La pens&#233;e biologique est la direction que nous devons suivre&lt;/em&gt; [&#8230;] Dans un tel travail nous devons constamment nous rappeler que l'individu est une partie du Tout. Nous ne manquerons pas de revenir fr&#233;quemment sur ce point. Il peut arriver que nous interpr&#233;tions mal telle ou telle d&#233;couverte, mais si nous nous effor&#231;ons de penser en fonction du Tout et du principe de la vie, c'est-&#224;-dire de penser biologiquement, nous ne courrons jamais le danger d'avoir une vue erron&#233;e de la situation de l'homme par rapport au Tout &#187; [&lt;a href='#nb3-87' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., ibid., p. 44-45.' id='nh3-87'&gt;87&lt;/a&gt;]. Ainsi, comme la majuscule mise au &#171; T &#187; des expressions r&#233;currentes &#171; Tout &#187; et &#171; Tout vivant &#187; le donne &#224; pressentir, la conception ruschienne ne serait ni logocentrique [&lt;a href='#nb3-88' class='spip_note' rel='footnote' title='Logocentrique, c'est-&#224;-dire centr&#233; sur le logos, la raison, l'approfondissement de' id='nh3-88'&gt;88&lt;/a&gt;], ni anthropocentrique, mais bien &#171; biocentrique &#187; [&lt;a href='#nb3-89' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ces d&#233;finitions propres &#224; la pens&#233;e &#233;cologique et &#224; sa critique, on pourra (...)' id='nh3-89'&gt;89&lt;/a&gt;] : &#171; Le sol ne joue un r&#244;le particulier que dans la mesure o&#249; tous les organismes, qui finalement tirent tous leur subsistance de lui, lui rendent &#233;galement leur substance, directement ou indirectement, de sorte que l'on peut parler d'un cycle sol-organisme-sol dans lequel l'homme n'a pas la place &#224; part qu'il s'attribue dans ses conceptions &#233;gocentriques &#187; [&lt;a href='#nb3-90' class='spip_note' rel='footnote' title='FS, ibid., p. 58' id='nh3-90'&gt;90&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Le c&#339;ur de la r&#233;flexion de Rusch concerne la nature et le fonctionnement de la vie. Mais le point de d&#233;part de son travail, du moins tel qu'expos&#233; dans &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt;, n'est pas &#233;tabli sur des hypoth&#232;ses. Rusch commence par poser des notions injustifi&#233;es : la notion d'unit&#233; du vivant, d&#232;s les premi&#232;res lignes, et la notion de &#171; cycles biologiques &#187;, d&#232;s les pages 29-30. Si la notion du holisme biologique est amen&#233;e par une consid&#233;ration sur la reproduction et la survie de l'esp&#232;ce, celle ce &#171; cycle biologique &#187; appara&#238;t, pour ainsi dire, sans crier gare. Pourtant, comme nous l'avons soulign&#233;, Rusch r&#233;unit rapidement les deux notions pour en faire le fondement de sa d&#233;marche : la vie serait une totalit&#233; unitaire et cyclique d'&#234;tres vivants [&lt;a href='#nb3-91' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Ibid., p. 38, ainsi que ci-dessus (passage r&#233;f&#233;renc&#233; par la note n&#176; (...)' id='nh3-91'&gt;91&lt;/a&gt;]. Nous n'explorerons pas maintenant la fonction de la notion de cycle chez Rusch. Quant &#224; son origine et son importation dans le travail du chercheur, nous en restons, pour l'heure et &#224; la suite du travail de Gunter Vogt, au stade des conjectures. Peut-&#234;tre l'a-t-il puis&#233; dans la litt&#233;rature qu'il a &#233;tudi&#233;e. Quoi qu'il en soit, nous nous attacherons, en plusieurs endroits de ce travail, &#224; critiquer l'usage de cette notion dans la l'&#233;tude de la fertilit&#233; naturelle. Introduisons-nous maintenant au probl&#232;me du troisi&#232;me pilier du holisme ruschien, &#224; savoir la notion de f&#233;condit&#233;.
&lt;br /&gt;Les postulats de l'unit&#233; du vivant et du cycle biologique supportent l'approche du sujet &#171; concret &#187; du dernier livre d'Hans Peter Rusch, la f&#233;condit&#233; &lt;em&gt;du sol&lt;/em&gt;. Mais Rusch, d&#233;cid&#233; &#224; traiter les choses selon son &#171; penser biologique &#187; global, commence par traiter de &lt;em&gt;la f&#233;condit&#233; en g&#233;n&#233;ral&lt;/em&gt;. Pour comprendre la th&#233;orie ruschienne de la fertilit&#233; du sol, il va donc nous falloir tenter de saisir au pr&#233;alable sa th&#233;orie de la f&#233;condit&#233; g&#233;n&#233;rale de la biosph&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comprendre la raison de ce d&#233;tour sera plus ais&#233; en recourant aux r&#233;sultats d'une lecture plus large de l'&#339;uvre ruschienne. Un tel parcours r&#233;v&#232;le que le travail d'Hans Peter Rusch appara&#238;t comme &lt;em&gt;une production m&#234;lant science et id&#233;ologie&lt;/em&gt;. On y trouve des donn&#233;es scientifiques et des interpr&#233;tations de tests de sols, comme des sp&#233;culations sur le &#171; tout &#187;, le &#171; miracle de la vie &#187;, le &#171; plan de la cr&#233;ation &#187;, ou l'&#233;tincelle divine de la fertilit&#233;. Entre les deux, le leitmotiv incertain du cycle de la substance vivante.
&lt;br /&gt;Mais partons des exp&#233;rimentations laborantines de Rusch. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; indiqu&#233;, Rusch semble parfois reconna&#238;tre les difficult&#233;s rencontr&#233;es pour que ces tests microbiologiques soit scientifiquement significatifs. Il h&#233;site, de plus, sur la d&#233;termination des &#171; formes de vie &#187; indicatrices de la fertilit&#233; des sols. Enfin, il lui arrive d'avouer son incertitude sur les crit&#232;res de l'interpr&#233;tation. Cette h&#233;sitation sur les conditions scientifiques de son travail a pouss&#233; notre investigation vers l'amont de celles-ci, au niveau des choix conceptuels primaires. La fa&#231;on de poser les questions est &#233;videmment d&#233;terminante dans les r&#233;ponses que l'on obtient. Et cela est vrai en science plus qu'ailleurs, &#233;tant donn&#233; que toute discipline scientifique s'appuie sur une philosophie de la nature, c'est-&#224;-dire un ensemble de concepts formels constituant une vision g&#233;n&#233;rale des choses, certes le plus souvent non dite, implicite. Dans le cadre de telle ou telle philosophie de la nature, les scientifiques construisent des concepts op&#233;ratoires, susceptibles de se traduire en dispositifs exp&#233;rimentaux, lesquels valideront ou invalideront, par la r&#233;currence ou non des m&#234;mes donn&#233;es chiffr&#233;es, la pertinence des concepts &#233;labor&#233;s. L'analyse s&#233;rieuse d'une conception scientifique ne saurait donc faire l'&#233;conomie d'une remont&#233;e aux id&#233;es les plus g&#233;n&#233;rales qui y sont impliqu&#233;es. Hans Peter Rusch en a conscience quand il parle des niveaux &#171; philosophique &#187; et &#171; scientifique &#187; &#224; propos de sa propre th&#233;orie de la fertilit&#233; du sol : &#171; La fertilit&#233; du sol n'a donc pas seulement une valeur en elle-m&#234;me, elle fait partie d'un tout, et elle est au service de tout ce qui vit. Ce tout &#8211; la communaut&#233; des &#234;tres vivants &#8211; doit &#234;tre consid&#233;r&#233; d'un point de vue philosophique, mais &#233;galement scientifique, comme une entit&#233; biologique et fonctionnelle ; c'est dans cette perspective qu'il faut se placer si l'on entreprend de mesurer la fertilit&#233; du sol, et de le faire pour le bien des hommes &#187;.
&lt;br /&gt;Or, une des premi&#232;res faiblesses du travail d'Hans Peter Rusch, selon nous, r&#233;side dans l'absence d'un authentique traitement philosophique du concept de &#171; tout vivant &#187;, - sans parler de celui de &#171; cycle biologique &#187;. &lt;em&gt;Nulle part il ne semble argumenter son holisme biocentrique ou son organicisme autrement qu'avec l'observation du lien entre la f&#233;condit&#233; et la reproduction de l'esp&#232;ce&lt;/em&gt;. De plus, et les deux ph&#233;nom&#232;nes sont sans doute li&#233;s &#224; une m&#234;me fragilit&#233; conceptuelle, Rusch ne s'attache gu&#232;re &#224; pr&#233;ciser sa compr&#233;hension du ph&#233;nom&#232;ne de la f&#233;condit&#233;. Essayons n&#233;anmoins d'y voir plus clair.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La fertilit&#233; v&#233;ritable ou le &#171; miracle de l'agriculture biologique &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;couvrons la principale d&#233;finition de la f&#233;condit&#233; ruschienne dans les premi&#232;res phrases de son &#339;uvre &#171; agronomique &#187; principale :
&lt;br /&gt;&#171; La f&#233;condit&#233; est l'attribut le plus &#233;lev&#233; des &#234;tres vivants, c'est aussi le signe le plus visible de leur sant&#233;. Quand la sant&#233; dispara&#238;t, pour quelque raison que ce soit, la capacit&#233; de reproduire la vie dans son int&#233;grit&#233; dispara&#238;t &#233;galement. Dans la nature, aucun &#234;tre vivant n'existe seulement pour lui-m&#234;me : il est une partie d'un tout. Un &#234;tre vivant n'est pas f&#233;cond simplement parce qu'il a des descendants ; il n'est r&#233;ellement f&#233;cond que si ses descendants le sont &#233;galement jusqu'au dernier de ceux dont nous pouvons avoir connaissance. La f&#233;condit&#233; est n&#233;cessaire, non pas pour l'individu lui-m&#234;me, mais pour la survie de l'esp&#232;ce. La f&#233;condit&#233; de la terre se prolonge dans les organismes qui y puisent leur nourriture, les plantes ; quant &#224; la f&#233;condit&#233; des plantes, elle trouve son prolongement dans les &#234;tres vivants dont l'existence n'est pas directement li&#233;e au sol : les animaux et l'homme. Finalement, la f&#233;condit&#233; de toutes les formes de vie qui voient le jour les ram&#232;ne &#224; leur origine : notre m&#232;re la terre &#187;.
&lt;br /&gt;La f&#233;condit&#233;, selon Rusch, est la &#171; capacit&#233; &#224; reproduire la vie dans son int&#233;grit&#233; &#187;. Le Robert ne va pas si loin. La f&#233;condit&#233;, au sens propre, c'est la &#171; Facult&#233; qu'ont les &#234;tres vivants de se reproduire &#187;. Selon la d&#233;finition ordinairement admise, on pourra juger de la f&#233;condit&#233; d'un champ ou des plantes qu'il porte en d&#233;nombrant leur descendance : f&#233;condit&#233; ou fertilit&#233; sont alors synonyme de rendement. Mais chez Hans Peter Rusch, il en va autrement. Notre auteur adjoint un &#233;trange crit&#232;re de qualit&#233; pour consid&#233;rer qu'il y a &#171; f&#233;condit&#233; &#187;. Par rapport &#224; la d&#233;finition courante de la f&#233;condit&#233;, Rusch ajoute d'embl&#233;e une notion qu'il ne d&#233;finit pas : &#171; l'int&#233;grit&#233; &#187;. On est en droit de supposer qu'il prend ce mot au sens ordinaire : &#171; Etat d'une chose qui est demeur&#233;e intacte &#187;. D&#232;s lors, &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;volution du vivant, admise peu &#224; peu universellement depuis les travaux de Lamarck et surtout de Darwin, le lecteur peut &#234;tre l&#233;gitimement surpris. &lt;em&gt;Comment parler d'une reproduction int&#232;gre du vivant&lt;/em&gt; alors que, par exemple avec l'observation des pinsons des Galapagos, un archipel sujet &#224; de forts changements climatiques, Darwin a pu montrer que l'&#233;volution du vivant pouvait &#234;tre rapide, &#224; l'&#233;chelle seulement de quelques g&#233;n&#233;rations ? Mais il vrai que Darwin n'est pas cit&#233; dans la bibliographie de &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt;. Son nom n'appara&#238;t gu&#232;re plus d'une fois dans le texte, en passant, sans commentaire [&lt;a href='#nb3-92' class='spip_note' rel='footnote' title='A la page 48.' id='nh3-92'&gt;92&lt;/a&gt;]. Que faut-il penser d'un ouvrage de la deuxi&#232;me moiti&#233; du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qui vise explicitement une &#171; conception globale de la biologie &#187; s'il ne se positionne pas par rapport aux th&#233;ories de l'&#233;volution, l'un des acquis majeurs de la biologie ? Faut-il supposer que Rusch r&#233;pugnait &#224; tenir compte des faits pour les m&#234;mes mauvaises raisons que M&#252;ller, lorsque celui-ci fustigeait l'&#233;poque advenue o&#249; &#171; les demi-&#233;duqu&#233;s tra&#231;aient l'arbre g&#233;n&#233;alogique de l'homme jusqu'&#224; la jungle &#187; [&lt;a href='#nb3-93' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller, H., Der Glaube des Bauern, op. cit.' id='nh3-93'&gt;93&lt;/a&gt;] ? Nous ne conjecturerons pas &#224; ce propos. Contentons-nous de noter que &#171; &#234;tre &#187; et &#171; se reproduire de fa&#231;on int&#232;gre &#187; seraient comme les deux stades d'un cycle biologique consid&#233;r&#233; comme stable au-del&#224; du temps. Ainsi, la d&#233;finition de la fertilit&#233; selon Rusch, avec la notion de reproduction int&#232;gre, ferait &#233;cho &#224; sa notion de cycle de la substance vivante. Essayons alors une premi&#232;re approche de ce cycle biologique pour mieux comprendre la fertilit&#233; selon notre auteur. Mais auparavant, que le lecteur nous permette d'avouer notre perplexit&#233; : le holisme de Rusch, qui consid&#232;re la vie comme &#171; un tout indivisible &#187;, a quelque chose de particuli&#232;rement d&#233;routant, dans la mesure o&#249; il tend &#224; niveler les distinctions conceptuelles et ontologiques. On ne sait parfois plus trop s'il demeure des distinctions pertinentes dans la biologie selon Rusch, bien qu'il multiplie les termes descriptifs. Un des risques &#233;tant de se voir condamn&#233; au silence scientifique ou &#224; l'incantation sur le myst&#232;re de la sant&#233; et de la f&#233;condit&#233;. Comme nous le verrons, il semble que Rusch n'&#233;vite pas compl&#232;tement ce cul de sac. Pour l'heure, r&#233;fl&#233;chissons &#224; ce passage et d&#233;couvrons ensuite la notion ruschienne de cycle :
&lt;br /&gt;&#171; Il importe peu de savoir quelle phase du cycle biologique nous consid&#233;rons, qu'il s'agisse des colonies bact&#233;riennes du sol, de la croissance d'un troupeau de bovins ou de la gu&#233;rison des maladies causant la st&#233;rilit&#233;. La f&#233;condit&#233;, comme la sant&#233;, est un tout indivisible. Quand elle dispara&#238;t elle le fait partout, et tout l'ordre biologique est d&#233;truit &#187; [&lt;a href='#nb3-94' class='spip_note' rel='footnote' title='FS, p. 86' id='nh3-94'&gt;94&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Le cycle, chez Rusch, c'est la circulation des &#233;l&#233;ments du vivant entre tous les organismes existant. La fertilit&#233; ou la sant&#233; correspondrait &#224; la circulation normale dans le cycle. La maladie ou l'infertilit&#233; serait due &#224; des perturbations. Et pour Rusch, dans la nature, il ne s'en produirait que peu spontan&#233;ment. Du coup, l'humanit&#233; est accus&#233;e d'&#234;tre parmi les principales causes des maladies du cycle biologique. On le voit particuli&#232;rement quand Rusch consid&#232;re que la fertilit&#233; la plus haute que l'on puisse esp&#233;rer ne d&#233;pend pas de l'homme. Ainsi, la productivit&#233; biologique optimale d&#233;rive du &#171; Tout intact par rapport &#224; l'ordre humain &#187; [&lt;a href='#nb3-95' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 310.' id='nh3-95'&gt;95&lt;/a&gt;]. La notion d'un &#233;quilibre pr&#233;existant semble fondamentale. C'est l'ensemble du cycle qui devrait assaini pour retrouver son &#233;quilibre de f&#233;condit&#233; optimale et donc de sant&#233;. De m&#234;me, dans cette d&#233;finition &#171; technique &#187; de la fertilit&#233; comme &#171; potentiel biologique &#187; [&lt;a href='#nb3-96' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir p. 153-154, &#233;galement p. 137.' id='nh3-96'&gt;96&lt;/a&gt;], on rejoint cette id&#233;e d'un &#233;quilibre &#224; &lt;em&gt;maintenir&lt;/em&gt; : &#171; La fertilit&#233; est la capacit&#233; de cr&#233;er, en quantit&#233;s optimales, un ordre biologique &#224; partir du d&#233;sordre min&#233;ral, gr&#226;ce aux structures macromol&#233;culaires, que ce soit pour maintenir un syst&#232;me vivant en ordre ou pour le transmettre en ordre. La fertilit&#233; du sol est la capacit&#233; optimale des forces macromol&#233;culaires du sol de reconstruire ou de maintenir l'organisation des r&#233;sidus de la vie v&#233;g&#233;tale et animale pour les mettre &#224; la disposition des plantes au moment voulu &#187; [&lt;a href='#nb3-97' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch, H.-P., p. 136-137. Remarquons aussi l'association de sa conception de (...)' id='nh3-97'&gt;97&lt;/a&gt;]. Si l'on r&#233;sume une premi&#232;re fois le cycle biologique chez Rusch, il faudrait dire que la substance vivante doit circuler de fa&#231;on aussi peu perturb&#233;e que possible. Les interventions malheureuses entra&#238;neraient des &#233;volutions de la substance vivante vers des formes pathologiques. Le r&#244;le du m&#233;decin et de l'agriculteur serait de donner de bonnes nourritures (organiques) aux &#171; flores symbiotiques &#187; des diff&#233;rentes phases du cycle biologique pour que les substances vivantes retrouvent leurs formes saines.
&lt;br /&gt;Pr&#233;cisons que, pour Rusch, la productivit&#233; biologique ne semble pas pouvoir tendre vers un maximum. Elle ne peut tendre que vers un optimum, et cet optimum serait un &#233;quilibre. S'il n'y a pas d'&#233;volution et pas d'horizon pour le progr&#232;s de la productivit&#233; biologique, Rusch appara&#238;t alors coh&#233;rent avec son point de d&#233;part lorsqu'il adopte la th&#232;se du cycle de la substance vivante. L'image du cycle est bien une figure statique, dans la mesure o&#249; l'on ne postule pas, parall&#232;lement, de quelconques variations, m&#234;mes imperceptibles, qui pourraient, &#224; une certaine &#233;chelle de temps, amener &#224; traduire le cycle en une spirale r&#233;gressive ou, au contraire, en une spirale vertueuse. Postuler l'inscription du cycle dans une &#233;volution qui le d&#233;passe est n&#233;cessaire pour donner un sens au cycle. Mais il n'y a rien qui soit d&#233;velopp&#233; explicitement chez Rusch pour donner &#224; penser &#224; une orientation du cycle biologique, rien qui indique vraiment une structuration &#233;volutive ou involutive de la biologie ruschienne. La seule ouverture de &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt; est peut-&#234;tre dans un passage de la conclusion, indiquant l'id&#233;e que la vie tendrait &#224; &#171; nager &#224; contre-courant de la mati&#232;re inerte &#187; [&lt;a href='#nb3-98' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 310. On peut penser au probl&#232;me entropie / n&#233;guentropie.' id='nh3-98'&gt;98&lt;/a&gt;]. Sans pr&#233;cision suppl&#233;mentaire, la notion de cycle renvoie &#224; l'id&#233;e de l'&#233;ternel retour du m&#234;me. Rusch semble bien install&#233; dans cette optique : &#171; Quand on parle d'un cycle, on ne postule ni commencement ni fin. La f&#233;condit&#233; des &#234;tres vivants n'est pas bas&#233;e sur la fertilit&#233; du sol et ne trouve pas son origine dans ce dernier : elle forme un cycle qui sera toujours recommenc&#233;, aussi longtemps que la vie existera sur la terre &#187; [&lt;a href='#nb3-99' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 58.' id='nh3-99'&gt;99&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Finalement, toutes les notions ruschiennes convergent : reproduction int&#232;gre, maintien d'un cycle biologique stable, tout biologique intact. Elles convergent vers l'id&#233;e &#171; d'un m&#233;tabolisme originel &#187; [&lt;a href='#nb3-100' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Rusch H.-P., FS, p. 79-82.' id='nh3-100'&gt;100&lt;/a&gt;] et traduisent une attitude d'esprit fixiste ou statique &#224; l'&#233;gard de la dynamique g&#233;n&#233;ral du vivant. La conclusion ruschienne consite &#224; dire que la f&#233;condit&#233; serait un &lt;em&gt;&#233;tat id&#233;al&lt;/em&gt; faisant &lt;em&gt;retour &#224; la situation biologique originelle&lt;/em&gt;. Il y aurait une f&#233;condit&#233; originelle du monde vivant qui ne pourrait s'accro&#238;tre. L'humanit&#233; ne pourrait que l'ab&#238;mer ou la restaurer. Le m&#233;decin d'Herborn semble marqu&#233; par l'influence d'une interpr&#233;tation fixiste du mythe du paradis originel, appliqu&#233; &#224; la question de la fertilit&#233;. L'homme aurait chut&#233; et perdu l'id&#233;al biologique premier. Et comme cet id&#233;al aurait &#233;t&#233; cyclique, il faut que chaque &#233;l&#233;ment du cycle de la substance vivante soit restaur&#233; dans son int&#233;grit&#233; premi&#232;re. Au terme de son ouvrage, Hans Peter Rusch d&#233;clare en effet : &#171; Le lecteur attentif aura compris, apr&#232;s tout ce que nous avons dit, que la productivit&#233; biologique optimale d'une cha&#238;ne d'&#234;tres vivants ne peut &#234;tre obtenue que lorsque tous les membres de cette cha&#238;ne sont dans un &#233;tat biologique id&#233;al &#187; [&lt;a href='#nb3-101' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 307. Ce th&#232;me de la fertilit&#233; &#171; tout ou rien &#187; revient plusieurs fois (...)' id='nh3-101'&gt;101&lt;/a&gt;]. Arriv&#233; &#224; cette &#233;tape de notre interpr&#233;tation du travail de Rusch, on peut d&#233;j&#224; se demander comment cette th&#233;orie de &lt;em&gt;l'&#233;tat biologique id&#233;al&lt;/em&gt; a pu &#234;tre utile dans les situations culturales concr&#232;tes des fermes du mouvement M&#252;ller, vu qu'un agrosyst&#232;me est toujours un milieu naturel modifi&#233;. La th&#233;orie ruschienne ne s'appliquerait-elle qu'aux milieux naturels primaires ? Mais passons, pour l'instant, et venons-en &#224; une synth&#232;se du romantisme ruschien. De fa&#231;on quelque peu surprenante, le travail du gyn&#233;cologue et microbiologiste va nous appara&#238;tre assez nettement ouvert &#224; des id&#233;es pseudo-scientifiques. Autant nous analyserons certains aspects pertinents de sa critique de l'agrochimie et certaines pistes agronomiques qui peuvent sembler toujours d'actualit&#233;, autant il faut, d&#232;s maintenant, souligner une tendance &#224; une sp&#233;culation, relevant de ce que nous proposons d'appeler une &#171; mystique biologique &#187;, chez Hans Peter Rusch.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hans Peter Rusch et la pente glissante d'une mystique biologique
&lt;br /&gt;A l'int&#233;rieur de son mod&#232;le du cycle de la substance vivante, Hans Peter Rusch postule que le point commun entre les deux r&#232;gnes du vivant, le sol, ainsi que l'homme, serait les flores bact&#233;riennes [&lt;a href='#nb3-102' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 54 et p. 224-247.' id='nh3-102'&gt;102&lt;/a&gt;]. Il y a bien des flores bact&#233;riennes chez les animaux et l'homme. L'originalit&#233; de la perspective ruschienne est de postuler qu'une telle flore bact&#233;rienne existerait aussi pour les plantes : ce serait le sol, la &#171; terre vivante &#187;, qui assurerait ce r&#244;le pour le r&#232;gne v&#233;g&#233;tal. Bien qu'il signale une fois qu'il a conscience de l'invraisemblance apparente de sa th&#233;orie [&lt;a href='#nb3-103' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 226.' id='nh3-103'&gt;103&lt;/a&gt;], Rusch s'y engage n&#233;anmoins compl&#232;tement. Il privil&#233;gie l'angle des flores bact&#233;riennes associ&#233;es aux organes de la digestion chez l'homme et l'animal pour analyser la microbiologie du sol. La biochimie digestive des ruminants est l'analogie qu'il d&#233;veloppe le plus pour penser la fertilit&#233; des sols. Au terme des tests d'&#233;chantillons de sols qu'il aura men&#233;s, Rusch conclura avoir largement v&#233;rifi&#233; son hypoth&#232;se : &#171; Quand on arrive &#224; isoler le sol vivant, l&#224; o&#249; l'on observe la plus forte croissance des racines nourrici&#232;res de la plante, il ne reste plus aucun doute sur l'analogie entre la flore intestinale de l'homme et la flore des racines de la plante. On sait depuis longtemps d&#233;j&#224; que les m&#233;tabolismes animaux et v&#233;g&#233;taux sont identiques, avec cette importante diff&#233;rence que les plantes sont capables de synth&#233;tiser des substances nutritives gr&#226;ce &#224; la chlorophylle. Il est &#233;vident que les plantes utilisent &#233;galement une flore intestinale, et m&#234;me une flore qui correspond exactement &#224; celle des animaux. Gr&#226;ce &#224; cela la nature nous donne la possibilit&#233; d'approfondir notre connaissance de son atelier &#171; sol vivant &#187; [&lt;a href='#nb3-104' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 235-236.' id='nh3-104'&gt;104&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Devant ces rapprochements fragiles, poussant loin l'analogie m&#233;tabolique plantes-animaux-humains, il faut se r&#233;soudre &#224; admettre, avec Christian Feller et Rapha&#235;l Manlay, que la th&#233;orie ruschienne contienne une bonne dose d'id&#233;ologie [&lt;a href='#nb3-105' class='spip_note' rel='footnote' title='Bien que Rusch pr&#233;tende &#224; une &#171; s&#233;paration stricte &#187; entre les &#171; sciences &#187; et (...)' id='nh3-105'&gt;105&lt;/a&gt;]. Plus pr&#233;cis&#233;ment, le mod&#232;le du cycle de la substance vivante pourrait &#234;tre un h&#233;ritage, au moins partiel, des croyances antiques &#224; l'importance du r&#244;le des cycles dans la nature [&lt;a href='#nb3-106' class='spip_note' rel='footnote' title='Feller C., et Manlay R., Evolution des concepts d'humus et de fertilit&#233; sur (...)' id='nh3-106'&gt;106&lt;/a&gt;]. De m&#234;me, l'importance, exag&#233;r&#233;e au regard des connaissances actuelles, que Rusch donne &#224; la nutrition organique des plantes, pourrait &#234;tre une r&#233;miniscence lointaine de la croyance antique au principe de similitude [&lt;a href='#nb3-107' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous reviendrons plus loin sur ces liens des th&#233;ories agrobiologiques (...)' id='nh3-107'&gt;107&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un point de vue compl&#233;mentaire, le th&#232;me de la sant&#233; par la symbiose [&lt;a href='#nb3-108' class='spip_note' rel='footnote' title='Un th&#232;me qui parcourt l'ensemble du livre mais qui est pr&#233;sent&#233; comme tel aux (...)' id='nh3-108'&gt;108&lt;/a&gt;] offre un argument de poids &#224; l'interpr&#233;tation qui verrait dans le mod&#232;le biologique de Rusch une forme mi-savante, mi-id&#233;ologique de sacralisation de la fusion de l'homme avec la nature. L'insistance avec laquelle cet auteur appelle &#224; minimiser l'intervention agricole, d'une part, la r&#233;p&#233;tition d'une perception de l'humain comme simple maillon du cycle biologique, d'autre part, vont dans le m&#234;me sens. Nous ne sommes pas loin de distinguer &#233;galement, derri&#232;re la forme du mod&#232;le ruschien, une influence d&#233;grad&#233;e de conceptions orientales, telles la roue de la vie et la loi du retour. Cette influence, peut-&#234;tre inconsciente, aurait &#233;t&#233; renforc&#233;e, au moins, par l'&#233;tude des travaux d'Howard effectu&#233;e par ce m&#233;decin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, l'esprit g&#233;n&#233;ral de la recommandation agricole de Rusch pourrait s'approcher de l'invitation &#224; cesser de mal intervenir sur les sols et les plantes, pour, en quelque sorte et autant que possible, les laisser &#234;tre, et esp&#233;rer voir advenir spontan&#233;ment le &#171; miracle &#187; de la fertilit&#233; et de l'agriculture biologique. Hans Peter Rusch emploie r&#233;guli&#232;rement des expressions issues des approches religieuses du vivant. Mais il ne discerne pas ce qui rel&#232;ve des approches chr&#233;tiennes et ce qui rel&#232;ve du paganisme naturaliste ant&#233;rieur ou concurrent. Quand les chr&#233;tiens d&#233;signent les fruits de la terre - les r&#233;coltes - comme des dons de Dieu, ils ne veulent pas dire que les r&#233;coltes ont pouss&#233; miraculeusement. Ils veulent dire que toute vie est en son origine une gr&#226;ce de Dieu. Et que le travail agricole ne fait que coop&#233;rer &#224; une fertilit&#233;, un &#233;lan de vie qui pr&#233;c&#232;de l'action de l'homme, et dont l'origine ultime, inconnaissable par la raison et la science, serait donn&#233;e par Dieu. Le Dieu transcendant du monoth&#233;isme a model&#233; la nature selon un ensemble de lois accessible &#224; la raison. La qualit&#233; et la quantit&#233; d'une r&#233;colte, m&#234;me si la Providence divine peut y concourir, d&#233;pend avant tout d'une agriculture en ad&#233;quation avec la nature qu'elle travaille. A rebours de Rusch qui conclut ses incertitudes sur les lois de la fertilit&#233; en confiant le travail agricole &#224; des &#233;tincelles divines, la pens&#233;e chr&#233;tienne au moins, accompagnant sur ce point le mouvement de la modernit&#233;, se refuse &#224; toute logique capricieuse ou magique dans les manifestations ordinaires de la nature. D'autre part, si l'expression &#171; notre m&#232;re la terre &#187; se trouve bien dans le &lt;em&gt;Cantique des cr&#233;atures&lt;/em&gt; de saint Fran&#231;ois d'Assise, il serait pour le moins exag&#233;r&#233; d'en faire une id&#233;e biblique fondamentale. Resitu&#233;e dans le contexte du cantique en question, l'expression renvoie aux remerciements &lt;em&gt;&#224; Dieu&lt;/em&gt; de saint Fran&#231;ois pour les biens et les beaut&#233;s de la cr&#233;ation qui rendent la vie humaine possible et agr&#233;able ici-bas. Il n'y a pas de d&#233;votion, comme dans le paganisme, aux &#233;l&#233;ments naturels ou aux esprits qui les gouverneraient. Nous conc&#233;dons ais&#233;ment que le recours &#224; la &#171; m&#232;re terre &#187; puisse se justifier, en contexte chr&#233;tien, par ce texte de saint Fran&#231;ois, et sans doute quelques autres. Peut-&#234;tre m&#234;me l'expression manifeste-t-elle une trace des influences des anciens cultes matriarcaux. Mais les observateurs du christianisme, m&#234;me peu avertis, savent que les chr&#233;tiens ont, outre leur p&#232;re biologique, un P&#232;re unique dans le Ciel. De m&#234;me, ils apprennent facilement que la confession catholique dominante leurs reconna&#238;t une autre m&#232;re, la Vierge Marie, elle aussi dans le Ciel [&lt;a href='#nb3-109' class='spip_note' rel='footnote' title='Pr&#233;cisons que le culte marial est souvent historiquement entr&#233; en conflit (...)' id='nh3-109'&gt;109&lt;/a&gt;]. Jamais, selon les compr&#233;hensions orthodoxes, la sph&#232;re du divin monoth&#233;iste ne se trouve m&#234;l&#233;e directement avec les lois de la nature et de la terre. Quand les scientifiques Rusch ou Howard c&#232;dent au recours &#224; la m&#232;re terre, on peut pr&#233;sumer qu'ils manifestent le versant id&#233;ologique de leurs d&#233;marches. Il ne s'agit pas de d&#233;nigrer leur sentiment &#233;cologiste bless&#233; par l'exploitation capitaliste et agrochimique de la nature. Mais le registre de la sacralit&#233;, impliqu&#233; dans l'expression &#171; m&#232;re terre &#187;, - m&#234;me s'il touche la sensibilit&#233; du lecteur, m&#234;me s'il indique que les fondateurs de l'agrobiologie entendaient travailler &#224; un probl&#232;me touchant l'&lt;em&gt;absolu&lt;/em&gt;, en la mati&#232;re des conditions concr&#232;tes et &lt;em&gt;sine qua non&lt;/em&gt; de l'existence humaine -, ne concerne pas la m&#233;thode scientifique. A la rigueur, &#224; travers l'histoire et l'origine de la raison, il est possible de retrouver le point de contact et de s&#233;paration entre le &lt;em&gt;logos&lt;/em&gt; et le &lt;em&gt;mythos&lt;/em&gt;, comme nous l'avons indiqu&#233; plus haut. Les notions d'ordre et de lois de la nature peuvent indiquer la transformation qui s'est produite. Mais comment faire le lien entre des tendances &#224; la sacralisation de la nature, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre c&#244;t&#233;, la contestation agrobiologique des lois agrochimiques, men&#233;es au nom de leur inad&#233;quation avec les &lt;em&gt;lois naturelles de la fertilit&#233;&lt;/em&gt;, c'est-&#224;-dire des &lt;em&gt;r&#233;gularit&#233;s biochimiques donn&#233;es spontan&#233;ment&lt;/em&gt; ? Nous ne voyons pas comment. C'est pourquoi nous verrions plut&#244;t, dans ces ouvertures sur le sacr&#233; naturaliste, les traces d'une forte inqui&#233;tude &#233;cologique, que les fondateurs n'auraient pas r&#233;ussi &#224; d&#233;passer avec leurs recherches &#224; vis&#233;e &lt;em&gt;scientifique&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est aussi pourquoi nous consid&#233;rons que Hans Peter Rusch manque aussi de discernement en mati&#232;re religieuse, ou bien qu'il pratique un syncr&#233;tisme qui n'aide pas &#224; comprendre son propos [&lt;a href='#nb3-110' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous ne tenons pas compte pour l'instant, dans la lecture de ce passage, du (...)' id='nh3-110'&gt;110&lt;/a&gt;] : &#171; &lt;em&gt;Ce que le paysan consid&#233;rait jadis comme &#171; notre sainte m&#232;re la terre &#187;, qu'il saluait comme sa propre m&#232;re quand il rentrait chez lui apr&#232;s un voyage, lui fut pr&#233;sent&#233; comme le support mat&#233;riel des plantes, sans valeur en lui-m&#234;me,&lt;/em&gt; d'aucune utilit&#233; pour la croissance des plantes et tout juste bon &#224; permettre l'alimentation min&#233;rale de la plante, en attendant que la culture hydroponique soit suffisamment d&#233;velopp&#233;e. La terre cessa d'&#234;tre vivante, non seulement dans la r&#233;alit&#233;, mais &#233;galement dans l'esprit du paysan ; ce dernier n'eut donc plus de r&#233;pugnance &#224; la maltraiter avec les roues des tracteurs et de monstrueuses moissonneuses-batteuses. Les fruits de la terre ne furent plus appel&#233;s un don de Dieu que du bout des l&#232;vres et seulement le jour de la f&#234;te de la moisson ; ils &#233;taient maintenant un produit fait d'eau, de sels min&#233;raux et d'azote chimique, comme semblaient le d&#233;montrer de mani&#232;re concluante les cultures hydroponiques &#187; [&lt;a href='#nb3-111' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., FS, p. 94-95.' id='nh3-111'&gt;111&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Poursuivons. La sacralisation de la m&#232;re nature, dont Rusch souhaite ainsi le retour, en creux, lorsqu'il regrette son oubli, entre en coh&#233;rence avec le vitalisme [&lt;a href='#nb3-112' class='spip_note' rel='footnote' title='Au sens large, le vitalisme est une &#171; Doctrine suivant laquelle les (...)' id='nh3-112'&gt;112&lt;/a&gt;] de ce m&#233;decin. Il y a consonance entre les deux attitudes, celle de la religiosit&#233; qui personnifie l'unit&#233; de la vie dans &#171; le Tout vivant &#187;, et celle d'une biologie radicalement holiste ne questionnant pratiquement pas le rapport organique-inorganique, et ainsi passablement repli&#233;e sur elle-m&#234;me. Les images du &#171; Tout &#187;, de l'unit&#233;, du cycle de &lt;em&gt;la &lt;/em&gt;substance [&lt;a href='#nb3-113' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch &#233;voque bien plusieurs cycles de substances mais la r&#233;f&#233;rence, au (...)' id='nh3-113'&gt;113&lt;/a&gt;], tendent &#224; former, aussi rapproch&#233;es qu'elles sont dans le texte ruschien, une hypostase de la somme des &#234;tres vivants. La &#171; chose &#187;, que semble &#234;tre le &#171; Tout vivant &#187; pour Hans Peter Rusch, peut difficilement &#233;viter d'&#233;voquer chez le lecteur la pr&#233;sence d'un arri&#232;re-fond de mystique naturaliste chez l'auteur de &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt;. Le fait semble patent quand il revient, peut-&#234;tre avec une tendance irrationnelle, sur le &#171; myst&#232;re de la &#171; force ancestrale &#187; de la terre vivante &#187; [&lt;a href='#nb3-114' class='spip_note' rel='footnote' title='FS, op. cit., p. 146.' id='nh3-114'&gt;114&lt;/a&gt;]. Ces orientations du texte ruschien donne le sentiment que l'auteur nous invite &#224; nous soumettre &#224; une &#171; &#233;tincelle divine &#187; qui se r&#233;v&#232;lerait dans le ph&#233;nom&#232;ne de la fertilit&#233; du sol et de la sant&#233; globale du cycle vivant. Et Rusch ajoute par endroits la r&#233;f&#233;rence &#224; un regard paysan du pass&#233; voyant la fertilit&#233; comme don de Dieu, ou celle du &#171; plan de la cr&#233;ation &#187;, que sa recherche essaierait d'approcher &#224; travers son mod&#232;le du cycle biologique. Mais il n'approfondit jamais ses ouvertures th&#233;ologiques. En particulier, il ne nous dit jamais comment l'image du Tout vivant, plus ou moins sacralis&#233;, peut offrir une place au projet d'un Dieu qui promet, dans l'alliance avec lui, la libert&#233; &#224; l'homme. Cela fait que, au bout du compte, on n'aurait plut&#244;t tendance &#224; croire que ses r&#233;f&#233;rences &#224; Dieu soient des mentions de circonstance, plaqu&#233;es sur une th&#233;orie fondamentalement coul&#233;e dans une biologie autosuffisante, voire idol&#226;tre, si l'on prend &#224; la lettre les id&#233;es de l'absolutisation du Tout et de personnification de &#171; l'organisme-sol &#187;, sans parler des th&#232;ses sur le bien fond&#233; ou la normalit&#233; de l'&#233;vacuation des maladies pour la perp&#233;tuation de la sant&#233; du tout [&lt;a href='#nb3-115' class='spip_note' rel='footnote' title='A cet &#233;gard, l'acceptation, par Hans Peter Rusch, d'une m&#233;daille d&#233;cern&#233;e par (...)' id='nh3-115'&gt;115&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Toujours dans cette optique, Rusch invite le chercheur &#224; reconna&#238;tre non pas les m&#233;canismes de la vie mais &#171; les forces originelles &#187; de la vie quand elle &#171; se manifeste dans son int&#233;grit&#233; &#187;. D'un c&#244;t&#233;, cette attitude le pousse &#224; une modestie devant le ph&#233;nom&#232;ne de la vie, mais une modestie empreinte de myst&#232;re, qui va lui faire parler de &#171; miracle de la productivit&#233; biologique &#187; ou de &#171; miracle de l'agriculture biologique &#187;. M&#234;me si les d&#233;veloppements de la science demeurent entour&#233;s d'un halo de nescience [&lt;a href='#nb3-116' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur l'id&#233;e de nescience, voir Maldam&#233; J.-M., Le Christ et le cosmos, Vrin, p. (...)' id='nh3-116'&gt;116&lt;/a&gt;], convient-il &#224; la posture scientifique de s'attendre &#224; une r&#233;ussite hasardeuse des processus qu'elle observe ou reproduit en laboratoire ? Non, bien s&#251;r, puisque la science en tant que corps de savoirs correspond, classiquement mais tr&#232;s exactement, au total des lois de la nature d&#233;chiffr&#233;es &#224; un moment donn&#233;. La productivit&#233; biologique optimale serait ainsi incalculable et &#171; en quelque sorte impr&#233;visible &#187; : &#171; Tout se passe comme si une &#233;tincelle jaillissait de l'int&#233;rieur, qui produit le miracle de la productivit&#233; optimale, cette &#233;tincelle divine, dont les po&#232;tes disent que sans elle le bonheur humain ne peut exister &#187;. Il est possible que la science puisse parfois s'inspirer de la po&#233;sie, comme il est &#171; peut-&#234;tre n&#233;cessaire d'atteindre et de reprendre sans cesse contact avec l'inexprim&#233; pour progresser en philosophie &#187; [&lt;a href='#nb3-117' class='spip_note' rel='footnote' title='Gilson E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, T&#233;qui, 1935, 103 p., p. 63.' id='nh3-117'&gt;117&lt;/a&gt;]. Mais autant la science traite des faits positifs, autant la philosophie consiste en ce qu'elle est capable de dire de l'inexprim&#233;, &#171; malgr&#233; des d&#233;ficiences d'expression qu'il faut sans cesse corriger &#187; [&lt;a href='#nb3-118' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh3-118'&gt;118&lt;/a&gt;]. Le chemin de l'intuition po&#233;tique &#224; la conceptualisation scientifique doit &#234;tre formalis&#233; et math&#233;matis&#233; pour exister. Hans Peter Rusch ne va pas jusque-l&#224;. En revanche, il fait souvent appelle au po&#232;te romantique Goethe dans &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt;. Notamment pour &#233;voquer, en sus des forces originelles de la vie, l'id&#233;e des &#171; plantes originelles &#187; [&lt;a href='#nb3-119' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 132. Rusch n'explique pas le sens de la (...)' id='nh3-119'&gt;119&lt;/a&gt;]. Et il ne prend pas la peine d'expliquer les proc&#233;d&#233;s de sa pens&#233;e qui l'ont men&#233;s &#224; en tirer des recommandations pratiques pour l'agrobiologie. Comme s'il prenait la th&#233;orie botanique goeth&#233;ene pour argent comptant et s'en servait, peu regardant aux exigences d'une critique scientifique minimale, pour &#233;tayer ses recommandations agronomiques. Dans ce passage obscur, on trouve ainsi l'une des justifications originelles &#224; l'emploi des poudres de roches dans l'agriculture biologiques : &#171; Les plantes cultiv&#233;es se conformant aux besoins des &#171; plantes originelles &#187; de Goethe, les roches originelles constituent le moyen id&#233;al de satisfaire les besoins min&#233;raux des plantes, toute fertilisation min&#233;rale unilat&#233;rale devant &#234;tre &#233;limin&#233;e. C'est pourquoi, en agriculture biologique, on utilisera exclusivement &lt;em&gt;des roches primitives&lt;/em&gt; broy&#233;es, qui suppriment tout risque d'erreur de dosage &#187; [&lt;a href='#nb3-120' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., op. cit., p. 132.' id='nh3-120'&gt;120&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Ainsi, pour &#171; parler &#187; de la fertilit&#233;, Hans Peter Rusch glisse-t-il du registre scientifique au registre id&#233;ologique. Notre auteur n'est pas &#224; un paradoxe pr&#232;s. Il d&#233;clare tant&#244;t que la fertilit&#233; ne se mesure pas, et consacre des longues pages &#224; rapporter les r&#233;sultats de ses tests de fertilit&#233; des sols. Il avance que la fertilit&#233; ne se voit qu'&#224; ses r&#233;sultats &#8211; telle une r&#233;colte abondante &#8211; mais il s'acharne &#224; proposer une conception globale de la biologie. Il dit, enfin, avoir trouv&#233; une exp&#233;rience biologique globale &#171; mod&#232;le &#187; avec les fermes des agriculteurs du mouvement M&#252;ller, mais il termine ses recherches en proposant aux agriculteurs, qu'il est cens&#233; conseiller, de s'en remettre au &#171; miracle de l'agriculture biologique &#187; [&lt;a href='#nb3-121' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Rusch H.-P., ibid., p. 305-307.' id='nh3-121'&gt;121&lt;/a&gt;]. On pourrait presque croire qu'il renvoie les agriculteurs &#224; la Providence d'antan et aux pri&#232;res chr&#233;tiennes des rogations, visant &#224; s'attirer la b&#233;n&#233;diction divine sur les r&#233;coltes et les travaux des champs. Mais ce serait encore trop. Le &#171; Tout vivant &#187; n'a, en effet, ni visage ni oreilles. Il faudrait pourtant s'y &lt;em&gt;convertir&lt;/em&gt;, en acceptant d'y toucher le moins possible : &#171; Il est dans la nature de la v&#233;ritable agriculture biologique de ne pouvoir apporter la justification de son existence et d&#233;montrer sa sup&#233;riorit&#233; que si elle renonce sans compromis &#224; toute intervention dans tous les processus biologiques qui se d&#233;roulent dans &#171; l'organisme &#187; d'une ferme &#187; [&lt;a href='#nb3-122' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 306.' id='nh3-122'&gt;122&lt;/a&gt;]. Mais comment une telle mystique de la non-intervention sur le vivant a-t-elle pu aider des agriculteurs ? Dans les faits, chez Rusch comme chez Masanobu Fukuoka, il a bien fallu que nos adorateurs du &#171; Tout vivant intact &#187; c&#232;dent du terrain &#224; l'artifice humain pour dire quelque chose qui puisse avoir un rapport avec l'essence de la pratique agricole. Mais Rusch l'a fait d'une fa&#231;on si incertaine que l'on se demande encore s'il l'a fait de fa&#231;on sens&#233;e. Les deux phrases suivantes en t&#233;moignent : &#171; Mais il nous faut accepter que la civilisation humaine d'aujourd'hui et de demain ne puisse jamais &#234;tre une entit&#233; naturelle et originelle. Nous devons d&#233;terminer si, oui ou non, la nature nous laisse la possibilit&#233; de participer &#224; son unit&#233; et &#224; son harmonie, bien que notre civilisation nous contraigne &#224; vivre autrement &#187; [&lt;a href='#nb3-123' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 42.' id='nh3-123'&gt;123&lt;/a&gt;]. Sans doute Hans Peter Rusch n'est-il jamais parvenu &#224; se mettre au clair sur cette question. Tout cela nous donne d&#233;j&#224; des explications pour comprendre pourquoi la r&#233;ception sociale de l'agriculture biologique fut si controvers&#233;e : le mythe y voisine l'ignorance mais aussi des faits scientifiques et des observations ordinaires. Cela permet aussi de saisir un peu pourquoi m&#234;me Maria M&#252;ller et Hans M&#252;ller feront &lt;em&gt;chacun&lt;/em&gt; leur propre interpr&#233;tation des th&#233;ories de Rusch aupr&#232;s des paysans et paysannes. Enfin, sur le plan th&#233;orique, ces h&#233;sitations ruschiennes soulignent d&#233;j&#224;, pour le progr&#232;s de l'agriculture biologique, l'importance cruciale d'un travail d'approfondissement sur la probl&#233;matique, philosophique et scientifique, &lt;em&gt;nature et artifice, nature et agriculture.
&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Passons maintenant &#224; l'examen du romantisme de Masanobu Fukuoka. Ce dernier, bien qu'il ne soit pas occidental, a grandi et d&#233;velopp&#233; son agriculture au Japon, au cours du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, qui a vu une occidentalisation d&#233;cisive de la civilisation de son pays. Nostalgique de la civilisation paysanne, et plus encore d'une hypoth&#233;tique agriculture originelle, Masanobu Fukuoka recoupe, dans son &#339;uvre, l'ensemble des th&#232;mes de la critique romantique de la modernit&#233; occidentale. Mais surtout, il est le fondateur qui pr&#244;ne de la mani&#232;re la plus impressionnante et paradoxale une agriculture du retour &#224; la nature et de la non intervention humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'agriculture fukuokienne ou la voie du retour &#224; la nature&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les cultures orientales, la distinction entre questions de croyance et questions de savoir n'a pas la m&#234;me importance sociale apparente que dans la modernit&#233; occidentale [&lt;a href='#nb3-124' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Pons P., Japon : attachement s&#233;lectif &#224; la nature, , in Bourg D., (dir.), (...)' id='nh3-124'&gt;124&lt;/a&gt;]. Les dieux orientaux sont toujours plus ou moins li&#233;s &#224; la nature et le savoir est li&#233; &#224; une sagesse sur l'ultime des choses. Masanobu Fukuoka reste fondamentalement attach&#233;e &#224; sa culture. Son agriculture originale ne peut se comprendre hors des questions culturelles qui l'ont fait na&#238;tre. Il raconte ainsi l'&#233;v&#233;nement intellectuel et spirituel, difficile &#224; comprendre selon les sch&#233;mas ordinaire de la pens&#233;e occidentale, qui l'a amen&#233; &#224; s'engager dans l'agriculture : &#171; R&#233;cemment des gens m'ont demand&#233; pourquoi je m'&#233;tais engag&#233; dans ce type d'agriculture il y a si longtemps. Jusqu'&#224; pr&#233;sent je n'en ai jamais discut&#233; avec quiconque. Il semble qu'il n'y avait pas moyen d'en parler. Ce fut simplement, - comment dire &#8211; un choc, un jaillissement, une petite exp&#233;rience qui en fut le point de d&#233;part. Cette r&#233;v&#233;lation changea totalement ma vie. Ce n'est rien dont on puisse vraiment parler, mais c'est quelque chose qu'on pourrait dire ainsi : &#171; Les hommes ne connaissent rien du tout. Il n'y a pas de valeur intrins&#232;que dans quoi que ce soit, et chaque action est un effort futile et sans signification &#187;. Cela peut sembler irrationnel, mais si on le met en mots, c'est la seule fa&#231;on de le d&#233;crire. Cette &#171; pens&#233;e &#187; se d&#233;veloppa dans ma t&#234;te sans que je m'y attende lorsque j'&#233;tais encore jeune. Je ne savais pas si cette intuition, que toute l'intelligence et l'effort humains sont n&#233;gligeables, &#233;tait valable ou non, mais si j'examinais ces pens&#233;es et essayais de les bannir, je ne pouvais rien d&#233;couvrir en moi-m&#234;me qui les contredise. Seulement la ferme conviction que c'&#233;tait ainsi grav&#233; en moi. On pense g&#233;n&#233;ralement qu'il n'y a rien de plus magnifique que l'intelligence humaine, que les &#234;tres humains sont des cr&#233;atures d'une valeur particuli&#232;re et que leurs cr&#233;ations et r&#233;alisations telles qu'elles sont r&#233;fl&#233;chies par la culture et l'histoire en sont de merveilleux t&#233;moignages. Telles est du moins la croyance g&#233;n&#233;rale. Puisque ma pens&#233;e la refusait, j'&#233;tais incapable de communiquer mes vues &#224; quiconque. En fin de compte je d&#233;cidai de donner une forme &#224; mes pens&#233;es, de les mettre en pratique, et ainsi de d&#233;terminer si mon discernement voyait juste ou faux. Passer ma vie dans l'agriculture, &#224; faire pousser du riz et des c&#233;r&#233;ales d'hiver, ce fut le parti que je pris &#187; [&lt;a href='#nb3-125' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, p. 34-35. Dans ce chapitre intitul&#233; &#171; Rien du tout &#187;, p. 34-39, l'auteur (...)' id='nh3-125'&gt;125&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Masanobu Fukuoka articule le sens de sa &#171; r&#233;v&#233;lation &#187; [&lt;a href='#nb3-126' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut noter l'incertitude sur le statut de l'&#233;v&#233;nement : s'agit-il d'une &#171; (...)' id='nh3-126'&gt;126&lt;/a&gt;] avec celui des grandes traditions culturelles de l'Orient et avec la fa&#231;on de cultiver les champs qu'il a d&#233;velopp&#233;e. Il combine des &#233;l&#233;ments tao&#239;stes et bouddhistes mais les seconds dominent, puisqu'il se d&#233;crit lui-m&#234;me comme un agriculteur bouddhiste [&lt;a href='#nb3-127' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. L'agriculture naturelle, p. 15,23, 40.' id='nh3-127'&gt;127&lt;/a&gt;]. Pour bien comprendre sa d&#233;marche il faut donc s'efforcer de ressaisir les traits essentiels d'&lt;em&gt;une culture tout &#224; fait diff&#233;rente de la n&#244;tre&lt;/em&gt;. Nous y reviendrons plusieurs fois dans ce travail, parce que, au-del&#224; de l'&#339;uvre de notre japonais, l'influence de la culture d'Orient concerne presque tous les fondateurs, directement ou indirectement. Entrons d&#232;s &#224; pr&#233;sent dans le vif de cette dimension de notre sujet. Si l'on met de c&#244;t&#233; les diff&#233;rences sur le contenu ultime du r&#233;el, substantiel ou non substantiel, on peut dire, sans trop d'erreurs, que &lt;em&gt;la mystique orientale consid&#232;re que la voie du salut passe par une union de l'homme avec la nature ou l'&#234;tre, consid&#233;r&#233; comme un tout unique&lt;/em&gt;. Ainsi, la sp&#233;culation mystique hindoue la plus pouss&#233;e, fond&#233;e au VIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle apr&#232;s J.-C. par Shankara [&lt;a href='#nb3-128' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette datation est celle qui est retenue actuellement, bien qu'il y ait eu (...)' id='nh3-128'&gt;128&lt;/a&gt;], traverse tout l'Orient et peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une origine typique de cette culture. Cette pens&#233;e &#233;tablissait d&#233;j&#224; la doctrine de la &lt;em&gt;non-dualit&#233;&lt;/em&gt;. Dans le cadre des Grandes Paroles upanishadiques, du type &lt;em&gt;tat tvam asi&lt;/em&gt;, une approche de l'exp&#233;rience r&#233;flexive commune &#224; tout &#234;tre humain est prise comme point de d&#233;part. Ainsi, nous &#171; nous &#233;prouvons 1) comme sujet pensant, 2) comme une certaine pr&#233;sence physique dans l'espace du monde et enfin 3) comme une certaine vie affective, faite de d&#233;sir et de crainte et li&#233;e au d&#233;saccord &#171; naturel &#187; des deux premi&#232;res dimensions de notre &#234;tre &#187; [&lt;a href='#nb3-129' class='spip_note' rel='footnote' title='Hulin M., Shankara et la non-dualit&#233;, ibid.., p. 87' id='nh3-129'&gt;129&lt;/a&gt;]. Sur cet horizon de la probl&#233;matique anthropologique, les propositions v&#233;diques nous identifient au &lt;em&gt;brahman&lt;/em&gt;, en tant qu'&#171; unit&#233; absolue de l'&#234;tre, de la pens&#233;e et de la b&#233;atitude &#187; [&lt;a href='#nb3-130' class='spip_note' rel='footnote' title='Hulin M., ibid.., p. 87.' id='nh3-130'&gt;130&lt;/a&gt;]. Fondamentalement moniste, l'Orient consid&#232;re, logiquement, que l'exp&#233;rience et le sentiment humain d'une dualit&#233;, en soi-m&#234;me et par rapport au monde, est une illusion. La d&#233;livrance ou le salut consistera essentiellement &#224; se d&#233;faire de l'erreur. Revenons maintenant &#224; Masanobu Fukuoka. Nous verrons ainsi que sa d&#233;marche correspond &#224; une application de la mystique de la non-dualit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:52px;'&gt;&lt;a href=&quot;http://www.ecolotech.eu/sites/ecolotech.eu/IMG/ppt/Soutenance_Y._Besson.ppt&quot; type=&quot;application/vnd.ms-powerpoint&quot; title=&quot; Soutenance Th&#232;se Y Besson&quot;&gt;&lt;img src='http://www.ecolotech.eu/sites/ecolotech.eu/local/cache-vignettes/L52xH52/ppt-db89b.png' width='52' height='52' alt=' Soutenance Th&#232;se Y Besson {PowerPoint}' style='height:52px;width:52px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 07 &#8211; La non-dualit&#233; chez Masanobu Fukuoka [&lt;a href='#nb3-131' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. L'agriculture naturelle, p. 20.' id='nh3-131'&gt;131&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'entreprise agricole fukuokienne vise largement au-del&#224; de la production de denr&#233;es. De toutes les voies agricoles propos&#233;es par les fondateurs, elle est la plus radicale, la plus unifi&#233;e, mais aussi celle qui donne le plus d'importance &#224; l'agriculture. Fukuoka donne tellement d'importance &#224; l'agriculture qu'il la consid&#232;re presque comme une voie sup&#233;rieure d'accomplissement de soi : &#171; Le but ultime de l'agriculture n'est pas de faire pousser des r&#233;coltes, mais la culture et l'accomplissement des &#234;tres humains &#187; [&lt;a href='#nb3-132' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, p. 144.' id='nh3-132'&gt;132&lt;/a&gt;]. L'agriculture naturelle &#171; est davantage qu'une simple r&#233;volution dans les techniques agricoles. Elle est le fondement pratique d'un mouvement spirituel, d'une r&#233;volution capable de transformer la mani&#232;re dont l'homme vit &#187; [&lt;a href='#nb3-133' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 30.' id='nh3-133'&gt;133&lt;/a&gt;]. L'agriculture fukuokienne se veut ainsi une voie d'accomplissement de la spiritualit&#233; orientale. La dualit&#233;, critiqu&#233;e par les sagesses orientales, se d&#233;cline, dans l'&#339;uvre de Masanobu Fukuoka, sous les visages de &#171; l'intellect discriminant &#187;, du &#171; scientifique &#187;, et aussi sous celui de &#171; l'agriculture moderne &#187; ou &#171; agriculture scientifique &#187; [&lt;a href='#nb3-134' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p.19-23.' id='nh3-134'&gt;134&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 08 &#8211; L'approche discriminante, centrifuge et antinaturelle selon Masanobu Fukuoka [&lt;a href='#nb3-135' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 21.' id='nh3-135'&gt;135&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la dualit&#233; est encore entre la ville et la campagne, entre la &#171; civilisation urbaine &#187; [&lt;a href='#nb3-136' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur la civilisation urbaine, voir A.N., p. 23, 33, 293, 297.' id='nh3-136'&gt;136&lt;/a&gt;] et la &#171; philosophie paysanne &#187; [&lt;a href='#nb3-137' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, p. 32-33.' id='nh3-137'&gt;137&lt;/a&gt;]. Plus fondamentalement, &#224; la limite d'une d&#233;marche suicidaire [&lt;a href='#nb3-138' class='spip_note' rel='footnote' title='Le suicide, au Japon, n'est pas consid&#233;r&#233; de la m&#234;me mani&#232;re qu'en (...)' id='nh3-138'&gt;138&lt;/a&gt;], Masanobu Fukuoka invite au non-agir [&lt;a href='#nb3-139' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 14-15, 30.' id='nh3-139'&gt;139&lt;/a&gt;], &#224; la non-intervention [&lt;a href='#nb3-140' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut penser aussi &#224; certains yogis qui parviennent, au prix de longues (...)' id='nh3-140'&gt;140&lt;/a&gt;]. Il parle de son agriculture comme celle de la &#171; voie immobile &#187; [&lt;a href='#nb3-141' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 15.' id='nh3-141'&gt;141&lt;/a&gt;], il veut &#171; laisser &#234;tre &#187; la nature [&lt;a href='#nb3-142' class='spip_note' rel='footnote' title='Th&#232;me fondamental de la philosophie fukuokienne, le &#171; laisser &#234;tre &#187; la nature (...)' id='nh3-142'&gt;142&lt;/a&gt;] dans sa ferme. Nous reviendrons sur la contradiction presque insurmontable qu'il y a dans l'id&#233;e d'une agriculture humaine naturelle au sens strict (&#167;424). Pour l'instant, retenons que le th&#232;me du &lt;em&gt;retour &#224; la nature&lt;/em&gt; joue chez Fukuoka le r&#244;le de la &lt;em&gt;d&#233;livrance des illusions dans le bouddhisme&lt;/em&gt;. Masanobu Fukuoka glisse de l'invitation au &#171; retour &#224; la terre &#187; [&lt;a href='#nb3-143' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, p. 40-43.' id='nh3-143'&gt;143&lt;/a&gt;] et au &#171; retour &#224; l'agriculture &#187; [&lt;a href='#nb3-144' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 297-299.' id='nh3-144'&gt;144&lt;/a&gt;] &#224; celle du &#171; retour &#224; la nature &#187; [&lt;a href='#nb3-145' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur le th&#232;me omnipr&#233;sent du retour &#224; la nature, voire par exemple (...)' id='nh3-145'&gt;145&lt;/a&gt;]. En fait, le v&#233;ritable probl&#232;me, rep&#233;r&#233; par cet ancien microbiologiste, serait celui de &lt;em&gt;la s&#233;paration de l'homme d'avec la nature [&lt;a href='#nb3-146' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans une r&#233;f&#233;rence que nous avons &#233;gar&#233;e, nous avons lu que Schelling, ou (...)' id='nh3-146'&gt;146&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. De l&#224; viendrait la dualit&#233; et la souffrance. Enjambant le hiatus de l'artifice impliqu&#233; dans l'agriculture, Masanobu Fukuoka fait jouer &#224; &#171; l'agriculture originelle &#187; le double r&#244;le de la nature et du mode de vie de l'humanit&#233; du paradis. Le passage suivant forme un assez bon r&#233;sum&#233; de son approche de l'agriculture et, lorsqu'il parle du &lt;em&gt;devoir&lt;/em&gt; d'aller au paradis, de l'injonction morale qu'il adresse &#224; l'homme &#224; travers elle. On prendra note &#233;galement de son panth&#233;isme biologique [&lt;a href='#nb3-147' class='spip_note' rel='footnote' title='La r&#233;alit&#233; ultime se comprend chez Masanobu Fukuoka selon la cha&#238;ne suivante (...)' id='nh3-147'&gt;147&lt;/a&gt;] explicitement exprim&#233; ici :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La voie du non-faire selon laquelle la seule chose &#224; faire est de se plonger dans le sein de la nature, se d&#233;pouillant corps et &#226;me, voil&#224; la route que doit prendre l'homme v&#233;ritable. Le chemin le plus court pour atteindre l'&#233;tat d'homme vrai est de mener une vie en plein air, simplement v&#234;tu, simplement nourri, en priant la terre et les cieux. Le bonheur vrai et libre ne vient qu'en menant une existence simple ; on ne peut le trouver qu'en suivant la route extraordinaire, sans m&#233;thode, du paysan, ind&#233;pendamment de l'&#226;ge et de la direction adopt&#233;e. Le d&#233;veloppement et la r&#233;surrection spirituels sont impossibles si l'on s'&#233;carte de cette voie du d&#233;pouillement. En un sens, l'agriculture est le travail le plus simple et aussi le plus grandiose d&#233;volu &#224; l'homme. Il n'y avait pour lui rien d'autre &#224; faire et il n'aurait pas d&#251; faire quoi que ce soit d'autre. La joie v&#233;ritable de l'homme &#233;tait l'extase naturelle. Elle n'existe que dans la nature et s'&#233;vanouit lorsqu'on s'&#233;loigne de la terre. Un environnement humain ne peut exister hors de la nature, et on doit donc faire de l'agriculture le fondement de la vie. Le retour de tous &#224; la campagne pour cultiver et cr&#233;er les villages de l'homme v&#233;ritable est la route qui m&#232;ne &#224; la cr&#233;ation de cit&#233;s id&#233;ales, de soci&#233;t&#233;s id&#233;ales et d'&#233;tats id&#233;aux. La terre n'est pas seulement le sol, et le ciel bleu un espace vide. La terre est le jardin de Dieu, et c'est dans le ciel qu'Il si&#232;ge. Le paysan qui, m&#226;chant avec soin le grain qu'il a moissonn&#233; dans le jardin du Seigneur, l&#232;ve la face vers les cieux avec gratitude, m&#232;ne la vie la meilleure, la plus parfaite qui soit. Ma vision d'un monde d'agriculteurs se fonde sur le devoir qu'a chacun de retourner dans le jardin de Dieu pour le cultiver et son droit de contempler les cieux azur&#233;s et de se voir accorder la joie. Ce serait l&#224; plus qu'un simple retour &#224; une soci&#233;t&#233; primitive. Ce serait une mani&#232;re de vivre dans laquelle chacun r&#233;affirmerait la source de la vie (&#171; vie &#187; &#233;tant un autre nom de Dieu). L'homme doit tourner le dos &#224; un monde d'expansion et d'extinction, et mettre au contraire toute sa confiance dans la contraction et le renouveau. Cette soci&#233;t&#233; d'agriculteurs peut bien s&#251;r prendre la forme d'une agriculture traditionnelle, mais elle doit int&#233;grer l'agriculture naturelle qui transcende l'&#233;poque et recherche avec honn&#234;tet&#233; les sources m&#234;mes de l'agriculture &#187; [&lt;a href='#nb3-148' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 297.' id='nh3-148'&gt;148&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;l'invitation &#224; se plonger dans la nature&lt;/em&gt;, l'affirmation explicite du parti pris fukuokien pour une mystique naturaliste ne peut pas &#234;tre plus claire. Philosophiquement ou dans la pratique agricole il faudrait &#171; &lt;em&gt;Faire un avec la nature&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-149' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 140.' id='nh3-149'&gt;149&lt;/a&gt;]. N&#233;anmoins, pour le lecteur qui voudrait vraiment savoir ce qu'est la nature pour Masanobu Fukuoka, il y a de quoi se perdre. Nous y reviendrons dans notre derni&#232;re partie, mais notons d&#233;j&#224; l'existence d'au moins trois sens de la nature chez ce citoyen d'Orient [&lt;a href='#nb3-150' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous pensons que le traitement des cultures orientales sous l'angle de la (...)' id='nh3-150'&gt;150&lt;/a&gt;] : la nature est ainsi tant&#244;t mat&#233;rielle, purement mat&#233;rielle [&lt;a href='#nb3-151' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, p. 184 : &#171; Le monde lui-m&#234;me est une unit&#233; de mati&#232;re &#187;.' id='nh3-151'&gt;151&lt;/a&gt;] ou alors &#171; tout vivant organique &#187; [&lt;a href='#nb3-152' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p.56.' id='nh3-152'&gt;152&lt;/a&gt;], tant&#244;t physico-spirituelle [&lt;a href='#nb3-153' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, p. 157. Il affirme l&#224; une fois de plus son moniste en d&#233;clarant que, &#171; (...)' id='nh3-153'&gt;153&lt;/a&gt;], ou bien encore &#171; vide absolu &#187;, &#171; n&#233;ant &#187; [&lt;a href='#nb3-154' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. L'agriculture naturelle, respectivement aux pages 71 et 97.' id='nh3-154'&gt;154&lt;/a&gt;]. Histoire d'enfoncer le clou, il faut encore ajouter qu'il est peut-&#234;tre vain de vouloir saisir ce qu'est la nature pour Masanobu Fukuoka &lt;em&gt;parce qu'il &#233;vite finalement de prendre position sur cette question&lt;/em&gt; : &#171; Les gens ne peuvent pas saisir la v&#233;ritable apparence de la nature. Le visage de la nature est inconnaissable &#187; [&lt;a href='#nb3-155' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP., p. 168.' id='nh3-155'&gt;155&lt;/a&gt;]. Il faudrait donc en conclure que la sagesse et l'agriculture fukuokienne ne seraient pas le r&#233;sultat d'un savoir. Immense d&#233;fi pour la pens&#233;e occidentale dont le ressort est justement la confiance dans la capacit&#233; de l'homme &#224; conna&#238;tre le r&#233;el, &#224; travers son ordre, son &lt;em&gt;logos&lt;/em&gt;. L'&#339;uvre de Masanobu Fukuoka fourmille au contraire d'invitation &#224; renoncer &#224; la connaissance et &#224; &#171; l'intellect discriminant &#187;. La vie intellectuelle ne serait autre qu'un pi&#232;ge [&lt;a href='#nb3-156' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. le paragraphe intitul&#233; &#171; Le pi&#232;ge du savoir &#187; dans La Voie du Retour &#224; la (...)' id='nh3-156'&gt;156&lt;/a&gt;], et m&#234;me les scientfiques, &#171; astronome &#187; ou &#171; botaniste &#187; ne feraient que &#171; recueillir des impressions et les interpr&#233;ter, chacun dans la prison de son propre esprit &#187;. Il n'y aurait d'autre voie de salut pour l'homme que &#171; la destruction de l'ego, se d&#233;pouiller de la pens&#233;e que les humains ont une place &#224; part des cieux et de la terre &#187;. C'est ainsi que Masanobu Fukuoka veut renouer avec &#171; la sagesse du silence &#187;. Du coup, on est en droit d'attendre, &#224; titre de proposition concr&#232;te, le retour &#224; la vie sauvage, le retour &#224; la vie dans les bois. On imagine un Masanobu Fukuoka faisant l'apologie de la vie animale comme bonheur de l'homme. En fait, avec l'&#339;uvre de ce japonais, il faut avouer que nous ne sommes jamais loin d'un tel primitivisme. Mais voil&#224;, Masanobu Fukuoka est un homme et il s'adresse &#224; d'autres &#234;tres humains. Il pense, parle, propose une voie de salut &#224; l'homme et en r&#233;alise les modalit&#233;s concr&#232;tes sur la ferme h&#233;rit&#233;e de ses parents. Il est livr&#233;, comme tout un chacun, &#224; la probl&#233;matique de l'existence humaine. A la base de la d&#233;marche de Masanobu Fukuoka r&#233;side une contradiction fondamentale : autant les traditions spirituelles dominantes de l'Orient ont pouss&#233; les hommes au &lt;em&gt;renoncement&lt;/em&gt;, via l'asc&#232;se et &#224; la m&#233;ditation, m&#234;me si parfois la compassion incarn&#233;e peut aider &#224; la &lt;em&gt;lib&#233;ration&lt;/em&gt; de la tristesse du monde, autant Masanobu Fukuoka invite-t-il &#224; &lt;em&gt;l'action&lt;/em&gt; en proposant une th&#233;orie et un ensemble de techniques agricoles.
&lt;br /&gt;C'est ainsi que le retour &#224; la nature fukuokien est rev&#234;tu du v&#234;tement paradoxal de l'agriculture : &#171; l'agriculture est le travail le plus simple et aussi le plus grandiose d&#233;volu &#224; l'homme. Il n'y avait pour lui rien d'autre &#224; faire et il n'aurait pas d&#251; faire quoi que ce soit d'autre &#187;. Nous reviendrons sur cette contradiction fondamentale, d&#233;j&#224; aper&#231;ue chez Hans Peter Rusch, dans notre derni&#232;re partie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais nous ne pouvons pas finir ce paragraphe sans &#233;voquer le panth&#233;isme fukuokien. Pour Masanobu Fukuoka, &#171; Dieu et la nature ne font qu'un &#187;. Il n'y a pas de cr&#233;ation de la religiosit&#233; orientale. Il y aurait un &#171; surgissement naturel &#187; sans que l'on puisse marquer strictement un avant et un apr&#232;s, comme si nous &#233;tions au c&#339;ur d'un cycle, sans commencement ni fin, s'actualisant &#224; chaque instant. Quand M. Fukuoka parle de Dieu, cela n'a rien &#224; voir avec l'&#202;tre transcendant et personnel d&#233;sign&#233; par ce terme dans les monoth&#233;ismes. L'id&#233;ologie de l'Un domine la pens&#233;e fukuokienne. Retourner &#224; la Nature signifie pour lui &#171; r&#233;unifier Dieu, la nature et l'homme ; lesquels ont &#233;t&#233; d&#233;sempar&#233;s par le genre humain &#187;. Il n'y a pas de relation personne &#224; personne possible avec le Dieu fukuokien : &#171; Dieu et la nature ignorent l'homme et ne s'adressent pas &#224; lui &#187;. Mais nos cat&#233;gories sont encore plus brouill&#233;es quand, dans la derni&#232;re citation de &lt;em&gt;L'agriculture naturelle&lt;/em&gt; donn&#233;e ici (commen&#231;ant par &#171; La voie du non-faire&#8230; &#187;), notre auteur d&#233;clare que &#171; vie &#187; serait &#171; un autre nom de Dieu &#187; tout en nous enjoignant &#224; affirmer &#171; la source de la vie &#187; : passe encore l'identification id&#233;ologique de Dieu et de la biosph&#232;re, d&#233;j&#224; tendancielle chez Hans Peter Rusch, mais que comprendre dans l'id&#233;e d'affirmer la source de Dieu ? Si le concept de Dieu est ultime, c'est justement en fermant notre questionnement par une R&#233;ponse cens&#233;e &#234;tre parfaitement satisfaisante, et du coup, &lt;em&gt;en nous renvoyant &#224; l'action&lt;/em&gt; d'une mani&#232;re sereine, car orient&#233;e. Une fois de plus nous sommes confront&#233;s aux limites de la compr&#233;hension de la culture orientale. Comme nous le verrons, la rationalit&#233; et le respect du principe de non-contradiction ne sont pas faciles &#224; rep&#233;rer et &#224; suivre en Orient. Et pour ce qui est du cas particulier du discours de l'auteur japonais, il faut reconna&#238;tre que notre concept de Dieu n'y a plus de sens : chez M. Fukuoka, Dieu est d&#233;pass&#233; par la nature. Ce n'est plus Dieu qui est cr&#233;ateur de la nature mais &#171; La nature [qui] est &#171; cr&#233;atrice &#187; de Dieu &#187; [&lt;a href='#nb3-157' class='spip_note' rel='footnote' title='La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 299-300.' id='nh3-157'&gt;157&lt;/a&gt;]. Ce n'est plus Dieu qui a cr&#233;&#233; la totalit&#233; de la nature ex nihilo : au contraire, &#171; Seule la nature a le pouvoir de produire quelque chose &#224; partir de rien &#187; [&lt;a href='#nb3-158' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, p. 15.' id='nh3-158'&gt;158&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;En lieu et place d'un dieu cr&#233;ateur de toute chose c'est &#171; Dame Nature &#187; qui (re)vient. Si un &#171; Esprit supr&#234;me &#187; revient sous la plume de Masanobu Fukuoka, c'est aussit&#244;t pour se retrouver &#171; incarn&#233; &#187; dans la nature [&lt;a href='#nb3-159' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. L'agriculture naturelle, p. 31. Rappelons que, pour les chr&#233;tiens, Dieu (...)' id='nh3-159'&gt;159&lt;/a&gt;], un peu &#224; la mani&#232;re des id&#233;ologies du New Age et de l'&#233;sot&#233;risme : &#171; cet Esprit supr&#234;me peut &#234;tre con&#231;u comme cach&#233; au sein de Dame Nature &#187; [&lt;a href='#nb3-160' class='spip_note' rel='footnote' title='La Voie du Retour &#224; la Nature, p.299.' id='nh3-160'&gt;160&lt;/a&gt;]. Au passage, en sacrifiant au culte de la m&#232;re nature [&lt;a href='#nb3-161' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ce point, voir aussi L'agriculture naturelle : &#171; l'homme est devenu (...)' id='nh3-161'&gt;161&lt;/a&gt;], Masanobu Fukuoka en profite pour renvoyer au placard la tradition jud&#233;o-chr&#233;tienne : &#171; Mais le secours divin, pour l'homme, est impossible ; [&#8230;]. Et le temps a pass&#233; quand l'humanit&#233; pouvait &#234;tre sauv&#233;e par le Christ &#187; [&lt;a href='#nb3-162' class='spip_note' rel='footnote' title='La Voie du Retour &#224; la Nature, p.301.' id='nh3-162'&gt;162&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rappelons enfin que la perspective fukuokienne, ici d&#233;grossie, englobe tous les th&#232;mes critiques du romantisme europ&#233;en. Avec une telle critique de la pens&#233;e et de la connaissance humaine, Masanobu Fukuoka d&#233;passe le rejet de &#171; l'abstraction rationaliste &#187; [&lt;a href='#nb3-163' class='spip_note' rel='footnote' title='L&#246;wy M. et Sayre R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, op. cit., p. 60.' id='nh3-163'&gt;163&lt;/a&gt;] pour d&#233;noncer comme errements tout d&#233;sir de distanciation d'avec la nature. Approche de plain-pied, la pens&#233;e orientale en g&#233;n&#233;ral et fukuokienne n'a pas subi le d&#233;senchantement : si Dieu est, une sorte d'exp&#233;rience primitive [&lt;a href='#nb3-164' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 138 et (...)' id='nh3-164'&gt;164&lt;/a&gt;] devrait nous le donner &#224; vivre au contact de &#171; la nature pure et innocente &#187; [&lt;a href='#nb3-165' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 305.' id='nh3-165'&gt;165&lt;/a&gt;]. Ne plus parler, ne plus penser, ne plus chercher : les pr&#233;ceptes orientaux sont essentiellement n&#233;gatifs, dans le sens d'un d&#233;blaiement de ce qui nous encombrerait. La civilisation technique et la m&#233;canisation pour all&#233;ger le fardeau de nos t&#226;ches ? Ali&#233;nation de la qualit&#233; de notre rapport au monde, disparition de la joie paysanne, aussi bien chez Hans M&#252;ller que chez Masanobu Fukuoka [&lt;a href='#nb3-166' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour ce dernier, voir L'agriculture naturelle, p. 32-33.' id='nh3-166'&gt;166&lt;/a&gt;]. Si le premier fait des concessions &#224; la technique, par pragmatique, pour permettre aux paysans de survivre dans des conditions adverses, le second ne cr&#233;era pas directement de mouvement agricole, sans doute trop extr&#234;me. La quantification et le d&#233;nombrement des ph&#233;nom&#232;nes, bases de la puissance technoscientifique de l'humanit&#233; moderne ? Ce ne serait qu'une illusion, nous rendant aveugle sur l'essentiel, une d&#233;rive centrifuge &#8211; &#171; La recherche erre &#224; l'aventure &#187; - et un amoncellement de r&#233;sultats sp&#233;cialis&#233;s sans rapport avec &#171; la loi naturelle &#187; [&lt;a href='#nb3-167' class='spip_note' rel='footnote' title='La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 101-103 ; L'agriculture naturelle, (...)' id='nh3-167'&gt;167&lt;/a&gt;]. Enfin, bien que Masanobu Fukuoka souhaite un retour &#224; une agriculture originelle d'avant la tradition paysanne, il garde la nostalgie d'une vie villageoise tranquille. En opposant &#171; philosophie paysanne &#187; et &#171; civilisation urbaine &#187; il retrouve l'opposition, en vogue parmi les adeptes des mouvements de &lt;em&gt;Lebensreform&lt;/em&gt; et de la sociologie naissance (T&#246;nnies), entre &lt;em&gt;Gemeinschaft&lt;/em&gt; organique et &lt;em&gt;Gesellschaft &lt;/em&gt;atomiste (&lt;em&gt;communaut&#233;&lt;/em&gt; versus &lt;em&gt;soci&#233;t&#233;&lt;/em&gt;) [&lt;a href='#nb3-168' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Pulliero M., Walter Benjamin, Le d&#233;sir d'authenticit&#233;, p. 479-482. (...)' id='nh3-168'&gt;168&lt;/a&gt;]. Masanobu Fukuoka r&#234;ve du temps o&#249; les paysans avaient le temps de contempler la nature, d'&#233;crire des po&#232;mes, ou d'entretenir les lieux de cultes. La modernit&#233; industrielle a p&#233;n&#233;tr&#233; dans les campagnes et a fauss&#233; &#171; compl&#232;tement les notions de temps et d'espace &#187; mais aussi la sociabilit&#233; des paysans : &#171; La disparition de l'&#226;tre au c&#339;ur de la maison paysanne a &#233;teint la lumi&#232;re de l'ancienne culture villageoise. Les discussions au coin du feu se sont tues, et, avec elles, la philosophie paysanne a disparu &#187; [&lt;a href='#nb3-169' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, p. 33.' id='nh3-169'&gt;169&lt;/a&gt;]. Ce serait, comme dans le cas de la Suisse d'Hans M&#252;ller, la base d'une soci&#233;t&#233; stable &#8211; &#171; la p&#233;pini&#232;re du peuple japonais &#187; - qui aurait disparu avec les paysans au Japon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-1' id='nb3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Cf. Cauvin J., Naissance des divinit&#233;s, Naissance de l'agriculture, Flammarion, 1998 (CNRS Editions, 1997).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-2' id='nb3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Mazoyer M., et Roudart L., Histoire des agricultures du monde, Seuil, p. 67-98. Les auteurs sont assez durs dans leurs critiques des th&#232;ses de Jacques Cauvin sur le primat d'une mutation culturelle aux origines de l'affirmation sociale de l'agriculture comme mode de vie dominant. A la page 89 ils ont tendance &#224; renvoyer l'interpr&#233;tation arch&#233;ologique de Jacques Cauvin au rang des anciens mythes. Lors d'un entretien avec Marcel Mazoyer, nous avons pu constater une hostilit&#233; certaine &#224; l'&#233;gard de ces m&#234;mes travaux. Celle-ci nous est alors apparue d&#233;plac&#233;e. Il nous semble &#233;galement, depuis, que la critique de Marcel Mazoyer et Laurence Roudart manque de pertinence. Ils reconnaissent que &#171; la question du r&#244;le jou&#233; par la densit&#233; de la population dans le passage de la pr&#233;dation &#224; l'agriculture &#187; est &#171; tr&#232;s controvers&#233;e &#187; (p.77), ils avouent &#233;galement que les connaissances actuelles &#224; partir desquelles ils ont tent&#233; leur interpr&#233;tation leur semblent &#171; riches mais aussi lacunaires, confuses et contradictoires &#187; (p. 96). Et il est vrai que l'on peut trouver leur explication mat&#233;rialiste contradictoire : ils racontent la longue &#233;volution, semble-t-il assez complexe, qui a permis la s&#233;lection des plantes, notamment des c&#233;r&#233;ales, et la domestication des animaux, en &#233;vitant de faire intervenir des facteurs psychologiques et spirituels. Quelle est donc cette anthropologie de l'agriculture o&#249; l'homme ne semble jamais douter de bien agir quand il se met &#224; artificialiser nettement son environnement ? A quoi cela sert-il de d&#233;clarer, apr&#232;s avoir construit une th&#233;orie bas&#233;e sur les facteurs d&#233;mographiques, techniques, et &#233;cologiques, qu'il &#171; restait cependant &#224; ces soci&#233;t&#233;s &#224; r&#233;aliser la derni&#232;re et la plus difficile des conditions n&#233;cessaires au d&#233;veloppement de l'agriculture, &#224; savoir une v&#233;ritable r&#233;volution sociale et culturelle &#187; (p.96, Je souligne), si l'on ne travaille pas sur cette question ? On ne serait pas loin de voir ici, projet&#233; sur l'analyse historique, un pr&#233;jug&#233; moderniste croyant na&#239;vement et indistinctement que l'homme aurait depuis toujours cru &#171; &#234;tre en progr&#232;s &#187;, depuis qu'il invente de nouvelles techniques. Plus profond&#233;ment, il pourrait s'agir d'un pr&#233;jug&#233; antispiritualiste : l'homme agirait d'abord puis r&#233;fl&#233;chirait &#233;ventuellement ensuite &#224; la coh&#233;rence globale de son comportement. On comprendrait alors que Marcel Mazoyer et Laurence Roudart ne discutent gu&#232;re non plus le d&#233;tail des th&#232;ses c&#233;l&#232;bres de Marshall Sahlins sur l'abondance pr&#233;agricole : si l'homme v&#233;cut d'abord relativement facilement sur le donn&#233;, sans avoir &#224; le modifier sensiblement, cela lui laissait du temps pour r&#233;fl&#233;chir et sp&#233;culer. Comment envisager que le passage &#224; l'agriculture, nettement plus compliqu&#233;, ne l'ait pas profond&#233;ment interrog&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-3' id='nb3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., Les impostures antichr&#233;tiennes, Des apocryphes au Da Vinci Code, Ed. Presses de la Renaissance, 2006, p. 51.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-4' id='nb3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., ibid., p. 54.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-5' id='nb3-5' class='spip_note' title='Notes 3-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Blanquart P., Une histoire de la ville, Pour repenser la soci&#233;t&#233;, La d&#233;couverte, 1997, 194 p., p. 41.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-6' id='nb3-6' class='spip_note' title='Notes 3-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., Les impostures antichr&#233;tiennes, ibid., p. 55. Le &#171; miracle grec &#187; est une expression devenue commune pour d&#233;signer la naissance de la raison occidentale. Joseph-Marie Verlinde essaye de saisir le c&#339;ur de l'&#233;v&#233;nement avec la notion de transcendance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-7' id='nb3-7' class='spip_note' title='Notes 3-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Urs von Balthasar H., Dieu et l'homme d'aujourd'hui, DDB, 1966 (1958), 342 p., p. 38.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-8' id='nb3-8' class='spip_note' title='Notes 3-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., op. cit., p. 56.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-9' id='nb3-9' class='spip_note' title='Notes 3-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Urs von Balthasar H., La gloire et la croix, IV, Aubier, Paris, 1981, p. 130, cit&#233; in Verlinde J.-M., ibid. (C'est moi qui souligne).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-10' id='nb3-10' class='spip_note' title='Notes 3-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., Les impostures antichr&#233;tiennes, ibid., p. 59.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-11' id='nb3-11' class='spip_note' title='Notes 3-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Borella J., La crise du symbolisme religieux, L'&#194;ge d'Homme, Lausanne, 1980, p. 11, cit&#233; in Verlinde, J.-M., ibid., p. 60.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-12' id='nb3-12' class='spip_note' title='Notes 3-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Saint Bonaventure, Itin&#233;raire de l'esprit vers Dieu, 9 ; 15, trad. H. Dum&#233;ry, Vrin, Paris, 1960, cit&#233; in Verlinde J.-M., ibid., p. 60-61.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-13' id='nb3-13' class='spip_note' title='Notes 3-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Waldenfels H., Manuel de th&#233;ologie fondamentale, Cerf, 1997, p. 317, cit&#233; in Verlinde J.-M., ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-14' id='nb3-14' class='spip_note' title='Notes 3-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., Les impostures antichr&#233;tiennes, ibid., p.62.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-15' id='nb3-15' class='spip_note' title='Notes 3-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Pic de La Mirandole J., De la dignit&#233; de l'homme, Ed. de l'Eclat, Paris, 1993, p. 8-9, cit&#233; in Verlinde J.-M., ibid., p.62-63.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-16' id='nb3-16' class='spip_note' title='Notes 3-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] Une id&#233;e r&#233;pandue notamment par Simone de Beauvoir, la compagne de Sartre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-17' id='nb3-17' class='spip_note' title='Notes 3-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., ibid., p.63.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-18' id='nb3-18' class='spip_note' title='Notes 3-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Berdiaev N., Le sens de l'histoire, Aubier-Montaigne, Paris, 1948, p. 120, cit&#233; in Verlinde, J.-M., ibid., p.63-64.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-19' id='nb3-19' class='spip_note' title='Notes 3-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., ibid., p. 64.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-20' id='nb3-20' class='spip_note' title='Notes 3-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Paracelse, La grande astronomie, Dervy, Paris, 2000, p. 119, cit&#233; in Verlinde, J.-M., ibid., p. 63-64.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-21' id='nb3-21' class='spip_note' title='Notes 3-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Cf. Ladri&#232;re, J., L'univers de la rationalit&#233; et la vie du sens, in La Foi chr&#233;tienne et le Destin de la raison, Cerf, 2004, 367 p., p. 43.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-22' id='nb3-22' class='spip_note' title='Notes 3-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] Borella, J., La crise du symbolisme religieux, L'&#194;ge d'Homme, Lausanne, 1980, p. 125, cit&#233; in Verlinde, J.-M., ibid., p. 69.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-23' id='nb3-23' class='spip_note' title='Notes 3-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] Borella, J., La crise du symbolisme religieux, L'&#194;ge d'Homme, Lausanne, 1980, p. 12, cit&#233; in Verlinde, J.-M., ibid., p. 69.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-24' id='nb3-24' class='spip_note' title='Notes 3-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] Aujourd'hui, le th&#232;me de la fatigue de l'humanisme moderne est toujours d'actualit&#233; : cf. Alain Ehrenberg, La Fatigue d'&#234;tre soi, Ed. Odile Jacob, 2000, 448 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-25' id='nb3-25' class='spip_note' title='Notes 3-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] Berdiaev N., La fin de la Renaissance, A propos de la crise contemporaine de la culture, in Le nouveau Moyen-Age, L'Age d'Homme, 1985 (1924), 141 p., p. 22-23.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-26' id='nb3-26' class='spip_note' title='Notes 3-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] L'opposition agrobiologique entre organique et chimique rejoint sous plusieurs angles l'opposition de l'organique au chimique, en tant que l'insistance est port&#233;e sur la sp&#233;cificit&#233; du biologique, d'une part, et que l'on peut rapprocher le chimique du physique, par exemple lorsque l'on &#233;voque les sciences physico-chimiques, d'autre part.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-27' id='nb3-27' class='spip_note' title='Notes 3-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] Berdiaev N., La fin de la Renaissance, in Le nouveau Moyen-Age, ibid., p. 32-33.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-28' id='nb3-28' class='spip_note' title='Notes 3-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] Marx K., Manifeste du Parti communiste, Le livre de poche, 158 p., 2000, (LGF,1973), (1848), p. 54.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-29' id='nb3-29' class='spip_note' title='Notes 3-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] Cf. L&#246;wy M., Sayre R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, Le romantisme &#224; contre courant de la modernit&#233;, Payot, 1992, 306 p., p. 46-47.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-30' id='nb3-30' class='spip_note' title='Notes 3-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] Weber M., Le savant et le politique, UGE 10/18, 1994 (1963), 223 p., p. 120.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-31' id='nb3-31' class='spip_note' title='Notes 3-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] L&#246;wy M. et Sayre R., op. cit., p.48-49.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-32' id='nb3-32' class='spip_note' title='Notes 3-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] Ibid., p. 49.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-33' id='nb3-33' class='spip_note' title='Notes 3-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] Ibid., p. 49-50.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-34' id='nb3-34' class='spip_note' title='Notes 3-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] Cf. Baub&#233;rot, A., Histoire du Naturisme, Le mythe du retour &#224; la nature, PUR, 2004, 351 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-35' id='nb3-35' class='spip_note' title='Notes 3-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] L&#246;wy M. et Sayre R., op. cit., p. 46.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-36' id='nb3-36' class='spip_note' title='Notes 3-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] Rapoport, M., (Dir.), Culture et Religion, Europe, XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Ed. Atlande, Neuilly, 2002, 767 p., p. 352.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-37' id='nb3-37' class='spip_note' title='Notes 3-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] Ibid., p. 353.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-38' id='nb3-38' class='spip_note' title='Notes 3-38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] Nipperdey T., R&#233;flexions sur l'histoire allemande, Gallimard, Paris, p. 156-176.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-39' id='nb3-39' class='spip_note' title='Notes 3-39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;] Ibid., p. 353 et 640.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-40' id='nb3-40' class='spip_note' title='Notes 3-40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;] En parall&#232;le des paragraphes 2132 et 2133, on pouura lire Delort R et Walter F., Histoire de l'environnement europ&#233;en, PUF, p. 89-112.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-41' id='nb3-41' class='spip_note' title='Notes 3-41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;] Pulliero, M., Walter Benjamin, Le d&#233;sir d'authenticit&#233;, Bayard, 2005, 1055 p., p. 574.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-42' id='nb3-42' class='spip_note' title='Notes 3-42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;] Ibid., p. 744.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-43' id='nb3-43' class='spip_note' title='Notes 3-43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;] Selon Donald Worster (Les pionniers de l'&#233;cologie, Ed. Sang de la terre, 1998, (1977), p. 77), qui semble adh&#233;rer sans nuance &#224; la th&#232;se bien diffus&#233;e de Lynn White Jr exprim&#233;e dans The Historical Roots of Our Ecologic Crisis (White Lynn Jr, The Historical Roots of Our Ecologic Crisis, in Science, vol. 155, 1967, p. 1203-1207) : Donald Worster ne parle pas des pr&#233;jug&#233;s contre la nature comme &#233;l&#233;ments du christianisme institutionnel jusqu'&#224; une date r&#233;cente, mais il en fait un apanage du christianisme en soi (&#171; Les pr&#233;jug&#233;s contre la nature de la religion occidentale &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-44' id='nb3-44' class='spip_note' title='Notes 3-44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;] Cf. Bastaire, J., Pour une &#233;cologie chr&#233;tienne, Cerf, 2004, 88 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-45' id='nb3-45' class='spip_note' title='Notes 3-45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;] Janus Frecot a constitu&#233;, pendant trente ans, des archives au sujet du mouvement de Lebensreform. Celles-ci constituent maintenant la premi&#232;re biblioth&#232;que pour des travaux de recherche sur les diff&#233;rents aspects et les ruptures du mouvement de r&#233;forme de vie en Allemagne. La collection se compose de plus de 1500 livres et brochures, et contient environ 250 revues et environ 850 &#171; cahiers &#187;. Le premier fruit de ce travail de rassemblement fut la publication d'une monographie sur le peintre Fidus et son &#233;poque, dont Janos Frecot et Diethardt Kerbs furent les principaux auteurs : Fidus 1868-1948, La pratique esth&#233;tique des mouvements d'&#233;vasion civils (Ed. Rogner et Bernhard, Munich, 1972). Cf. Frecot, J., Quarante ann&#233;es de mouvement de r&#233;forme de vie en Allemagne, environ 1890-1930, Biblioth&#232;que Janos Frecot, Berlin, disponible sur le web : www-sul.stanford.edu/depts/hasrg/german/lebens.html (Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit par J. Frecot en 1996). Auparavant, il existait, comme ouvrage de base sur la question, une sorte de manuel, (cf. Kerbs D. und Reulecke J., Handbuch der deutschen Reformbewegungen, 1880-1933, Wuppertal, Hamme, 1998), comme nous l'avait signal&#233; Marino Pulliero (Pulliero M., Entretien avec l'auteur, 18 11 2003).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-46' id='nb3-46' class='spip_note' title='Notes 3-46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;] Pulliero M., op. cit., p. 496.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-47' id='nb3-47' class='spip_note' title='Notes 3-47' rev='footnote'&gt;47&lt;/a&gt;] Ibid., respectivement p. 472 et p. 801.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-48' id='nb3-48' class='spip_note' title='Notes 3-48' rev='footnote'&gt;48&lt;/a&gt;] Marino Pulliero &#233;claire bien cette situation : &#171; Ce leitmotiv de l'autonomie confirme la position g&#233;o-confessionnelle (protestante) de la Jugendbewegung&#8230; Sauf que l'&#233;l&#233;ment de l'obsession r&#233;p&#233;titive (f&#233;tichisation d'instances langagi&#232;res) pr&#233;vaut sur l'&#233;l&#233;ment r&#233;flexif, et que l'autonomie passe de l'&#233;thique individualiste (formaliste) &#224; la signification de l'existence du groupe, d'un Sujet&#8230; Il en va de m&#234;me pour le culte de la nature ou de la naturalit&#233; comme le lieu et la garantie de l'authentique : nature signifie &#171; die Mutter-Natur &#187; et en m&#234;me temps la nature ou l'essence de l'homme, le Soi naturel comme source de l'exp&#233;rience imm&#233;diate : l'int&#233;riorit&#233; comme source intarissable de l'autonomie d'un mouvement qui jaillit von innen et qui se d&#233;veloppe selon la loi interne du vivant, de l'organisme, par opposition &#224; toute forme de rationalit&#233; m&#233;canique &#187; (p. 480). Les &#171; Sonnenwender de Fidus repr&#233;sentent l'illustration parfaite de cette nouvelle religiosit&#233;, &#224; mi-chemin entre le &#171; myst&#232;re &#187; th&#233;osophique et l'hygi&#233;nisme des Lebensreformer&#8230; &#187; (p.476).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-49' id='nb3-49' class='spip_note' title='Notes 3-49' rev='footnote'&gt;49&lt;/a&gt;] Le mot compos&#233; allemand &#171; Heimatschutz &#187; a deux sens. Il d&#233;signe d'abord &#171; la pr&#233;servation du caract&#232;re d'une r&#233;gion &#187;. Il a second sens militaire qui est &#171; protection du territoire national &#187;. Le mot &#171; Heimat &#187; d&#233;signe d'abord le pays, le pays natal, la patrie. (Cf. Dictionnaire Langenscheidt Allemand-fran&#231;ais, Larousse,1979, article &#171; Heimat &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-50' id='nb3-50' class='spip_note' title='Notes 3-50' rev='footnote'&gt;50&lt;/a&gt;] Via le d&#233;veloppement des mouvements de jeunesse tourn&#233;s vers la randonn&#233;e, l'inspiration de Fichte va servir &#224; faire du paysage &#171; un lieu d'identification collective concr&#232;te &#187; : &#171; L'individualisme romantique des p&#233;r&#233;grinations de Sternbald &#8211; et du Taugenichts &#8211; va dispara&#238;tre, noy&#233; dans la cosmologie d'un Riehl o&#249; le paysage, le Volk et la nature ne forment plus qu'une seule totalit&#233;. L'immersion dans le paysage qui avait nourri l'&#226;me romantique devient substance d'un mysticisme v&#246;lkish s'opposant &#8211; dans l'&#339;uvre de Riehl et dans tout le courant qu'elle inspire &#8211; &#224; la civilisation mat&#233;rialiste m&#233;canique de la bourgeoisie &#187; (Cf. Pulliero M., ibid., p. 473-474).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-51' id='nb3-51' class='spip_note' title='Notes 3-51' rev='footnote'&gt;51&lt;/a&gt;] Jayme E., Article dans l'&#233;dition du Berliner Zeitung du 6 12 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-52' id='nb3-52' class='spip_note' title='Notes 3-52' rev='footnote'&gt;52&lt;/a&gt;] Au cours du mouvement de s&#233;cularisation du christianisme en Allemagne, accompagn&#233; par le protestantisme, il s'est form&#233; des mouvements religieux libres. Eduard Balzer (1814-1887), d'abord th&#233;ologien dans l'&#233;glise &#233;vang&#233;lique, s'en est &#233;cart&#233; pour fonder et diriger la premi&#232;re communaut&#233; religieuse libre, dans les Nordhausen, en 1847. D&#233;mocrate lib&#233;ral, il a particip&#233; activement aux &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires de 1848-1849. Avec le r&#233;tablissement de la Conf&#233;d&#233;ration germanique en 1850, puis l'acc&#232;s au pouvoir d'Otto von Bismarck en 1862, Balzer renonce &#224; son engagement politique institutionnel. Apr&#232;s la lecture, en 1866, du Manuel pratique du bien-&#234;tre naturel (Das Praktische Handbuch der naturgem&#228;&#223;en Heilweise) de Th&#233;odore Hahn, ouvrage consacr&#233; &#224; l'alimentation v&#233;g&#233;tarienne, il s'oriente vers le v&#233;g&#233;tarisme. Avec d'autres personnalit&#233;s, Eduard Baltzer fait partie de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration des v&#233;g&#233;tariens modernes. En 1867 il fonde la premi&#232;re association v&#233;g&#233;tarienne d'Allemagne, nomm&#233;e &#171; Association pour un mode de vie naturel (v&#233;g&#233;tarien) &#187;, qui sera le mod&#232;le pour d'autres associations et organisations v&#233;g&#233;tariennes dans le pays. Il a publi&#233; son &#339;uvre v&#233;g&#233;tarienne principale, Le mode de vie naturel, en plusieurs volumes, entre 1867 et 1872 (Chemin vers la sant&#233; physique et social, La r&#233;forme de l'&#233;conomie politique, Lettres au P&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Virchow, Le v&#233;g&#233;tarisme dans la Bible). Ces ouvrages de Baltzer sont devenus des classiques des adeptes du mouvement Lebensreform. (Nous avons pris les r&#233;f&#233;rences sur Baltzer sur le site de l'International Vegetarian Union (ww.ivu.org/history/europe19b/baltzer.html, visite de 09 2006). Son ouvrage Pythagore, le sage de Samos, a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; en Allemagne en 1987). Selon Marino Pulliero, il est aussi le proph&#232;te d'un &#171; socialisme religieux &#187; de l'homme naturel. Le soin du corps serait non seulement la condition de la sant&#233; et de la beaut&#233;, mais aussi un devoir religieux. Avec son ouvrage Gott, Welt und Mensch. Grundlinien der Religionswissenchaft in ihrer neuen Stellung und Gestaltung systematich dargelegt (Nordhausen, 1869), il serait bien, au-del&#224; du v&#233;g&#233;tarisme, un pr&#233;curseur de l'id&#233;ologie wilhelmienne. (Cf. Pulliero M., ibid., p. 537 (n. 213)).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-53' id='nb3-53' class='spip_note' title='Notes 3-53' rev='footnote'&gt;53&lt;/a&gt;] Worster D., Les pionniers de l'&#233;cologie, p. 108. Par histoire naturelle il faut entendre un travail de classification des esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales ou animales, ainsi qu'un effort pour penser leurs relations mutuelles. Goethe et Thoreau apparaissent ainsi comme des pionniers de la science &#233;cologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-54' id='nb3-54' class='spip_note' title='Notes 3-54' rev='footnote'&gt;54&lt;/a&gt;] Pour les donn&#233;es concernant Eden, nous avons puis&#233; sur le site internet actuel de la colonie, lequel est d&#233;j&#224; tr&#232;s complet et indique d'autres liens sur le web (cf. w.eden-eg.de, visite de 09 /2006). Un autre haut lieu du Lebensreform et du naturisme alternatif de la Belle Epoque fut la colonie Monte Verita, &#224; Ascona, dans le Tessin : cf. Gimeno P., L'esprit d'Ascona, pr&#233;curseur d'un &#233;cologisme spirituel et pacifiste, in Ecologie et politique, vol. 27, 2003, p. 235-244.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-55' id='nb3-55' class='spip_note' title='Notes 3-55' rev='footnote'&gt;55&lt;/a&gt;] Au niveau id&#233;ologique, la vari&#233;t&#233; du Lebensreform se retrouve &#224; Eden. On y trouve notamment des personnes influenc&#233;s par un socialisme religieux ainsi que des juifs et des chr&#233;tiens, par exemple des partisans de l'application de la Loi mosa&#239;que dans le monde contemporain (Cf. Onken, W., Modellversuche mit sozialpflichtigem Boden und Geld, 59 p., disponible sur le web : ww.ats20.de/blog/stories/2003/08/01/eden.html [visite de 09/2006]).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-56' id='nb3-56' class='spip_note' title='Notes 3-56' rev='footnote'&gt;56&lt;/a&gt;] Henry George (1839-1897), journaliste, &#233;diteur, et homme politique am&#233;ricain, publia Progr&#232;s et pauvret&#233; en 1879. Il pr&#233;conisa l'instauration d'une taxe unique sur la plus value comme moyen de lutter contre le b&#233;n&#233;fice r&#233;alis&#233; par les propri&#233;taires fonciers. Ses id&#233;es influenc&#232;rent le mouvement fabian en Angleterre, de Sydney et B&#233;atrice Webb (Cf. Le Robert des noms propres, article George Henry).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-57' id='nb3-57' class='spip_note' title='Notes 3-57' rev='footnote'&gt;57&lt;/a&gt;] Hoffmann H., et Marx G., (Humboldt-Universit&#228;t, Fakult&#228;tsschwerpunkt &#214;kologie der Agrarlandschaften, Berlin), Die Entwicklung des &#214;kologischen Gartenbaus in der Obstbausiedlung Eden, sur le web : orgprints.org/1297/01/hoffmann-1999-entwicklung-eden.doc, [visite de 09/2006].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-58' id='nb3-58' class='spip_note' title='Notes 3-58' rev='footnote'&gt;58&lt;/a&gt;] Evidemment ils ne sont plus approvisionn&#233;s par la seule structure Eden mais par le monde de la production biologique et &#233;cologique en g&#233;n&#233;ral. Une ancienne filiale, aujourd'hui ind&#233;pendante de Eden, participe &#224; cet approvisionnement des Reformhaus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-59' id='nb3-59' class='spip_note' title='Notes 3-59' rev='footnote'&gt;59&lt;/a&gt;] Dans le TAO-Monatsbl&#228;tter f&#252;r Verinnerlichung und Selbstgestaltung, 11, 1925. Cf. Schaumann W., et alii, Geschichte des &#246;kologischen Landbaus, S&#214;L, Bad D&#252;rkheim, 2002, 200 p., p. 182.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-60' id='nb3-60' class='spip_note' title='Notes 3-60' rev='footnote'&gt;60&lt;/a&gt;] . Schaumann, W., et alii, Geschichte des &#246;kologischen Landbaus, op. cit ; Vogt, G., Ewald K&#246;nemann, texte disponible sur le web :.ww.vegetarierbund.de [visite de 04/2004].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-61' id='nb3-61' class='spip_note' title='Notes 3-61' rev='footnote'&gt;61&lt;/a&gt;] Der Mensch im Reich der Ordnung, Lebensgesetze und Lebensordnung, Braum&#252;ller, Wien, 1976. Pour une bibliographie des publications d'Ewald K&#246;nemann voir Schaumann, W., et alii, Geschichte des &#246;kologischen Landbaus, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-62' id='nb3-62' class='spip_note' title='Notes 3-62' rev='footnote'&gt;62&lt;/a&gt;] Cf. L&#246;wy M. et Sayre R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, Le romantisme &#224; contre-courant de la modernit&#233;, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-63' id='nb3-63' class='spip_note' title='Notes 3-63' rev='footnote'&gt;63&lt;/a&gt;] Conford P., The Origins of the Organic Movement, p. 63-64.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-64' id='nb3-64' class='spip_note' title='Notes 3-64' rev='footnote'&gt;64&lt;/a&gt;] Ibid. Sur ce point, voir aussi Barton G., Sir Albert Howard and the Forestry Roots of the Organic Farming Movement, in Agricultural History, vol. 75, 2, 2001, p. 168-187.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-65' id='nb3-65' class='spip_note' title='Notes 3-65' rev='footnote'&gt;65&lt;/a&gt;] Rappelons d&#233;j&#224; que Rudolf Steiner ne proclamait pas une foi chr&#233;tienne mais une &#171; science spirituelle &#187; : tout, y compris les questions ultimes (la mort, Dieu, etc), est question de savoir et d'initiation. La croyance n'a th&#233;oriquement pas sa place dans l'anthroposophie : il s'agit d'une gnose, c'est-&#224;-dire d'une doctrine proposant une voie de salut par la connaissance. N&#233;anmoins, sur la question chr&#233;tienne, comme sur bien des questions et &#224; l'instar de bien des &#233;sot&#233;rismes, les contradictions ou les incoh&#233;rentes ne manquent pas chez Steiner : en 1922, avec le protestant Friedrich Rittelmeyer, il fonde &#224; Dornach la &#171; Communaut&#233; des chr&#233;tiens &#187;. Ses pasteurs entendent administrer &#171; les sept sacrements chr&#233;tiens &#187; et &#339;uvrer dans le sens de &#171; l'Eglise johannique &#187;, telle qu'en ont parl&#233; Schelling et Novalis. La Communaut&#233; des chr&#233;tiens &#171; refuse tout dogme afin de garantir la libert&#233; d'enseignement de ses pr&#234;tres et la libert&#233; de penser de ses membres &#187;. Selon Johannes Hemleben, cette organisation &#171; chr&#233;tienne &#187; aurait &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; ouvrir le minist&#232;re de pasteur aux femmes. (Sur tout ceci, voir J. Hemleben, Rudolf Steiner, Triades, 2003 (Hamburg, 1963),175 p., p.147-152. Comme confirmation suppl&#233;mentaire de l'appartenance de l'anthroposophie au gnosticisme, l'auteur rapporte un t&#233;moignage de Selma Lagerl&#246;f, une romanci&#232;re su&#233;doise prix Nobel, &#224; propos de l'anthroposophie : &#171; J'ai longtemps pens&#233; qu'il n'&#233;tait pas juste, &#224; notre &#233;poque, d'en rester &#224; une religion fond&#233;e sur des prodiges non d&#233;montr&#233;s. La religion, au contraire, doit &#234;tre une science d&#233;montrable. Il ne s'agit plus de croire, mais de savoir &#187; (p. 175)).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-66' id='nb3-66' class='spip_note' title='Notes 3-66' rev='footnote'&gt;66&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., Glaube und Technik, Der Glaube des Bauern, II, op cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-67' id='nb3-67' class='spip_note' title='Notes 3-67' rev='footnote'&gt;67&lt;/a&gt;] Nous travaillons ce th&#232;me de mani&#232;re plus sp&#233;culative dans notre quatri&#232;me partie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-68' id='nb3-68' class='spip_note' title='Notes 3-68' rev='footnote'&gt;68&lt;/a&gt;] C'est Philip Conford qui emploie l'expression &#171; organic school &#187; &#224; propos des pionniers anglais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-69' id='nb3-69' class='spip_note' title='Notes 3-69' rev='footnote'&gt;69&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., Glaube und Technik, Der Glaube des Bauern, II, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-70' id='nb3-70' class='spip_note' title='Notes 3-70' rev='footnote'&gt;70&lt;/a&gt;] Comme chez Rudolf Steiner&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-71' id='nb3-71' class='spip_note' title='Notes 3-71' rev='footnote'&gt;71&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., Glaube und Technik, Der Glaube des Bauern, II, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-72' id='nb3-72' class='spip_note' title='Notes 3-72' rev='footnote'&gt;72&lt;/a&gt;] Des cadres de vie l&#233;gaux, notamment : Hans M&#252;ller, m&#234;me apr&#232;s sa carri&#232;re politique institutionnelle, appellera r&#233;guli&#232;rement les membres de son organisation, en proposant sa r&#233;flexion, &#224; se positionner dans le d&#233;bat politique, qui, comme on le sait, fut, apr&#232;s la seconde guerre mondiale, riche de bouleversements pour le monde agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-73' id='nb3-73' class='spip_note' title='Notes 3-73' rev='footnote'&gt;73&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., Der moderne Mensch und sein Glaube, in Kultur und Politik, 1949, Traduction U. Pellieux, revue par l'auteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-74' id='nb3-74' class='spip_note' title='Notes 3-74' rev='footnote'&gt;74&lt;/a&gt;] Sismondi J.-C., Etudes sur l'&#233;conomie politique, cit&#233; in L&#246;wy, M. et Sayre, R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, op. cit., p. 109. Sismondi sera aussi bien en lutte avec les th&#233;oriciens &#171; classiques &#187; de l'&#233;conomie (Smith, Ricoardo, Say&#8230;) que re&#231;u de mani&#232;re incertaine par les marxistes. Micha&#234;l L&#246;wy et Robert Sayre rapporte ainsi que Marx admira sa critique &#171; rigoureuse et radicale &#187; du capitalisme, tandis que L&#233;nine en fera un r&#233;actionnaire dans Pour caract&#233;riser le romantisme &#233;conomique (Sismondi et nos sismondistes nationaux) (1897), ou que, &#224; l'inverse, Rosa Luxemburg le d&#233;fendra face &#224; L&#233;nine, dans L'Accumulation du capital (1911). Soit dit en passant, et sans autre recherche de notre part, de Sismondi &#224; Hans M&#252;ller, en passant par Berdiaev, il est possible qu'il existe un courant de critique romantique chr&#233;tienne de la modernit&#233;, une critique aussi bien culturelle que politique et &#233;conomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-75' id='nb3-75' class='spip_note' title='Notes 3-75' rev='footnote'&gt;75&lt;/a&gt;] L&#246;wy M. et Sayre R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, op. cit., p. 108-110. Il faudrait sans doute citer d'autres populistes russes du d&#233;but du -17&#224; i&#232;cle, tels Tchayanov, Preobrajenski, et peut-&#234;tre aussi Kautsky (cf. Mendras H., La fin des paysans, Actes sud, 1991 (1984), p. 366-367).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-76' id='nb3-76' class='spip_note' title='Notes 3-76' rev='footnote'&gt;76&lt;/a&gt;] Sur l'identification ruschienne de &#171; nos p&#232;res &#187; avec la figure du &#171; paysan &#187; de jadis, voir notamment les pages 94-95 et 307-308 de La f&#233;condit&#233; du sol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-77' id='nb3-77' class='spip_note' title='Notes 3-77' rev='footnote'&gt;77&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, Ed. Le courrier du livre, 1972 (Karl F. Haug Verlag, Heidelberg, 1968), 315 p.p. 307. (R&#233;f&#233;rence souvent abr&#233;g&#233;e &#171; F.S. &#187; ou &#171; FS &#187; ci-dessous).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-78' id='nb3-78' class='spip_note' title='Notes 3-78' rev='footnote'&gt;78&lt;/a&gt;] Ibid., p. 307.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-79' id='nb3-79' class='spip_note' title='Notes 3-79' rev='footnote'&gt;79&lt;/a&gt;] Cf. sa d&#233;dicace de La f&#233;condit&#233; du sol &#224; Hans et Maria M&#252;ller, ou son interpr&#233;tation des fermes des agriculteurs du mouvement organo-biologique comme une &#171; exp&#233;rience biologique globale &#187; (p. 308), &#224; partir de laquelle il a pu travailler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-80' id='nb3-80' class='spip_note' title='Notes 3-80' rev='footnote'&gt;80&lt;/a&gt;] On a presqu'envie de dire que Rusch aurait pu parler de l'homme comme maillon de la cha&#238;ne alimentaire&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-81' id='nb3-81' class='spip_note' title='Notes 3-81' rev='footnote'&gt;81&lt;/a&gt;] Il s'agit du titre de l'avant-dernier paragraphe de La f&#233;condit&#233; du sol (p.307-309).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-82' id='nb3-82' class='spip_note' title='Notes 3-82' rev='footnote'&gt;82&lt;/a&gt;] Cf Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 307-308. Les travaux r&#233;cents sur l'&#233;tymologie du mot &#171; pa&#239;en &#187; relativisent l'ancien rapprochement de &#171; pa&#239;en &#187; (via pagus et paganus) avec la campagne et les paysans, lesquels auraient r&#233;sist&#233; plus longuement &#224; la christianisation. Il faut pr&#233;f&#233;rer une origine plus g&#233;n&#233;raliste, relative aux anciens cultes r&#233;pandus dans toute la soci&#233;t&#233;. Le terme &#171; pa&#239;en &#187; d&#233;signe alors l'adepte du polyth&#233;isme gr&#233;co-latin par opposition &#224; l'adepte du christianisme. Le polyth&#233;isme ou le paganisme antique est naturaliste : les dieux sont li&#233;s aux &#233;v&#233;nements de la nature. Parler du &#171; Tout vivant &#187;, comme le fait Rusch, fait directement &#233;cho au paganisme via le dieu grec Pan. Le dieu Pan, divinit&#233; de la f&#233;condit&#233;, fut rapproch&#233; par les Alexandrins du mot grec pan (le tout), et il dev&#238;nt ainsi &#171; une incarnation de l'Univers &#187;. (Pour l'&#233;tymologie de &#171; pa&#239;en &#187; voir Rey, A., Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise, article &#171; Pa&#239;en,&#239;enne &#187; ; sur le dieu Pan, voir Le Robert des noms propres, article &#171; Pan &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-83' id='nb3-83' class='spip_note' title='Notes 3-83' rev='footnote'&gt;83&lt;/a&gt;] FS, ibid., p. 307.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-84' id='nb3-84' class='spip_note' title='Notes 3-84' rev='footnote'&gt;84&lt;/a&gt;] Ibid., p.38. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-85' id='nb3-85' class='spip_note' title='Notes 3-85' rev='footnote'&gt;85&lt;/a&gt;] Le th&#232;me de la &#171; terre vivante &#187; pris au sens fort de l'organisme terre vivante est peut-&#234;tre l'image clef du holisme ruschien. On la retrouve fr&#233;quemment, notamment aux p. 58 ; 79 ; 121 ; 161 ; 183. Il l'applique surtout au sol mais elle n'est &#233;videmment pas contradictoire avec son id&#233;e du &#171; Tout vivant &#187; appliqu&#233; &#224; la biosph&#232;re. Claude Aubert, le traducteur de La f&#233;condit&#233; du sol, ancien Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de Nature et progr&#232;s, fut aussi fondateur d'un centre consacr&#233; au jardinage biologique et aux technologies &#233;cologiques qu'il a nomm&#233; &#171; Terre vivante &#187; (en Is&#232;re). Remarquons, que, comme dans le cas de l'hypoth&#232;se Ga&#238;a, les ambigu&#239;t&#233;s de ces images ne favorisent pas une compr&#233;hension scientifique des enjeux de l'&#233;cologie. Tant que l'on s'&#233;chinera &#224; ne pas vouloir poser s&#233;rieusement les questions philosophiques et spirituelles de notre rapport &#224; la nature comme telles, et &#224; les articuler aussi rigoureusement que possible avec la m&#233;thodologie scientifique, le risque est grand que l'ambigu&#239;t&#233; &#233;cologique perdure &#224; tous les niveaux de la culture, prise entre un naturalisme &#224; tendance mystique et un d&#233;veloppement technologique incapable de justifier d'une insertion v&#233;ritablement &#233;cologique dans la biosph&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-86' id='nb3-86' class='spip_note' title='Notes 3-86' rev='footnote'&gt;86&lt;/a&gt;] On en finirait pas de relever les pages ou Hans Peter Rusch signale ses h&#233;sitations ou affirme des choses mal fond&#233;es : cf. p. 23 ; 33-34 ; 37 ; 42-49 ; 57-58 ; 103 ; 167 ; 171 ; 216 ; 218 ; 221 ; 224 ; 226 ; 231 ; 236 ; 239 ; 241 ; 269 ; 271&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-87' id='nb3-87' class='spip_note' title='Notes 3-87' rev='footnote'&gt;87&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., ibid., p. 44-45.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-88' id='nb3-88' class='spip_note' title='Notes 3-88' rev='footnote'&gt;88&lt;/a&gt;] Logocentrique, c'est-&#224;-dire centr&#233; sur le logos, la raison, l'approfondissement de notre connaissance de la v&#233;rit&#233;, de l'ordre de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-89' id='nb3-89' class='spip_note' title='Notes 3-89' rev='footnote'&gt;89&lt;/a&gt;] Sur ces d&#233;finitions propres &#224; la pens&#233;e &#233;cologique et &#224; sa critique, on pourra consulter De Roose F., et Van Parijs P., La pens&#233;e &#233;cologiste, De Boeck, 1994 (1991), (notamment les articles traitant du &#171; biocentrisme &#187; et de &#171; l'anthropocentrisme &#187;), ainsi que Bourg D., Les sc&#233;narios de l'&#233;cologie, Hachette, Paris, 1996, 142 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-90' id='nb3-90' class='spip_note' title='Notes 3-90' rev='footnote'&gt;90&lt;/a&gt;] FS, ibid., p. 58&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-91' id='nb3-91' class='spip_note' title='Notes 3-91' rev='footnote'&gt;91&lt;/a&gt;] Cf. Ibid., p. 38, ainsi que ci-dessus (passage r&#233;f&#233;renc&#233; par la note n&#176; 166).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-92' id='nb3-92' class='spip_note' title='Notes 3-92' rev='footnote'&gt;92&lt;/a&gt;] A la page 48.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-93' id='nb3-93' class='spip_note' title='Notes 3-93' rev='footnote'&gt;93&lt;/a&gt;] M&#252;ller, H., Der Glaube des Bauern, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-94' id='nb3-94' class='spip_note' title='Notes 3-94' rev='footnote'&gt;94&lt;/a&gt;] FS, p. 86&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-95' id='nb3-95' class='spip_note' title='Notes 3-95' rev='footnote'&gt;95&lt;/a&gt;] Ibid., p. 310.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-96' id='nb3-96' class='spip_note' title='Notes 3-96' rev='footnote'&gt;96&lt;/a&gt;] Voir p. 153-154, &#233;galement p. 137.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-97' id='nb3-97' class='spip_note' title='Notes 3-97' rev='footnote'&gt;97&lt;/a&gt;] Rusch, H.-P., p. 136-137. Remarquons aussi l'association de sa conception de la fertilit&#233; au vocabulaire des &#171; forces &#187;. Rusch parle ici de &#171; forces macromol&#233;culaires &#187;, ailleurs de &#171; forces de liaison &#187;. A notre connaissance, l'auteur n'a jamais d&#233;fini math&#233;matiquement et physiquement lesdites forces. Dans ces conditions, il pourrait s'agir d'un vocabulaire pr&#233;scientifique ou non scientifique, loin de supporter l'intelligibilit&#233; du propos.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-98' id='nb3-98' class='spip_note' title='Notes 3-98' rev='footnote'&gt;98&lt;/a&gt;] Ibid., p. 310. On peut penser au probl&#232;me entropie / n&#233;guentropie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-99' id='nb3-99' class='spip_note' title='Notes 3-99' rev='footnote'&gt;99&lt;/a&gt;] Ibid., p. 58.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-100' id='nb3-100' class='spip_note' title='Notes 3-100' rev='footnote'&gt;100&lt;/a&gt;] Cf. Rusch H.-P., FS, p. 79-82.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-101' id='nb3-101' class='spip_note' title='Notes 3-101' rev='footnote'&gt;101&lt;/a&gt;] Ibid., p. 307. Ce th&#232;me de la fertilit&#233; &#171; tout ou rien &#187; revient plusieurs fois chez Rusch. Cf. par exemple p. 95.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-102' id='nb3-102' class='spip_note' title='Notes 3-102' rev='footnote'&gt;102&lt;/a&gt;] Ibid., p. 54 et p. 224-247.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-103' id='nb3-103' class='spip_note' title='Notes 3-103' rev='footnote'&gt;103&lt;/a&gt;] Ibid., p. 226.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-104' id='nb3-104' class='spip_note' title='Notes 3-104' rev='footnote'&gt;104&lt;/a&gt;] Ibid., p. 235-236.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-105' id='nb3-105' class='spip_note' title='Notes 3-105' rev='footnote'&gt;105&lt;/a&gt;] Bien que Rusch pr&#233;tende &#224; une &#171; s&#233;paration stricte &#187; entre les &#171; sciences &#187; et les &#171; bavardages &#187; (cf. Rusch H.-P., Wissenschaft und Praxis, in Kultur und Politik, 1961, 16, 3, p. 15-19).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-106' id='nb3-106' class='spip_note' title='Notes 3-106' rev='footnote'&gt;106&lt;/a&gt;] Feller C., et Manlay R., Evolution des concepts d'humus et de fertilit&#233; sur trois si&#232;cles dans une optique de rendements soutenus, Universit&#233; Laval, GCBR, 2001, 21 p., p. 11.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-107' id='nb3-107' class='spip_note' title='Notes 3-107' rev='footnote'&gt;107&lt;/a&gt;] Nous reviendrons plus loin sur ces liens des th&#233;ories agrobiologiques fondatrices avec l'h&#233;ritage antique des conceptions de la fertilit&#233; et de la nutrition v&#233;g&#233;tale. Cf. infra, &#167; 321.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-108' id='nb3-108' class='spip_note' title='Notes 3-108' rev='footnote'&gt;108&lt;/a&gt;] Un th&#232;me qui parcourt l'ensemble du livre mais qui est pr&#233;sent&#233; comme tel aux pages 226-228.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-109' id='nb3-109' class='spip_note' title='Notes 3-109' rev='footnote'&gt;109&lt;/a&gt;] Pr&#233;cisons que le culte marial est souvent historiquement entr&#233; en conflit avec des cultes naturalistes r&#233;guli&#232;rement li&#233;s &#224; la d&#233;votion &#224; la fertilit&#233; et aux dons de la m&#232;re terre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-110' id='nb3-110' class='spip_note' title='Notes 3-110' rev='footnote'&gt;110&lt;/a&gt;] Nous ne tenons pas compte pour l'instant, dans la lecture de ce passage, du caract&#232;re bien camp&#233; de l'opposition agrobiologie versus agrochimie, &#224; savoir si oui ou non on peut oublier le sol en agriculture. En revanche, on peut noter le caract&#232;re romantique de la d&#233;nonciation sans nuance de la m&#233;canisation agricole moderne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-111' id='nb3-111' class='spip_note' title='Notes 3-111' rev='footnote'&gt;111&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., FS, p. 94-95.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-112' id='nb3-112' class='spip_note' title='Notes 3-112' rev='footnote'&gt;112&lt;/a&gt;] Au sens large, le vitalisme est une &#171; Doctrine suivant laquelle les ph&#233;nom&#232;nes vitaux sont irr&#233;ductibles aux ph&#233;nom&#232;nes physico-chimiques et manifestent l'existence d'une &#171; force vitale &#187; qui rend la mati&#232;re vivante et organis&#233;e &#187; (Le Robert).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-113' id='nb3-113' class='spip_note' title='Notes 3-113' rev='footnote'&gt;113&lt;/a&gt;] Rusch &#233;voque bien plusieurs cycles de substances mais la r&#233;f&#233;rence, au singulier, au cycle de la substance vivante, revient incomparablement plus fr&#233;quemment. Rusch devait voir les diff&#233;rents cycles int&#233;gr&#233;s dans le grand cycle du Tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-114' id='nb3-114' class='spip_note' title='Notes 3-114' rev='footnote'&gt;114&lt;/a&gt;] FS, op. cit., p. 146.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-115' id='nb3-115' class='spip_note' title='Notes 3-115' rev='footnote'&gt;115&lt;/a&gt;] A cet &#233;gard, l'acceptation, par Hans Peter Rusch, d'une m&#233;daille d&#233;cern&#233;e par la Weltbund zum Schutze des Lebens (F&#233;d&#233;ration mondiale pour la protection de la vie) est intrigante. En effet, cette organisation a &#233;t&#233; connect&#233;e avec des organisations d'extr&#234;me-droite. (Hans M&#252;ller a lui aussi re&#231;u une d&#233;coration de la m&#234;me organisation, en 1979). Sur ce point, voir Riesen R., Die Scweizerische Bauernheimatbewegung (Jungbauern), Entwicklung von den Anf&#226;ngen bis 1947 unter der F&#252;hrung von D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Hans M&#252;ller, M&#246;schberg/Grossh&#246;chstetten, Ed. Franke, Bern, 1972, cit&#233; in Simon B., Zur Geschichte des Organish-biologischen Landbaus nach M&#252;ller-Rusch, in Zeitschrift f&#252;r Agrargeschichte und Agrarsoziologie, 39, Heft 01, 1991, p. 69-90.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-116' id='nb3-116' class='spip_note' title='Notes 3-116' rev='footnote'&gt;116&lt;/a&gt;] Sur l'id&#233;e de nescience, voir Maldam&#233; J.-M., Le Christ et le cosmos, Vrin, p. 70-73. Sur le r&#244;le de la nescience en Orient, voir Hulin M. Shankara et la non-dualit&#233;, Bayard, 2001, p.89-95. Voir aussi infra, le &#167; 242.2213.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-117' id='nb3-117' class='spip_note' title='Notes 3-117' rev='footnote'&gt;117&lt;/a&gt;] Gilson E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, T&#233;qui, 1935, 103 p., p. 63.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-118' id='nb3-118' class='spip_note' title='Notes 3-118' rev='footnote'&gt;118&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-119' id='nb3-119' class='spip_note' title='Notes 3-119' rev='footnote'&gt;119&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 132. Rusch n'explique pas le sens de la plante originelle. Il s'agirait d'&#171; une Urpflanze, une plante primordiale ou arch&#233;typale &#187; dont nous percevrions &#171; les diverses m&#233;tamorphoses dans les diff&#233;rents types de plantes &#187; (Cf. Bortoft H., La d&#233;marche scientifique de Goethe, Triades, Paris, 2001 (The Institute for Cultural Research, London, 1998), 159 p., p. 73). Outre ce livre &#171; &#233;pist&#233;mologique &#187; sur Goethe, o&#249; l'on trouve une quinzaine de pages consacr&#233;es &#224; la plante originelle (p. 67-83), les anthroposophes ont &#233;dit&#233; le texte de Goethe d&#233;volu &#224; ce sujet (cf. La m&#233;tamorphose des plantes et autres &#233;crits botaniques, Triades, 1999). Le lecteur curieux de la question trouvera aussi des pistes de lectures dans la bibliographie du livre d'Henri Bortoft.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-120' id='nb3-120' class='spip_note' title='Notes 3-120' rev='footnote'&gt;120&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., op. cit., p. 132.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-121' id='nb3-121' class='spip_note' title='Notes 3-121' rev='footnote'&gt;121&lt;/a&gt;] Cf. Rusch H.-P., ibid., p. 305-307.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-122' id='nb3-122' class='spip_note' title='Notes 3-122' rev='footnote'&gt;122&lt;/a&gt;] Ibid., p. 306.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-123' id='nb3-123' class='spip_note' title='Notes 3-123' rev='footnote'&gt;123&lt;/a&gt;] Ibid., p. 42.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-124' id='nb3-124' class='spip_note' title='Notes 3-124' rev='footnote'&gt;124&lt;/a&gt;] Cf. Pons P., Japon : attachement s&#233;lectif &#224; la nature, , in Bourg D., (dir.), Les sentiments de la nature, La d&#233;couverte, Paris, 1993, 247 p., p. 34 : &#171; les Japonais n'&#233;tablissent pas de distinction radicale entre divin et naturel. Le panth&#233;on des divinit&#233;s shinto&#239;ques est d'ailleurs compos&#233; autant d'&#233;l&#233;ments naturels (l'astre solaire, des montagnes, des arbres, etc.) que d'&#234;tres humains &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-125' id='nb3-125' class='spip_note' title='Notes 3-125' rev='footnote'&gt;125&lt;/a&gt;] RBP, p. 34-35. Dans ce chapitre intitul&#233; &#171; Rien du tout &#187;, p. 34-39, l'auteur revient plus en d&#233;tail sur sa d&#233;pression, suivie de sa r&#233;v&#233;lation, &#224; l'issue d'une nuit pass&#233; au pied &#171; d'un grand arbre &#187;, o&#249; ces mots sortirent inconsciemment de sa bouche : &#171; Dans ce monde il n'y a rien du tout&#8230; &#187;. Les proximit&#233;s avec les circonstances de l'illumination de Siddharta-Bouddha et son exp&#233;rience de la vacuit&#233; sont frappantes. Sur un autre point, lorsque l'auteur consid&#232;re l'amour de l'intelligence humaine comme une croyance g&#233;n&#233;rale, il ne s'exprime sans doute pas du point de vue traditionnel de sa culture, mais plut&#244;t sous l'angle de l'acculturation &#224; Occident qui touche le japon moderne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-126' id='nb3-126' class='spip_note' title='Notes 3-126' rev='footnote'&gt;126&lt;/a&gt;] On peut noter l'incertitude sur le statut de l'&#233;v&#233;nement : s'agit-il d'une &#171; exp&#233;rience &#187; o&#249; le sujet d&#233;couvre un objet ? D'une &#171; pens&#233;e &#187; ? Mais qu'est-ce qu'une pens&#233;e ? Une r&#233;flexion, une imagination ? Ou bien s'agit-il d'une &#171; intuition &#187;, quelque chose comme une fulgurance du sens des choses apparaissant &#224; la conscience ? Enfin, s'il s'agit d'une &#171; r&#233;v&#233;lation &#187;, on peut penser qu'un &#171; objet &#187;, la nature voire un esprit ou &#171; Dieu &#187; aurait parl&#233; &#224; Masanobu Fukuoka&#8230; L'auteur ne le sait pas bien lui-m&#234;me. Mais, dans le dernier ouvrage traduit de lui en fran&#231;ais, il ne s'embarasse plus d'incertitudes : &#171; Moi, qui ai re&#231;u une r&#233;v&#233;lation de Dieu, &#224; un certain moment il y a cinquante ans [&#8230;] &#187; (Cf. Fukuoka, M., La Voie du Retour &#224; la Nature, Ed. Le courrier du livre, 2005, p. 10. R&#233;f&#233;rence souvent abr&#233;g&#233;e ci-dessous RBN, &#224; partir du titre de l'&#233;dition anglaise : Fukuoka M., The Road Back to Nature, Regaining the Paradise lost, Ed. Bookventure, Madras, 1987, 377 p.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-127' id='nb3-127' class='spip_note' title='Notes 3-127' rev='footnote'&gt;127&lt;/a&gt;] Cf. L'agriculture naturelle, p. 15,23, 40.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-128' id='nb3-128' class='spip_note' title='Notes 3-128' rev='footnote'&gt;128&lt;/a&gt;] Cette datation est celle qui est retenue actuellement, bien qu'il y ait eu de nombreuses controverses o&#249; certains voulaient faire remonter la vie de cet homme &#224; l'&#233;poque de Bouddha, soit plus d'un mill&#233;naire en arri&#232;re. Cf. Hulin, M., Shankara et la non-dualit&#233;, Bayard, Paris, 2001, 278 p&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-129' id='nb3-129' class='spip_note' title='Notes 3-129' rev='footnote'&gt;129&lt;/a&gt;] Hulin M., Shankara et la non-dualit&#233;, ibid.., p. 87&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-130' id='nb3-130' class='spip_note' title='Notes 3-130' rev='footnote'&gt;130&lt;/a&gt;] Hulin M., ibid.., p. 87.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-131' id='nb3-131' class='spip_note' title='Notes 3-131' rev='footnote'&gt;131&lt;/a&gt;] Cf. L'agriculture naturelle, p. 20.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-132' id='nb3-132' class='spip_note' title='Notes 3-132' rev='footnote'&gt;132&lt;/a&gt;] RBP, p. 144.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-133' id='nb3-133' class='spip_note' title='Notes 3-133' rev='footnote'&gt;133&lt;/a&gt;] AN, p. 30.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-134' id='nb3-134' class='spip_note' title='Notes 3-134' rev='footnote'&gt;134&lt;/a&gt;] AN, p.19-23.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-135' id='nb3-135' class='spip_note' title='Notes 3-135' rev='footnote'&gt;135&lt;/a&gt;] AN, p. 21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-136' id='nb3-136' class='spip_note' title='Notes 3-136' rev='footnote'&gt;136&lt;/a&gt;] Sur la civilisation urbaine, voir A.N., p. 23, 33, 293, 297.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-137' id='nb3-137' class='spip_note' title='Notes 3-137' rev='footnote'&gt;137&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, p. 32-33.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-138' id='nb3-138' class='spip_note' title='Notes 3-138' rev='footnote'&gt;138&lt;/a&gt;] Le suicide, au Japon, n'est pas consid&#233;r&#233; de la m&#234;me mani&#232;re qu'en Occident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-139' id='nb3-139' class='spip_note' title='Notes 3-139' rev='footnote'&gt;139&lt;/a&gt;] AN, p. 14-15, 30.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-140' id='nb3-140' class='spip_note' title='Notes 3-140' rev='footnote'&gt;140&lt;/a&gt;] On peut penser aussi &#224; certains yogis qui parviennent, au prix de longues asc&#232;ses et m&#233;ditations, &#224; ralentir de fa&#231;on spectaculaire le rythme de leur souffle (cf. Verlinde, J.-M., L'exp&#233;rience interdite, p. 45-64).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-141' id='nb3-141' class='spip_note' title='Notes 3-141' rev='footnote'&gt;141&lt;/a&gt;] AN, p. 15.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-142' id='nb3-142' class='spip_note' title='Notes 3-142' rev='footnote'&gt;142&lt;/a&gt;] Th&#232;me fondamental de la philosophie fukuokienne, le &#171; laisser &#234;tre &#187; la nature est le compl&#233;ment positif du &#171; non-agir &#187;. Sur le &#171; laisser &#234;tre &#187;, cf. par exemple La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 59-62.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-143' id='nb3-143' class='spip_note' title='Notes 3-143' rev='footnote'&gt;143&lt;/a&gt;] RBP, p. 40-43.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-144' id='nb3-144' class='spip_note' title='Notes 3-144' rev='footnote'&gt;144&lt;/a&gt;] AN, p. 297-299.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-145' id='nb3-145' class='spip_note' title='Notes 3-145' rev='footnote'&gt;145&lt;/a&gt;] Sur le th&#232;me omnipr&#233;sent du retour &#224; la nature, voire par exemple L'agriculture naturelle, p. 12 ; 19 ; 20 ; 23 ; 28 ; 299 ; et bien s&#251;r l'ensemble du dernier ouvrage de Masanobu Fukuoka, traduit r&#233;cemment en fran&#231;ais, intitul&#233; La Voie du Retour &#224; la Nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-146' id='nb3-146' class='spip_note' title='Notes 3-146' rev='footnote'&gt;146&lt;/a&gt;] Dans une r&#233;f&#233;rence que nous avons &#233;gar&#233;e, nous avons lu que Schelling, ou peut-&#234;tre Fichte, avait &#233;rig&#233; le probl&#232;me de la &#171; s&#233;paration &#187; en probl&#232;me fondamental. On voit combien la probl&#233;matique romantique europ&#233;enne pourrait &#234;tre rapproch&#233;e de la culture orientale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-147' id='nb3-147' class='spip_note' title='Notes 3-147' rev='footnote'&gt;147&lt;/a&gt;] La r&#233;alit&#233; ultime se comprend chez Masanobu Fukuoka selon la cha&#238;ne suivante de mots &#233;quivalents : nature, Dieu, vie, alternance vide-forme&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-148' id='nb3-148' class='spip_note' title='Notes 3-148' rev='footnote'&gt;148&lt;/a&gt;] AN, p. 297.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-149' id='nb3-149' class='spip_note' title='Notes 3-149' rev='footnote'&gt;149&lt;/a&gt;] Ibid., p. 140.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-150' id='nb3-150' class='spip_note' title='Notes 3-150' rev='footnote'&gt;150&lt;/a&gt;] Nous pensons que le traitement des cultures orientales sous l'angle de la culture orientale n'est ni artificiel, ni excessivement r&#233;ducteur. Pour cette perspective, nous nous appuyons sur plusieurs auteurs, dont Ivan P. Kamenarovic. Mais Masanobu Fukuoka pratique lui-m&#234;me ce rapprochement en utilisant la cat&#233;gorie de la &#171; philosophie orientale &#187; (cf. La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 164) et en se r&#233;f&#233;rant, au-del&#224; du bouddhisme, au tao&#239;sme, &#224; Gandhi, ou aux &#171; concepts du Yin et du Yang du I Ching &#187; (cf., sans exhaustivit&#233;, La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 137, 143, 148 ; L'agriculture naturelle, p.31, La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 271), ou encore &#224; l'hindouisme (Cf. La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 220). On peut dire que c'est un th&#232;me clef de la pens&#233;e fukuokienne que d'opposer la voie orientale de &#171; contraction &#187; ou centrip&#232;te &#224; la voie occidentale &#171; d'expansion &#187; ou centrifuge. De m&#234;me, M. Fukuoka pense observer que &#171; les techniques m&#233;dicales de l'Orient [&#8230;] affirment peu &#224; peu leur coh&#233;rence r&#233;ciproque et se vulgarisent &#187; (in La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 231). Pour ce qui est du seul Japon, il y a une tendance au syncr&#233;tisme entre le culte shinto&#239;que et le bouddhisme, &#171; sur la base ces croyances primordiales qui font du monde ph&#233;nom&#233;nal un absolu et excluent tout principe qui le transcenderait &#187; (cf. Pons, P., Japon : un attachement s&#233;lectif &#224; la nature, in Bourg, D., (dir.), Les sentiments de la nature, op. cit., p. 34).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-151' id='nb3-151' class='spip_note' title='Notes 3-151' rev='footnote'&gt;151&lt;/a&gt;] RBP, p. 184 : &#171; Le monde lui-m&#234;me est une unit&#233; de mati&#232;re &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-152' id='nb3-152' class='spip_note' title='Notes 3-152' rev='footnote'&gt;152&lt;/a&gt;] AN, p.56.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-153' id='nb3-153' class='spip_note' title='Notes 3-153' rev='footnote'&gt;153&lt;/a&gt;] RBP, p. 157. Il affirme l&#224; une fois de plus son moniste en d&#233;clarant que, &#171; en r&#233;alit&#233; mati&#232;re et esprit sont un &#187;. Mais dans ce mouvement, commun &#224; la pens&#233;e orientale, il est oblig&#233; de reconna&#238;tre le monde dual, entre la vision de l'opinion et la th&#232;se du monde absolu et un. Mais, quoiqu'il en soit, la pens&#233;e profonde de Masanobu Fukuoka est antispiritualiste. M&#234;me quand il d&#233;signe l'homme comme &#171; animal spirituel &#187;, c'est pour rattacher le spirituel aux sentiments et aux &#233;motions, et jamais &#224; une quelconque transcendance : &#171; il semble presque que nous ayons oubli&#233; que l'homme est un animal spirituel qui ne peut &#234;tre pleinement expliqu&#233; en termes organiques, m&#233;caniques ou physiologiques. Il est un animal dont le corps et la vie sont extr&#234;mement changeants et qui subit d'importantes vicissitudes physiques et mentales. [&#8230;] La nourriture que prend l'homme est directement et indirectement li&#233;e &#224; ses &#233;motions, de telle sorte qu'une alimentation faisant abstraction des sentiments est sans valeur &#187; (Cf. L'agriculture naturelle, p. 289).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-154' id='nb3-154' class='spip_note' title='Notes 3-154' rev='footnote'&gt;154&lt;/a&gt;] Cf. L'agriculture naturelle, respectivement aux pages 71 et 97.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-155' id='nb3-155' class='spip_note' title='Notes 3-155' rev='footnote'&gt;155&lt;/a&gt;] RBP., p. 168.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-156' id='nb3-156' class='spip_note' title='Notes 3-156' rev='footnote'&gt;156&lt;/a&gt;] Cf. le paragraphe intitul&#233; &#171; Le pi&#232;ge du savoir &#187; dans La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 205-206.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-157' id='nb3-157' class='spip_note' title='Notes 3-157' rev='footnote'&gt;157&lt;/a&gt;] La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 299-300.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-158' id='nb3-158' class='spip_note' title='Notes 3-158' rev='footnote'&gt;158&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, p. 15.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-159' id='nb3-159' class='spip_note' title='Notes 3-159' rev='footnote'&gt;159&lt;/a&gt;] Cf. L'agriculture naturelle, p. 31. Rappelons que, pour les chr&#233;tiens, Dieu s'est incarn&#233; dans le Christ, pas dans la nature. Dans la m&#234;me tradition, comme nous l'avons not&#233; plus haut, la nature n'en pas pour autant d&#233;valoris&#233; : sa beaut&#233; fait signe vers la beaut&#233; et la gloire du Cr&#233;ateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-160' id='nb3-160' class='spip_note' title='Notes 3-160' rev='footnote'&gt;160&lt;/a&gt;] La Voie du Retour &#224; la Nature, p.299.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-161' id='nb3-161' class='spip_note' title='Notes 3-161' rev='footnote'&gt;161&lt;/a&gt;] Sur ce point, voir aussi L'agriculture naturelle : &#171; l'homme est devenu &#233;tranger &#224; la nature et en est arriv&#233; &#224; b&#226;tir une civilisation de son propre cru, comme un &#171; enfant capricieux en r&#233;bellion contre sa m&#232;re &#187; (p. 27).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-162' id='nb3-162' class='spip_note' title='Notes 3-162' rev='footnote'&gt;162&lt;/a&gt;] La Voie du Retour &#224; la Nature, p.301.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-163' id='nb3-163' class='spip_note' title='Notes 3-163' rev='footnote'&gt;163&lt;/a&gt;] L&#246;wy M. et Sayre R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, op. cit., p. 60.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-164' id='nb3-164' class='spip_note' title='Notes 3-164' rev='footnote'&gt;164&lt;/a&gt;] Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 138 et 192.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-165' id='nb3-165' class='spip_note' title='Notes 3-165' rev='footnote'&gt;165&lt;/a&gt;] Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 305.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-166' id='nb3-166' class='spip_note' title='Notes 3-166' rev='footnote'&gt;166&lt;/a&gt;] Pour ce dernier, voir L'agriculture naturelle, p. 32-33.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-167' id='nb3-167' class='spip_note' title='Notes 3-167' rev='footnote'&gt;167&lt;/a&gt;] La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 101-103 ; L'agriculture naturelle, p. 63-68&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-168' id='nb3-168' class='spip_note' title='Notes 3-168' rev='footnote'&gt;168&lt;/a&gt;] Cf. Pulliero M., Walter Benjamin, Le d&#233;sir d'authenticit&#233;, p. 479-482. Ajoutons que cette opposition recoupe celle entre Kultur et Zivilisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-169' id='nb3-169' class='spip_note' title='Notes 3-169' rev='footnote'&gt;169&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, p. 33.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'agriculture et l'argent : la critique agrobiologique de l'economie moderne</title>
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		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>Sir Albert Howard, un critique de la R&#233;volution industrielle et de la motivation du profit en agriculture Dans son ultime ouvrage, Farming and gardenning for health or disease, publi&#233; deux ans avant sa mort, Howard reprend l'axe th&#233;matique historique qu'il avait propos&#233; dans son Testament agricole. Il compare l'agriculture des civilisations du pass&#233; puis &#233;tudie les &#233;tapes de l'histoire agricole britannique du point de vue de la question du maintien de la fertilit&#233; des sols. M&#234;me s'il juge plus ou (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-L-agriculture-biologique-comme-critique-sociale-.html" rel="directory"&gt;L'agriculture biologique comme critique sociale&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Sir Albert Howard, un critique de la R&#233;volution industrielle et de la motivation du profit en agriculture&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Dans son ultime ouvrage, &lt;em&gt;Farming and gardenning for health or disease&lt;/em&gt;, publi&#233; deux ans avant sa mort, Howard reprend l'axe th&#233;matique historique qu'il avait propos&#233; dans son &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;. Il compare l'agriculture des civilisations du pass&#233; puis &#233;tudie les &#233;tapes de l'histoire agricole britannique du point de vue de la question du maintien de la fertilit&#233; des sols. M&#234;me s'il juge plus ou moins s&#233;v&#232;rement les syst&#232;mes agraires du pass&#233;, c'est sur la modernit&#233; qu'il concentre sa critique. Comme il l'a signal&#233; dans le &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;, Howard consid&#232;re qu'il y a deux facteurs responsables de la destruction de la fertilit&#233; du sol : &#171; La responsabilit&#233; de ce m&#233;fait doit &#234;tre support&#233;e &#224; parties &#233;gales par les disciples de Liebig et par notre syst&#232;me &#233;conomique actuel &#187; [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Testament agricole, p. 205.' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Il consacre ainsi, dans son ultime ouvrage, deux chapitres distincts &#224; &#171; &lt;em&gt;L'industrialisme et la motivation du profit&lt;/em&gt; &#187;(chapitre V) et &#224; &#171; &lt;em&gt;L'intrusion de la science&lt;/em&gt; &#187; (chapitre VI), pour expliquer la rupture moderne des deux moiti&#233;s du &#171; cycle vital &#187; [&lt;a href='#nb4-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 204.' id='nh4-2'&gt;2&lt;/a&gt;] en agriculture. Sa critique de l'&#233;conomie moderne va retenir notre attention dans un premier temps. Apr&#232;s avoir rep&#233;r&#233; la naissance du capitalisme agraire dans les lois d'enclosures successives, Howard voit dans la R&#233;volution industrielle l'&#233;v&#233;nement qui bouleverse l'agriculture (&#167;2211). Pour Howard, le facteur primordial de la crise que l'agriculture et la soci&#233;t&#233; vivent depuis l'&#233;tablissement de &#171; l'industrialisme &#187; est la motivation du profit (&#167;2212). Les cons&#233;quences de l'&#233;rection du profit en ma&#238;tre de la soci&#233;t&#233; sont le pillage de la fertilit&#233; mondiale au profit de l'Occident et la transformation de son activit&#233; industrielle et de ses villes en parasites des campagnes (&#167;2213).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Aux origines de la crise agricole : capitalisme et R&#233;volution industrielle&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Les enclosures et le d&#233;veloppement du capitalisme agraire
&lt;br /&gt;Howard consid&#232;re que les enclosures ont permis aux agriculteurs de produire autant de fumier qu'ils le pouvaient, et donc d'am&#233;liorer leurs rendements. Bien que contest&#233;es par les paysans, les enclosures, &#233;tal&#233;es en plusieurs Enclosure Acts sur six si&#232;cles, entre 1235 et 1845, selon Howard, ont finalement gagn&#233;, car elles ont eu un effet positif sur les sols. L'action cumul&#233;e des arbres et des haies plant&#233;s, li&#233;e aux enclosures a, certes, contribu&#233; au maintien de la fertilit&#233; : &#171; It was during this period that the English landscape as we know it today was created by the judicious laying out of parks, artificial lakes, groups of trees, and woods. All this planting provided an important factor in the maintenance of soil fertility &#187;.
&lt;br /&gt;N&#233;anmoins, Howard est bien conscient que c'est sur le plan social et &#233;conomique que les enclosures ont conduit au plus grand changement. En effet, compl&#233;t&#233;es par la rotation Norfolk, les enclosures ont fait la d&#233;monstration que l'investissement d'argent dans l'agriculture peut &#234;tre excellent. Mais, parall&#232;lement, le remplacement du syst&#232;me manorial par une agriculture individuelle en champs cl&#244;tur&#233;s a produit aussi de graves dommages. Les profits importants obtenus par la vente de la laine, par exemple, ont enrichi une minorit&#233; tout en introduisant une nouvelle conception de l'agriculture. La motivation du profit commen&#231;a &#224; &#234;tre la r&#232;gle de l'agriculteur ; l'agriculture cesse d'&#234;tre un mode de vie et devient bient&#244;t un moyen d'enrichissement. Des individus entreprenants cherchent &#224; utiliser leurs fermes pour faire de l'argent. Mais, dans le m&#234;me temps, l'exode rural et la prol&#233;tarisation de nombreux paysans et travailleurs ruraux se d&#233;veloppent : &#171; large numbers of less fortunate individuals deprived of their land had either to work for wages or seek a living in the towns &#187;.
&lt;br /&gt;Les lois d'enclosure ont donc aussi conduit &#224; une nouvelle agriculture et &#224; &#171; l'intronisation de la motivation du profit dans la vie nationale &#187;. On peut consid&#233;rer que, pour Howard, cette naissance du capitalisme agraire est &#224; l'origine du fort d&#233;veloppement du capitalisme en g&#233;n&#233;ral, lequel a permis la R&#233;volution Industrielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La R&#233;volution industrielle et l'accroissement de la pression sur la fertilit&#233; des sols&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La R&#233;volution Industrielle a cr&#233;&#233; deux nouvelles faims : la faim des populations urbaines en forte croissance, d'une part, et celle des machines, d'autre part. Toutes les deux ont s&#233;rieusement diminu&#233; les r&#233;serves de fertilit&#233; des sols europ&#233;ens. Cependant, la critique howardienne ne porte pas sur la R&#233;volution industrielle en tant que ph&#233;nom&#232;ne d'accroissement radical de la pression humaine sur les ressources naturelles. Imbib&#233; d'une vision cyclique de la nature, Howard croit que l'accroissement de la pression humaine sur les ressources, de fertilit&#233; en particulier, peut &#234;tre sans ou presque sans cons&#233;quences si l'on compense ces pr&#233;l&#232;vements nouveaux par une restitution de tous les d&#233;chets [&lt;a href='#nb4-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Howard ne critique ici la R&#233;volution industrielle que du point de vue certainement restrictif et quelque peu utopique [&lt;a href='#nb4-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Si l'on se place &#224; un point de vue &#233;cologique et &#233;nerg&#233;tique plus pr&#233;cis, avec, (...)' id='nh4-4'&gt;4&lt;/a&gt;] de sa &#171; grande loi du retour &#187;. Ainsi &#233;crit-il &#224; propos des faims nouvelles de la machine et de la population urbaine : &#171; Ni l'une ni l'autre n'ont &#233;t&#233;s accompagn&#233;es du retour &#224; la terre de leurs d&#233;chets respectifs. Au lieu de cela, de fortes sommes d'argent ont &#233;t&#233; d&#233;pens&#233;es pour &#233;carter compl&#232;tement ces d&#233;chets et ainsi mettre obstacle &#224; leur retour &#224; la terre qui en avait beaucoup besoin. Beaucoup d'ing&#233;niosit&#233; a &#233;t&#233; consacr&#233;e au d&#233;veloppement d'une m&#233;thode efficace pour faire partir les d&#233;chets humains dans les rivi&#232;res et les mers. Cela a pris finalement la forme de nos &#233;gouts contemporains. Le contenu des poubelles des maisons et des usines va dans d'immenses d&#233;charges ou dans des incin&#233;rateurs &#187; [&lt;a href='#nb4-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Farming and gardening&#8230;, chapitre V.' id='nh4-5'&gt;5&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Dans un premier temps, la demande additionnelle en nourriture et mati&#232;res premi&#232;res a &#233;t&#233; satisfaite par l'agriculture restaur&#233;e et le labour p&#233;riodique des prairies. Une de ces demandes consistait dans les importantes quantit&#233;s de bl&#233; pour l'alimentation des populations urbaines. Pendant plus de 150 ans, le prix du bl&#233; a &#233;t&#233; r&#233;gul&#233; par une s&#233;rie de Corn Laws, qui ont tent&#233; de tenir l'&#233;quilibre entre les revendications des fermiers producteurs du grain et ceux parmi les consommateurs et les industriels qui ont d&#233;fendu la nourriture &#224; bon march&#233; pour leurs travailleurs, afin de pouvoir exporter leur produits avec profit. Mais, &#224; mesure qu'augmente la population urbaine, la pression sur la fertilit&#233; des sols s'&#233;l&#232;ve, jusqu'&#224; ce qu'en 1845, une d&#233;sastreuse moisson et une famine contraignent le gouvernement &#224; c&#233;der (en 1846).
&lt;br /&gt;Priv&#233;s de la protection des Corn Laws, les fermiers sont forc&#233;s d'adopter de nouvelles m&#233;thodes et de cultiver intensivement [&lt;a href='#nb4-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Fran&#231;ois Bedarida confirme cette lecture historique howardienne : on (...)' id='nh4-6'&gt;6&lt;/a&gt;]. Le drainage et sa m&#233;canisation sont d&#233;velopp&#233;s &#224; partir de 1843 ; la m&#234;me ann&#233;e, la parution du fameux essai de Liebig attire l'attention sur les engrais. On apporte &#233;galement des am&#233;liorations &#224; l'&#233;laboration du fumier de ferme. Mais en m&#234;me temps, pour Howard, deux &#171; erreurs fatales &#187; sont commises : l'utilisation d'engrais artificiels comme le nitrate de soude ou le superphosphate, d'une part, et l'importation d'aliments pour le b&#233;tail &#224; la place des aliments du pays, d'autre part. En adoptant ces deux exp&#233;dients qui semblent profitables &#224; ce moment, l'agriculture britannique pose les fondations de nombreux troubles pour le futur. N&#233;anmoins, il s'ouvre une p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; pour la campagne, jusqu'&#224; la fin de la d&#233;cennie de 1870.
&lt;br /&gt;La prosp&#233;rit&#233; agricole est stopp&#233;e, sans r&#233;mission jusqu'alors, au sentiment d'Howard [&lt;a href='#nb4-7' class='spip_note' rel='footnote' title='C'est-&#224;-dire jusqu'&#224; l'ann&#233;e de la mort d'Howard, en 1947.' id='nh4-7'&gt;7&lt;/a&gt;], par la grande crise de 1879. Le rendement moyen du bl&#233; tombe bas, beaucoup de t&#234;tes de b&#233;tail sont d&#233;cim&#233;es par la maladie. Le prix du bl&#233; chute fortement en raison de larges importations des terres vierges du Nouveau Monde. Cette grande crise a ruin&#233; de nombreux agriculteurs et port&#233; un coup mortel (&#171; a mortal blow &#187;) &#224; l'industrie. Voici en quels termes Howard en rend compte :
&lt;br /&gt;&#171; Since 1879 the standard of real farming in this country has steadily fallen. The labour force, particularly the supply of men with experience of and sympathy with livestock, markedly diminished and deteriorated in quality. Rural housing left much to be desired. Drainage was sadly neglected. The small hill farms, which are essential for producing cattle possessing real bone and stamina, fell on evil days. Our flocks of folded sheep, so essential for the upkeep of downland, dwindled. Diseases like foot-and-mouth, tuberculosis, mastitis, and contagious abortion became rampant. Less and less attention was paid to the care of the manure heap and to the maintenance of the humus content of the soil. The NPK mentality replaced the muck mentality of our fathers and grandfathers. Murdered bread, deprived of the essential germ, replaced the real bread of the last century and seriously lowered the efficiency of our rural population. The general well-being of our flocks and herds fell far below that of some of our overseas competitors like the Argentine &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La motivation du profit&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Nous avons vu que, selon Albert Howard, l'agriculture europ&#233;enne travaille pour le profit depuis le d&#233;clin du syst&#232;me f&#233;odal, depuis que les corv&#233;es dues aux seigneurs par les paysans ont laiss&#233; place &#224; des loyers. Mais l'auteur anglais note encore que c'&#233;tait d&#233;j&#224;, &#224; l'&#233;poque des Tudors, un trait caract&#233;ristique du commerce britannique de la laine, lequel se d&#233;veloppe avec les enclosures. De m&#234;me, les tenants de la &#171; nouvelle agriculture &#187; du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#233;taient parfaitement conscients du profit &#224; tirer de leurs innovations [&lt;a href='#nb4-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Les tenants de la &#171; nouvelle agriculture &#187; anglaise et de la rotation Norfolk (...)' id='nh4-8'&gt;8&lt;/a&gt;]. On retiendra aussi, dans la citation suivante, l'admiration qu'&#233;prouve Howard pour les r&#233;formateurs agricole de ce si&#232;cle : &#171; the great English agricultural pionneers of the eighteenth century were also perfectly alive to the question of the monetary return for their reforms &#187; [&lt;a href='#nb4-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming anf gardenning&#8230; Cette admiration, sensible dans (...)' id='nh4-9'&gt;9&lt;/a&gt;]. En effet, depuis que chaque r&#233;colte est vendue plut&#244;t que consomm&#233;e (&#171; as soon as any harvest is sold rather than consumed &#187;), la question du profit a d&#251; surgir. Nous en arrivons ici &#224; la position d'Howard sur le profit.
&lt;br /&gt;Il ne rejette pas l'id&#233;e de tirer un profit de l'agriculture, il ne fait pas l'apologie d'une agriculture vivri&#232;re ou autarcique. Le point de vue de Sir Albert Howard est qu'il s'agit d'un probl&#232;me de degr&#233; et d'accent (&#171; of degree and emphasis &#187;). Le profit est-il le ma&#238;tre ? Dirige-t-il et tyrannise-t-il les buts de l'agriculteurs ? D&#233;forme-t-il les buts du fermier et fait-il d'eux une nuisance pour le mode de vie de l'agriculteur ? Le profit est-il toujours plus recherch&#233;, au point de rendre le fermier oublieux des conditions pour la culture de la surface de la Terre, jusqu'&#224; ce qu'il en vienne, aujourd'hui, &#224; d&#233;fier ces grandes lois naturelles qui sont la v&#233;ritable fondation et origine de tout ce qu'il a tent&#233; ? S'il en est ainsi, alors le principe du profit a outrepass&#233; son utilit&#233; : il a &#233;t&#233; tir&#233; du cr&#233;neau qui lui &#233;tait attribu&#233; dans l'&#233;conomie du monde [&lt;a href='#nb4-10' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; it has been dragged from its allotted niche in the world's economy (...)' id='nh4-10'&gt;10&lt;/a&gt;], mis sur un haut autel, et ador&#233; comme un veau d'or, selon les mots d'Howard.
&lt;br /&gt;Howard observe cependant que l'agriculture a rarement permis de b&#226;tir de grandes fortunes. Au premier abord, la motivation du profit ne semble pas avoir men&#233; l'agriculture moderne bien loin. Les agriculteurs des nouveaux pays ouverts au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle n'ont pas fait de grandes fortunes. Il s'est peut-&#234;tre fait beaucoup d'argent dans le mouton et les plantations industrielles pendant un temps. Mais, dans l'ensemble, les rapports mon&#233;taires de la nouvelle agriculture ne sont pas impressionnants. Ils ne supportent jamais la comparaison avec les colossales fortunes que l'industrie du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle a produit pour les propri&#233;taires d'usine.
&lt;br /&gt;C'est pourquoi Howard a du mal &#224; comprendre les raisons qui ont men&#233; &#224; l'exploitation sans vergogne des terres du nouveau monde : &#171; Il est, par cons&#233;quent, difficile de comprendre que, sans grande richesse personnelle ni intentions nuisibles, l'agriculteur nord am&#233;ricain fut, n&#233;anmoins, un v&#233;ritable pillard. Il a fait plus de mal qu'il &#233;tait pensable en deux ou trois g&#233;n&#233;rations au sol, le plus sacr&#233; des d&#233;p&#244;ts (dons) [&lt;a href='#nb4-11' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; the soil [&#8230;] the most sacred of all trusts &#187;' id='nh4-11'&gt;11&lt;/a&gt;] de la nature &#187;. Pour l'instant, Howard se contente de d&#233;plorer l'oubli de ses chers &#171; principes de l'agriculture mixte &#187; comme cause de la d&#233;gradation des sols : ils &#171; n'ont pas franchi les oc&#233;ans. L'agriculteur am&#233;ricain &#233;tait inconscient de leurs pertes. En pratique, il a r&#233;p&#233;t&#233; l'ancienne culture itin&#233;rante des agriculteurs primitifs qui transformait la for&#234;t tropicale en cendres.
&lt;br /&gt;Voyons maintenant l'analyse fouill&#233;e que fait Howard de la triste exploitation de la fertilit&#233; et des richesses du monde men&#233;e au profit de l'agriculture occidentale.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'exploitation occidentale du monde&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans la p&#233;riode 1850-1900, &#171; le monde moderne &#187; a &#233;t&#233; marqu&#233; par une forte croissance de la population, car celle-ci a plus que doubl&#233;. Il y a donc eu plus de bouches &#224; nourrir. Selon Howard, s'il n'y avait pas eu d'autres changements, la densit&#233; rurale europ&#233;enne aurait rivalis&#233;e avec celle de la Chine et il aurait fallu adopter des m&#233;thodes intensives similaires &#224; celles des paysans chinois pour que la population additionnelle puisse survivre. Le destin ou leur propre ing&#233;niosit&#233; a men&#233; les nations occidentales sur un autre chemin, bien diff&#233;rent de la situation de l'Extr&#234;me Orient.
&lt;br /&gt;L'exploitation des terres vierges et ses cons&#233;quences
&lt;br /&gt;L'exploitation des terres vierges
&lt;br /&gt;Les nouvelles populations europ&#233;ennes ne sont pas toutes rest&#233;es en Europe. Un courant d'&#233;migration a men&#233; une partie de cette population &#224; prendre possession de vastes &#233;tendues de terres vierges en Am&#233;rique du Nord, en Australie, en Nouvelle Z&#233;lande, et en Afrique du Sud. Avec de telles &#233;tendues, l'agriculture est devenue extensive. Les agriculteurs ont pr&#233;f&#233;r&#233; des petites productions &#224; l'hectare sur de grandes &#233;tendues plut&#244;t qu'une grosse productivit&#233; sur des plus petites surfaces cultiv&#233;es intensivement. La somme de l'effort humain investi par unit&#233; de surface devient la question cruciale. En contraste avec l'Europe, les populations &#233;taient clairsem&#233;es, ce qui signifie peu de bras et donc peu de travail manuel possible. Le premier fait significatif &#224; noter, d'apr&#232;s Howard, est la distribution in&#233;gale de l'augmentation de population entre les anciens et les nouveaux pays [&lt;a href='#nb4-12' class='spip_note' rel='footnote' title='D'apr&#232;s Howard A., Farming and gardening&#8230;' id='nh4-12'&gt;12&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;C'est dans ces circonstances que la machine est venue aider l'agriculture. L'introduction de &#171; l'usage des machines en agriculture fut r&#233;volutionnaire ; ce fait n'est pas toujours r&#233;alis&#233; &#187;. Howard reprend quelques chiffres, d'un travail de son &#233;pouse, pour aider &#224; saisir la r&#233;volution de la m&#233;canisation d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;e dans les ann&#233;es 1930, au niveau de la forte diminution de travail humain th&#233;oriquement n&#233;cessaire en agriculture :
&lt;br /&gt;&#171; Five men working with the most modern combine (So called because it is a machine combining cutting and threshing. A header is another form of the combine.) can harvest and tresh fifty acres of wheat in the same number of hours as would require 320 persons working with old-fashioned hand tools ; two men working with a header can replace 200 working with sickles ; other calculations show for certain specified jobs only one-twentieth or even only one-eightieth of the amount of human labour formerly employed &#187; [&lt;a href='#nb4-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard L.E., Labour in Agriculture, Oxford University Press and Royal (...)' id='nh4-13'&gt;13&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Howard ajoute que le s&#233;parateur de cr&#232;me et la machine &#224; traire ont produit une &#171; dramatique augmentation &#187; de l'industrie laiti&#232;re en &#233;conomisant le travail humain. Mais il reste un homme reconnaissant des bienfaits apport&#233;s par le machinisme :
&lt;br /&gt;&#171; We have reason to be grateful to those who invented the powerfull devices which made possible these results &#187; [&lt;a href='#nb4-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardening&#8230;' id='nh4-14'&gt;14&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;La nourriture qui a permis les fortes augmentations dans les populations occidentales fut, pour partie, une nourriture produite m&#233;caniquement. Sans ces machines, Howard pense que ces populations auraient &#233;t&#233; priv&#233;es [&lt;a href='#nb4-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard pense sans aucun doute aux nouvelles populations urbaines apparues (...)' id='nh4-15'&gt;15&lt;/a&gt;]. Cependant, il y a une autre face &#224; cette situation. Howard se porte au plan psychologique et moral des occidentaux pour s'expliquer comment la R&#233;volution industrielle aurait accouch&#233; d'une soci&#233;t&#233; et d'une agriculture intenables et non durables. La &#171; facilit&#233; avec laquelle l'agriculture a &#233;t&#233; m&#233;canis&#233;e &#233;tait en soi une tentation &#224; laquelle les nations occidentales n'ont pas &#233;t&#233; capable de r&#233;sister &#187;. Il a sembl&#233; si facile de produire suffisamment de nourriture avec comparativement peu de travail humain, comme de fournir des mati&#232;res premi&#232;res aux autres machines industrielles, bien plus ing&#233;nieuses que les machines agricoles. Le r&#233;sultat est notre singuli&#232;re soci&#233;t&#233; de consommation moderne :
&lt;br /&gt;&#171; From these machines, continuously fed with the wool, cotton, silk, jute, hemp, sisal, rubber, timber, and the oil seeds of the whole world, has flowed a vast stream of industrial articles which have been at the disposal of all and which have given a quite special character to our modern civilization &#187;.
&lt;br /&gt;En c&#233;dant &#224; une telle facilit&#233;, les cons&#233;quences n&#233;gatives &#233;taient fatales pour Howard :
&lt;br /&gt;&#171; The result has been inevitable. The hunger of the urban populations and the hunger of the machines has become inordinate. The land has been sadly overworked to satisfy all these demands which steadily increase as the years pass &#187; [&lt;a href='#nb4-16' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour tout cela, voir Howard A., Farming and gardening&#8230; Dans Le paysan (...)' id='nh4-16'&gt;16&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;L'exploitation g&#233;n&#233;rale des sols n'a pas d&#233;marr&#233; v&#233;ritablement avant que le XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ne soit bien sur ses rails. Du monde entier sont alors arriv&#233;s en Europe d'immenses volumes de nourritures et de mati&#232;res premi&#232;res, dans une telle abondance que personne n'a pens&#233; &#224; s'arr&#234;ter pour demander si ce flot pouvait continuer pour toujours.
&lt;br /&gt;Tous ces processus sont &#224; peu pr&#232;s une pure r&#233;colte, une simple interception et conversion des r&#233;serves de la Nature en une autre forme [&lt;a href='#nb4-17' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut penser ici &#224; &#171; l'arraisonnement &#187; de la nature selon Heidegger. Cf. (...)' id='nh4-17'&gt;17&lt;/a&gt;]. Les m&#233;thodes agricoles employ&#233;es n'ont rien &#224; voir avec un entretien des sols et ils provoquent dans ces derniers une logique perturbation. La Nature a accumul&#233; de riches r&#233;serves d'humus &#171; for hundred of years [&#8230;] under the prairie or the forest &#187;. Les r&#233;serves &#233;taient si &#233;normes que les terres produisaient c&#233;r&#233;ales sur c&#233;r&#233;ales sans faiblir. Dans des r&#233;gions comme la plaine nord am&#233;ricaine, il y avait cinquante ans de r&#233;coltes de bl&#233; disponible et l'agriculteur savait bien comment manger ces richesses (&#171; how to dig into these riches &#187;).
&lt;br /&gt;Howard pense, qu'au moment o&#249; il &#233;crit, l'expression &#171; exploiter la terre &#187;&lt;em&gt; &lt;/em&gt;(&#171; &lt;em&gt;mining the land&lt;/em&gt; &#187;) est reconnue comme une description tr&#232;s exacte de ce qui passe quand &#171; la race humaine &#187; [&lt;a href='#nb4-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard &#233;crit bien &#171; the human race &#187; et il ne s'agit pas d'une notation (...)' id='nh4-18'&gt;18&lt;/a&gt;] se lance sur une &#233;tendue de fertilit&#233; accumul&#233;e et l'utilise sans penser au futur. Au milieu du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, une telle exploitation a commenc&#233; &lt;em&gt;&#224; une &#233;chelle jamais vue&lt;/em&gt;. Howard termine cette premi&#232;re partie de son analyse de l'exploitation de la fertilit&#233; mondiale par un mot bien teint&#233; de physiocratie : &#171; L'agriculture &#233;tait la nourrice de l'industrie ; elle fut persuad&#233;e d'apprendre une forte le&#231;on de son &#171; poupon &#187;, celle de la motivation du profit &#187; [&lt;a href='#nb4-19' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardening&#8230;' id='nh4-19'&gt;19&lt;/a&gt;]. Voyons maintenant les r&#233;sultats de cette exploitation des sols sur les plans agricoles et &#233;cologiques selon Albert Howard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les cons&#233;quences agricoles et &#233;cologiques de l'exploitation des sols
&lt;br /&gt;Le r&#233;sultat de l'exploitation du sol a &#233;t&#233; la destruction de la fertilit&#233; du sol sur une &#233;chelle colossale. Selon Howard, aux Etats Unis, un si&#232;cle de mauvaise gestion a conduit au Dust Bowl [&lt;a href='#nb4-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Dust Bowl, litt&#233;ralement &#171; saladier de poussi&#232;re &#187;, est l'expression qui (...)' id='nh4-20'&gt;20&lt;/a&gt;], &#224; la destruction compl&#232;te ou partielle de la fertilit&#233; de plus de 250 000 000 d'acres, soit 61 % de la surface cultiv&#233;e en 1937. En Nouvelle Z&#233;lande, dans certaines parties d'Afrique, a Ceylan, des d&#233;gradations, &#233;galement caus&#233;es par une mauvaise agriculture, ont conduit vers des d&#233;sastres similaires : &#171; Almost everywhere the same dismal story could be related &#187;.
&lt;br /&gt;Quand l'&#233;levage, &#224; son tour, commene &#224; offrir de fortes incitations mon&#233;taires, particuli&#232;rement en Australie et en Nouvelle-Z&#233;lande, dans les ann&#233;es 1880 et 1890, une nouvelle p&#233;riode d&#233;bute. D'&#233;normes troupeaux sont constitu&#233;s, compos&#233;s parfois de centaines de milliers de moutons, mais on fait &#224; peine attention &#224; leurs soins ; on compte sur l'herbage naturel, non touch&#233; depuis des si&#232;cles. Sir Albert Howard articule la dur&#233;e de l'exploitation de ces richesses de fertilit&#233; naturelle &#224; la pr&#233;sence de l'humus : &#171; Tant que l'humus a tenu le coup, cet &#233;levage sp&#233;cialis&#233; a pu continu&#233;. Mais lorsque les r&#233;serves d'humus furent &#233;puis&#233;es, les d&#233;sordres ont commenc&#233;. La maladie est apparue. D'in&#233;vitables accidents, la s&#233;cheresse particuli&#232;rement, apport&#232;rent un d&#233;sastre complet : il y eut une mortalit&#233; colossale. Ce fut en retour en arri&#232;re pour l'homme &#187; [&lt;a href='#nb4-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardening&#8230; Notons au passage que la mention de (...)' id='nh4-21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Les densit&#233;s de b&#233;tail trop &#233;lev&#233;es, l'absence de cultures associ&#233;es aux &#233;levages, transforment l'exploitation agricole en catastrophe. La soif immod&#233;r&#233;e du gain trouve l&#224;, pour Howard, une s&#233;v&#232;re punition, que nous pourrions qualifier de &lt;em&gt;naturelle&lt;/em&gt; :
&lt;br /&gt;&#171; La pr&#233;voyance ad&#233;quat contre ce genre de circonstances critiques aurait &#233;t&#233; une r&#233;serve de fourrage sous la forme de racines cultiv&#233;es ou de foin, afin que la s&#233;cheresse ne tue pas tant. Mais comme il n'y avait pas de cultures men&#233;es c&#244;te &#224; c&#244;te avec les animaux, il n'y avait pas de telles r&#233;serves, tandis que le rem&#232;de naturel consistant &#224; trouver de nouvelles p&#226;tures, qui aurait att&#233;nuer la catastrophe pour le bien plus petit nombre d'animaux sauvages, ne fut pas possible longtemps. Des milliers de moutons ou de bovins p&#233;rirent par cons&#233;quent : la motivation du profit &#233;tait devenue un boomerang &#187;.
&lt;br /&gt;Sir Albert Howard rappelle alors que l'importance de ces ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;gradation sanitaire des cheptels et des surfaces cultivables oblige les gouvernements &#224; &#233;tablir des &#233;valuations chiffr&#233;es et &#224; chercher des solutions : &#171; Les ann&#233;es passant, le taux de maladie des animaux est devenu si s&#233;v&#232;re que les gouvernements se sont sentis oblig&#233;s de les compter statistiquement et de t&#226;cher de saisir tous les rem&#232;des. Les statistiques rivalisent dans leur importance intrins&#232;que avec les statistiques de l'&#233;rosion &#187;. Le fondateur de l'agriculture organique explique ces crises par l'application d'une seule et m&#234;me logique. Avec d'un c&#244;t&#233; une agriculture c&#233;r&#233;ali&#232;re intensive, et de l'autre un &#233;levage surnum&#233;raire et sans rotation, &#171; il s'agit des m&#234;mes mauvais effets dans chaque cas : nous observons les r&#233;sultats de la dite monoculture &#187; [&lt;a href='#nb4-22' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-22'&gt;22&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Sir Albert Howard incise alors, dans le chapitre socio&#233;conomique de son ultime ouvrage, un rappel de son approche du fonctionnement de l'&#233;conomie de la nature. Il insiste sur la pr&#233;sence universelle de la biodiversit&#233; et sur l'intrication des formes de vie animales et v&#233;g&#233;tales dans la biosph&#232;re. Ce rappel lui sert &#224; consid&#233;rer toute agriculture conduite en monoculture comme non naturelle, et, sym&#233;triquement, &#224; justifier son attachement aux syst&#232;mes agricoles associant polyculture et &#233;levage [&lt;a href='#nb4-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Par souci de clart&#233; de notre expos&#233;, nous renvoyons l'&#233;tude de ce point &#224; la (...)' id='nh4-23'&gt;23&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Revenons au bilan de l'exploitation des sols selon Howard. Pour le scientifique anglais, il faut g&#233;n&#233;raliser le propos. Nous avons affaire &#224; un processus de destruction universelle. Ce serait d&#233;former injustement la situation que de consid&#233;rer que ces erreurs n'ont &#233;t&#233;s faites que dans l'agriculture des nouveaux pays. Ce n'&#233;tait pas du tout le cas : &#171; The thirst for profit profoundly affected European husbandry also. The yield became everything, quality was sacrificed for quantity &#187;. La m&#234;me recherche inv&#233;t&#233;r&#233;e du profit aurait perverti l'agriculture europ&#233;enne en lui donnant pour seul crit&#232;re d'&#233;valuation le rendement :
&lt;br /&gt;&#171; Un simple coup d'&#339;il aux statistiques agricoles r&#233;v&#232;le que ce facteur de quantit&#233; est compl&#232;tement mis en avant, bien que cela soit une fanfaronnade. Les hausses de rendements par acre sont perp&#233;tuellement cit&#233;es, les rendements de lait par vache sont devenus une obsession. Il y a, sans nul doute, des vertus dans un volume accru de produits ; c'est le but de l'agriculture que de produire largement, et une telle augmentation est utile &#224; l'humanit&#233;. Mais si le calcul des profits et pertes est simplement brillant, parce que le capital a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; et ensuite regard&#233; comme un dividende, quel est le sens de cette affaire ? &#187; [&lt;a href='#nb4-24' class='spip_note' rel='footnote' title='Traduction de cette phrase &#224; v&#233;rifier. On y voit aussi que l'approche d'Howard (...)' id='nh4-24'&gt;24&lt;/a&gt;]
&lt;br /&gt;Comment se fait-il alors que l'exploitation des sols europ&#233;ens n'aient pas subi le m&#234;mes d&#233;gradations p&#233;dologiques et sanitaires sur les troupeaux ? Howard distingue un artifice majeur pour expliquer que l'exploitation de la fertilit&#233; ne soit pas d&#233;sastreuse en Europe, &#224; la diff&#233;rence des pays du nouveau monde : l'organisation coloniale - ou n&#233;o-coloniale - du pillage de la fertilit&#233; et des richesses du reste du monde au profit des europ&#233;ens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le transfert facile de la fertilit&#233; mondiale en Occident
&lt;br /&gt;Sir Albert Howard est loin d'&#234;tre timor&#233;, politiquement parlant. Il n'h&#233;site pas &#224; d&#233;noncer l'entreprise coloniale de l'Occident en termes crus :
&lt;br /&gt;&#171; L'exploitation de la fertilit&#233; est un transfert du &lt;em&gt;capital&lt;/em&gt; du pass&#233; et des possibilit&#233;s futures pour enrichir un pr&#233;sent malhonn&#234;te : c'est du banditisme pur et simple. Encore plus, il s'agit d'une forme particuli&#232;rement vil de banditisme puisqu'elle implique le vol des g&#233;n&#233;rations futures qui ne sont pas l&#224; pour se d&#233;fendre &#187; [&lt;a href='#nb4-25' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardening&#8230; (&#171; &#8230; it is a particularly mean form of (...)' id='nh4-25'&gt;25&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Howard s'attache &#224; expliquer que l'exploitation de la fertilit&#233; du monde peut se faire d'une fa&#231;on assez &#171; discr&#232;te &#187;. Ainsi, il avance qu'il &#171; n'est peut-&#234;tre pas compris sur quelles distances peut s'op&#233;rer le transfert de fertilit&#233; aujourd'hui &#187;. Ce dernier aspect serait une cons&#233;quence impr&#233;vue du vaste d&#233;veloppement des moyens de communication. Il n'est pas n&#233;cessaire &#224; l'agriculteur moderne de toucher &#224; la fertilit&#233; de sa ferme pour obtenir un bon revenu ; il a des moyens plus subtils entre les mains. Avant la Seconde Guerre mondiale, &#171; l'agriculteur t&#233;l&#233;phone &#187;, comme il a &#233;t&#233; appel&#233; parfois, selon Howard, pouvait simplement appeler son agent, et les quantit&#233;s dont il avait besoin d'aliments import&#233;s, de tourteaux de lins, ou autres, &#233;taient livr&#233;s par camion le lendemain matin. Il &#233;tait soutenu que les excr&#233;ments de ses animaux &#233;taient de cette fa&#231;on enrichis et que tous les champs qu'il daignait cultiver &#233;taient ainsi am&#233;lior&#233;s. Howard reconna&#238;t que c'est vrai. Mais il se demande aussi &#224; quoi cette d&#233;marche revient. Simplement, la fertilit&#233; accumul&#233;e de ces r&#233;gions lointaines de la Terre, qui ont produit les mati&#232;res premi&#232;res du tourteau de lin, &#171; est vol&#233;e en vue de soutenir un sol europ&#233;en fatigu&#233; &#187;. Le m&#234;me mauvais processus d'&#233;puisement est &#224; l'&#339;uvre, mais il se passe si loin qu'il peut &#234;tre temporairement ignor&#233;. Il est int&#233;ressant de relever qu'Howard prend l'exemple de l'agriculture danoise moderne pour illustrer son interpr&#233;tation. En effet, c'est justement cette m&#234;me agriculture danoise qui servira aux leaders du CNJA [&lt;a href='#nb4-26' class='spip_note' rel='footnote' title='Centre National des Jeunes Agriculteurs, une des organisations du (...)' id='nh4-26'&gt;26&lt;/a&gt;] pour b&#226;tir leur projet de modernisation de l'agriculture fran&#231;aise, un projet qui sera fortement repris dans les Lois d'Orientation Agricole de 1960 et 1962 [&lt;a href='#nb4-27' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur l'histoire du mod&#232;le agricole danois et son importation en France &#224; (...)' id='nh4-27'&gt;27&lt;/a&gt;]. Pour Howard, au contraire, cette agriculture capitaliste et industrielle est un anti-mod&#232;le qui conjugue de fa&#231;on n&#233;faste le pillage du monde et l'atteinte &#224; la sant&#233; et &#224; la qualit&#233; de vie de l'agriculteur et de sa famille :
&lt;br /&gt;&#171; L'ensemble de l'industrie laiti&#232;re du Danemark a &#233;t&#233; construite sur un tel syst&#232;me d'alimentation import&#233;e. L'agriculteur danois n'&#233;tait plus finalement agriculteur : il &#233;tait d&#233;vou&#233; &#224; un simple processus final, et ce qu'il avait mis sur pied &#233;tait une industrie de transformation [&lt;a href='#nb4-28' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; and what he built up was a conversion industry &#187;.' id='nh4-28'&gt;28&lt;/a&gt;]. C'est un &#233;tonnant &#233;clairage de ce sujet que de d&#233;couvrir qu'avant la seconde guerre mondiale l'agriculteur danois vendait fr&#233;quemment son bon beurre sur le march&#233; londonien et achetait la margarine &#224; bon march&#233; pour ses enfants. La poursuite du profit a envahi non seulement ses m&#233;thodes d'agriculture mais aussi son mode de vie, et a m&#234;me empi&#233;t&#233; sur la sant&#233; et le bien-&#234;tre de sa famille &#187; [&lt;a href='#nb4-29' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardening&#8230;' id='nh4-29'&gt;29&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Le transfert de la fertilit&#233; sur le compte courant n'a pas cess&#233; : l'&#233;rosion du sol et la charge de la maladie animale perdurent. Howard cite deux auteurs quant au rythme et &#224; l'&#233;chelle, inconnus jusque l&#224;, de l'&#233;rosion anthropique d'origine agricole : &#171; Two recent writers calculate that erosion is even now proceeding &#171; at a rate and on a scale unparalleled in history &#187; : between 1914 et 1934, they declare, more soil was lost to the world than in all the previous ages of mankind [&lt;a href='#nb4-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard s'appuie ici sur Jacks G.V. and Whyte R.O., The Rape of the Earth, (...)' id='nh4-30'&gt;30&lt;/a&gt;]. Et il ajoute, du c&#244;t&#233; de l'augmentation des maladies du b&#233;tail que &#171; a host of learned papers are evidence that new diseases of stock are being discovered day after day, baffling both farmer and veterinary surgeon &#187;.
&lt;br /&gt;Pour Howard, le &#171; rem&#232;de est simple &#187; : &#171; Nous devons regarder notre civilisation pr&#233;sente comme un ensemble et comprendre une fois pour toute le grand principe selon lequel les activit&#233;s de homo sapiens, qui ont cr&#233;&#233; l'&#226;ge de la machine dans lequel nous vivons maintenant, sont fond&#233;es sur une base tr&#232;s peu s&#251;re &#8211; &lt;em&gt;le surplus de nourriture rendu disponible par le pillage des r&#233;serves de la fertilit&#233; du sol qui ne sont pas n&#244;tres mais la propri&#233;t&#233; des g&#233;n&#233;rations qui viennent &#187;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb4-31' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardening&#8230; Je souligne. Remarquons que Howard fait (...)' id='nh4-31'&gt;31&lt;/a&gt;]. Howard cite enfin, longuement, les conclusions d'un article de H. R. Broadbent, dans lesquelles il retrouve bien son jugement sur notre soci&#233;t&#233; moderne [&lt;a href='#nb4-32' class='spip_note' rel='footnote' title='Il qualifie cet article de &#171; thougtful &#187; (profond).' id='nh4-32'&gt;32&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;&#171; Le monde entier est impliqu&#233;, directement ou indirectement, avec les USA et le Commonwealth britannique, dans l'usage des surplus des pays &#233;rod&#233;s. Cela nous a servi &#224; construire notre savoir d'ing&#233;nieur. Nos constructions, engins, et m&#233;canismes sont la manifestation mat&#233;rielle de cette consommation ; mais la fondation a &#233;t&#233; l'appauvrissement du sol [&lt;a href='#nb4-33' class='spip_note' rel='footnote' title='Il faut penser &#224; distinguer l'exploitation agricole et l'exploitation mini&#232;re (...)' id='nh4-33'&gt;33&lt;/a&gt;]. la nourriture &#233;tait bon march&#233; &#8211; les produits &#233;taient peu chers car la fertilit&#233; des pays &#233;tait n&#233;glig&#233;. Nous avons, en Angleterre, &#233;taient souvent embarrass&#233;s par l'arriv&#233;e de biens pas chers lorsqu'il &#233;tait connu que de hauts salaires &#233;taient pay&#233;s aux fabricants. Nous n'avons pas vu la terre qui a produit non seulement les nourritures pour ces fabricants, mais aussi la mati&#232;re organique dont elles proc&#232;dent&#8230; Nous n'avons pas vu que les sols n'absorbaient plus les pluies. Nous n'avons pas vu les temp&#234;tes de poussi&#232;re qui ont emport&#233; le meilleur des sols &#224; des centaines de miles de leur lieu d'origine. Quand nous regardons les grandes r&#233;alisations de la modernit&#233; occidentale, tels les grands chemins de fer des USA ou le m&#233;tro londonien, la production de masse des v&#234;tements, nous devons aussi regarder les terres d&#233;vast&#233;es qui ont fourni les surplus qui les ont rendu possibles [&lt;a href='#nb4-34' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette invitation &#224; un jugement &#233;quilibr&#233; sur les r&#233;alisations mat&#233;rielles de la (...)' id='nh4-34'&gt;34&lt;/a&gt;]. Ces r&#233;alisations &#224; laquelle nous attachons de la valeur ont &#233;t&#233;s construites sur un surplus d&#233;s&#233;quilibr&#233;, le capital non maintenu du sol. Aucun pays ne peut continuer ind&#233;finiment &#224; procurer de la nourriture et de la mati&#232;re &#224; un tel co&#251;t. Dans des conditions sociales normales, de paix, il faut des fondations stables. En cinquante ans les USA se sont retrouv&#233;s avec un quart de la fertilit&#233; qui se trouvait originellement sur leur territoire. A ce rythme, d'ici une centaine d'ann&#233;es le continent devrait &#234;tre transform&#233; en un autre Sahara &#187; [&lt;a href='#nb4-35' class='spip_note' rel='footnote' title='H. R. Broadbent cit&#233; in Howard A., ibid.' id='nh4-35'&gt;35&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;En conclusion, Sir Albert Howard resitue son analyse de la crise agricole de l'Occcident contemporain dans la perspective historique longue de la chute des civilisations : &#171; Peut-&#234;tre que Raymond Gram Swing, auquel fait ici r&#233;f&#233;rence Broadbent, &#224; propos de la situation am&#233;ricaine, pensait aux autres civilisations r&#233;duites en sable, avec les ruines d'anciens villages dans le d&#233;sert de Gobi, la Palestine, et la M&#233;sopotamie. Il pensait peut-&#234;tre aussi &#224; des r&#233;gions africaines d&#233;peupl&#233;es depuis les deux derniers si&#232;cles. Peut-&#234;tre se souvenait-il de la malaria survenue &#224; Rome et en Gr&#232;ce antique avec le d&#233;clin de leurs populations agricoles et leur perte de vigueur &#187; [&lt;a href='#nb4-36' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., ibid. Claude Bourguignon pense &#233;galement que la crise &#233;cologique (...)' id='nh4-36'&gt;36&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Ainsi, l'ambition de Sir Albert Howard ne se limite pas &#224; la production de recherches et travaux agronomiques. Il vise, &#224; travers le prisme privil&#233;gi&#233; de l'agriculture, une v&#233;ritable th&#233;orie du d&#233;veloppement. D'ailleurs, au cours de la seconde guerre mondiale, il proposera, sans succ&#232;s, ses services au gouvernement britannique pour mettre ses id&#233;es politiques en pratique. Une telle ambition demande, pour &#234;tre estim&#233;e &#224; sa juste valeur, d'&#234;tre compar&#233;e aux pens&#233;es politiques et &#233;conomiques qui ont pris en compte la sp&#233;cificit&#233; de l'articulation entre l'agriculture et l'argent. Nous en avons rep&#233;r&#233; deux qui nous semblent particuli&#232;rement &#233;clairantes : celle d'Aristote et celle de Quesnay. De plus, et parce que nous pensons qu'ils proposent deux interpr&#233;tations diff&#233;rentes mais compl&#233;mentaires de la physiocratie, nous conduirons cette mise en perspective &#233;conomique th&#233;orique conjointement avec Masanobu Fukuoka et Sir Albert Howard. Cependant, avant d'aborder cette mise en contexte dans la th&#233;orie &#233;conomique, consid&#233;rons un premier bilan de la vision d'ensemble des rapports entre agriculture et soci&#233;t&#233; selon Howard.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;A la base d'une agriculture et d'une soci&#233;t&#233; durables : l'entretien de la fertilit&#233;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Pour Sir Albert Howard, dans le processus de civilisation, l'agriculture est fondamentale. On peut comprendre ce point de vue de mani&#232;re tr&#232;s simple en reconnaissant qu'il faut bien avoir satisfait les besoins vivriers imm&#233;diats avant de pouvoir commercer d'&#233;ventuels exc&#233;dents de production.
&lt;br /&gt;Le commerce d'exc&#233;dents de la production agricole, a permis, du point de vue du producteur paysan, une entr&#233;e partielle dans l'&#233;conomie de march&#233;, synonyme d'acc&#232;s &#224; un meilleur niveau de confort mat&#233;riel gr&#226;ce &#224; l'achat de biens manufactur&#233;s. Du point de vue de la civilisation, le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie de march&#233; et l'apparition d'un capitalisme entreprenant forment un des facteurs clefs de l'av&#232;nement de la modernit&#233; occidentale, et de la R&#233;volution industrielle en particulier. La m&#233;diocrit&#233; g&#233;n&#233;rale de l'agriculture occidentale avant le XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle [&lt;a href='#nb4-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Verley P., Articles Stagnation de l'agriculture ancienne, p. 11-15 et (...)' id='nh4-37'&gt;37&lt;/a&gt;] fut un des obstacles importants &#224; une &#233;ventuelle r&#233;volution industrielle. L'intensification de la production permise par les progr&#232;s agricoles du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle d&#233;gage les surplus n&#233;cessaires et permet l'exode rural et l'alimentation d'une nouvelle population non agricole, qui constitue la main d'&#339;uvre des mines et manufactures. Cette seconde R&#233;volution agricole permet &#233;galement l'industrialisation en fournissant un apport nouveau de mati&#232;res premi&#232;res.
&lt;br /&gt;En tant que de nationalit&#233; anglaise, ayant fait des &#233;tudes sup&#233;rieures, et fils d'agriculteur, Howard s'appuie sur une connaissance de l'histoire. Il pense qu'un lien unit la seconde R&#233;volution agricole avec la premi&#232;re apparition de la R&#233;volution industrielle en Angleterre :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; A somewhat similar partnership between crops and live stock began to be firmly established in Great Britain when the defects of the manorial farming of the Middle Ages were made good by enclosure and the laying down of the exhausted open arable field to grass. This was consumed by great flocks of sheep which furnished the wool needed by the looms of Europe. Mixed farming developed : the Norfolk four-course system was devised and adopted all over the island. It was in full and successful operation on our farm in Shropshire in my early years &#187; [&lt;a href='#nb4-38' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., The Animal As Our Farming Partner, op. cit. S'agit-il ici du (...)' id='nh4-38'&gt;38&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec le d&#233;veloppement du syst&#232;me de la polyculture-&#233;levage et l'introduction g&#233;n&#233;ralis&#233;e des l&#233;gumineuses dans une rotation continue, la fertilit&#233; de la terre est maintenu malgr&#233; l'intensification de la production et la disparition de la jach&#232;re. Avant la R&#233;volution agricole du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la fertilit&#233; &#233;tait maintenue par l'assolement triennal. Dans ce syst&#232;me cultural ancien, la reconstitution de la fertilit&#233; s'op&#233;rait par la mise au repos, en jach&#232;re, chaque ann&#233;e, d'un tiers des parcelles du finage paroissial.
&lt;br /&gt;Pour Sir Albert Howard, &lt;em&gt;le ph&#233;nom&#232;ne qui fit entrer l'agriculture occidentale en crise n'est pas l'intensification permise par les innovations agronomiques du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle [&lt;a href='#nb4-39' class='spip_note' rel='footnote' title='Cependant, du point de vue social, le premier mouvement des enclosures (...)' id='nh4-39'&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. Les ph&#233;nom&#232;nes clefs sont &#224; chercher plus tard, du c&#244;t&#233; de l'application de la R&#233;volution industrielle &#224; l'agriculture. Le d&#233;veloppement de la chimie agricole entra&#238;ne celui de l'agrochimie : on commence &#224; pr&#233;tendre que les engrais min&#233;raux artificiels peuvent remplacer avantageusement la fumure animale et l'humus. En poussant &#224; la sp&#233;cialisation des exploitations en &#233;levage ou en cultures, ces nouveaux mod&#232;les agricoles cr&#233;ent soit des carences en fumure, soit des d&#233;pendances commerciales pour l'alimentation du cheptel. Dans le m&#234;me temps, on pousse &#224; consid&#233;rer la ferme d'abord sous l'angle de l'argent et des profits agricoles escomptables. C'est aussi dans ce m&#234;me mouvement que la m&#233;canisation est encourag&#233;e, et recherch&#233;e par les paysans eux-m&#234;mes, qui y voyent une possibilit&#233; de r&#233;duire temps et p&#233;nibilit&#233; de leurs travaux. C'est dans la combinaison de ces facteurs de l'industrialisation agricole que Sir Albert Howard voit la rupture du processus paysan traditionnel [&lt;a href='#nb4-40' class='spip_note' rel='footnote' title='Celui-ci assurait au moins l'entretien de sa condition de possibilit&#233;, la (...)' id='nh4-40'&gt;40&lt;/a&gt;] :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; On a consid&#233;r&#233; l'agriculture comme si elle &#233;tait une fabrique. On l'a consid&#233;r&#233; comme une entreprise et fait tr&#232;s attention pour qu'elle rapporte gros. Mais le but de l'agriculture se diff&#233;rencie beaucoup de celui de l'usine. Elle doit fournir de la nourriture pour que l'humanit&#233; puisse prosp&#233;rer et continuer &#187; [&lt;a href='#nb4-41' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 185.' id='nh4-41'&gt;41&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'une mani&#232;re globale, l'&#339;uvre d'Howard prend sa source dans la constatation du caract&#232;re d&#233;s&#233;quilibr&#233; des m&#233;thodes culturales diffus&#233;es avec de la mise en place de l'ordre capitaliste et industriel. Pour lui, et dans ce sens, la civilisation urbaine et industrielle qui se met en place sous ses yeux n'est pas viable, n'est pas durable. A contrario, Sir Albert Howard d&#233;finit positivement une th&#232;se sur le d&#233;veloppement durable des civilisations : une agriculture durable et une population en bonne sant&#233; sont les bases et les d&#233;terminants du d&#233;veloppement de la civilisation. Le &#171; principe essentiel &#187; est que &#171; la fertilit&#233; du sol conjugu&#233; avec les revendications l&#233;gitimes des populations rurales &#187; ne devrait jamais etre en conflit avec &#171; le comportement des capitalistes &#187;. Pour Howard , &#171; nous sommes &#224; nous-m&#234;me notre propre bien &#187; [&lt;a href='#nb4-42' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 206.' id='nh4-42'&gt;42&lt;/a&gt;]. Howard a le souci de l'homme et de la population. Il privil&#233;gie la satisfaction de la population rurale mais il se soucie aussi du peuple en g&#233;n&#233;ral, d&#233;plorant notamment que l'agrochimie capitaliste d&#233;truise non seulement la terre mais la sant&#233; des gens en g&#233;n&#233;ral, avec ses &#171; aliments mal venus &#187; [&lt;a href='#nb4-43' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 205.' id='nh4-43'&gt;43&lt;/a&gt;] :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La richesse la plus importante d'un pays est sa population. Si celle-ci conserve sant&#233; et force, tout le reste en d&#233;coule ; quand on la laisse d&#233;cliner, m&#234;me de grandes richesses ne peuvent sauver le pays d'une ruine d&#233;finitive. Il en r&#233;sulte que le soutien le plus solide du capital doit toujours etre une population agricole satisfaite et heureuse. Une harmonie aurait du s'&#233;tablir entre l'agriculture et les finances &#187; [&lt;a href='#nb4-44' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 09.' id='nh4-44'&gt;44&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard revient en plusieurs endroits sur sa th&#232;se &#171; sociale &#187; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une &#171; population rurale heureuse et satisfaite est le pilier le plus important pour la protection de notre patrie dans l'avenir. Un &#233;chec dans la recherche d'un compromis entre les besoins du peuple et de la finance ne peut finir que par la perte des deux &#187; [&lt;a href='#nb4-45' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 206.' id='nh4-45'&gt;45&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un cot&#233;, la sant&#233; de la terre, des paysans, et de la population en g&#233;n&#233;ral ; de l'autre la &lt;em&gt;finance&lt;/em&gt; , le &lt;em&gt;monde financier&lt;/em&gt; , les &#171; exigences du commerce et de l'industrie &#187; [&lt;a href='#nb4-46' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 09.' id='nh4-46'&gt;46&lt;/a&gt;] : Howard avance qu'il est n&#233;cessaire qu'il y ait entre les deux sph&#232;res une &#171; harmonie &#187;, un &#171; &#233;quilibre &#187; des exigences. Mais, finalement, il attribue un primat &#224; la sant&#233; de la terre et aux premiers &#171; besoins du peuple &#187; [&lt;a href='#nb4-47' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 206.' id='nh4-47'&gt;47&lt;/a&gt;] :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'alimentation nationale doit toujours occuper parmi les choses importantes la premi&#232;re place. Le syst&#232;me financier ne vient malgr&#233; tout qu'en second lieu &#187; [&lt;a href='#nb4-48' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 185.' id='nh4-48'&gt;48&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette th&#232;se appartient pour Howard aux &#171; v&#233;rit&#233;s &#233;l&#233;mentaires &#187; [&lt;a href='#nb4-49' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-49'&gt;49&lt;/a&gt;]. A partir de l&#224;, Howard appara&#238;t explicitement ne pas &#234;tre un lib&#233;ral, du point de vue &#233;conomique. Le sol et les hommes en bonne sant&#233; doivent &#234;tres pr&#233;serv&#233;s, prot&#233;g&#233;s. Le &#171; sol est le capital des nations, capital vrai, durable &#187; [&lt;a href='#nb4-50' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 204.' id='nh4-50'&gt;50&lt;/a&gt;] et nous sommes notre plus grand bien : &#171; Il sera n&#233;cessaire de prendre des mesures pour prot&#233;ger le pays des transactions du monde financier &#187; [&lt;a href='#nb4-51' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 206.' id='nh4-51'&gt;51&lt;/a&gt;]. Le d&#233;veloppement durable, selon Howard, exige une bonne dose de &lt;em&gt;protectionnisme.&lt;/em&gt;
&lt;br /&gt;Pour conclure ce paragraphe, nous allons voir comment Howard en vient finalement &#224; criminaliser le non respect du souci premier du maintien de la fertilit&#233; de la terre. Pour des pays comme l'Inde, o&#249; la population n'a que peu de capital mon&#233;taire, il prend en compte la protection du sol, mais aussi la protection sociale des paysans, pour rejeter les engrais min&#233;raux :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le cultivateur n'a pas les moyens d'acheter ces engrais [&#8230;]. En ajoutant ces corps, l'&#233;quilibre de la fertilit&#233;, (c'est-&#224;-dire la base m&#234;me de l'empire indien) serait mis en d&#233;sordre par suite des ph&#233;nom&#232;nes d'oxydation qui rongeraient le capital des Indes en faisant dispara&#238;tre la quantit&#233; d'humus n&#233;cessaire. Bien entendu, on enregistrerait de meilleures r&#233;coltes pendant quelques ann&#233;es, mais &#224; quel prix (diminution de la fertilit&#233;, diminution de la production, diminution de la qualit&#233;, maladie des plantes, maladies des b&#234;tes et des hommes et finalement les maladies du sol lui-m&#234;me, telles que l'&#233;rosion et un d&#233;sert de sol alcalins). Mettre &#224; la disposition des cultivateurs un pareil moyen passager pour l'augmentation des r&#233;coltes serait plus qu'une faute de jugement, ce serait un crime &#187; [&lt;a href='#nb4-52' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 197. Sir Albert Howard a d&#233;j&#224; constat&#233;, a son &#233;poque, que la (...)' id='nh4-52'&gt;52&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ici, Sir Albert Howard rejoint Karl Marx, qui note dans &lt;em&gt;Le Capital&lt;/em&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; chaque progr&#232;s de l'agriculture capitaliste est un progr&#232;s non seulement dans l'art d'exploiter le travailleur, mais encore dans l'art de d&#233;pouiller le sol ; chaque progr&#232;s dans l'art d'accro&#238;tre sa fertilit&#233; pour un temps, un progr&#232;s dans la ruine de ses sources durables de fertilit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4-53' class='spip_note' rel='footnote' title='Marx K., Le Capital, cit&#233; in Remarques sur l'agriculture g&#233;n&#233;tiquement (...)' id='nh4-53'&gt;53&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Occident, Sir Albert Howard accuse finalement la recherche agronomique moderne d'&#234;tre un instrument du &#171; banditisme &#187; capitaliste :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La recherche agronomique a &#233;t&#233; mesur&#233;e pour faire du paysan un bandit plus habile plut&#244;t qu'un producteur de meilleurs aliments. On lui a appris comment il peut acqu&#233;rir des avantages &lt;em&gt;au d&#233;triment de ses descendants&lt;/em&gt;, comment il peut faire de l'argent avec la fertilit&#233; du sol et les r&#233;serves de son b&#233;tail &#187; [&lt;a href='#nb4-54' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., op. cit., p. 185. Je souligne la r&#233;f&#233;rence aux g&#233;n&#233;rations (...)' id='nh4-54'&gt;54&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a transform&#233; les paysans en &#171; individualistes forcen&#233;s, [en] bandits de l'agriculture, dont la soif torturante de gains est la cause de ces calamit&#233;s &#187;. Howard renvoie ainsi la disparition de la terre &#224; l'&#233;chec de la politique agricole, et donc &#224; la responsabilit&#233; de chacun, et peut-&#234;tre, particuli&#232;rement, &#224; la domination de l'argent dans les moeurs et modes de vie modernes en g&#233;n&#233;ral : l'&#233;rosion du sol &#171; n'est rien d'autre que le signe visible de l'&#233;chec complet de la politique agricole. La cause de cet &#233;chec, c'est en nous-m&#234;mes qu'il faut la chercher &#187; [&lt;a href='#nb4-55' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 139.' id='nh4-55'&gt;55&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;L'agriculture qui a r&#233;sult&#233; de la R&#233;volution industrielle et capitaliste menace les fondements et donc la viabilit&#233; de la civilisation occidentale. L'agriculture capitaliste a impr&#233;gn&#233; les esprits et les comportements, la terre a comme cess&#233; d'&#234;tre une ressource vitale [&lt;a href='#nb4-56' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Remarques sur l'agriculture g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;e et la d&#233;gradation des (...)' id='nh4-56'&gt;56&lt;/a&gt;]. Face &#224; cette d&#233;cadence, Howard veut rappeler qu'un syst&#232;me d'agriculture durable est la condition d'un d&#233;veloppement durable de l'ensemble d'une civilisation. Il sait qu'il faut r&#233;g&#233;n&#233;rer l'agriculture, et qu'il s'agit-l&#224; &lt;em&gt;plus que d'un effort de&lt;/em&gt; &lt;em&gt;sagesse&lt;/em&gt;. Il affirme religieusement qu'il s'agit d'un &#171; &lt;em&gt;devoir sacr&#233;&lt;/em&gt; &#187; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Quand viendra le temps d'une r&#233;g&#233;n&#233;ration de l'agriculture, l'humanit&#233; aura peut-&#234;tre appris la grande le&#231;on : le gain omnipuissant doit &#234;tre &lt;em&gt;soumis au devoir sacr&#233; de transmettre &#224; la prochaine g&#233;n&#233;ration l'h&#233;ritage d'un sol f&#233;cond non diminu&#233;&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-57' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., ibid., p. 139. Je souligne.' id='nh4-57'&gt;57&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On lit ici que Sir Albert Howard donne un contenu &#224; la fois plus pratique et plus imp&#233;ratif au &#171; droit des g&#233;n&#233;rations futures &#187;, une des dimensions clefs du concept contemporain de &#171; d&#233;veloppement durable &#187;. Mais les institutions la&#239;ques et les mentalit&#233;s modernes, individualistes, et relativistes, peuvent-elles encore entendre, dans les appels contemporains au d&#233;veloppement durable, le sacr&#233; qu'elles ont d&#233;ni&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Venons en maintenant &#224; des r&#233;flexions forts anciennes, qui nous montreront que la conscience d'une articulation &#224; surveiller entre &#171; l'&#233;conomie de besoins &#187; et &#171; l'&#233;conomie d'acquisition &#187; [&lt;a href='#nb4-58' class='spip_note' rel='footnote' title='Mumford L., Technique et civilisation, Seuil, 415 p., p. 31.' id='nh4-58'&gt;58&lt;/a&gt;] n'est pas n&#233;e d'hier. L'agriculture semble au c&#339;ur de ce probl&#232;me : les r&#233;flexions &#233;conomiques &#233;mises par Howard et Masanobu Fukuoka au XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle n'en prennent que plus de poids.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;La nature, la richesse, et l'argent. Masanobu Fukuoka sous l'&#233;clairage d'Aristote&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'argent en question chez Masanobu Fukuoka&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Comme le notait Paul Ric&#339;ur, il est &#171; peu probable qu'aucun d'entre nous soit au clair quant &#224; ses rapports avec l'argent &#187; [&lt;a href='#nb4-59' class='spip_note' rel='footnote' title='Ric&#339;ur P., D'un soup&#231;on &#224; l'autre, in Spire A., L'argent, Pour une (...)' id='nh4-59'&gt;59&lt;/a&gt;]. Masanobu Fukuoka offre l'exemple d'une position radicale de rejet de l'importance de l'argent dans la vie agricole et l'&#233;conomie des soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral. Dans le passage ci-dessous, il tente de d&#233;fendre l'id&#233;e d'une inutilit&#233; de l'argent et des prix pour les agriculteurs qui suivraient sa m&#233;thode :
&lt;br /&gt;&#171; Lorsque je d&#233;clare qu'il n'est pas n&#233;cessaire d'&#233;valuer les produits de la ferme, je veux dire que, qu'ils aient ou non un prix ne fait pas de diff&#233;rence pour le paysan qui se consacre &#224; l'agriculture naturelle. Du fait qu'il n'utilise pas de produits chimiques et ne prend pas en compte dans ses d&#233;penses le travail effectu&#233; par lui et sa famille, ses co&#251;ts de production sont nuls. Si tous les agriculteurs du monde voyaient les choses de cette mani&#232;re, les prix &#224; la production s'&#233;tabliraient partout au m&#234;me niveau et seraient d&#233;sormais inutiles [&lt;a href='#nb4-60' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette affirmation me semble &#234;tre la plus faible de ce passage. L'id&#233;e que les (...)' id='nh4-60'&gt;60&lt;/a&gt;]. Les prix sont une invention de l'homme ; ils n'existent pas dans la nature. A l'origine, la nature &#233;tait libre, non-discriminante et &#233;quitable. &lt;em&gt;Rien n'a moins de rapport avec les produits de la nature que l'argent&lt;/em&gt;. Le prix du riz japonais, du riz tha&#239;landais, et le prix que donne le producteur au riz devraient tous &#234;tres les m&#234;mes. [&#8230;] A quoi cela rime-t-il d'importer des oranges des Etats-Unis et d'y exporter des mandarines ? Les habitants de chaque pays n'ont besoin [&lt;a href='#nb4-61' class='spip_note' rel='footnote' title='Il s'agit l&#224; du th&#232;me de r&#233;flexion &#233;cologique et moral concernant la diff&#233;rence (...)' id='nh4-61'&gt;61&lt;/a&gt;] que des produits qui poussent &#224; la port&#233;e de leur main et devraient s'en satisfaire [&lt;a href='#nb4-62' class='spip_note' rel='footnote' title='A moins qu'il ne parle dans le contexte du succ&#232;s mondial de son agriculture (...)' id='nh4-62'&gt;62&lt;/a&gt;]. &lt;em&gt;Ce qui s'est produit, c'est qu'une &#233;conomie rendue folle par l'argent&lt;/em&gt; a donn&#233; naissance &#224; une comp&#233;tition insens&#233;e dans le domaine de la production alimentaire et sem&#233; le chaos parmi les pratiques alimentaires &#187; [&lt;a href='#nb4-63' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 304. Je souligne.' id='nh4-63'&gt;63&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Fukuoka d&#233;nonce, dans le commerce mondialis&#233; actuel des denr&#233;es agricoles, une comp&#233;tition destructrice via la perversion des prix agricoles et un bouleversement des pratiques alimentaires. Il propose aux producteurs, comme alternative, de ne pas entrer, ou d'entrer vraiment &#224; minima dans l'agriculture commerciale. Pour ce faire, il rappelle que son syst&#232;me agronomique minimise les intrants ext&#233;rieurs &#224; acheter. Il appelle aussi &#224; ne pas &#233;valuer financi&#232;rement le travail individuel et familial de l'agriculteur, ce qui, notons-le, renvoie aux conditions sociales agricoles pr&#233;-modernes. De la sorte, les prix propos&#233;s aux acheteurs pourront &#234;tres les plus bas possibles. Mais cela implique que l'agriculteur ne veuille pas s'enrichir p&#233;cuniairement. Fukuoka, comme agriculteur naturel, s'inscrit dans une philosophie de la pauvret&#233; choisie, car la nature et l'argent seraient antinomiques. L'argent en soi serait la cause de la ruine des hommes et des soci&#233;t&#233;s via le d&#233;tournement de l'attention de l'essentiel et la transformation de la dimension &#233;conomique des cultures en folie. Si l'en est ainsi, l'&#233;conomie mon&#233;taire doit &#234;tre rel&#233;gu&#233;e &#224; la derni&#232;re place de l'&#233;conomie [&lt;a href='#nb4-64' class='spip_note' rel='footnote' title='L'&#233;conomie fukuokienne serait bouddhique, centr&#233;e sur Mu, principe d&#233;fini (...)' id='nh4-64'&gt;64&lt;/a&gt;] :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les &lt;em&gt;produits agricoles obtenus par l'agriculture naturelle devraient &#234;tre &#233;valu&#233;s sur la base d'une &#233;conomie naturelle, et non pas d'une &#233;conomie mon&#233;taire&lt;/em&gt;. Pour qu'il en soit ainsi, il est n&#233;cessaire qu'un syst&#232;me d'&#233;conomie fond&#233;e sur Mu soit mis au point. Cr&#233;er une &#233;conomie de Mu exigera que nous nous d&#233;barrassions d'un syst&#232;me de valeurs erron&#233; et que nous retrouvions la valeur originelle et v&#233;ritable de l'agriculture. De plus, l'agriculture naturelle de Mu doit &#234;tre soutenue et rendue effective par une &#233;conomie et un gouvernement eux aussi fond&#233;s sur Mu.
&lt;br /&gt;Dans un pays o&#249; chacun exploite une petite ferme, les circonstances peuvent exiger qu'il y ait une organisation, partage des r&#233;coltes sur une base contractuelle, culture par coop&#233;ration mutuelle, et m&#234;me &lt;em&gt;certains &#233;changes commerciaux &lt;/em&gt;de produits de la ferme cultiv&#233;s de fa&#231;on naturelle, bien que cela doive se limiter &#224; l'&#233;change occasionnel de surplus, &#224; petite &#233;chelle, sur des march&#233;s de plein air &#187; [&lt;a href='#nb4-65' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, p. 305. Je souligne.' id='nh4-65'&gt;65&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces id&#233;es sont-elles propres &#224; Masanobu Fukuoka, en ce qui concerne l'histoire agrobiologique ? Non. En effet, l'ambigu&#239;t&#233; de l'argent a &#233;t&#233; soulign&#233;e par les autres fondateurs de l'agriculture biologique. En tant qu'occidentaux, ils n'ont pas fait appel au bouddhisme pour d&#233;m&#234;ler le probl&#232;me mon&#233;taire de l'&#233;conomie. Mais il semble que tous partagent une attitude commune, au-del&#224; des particularismes d'inspiration religieuse, de d&#233;fiance vis &#224; vis de l'argent incontr&#244;l&#233;. Masanobu Fukuoka, en proposant presque la sortie de l'&#233;conomie mon&#233;taire, semble le plus radical. Fort de ces observations, et en nous situant maintenant dans le champ de la critique sociale en g&#233;n&#233;ral, nous allons esquisser une remise en contexte philosophique de la question de l'argent dans l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Economie domestique et &#233;conomie mon&#233;taire&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans un livre classique, Karl Polanyi rend un bel hommage &#224; Aristote, parce que ce philosophe aurait donn&#233; une des clefs fondamentales de la compr&#233;hension de l'&#233;conomie : &#171; la fameuse distinction qu'il observe dans le chapitre introductif de sa &lt;em&gt;Politique&lt;/em&gt;, entre l'administration domestique proprement dite et l'acquisition de l'argent ou chr&#233;matistique, est probablement l'indication la plus proph&#233;tique qui ait jamais &#233;t&#233; donn&#233;e dans le domaine des sciences sociales ; encore aujourd'hui, c'est certainement la meilleure analyse du sujet dont nous disposions &#187; [&lt;a href='#nb4-66' class='spip_note' rel='footnote' title='Polanyi, K., La Grande Transformation, Aux origines politiques et (...)' id='nh4-66'&gt;66&lt;/a&gt;]. L'approche de l'&#233;conomie selon Aristote s'ins&#232;re de fa&#231;on secondaire dans le d&#233;but de la &lt;em&gt;Politique&lt;/em&gt;. Pour &#234;tre correctement comprise, elle pr&#233;suppose de saisir ce qu'est la cit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La cit&#233; et l'&#233;panouissement de l'homme chez Aristote
&lt;br /&gt;Avec les trois extraits suivants tir&#233;s du Livre I de la &lt;em&gt;Politique&lt;/em&gt;, nous allons faire connaissance avec les notions de cit&#233;, d'autarcie, de finalisme, et d'animal politique :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La communaut&#233; n&#233;e de plusieurs villages est la cit&#233;, parfaite, atteignant d&#233;sormais, pour ainsi dire, le niveau de l'autarcie compl&#232;te : se formant pour permettre de vivre, elle existe pour permettre de vivre bien. C'est pourquoi toute cit&#233; existe par nature, tout comme les premi&#232;res communaut&#233;s : elle est, en effet, leur fin, or la nature d'une chose, c'est sa fin ; ce qu'est chaque chose, une fois sa croissance achev&#233;e, c'est cela que nous appelons la nature de chaque chose [&#8230;]. De plus, la cause finale et la fin, c'est ce qu'il y a de meilleur ; or se suffire &#224; soi-m&#234;me (l'autarcie) est &#224; la fois une fin et ce qu'il y a de meilleur. D'apr&#232;s ces consid&#233;rations, il est &#233;vident que la cit&#233; est une r&#233;alit&#233; naturelle et que l'homme est par nature un &#234;tre destin&#233; &#224; vivre en cit&#233; (animal politique) ; celui qui est sans cit&#233; est, par nature et non par hasard, un &#234;tre ou d&#233;grad&#233; ou sup&#233;rieur &#224; l'homme : il est comme celui &#224; qui Hom&#232;re reproche de n'avoir &#171; ni clan, ni loi, ni foyer &#187; [&lt;a href='#nb4-67' class='spip_note' rel='footnote' title='Aristote, Politique, Livre I, 2, 8-9 (Edition Gallimard, Collection Tel, (...)' id='nh4-67'&gt;67&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce premier passage, nous comprenons d'abord que la cit&#233; est un rassemblement de plusieurs villages. Ce rassemblement a pour but de permettre aux habitants d'atteindre &#224; la vie bonne, c'est-&#224;-dire de fournir les moyens, les infrastructures (biblioth&#232;ques, &#233;coles, places publiques&#8230;) qui donneront aux citoyens les conditions de possibilit&#233; de l'autarcie. L'autarcie est une id&#233;e qui n'a pas forc&#233;ment un sens positif aujourd'hui. Mais pour Aristote, elle d&#233;signe le rassemblement des conditions mat&#233;rielles et culturelles permettant &#224; un homme ou &#224; une femme de s'&#233;panouir int&#233;gralement, autrement dit d'atteindre sa fin. Il s'agit donc d'une id&#233;e tr&#232;s positive.
&lt;br /&gt;Avec l'id&#233;e de l'&#233;panouissement int&#233;gral de l'&#234;tre humain, nous venons d'introduire au finalisme aristot&#233;licien. Aristote consid&#232;re qu'il y a &#233;quivalence de sens entre la &#171; nature &#187; et la &#171; finalit&#233; &#187; d'une chose. Appliqu&#233;e &#224; la cit&#233;, aux premi&#232;res communaut&#233;s humaines de l'histoire, et &#224; l'&#234;tre humain, cette approche permet de comprendre ce que sont les choses ou les &#234;tres en fonction de leur but ou du terme de leur &#233;panouissement ou croissance. Devant telle ou telle r&#233;alit&#233; qui s'offre &#224; l'observation, celui qui veut conna&#238;tre l'identit&#233; de celle-ci posera la question : quelle est sa fin ? [&lt;a href='#nb4-68' class='spip_note' rel='footnote' title='En termes plus contemporains, mais sans doute plus restrictifs, on (...)' id='nh4-68'&gt;68&lt;/a&gt;]
&lt;br /&gt;En tant que regroupement d'humains, la cit&#233; r&#233;pond &#224; un besoin humain. Aristote distingue chez l'homme les besoins primaires et les besoins sp&#233;cifiquement humains. Les premiers renvoient aux besoins physiologiques, qu'il partage avec les autres &#234;tres vivants. Les seconds renvoient aux appels de la vie int&#233;rieure, au besoin pour l'homme de comprendre les choses, de construire un monde &#224; son image, de partager avec ses semblables la qu&#234;te du sens qui l'habite. Quand Aristote parle de &#171; vivre &#187;, il indique les besoins primaires, pour lesquels l'entraide permise par le regroupement d'hommes et de famille facilite la t&#226;che. Quand il parle du &#171; vivre bien &#187;, il indique que la cit&#233; doit son d&#233;veloppement au fait qu'elle permet &#224; la culture des hommes d'avancer. Cette articulation, propre &#224; l'homme, est r&#233;sum&#233;e par le concept d'&lt;em&gt;animal politique&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb4-69' class='spip_note' rel='footnote' title='Rappelons que la racine grecque &#171; polis &#187;, dans le mot politique, veut dire &#171; (...)' id='nh4-69'&gt;69&lt;/a&gt;]. Pour Aristote, l'humanisation de l'homme passe par cet approfondissement culturel permis par la cit&#233; :
&lt;br /&gt;&#171; Comme nous le disons, en effet, la nature ne fait rien en vain [&lt;a href='#nb4-70' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette th&#232;se c&#233;l&#232;bre est l'expression au niveau le plus g&#233;n&#233;ral du finalisme (...)' id='nh4-70'&gt;70&lt;/a&gt;] ; or seul d'entre les animaux l'homme a la parole. Sans doute les sons de la voix (phon&#232;) expriment-ils la douleur et le plaisir ; aussi la trouve-t-on chez les animaux en g&#233;n&#233;ral [&#8230;]. Mais la parole (logos), elle, est faite pour exprimer l'utile et le nuisible et par suite aussi le juste et l'injuste. Tel est, en effet, le caract&#232;re distinctif de l'homme en face de tous les autres animaux : seul il per&#231;oit le bien et le mal, le juste et l'injuste, et les autres valeurs ; or c'est la possession commune de ces valeurs qui fait la famille et la cit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4-71' class='spip_note' rel='footnote' title='Politique, I, 2, 10-12.' id='nh4-71'&gt;71&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Pour terminer cette pr&#233;sentation succincte de la cit&#233; aristot&#233;licienne, notons cet autre passage c&#233;l&#232;bre o&#249; l'auteur &#233;carte la possibilit&#233; de l'accomplissement humain solitaire et consid&#232;re que l'homme normal ne peut pas atteindre son complet &#233;panouissement hors de la cit&#233; :
&lt;br /&gt;&#171; Ainsi donc, il est &#233;vident que la cit&#233; existe par nature et qu'elle est ant&#233;rieure &#224; chaque individu ; en effet, si chacun isol&#233;ment ne peut se suffire &#224; lui-m&#234;me, il sera dans le m&#234;me &#233;tat qu'en g&#233;n&#233;ral une partie &#224; l'&#233;gard du tout ; l'homme qui ne peut pas vivre en communaut&#233; ou qui n'en a nul besoin, parce qu'il se suffit &#224; lui-m&#234;me, ne fait point partie de la cit&#233; : d&#232;s lors, c'est un monstre ou un dieu &#187; [&lt;a href='#nb4-72' class='spip_note' rel='footnote' title='Politique, I, 2, 14.' id='nh4-72'&gt;72&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Une fois la cit&#233; comprise, Aristote consacre quelques pages &#224; ce qui lui semble &#234;tre sage pour pourvoir aux besoins primaires de l'homme : &#171; Maintenant que l'on sait clairement de quels &#233;l&#233;ments la cit&#233; est constitu&#233;e, il faut parler d'abord de l'administration de la maison (&#233;conomie) [&#8230;] &#187; [&lt;a href='#nb4-73' class='spip_note' rel='footnote' title='Politique, I, 3, 1.' id='nh4-73'&gt;73&lt;/a&gt;]. En effet, sans &#171; les ressources indispensables il est impossibles et de &lt;em&gt;vivre&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;vivre bien&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-74' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., I, 4, 1. Cf. aussi I, 8, 4.' id='nh4-74'&gt;74&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De l'&#233;conomie domestique, sens premier de l'&#233;conomie, aux dangers de la mon&#233;tarisation de la soci&#233;t&#233;
&lt;br /&gt;Chez Aristote, l'agriculture n'est pas loin de l'&#233;conomie, car c'est l'agriculture qui nourrit la maison [&lt;a href='#nb4-75' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans le mot &#233;conomie, &#171; &#233;co &#187; renvoie au grec &#171; o&#239;kos &#187; qui signifie la maison, (...)' id='nh4-75'&gt;75&lt;/a&gt;]. Nous pourrions ainsi commencer en reprenant H&#233;siode qui a dit, avec raison selon Aristote, &#171; Ayez d'abord maison, femme et b&#339;uf de labour &#187; [&lt;a href='#nb4-76' class='spip_note' rel='footnote' title='Politique, I, 2, 5.' id='nh4-76'&gt;76&lt;/a&gt;]. L'alimentation, par la p&#234;che, la chasse, l'&#233;levage ou l'agriculture constitue &#171; un mode d'acquisition qui, par nature, fait partie de l'&#233;conomie domestique : [&#8230;] il s'agit, en effet, de la mise en r&#233;serve de ces biens indispensables &#224; la vie et utiles &#224; la communaut&#233; d'une cit&#233; ou d'une famille &#187; [&lt;a href='#nb4-77' class='spip_note' rel='footnote' title='Politique, I, 8, 13.' id='nh4-77'&gt;77&lt;/a&gt;]. Aristote place le travail agricole et l'&#233;conomie domestique &#224; la base de la vie bonne. Il appelle l'organisation de ce travail domestique, en vue de satisfaire les besoins primaires, &lt;em&gt;l'art d'acquisition&lt;/em&gt;. L'art d'acquisition &#171; a, de l'avis de tous, pour premier objet les fruits de la terre et les animaux &#187; [&lt;a href='#nb4-78' class='spip_note' rel='footnote' title='Politique, I, 10, 4.' id='nh4-78'&gt;78&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Mais que penser de l'acquisition de biens ne concernant pas ces besoins de base ? Nous en arrivons &#224; la distinction, fondamentale mais sensiblement oubli&#233;e, distinction relev&#233;e par le stagirite entre l'&#233;conomie et la chr&#233;matistique. Aristote pose le probl&#232;me de l'enrichissement et reconna&#238;t qu'il s'agit d'une question difficile :
&lt;br /&gt;&#171; En premier lieu, on peut se demander si l'art d'acqu&#233;rir la richesse (chr&#233;matistique) est identique &#224; celui de l'administration de la maison (&#233;conomique) ou s'il en est une partie ou l'auxiliaire [&#8230;].
&lt;br /&gt;On voit clairement que l'&#233;conomique n'est pas identique &#224; la chr&#233;matistique ; de l'une rel&#232;ve l'acquisition, de l'autre l'utilisation ; quel art, en effet, utilisera les biens de la maison ; quel art, en effet, utilisera les biens de la maison, si ce n'est l'administration domestique ? L'art d'acquisition est-il une partie de cette administration ou est-il d'une esp&#232;ce diff&#233;rente ? C'est l&#224; encore une question d&#233;battue &#187; [&lt;a href='#nb4-79' class='spip_note' rel='footnote' title='Politique, I, 8, 1-2.' id='nh4-79'&gt;79&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Il repose la question un peu plus loin en notant qu'elle concerne aussi bien le ma&#238;tre de maison que l'homme d'Etat [&lt;a href='#nb4-80' class='spip_note' rel='footnote' title='Et tout aussi bien le responsable de communaut&#233; ou les gouvernants de la (...)' id='nh4-80'&gt;80&lt;/a&gt;] : L'art d'acqu&#233;rir des biens &#171; est-il ou non l'affaire du ma&#238;tre de maison et de l'homme d'Etat ? &#187; [&lt;a href='#nb4-81' class='spip_note' rel='footnote' title='Politique, I, 10, 1.' id='nh4-81'&gt;81&lt;/a&gt;] Aristote relie cette probl&#233;matique &#224; l'&#233;volution historique de la vie quotidienne des habitants de la cit&#233;. Le probl&#232;me de l'enrichissement est li&#233; &#224; l'augmentation des &#233;changes ext&#233;rieurs et &#224; l'apparition cons&#233;cutive de la monnaie dans la vie de la cit&#233;. Les bases de l'autarcie de la cit&#233; aristot&#233;licienne sont menac&#233;es par le d&#233;veloppement commercial et financier :
&lt;br /&gt;&#171; Quand l'aide &#233;trang&#232;re devint plus importante par l'importation de ce dont on manquait et l'exportation de qu'on avait en surplus, l'usage de la monnaie s'introduisit comme une n&#233;cessit&#233;. [&#8230;] Une fois la monnaie invent&#233;e par suite des n&#233;cessit&#233;s de l'&#233;change, apparut l'autre forme de l'art d'acquisition, le commerce de d&#233;tail, pratiqu&#233; d'abord d'une mani&#232;re fort simple, et ensuite, gr&#226;ce &#224; l'exp&#233;rience, avec une technique d&#233;j&#224; plus pouss&#233;e qui rechercha les sources et les modes d'&#233;change en vue de faire les plus gros profits &#187; [&lt;a href='#nb4-82' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid, I, 9, 7-9.' id='nh4-82'&gt;82&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Aristote note alors, d'une part, que les richesses qui sont ici en question ne sont pas les m&#234;mes que celles de l'&#233;conomie domestique, et d'autre part, qu'il y a une tendance difficilement contr&#244;lable &#224; l'enrichissement illimit&#233; chez ceux qui se lancent dans les affaires avec succ&#232;s :
&lt;br /&gt;&#171; Mais l'&#233;conomie domestique, qui n'est pas cet art d'acquisition, a une limite, car l'objet de l'&#233;conomie domestique n'est pas ce genre de richesse. Ainsi, &#224; consid&#233;rer la question sous cet angle, il para&#238;t n&#233;cessaire qu'il y ait une limite &#224; toute forme de richesse, mais nous voyons le contraire se produire dans les faits : tous les gens d'affaires accroissent ind&#233;finiment leur richesse en esp&#232;ces monnay&#233;es &#187;. (&#167; IX)
&lt;br /&gt;Le philosophe ouvre alors l'argumentation qui va lui permettre de situer, d'abord, la v&#233;ritable richesse dans les biens domestiques et n&#233;cessaires, dont les besoins sont mesur&#233;s, et de mettre, ensuite, en garde par rapport &#224; ceux qui pr&#234;cheraient l'enrichissement mon&#233;taire illimit&#233; :
&lt;br /&gt;&#171; Si l'on place souvent la richesse dans l'abondance de la monnaie, c'est parce que cette abondance est le but de l'art d'acquisition et du commerce de d&#233;tail. Au contraire, certains regardent la monnaie comme bagatelle et pure convention l&#233;gale, sans fondement dans la nature, puisqu'un changement de conventions parmi ceux qui s'en servent lui &#244;te toute valeur et toute utilit&#233; pour se procurer l'indispensable ; souvent tel homme riche d'argent manquera de la nourriture n&#233;cessaire ; vraiment &#233;trange, cette richesse dont l'abondance m&#234;me laisse mourir de faim, comme ce Midas de la fable, dont le v&#339;u exauc&#233; changeait en or tout ce qu'on lui pr&#233;sentait &#187;. (&#167; IX)
&lt;br /&gt;Aristote, en discernant bien le probl&#232;me de la subsistance, met en lumi&#232;re un ordre dans les besoins. Les besoins primaires, dont fait partie la &#171; nourriture n&#233;cessaire &#187; ont, dans cet ordre, la priorit&#233;. Il faut, pour la philosophie grecque, que les institutions humaines aient un ordre pour &#234;tre en conformit&#233; avec la nature, consid&#233;r&#233;e comme ordonn&#233;e. La culture grecque antique, en consonance avec sa r&#233;f&#233;rence &#224; la nature comme cosmos [&lt;a href='#nb4-83' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ce point, voir Brague R., La sagesse du monde, Histoire de l'exp&#233;rience (...)' id='nh4-83'&gt;83&lt;/a&gt;], a horreur de la d&#233;mesure qu'elle assimile &#224; l'&lt;em&gt;hubris&lt;/em&gt;, au chaos. Aristote utilise cet argument pour affiner sa distinction dans la v&#233;ritable nature de la richesse et rejeter la position de Solon : l'agriculture et les modes de vie de simple pr&#233;dation [&lt;a href='#nb4-84' class='spip_note' rel='footnote' title='Quoiqu'il convienne que l'agriculture est le mode de vie le plus r&#233;pandu, (...)' id='nh4-84'&gt;84&lt;/a&gt;] constituent &#171; un mode d'acquisition qui, par nature, fait partie de l'&#233;conomie domestique : [&#8230;] il s'agit, en effet, de la mise en r&#233;serve de ces biens indispensables &#224; la vie et utiles &#224; la communaut&#233; d'une cit&#233; ou d'une famille. Ces biens m&#234;mes paraissent constituer la v&#233;ritable richesse. Car la quantit&#233; de ces biens suffisante pour vivre bien n'est pas illimit&#233;e comme Solon le pr&#233;tend dans ce vers :
&lt;br /&gt;&#171; Nul terme de richesse aux hommes n'est prescrit &#187; &#187; [&lt;a href='#nb4-85' class='spip_note' rel='footnote' title='Politique, I, 8, 13.' id='nh4-85'&gt;85&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Aristote a critiqu&#233; l'enrichissement mon&#233;taire, le profit autrement dit. La suite logique de son raisonnement le m&#232;ne &#224; prendre position contre un autre usage de la monnaie, plus &#233;loign&#233;, encore, que le commerce visant le profit, de la sph&#232;re l&#233;gitime qu'il a assign&#233; &#224; la monnaie, &#224; savoir celle des n&#233;cessit&#233;s de la subsistance autarcique, qu'un commerce mod&#233;r&#233; sert &#224; compl&#233;ter. Apr&#232;s la critique de la volont&#233; de faire de l'argent sans limite avec le commerce, vient celle de la volont&#233; de faire de l'argent &lt;em&gt;avec l'argent lui m&#234;me&lt;/em&gt;. Pour Aristote, c'est pire. Il proc&#232;de &#224; une d&#233;nonciation de l'usure ou pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, comme exemple de la perversion entra&#238;n&#233;e par l'enrichissement mon&#233;taire incontr&#244;l&#233; :
&lt;br /&gt;&#171; [L'art d'acquisition], comme nous l'avons dit, a deux formes : l'activit&#233; commerciale et l'&#233;conomie domestique. Celle-ci est n&#233;cessaire et louable, celle-l&#224; est une forme d'&#233;change bl&#226;m&#233;e &#224; juste titre (elle n'est pas naturelle, mais pratiqu&#233;e par les uns aux d&#233;pens des autres). Aussi a-t-on parfaitement raison d'ex&#233;crer le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, parce que alors les gains acquis proviennent de la monnaie elle-m&#234;me et non plus de pour quoi on l'institua. La monnaie n'a &#233;t&#233; faite qu'en vue de l'&#233;change ; l'int&#233;r&#234;t, au contraire, multiplie cet argent m&#234;me ; c'est de l&#224; qu'il a pris son nom (tokos), parce que les &#234;tres produits sont semblables &#224; leurs parents, et l'int&#233;r&#234;t est de l'argent d'argent ; aussi l'usure est-elle de tous les modes d'acquisition le plus contraire &#224; la nature &#187; [&lt;a href='#nb4-86' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., I, 10, 4-5.' id='nh4-86'&gt;86&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Or, l'usure ou pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t est un des moteurs essentiels, sinon le moteur fondamental du d&#233;veloppement du capitalisme. La question du contr&#244;le des libert&#233;s mon&#233;taires a donc re&#231;u des r&#233;ponses diverses au cours de notre histoire. Masanobu Fukuoka semble d&#233;fendre une position proche de celles des anciens, et d'Aristote en particulier [&lt;a href='#nb4-87' class='spip_note' rel='footnote' title='Il faudrait revenir sur l'id&#233;e d'une limitation de la taille des villes, (...)' id='nh4-87'&gt;87&lt;/a&gt;]. Mais nous allons voir maintenant qu'il pense &#233;galement &#234;tre proche des fondateurs de l'&#233;conomie politique moderne, les physiocrates. Comme Sir Albert Howard pr&#233;sente &#233;galement de nombreuses id&#233;es proches des options de ce courant, nous les &#233;tudierons ensemble.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Agriculture biologique et physiocratie : proximit&#233;s et distances chez Masanobu Fukuoka et Albert Howard&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Dans la premi&#232;re partie de &lt;em&gt;L'agriculture naturelle&lt;/em&gt;, intitul&#233;e &lt;em&gt;Une agriculture vici&#233;e dans un &#226;ge malade&lt;/em&gt;, Masanobu Fukuoka inscrit son approche &#233;conomique dans celle du courant physiocrate. De son c&#244;t&#233;, Albert Howard, bien qu'il n'emploie pas nomm&#233;ment le terme de physiocratie, esquisse une analyse sociale et &#233;conomique de l'histoire romaine o&#249; il r&#233;v&#232;le un point de vue ayant des proximit&#233;s certaines avec les physiocrates, quant aux rapports entre agriculture et soci&#233;t&#233;. Il appara&#238;t donc n&#233;cessaire de comprendre ici les principes &#233;conomiques de la physiocratie afin de d&#233;terminer dans quelle mesure l'auteur japonais et l'auteur anglais les suivent, et ainsi mieux &#233;clairer leurs critiques et leurs projets &#233;conomiques, en les resituant dans quelque chose d'assez bien connu, du moins chez les &#233;conomistes. Pour rendre notre expos&#233; plus vivant tout en cherchant &#224; garder autant de clart&#233; que possible, nous alternerons les paragraphes consacr&#233;s aux physiocrates et ceux consacr&#233;s &#224; Masanobu Fukuoka et &#224; Howard. Une premi&#232;re &#233;tape mettra en &#233;vidence l'accord existant entre ces deux fondateurs et la physiocratie au sujet de la pr&#233;pond&#233;rance &#233;conomique de l'agriculture (&#167; 2231, 2232, 2233).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La pr&#233;pond&#233;rance de l'agriculture sur le commerce chez les physiocrates&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En premi&#232;re approche de la physiocratie, notons qu'il s'agit d'une &#171; doctrine de certains &#233;conomistes du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle (physiocrates) fond&#233;e sur la connaissance et le respect des &#171; lois naturelles &#187; et donnant la pr&#233;pond&#233;rance &#224; l'agriculture (oppos&#233; &#224; mercantilisme) &#187;. Le mercantilisme, quant &#224; lui, est une doctrine &#171; des &#233;conomistes des XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles fondant la richesse des Etats sur l'accumulation des r&#233;serves en or et en argent &#187; [&lt;a href='#nb4-88' class='spip_note' rel='footnote' title='Dictionnaire Le Robert.' id='nh4-88'&gt;88&lt;/a&gt;]. Etymologiquement, &#171; mercantilisme &#187; vient du latin &#171; mercator &#187; qui signifie marchand.
&lt;br /&gt;Donc, en suivant cette d&#233;finition, il semble bien que la physiocratie donne le primat au d&#233;veloppement agricole et non au d&#233;veloppement marchand ou commercial, id&#233;e clef qui donne son nom au mercantilisme. En accord avec cette conclusion, Catherine Larr&#232;re note que les mesures commerciales qui furent pr&#233;conis&#233;es par Colbert montrent que le mercantilisme correspond &#171; plut&#244;t aux int&#233;r&#234;ts du capitalisme manufacturier &#187;. La physiocratie cherche plut&#244;t &#224; contribuer indirectement &#224; la prosp&#233;rit&#233; publique et correspond directement aux int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires fonciers et des riches cultivateurs.
&lt;br /&gt;Ainsi, la physiocratie, fond&#233;e par Fran&#231;ois Quesnay, n'attribue pas un r&#244;le &#233;conomique moteur au commerce mais consid&#232;re que le facteur primordial de la croissance &#233;conomique est la terre, l'agriculture &#233;tant la seule activit&#233; productive de richesses. Quesnay affirme ainsi, dans son article &#171; Grains &#187; de l'&lt;em&gt;Encyclop&#233;die&lt;/em&gt; : &#171; Les travaux de l'agriculture d&#233;dommagent des frais, payent la main-d'&#339;uvre de la culture, procurent des gains aux laboureurs et de plus ils produisent les revenus des biens-fonds [le foncier]. [Alors que] Ceux qui ach&#232;tent les ouvrages d'industrie payent les frais, la main-d'&#339;uvre et le gain des marchands ; mais ces ouvrages ne produisent aucun revenu au-del&#224; &#187; [&lt;a href='#nb4-89' class='spip_note' rel='footnote' title='Quesnay F., Article &#171; Grains &#187; de l'Encyclop&#233;die, cit&#233; in Chanteau J.-P., Du (...)' id='nh4-89'&gt;89&lt;/a&gt;]. Le privil&#232;ge attribu&#233; &#224; l'agriculture, parmi tous les m&#233;tiers et toutes les activit&#233;s &#233;conomiques, repose sur l'utilisation du &lt;em&gt;ph&#233;nom&#232;ne naturel de la reproduction et de la multiplication&lt;/em&gt; qui caract&#233;rise l'agriculture. L'agriculture est l'activit&#233; &#233;conomique privil&#233;gi&#233;e des physiocrates parce qu'elle est l'activit&#233; humaine la plus efficace dans la multiplication des ressources utilisables par la soci&#233;t&#233;. Et pour les physiocrates, cette multiplication agricole des ressources disponibles, artificielle mais fond&#233;e sur un processus naturel, donne &#224; l'&#233;conomie une base &lt;em&gt;solide&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;litt&#233;ralement&lt;/em&gt;, au sens o&#249; elle se trouve ainsi d&#233;velopp&#233;e sur un processus &lt;em&gt;mat&#233;riel&lt;/em&gt; donn&#233;, et suppos&#233; durable. Cette volont&#233; de trouver une fondation solide et durable &#224; la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique permet de mieux comprendre la critique des physiocrates vis &#224; vis des mercantilistes. Ainsi, les personnes priv&#233;es, comme les gouvernants, n'&#233;chappent pas &#224; l'origine conventionnelle de l'argent, d&#233;j&#224; soulign&#233;e par Aristote, ni aux al&#233;as et aux inconnues du commerce et de l'usure. L'argent et le commerce ne pr&#233;sentent pas, en effet, les m&#234;mes dimensions intrins&#232;ques de naturalit&#233;, de reproduction, de stabilit&#233; [&lt;a href='#nb4-90' class='spip_note' rel='footnote' title='Au moins dans le cas d'une agriculture diversifi&#233;e qui peut ainsi globalement (...)' id='nh4-90'&gt;90&lt;/a&gt;], et d'&#233;vidence mat&#233;rielle et visuelle qui caract&#233;risent en g&#233;n&#233;ral l'agriculture. Le primat &#233;conomique physiocratique de la nature ou de &#171; la terre &#187; et de l'agriculture est ainsi ramass&#233; par Fran&#231;ois Quesnay dans une th&#232;se c&#233;l&#232;bre : &#187;Que le souverain et la nation ne perdent jamais de vue que la terre est l'unique source des richesses, et que c'est l'agriculture qui les multiplie &#187; [&lt;a href='#nb4-91' class='spip_note' rel='footnote' title='Quesnay F., Maximes g&#233;n&#233;rales du gouvernement &#233;conomique d'un royaume agricole, (...)' id='nh4-91'&gt;91&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Voyons maintenant comment se d&#233;cline chez Masanobu Fukuoka ce primat de l'agriculture.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Masanobu Fukuoka physiocrate ?&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Bien que, comme nous l'avons vu plus haut, Masanobu Fukuoka d&#233;veloppe une critique &#233;conomique ax&#233;e essentiellement sur le probl&#232;me de la mon&#233;tarisation de la soci&#233;t&#233; et de l'agriculture, critique o&#249; il rejoint notamment Aristote, on trouve aussi, dans son &#339;uvre, une r&#233;f&#233;rence &#224; la physiocratie. Dans la citation suivante, il propose effectivement le primat de l'agriculture, contre celui du commerce, comme &#171; formule de base pour atteindre &#224; la prosp&#233;rit&#233; &#187;. Et, fait remarquable, en citant nomm&#233;ment la physiocratie, d'origine occidentale, Masanobu Fukuoka signale qu'il consid&#232;re son point de vue en accord avec ce courant de pens&#233;e : &#171; Au yeux des &#233;conomistes, qui soutenaient la doctrine de la sp&#233;cialisation internationale du travail, le physiocratisme et l'insistance t&#234;tue des fermiers &#224; pr&#233;tendre que leur mission &#233;tait de produire la nourriture provenaient &#224; l'&#233;vidence du temp&#233;rament paysan obstin&#233;, t&#234;te de mule, qu'ils m&#233;prisaient. Comme pour les firmes commerciales, leur formule de base pour atteindre &#224; la prosp&#233;rit&#233; &#233;tait d'encourager &lt;em&gt;toujours davantage le commerce national et international&lt;/em&gt; des produits alimentaires &#187; [&lt;a href='#nb4-92' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, p. 35. Je souligne.' id='nh4-92'&gt;92&lt;/a&gt;]. Il est clair que Masanobu Fukuoka consid&#232;re l'agriculture comme quelque chose de fondamental, puisqu'il y voit essentiellement, et de mani&#232;re originale, un chemin d'accomplissement spirituel. Il donne une pr&#233;pond&#233;rance anthropologique et philosophique &#224; l'agriculture. N&#233;anmoins, ce point de vue g&#233;n&#233;ral englobe l'id&#233;e physiocratique d'une pr&#233;pond&#233;rance &#233;conomique de l'agriculture dans la soci&#233;t&#233;. En tant que pourvoyeuse de biens n&#233;cessaires, de la nourriture en premier lieu, l'agriculture est d&#233;j&#224;, classiquement et dans le passage de Masanobu Fukuoka que nous venons de citer, une activit&#233; &#224; encourager. Quand il redoute une &#171; &#233;conomie rendue folle par l'argent &#187; il pense en premier lieu aux agriculteurs &#233;vinc&#233;s de leurs terres, &#224; la baisse de qualit&#233; des produits agricoles, et au &#171; vide existentiel &#187; de la soci&#233;t&#233; industrielle et urbaine. C'est dans cette lumi&#232;re que l'on comprendra peut-&#234;tre le mieux la critique fukuokienne de l'&#233;conomisme. L'&#233;conomisme dominant, bas&#233; sur le commerce, inspire bien moins confiance &#224; Masanobu Fukuoka que les r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles de l'agriculture et de la fertilit&#233; naturelle qu'il a pratiqu&#233;e et m&#233;dit&#233;e toute sa vie. Il s'agit l&#224; d'une &#233;vidence qui transpire litt&#233;ralement de son &#339;uvre. Mais Masanobu Fukuoka ne rejette pas le commerce en soi. Sinon, comment comprendre qu'il se soucie de la &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187; ? En effet, et nous reviendrons sur cette exp&#233;rience, Masanobu Fukuoka s'est engag&#233; quelques temps dans la commercialisation de ses produits agricoles [&lt;a href='#nb4-93' class='spip_note' rel='footnote' title='Mais ce sera, pour lui, une exp&#233;rience sociale d&#233;cevante, en raison de sa (...)' id='nh4-93'&gt;93&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Selon cette premi&#232;re comparaison des id&#233;es fukuokiennes et de celles de la physiocratie, au niveau du principe tr&#232;s g&#233;n&#233;ral du primat &#233;conomique de l'agriculture sur le commerce et les autres activit&#233;s &#233;conomiques, il faut reconna&#238;tre la l&#233;gitimit&#233; du ralliement qu'exprime Masanobu Fukuoka &#224; l'approche des physiocrates. Cependant, nous verrons que cette proximit&#233; de pens&#233;e n'est que partielle, ce qui justifie le maintien, pour l'heure, d'un point d'interrogation &#224; la th&#232;se de l'appartenance dominante de l'approche fukuokienne &#224; la physiocratie. Voyons maintenant ce qu'il en est du principe du primat &#233;conomique de l'agriculture chez Albert Howard.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La pr&#233;pond&#233;rance de l'agriculture sur le commerce chez Sir Albert Howard&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;A la diff&#233;rence de Masanobu Fukuoka, tourn&#233; avant tout vers l'agriculture comme voie d'&#233;panouissement de la personne humaine, Howard &#233;tudie l'agriculture au niveau plus commun de la sph&#232;re mat&#233;rielle, comme production des moyens de subsistance et de mati&#232;res premi&#232;res pour l'industrie. L'exportation d'une partie des productions agricoles hors du domaine de la subsistance des agriculteurs, vers les non agriculteurs et vers les industries, est une question qui int&#233;resse beaucoup plus Howard que Masanobu Fukuoka. C'est aussi une question clef de la probl&#233;matique physiocratique.
&lt;br /&gt;Dans l'introduction du &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;, apr&#232;s avoir r&#233;sum&#233; les caract&#233;ristiques des proc&#233;d&#233;s de &#171; culture &#187; que l'on trouve dans la nature, Sir Albert Howard s'attache &#224; l'&#233;tude des m&#233;thodes agricoles des peuples disparus, notamment en cherchant &#224; voir si les peuples disparus ont adopt&#233;, ou am&#233;lior&#233;, ou bien foul&#233; au pied les &#171; principes de la Nature &#187;. Il se heurte aussit&#244;t au cas g&#233;n&#233;ral de l'absence de vestiges arch&#233;ologiques des champs du pass&#233;, mais il trouve quelques renseignements sur la culture en escaliers des anciens p&#233;ruviens, gr&#226;ce aux restes min&#233;raux des murs des terrasses et des syst&#232;mes d'irrigation [&lt;a href='#nb4-94' class='spip_note' rel='footnote' title='S'appuyant sur la description des terrasses des Hunza faite par Conway en (...)' id='nh4-94'&gt;94&lt;/a&gt;]. Il passe ensuite &#224; l'histoire du peuple romain, &#233;tant donn&#233; que l'on poss&#232;de des descriptions, &#171; en particulier un rapport assez complet concernant la ville de Rome, pour la situation agricole depuis la monarchie jusqu'&#224; la d&#233;cadence de l'empire romain &#187; [&lt;a href='#nb4-95' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 06. Howard s'appuie particuli&#232;rement sur (...)' id='nh4-95'&gt;95&lt;/a&gt;]. Cependant, il faut souligner qu'Howard ne traite pas l'histoire agricole des peuples du pass&#233; de fa&#231;on syst&#233;matique. Il &#233;tudie les histoires agricoles des peuples disparus en fonction des mat&#233;riaux et documentations auxquels il a eut acc&#232;s. Il faut ainsi convenir que Sir Albert Howard travaille tant&#244;t sur une probl&#233;matique comparative entre l'id&#233;e d'une auto-culture de la nature et le rapport &#224; celle-ci de quelques peuples agraires de l'histoire, tant&#244;t sur une probl&#233;matique comparant les organisations sociales et l'importance soci&#233;tale de l'agriculture dans l'histoire de certaines civilisations [&lt;a href='#nb4-96' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard utilise deux th&#232;ses principales dans son &#339;uvre, qui jouent comme (...)' id='nh4-96'&gt;96&lt;/a&gt;]. La mani&#232;re howardienne de traiter l'histoire agricole de la Rome antique s'ins&#232;re dans cette deuxi&#232;me probl&#233;matique. Cette &#233;tude historique va nous donner aussi l'occasion de d&#233;couvrir une tension entre agriculture et capitalisme au c&#339;ur de la pens&#233;e &#233;conomique d'Albert Howard (&#167; 22331), ainsi que la priorit&#233; politique que constitue pour lui l'agriculture (&#167; 22332).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Agriculture et capitalisme dans l'histoire romaine d'apr&#232;s Sir Albert Howard
&lt;br /&gt;Notons d'embl&#233;e qu'Howard ne dit pas grand chose de la dimension agronomique de l'agriculture romaine. Les Columelle, Palladius, et autres Caton ne sont pas cit&#233;s [&lt;a href='#nb4-97' class='spip_note' rel='footnote' title='Le nom de Caton est cit&#233;, mais au titre des r&#233;formes qu'il entreprit, non au (...)' id='nh4-97'&gt;97&lt;/a&gt;]. Sa description se concentre sur l'histoire des rapports entre agriculture et soci&#233;t&#233; romaines. C'est dans ce contexte qu'Howard m&#234;le compte rendu historique et une premi&#232;re r&#233;v&#233;lation de ses positions personnelles sur la probl&#233;matique politique et &#233;conomique de l'agriculture dans le &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;.
&lt;br /&gt;Il commence son aper&#231;u de l'histoire romaine &#224; la R&#233;forme Servienne, men&#233;e au VI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avant JC. Cette r&#233;forme, pour Howard, montre &#171; tr&#232;s nettement non seulement que la classe agricole avait la pr&#233;dominance dans l'&#233;tat, mais elle prouve qu'on s'effor&#231;ait de conserver la classe des propri&#233;taires terriens comme l'&#226;me de la communaut&#233;. L'id&#233;e que m&#234;me la constitution &#233;tait bas&#233;e sur le syst&#232;me de la libre propri&#233;t&#233; p&#233;n&#233;trait toute la politique de la guerre et de la conqu&#234;te romaine. Le but de la guerre &#233;tait d'augmenter le nombre de ses citoyens poss&#233;dant librement des terres &#187;. Howard cite alors Mommsen dans un passage o&#249; il met en valeur le r&#244;le de l'agriculture dans les conqu&#234;tes et la force de la civilisation romaine antique. Il est n&#233;cessaire de reproduire ici une bonne partie de cette description de Mommsen afin de comprendre l'admiration de Sir Albert Howard pour cet aspect de la Rome antique :
&lt;br /&gt;&#171; Beaucoup de nations ont remport&#233; des victoires comme les Romains et r&#233;alis&#233; des conqu&#234;tes, mais aucune n'a imit&#233; la nation romaine, qui, &#224; la sueur de son front, s'appropriait la terre et s'assurait avec la charrue ce qui avait &#233;t&#233; conquis. Ce qui a &#233;t&#233; gagn&#233; par la guerre peut &#234;tre perdu par la guerre. Il n'en est pas de m&#234;me pour les conqu&#234;tes r&#233;alis&#233;es avec la charrue. M&#234;me lorsque les Romains ont perdu des batailles, ils n'ont jamais c&#233;d&#233; de la terre romaine en signant la paix et ce r&#233;sultat est d&#251; &#224; la t&#233;nacit&#233; avec laquelle les paysans s'accrochaient &#224; leurs champs et &#224; leurs habitations. La force des hommes et de l'Etat r&#233;side dans leur emprise sur le sol. La puissance de Rome &#233;tait b&#226;tie sur l'emprise la plus &#233;tendue et la plus directe de ses citoyens sur la terre et dans l'unit&#233; parfaite d'un corps qui atteignait ainsi une solidit&#233; tr&#232;s grande &#187;.
&lt;br /&gt;Le commentaire que fait Howard de ce passage exprime la dimension agrarienne [&lt;a href='#nb4-98' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous prenons ici le concept politique &#171; agrarien &#187; en un sens plus sp&#233;cifique (...)' id='nh4-98'&gt;98&lt;/a&gt;] de sa pens&#233;e. Il y voit en effet un &#171; id&#233;al remarquable &#187; qui ne dura pas. L'agriculture subit un &#171; d&#233;clin progressif &#187; : &#171; les petites fermes cess&#232;rent de donner un bon rendement [&lt;a href='#nb4-99' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard ne dit rien quant aux causes de cette baisse de rendement. Faut-il (...)' id='nh4-99'&gt;99&lt;/a&gt;] ; les agriculteurs se ruin&#232;rent les uns apr&#232;s les autres ; la morale et les habitudes de sobri&#233;t&#233; des premi&#232;res ann&#233;es de la R&#233;publique se perdirent ; les terres des paysans furent r&#233;unies en grands domaines. Le propri&#233;taire capitaliste devint le ma&#238;tre &#187;.
&lt;br /&gt;En plus de l'encha&#238;nement qui va de la baisse de rendements &#224; la diminution du nombre des agriculteurs, Howard note l'apparition parall&#232;le d'un nouveau personnage, figure repr&#233;sentant l'extension d'un syst&#232;me &#233;conomique : &#171; le propri&#233;taire capitaliste &#187;. Alors qu'en d'autres passages de son &#339;uvre on pourrait croire Howard favorable aux grands domaines agricoles et donc &#224; ce profil du propri&#233;taire capitaliste, ici il conteste la rationalit&#233; &#233;conomique du grand propri&#233;taire agricole romain, tout en d&#233;non&#231;ant le recul &#233;thique et social constitu&#233; par cette nouvelle forme d'appropriation du sol : &#171; Non seulement il ne produisait pas &#224; meilleur compte que le fermier parce qu'il disposait de plus de terres, mais encore il se mit &#224; utiliser des esclaves. La m&#234;me &#233;tendue qui, autrefois morcel&#233;e, permettait &#224; 100 ou 150 familles de vivre, &#233;tait occup&#233;e par une seule famille de personnes libres et par une cinquantaine d'esclaves, pour la plupart sans foyer &#187; [&lt;a href='#nb4-100' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard, p. 07.' id='nh4-100'&gt;100&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Finalement, Howard semble consid&#233;rer que la force de la civilisation romaine antique r&#233;sidait dans une organisation dict&#233;e par une conscience collective convaincue de l'importance d'un attachement agricole &#224; la terre. Selon cette interpr&#233;tation, l'histoire de la chute de l'empire romain commencerait bien avant les derni&#232;res batailles et la prise de Rome par les &#171; barbares &#187; en 476. La baisse de qualit&#233; de l'agriculture et celle du nombre d'agriculteurs auraient fait perdre peu &#224; peu &#171; l'&#226;me de la communaut&#233; &#187; et pr&#233;par&#233; la &#171; d&#233;cadence &#187; [&lt;a href='#nb4-101' class='spip_note' rel='footnote' title='On note trois occurrences du terme &#171; d&#233;cadence &#187; dans les pages 7 et 8 de (...)' id='nh4-101'&gt;101&lt;/a&gt;]. Les d&#233;faites militaires auraient &#233;t&#233; favoris&#233;es par une d&#233;gradation culturelle progressive et ant&#233;rieure du peuple romain [&lt;a href='#nb4-102' class='spip_note' rel='footnote' title='On pourrait voir ici une version romantique de l'histoire romaine, o&#249; (...)' id='nh4-102'&gt;102&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Howard distingue quatre causes &#224; cette d&#233;cadence. La premi&#232;re r&#233;siderait dans &#171; l'h&#233;morragie de main d'&#339;uvre paysanne pour constituer les l&#233;gions &#187;. L'action &#171; des propri&#233;taires romains capitalistes &#187; constituerait le second facteur. La troisi&#232;me cause serait l'&#233;chec dans le maintien de la fertilit&#233;, que Sir Albert Howard relie &#224; une incapacit&#233; &#224; &#233;quilibrer &#171; les cultures et l'&#233;levage dans l'agriculture &#187; [&lt;a href='#nb4-103' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut se demander si Howard reprend l'argument de la rupture d'&#233;quilibre (...)' id='nh4-103'&gt;103&lt;/a&gt;]. L'emploi d'esclaves &#224; la place des travailleurs libres formerait la quatri&#232;me cause. Howard ne s'attarde pas sur le r&#244;le de l'enr&#244;lement de nombreux paysans dans les l&#233;gions qui servirent &#224; d&#233;fendre et agrandir le territoire d'une des plus grandes puissances de l'antiquit&#233;. Suivant encore Mommsen, il pense que les propri&#233;taires romains capitalistes ont contribu&#233; autant que les guerres &#171; &#224; la perte de la force et de la f&#233;condit&#233; du peuple romain &#187;. L'explication de la chute de Rome tient finalement dans une vaste opposition entre, d'une part, la qualit&#233; agronomique [&lt;a href='#nb4-104' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. les &#171; rendements &#187; des &#171; petites fermes &#187; &#233;voqu&#233;es &#224; la page 08 du Testament (...)' id='nh4-104'&gt;104&lt;/a&gt;] et l'organisation sociale de l'agriculture, et d'autre part, un &#171; syst&#232;me capitaliste &#187; cr&#233;ateur de conflits sociaux et sans souci particulier de l'&#233;tat de l'agriculture. Le passage suivant met en relief cette importance d&#233;cisive accord&#233;e &#224; l'extension du capitalisme parmi les causes de la d&#233;cadence romaine :
&lt;br /&gt;&#171; Le commerce en gros du Latium passa dans le m&#234;me temps entre les mains des grands propri&#233;taires terriens qui &#233;taient aussi les capitalistes et les sp&#233;culateurs. La cons&#233;quence fut la disparition des classes moyennes, en particulier celle des petits propri&#233;taires et l'&#233;tablissement d'une classe de riches possesseurs de terres et d'autre part d'un prol&#233;tariat agricole. La puissance du capital fut grandement augment&#233;e par la naissance d'une classe de fermiers des revenus et d'adjudicataires, auxquels l'Etat donnait en forfait en fermage ses revenus indirects. Les luttes politiques et sociales cons&#233;cutives n'apport&#232;rent aucune v&#233;ritable am&#233;lioration &#224; la communaut&#233; agricole. Les colonies constitu&#233;es pour assurer la domination romaine en Italie fournirent les terres pour le prol&#233;tariat, mais les causes profondes de la d&#233;cadence agricole ne furent pas extirp&#233;es malgr&#233; les efforts de Caton et de certains r&#233;formateurs. Un syst&#232;me capitaliste, dont les int&#233;r&#234;ts r&#233;els &#233;taient oppos&#233;s &#224; ceux d'une agriculture saine, conserva la supr&#233;matie &#187; [&lt;a href='#nb4-105' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., p. 08.' id='nh4-105'&gt;105&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Au terme de cette analyse de l'interpr&#233;tation howardienne de l'histoire romaine il nous appara&#238;t clairement que notre auteur place l'agriculture au fondement de l'&#233;quilibre social de cette civilisation antique. Loin d'&#234;tre une &#233;tude historique d&#233;tach&#233;e de l'argumentation sociale et &#233;conomique principale de l'ensemble de l'&#339;uvre d'Albert Howard, cet exemple joue bien plut&#244;t le r&#244;le d'une v&#233;rification &lt;em&gt;a contrario&lt;/em&gt; de sa th&#232;se politique g&#233;n&#233;rale : tous les aspects sociaux et &#233;conomiques des soci&#233;t&#233;s doivent &#234;tres articul&#233;s harmonieusement avec le primat d'une agriculture saine et d'une population agricole satisfaite. Cette th&#232;se, dont nous allons &#233;tudier maintenant quelques variations textuelles, englobe et d&#233;passe, par ses aspects sociaux et moraux, la th&#232;se physiocratique, fond&#233;e seulement sur la dimension &#233;conomique de l'usage agricole [&lt;a href='#nb4-106' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous parlons d'usage agricole de la fertilit&#233; par distinction d'avec un usage (...)' id='nh4-106'&gt;106&lt;/a&gt;] de la fertilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard et la protection de l'agriculture comme priorit&#233; politique&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la fin de son &#233;tude sur la Rome antique, Sir Albert Howard pr&#233;sente lui-m&#234;me la clef de son interpr&#233;tation historique. Ce passage est un des r&#233;sum&#233;s les plus concis et les plus pr&#233;cis de sa th&#232;se politique g&#233;n&#233;rale :
&lt;br /&gt;&#171; En jugeant l'histoire agricole de l'empire romain d'apr&#232;s ces r&#233;alisation, il faut convenir qu'elle aboutit &#224; un &#233;chec, parce que l'on &#233;tait pas parvenu &#224; comprendre le principe essentiel que le maintien de la fertilit&#233; du sol conjugu&#233; avec les revendications l&#233;gitimes des populations rurales n'aurait jamais d&#251; &#234;tre en conflit avec le comportement des capitalistes. La richesse la plus importante d'un pays est sa population. Si celle-ci conserve sant&#233; et force, tout le reste en d&#233;coule ; quand on la laisse d&#233;cliner, m&#234;me de grandes richesses ne peuvent sauver le pays d'une ruine d&#233;finitive. Il en r&#233;sulte que le soutien le plus solide du capital doit toujours &#234;tre une population agricole satisfaite et heureuse. Une harmonie aurait d&#251; s'&#233;tablir entre l'agriculture et les finances. Un &#233;chec s'est sold&#233; &lt;em&gt;naturellement&lt;/em&gt; par la ruine des deux &#187; [&lt;a href='#nb4-107' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., ibid. p. 09. Je souligne.' id='nh4-107'&gt;107&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Confront&#233; &#224; l'agriculture orientale et extr&#234;me orientale, au cours de sa carri&#232;re d'agronome au sein de l'Inde colonis&#233;e par son pays, Sir Albert Howard s'int&#233;resse d'abord aux conditions de possibilit&#233; susceptible d'assurer la durabilit&#233; du d&#233;veloppement des industries agricoles et des cultures d'exportation. Ayant constat&#233; que l'agriculture orientale vivri&#232;re &#233;tait autosuffisante et entretenait la fertilit&#233; de ses champs depuis des si&#232;cles [&lt;a href='#nb4-108' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard rel&#232;ve l'autosuffisance de l'agriculture dans les campagnes, mais, &#224; (...)' id='nh4-108'&gt;108&lt;/a&gt;], il demande que les entreprises de l'&#232;re industrielle moderne soient men&#233;es dans le respect de ces conditions sociales et agronomiques pr&#233;existantes :
&lt;br /&gt;&#171; Ces industries indig&#232;nes de m&#234;me que l'exportation des mati&#232;res premi&#232;res vers les usines de l'Occident appauvrissent la fertilit&#233; du sol. Leur extension et m&#234;me leur existence tout court ne seront possibles que si des mesures appropri&#233;es sont prises pour conserver la fertilit&#233;. Il n'y a &#233;videmment aucune raison de b&#226;tir des filatures de coton et de jute, de cr&#233;er des soci&#233;t&#233;s commerciales, comme p. e. &#224; Calcutta, de construire des bateaux de transport de mati&#232;res premi&#232;res si ces entreprises ne devaient &#234;tres stables et durables. Ce serait une absurdit&#233; et un gaspillage [&lt;a href='#nb4-109' class='spip_note' rel='footnote' title='Les termes de &#171; raison &#187; et &#171; absurdit&#233; &#187;, encha&#238;n&#233;s dans ce passage, renvoie, (...)' id='nh4-109'&gt;109&lt;/a&gt;] &#233;vident de capitaux si de telles entreprises n'&#233;taient fond&#233;es que sur les r&#233;serves constitu&#233;es de fertilit&#233; du sol. Tous ceux qui sont mis en cause par l'app&#233;tit de la machine (le gouvernement, les financiers, les producteurs et les distributeurs) doivent veiller &#224; ce que la terre des Indes soit en mesure de supporter cette nouvelle charge qui lui a &#233;t&#233; impos&#233;e depuis les cinquante derni&#232;res ann&#233;es. Les exigences du commerce et de l'industrie d'une part et la fertilit&#233; du sol d'autre part doivent &#234;tre soigneusement &#233;quilibr&#233;es &#187; [&lt;a href='#nb4-110' class='spip_note' rel='footnote' title='Testament agricole, p. 11.' id='nh4-110'&gt;110&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Dans la conclusion de son &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;, Sir Albert Howard r&#233;affirme sa th&#232;se sociale centrale : l'agriculture, et plus particuli&#232;rement ses op&#233;rations destin&#233;es &#224; entretenir la fertilit&#233; du sol, exigent rationnellement la priorit&#233; de notre attention et notre protection, parce que notre sant&#233;, et partant l'ensemble de nos activit&#233;s, en d&#233;pendent. Une partie de cette th&#232;se est aujourd'hui courante chez les producteurs et consommateurs de produits issus de l'agriculture biologique, sous la forme &#171; sols sains, nourritures saines, personnes en bonne sant&#233; &#187;. Mais la forme contemporaine de cette th&#232;se howardienne, devenue pratiquement l'affirmation positive fondamentale de l'ensemble de l'agriculture biologique, appara&#238;t tronqu&#233;e, car elle escamote la recommandation howardienne insistante d'instituer des protections contre l'extension irrationnelle du capitalisme sur l'agriculture et la fertilit&#233; des sols. Du coup, bien entendre, encore une fois, cet appel du p&#232;re de l'agriculture biologique europ&#233;enne, ne peut que nous aider &#224; pr&#233;ciser notre appr&#233;hension de la situation de l'agriculture biologique contemporaine vis &#224; vis de son identit&#233; originelle :
&lt;br /&gt;&#171; Tous ceux qui sont attach&#233;s &#224; la terre doivent recevoir (propri&#233;taire, fermier et ouvrier agricole) une aide financi&#232;re destin&#233;e au r&#233;tablissement de la fertilit&#233;. Il sera n&#233;cessaire de prendre des mesures pour prot&#233;ger le pays des transactions du monde financier. Cela est important parce que nous sommes &#224; nous-m&#234;mes notre bien majeur et qu'une population rurale heureuse et satisfaite est le pilier le plus important pour la protection de notre patrie dans l'avenir. Un &#233;chec dans la recherche d'un compromis entre les besoins du peuple et de la finance ne peut finir que par la perte des deux. Les erreurs de l'ancienne Rome doivent &#234;tres &#233;vit&#233;es &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La priorit&#233; &#233;conomique donn&#233;e &#224; l'agriculture est fond&#233;e sur l'origine naturelle de la richesse&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;A l'&#233;tat spontan&#233;, la dimension biologique de la nature se traduit particuli&#232;rement par une multiplication de ses produits vivants. En cons&#233;quence, la r&#233;colte ou la culture des produits naturels, aux rendements possiblement croissants, sont au fondement de l'augmentation des ressources de la subsistance et du bien &#234;tre de l'humanit&#233;. L'&#233;conomie a pour objet la connaissance des ph&#233;nom&#232;nes concernant la production, la distribution, et la consommation des ressources et biens mat&#233;riels dans la soci&#233;t&#233; humaine. Les physiocrates, consid&#233;r&#233;s comme les p&#232;res de l'&#233;conomie politique, suivis sur ce point par Sir Albert Howard, consid&#232;rent alors que la nature, &#224; travers la m&#233;diation privil&#233;gi&#233;e de l'agriculture, est la source de l'enrichissement des hommes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le don gratuit de la nature, source de l'&#233;conomie physiocratique
&lt;br /&gt;Fran&#231;ois Quesnay, chef de file des physiocrates, fonde cette &lt;em&gt;productivit&#233;&lt;/em&gt; de l'agriculture, la v&#233;ritable et pratiquement unique productivit&#233; pour lui et ses partisans, &#171; sur la f&#233;condit&#233; naturelle de la terre, c'est-&#224;-dire la capacit&#233; de la nature &#224; multiplier les semences &#187; [&lt;a href='#nb4-111' class='spip_note' rel='footnote' title='Chanteau J.-P., op. cit., p. 87' id='nh4-111'&gt;111&lt;/a&gt;]. Le cultivateur &#171; produit par &lt;em&gt;g&#233;n&#233;ration&lt;/em&gt;, par augmentation r&#233;elle des produits &#187; [&lt;a href='#nb4-112' class='spip_note' rel='footnote' title='Quesnay, F., Maximes, cit&#233; in Passet, R., L'Economique et le Vivant, (...)' id='nh4-112'&gt;112&lt;/a&gt;]. La multiplication naturelle des grains donne un &#171; produit net &#187; : &#171; C'est le r&#233;sultat physique de la fertilit&#233; du sol &#187; [&lt;a href='#nb4-113' class='spip_note' rel='footnote' title='Turgot, Ecrits Economiques, Calman-L&#233;vy, 1970, p.126, cit&#233; Passet R., (...)' id='nh4-113'&gt;113&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Ainsi, pour les physiocrates, la richesse est-elle donn&#233;e par la nature dans une sorte de g&#233;n&#233;rosit&#233; spontan&#233;e. Il faut donc reconna&#238;tre que le produit net &#171; c'est le &#171; don gratuit &#187; de la nature, fondement du syst&#232;me physiocratique &#187; [&lt;a href='#nb4-114' class='spip_note' rel='footnote' title='Mar&#233;chal J.-P., Le rationnel et le raisonnable, L'&#233;conomie, l'emploi et (...)' id='nh4-114'&gt;114&lt;/a&gt;]. Le sens du n&#233;ologisme &#171; physiocratie &#187;, qui renvoie &#224; l'id&#233;e d'un fondement dans le &lt;em&gt;pouvoir de la nature&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb4-115' class='spip_note' rel='footnote' title='Denis Clerc rappelle aussi le vaste programme que contient en soi la (...)' id='nh4-115'&gt;115&lt;/a&gt;]&lt;em&gt;,&lt;/em&gt; semble ainsi bien &#233;clair&#233;. Sous cet angle, ils s'inscrivent dans la continuit&#233; de l'&#233;conomie m&#233;di&#233;vale. En effet, celle-ci, &#171; en prise directe avec la nature, nourrie directement par l'action des facteurs naturels, fait [&#8230;] une large part &#224; la gratuit&#233;, en tire des cons&#233;quences multiples &#187; [&lt;a href='#nb4-116' class='spip_note' rel='footnote' title='Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, Un mod&#232;le de d&#233;veloppement, T&#233;qui, 1989, (...)' id='nh4-116'&gt;116&lt;/a&gt;]. Si l'on admet que l'&#233;cologie contemporaine est fond&#233;e sur la &lt;em&gt;reconnaissance du primat du donn&#233;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb4-117' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir Bourg D., Le nouvel &#226;ge de l'&#233;cologie, in Le D&#233;bat, n&#176; 113, 2001, p. (...)' id='nh4-117'&gt;117&lt;/a&gt;], dans la probl&#233;matique de la gestion des conditions mat&#233;rielles des soci&#233;t&#233;s, on peut avancer qu'elle fait &#233;cho &#224; ces approches &#233;conomiques du pass&#233; [&lt;a href='#nb4-118' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur un rapprochement explicite entre &#233;cologie et physiocratie, voir (...)' id='nh4-118'&gt;118&lt;/a&gt;]. Ajoutons que l'&#233;conomie m&#233;di&#233;vale europ&#233;enne et la th&#233;orie physiocratique voient aussi dans le donn&#233; naturel l'origine gratuite de la richesse des hommes. Cette id&#233;e n'aura plus bonne presse dans le contexte des pens&#233;es &#233;conomiques la modernit&#233;, celles-ci insistant sur le r&#244;le du travail et du capital investi pour expliquer la cr&#233;ation de richesses, au point d'&#233;vacuer l'id&#233;e m&#234;me d'une certaine gratuit&#233; de la richesse. Ainsi, la &#171; reconnaissance du don gratuit de la Providence est la clef de vo&#251;te de la physiocratie, et c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; ce qui la ruine aux yeux, tant des lib&#233;raux que des marxistes &#187; [&lt;a href='#nb4-119' class='spip_note' rel='footnote' title='Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale&#8230;, op. cit., p. 101.' id='nh4-119'&gt;119&lt;/a&gt;]. En effet, il suffit pour eux qu'une richesse soit gratuite, tel l'eau, l'air, le rayonnement solaire, pour qu'elle soit exclue du calcul &#233;conomique. Elle y entre &#171; seulement quand nos activit&#233;s l'ont d&#233;natur&#233;e, au moins transform&#233;e &#187; [&lt;a href='#nb4-120' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-120'&gt;120&lt;/a&gt;]. L'&#233;conomie m&#233;di&#233;vale, au contraire, tire un grand nombre de cons&#233;quences de la gratuit&#233; naturelle. Raymond Delatouche &#233;tudie ces cons&#233;quences, en des pages passionnantes, au niveau de la d&#238;me, des droits d'usage collectifs, du travail monastique, de l'interdiction de l'usure, et de l'organisation du march&#233;. L&#224; encore, si une partie de l'&#233;cologisme fait &#233;cho &#224; la physiocratie et plus encore &#224; la soci&#233;t&#233; m&#233;di&#233;vale, c'est parce que le don gratuit de la nature alimente la vie des hommes ant&#233;rieurement au travail et au capital qu'ils peuvent y investir : une solidarit&#233; humaine minimale, fond&#233;e sur le partage, une soci&#233;t&#233; conviviale [&lt;a href='#nb4-121' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Illich I., La convivialit&#233;, Seuil, 1973.' id='nh4-121'&gt;121&lt;/a&gt;] semble exig&#233;e par ce que la nature nous offre, ind&#233;pendamment des m&#233;rites de chacun. L'agriculture correctement men&#233;e est l'exemple m&#234;me d'une activit&#233; o&#249; le travail de l'homme est r&#233;compens&#233; largement au-del&#224; de ses efforts : ce fait suffit &#224; fonder autrefois la d&#238;me comme pr&#233;l&#232;vement destin&#233; originellement &#224; la bienfaisance et &#224; la culture. L'&#233;cologisme contemporain, depuis les ann&#233;es 1970, dans sa critique de l'absolutisation de l'appropriation priv&#233;e des ressources de la nature, a renou&#233; avec cette revendication du don d'une part des fruits de la nature au b&#233;n&#233;fice de tous, et des plus pauvres en particulier.
&lt;br /&gt;Cependant les physiocrates ne mettent pas en avant les cons&#233;quences sociales et morales que l'on peut tirer de la dimension de gratuit&#233; qui existe dans la nature. L'usage principal, sinon exclusif, fait par les physiocrates de la gratuit&#233;, consiste &#224; y voir un fondement stable &#224; la prosp&#233;rit&#233; nationale dans son ensemble. Or, les physiocrates mesurent la prosp&#233;rit&#233; &#224; la valeur v&#233;nale [&lt;a href='#nb4-122' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette absence de cons&#233;quences sociales tir&#233;es de la gratuit&#233; naturelle, ainsi (...)' id='nh4-122'&gt;122&lt;/a&gt;]. Hors de leur valeur mon&#233;taire, les produits agricoles n'ont pas de valeur dans l'&#233;conomie politique des physiocrates. Les lectures de la physiocratie qui voudraient y voir une alternative &#224; la pens&#233;e &#233;conomique moderne, en s'appuyant particuli&#232;rement sur la valorisation de l'agriculture et du don de la nature dans cette approche, auront bien du mal &#224; contourner le credo &#171; mon&#233;tariste &#187; des disciples de Quesnay. Certes, le don gratuit de la nature est au fondement de la physiocratie. Mais dans le cadre de la pens&#233;e des &#171; &#233;conomistes &#187; [&lt;a href='#nb4-123' class='spip_note' rel='footnote' title='A l'&#233;poque de Quesnay on appelait les physiocrates &#171; les &#233;conomistes (...)' id='nh4-123'&gt;123&lt;/a&gt;], ce don ne prend de valeur que comme marchandise.
&lt;br /&gt;En revenant maintenant sur la pens&#233;e howardienne, nous allons d&#233;couvrir une approche &#233;conomique voisine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La f&#233;condit&#233; naturelle, l&#233;gitimation du profit chez Howard
&lt;br /&gt;Dans son dernier livre, Sir Albert Howard ramasse, en quelques paragraphes, l'esprit physiocratique de sa conception de l'&#233;conomie. Il reconna&#238;t l'existence de &#171; la richesse naturelle &#187; et il consid&#232;re ensuite que la &#171; Nature &#187; est, consid&#233;r&#233;e comme richesse, &#224; la base de l'identit&#233; et du d&#233;veloppement des soci&#233;t&#233;s. Howard insiste sur ces deux id&#233;es dans trois phrases successives : &#171; Ce sont nos actions, confront&#233;es aux formes de la richesse naturelle, qui ont fa&#231;onn&#233; le monde moderne dans ses contours &#233;conomiques, financiers, et politiques. La r&#233;colte, la distribution, et l'usage des ressources naturelles est la premi&#232;re condition qui d&#233;termine les soci&#233;t&#233;s humaines &#187; [&lt;a href='#nb4-124' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard, Farming an d gardenning&#8230;, op. cit.' id='nh4-124'&gt;124&lt;/a&gt;]. Howard rench&#233;rit une troisi&#232;me fois : &#171; Les ressources procur&#233;es par la Nature sont le point de d&#233;part de toutes choses &#187;.
&lt;br /&gt;Il faut bien distinguer les deux id&#233;es. L'id&#233;e premi&#232;re ou le fait, pour certains, de l'existence de la richesse naturelle ; l'id&#233;e seconde concernant &lt;em&gt;ce que permet la richesse naturelle&lt;/em&gt;. Sir Albert Howard et les physiocrates reconnaissent l'existence de la richesse naturelle. Ils partagent aussi l'id&#233;e seconde selon laquelle cette richesse naturelle est la source de toutes les autres richesses. La richesse naturelle permet, autorise l'enrichissement de la soci&#233;t&#233;. Or l'enrichissement de la soci&#233;t&#233; passe par les actions des hommes vis &#224; vis de la nature. Les actions des hommes, pour &#234;tres plus efficaces, ou bien en raison de la concurrence croissante des personnes pour l'usage des ressources [&lt;a href='#nb4-125' class='spip_note' rel='footnote' title='Due &#224; l'accroissement d&#233;mographique.' id='nh4-125'&gt;125&lt;/a&gt;], supposent une organisation sociale. Donc l'organisation sociale du rapport &#224; la richesse naturelle devient assez rapidement le probl&#232;me soci&#233;tal num&#233;ro un. &lt;em&gt;L'enrichissement de la soci&#233;t&#233; implique donc de poser la question du mode de r&#233;partition de la richesse naturelle entre les personnes&lt;/em&gt;. Nous pointons ici un probl&#232;me &#224; la charni&#232;re de l'&#233;thique et de l'&#233;pist&#233;mologie : celui de la libert&#233; de l'homme dans le choix de ses objets de recherche. Quelle est l'approche scientifique la plus pertinente du rapport de la soci&#233;t&#233; &#224; la richesse naturelle ? S'agit-il m&#234;me d'un probl&#232;me susceptible de recevoir un traitement scientifique ? Ne s'agit-il pas plut&#244;t d'un probl&#232;me social, politique, humain, philosophique ? Si l'on prend l'id&#233;e de science au sens de m&#233;thode pour mettre en &#233;vidence des lois naturelles, et si, d'autre part, on admet que le comportement humain n'est pas compl&#232;tement d&#233;termin&#233; par la nature, alors la question du rapport de la soci&#233;t&#233; &#224; la richesse naturelle ou &#224; tout autre fait ou id&#233;e ne rel&#232;ve pas de la science. Ces questions sont susceptibles d'un traitement rationnel mais non-scientifique. Elles peuvent recevoir divers traitements, de sens et de valeur divers. Dans le cas de la richesse, il semble que les traditions culturelles de l'humanit&#233; se soient souvent recoup&#233;es dans le choix privil&#233;gi&#233; d'un traitement philosophique ou moral. C'est pourquoi nous avons d&#233;j&#224; soulign&#233; que la reconnaissance de la richesse naturelle peut se d&#233;cliner au sein de visions du monde diverses : par exemple dans l'&#233;conomie m&#233;di&#233;vale ou dans l'&#233;cologie contemporaine. Une particularit&#233; commune &#224; la vision m&#233;di&#233;vale et &#224; l'&#233;cologie contemporaine est de tirer du don de la richesse naturelle une cons&#233;quence &#233;thique. Le don de la nature, particuli&#232;rement manifeste en agriculture, invite les hommes &#224; donner &#224; ceux qui sont dans le besoin. Or cette dimension d'&#233;thique sociale est absente de l'interpr&#233;tation de la richesse naturelle chez les physiocrates, et elle n'est pas abord&#233;e directement chez Howard.
&lt;br /&gt;Les physiocrates ne font pas grand cas de ceux qui ne pourraient ou ne voudraient pas rentrer dans leur mod&#232;le de d&#233;veloppement social bas&#233; sur la mon&#233;tarisation. Ils font comme s'il &#233;tait automatique que l'accroissement de la valeur v&#233;nale de la production agricole nationale assurent la prosp&#233;rit&#233; de tous, celle-ci engendrant, &#224; son tour, et encore automatiquement, la f&#233;licit&#233; publique. Vu l'accroissement historique de la valeur mon&#233;taire de la production agricole occidentale, cons&#233;cutif &#224; la conversion de la quasi totalit&#233; des agriculteurs &#224; l'agriculture commerciale, nous sommes, depuis au moins une g&#233;n&#233;ration, en &#233;tat de juger la th&#232;se physiocrate.
&lt;br /&gt;De son c&#244;t&#233;, Sir Albert Howard fait de la richesse naturelle le facteur d&#233;cisif &#171; qui &lt;em&gt;d&#233;termine&lt;/em&gt; les soci&#233;t&#233;s humaines &#187;. Howard semble ainsi en parfait accord avec les physiocrates. On attend un d&#233;veloppement sur le r&#244;le socialement bienfaisant de la commercialisation de la production agricole. Ce d&#233;veloppement viendra, mais Howard sera, selon nous, plus nuanc&#233; et moins na&#239;f que les physiocrates, quant aux possibilit&#233;s et risques de la diffusion du capitalisme.
&lt;br /&gt;Mais, auparavant, la r&#233;p&#233;tition imm&#233;diate, dans le texte howardien, de l'id&#233;e de l'importance de la richesse naturelle dans le destin des soci&#233;t&#233;s, appelle une remarque sur la perspective g&#233;n&#233;rale adopt&#233;e par Howard. Pour qualifier l'influence de la richesse naturelle sur la soci&#233;t&#233;, Howard emploie le verbe &#171; d&#233;terminer &#187;. Aussit&#244;t apr&#232;s, il &#233;tend la port&#233;e de son propos en consid&#233;rant les dons de la nature comme &#171; le point de d&#233;part de toutes choses &#187;. Il faut reconna&#238;tre que Sir Albert Howard adopte ici un point de vue mat&#233;rialiste : le rapport de l'homme &#224; la mati&#232;re, &#224; la nature sous son aspect mat&#233;riel, serait la meilleure fa&#231;on de comprendre l'histoire humaine. Et le jugement implicite du mat&#233;rialisme est que les questions culturelles, morales, m&#233;taphysiques, ou religieuses seraient secondaires. Sous cet angle Howard appara&#238;t fils de son temps. Cette interpr&#233;tation peut &#234;tre renforc&#233; par une analyse de l'ordre du contenu encha&#238;n&#233; dans ces trois phrases howardiennes. Selon la premi&#232;re, le rapport aux ressources naturelles auraient fa&#231;onn&#233; &#171; le monde moderne &#187; dans ses aspects &#171; &#233;conomiques, financiers, et politiques &#187;. Dans la seconde, ces m&#234;mes conditions mat&#233;rielles d&#233;termineraient non seulement notre monde moderne mais aussi toutes les soci&#233;t&#233;s humaines du pass&#233; ou du pr&#233;sent. Enfin, dans la troisi&#232;me, les richesses naturelles se trouvent au &#171; point de d&#233;part de toute chose &#187;, comme si, d&#233;passant la d&#233;termination de toutes les civilisations, le mat&#233;rialisme howardien postulait au titre de principe explicatif universel, au rang de cause ontologique. Il y a donc une g&#233;n&#233;ralisation du point de vue mat&#233;rialiste chez Howard. De plus, onpeut dire que la d&#233;claration mat&#233;rialiste howardienne commence dans son interpr&#233;tation du monde moderne : Howard interpr&#233;terait l'histoire et le monde avec un point de vue mat&#233;rialiste particulier, sp&#233;cifique de la modernit&#233;. On peut ainsi remarquer que la d&#233;termination mat&#233;rielle touche le monde moderne, selon l'ordre des mots d'Howard, depuis les aspects &#171; &#233;conomiques &#187; et &#171; financiers &#187; jusqu'&#224; ses dimensions &#171; politiques &#187;. Ce qui voudrait dire que l'&#233;conomie et les finances ont le primat sur la politique dans la formation de l'identit&#233; du monde moderne. Il ne s'agit pas ici de pr&#233;juger du fondement de cette th&#232;se. Il s'agit de se demander si cette analyse de la modernit&#233; par Howard ne l'a pas conduit &#224; &#233;tudier les civilisations du pass&#233; avec ce m&#234;me &lt;em&gt;mat&#233;rialisme &#233;conomiste&lt;/em&gt;. Quoi qu'il en soit, nous retiendrons cette dimension mat&#233;rialiste et &#233;conomiste de l'analyse howardienne des rapports agriculture et soci&#233;t&#233; pour l'&#233;tude des autres aspects de son &#339;uvre. Mais nous reviendrons aussi sur ces consid&#233;rations lorsque nous comparerons le rapport &#224; la prosp&#233;rit&#233; chez Howard et les physiocrates.
&lt;br /&gt;Howard propose une interpr&#233;tation anthropologique de l'&#233;volution du rapport des soci&#233;t&#233;s &#224; la richesse naturelle en termes de &#171; stades &#187;. Il semble raisonnable de consid&#233;rer que le premier stade de l'&#233;volution &#233;conomique d&#233;crit par Howard renvoie &#224; la p&#233;riode pr&#233;historique, lorsque l'humanit&#233; se nourrissait &#224; partir de chasse, p&#234;che, et cueillette, de &#171; simple pr&#233;dation &#187;, pour reprendre une belle expression de Marcel Mazoyer et Laurence Roudart : &#187;Les soci&#233;t&#233;s primitives ont du s'adapter aux ressources qui &#233;taient facilement &#224; port&#233;e de main ; elles ont du utiliser parfois des processus s&#233;v&#232;res d'autocontr&#244;le, tel l'infanticide, pour y parvenir &#187; [&lt;a href='#nb4-126' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard consid&#232;re donc l'&#233;poque primitive comme une p&#233;riode de privation pour (...)' id='nh4-126'&gt;126&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;La pr&#233;sentation du second stade de l'&#233;volution &#233;conomique humaine selon Howard appelle, de notre part, une attention plus particuli&#232;re :
&lt;br /&gt;&#171; Mais un autre stade est habituellement atteint. Les ressources de la Nature ne sont pas statiques ; elles apparaissent comme des surplus r&#233;els, et par un usage hardi de ces surplus les soci&#233;t&#233;s &#233;mergent du stade primitif. Cet usage s'est cristallis&#233; plus tard dans le motif du profit &#187; [&lt;a href='#nb4-127' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardening&#8230;, Chapitre V (ma traduction).' id='nh4-127'&gt;127&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Avec ce second stade, Howard d&#233;signe une &#233;volution qui a permis &#224; l'humanit&#233; de mieux profiter de la f&#233;condit&#233; naturelle. L'homme, en d&#233;couvrant qu'il pouvait orienter, dans une certaine mesure, la f&#233;condit&#233; naturelle vers ses d&#233;sirs, se mit &#224; s&#233;lectionner, multiplier, stocker, cultiver certaines plantes et animaux. On pense naturellement &#224; la naissance et au d&#233;veloppement des arts agricoles [&lt;a href='#nb4-128' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous employons ici l'expression &#171; d'art &#187; pour l'agriculture par souci de (...)' id='nh4-128'&gt;128&lt;/a&gt;]. En parvenant ainsi &#224; d&#233;gager des surplus pour l'&#233;change, gr&#226;ce &#224; la domestication, l'humanit&#233; entrait sur le chemin des progr&#232;s mat&#233;riels et &#233;conomiques. Cette analyse howardienne fait encore &#233;cho &#224; la th&#232;se physiocratique sur l'agriculture multiplicatrice des richesses et, pour cette raison, base de la prosp&#233;rit&#233; des hommes. Soit. Mais nous voyons aussi que Sir Albert Howard, toujours &#224; l'instar des physiocrates, introduit un biais dans la suite de son raisonnement. Ensemble, Quesnay, ses amis &#233;conomistes, et Howard, confondent prosp&#233;rit&#233; mat&#233;rielle et prosp&#233;rit&#233; financi&#232;re. Les premiers ne consid&#232;rent l'agriculture que pour sa valeur v&#233;nale, au d&#233;triment de sa richesse vivri&#232;re et des &#233;l&#233;ments de confort fournie par les &#233;conomies paysannes [&lt;a href='#nb4-129' class='spip_note' rel='footnote' title='Sans entrer dans des descriptions historiques d'&#233;conomies paysannes, (...)' id='nh4-129'&gt;129&lt;/a&gt;]. De son c&#244;t&#233;, la pens&#233;e d'Howard est ici concise mais plut&#244;t abrupte. Elle semble, une nouvelle fois, surd&#233;termin&#233;e par l'influence du progressisme occidental, mais, surtout, par une de ses composantes, l'id&#233;ologie &#233;conomique moderne. En effet, dans son r&#233;sum&#233; de l'histoire &#233;conomique de l'humanit&#233;, Howard saute, pour ainsi dire, par dessus des mill&#233;naires de civilisations agraires, pour aboutir &#224; la l&#233;gitimation du profit mon&#233;taire. Certes, nous reconnaissons l'encha&#238;nement logique entre &#233;change des surplus agricoles et enrichissement mat&#233;riel. Mais ce qui est contestable, et historiquement contest&#233;, r&#233;side dans l'identit&#233; ici pos&#233;e entre, d'abord, l'apparition des surplus agricoles et l'enrichissement mat&#233;riel non limit&#233;, et, ensuite, l'&#233;quivalence pos&#233;e entre l'enrichissement mat&#233;riel et la recherche du profit. Nous voici renvoy&#233;s &#224; nos pr&#233;c&#233;dents d&#233;veloppements sur l'&#233;conomie et le commerce et sur la sp&#233;cificit&#233; de l'argent. Howard semble ici trop facilement ent&#233;riner le principe de la civilisation capitaliste, dans laquelle il est n&#233;, comme un nouveau stade du progr&#232;s (&#233;conomique) de l'humanit&#233; [&lt;a href='#nb4-130' class='spip_note' rel='footnote' title='Mais cette interpr&#233;tation devra &#234;tre nuanc&#233;e nettement, comme nous le verrons, (...)' id='nh4-130'&gt;130&lt;/a&gt;]. Voici comment nous pourrions critiquer son argumentation.
&lt;br /&gt;L'enrichissement permis par les surplus agricoles n'est pas forc&#233;ment recherch&#233; sans limite. L'id&#233;e aristot&#233;licienne d'une distinction entre, d'un c&#244;t&#233;, l'&#233;change comme compl&#233;ment de la subsistance, dont les besoins ne sont pas illimit&#233;s [&lt;a href='#nb4-131' class='spip_note' rel='footnote' title='Quand la faim est rassasi&#233;e, il n'y a plus ni besoin ni d&#233;sir d'autres (...)' id='nh4-131'&gt;131&lt;/a&gt;], et, de l'autre, l'&#233;change comme source d'enrichissement, exprime bien les variations humaines du rapport &#224; l'&#233;change. Ce n'est donc pas parce que l'homme peut s'enrichir mat&#233;riellement et/ou r&#233;aliser du profit qu'il l'a fait ou cherchera syst&#233;matiquement &#224; le faire. D'autre part, Aristote situe la vraie richesse dans les biens n&#233;cessaires &#224; notre subsistance. L'enrichissement mat&#233;riel qui permet de passer de l'homme nu &#224; celui dont la subsistance est assur&#233; ne passe pas n&#233;cessairement, loin s'en faut, par une recherche de profit. Dans la perspective d'Aristote, la v&#233;ritable richesse mat&#233;rielle ne peut &#234;tre jug&#233;e &#233;quivalente &#224; une quantit&#233; d'argent suppos&#233;e &#233;changeable avec les biens de la subsistance. Il s'agit l&#224; d'une des significations de la fable de Midas : la qu&#234;te irraisonn&#233;e de l'argent, peut aller, dans le pire des cas, jusqu'&#224; s'opposer aux n&#233;cessit&#233;s de la subsistance, et donc causer la mort. Pour nous r&#233;sumer, nous conclurons contre Howard comme suit. Certes, l'enrichissement peut &#234;tre fond&#233; en nature par les surplus agricole. Mais l'enrichissement mat&#233;riel n'est pas forc&#233;ment recherch&#233; au-del&#224; de la subsistance [&lt;a href='#nb4-132' class='spip_note' rel='footnote' title='On pourrait prolonger l'argument de la nature utilis&#233; par Aristote pour (...)' id='nh4-132'&gt;132&lt;/a&gt;]. De plus l'enrichissement mat&#233;riel n'est pas &#233;quivalent &#224; la recherche de la quantit&#233; maximum d'argent. Donc le &lt;em&gt;motif du profit&lt;/em&gt; n'est pas une cons&#233;quence anthropologique probable de l'apparition historique des surplus agricoles. Il n'en est qu'une cons&#233;quence possible.
&lt;br /&gt;Malgr&#233; tout, Howard insiste. Comme il croit que le profit est naturel, et que le progr&#232;s humain passe par une ad&#233;quation croissante &#224; la nature, il ne peut se r&#233;signer &#224; discuter la possibilit&#233; de l'institution sociale de la suppression du profit : &#171; Eliminer cela serait impossible. Dans les soci&#233;t&#233;s avanc&#233;es ce serait un pas en arri&#232;re. Le motif du profit, aussi loin qu'il nous ait &#233;gar&#233;, est fond&#233; sur des r&#233;alit&#233;s physiques &#187; [&lt;a href='#nb4-133' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardenning&#8230;, op. cit.' id='nh4-133'&gt;133&lt;/a&gt;]. A l'int&#233;rieure de cette perspective, Sir Albert Howard est cependant conscient de certains dangers du profit. Sa philosophie &#233;conomique invite &#224; d&#233;terminer les marges du profit l&#233;gitime par la connaissance des conditions naturelles d'apparition des surplus :
&lt;br /&gt;&#171; Il est sage de revenir sur ces r&#233;alit&#233;s, de les reconsid&#233;rer, et de chercher chaque correction n&#233;cessaire pour mieux les comprendre. Quelles sont les conditions exactes attach&#233;es &#224; la cr&#233;ation des surplus que la Nature a accumul&#233; ? &#187; [&lt;a href='#nb4-134' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-134'&gt;134&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Les dangers du profit passent d'abord par le risque de d&#233;gradation et de destruction importante de la fertilit&#233; de la nature, laquelle fonde et permet le profit dans l'optique howardienne. Les dangers li&#233;s directement aux cons&#233;quences engendr&#233;es par les in&#233;galit&#233;s sociales permises par une libert&#233; vis &#224; vis du profit ne viennent qu'apr&#232;s chez Howard. Et ils ne sont pas trait&#233;s de fa&#231;on aussi approfondie que les premiers. En cons&#233;quence, nous pourrions peut-&#234;tre appeler sa perspective, si l'expression ne devait pas trop choquer, une &#233;cologie du profit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur ce point, Howard est proche des physiocrates. Le rapprochement physiocrate &#171; nature-agriculture-richesse &#187;, r&#233;sum&#233; dans la fameuse expression de Mirabeau &#171; La terre est la m&#232;re de tous les biens &#187;, ne renvoie pas &#224; une sorte de &#171; fondamentalisme agraire &#187; : la valeur fondamentale serait la nature, elle serait oppos&#233;e &#224; la valeur marchande, celle-ci repr&#233;sentant l'illusion de l'argent. Agriculture et commerce seraient deux univers sp&#233;cifiques, inconciliables. Mais ceci n'est pas la pens&#233;e des physiocrates. S'ils mettent la nature et l'agriculture au premier plan, ils tiennent compte &#233;galement du travail et du capital investi : le tableau &#233;conomique de Quesnay, anc&#234;tre de notre comptabilit&#233; nationale, le montre. L'id&#233;e commune est seulement de construire le d&#233;veloppement sur une &#233;conomie agricole stable, elle-m&#234;me tributaire de l'entretien de la fertilit&#233; des terress.
&lt;br /&gt;En revanche, Howard est au moins partiellement protectionniste : il appelle &#224; prot&#233;ger l'agriculture et les paysans du capitalisme. Tandis que les physiocrates sont partisans du lib&#233;ralisme &#233;conomique : ils ne veulent pas d'entrave au commerce, m&#234;me agricole. &lt;br /&gt;Le primat qu'il faut accorder au d&#233;veloppement agricole r&#233;sume le principal objectif commun &#224; Howard et au courant physiocratique. Il demeure ainsi, chez les physiocrates, l'id&#233;e de mesurer le d&#233;veloppement &#233;conomique par le surplus agricole : &#171; l'id&#233;e de base est que l'agriculture est le seul secteur productif, dont la circulation du surplus irrigue le reste de l'&#233;conomie &#187; [&lt;a href='#nb4-135' class='spip_note' rel='footnote' title='Bairoch P., Victoires et d&#233;boires I, Histoire &#233;conomique et sociale du monde (...)' id='nh4-135'&gt;135&lt;/a&gt;]. Mais les moyens propos&#233;s pour assurer la prosp&#233;rit&#233; agricole diff&#232;rent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me, Masanobu Fukuoka n'est-il pas en accord complet avec les disciples de Quesnay. On peut rapprocher M. Fukuoka et les physiocrates sur la position du primat &#224; accorder au d&#233;veloppement agricole pour assurer la prosp&#233;rit&#233;, nous r&#233;pondons par l'affirmative. Cependant, au vu, d'une part, des notations que nous avons prises sur les tendances au rejet de l'argent et &#224; une place minimale accord&#233;e au commerce chez Masanobu Fukuoka, et d'autre part, &#224; l'int&#233;r&#234;t des physiocrates pour le capital et le bon commerce que nous venons juste d'&#233;voquer, le lecteur peut d&#233;j&#224; pressentir que les deux points de vue pr&#233;sentent &#233;galement des divergences peut-&#234;tre difficilement r&#233;conciliables. La suite de ce propos, en &#233;voquant les particularit&#233;s du regard physiocratique sur l'agriculture et sur la soci&#233;t&#233;, va nous le confirmer.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les physiocrates et le capitalisme : o&#249; l'on voit que Masanobu Fukuoka se trompe d'amis&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le souci d'une l'agriculture rentable et non celui des agriculteurs
&lt;br /&gt;Pour un Masanobu Fukuoka qui raisonne sur l'agriculture en vue d'en faire un chemin d'accomplissement spirituel, il est &#233;vident que le souci de l'homme qui pratique l'agriculture est aussi important, sinon plus, que les aspects de technique et de productivit&#233; de ce travail. Son souci de la prosp&#233;rit&#233; nationale, s'il existe en tant que tel, correspond essentiellement &#224; la prosp&#233;rit&#233; cumul&#233;e que peut atteindre chacun des agriculteurs du pays, consid&#233;r&#233;s individuellement. Pour Masanobu Fukuoka, la prosp&#233;rit&#233; nationale est d'abord la prosp&#233;rit&#233; de chaque paysan. Pour le chef de file des physiocrates, il en va tout autrement :
&lt;br /&gt;&#171; Ce sont moins les hommes que les richesses qu'il faut attirer dans les campagnes ; car plus on emploie de richesses &#224; la culture des grains, moins elle occupe d'hommes, plus elle prosp&#232;re, et plus elle donne de profit net. Telle est la grande culture des riches fermiers, en comparaison de la petite culture des pauvres m&#233;tayers qui labourent avec des b&#339;ufs ou des vaches &#187; [&lt;a href='#nb4-136' class='spip_note' rel='footnote' title='Quesnay F., op. cit., p. 108-109.' id='nh4-136'&gt;136&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;La condition d'une agriculture prosp&#232;re, selon Quesnay, d&#233;pend du capital d'exploitation investi [&lt;a href='#nb4-137' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans sa th&#232;se de doctorat, &#233;tudiant les batailles id&#233;ologiques et &#233;conomiques (...)' id='nh4-137'&gt;137&lt;/a&gt;]. C'est de cette fa&#231;on qu'il distingue la petite et la grande culture, le pauvre et le riche paysan. De m&#234;me, il mesure la prosp&#233;rit&#233; de l'agriculture au profit net, au revenu mon&#233;taire qu'elle permet de d&#233;gager, une fois d&#233;duit le co&#251;t du travail et des intrants. L'argent, l'investissement technique, et une rationalisation de l'agriculture d'orientation industrielle, en vue des &#233;conomies d'&#233;chelle, sont centraux dans son approche [&lt;a href='#nb4-138' class='spip_note' rel='footnote' title='On voit aussi l'importance accord&#233;e &#224; l'argent dans l'opposition qu'il &#233;tablit, (...)' id='nh4-138'&gt;138&lt;/a&gt;]. C'est assez contraire chez Masanobu Fukuoka, qui veut, sur une petite ferme, &#233;ventuellement, d&#233;gager un peu d'argent en r&#233;duisant au maximum, non seulement le capital d'exploitation, au niveau mon&#233;taire et aussi au niveau du mat&#233;riel, des b&#226;timents et du foncier. Ils semblent n&#233;anmoins se rejoindre dans l'objectif de r&#233;duire la main d'&#339;uvre employ&#233;e dans la production. Mais les raisons ne sont pas les m&#234;mes. Quesnay cherche, de cette mani&#232;re, &#224; abaisser ses co&#251;ts de production. Il voit le progr&#232;s &#233;conomique agricole dans la substitution du capital au travail. Masanobu Fukuoka cherche &#224; simplifier le travail agricole n&#233;cessaire pour lib&#233;rer l'homme. Il voit le progr&#232;s agricole d'un point de vue qui englobe et d&#233;passe largement l'&#233;conomique, et cherche &#224; obtenir celui-ci, plus classiquement, par l'approfondissement agronomique. Jusque vers le milieu du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, au moins, ces deux points de vue, avec toute une gamme de nuances entre ces extr&#234;mes, se disputeront le haut du pav&#233; de l'enseignement agricole. Quand Matthieu de Dombasle, fondateur de l'Ecole de Roville en 1823, explique que le &#171; premier b&#233;n&#233;fice &#187; que l'on fait dans l'agriculture &#171; est celui qui r&#233;sulte des &#233;conomies &#187;, un Auguste Bella, fondateur de l'Institution royale agronomique de Grignon en 1826, promeut notamment l'utilisation de &#171; gros capitaux et la r&#233;duction des prix de revient &#187; :
&lt;br /&gt;&#171; La diff&#233;rence de conception entre les deux &#233;coles de ce que doit &#234;tre l'agriculture se voit, par exemple, dans le fait que l'on parle &#224; Roville de &#171; d&#233;pense &#224; l'hectare &#187; alors qu'&#224; Grignon on s'int&#233;resse &#171; au prix de revient &#224; l'hectolitre &#187; [&lt;a href='#nb4-139' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, Les sciences (...)' id='nh4-139'&gt;139&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Mais revenons, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; la vision de la prosp&#233;rit&#233; en jeu chez les physiocrates. S'il faut une agriculture financi&#232;rement rentable, ce n'est pas pour le bien de tous les paysans, qui repr&#233;sentent l'immense majorit&#233; de la population fran&#231;aise &#224; l'&#233;poque de Quesnay. Cette foule, domin&#233;e par les petits producteurs, semble singuli&#232;rement absente de l'&#339;uvre des physiocrates [&lt;a href='#nb4-140' class='spip_note' rel='footnote' title='L'&#233;limination de la petite culture pose le probl&#232;me de l'existence des nombreux (...)' id='nh4-140'&gt;140&lt;/a&gt;]. Serait-elle d&#233;j&#224; promise &#224; l'exode rural et &#224; la prol&#233;tarisation industrielle au nom de la prosp&#233;rit&#233; et du progr&#232;s ? [&lt;a href='#nb4-141' class='spip_note' rel='footnote' title='Une telle d&#233;ch&#233;ance des petits paysans s'est bien produite en Angleterre avec (...)' id='nh4-141'&gt;141&lt;/a&gt;] S'il faut une agriculture qui rapporte, c'est pour ceux des propri&#233;taires et des nobles fran&#231;ais qui voudraient s'engager dans l'am&#233;lioration de leurs domaines fonciers. Il s'agit d'imiter les Anglais : les lords anglais sont souvent vers&#233;s dans le capitalisme agraire [&lt;a href='#nb4-142' class='spip_note' rel='footnote' title='Via l'investissement mon&#233;taire, technique et agronomique.' id='nh4-142'&gt;142&lt;/a&gt;] et manufacturier, tandis que la noblesse fran&#231;aise d&#233;laissent ses domaines de province pour se rassembler en une cour permanente et oisive, particuli&#232;rement autour de Louis XIV. &lt;br /&gt;La prosp&#233;rit&#233; qui se d&#233;gagera &#224; partir d'une telle agriculture capitaliste permettra d'assurer la puissance et le rayonnement du pays : les r&#233;volutions agraires et industrielles de l'Angleterre, son lib&#233;ralisme politique et &#233;conomique, constituent le mod&#232;le dominant des intellectuels fran&#231;ais du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle [&lt;a href='#nb4-143' class='spip_note' rel='footnote' title='Quesnay F., ibid., p. 159 et surtout pp. 190-206. Voir aussi Miquel P., (...)' id='nh4-143'&gt;143&lt;/a&gt;]. Le capitalisme passe alors pour un des moteurs du progr&#232;s et de la civilisation.
&lt;br /&gt;Ici, on peut sans doute suivre Catherine Larr&#232;re pour rappeler la critique physiocratique du mercantilisme et souligner son rapport au capitalisme et aux formes de productions ant&#233;rieures. Le mercantilisme, qui privil&#233;gie l'investissement industriel, repr&#233;sente ainsi, du point de vue de Quesnay, &#171; une tentative artificielle et pr&#233;matur&#233;e de d&#233;velopper le capitalisme sans s'appuyer sur les formes de production ant&#233;rieures &#187;. Le mercantilisme privil&#233;gie un mod&#232;le de d&#233;veloppement urbain et industriel mais ne peut transformer les campagnes ; il vit de la mis&#232;re de la majorit&#233;. Les villes sont encercl&#233;s par l'ancien syst&#232;me, le mercantilisme doit y succomber. L'opposition est dramatique entre industrie, villes, et campagnes mis&#233;reuses [&lt;a href='#nb4-144' class='spip_note' rel='footnote' title='La vision noire des conditions de vie des paysans est ambigu&#235; chez Quesnay (...)' id='nh4-144'&gt;144&lt;/a&gt;]. A l'oppos&#233; du mercantilisme, la &#171; tentative physiocratique &#187; accepte, selon Catherine Larr&#232;re, &#171; l'h&#233;ritage du f&#233;odalisme. Elle l'accepte pour le transformer : la petite culture doit dispara&#238;tre au profit de la grande, les propri&#233;taires oisifs doivent jouer un r&#244;le actif dans la production. Cette transformation est fondamentale ; le mode de production capitaliste ne peut devenir dominant qu'en s'attaquant au secteur &#233;conomique central &#224; cette &#233;poque, le seul dont la transformation modifiera de fa&#231;on d&#233;cisive les rapports de production : l'agriculture &#187; [&lt;a href='#nb4-145' class='spip_note' rel='footnote' title='Larr&#232;re C., op. cit., p.65.' id='nh4-145'&gt;145&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Le passage suivant du &lt;em&gt;Tableau &#233;conomique&lt;/em&gt; de Quesnay r&#233;sume bien l'articulation qu'il fait entre le primat de la valeur marchande des produits agricoles, la prosp&#233;rit&#233; de la nation et l'int&#233;r&#234;t commun, ainsi que le repoussoir que constitue pour lui un pays de paysans libres :
&lt;br /&gt;&#171; Les propri&#233;taires et les gouvernements, souvent trop peu clairvoyants, n'envisagent dans le d&#233;p&#233;rissement de l'agriculture que le d&#233;p&#233;rissement m&#234;me des facult&#233;s du cultivateur, et ils l'envisagent avec indiff&#233;rence, sans consid&#233;rer que ce sont eux qui seront les premiers ruin&#233;s ; car ou tout sera an&#233;anti , ou le dernier &#233;pi sera au moins pour le cultivateur. Ce n'est donc point l'&#233;tat du cultivateur qu'on envisage d'un &#339;il si tranquille, qui doit fixer l'attention de la nation. L'&#233;tat du cultivateur sera assur&#233; lorsque la nation s'attachera avec connaissance &#224; assurer le sien. &lt;em&gt;Le cultivateur, born&#233; &#224; lui-m&#234;me, n'aurait besoin que de simples productions pour vivre. Mais la nation a besoin que la terre produise le plus qu'il est possible, et que les productions deviennent des richesses pour la plus grande valeur v&#233;nale possible ; car c'est de cette valeur v&#233;nale que r&#233;sultent son revenu et ses richesses&lt;/em&gt;. En effet, si la valeur v&#233;nale ne soutient pas le prix des productions au-dessus de celui des d&#233;penses de la culture, il n'y aura ni revenu ni richesse, quelque abondantes que soient les productions ; et &lt;em&gt;tous les hommes seraient forc&#233;s de travailler &#224; la terre, si ses productions ne leur procuraient que l'aliment&lt;/em&gt;, &#224; l'exclusion de tout &#233;change et de toute valeur de compensation pour d'autres jouissances ; car aucun n'&#233;tendrait son travail jusqu'&#224; la production d'un superflu qui lui serait inutile. Tous les hommes seraient &#233;gaux et ind&#233;pendants les uns des autres. La force m&#234;me, la force physique ne dominerait pas, car les r&#233;sultats de l'int&#233;r&#234;t commun n'aurait alors d'autre objet de s&#251;ret&#233; que de la r&#233;primer. Elle n'aurait aucun moyen d'association pour s'assurer la sup&#233;riorit&#233; ; car &lt;em&gt;l&#224; o&#249; les productions et les services ne seraient pas pay&#233;s&lt;/em&gt;, l&#224;, dis-je, o&#249; il n'y aurait pas de prix de compensation, &lt;em&gt;il n'y aurait ni commerce&lt;/em&gt;, ni engagement, ni ma&#238;tres, ni valets, &lt;em&gt;ni force militaire, ni gouvernement civil. Un tel &#233;tat de soci&#233;t&#233; ne serait qu'un &#233;tat passager aussit&#244;t envahi par ses voisins, ou un pays de sauvages ou de p&#226;tres, abandonn&#233; &#224; la dispersion de ses habitants &#187; [&lt;a href='#nb4-146' class='spip_note' rel='footnote' title='Quesnay F., Tableau &#233;conomique, in Physiocratie, Droit naturel, Tableau (...)' id='nh4-146'&gt;146&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Avant de clore cette discussion des rapports entre l'approche de Masanobu Fukuoka et celle des physiocrates, nous allons mettre en lumi&#232;re la conception du commerce des partisans de Quesnay : un tel &#233;clairage nous pr&#233;parera &#224; comprendre, ensuite, le probl&#232;me de la dualit&#233; des march&#233;s agricoles et industriels [&lt;a href='#nb4-147' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette compr&#233;hension nous servira &#233;galement pour saisir, plus loin, la logique (...)' id='nh4-147'&gt;147&lt;/a&gt;]. Ce n'est qu'apr&#232;s ces d&#233;veloppements que nous pourrons appr&#233;cier en connaissance de cause la position de M. Fukuoka vis &#224; vis des physiocrates, ainsi que son jugement sur la situation des agriculteurs face &#224; l'&#233;conomie industrielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'utopie du bon commerce chez les physiocrates
&lt;br /&gt;Fran&#231;ois Quesnay affirme que &#171; la valeur v&#233;nale en argent est la base de toute estimation et de toute supputation dans l'&#233;conomie politique, et de tous rapports de richesses entre les nations &#187; [&lt;a href='#nb4-148' class='spip_note' rel='footnote' title='Quesnay F., Tableau &#233;conomique, op. cit.., p. 158.' id='nh4-148'&gt;148&lt;/a&gt;]. De m&#234;me, il ne fait pas d'ambigu&#239;t&#233; sur la place du commerce dans son approche : &#171; Le commerce, nous en avons parl&#233; et nous en parlerons souvent ; car ici tout est commerce, revenus et d&#233;penses[&#8230;] &#187; [&lt;a href='#nb4-149' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 161.' id='nh4-149'&gt;149&lt;/a&gt;]. Certes, l'agriculture doit avoir le primat sur le commerce, mais il n'en demeure pas moins qu'elle est une activit&#233; cr&#233;atrice de richesses qu'il faudra convertir, &lt;em&gt;gr&#226;ce au commerce&lt;/em&gt;, en monnaie, afin d'alimenter le circuit &#233;conomique et la prosp&#233;rit&#233;. Le mauvais commerce, quant &#224; lui, est celui qui, &#233;loign&#233; de la sph&#232;re productive &#8211; agricole -, ne cherche &#224; faire de l'argent qu'en se fondant &#171; sur la circulation de l'argent &#187; [&lt;a href='#nb4-150' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid. Voir aussi l'introduction de cet ouvrage par Jean Cartelier, p. (...)' id='nh4-150'&gt;150&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Quesnay et les physiocrates, suivant le &#171; mod&#232;le &#187; anglais, mirent en valeur le laisser-faire en mati&#232;re &#233;conomique. Ils furent des partisans inconditionnels du libre &#233;change. Il ne faudrait pas que l'Etat intervienne en mati&#232;re &#233;conomique. La critique du gouvernement &#233;conomique et la d&#233;fense du &#171; &lt;em&gt;laisser faire, laissez passer &#187;&lt;/em&gt;, au service du bien g&#233;n&#233;ral, constituent &#171; deux lignes d'arguments dispers&#233;s dans toute l'&#339;uvre &#187; [&lt;a href='#nb4-151' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner P., La &#171; science nouvelle &#187; de l'&#233;conomie politique, op. cit., p. (...)' id='nh4-151'&gt;151&lt;/a&gt;] des physiocrates. De plus, ils critiquaient les n&#233;gociants qui cherchaient &#224; influer sur l'Etat afin d'obtenir des situations de march&#233;s privil&#233;gi&#233;s ou prot&#233;g&#233;s, au d&#233;triment, selon les physiocrates, du commerce en g&#233;n&#233;ral [&lt;a href='#nb4-152' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., notamment p. 26 et 84.' id='nh4-152'&gt;152&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Ils r&#234;vent d'un march&#233; des biens agricoles et industriels libre et autor&#233;gulateur, o&#249; l'offre et la demande s'&#233;quilibrent tant au niveau des quantit&#233;s que des prix avantageux pour les deux parties. Le lib&#233;ralisme &#233;conomique int&#233;gral &#233;tait pour eux le chemin le plus s&#251;r de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Mais l'&#339;uvre des physiocrates est essentiellement th&#233;orique. L'abstraction du &lt;em&gt;Tableau &#233;conomique&lt;/em&gt; n'inclut pas la r&#233;alit&#233; permanente des interventions et l&#233;gislations publiques, ni celle des situations qui tendent aux monopoles, ni les sp&#233;culations diverses [&lt;a href='#nb4-153' class='spip_note' rel='footnote' title='Par exemple sur les grains, en jouant sur le stockage pour faire monter les (...)' id='nh4-153'&gt;153&lt;/a&gt;]. De m&#234;me, elle n'anticipe pas sur les cons&#233;quences d'une division du travail de plus en plus pouss&#233;e, qu'Adam Smith va mettre en valeur [&lt;a href='#nb4-154' class='spip_note' rel='footnote' title='Bairoch P., op. cit., p. 115-116.' id='nh4-154'&gt;154&lt;/a&gt;], associ&#233;e &#224; des &#233;carts de co&#251;ts de production r&#233;duisant &#224; peu de choses les espoirs de la fixation d'un bon prix avantageux pour tous dans le cadre d'un march&#233; de plus en plus unifi&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale. Ainsi, &#171; Quesnay suppose une commercialisation du bl&#233; sans intervention du marchand, c'est-&#224;-dire un &#233;change direct entre le producteur et le consommateur sur le march&#233; de premi&#232;re main ; [&#8230;] &#187; [&lt;a href='#nb4-155' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner P., op. cit., p. 51.' id='nh4-155'&gt;155&lt;/a&gt;]. Avec un tel mod&#232;le th&#233;orique, le &#171; r&#233;sultat obtenu par Quesnay est remarquable sur un point d&#233;cisif : en permettant d'acc&#233;der au bon prix, la libert&#233; du commerce am&#233;liore sensiblement la situation du producteur (prix commun du vendeur plus &#233;lev&#233;) sans que cette am&#233;lioration se fasse au d&#233;triment de celle du consommateur (tr&#232;s faible augmentation du prix commun de l'acheteur) &#187; [&lt;a href='#nb4-156' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 56. Nous rencontrerons plus loin, avec le mouvement paysan d'Hans (...)' id='nh4-156'&gt;156&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Outre cela, la th&#233;orie physiocratique esp&#232;re que les propri&#233;taires fonciers vont r&#233;investir leurs rentes dans l'agriculture, afin que les fermiers puissent continuer &#224; am&#233;liorer leurs syst&#232;mes productifs, et que le cycle de bons prix et de prosp&#233;rit&#233; se poursuive. Or, dans la logique de la r&#233;volution industrielle, l'investissement agricole n'est pas porteur du d&#233;veloppement du capitalisme. Parmi les facteurs de la croissance agricole de la France apr&#232;s 1720, &#171; figurent en bonne place les influences de la g&#233;n&#233;ralisation de la production marchande qui a permis une meilleure sp&#233;cialisation des terres et une rentabilisation accrue des productions. Loin de renforcer un &#171; capitalisme agricole &#187;, ces tendances ont abouti &#224; une augmentation de la rente fonci&#232;re dont on a vu qu'elle ne s'investit pas dans l'agriculture, en d&#233;pit des conseils prodigu&#233;s par les Physiocrates &#187; [&lt;a href='#nb4-157' class='spip_note' rel='footnote' title='Cartelier J., op. cit., p. 63.' id='nh4-157'&gt;157&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Bien que g&#233;n&#233;ralement pr&#233;sent&#233;e comme pr&#233;curseur ou initiatrice de la science &#233;conomique moderne, la physiocratie appara&#238;t &#233;galement comme une th&#233;orie &#224; contre courant des &#233;volutions socio-&#233;conomiques du capitalisme industriel naissant. Plut&#244;t qu'une &#233;volution vers un prix stable et avantageux pour tous, l'histoire moderne montre une instabilit&#233; des prix et des in&#233;galit&#233;s de cons&#233;quences pour les diff&#233;rents agents du march&#233;. On peut donc consid&#233;rer le bon prix des physiocrates comme une utopie.
&lt;br /&gt;Au del&#224;, le march&#233; agricole va devenir de plus en plus s&#233;par&#233; du march&#233; industriel et domin&#233; par lui. Apr&#232;s avoir pris la mesure de la conscience fukuokienne de cette dualit&#233; des march&#233;s nous nous efforcerons de remettre en contexte la gen&#232;se historique du ph&#233;nom&#232;ne de la domination socio-&#233;conomique des agriculteurs.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le pi&#232;ge de l'agriculture commerciale selon Masanobu Fukuoka&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La r&#233;volution agricole moderne : de l'importance du travail &#224; l'importance de l'argent
&lt;br /&gt;L'histoire de la transformation g&#233;n&#233;rale de l'agriculture japonaise est &#224; peu pr&#232;s concomitante du m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne en France, c'est-&#224;-dire au lendemain de la seconde guerre mondiale. Masanobu Fukuoka relate et analyse ce bouleversement en ces termes :
&lt;br /&gt;&#171; Le premier pas fut l'arriv&#233;e du tracteur au village, un moment charni&#232;re dans l'&#233;volution de l'agriculture japonaise. Il fut rapidement suivi par des v&#233;hicules &#224; trois roues et des camions. Avant qu'on ait eut le temps de le r&#233;aliser, des c&#226;bles a&#233;riens, des monorails et des routes carrossables s'&#233;tendaient jusqu'aux confins du village, toutes choses qui faussaient compl&#232;tement les notions de temps et d'espace du paysans. Avec cette vague de changement, &lt;em&gt;de l'agriculture &#224; forte composante de travail &#224; l'agriculture &#224; forte composante de capital&lt;/em&gt;, v&#238;nt le remplacement de la charrue tir&#233;e par des chevaux par des syst&#232;mes m&#233;caniques, puis, plus tard, par des tracteurs &#187; [&lt;a href='#nb4-158' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, p. 33. Je souligne.' id='nh4-158'&gt;158&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;L'arriv&#233;e du tracteur marque une nouvelle &#233;tape dans la m&#233;canisation de l'agriculture. Mais ce changement est ins&#233;parable du r&#244;le croissant de l'argent dans l'agriculture, tel que le souhaitaient, deux si&#232;cles auparavant, les physiocrates. M. Fukuoka a compris que tous les paysans ne pouvaient pas s'inscrire dans cette agriculture &#224; gros capitaux. Et la l&#233;gislation japonaise n'est pas venue, selon lui, contrarier ce changement. Il est probable qu'il ferait une analyse des lois d'orientation agricole fran&#231;aises de 1960 et 1962 proche de celle-ci : &#171; &lt;em&gt;Les principes de l'Acte Agricole avaient &#233;t&#233; &#233;tablis en 1961 pour d&#233;finir le r&#244;le et la direction que devait adopter l'agriculture japonaise. Mais au lieu de constituer une assise utile &#224; l'action des fermiers, ils mirent ceux-ci sous contr&#244;le et transmirent les r&#234;nes &#224; la communaut&#233; financi&#232;re&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-159' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 34.' id='nh4-159'&gt;159&lt;/a&gt;]. Ainsi, l'agriculture serait entr&#233;e sous la domination de la sph&#232;re marchande : &#171; &lt;em&gt;Apr&#232;s la guerre, l'agriculture japonaise fut consid&#233;r&#233;e comme une branche de l'&#233;conomie et transform&#233;e en un business. Cela d&#233;clencha un processus de destruction &#224; partir de l'int&#233;rieur qui s'est poursuivi r&#233;guli&#232;rement depuis lors&lt;/em&gt;. La destruction de l'agriculture priv&#233;e de sa signification essentielle a d'ores et d&#233;j&#224; atteint un degr&#233; alarmant &#187; [&lt;a href='#nb4-160' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 305.' id='nh4-160'&gt;160&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Les paysans japonais ont-ils r&#233;sist&#233; &#224; cette p&#233;n&#233;tration de la m&#233;canisation co&#251;teuse dans leur travail ? Il semble que non. L'attirance d'un travail facilit&#233; et l'impression d'un co&#251;t modique de la m&#233;canisation constituent une premi&#232;re raison de cette acceptation : &#171; &lt;em&gt;L'homme raisonne par comparaison. C'est pourquoi il croit pr&#233;f&#233;rable que ce soit le cheval qui laboure plut&#244;t que lui-m&#234;me, et plus pratique de poss&#233;der un tracteur de 10 chevaux plut&#244;t que d'&#233;lever 10 chevaux. Voyons ! Si un moteur d'un cheval-vapeur&lt;/em&gt; co&#251;te moins cher &lt;em&gt;qu'un cheval, pourquoi s'en priver ! Une telle fa&#231;on de penser a acc&#233;l&#233;r&#233; l'expansion de la m&#233;canisation et semble raisonnable dans le contexte de&lt;/em&gt; notre &#233;conomie fond&#233;e sur la monnaie &#187; [&lt;a href='#nb4-161' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 47. Je souligne.' id='nh4-161'&gt;161&lt;/a&gt;]. Une seconde raison est que les paysans aient vu dans la m&#233;canisation un moyen de lib&#233;rer de leur temps ou des hommes pour faire leur travail agricole, et ainsi envisager un emploi ext&#233;rieur pour gagner plus d'argent : &#171; &lt;em&gt;Employer cette &#233;nergie exc&#233;dentaire &#224; un autre travail&lt;/em&gt; augmente le revenu &lt;em&gt;et c'est ainsi que les gens raisonnent&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-162' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-162'&gt;162&lt;/a&gt;]. Pour Masanobu Fukuoka, les paysans japonais ont chang&#233; de mentalit&#233; au contact de la soci&#233;t&#233; industrielle. Ils sont devenus des hommes en qu&#234;te d'argent. Le p&#232;re de l'agriculture sauvage ne cherche pas &#224; comprendre s'il peut y avoir des motivations raisonnables dans le souci paysan de s'enrichir [&lt;a href='#nb4-163' class='spip_note' rel='footnote' title='Du c&#244;t&#233; du confort dans le travail et &#224; la maison, dans la recherche de (...)' id='nh4-163'&gt;163&lt;/a&gt;], il constate les probl&#232;mes qui en d&#233;coule, au premier rang desquels il situe la perversion du travail agricole lui-m&#234;me :
&lt;br /&gt;&#171; Les paysans japonais d'aujourd'hui sont amoureux de l'argent. Ils n'ont d&#233;sormais plus ni temps, ni affection &#224; accorder &#224; la nature ou &#224; leurs cultures. [&#8230;] Ils ne parlent pas avec la terre, ne conversent pas avec leur r&#233;colte ; seule la moisson des billets de banque les int&#233;resse. Ils cultivent des denr&#233;es sans choisir ni le moment, ni l'endroit, sans accorder la moindre attention &#224; l'&#224;-propos du choix de telle ou telle culture &#187; [&lt;a href='#nb4-164' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, op. cit., p. 36..' id='nh4-164'&gt;164&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Si la grande majorit&#233; des agriculteurs japonais ont tent&#233; de suivre la derni&#232;re vague de modernisation de l'agriculture, Masanobu Fukuoka a, quant &#224; lui, choisi la r&#233;sistance, en consid&#233;rant que l'agriculture commerciale ne rapporte pas &#224; l'agriculteur :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Quand la conception de l'agriculture commerciale fit son apparition je m'y opposai. Au Japon, l'agriculture commerciale ne profite pas &#224; l'agriculteur. [&#8230;]Fertilisants, alimentation du b&#233;tail, &#233;quipement et produits chimiques sont achet&#233;s &#224; des prix fix&#233;s &#224; l'&#233;tranger, et l'on ne peut d&#233;terminer &#224; l'avance ce que sera le co&#251;t r&#233;el par kilo lorsqu'on utilise ces produits d'importation. C'est le commer&#231;ant qui le fixe enti&#232;rement. Et avec les prix de vente &#233;galement fix&#233;s, le revenu de l'agriculteur est &#224; la merci de forces qu'il ne contr&#244;le pas. En g&#233;n&#233;ral l'agriculture commerciale est une op&#233;ration instable. L'agriculteur ferait beaucoup mieux de cultiver la nourriture qui lui est n&#233;cessaire sans penser &#224; faire de l'argent &#187; [&lt;a href='#nb4-165' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, p. 120.' id='nh4-165'&gt;165&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'habitude de l'agrochimie devient tr&#232;s risqu&#233;e pour la comptabilit&#233; de l'agriculteur car les prix des intrants varient, de saison culturales en saison culturale, sans que l'agriculteur puisse intervenir dans leur fixation ni pr&#233;voir leur &#233;volution. De plus, la fixation des prix agricoles, hors de la sph&#232;re d'action de l'agriculteur &#233;galement, renforce la situation &#233;conomique domin&#233;e de la plupart des agriculteurs engag&#233;s dans l'agrochimie marchande. Nous allons analyser plus en d&#233;tail cette question en poursuivant l'&#233;tude de sa compr&#233;hension chez M Fukuoka.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le pi&#232;ge de l'agriculture commerciale moderne
&lt;br /&gt;Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, des agriculteurs de plus en plus nombreux ont cru que les machines et les produits chimiques de synth&#232;se pouvaient leur faire gagner de l'argent. On [&lt;a href='#nb4-166' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce &#171; on &#187; renvoie chez Masanobu Fukuoka au &#171; complexe agro-industriel &#187; mais (...)' id='nh4-166'&gt;166&lt;/a&gt;] les a largement aid&#233; &#224; croire que les nouvelles m&#233;thodes de production pouvaient leur apporter des profits en augmentant nettement les rendements : &#171; La machine, les fertilisants chimiques, et les pesticides ont &#233;loign&#233; le paysan de la nature. Bien que ces produits inutiles de l'industrie humaine n'augmentent pas le rendement de la terre, parce qu'ils lui sont pr&#233;sent&#233;s comme des instruments du profit [&lt;a href='#nb4-167' class='spip_note' rel='footnote' title='Cet argument fait &#233;cho &#224; celui d'Howard quant au changement produit par (...)' id='nh4-167'&gt;167&lt;/a&gt;] et du rendement, le paysan travaille dans l'illusion qu'ils lui sont n&#233;cessaires &#187; [&lt;a href='#nb4-168' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 47. Masanobu Fukuoka affirme en g&#233;n&#233;ral que sa m&#233;thode &#233;gale les (...)' id='nh4-168'&gt;168&lt;/a&gt;]. Ainsi, Masanobu Fukuoka a conscience que la course au progr&#232;s technologique ne fait pas baisser les co&#251;ts de production, au contraire. Il trouve logique que l'on ne puisse produire moins cher qu'en minimisant les intrants [&lt;a href='#nb4-169' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, p. 42-43.' id='nh4-169'&gt;169&lt;/a&gt;]. Du coup, la recherche d'un emploi ext&#233;rieur &#224; la ferme, gr&#226;ce au temps &#233;conomis&#233; par la m&#233;canisation, n'est pas une source d'enrichissement mais bien souvent un moyen de payer l'achat et l'entretien du mat&#233;riel agricole et des intrants :
&lt;br /&gt;&#171; Il est souvent pr&#233;tendu que la m&#233;canisation a augment&#233; l'efficacit&#233; du travail, mais les agriculteurs doivent utiliser les heures exc&#233;dentaires pass&#233;es hors de leurs champs &#224; gagner un revenu ext&#233;rieur pour les aider &#224; payer leur &#233;quipement. Tout ce qu'ils ont fait est d'&#233;changer leur travail dans les champs pour &lt;em&gt;une besogne salari&#233;e&lt;/em&gt; ; ils ont troqu&#233; la joie de travailler sous le ciel pour de mornes heures de labeur, enferm&#233;s dans une usine &#187; [&lt;a href='#nb4-170' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 22. Je souligne. Notons l'opposition des termes &#224; connotation (...)' id='nh4-170'&gt;170&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;L'agriculteur qui s'engage dans l'agriculture moderne part dans l'inconnu. Il ne sait pas d'une part, l'&#233;volution des prix de son &#233;quipement, de ses engrais, de ses biocides, ni celle, d'autre part, du prix de vente de ses r&#233;coltes. Il est pris dans un engrenage, un cercle vicieux, qu'illustre ici Masanobu Fukuoka avec l'image d'un animal &#171; &#224; la roue &#187; :
&lt;br /&gt;&#171; De nos jours, l'agriculteur loue ses bras &#224; la soci&#233;t&#233; industrialis&#233;e. Il essaie sans succ&#232;s de &lt;em&gt;gagner de l'argent&lt;/em&gt; en cultivant la terre &#224; coup de produits chimiques de synth&#232;se, un tour de force qui mettrait &#224; rude &#233;preuve les pouvoirs de la D&#233;esse de Mis&#233;ricorde aux Cent Bras elle-m&#234;me. Il n'est pas alors surprenant qu'il soit &#224; la roue comme un &#233;cureuil &#187; [&lt;a href='#nb4-171' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, p. 15. Je souligne.' id='nh4-171'&gt;171&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;L'auteur d&#233;crit enfin, en terme de co&#251;ts et de revenus, le caract&#232;re illusoire de la recherche paysanne du profit &lt;em&gt;par l'agriculture moderne [&lt;a href='#nb4-172' class='spip_note' rel='footnote' title='Je souligne ici &#171; par l'agriculture moderne &#187; pour deux raisons. La premi&#232;re (...)' id='nh4-172'&gt;172&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;, un processus que d'autres ont nomm&#233; le &#171; ph&#233;nom&#232;ne des ciseaux &#187; Il rappelle aussi qu'une de ses cons&#233;quences tragiques, mais tr&#232;s r&#233;pandue chez les agriculteurs, est la ruine et/ou l'abandon du m&#233;tier :
&lt;br /&gt;&#171; Le probl&#232;me, pourtant, est que ce revenu exc&#233;dentaire ne peut pas provenir de la terre. En fait, le rendement de la terre d&#233;cro&#238;tra probablement avec la mont&#233;e en fl&#232;che des besoins en &#233;nergie. Pour finir, le fermier est chass&#233; de son champ par la machine. Il est possible que l'utilisation de la machine rende le travail au champ plus facile, mais &lt;em&gt;le revenu de la terre a diminu&#233;&lt;/em&gt;. Cependant, les imp&#244;ts ne sont pas &#224; la baisse, et les co&#251;ts de la m&#233;canisation continuent de grimper par bonds successifs. Voil&#224; o&#249; en est le paysan &#187; [&lt;a href='#nb4-173' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 47. Je souligne.' id='nh4-173'&gt;173&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne des ciseaux
&lt;br /&gt;Masanobu Fukuoka a bien discern&#233; que l'intrusion de la logique marchande et industrielle dans l'agriculture a pour r&#233;sultat, la plupart du temps, l'&#233;chec des agriculteurs et leur abandon du m&#233;tier [&lt;a href='#nb4-174' class='spip_note' rel='footnote' title='On ne s'explique alors qu'il reste encore des agriculteurs dans cette logique (...)' id='nh4-174'&gt;174&lt;/a&gt;]. D'un c&#244;t&#233;, ils vendent leurs produits agricoles &#224; des prix incertains, mais surtout bas et orient&#233;s &#224; la baisse d'ann&#233;es en ann&#233;es. De l'autre, ils ach&#232;tent des intrants industriels &#224; des prix toujours croissants. Il existe ainsi une dualit&#233; des march&#233;s, tr&#232;s bien mise en lumi&#232;re dans sa structure et sa gen&#232;se historique, par Raymond Delatouche : le march&#233; industriel et le march&#233; agricole [&lt;a href='#nb4-175' class='spip_note' rel='footnote' title='Delatouche R., ibid., p. 116-126.' id='nh4-175'&gt;175&lt;/a&gt;]. L'agriculteur entr&#233; dans l'agriculture moderne est pris dans un &#233;change in&#233;gal, fauss&#233; par cette dualit&#233; :
&lt;br /&gt;&#171; C'est le ph&#233;nom&#232;ne des ciseaux : toujours plus de produits agricoles pour le m&#234;me produit ouvr&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4-176' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 125. Pour une description d&#233;taill&#233;e et appuy&#233;e sur des exemples, (...)' id='nh4-176'&gt;176&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Concr&#232;tement parlant, saisissons bien l'ampleur de cette paup&#233;risation agricole :
&lt;br /&gt;&#171; En 1939, pour un quintal de bl&#233;, on avait 25 sacs de ciment, il en faut six en 1986. Jusqu'en 1914, dans les campagnes, on avait 1kg de pain pour 1kg de bl&#233;. Il faut aujourd'hui 10 &#224; 15 kg de bl&#233; pour 1 kg de pain &#187; [&lt;a href='#nb4-177' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 142.' id='nh4-177'&gt;177&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Plus r&#233;cemment, un agriculteur, interwiew&#233; par Estelle Del&#233;age, donne cet autre exemple :
&lt;br /&gt;&#171; Il y a quelque chose de dramatique qui s'est produit avec l'agriculture. Les politiques publiques y ont largement contribu&#233;. Il y a quarante ans, avec un kilo de bl&#233;, on avait quatre timbres poste. Aujourd'hui, il faut cinq kg de bl&#233; pour avoir un timbre &#224; trois francs &#187; [&lt;a href='#nb4-178' class='spip_note' rel='footnote' title='Del&#233;age E., op. cit., p. 152.' id='nh4-178'&gt;178&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Pour comprendre la formation de ce processus, il faut retrouver les m&#233;canismes qui ont contribu&#233; &#224; la mise sous contr&#244;le de la commercialisation agricole, puis comprendre qu'ils ne sont vraiment devenus dramatiques qu'&#224; partir du moment o&#249; l'agriculteur et sa famille ont quitt&#233; l'autosubsistance, lors de la p&#233;n&#233;tration de la r&#233;volution industrielle et de l'agriculture commerciale dans les campagnes, accompagnant l'ouverture toujours plus grande des march&#233;s agricoles locaux puis r&#233;gionaux au march&#233; mondial.
&lt;br /&gt;Dans un premier temps, l'essentiel est peut-&#234;tre d'apprendre que le contr&#244;le de la commercialisation agricole a &#233;t&#233; mis en place, d'une part, pour la satisfaction des consommateurs urbains et la protection des gouvernants en place, et, d'autre part, contre la libert&#233; des paysans et sans aucun souci pour leur propre d&#233;veloppement.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Urbanisation, principe des Halles, et R&#233;volution industrielle : gen&#232;se et m&#233;canisme de la domination &#233;conomique de l'agriculture&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'urbanisation acc&#233;l&#233;r&#233;e, l'alimentation et les craintes des gouvernants
&lt;br /&gt;La mise en place d'un march&#233; agricole contr&#244;l&#233; a &#233;t&#233; faite afin d'&#233;viter des disettes dans les centres urbains et les troubles de l'ordre public qui pouvaient s'en suivre. L'histoire de cette mise sous contr&#244;le des agriculteurs est donc indissociable de l'histoire de l'urbanisation et de celle du pouvoir, au moins dans le cas fran&#231;ais. Avant cette mise en place, dans une soci&#233;t&#233; essentiellement paysanne et tr&#232;s faiblement urbanis&#233;e, les march&#233;s s'&#233;tablissent spontan&#233;ment &#224; proximit&#233; des producteurs, dans les bourgs :
&lt;br /&gt;&#171; Le march&#233;, &#233;tymologiquement le lieu o&#249; sont rassembl&#233;s les marchandises, est une institution spontan&#233;e d&#232;s qu'il y a gros village, bourg, embryon de ville : les paysans y viennent pour y trouver ce qui leur manque, en &#233;change de ce qu'ils ont en trop ; les citadins, pour se procurer des denr&#233;es alimentaires et certaines mati&#232;res premi&#232;res, laine, textiles, en &#233;change de ce qu'ils fabriquent. Le paysan y trouve la quasi-certitude de vendre, sans d&#233;marche commerciale particuli&#232;re, sans porte &#224; porte que ne justifierait pas sa faible production ; le citadin, celle d'acheter, sans avoir &#224; qu&#234;ter &#224; travers la campagne &#187; [&lt;a href='#nb4-179' class='spip_note' rel='footnote' title='Delatouche R., op. cit., p. 117.' id='nh4-179'&gt;179&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;La situation change quand la ville prend plus d'importance [&lt;a href='#nb4-180' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut donc supposer qu'une ma&#238;trise de l'urbanisation, en maintenant les (...)' id='nh4-180'&gt;180&lt;/a&gt;]. Les pouvoirs publics &#171; se pr&#233;occupent du march&#233; d&#232;s que le ravitaillement des habitants, du fait de leur nombre, commence &#224; faire probl&#232;me &#187; [&lt;a href='#nb4-181' class='spip_note' rel='footnote' title='Delatouche R., op. cit., p. 118.' id='nh4-181'&gt;181&lt;/a&gt;]. Si les habitants des grandes villes manquent de nourriture ils risquent de &#171; s'&#233;chauffer &#187; et de s'en prendre aux pouvoirs publics, jusqu'&#224; menacer de chute le pouvoir en place. Mais comment expliquer la relation entre la taille des villes et les limites de l'organisation spontan&#233;e des march&#233;s de bourgs ? Le cas de Paris est exemplaire.
&lt;br /&gt;Au XII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Paris, la plus grande ville d'Europe, compte 200.000 habitants, ce qui est beaucoup, surtout pour l'&#233;poque. A Paris, si&#232;ge de la monarchie, le pouvoir vit au contact d'une population &#233;norme et &#171; volontiers turbulente &#187; [&lt;a href='#nb4-182' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 119.' id='nh4-182'&gt;182&lt;/a&gt;] : en cas de probl&#232;me, le peuple n'h&#233;site gu&#232;re &#224; aller interpeller directement le roi, place du Louvres. L'approvisionnement alimentaire pouvait devenir difficile dans cette m&#233;tropole, d'autant que l'offre des paysans &#233;tait assez limit&#233;e. Ainsi, la viande arrivait essentiellement sur pied sur les march&#233;s. Mais dans une ville aussi &lt;em&gt;&#233;tendue&lt;/em&gt; et peupl&#233;e que Paris, les t&#234;tes de b&#233;tail qu'amenaient les paysans &#233;taient vendues avant d'arriver sur les march&#233;s du centre-ville, au long des rues, en allant de la p&#233;riph&#233;rie vers le centre. Les paysans venaient librement dans les rues, rencontraient leurs clients, n&#233;gociaient et &lt;em&gt;souvent imposaient leurs prix, vue la sup&#233;riorit&#233; de la demande sur l'offre&lt;/em&gt;. Du point de vue du pouvoir, soucieux de ma&#238;trise et de gouvernement de la soci&#233;t&#233;, l'impossibilit&#233; de conna&#238;tre le niveau quantitatif et qualitatif des entr&#233;es des produits, ou leurs prix, &#233;tait une source d'inqui&#233;tude suppl&#233;mentaire.
&lt;br /&gt;Il y avait donc un r&#233;el probl&#232;me de ravitaillement et de contr&#244;le de celui-ci pour les zones plus centrales de Paris. Or, c'est au centre de la ville que se trouve les lieux du pouvoir. Les gouvernants ont une grande peur de la famine urbaine et de ses cons&#233;quences politiques directes. Ils redoutent aussi la possibilit&#233; de coalition de fermiers, qui, en retenant leurs surplus, auraient pu provoquer une disette, une mont&#233;e significative des prix, la grogne populaire, et donc encore des inqui&#233;tudes pour le pouvoir. Pour mettre fin &#224; ces risques d'instabilit&#233; politique li&#233;e &#224; l'alimentation de fortes populations urbaines, le roi Louis VI le Gros et ses administrateurs, au d&#233;but du XII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, inventent le march&#233; des Halles de Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'invention des Halles de Paris : une origine du contr&#244;le du march&#233; agricole
&lt;br /&gt;Les origines des march&#233;s agricoles contemporains ont &#233;t&#233; bien mises en lumi&#232;re par l'archiviste et pal&#233;ographe Raymond Delatouche&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; [&lt;a href='#nb4-183' class='spip_note' rel='footnote' title='Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale&#8230; Pour cette question l'auteur s'appuie (...)' id='nh4-183'&gt;183&lt;/a&gt;]&lt;/strong&gt;. Les quatre caract&#233;ristiques du march&#233; agricole contr&#244;l&#233; mis en place aux Halles de Paris sous Louis VI le Gros sont les suivantes&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; [&lt;a href='#nb4-184' class='spip_note' rel='footnote' title='Le syst&#232;me de march&#233; que l'on appelle aussi &#171; march&#233; &#224; l'horloge &#187;, &#171; march&#233; (...)' id='nh4-184'&gt;184&lt;/a&gt;]&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* La transparence.
&lt;br /&gt;Les op&#233;rations sont concentr&#233;es en un seul lieu, d&#233;limit&#233; ; &#224; tel jour de la semaine, entre des heures d'ouverture et de fermeture, imp&#233;ratives. Les prix se discutent au grand jour. Toute vente par un producteur est prohib&#233;e en-dehors du march&#233;, m&#234;me le long de la route pour s'y rendre. Il est interdit aux commer&#231;ants, aux d&#233;taillants, aux regrattiers d'aller &#224; la rencontre des livreurs pour traiter hors du march&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* L'homog&#233;n&#233;it&#233;.
&lt;br /&gt;Les marchandises sont pr&#233;sent&#233;es en unit&#233;s rigoureusement semblables. Les poids et mesures sont contr&#244;l&#233;s. Les produits &#233;labor&#233;s sont conformes &#224; un type d&#233;termin&#233; &#8211; c'est l'origine de pr&#233;sentations locales, le fromage de Brie, le jambon de Bayonne. La toile de Laval comporte une certaine densit&#233; de fils. La qualit&#233; est v&#233;rifi&#233;e par des experts-jur&#233;s, la saisie sanctionne les vices.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* L'atomicit&#233;.
&lt;br /&gt;Toute entente, toute coalition entre acheteurs, de nature &#224; influer sur les cours, est rigoureusement proscrite. On va jusqu'&#224; interdire les r&#233;unions au cabaret, durant le march&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* La libre entr&#233;e.
&lt;br /&gt;Le march&#233; est public, ouvert &#224; tous. Toute la marchandise doit &#234;tre physiquement pr&#233;sente &#224; l'ouverture. Delamare note ainsi, tr&#232;s explicitement : &#171; C'est une maxime constante dans la police, et qui est confirm&#233;e par l'exp&#233;rience de tous les temps, que chaque esp&#232;ce de marchandises, et principalement de celles qui concernent les vivres, doit &#234;tre rassembl&#233;e dans un m&#234;me lieu, autant qu'il est possible, et du moins certains jours de la semaine, si l'on veut faire para&#238;tre l'abondance et, par une suite n&#233;cessaire, en procurer le bon march&#233; &#187;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; [&lt;a href='#nb4-185' class='spip_note' rel='footnote' title='Delamare, cit&#233; in Delatouche R., ibid., p. 120.' id='nh4-185'&gt;185&lt;/a&gt;]&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce type de march&#233; est donc &lt;em&gt;tout entier organis&#233; pour le consommateur&lt;/em&gt;. Les Halles de Paris, cr&#233;&#233;es pour approvisionner la capitale &#224; bon march&#233;, ont &#233;t&#233; l'exemple de tous les march&#233;s locaux. Le cas a donc valeur g&#233;n&#233;rale. Les paysans, de leur c&#244;t&#233;, ne souffraient pas particuli&#232;rement de cette structure de commercialisation car ils vivaient en autarcie et ne vendaient que les surplus&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; [&lt;a href='#nb4-186' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour Raymond Delatouche fils, on peut m&#234;me dire que cette vente paysanne (...)' id='nh4-186'&gt;186&lt;/a&gt;]&lt;/strong&gt;. Toutefois, &#171; on voit que tout est con&#231;u pour favoriser l'isolement du paysan, en tirer partie ; pour le d&#233;tourner du contact personnel et continu avec le consommateur. La production va &#233;voluer comme un ph&#233;nom&#232;ne autonome, physique, inconscient, ob&#233;issant &#224; sa dialectique propre, assolement, orientations naturelles, conditions et al&#233;as climatiques&#8230; &#187;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; [&lt;a href='#nb4-187' class='spip_note' rel='footnote' title='Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, op. cit., p. 121.' id='nh4-187'&gt;187&lt;/a&gt;]&lt;/strong&gt; Mais, avec les bouleversements de la r&#233;volution industrielle, cette atomicit&#233; paysanne, devenu atavique, sera lourde de cons&#233;quences&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; [&lt;a href='#nb4-188' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-188'&gt;188&lt;/a&gt;]&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;volution industrielle et &#233;conomie agricole : instauration d'un m&#233;canisme pervers
&lt;br /&gt;L'ensemble des fondateurs de l'agriculture biologique s'accordent peu ou prou &#224; situer dans la r&#233;volution capitaliste et industrielle l'origine de la crise agricole &#224; laquelle ils essaient de faire face. Mais les accents dans l'analyse de la crise et les pr&#233;cisions apport&#233;es varient sensiblement. Howard a vu la logique qui fait que la R&#233;volution industrielle entra&#238;ne l'industrialisation agricole. Howard et M&#252;ller ont not&#233; que l'agriculture, dans le contexte moderne, rapportait moins d'argent que la plupart des autres m&#233;tiers. Masanobu Fukuoka a compris que cette situation d&#233;coulait de la dualit&#233; des march&#233;s agricoles et industriels. Mais aucun d'entre eux n'a pouss&#233; l'&#233;tude jusqu'&#224; la mise en lumi&#232;re de la gen&#232;se et des structures du m&#233;canisme qui a conduit &#224; cette situation si d&#233;s&#233;quilibr&#233;e entre industrie et agriculture. Pourtant, on peut lire dans certaines alternatives &#233;conomiques qu'ils ont propos&#233;es, et dans des initiatives plus contemporaines, des tentatives pour d&#233;passer ce m&#233;canismes pervers. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de pr&#233;ciser ces choses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La R&#233;volution industrielle entra&#238;ne presque m&#233;caniquement l'industrialisation de l'agriculture
&lt;br /&gt;Le XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle voit une modification de toutes les structures &#233;conomiques, sauf celle du march&#233; des produits agricoles. Sur le plan &#233;conomique, la R&#233;volution industrielle se caract&#233;rise d'abord par l'inversion progressive et continuelle de la part de la production agricole dans les &#233;conomies nationales. La production, maintenant pr&#233;pond&#233;rante et &#224; grande &#233;chelle, d'objets manufactur&#233;s, a &#233;t&#233; rendue possible par l'usage d'&#233;nergies et de mati&#232;res premi&#232;res non renouvelables : charbon, p&#233;trole, minerais.
&lt;br /&gt;Sur le plan d&#233;mographique, les nouvelles possibilit&#233;s techniques ont provoqu&#233; l'appel d'une main d'&#339;uvre ouvri&#232;re et donc un d&#233;placement de population des campagnes vers la ville. Cette diminution de la population paysanne, contrainte de nourrir des concentrations urbaines consid&#233;rablement augment&#233;es, va obliger l'agriculture &#224; produire plus avec moins de bras. D'une mani&#232;re quasi m&#233;canique, quoique progressive, en l'absence d'une r&#233;volution agronomique autonome et bas&#233;e sur les ressources renouvelables dont elle dispose, cela va conduire l'agriculture &#224; utiliser des moyens de production qui lui seront fournis par l'industrie, et plus tard, les &#233;nergies non renouvelables. Il s'agit l&#224; de la nouvelle et double faim que la R&#233;volution industrielle a adress&#233;, pour Sir Albert Howard, &#224; la terre et &#224; l'agriculture ; la faim des nouvelles populations urbaines, la faim des machines. Cela conduira aussi l'agriculture au passage de la traction animale &#224; la traction m&#233;canique, puis &#224; la motorisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, avec des engins de puissance croissante.
&lt;br /&gt;L'agriculture rentre dans un circuit d'&#233;changes, dans lequel elle ne peut plus se contenter de vendre des surplus : elle doit d&#233;gager des ressources financi&#232;res de plus en plus importantes pour constituer, entretenir, faire fonctionner son outil de production. La vie en autarcie est termin&#233;e : l'agriculteur ach&#232;te pour produire et il ne produit plus pour nourrir sa famille, mais il produit pour vendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les deux march&#233;s et le m&#233;canisme pervers
&lt;br /&gt;La transformation de l'&#233;conomie dans son ensemble, articul&#233;e au maintien de la structure de commercialisation calqu&#233;e sur le &lt;em&gt;principe des Halles&lt;/em&gt;, p&#232;se sur les prix agricoles et &lt;em&gt;entra&#238;ne in&#233;luctablement la paup&#233;risation des agriculteurs&lt;/em&gt;. Les agriculteurs d&#233;versent leur production sur les march&#233;s, bourses de commerce, etc, tous inspir&#233;s des Halles. Les acheteurs y font la loi et la machine &#224; casser les cours, mise en place empiriquement au Moyen-&#194;ge, continue &#224; remplir sa fonction. Ce n'est plus aujourd'hui, le consommateur qui en profite directement, mais les industries agro-alimentaires. La raison de la crise est l'existence de deux march&#233;s :
&lt;br /&gt;&#171; D&#233;sormais, deux march&#233;s r&#232;glent la vie &#233;conomique : la concurrence parfaite, pour les produits agricoles et la main-d'&#339;uvre, la concurrence monopolistique, pour les marchandises industrielles et les services. Il y avait une seule balance sur le march&#233; m&#233;di&#233;val. Sur le march&#233; moderne, il y en a deux : la vieille balance cens&#233;e exprimer le &#171; juste prix &#187;, exclusif du profit, &#224; l'abri des man&#339;uvres, pour le paysan ; pour l'industrie et les services, la nouvelle balance, que les vieux th&#233;ologiens du Moyen-&#194;ge eussent estim&#233;e dolosivement fauss&#233;e, g&#233;n&#233;ratrice de profit &#187;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; [&lt;a href='#nb4-189' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 125.' id='nh4-189'&gt;189&lt;/a&gt;]&lt;/strong&gt;.
&lt;br /&gt;Or l'existence de cette dualit&#233; des march&#233;s est cach&#233;e par le discours habituel qui nous dit que nous vivons avec une seule &#233;conomie, l'&#233;conomie de march&#233;. L'illusion de la g&#233;n&#233;ralisation l'&#233;conomie lib&#233;rale masque ainsi l'existence de ces deux march&#233;s, donc le fonctionnement du m&#233;canisme. Pourtant, dans la r&#233;alit&#233;, les produits agricoles et les produits industriels ou manufactur&#233;s ne sont pas trait&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on.
&lt;br /&gt;Les produits manufactur&#233;s sont diff&#233;renci&#233;s les uns des autres par l'ing&#233;niosit&#233; du fabricant : chaque produit a sa marque. Ces produits sont le fait d'un petit nombre d'entreprises et m&#234;me, souvent de nos jours, de quelques tr&#232;s grosses entreprises qui d&#233;tiennent un pouvoir consid&#233;rable sur le march&#233; : il s'agit d'un march&#233; monopolistique (monopole de la marque) o&#249; la concurrence s'exerce sur des produits diff&#233;renci&#233;s et personnalis&#233;s ; on va jusqu'&#224; dire &#171; une Peugeot &#187; et non plus une automobile.
&lt;br /&gt;Les produits agricoles, &#224; l'oppos&#233;, viennent d'un tr&#232;s grand nombre d'unit&#233;s de production (atomicit&#233;) : ils sont rendus id&#233;alement&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; [&lt;a href='#nb4-190' class='spip_note' rel='footnote' title='En fait, les produits agricoles r&#233;els sont divers (il y a des variations (...)' id='nh4-190'&gt;190&lt;/a&gt;]&lt;/strong&gt; fongibles (homog&#233;n&#233;it&#233;), c'est &#224; dire sans personnalit&#233;, sans identit&#233; sp&#233;cifique (le bl&#233; produit en Bretagne ne se diff&#233;rencie pas, une fois dans les silos, de celui des Charentes). De plus, &#224; cause de l'in&#233;lasticit&#233; de la demande, hors croissance d&#233;mographique r&#233;guli&#232;re et soutenue, les augmentations sensibles de quantit&#233;s livr&#233;es sur le march&#233; font effondrer les cours (Effet King). Enfin, la vente des produits agricoles est soumise &#224; la transparence et &#224; la libre entr&#233;e. Cette transparence est m&#234;me renforc&#233;e par la forme des bourses agricoles, o&#249; la pr&#233;sence physique de la marchandise n'est plus n&#233;cessaire comme elle l'est dans les Halles. Il faut reconna&#238;tre, dans ce march&#233; agricole, le &lt;em&gt;march&#233; concurrentiel parfait&lt;/em&gt;.
&lt;br /&gt;La concurrence, sur le &lt;em&gt;march&#233; industriel monopolistique&lt;/em&gt;, se d&#233;roule de fa&#231;on toute diff&#233;rente.
&lt;br /&gt;D&#232;s sa naissance, l'industrie s'est &#233;vad&#233;e de la concurrence parfaite ; le &lt;em&gt;profit&lt;/em&gt; la conditionne, n&#233;cessairement. Pragmatiquement, elle substitue &#224; la concurrence parfaite celle qui sera dite monopolistique. Aux principes du march&#233; concurrentiel parfait, au principe des Halles, elle substitue des principes parfaitement contraires :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* La libre entr&#233;e est jugul&#233;e. La libre entreprise sur le march&#233; est restreinte par le capital n&#233;cessaire pour entreprendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* L'atomicit&#233; est sans int&#233;r&#234;t. Au lieu d'une masse inorganique de producteurs individuels, un nombre limit&#233; de fabricants &lt;em&gt;conscients&lt;/em&gt;, ouverts de surcro&#238;t, clandestinement ou l&#233;galement, &#224; toutes coalitions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* Contre l'homog&#233;n&#233;it&#233;, l'industriel diversifie, personnalise ses produits ; &#224; l'abri de sa marque, il se constitue un petit monopole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;* A la place de la transparence publique, le n&#233;gociant recherche le contact personnel avec le client ; les op&#233;rations sont dispers&#233;es dans l'espace et dans le temps. Les relations directes, suivies, avec le client, dont le paysan a &#233;t&#233; si soigneusement d&#233;tourn&#233;, ce sont elles qui suscitent, orientent, modulent, mesurent la production du fabricant, prot&#232;gent son monopole. La production industrielle est consciente de sa fin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, l'agriculteur, depuis la R&#233;volution industrielle, est enferm&#233; dans un engrenage dans lequel les co&#251;ts de production croissent sans cesse, d&#233;finis dans un march&#233; monopolistique, tandis que les prix de vente sont lamin&#233;s par le march&#233; concurrentiel parfait. Nous avons ainsi compris le m&#233;canisme pervers qui pr&#233;side au ph&#233;nom&#232;ne des ciseaux, ou, pour reprendre l'image de Masanobu Fukuoka, le m&#233;canisme qui met les agriculteurs &#171; &#224; la roue &#187;. Sans en avoir une conscience aussi pr&#233;cise, les fondateurs de l'agrobiologie ont saisi ou pressenti l'existence de ce m&#233;canisme &#233;conomique paup&#233;risant pour les agriculteurs. En France, les premiers agriculteurs qui se convertissent &#224; la Bio le font pour &#171; produire sain &#187; mais tr&#232;s souvent aussi pour des raisons &#233;conomiques&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; [&lt;a href='#nb4-191' class='spip_note' rel='footnote' title='Viel J.-M., L'agriculture biologique : une r&#233;ponse ?, Editions Entente, op. (...)' id='nh4-191'&gt;191&lt;/a&gt;]&lt;/strong&gt;.
&lt;br /&gt;Voyons maintenant plus pr&#233;cis&#233;ment ce que reproche Hans M&#252;ller &#224; l'&#233;conomie moderne.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Hans M&#252;ller : la &#171; beaut&#233; &#233;ternelle &#187; de l'agriculture et l'illusion du profit agricole&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Capitalisme et fin des paysans spirituels&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Nous l'avons d&#233;j&#224; not&#233;, &#224; l'instar des autres fondateurs, Hans M&#252;ller voit dans la R&#233;volution industrielle la s&#233;rie de probl&#232;mes qui p&#232;sent sur l'agriculture du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. S'il critique, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le mat&#233;rialisme qui s'&#233;tend depuis lors, il tend cependant &#224; donner, &#224; la diffusion du mod&#232;le agricole mercantile, un r&#244;le moteur dans cette &#233;volution. Comme l'a relev&#233; Gunter Vogt, c'est &#224; la conception de l'agronome Albrecht Tha&#235;r que Hans M&#252;ller fait jouer &#224; le r&#244;le de point de d&#233;part d'une nouvelle vision de l'agriculture inspir&#233;e de l'&#233;conomie industrielle et capitaliste. Un peu &#224; la mani&#232;re d'Howard, et proche, ici, de Masanobu Fukuoka, c'est &#224; des &lt;em&gt;dimensions spirituelles intrins&#232;ques du travail agricole&lt;/em&gt; que s'attaquerait la nouvelle vision &#233;conomiste. On constate ce caract&#232;re clef du changement de rapport entre agriculture et argent chez M&#252;ller dans son analyse de l'ann&#233;e 1859 comme tournant pour l'humanit&#233; :
&lt;br /&gt;&#171; Et ces ultimes valeurs de l'agriculture devraient &#234;tre menac&#233;es par la technique ? Comment cela ? En 1859, l'analyse spectrale a &#233;t&#233; d&#233;couverte. L'homme s'en servit pour comprendre la composition mat&#233;rielle des corps c&#233;lestes et cela permit des conclusions int&#233;ressantes sur notre plan&#232;te. Tous les demi-&#233;duqu&#233;s croyaient alors de ne plus avoir besoin de la gen&#232;se biblique. Le ciel &#233;toil&#233; perdait pour eux sa gloire. 1859 &#233;tait &#233;galement l'ann&#233;e de la parution de l'&#339;uvre &lt;em&gt;Le Capital&lt;/em&gt; de Karl Marx, qui d&#233;clarait au monde la victoire de la mati&#232;re sur l'esprit. 1859 enfin, &#233;tait &#233;galement l'ann&#233;e du grand scientifique agraire &lt;em&gt;Tha&#235;r, selon lequel chaque ferme deviendrait une possibilit&#233; de d&#233;crocher du b&#233;n&#233;fice&lt;/em&gt;. La science faisait &#233;voluer le cultivateur en agriculteur. C'est comme cela que l'ann&#233;e 1859 est devenu finalement une ann&#233;e cruciale pour l'humanit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4-192' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., Glaube und Technik, I, op. cit. Je souligne. M&#234;me si Hans M&#252;ller (...)' id='nh4-192'&gt;192&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Dans ce passage, Hans M&#252;ller critique d'abord le mat&#233;rialisme qui a gagn&#233; une part grandissante des &#171; &#233;lites &#187;, suite aux succ&#232;s croissants des sciences au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avant de critiquer le d&#233;veloppement de la vision mercantile de l'agriculture. Cet encha&#238;nement donne &#224; penser que le capitalisme, pour M&#252;ller, est peut-&#234;tre un aspect corollaire du mat&#233;rialisme, qui lui, serait un ph&#233;nom&#232;ne culturel plus profond et ant&#233;rieur. Les deux ph&#233;nom&#232;nes sont li&#233;s, mais il semble que les partisans de M&#252;ller s'accordent &#224; consid&#233;rer la compr&#233;hension mercantile de Tha&#235;r comme une condition de base de l'intensification de l'exploitation agricole avec des moyens techniques et chimiques [&lt;a href='#nb4-193' class='spip_note' rel='footnote' title='Vogt G., Entstehung und Entwicklung des &#246;kologische Landbau, op. cit., p. (...)' id='nh4-193'&gt;193&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Cependant, Hans M&#252;ller ne d&#233;veloppe pratiquement pas sa critique au-del&#224; des cons&#233;quences de la recherche du profit et du culte de la performance technique en agriculture. Sa critique de l'agrochimie se tient pour ainsi dire en amont, en avan&#231;ant que la conversion d'une ferme traditionnelle &#224; ce syst&#232;me d'exploitation semble une erreur &#233;conomique et une sorte de voie sans issue au niveau spirituel et moral. Le passage suivant fait suite &#224; une synth&#232;se d'Hans M&#252;ller sur l'histoire depuis l'extension culturelle de la modernit&#233; [&lt;a href='#nb4-194' class='spip_note' rel='footnote' title='Le passage en question fait suite &#224; l'analyse m&#252;llerienne de l'ann&#233;e 1859 : &#171; (...)' id='nh4-194'&gt;194&lt;/a&gt;] : &#171; R&#233;sumant r&#233;trospectivement le bilan de ce d&#233;veloppement, il se rend compte en frissonnant combien de valeurs immortelles il a troqu&#233; contre un &lt;em&gt;b&#233;n&#233;fice trompeur&lt;/em&gt;. En ce qui concerne les questions d&#233;cisives et d&#233;terminantes de sa vie, il a perdu la base sous ses pieds. &#171; O&#249; l'homme ne dispose plus de mortier, il ma&#231;onne avec de la boue ! &#187; [&lt;a href='#nb4-195' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., ibid., Je souligne.' id='nh4-195'&gt;195&lt;/a&gt;]. L'emprise de l'illusion du profit serait li&#233;e &#224; la d&#233;stabilisation spirituelle des hommes. Mais pourquoi le profit en agriculture serait-il trompeur ? En effet, on pourrait tenter de mettre de c&#244;t&#233; les questions spirituelles et consid&#233;rer seulement la seule possibilit&#233; de faire de l'argent avec l'agriculture. Hans M&#252;ller semble avoir envisag&#233; ce point de vue. La d&#233;stabilisation spirituelle des agriculteurs aurait aussi pour cons&#233;quence de faire perdre lucidit&#233; et discernement sur les rapports &#233;conomiques o&#249; s'ins&#232;re celui qui cherche &#224; suivre le mod&#232;le de l'agriculture capitaliste. Pour Hans M&#252;ller, en effet, il est certain que &#171; le travail agricole n'atteint pas la rentabilit&#233; de la plupart des autres m&#233;tiers &#187; [&lt;a href='#nb4-196' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., La libert&#233;, une des conditions pr&#233;alables les plus importantes pour (...)' id='nh4-196'&gt;196&lt;/a&gt;]. La justesse de cette compr&#233;hension, qu'il partage avec Howard et Masanobu Fukuoka [&lt;a href='#nb4-197' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard avance une id&#233;e similaire quand il affirme que l'exploitation agricole (...)' id='nh4-197'&gt;197&lt;/a&gt;], se retrouve, par exemple, dans son analyse de la crise &#233;conomique de 1929, ainsi que dans l'invitation &#224; lire Karl Marx, qu'il proposait aux groupes culturels paysans qu'il avait fond&#233;. Hans M&#252;ller n'a vu nulle fatalit&#233; [&lt;a href='#nb4-198' class='spip_note' rel='footnote' title='Scheidegger W., Entretien avec l'auteur, op. cit.' id='nh4-198'&gt;198&lt;/a&gt;] dans la crise de 1929 et propose une solution anhistorique pour y r&#233;pondre : la qualit&#233; et la ma&#238;trise de la commercialisation par les producteurs. On peut supposer qu'il a eu conscience du ph&#233;nom&#232;ne des ciseaux. Pour lutter contre des prix agricoles mondiaux de moins en moins r&#233;mun&#233;rateurs, il propose d'essayer, &#224; la fois de changer la client&#232;le vis&#233;e, le mode de commercialisation, et le mode de production. Quant &#224; l'invitation &#224; lire et comprendre Marx, cela peut &#233;tonner [&lt;a href='#nb4-199' class='spip_note' rel='footnote' title='D'autant plus que les &#233;crits d'Hans M&#252;ller abondent en citations bibliques, et (...)' id='nh4-199'&gt;199&lt;/a&gt;]. Mais Hans M&#252;ller ne partage &#233;videmment pas toutes les opinions de Marx : c'est la qualit&#233; de sa critique du capitalisme qui lui semble m&#233;riter l'attention des agriculteurs, afin qu'ils comprennent que ce syst&#232;me &#233;conomique n'avait cure ni de leur subsistance &#233;conomique, ni m&#234;me de leur existence [&lt;a href='#nb4-200' class='spip_note' rel='footnote' title='Le socialisme souvent, avec Karl Kautsky ou Jean Jaur&#232;s par exemple, (...)' id='nh4-200'&gt;200&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Fort de cette critique du capitalisme, M&#252;ller va h&#233;siter un temps entre une action politique &#171; conventionnelle &#187;, en tant que d&#233;put&#233; et chef de parti, et une action associative, sociale et &#233;conomique, pour d&#233;fendre les petits et moyens agriculteurs, ainsi que sa vision de la soci&#233;t&#233;. Ses &#233;crits destin&#233;s aux agriculteurs tentent de les convaincre que la recherche de l'enrichissement en agriculture est vaine. Ainsi, m&#234;me s'il va lutter pour la s&#233;curisation &#233;conomique des paysans, on trahirait sa pens&#233;e et son engagement si l'escamotait que ses motivations sont d'abord humanistes, morales, religieuses, agrariennes, familiales. Son engagement &#233;conomique agricole, comme son engagement pour l'agriculture biologique, apparaissent ainsi comme des moyens au service d'une vision de l'homme et du monde o&#249; l'agriculture, de par sa nature sp&#233;cialement spirituelle, tient une place fondatrice. Hans M&#252;ller multiplie, en effet, les r&#233;f&#233;rences aux &#171; valeurs &#233;ternelles &#187; et au lien original de l'agriculture avec celles-ci. Quand il rapporte le fait de la moindre rentabilit&#233; de l'agriculture compar&#233;e aux autres activit&#233;s, ce n'est pas pour &#171; exiger &#187; la parit&#233; salariale de l'agriculture avec les autres cat&#233;gories professionnelles [&lt;a href='#nb4-201' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme le fera une partie de la JAC ou du CNJA en France dans les ann&#233;es (...)' id='nh4-201'&gt;201&lt;/a&gt;]. Hans M&#252;ller ne pr&#234;che pas l'int&#233;gration de l'agriculture au monde moderne. Au contraire, il en rel&#232;ve les sp&#233;cificit&#233;s et les valorise comme autant de possibilit&#233;s d'humanisation de l'homme [&lt;a href='#nb4-202' class='spip_note' rel='footnote' title='Le d&#233;tour de lib&#233;ration constitu&#233; par les possibilit&#233;s offertes par l'argent (...)' id='nh4-202'&gt;202&lt;/a&gt;] :
&lt;br /&gt;&#171; La compensation doit &#234;tre trouv&#233;e sur d'autres domaines et dans d'autres valeurs. C'est cela qui est absolument n&#233;cessaire afin d'&#233;viter que la partie la plus ouverte des jeunes agriculteurs ne fuisse le travail agricole. L'emp&#234;chement d'une telle &#233;volution est un probl&#232;me qui n'int&#233;resse pas seulement la population agricole, mais qui a une dimension importante pour tout l'Etat. C'est justement la libert&#233; d'organiser et effectuer son travail &#224; son gr&#233;, selon son temps et ses forces, qui est un des grands avantages du m&#233;tier de l'agriculteur. Etre le ma&#238;tre de la fa&#231;on comment il travaille et sauvegarde les terres, la v&#233;g&#233;tation, les b&#234;tes &#8211; les bases m&#234;me de son existence -, c'est le privil&#232;ge majeure de l'agriculteur savant. C'est dans ces valeurs inh&#233;rentes &#224; son m&#233;tier qu'il trouve la compensation en comparaison de la meilleure rentabilit&#233; du travail dans pas mal d'autres m&#233;tiers. O&#249; la jeune g&#233;n&#233;ration agricole ne conserve pas l'aper&#231;u de ces valeurs inchiffrables, aucune motorisation ou subvention peut arr&#234;ter leur fuite du terroir &#187;.
&lt;br /&gt;Dans ce passage, les valeurs spirituelles de l'agriculture mises en avant sont la libert&#233; et le travail avec une richesse fondamentale, &#171; les bases m&#234;me de son existence &#187; [&lt;a href='#nb4-203' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut penser ici de nouveau &#224; Aristote, &#224; son rapprochement de la (...)' id='nh4-203'&gt;203&lt;/a&gt;]. Hors d'une telle conscience, M&#252;ller ne croit pas que la facilitation des travaux agricoles par les machines ou des subventions puissent stopper l'exode rural. Sur ce dernier point, M&#252;ller a manqu&#233; de clairvoyance sur l'&#233;volution de l'agriculture occidentale : il y a bien des agriculteurs qui se maintiennent, dans les 500 000 restant en France, par exemple, parce que les primes et subventions leur rapportent, et, d'autre part, parce que dans le cadre d'une agriculture simplifi&#233;e, les machines ont consid&#233;rablement r&#233;duit la p&#233;nibilit&#233; du travail. Hans M&#252;ller revient souvent sur sa th&#232;se de l'agriculture comme &#233;ducatrice spirituelle. Il la r&#233;sume lui-m&#234;me sans &#233;quivoque, en la rattachant &#224; sa foi chr&#233;tienne : &#171; Nous avons r&#233;sum&#233; un premier article sur cette question : &#171; il n'existe pas d'autre travail et m&#233;tier ouvrant directement par le v&#233;cu l'&#226;me et les sens &#224; la grandeur et la splendeur du Seigneur, que ceux du cultivateur. Cela est un avantage merveilleux, comportant une signifiance d&#233;cisive de l'agriculture pour le peuple et l'&#233;tat &#187;.
&lt;br /&gt;Il faut pr&#234;ter attention, &#233;galement, &#224; la mani&#232;re selon laquelle M&#252;ller observe l'&#233;volution culturelle de la population et des enfants d'agriculteurs, confront&#233;s &#224; l'emprise croissante de la modernit&#233; &#233;conomique et culturelle. Pour ne pas rel&#233;guer, de mani&#232;re trop facile, la critique m&#252;llerienne dans le pass&#233;isme conservateur [&lt;a href='#nb4-204' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme le fait, encore aujourd'hui, Fran&#231;ois Walter (cf. Walter F., Les (...)' id='nh4-204'&gt;204&lt;/a&gt;], il ne faut jamais perdre de vue tout ce qui, dans son parcours, d&#233;note un effort conciliateur. A-t-on jamais vu un v&#233;ritable pass&#233;iste anti-moderne s'engager dans des actions constructives ? D'autre part, au plus pr&#232;s des passages d'articles sur lesquels nous allons nous arr&#234;ter maintenant, il faut noter l'effort d'objectivation sociologique que produit Hans M&#252;ller. Dans les deux passages suivants, il ne semble gu&#232;re s&#233;rieux d'avancer qu'il exag&#232;re ou caricature la situation des ann&#233;es 1950 et 1960. Les valeurs spirituelles sont alors d&#233;laiss&#233;es, dans un vaste changement de soci&#233;t&#233; o&#249; la performance de la technique, le gain, et la mode deviennent des r&#233;f&#233;rents dominants :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La jeunesse de l'&#233;poque des machines, des satellites, n'a que tr&#232;s peu d'id&#233;e des valeurs au-del&#224; de la technique. Si l'on ne peut devenir aviateur, devenir au moins m&#233;canicien, ou technicien, constitue le but de beaucoup de jeunes d'esprit ouvert.&lt;em&gt; &lt;/em&gt;Dans l'esprit de ces jeunes &#171; modernes &#187;, le travail agricole reste &#224; celui qui n'est pas assez dou&#233; pour quelque chose de &#171; mieux &#187;. Le bruit et les moteurs captent ces jeunes. Mais &#233;galement les filles ne veulent plus rester &#171; arri&#232;re de leur temps &#187;. La tresse doit &#234;tre remplac&#233;e par une coiffe ind&#233;finissable. &#171; On ne veut pas se faire remarquer comme d&#233;mod&#233; &#8211; que tout le monde sache d'o&#249; on est sorti ! &#187; Ce ne sont que des petits d&#233;tails superficiels. Mais ils caract&#233;risent l'attitude int&#233;rieure des gens modernes &#171; allant avec leur temps &#187;&#171; [&lt;a href='#nb4-205' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., Der moderne Mensch und sein Glaube, in Kultur und Politik, 1959, (...)' id='nh4-205'&gt;205&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le m&#234;me article, M&#252;ller &#233;voque la diminution du nombre de gens pour qui leur travail est un &#233;panouissement. Cette &#233;volution, dont la domination ne semble pas s'&#234;tre d&#233;mentie depuis, tend &#224; ramener l'activit&#233; professionnelle au gain. Et comme un argument suppl&#233;mentaire pour souligner cette crise de sens, Hans M&#252;ller d&#233;nonce une r&#233;gression culturelle, dans la lecture de magazines insignifiants au lieu de livres, comme si la rejet des traditions &#8211; particuli&#232;rement religieuses et rurales, ici &#8211; n'ouvrait que sur une fuite des questions existentielles propre &#224; chaque &#234;tre humain [&lt;a href='#nb4-206' class='spip_note' rel='footnote' title='En accord avec le psychologue, m&#233;decin, et philosophe Viktor Frankl (Frankl (...)' id='nh4-206'&gt;206&lt;/a&gt;] : &#171; Cette attitude se manifeste &#233;galement dans la fa&#231;on dont les jeunes ma&#238;trisent leurs probl&#232;mes vitaux. Elle se manifeste dans leur attitude envers m&#233;tier et travail. Comme le nombre de gens &#8211; pas uniquement parmi les jeunes &#8211; est petit, pour lesquels le m&#233;tier est vocation et satisfaction, qui n'&#233;valuent pas leur travail uniquement selon les possibilit&#233;s de gagner beaucoup d'argent avec le moins possible de travail et dans le temps le plus court possible ! Par ailleurs, plus un magazine est superficiel et &#171; kitsch &#187;, plus il remplace souvent un livre &#187; [&lt;a href='#nb4-207' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., Der moderne Mensch und sein Glaube, op. cit.' id='nh4-207'&gt;207&lt;/a&gt;]. Face &#224; ce constat pessimiste, Hans M&#252;ller va se battre, d'une part, pour d&#233;velopper une &#233;ducation populaire aupr&#232;s des paysans, marqu&#233;e par la spiritualit&#233; chr&#233;tienne, et, d'autre part, pour diff&#233;rentes initiatives &#233;conomiques visant &#224; permettre la subsistance et l'&#233;volution des agriculteurs dans le nouveau contexte, sans succomber aux pressions de la modernit&#233;. Avant d'aborder ces grandes lignes du programme de r&#233;sistance d'Hans M&#252;ller, nous lui laissons, en guise de conclusion, la parole. Selon lui, sans &#233;ducation spirituelle sp&#233;cifique et pr&#233;coce, l'humanit&#233; de l'homme et la joie du paysan sont condamn&#233;es par le capitalisme industriel : &#171; Quelle est &#171; le pourquoi &#187; qui peut donner envie aux jeunes de devenir agriculteurs malgr&#233; l'attirance de la modernit&#233; et les difficult&#233;s du travail ? D'abord c'est la question centrale de l'attitude de base envers la vie. C'est &#224; partir de cette base que la jeune g&#233;n&#233;ration &#233;value le travail et le m&#233;tier. O&#249; d&#232;s sa jeunesse l'homme devient conscient des valeurs &#233;ternelles survivant la mort et le tombeau, il &#233;value le travail sur les champs de ses anciens diff&#233;remment, et l'incitation la plus forte pour fuir des terres fait d&#233;faut. [&#8230;] Lorsque cette question centrale de la vie du jeune est r&#233;solue, il ouvre grand ses yeux aux vraies valeurs inn&#233;es du travail et du m&#233;tier de cultivateur. &lt;em&gt;L'addiction aux b&#233;n&#233;fices et records perdent leur puissance sur le jeune agriculteur. La machine devient un assistant de l'homme ; le cultivateur ne devient pas son esclave. Elle l'aide &#224; ne pas se submerger dans le travail&lt;/em&gt;. Mais cela est une des conditions pr&#233;alables pour que l'&#234;tre cultivateur ne perde pas sa capacit&#233; de reconna&#238;tre la beaut&#233; &#233;ternelle de son m&#233;tier &#187; [&lt;a href='#nb4-208' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid. En demandant quel est &#171; le pourquoi &#187; qui peut attirer les jeunes vers (...)' id='nh4-208'&gt;208&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Red&#233;couvrir la sagesse agricole et garantir une prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique minimale pour ma&#238;triser la modernit&#233;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Hans M&#252;ller a beaucoup critiqu&#233; le monde moderne. Il est nostalgique de l'&#233;poque paysanne pr&#233;-industrielle, comme Masanobu Fukuoka. Ensemble, ils y voient une &#233;poque plus heureuse, des hommes plus joyeux, plus po&#232;tes, et plus philosophes. Le souci de la vitesse et de la m&#233;canisation auraient d&#233;truit cette qualit&#233; de vie paysanne pass&#233;e. Hans M&#252;ller n'est donc pas un optimiste du d&#233;veloppement scientifique et technique. Il ne cherchera pas, comme Marx, &#224; contr&#244;ler le processus d'industrialisation capitaliste en cherchant, par la lutte r&#233;volutionnaire, &#224; mettre les ouvriers aux commandes. Mais il n'a pas promu non plus la casse des nouvelles machines, &#224; l'instar des luddites voulant pr&#233;server leurs emplois et leur mode de vie pr&#233;c&#233;dent. Non, Hans M&#252;ller s'est plut&#244;t attach&#233; &#224; la question spirituelle de la d&#233;termination d'une &lt;em&gt;fin&lt;/em&gt; enthousiasmante susceptible de donner le recul n&#233;cessaire au maintien d'une relation critique &#224; la m&#233;canisation, pour que les machines agricoles demeurent un &lt;em&gt;moyen&lt;/em&gt; :
&lt;br /&gt;&#171; D'antan, le travail agricole laissait du temps &#224; l'homme pour le recueillement et la contemplation. A chaque pas, il le conduisait vers les ultimes questions de sa vie. Le temps, la vitesse et la technique ont largement vol&#233; l'&#226;me de ce travail, le plus beau. Ici nous voyons une cause majeure expliquant pourquoi la joie, la paix, ont quitt&#233; le travail du cultivateur &#8211; les raisons spirituelles d'un probl&#232;me &#224; laquelle les peuples n'arrivent gu&#232;re de trouver une solution : la fuite de la jeune g&#233;n&#233;ration des terres. Quoi faire ? Tourner en arri&#232;re la roue du temps ? De m&#234;me qu' au d&#233;but du temps du capitalisme les tisserands n'ont pas pu prot&#233;ger leurs femmes, enfants et eux-m&#234;mes contre l'exploitation brutale en assaillant les usines et en d&#233;truisant les hautes chemin&#233;es [&lt;a href='#nb4-209' class='spip_note' rel='footnote' title='Hans M&#252;ller fait peut-&#234;tre ici allusion au soul&#232;vement des tisserands (...)' id='nh4-209'&gt;209&lt;/a&gt;], de m&#234;me on ne peut gagner contre cette cause d&#233;terminant le destin de l'agriculture par une croisade contre la technique, contre le moteur. Ce n'est pas contre quelque chose, mais uniquement pour quelque chose de grand et beau, susceptible d'enthousiasmer la jeune g&#233;n&#233;ration, que l'agriculture gagnera cette bataille &#187; [&lt;a href='#nb4-210' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., op. cit.' id='nh4-210'&gt;210&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;C'est ainsi que la question de l'&#233;ducation, spirituelle et morale, devient le vecteur privil&#233;gi&#233; par M&#252;ller pour &#233;viter aux jeunes ruraux de c&#233;der &#224; la fascination des machines, du travail, et des rendements bruts. Hans M&#252;ller pose un crit&#232;re de s&#233;lection des enseignants, logique dans sa perspective : les candidats &#224; cette t&#226;che &#233;ducative doivent avoir fait la preuve dans leur vie qu'ils ne sont pas domin&#233;s par le mat&#233;rialisme. Mais cette red&#233;couverte d'une beaut&#233; et d'une sagesse inh&#233;rentes &#224; l'agriculture, peut-&#234;tre difficile &#224; montrer, est sans doute d'une importance toute relative dans les conditions de vie et de travail de l'agriculture des montagnes helv&#233;tiques [&lt;a href='#nb4-211' class='spip_note' rel='footnote' title='C'est en tout cas ce qu'affirme Fran&#231;ois Walter pour l'agriculture montagnarde (...)' id='nh4-211'&gt;211&lt;/a&gt;]. En tout cas, elle ne peut suffire &#224; mobiliser une jeunesse attir&#233;e par la vague de prosp&#233;rit&#233; mat&#233;rielle que conna&#238;t l'Europe apr&#232;s la seconde guerre mondiale. Hans M&#252;ller en a conscience, il sait qu'il lui faut compl&#233;ter son action du c&#244;t&#233; mat&#233;riel, en recherchant des moyens pour stopper concr&#232;tement l'accroissement des &#233;carts de niveaux de vie, entre ceux qui quittent l'agriculture, et ceux qui persistent dans une agriculture traditionnelle, o&#249; domine encore l'autosubsistance :
&lt;br /&gt;&#171; Ainsi la question de d&#233;fense contre les dangers apport&#233;s par la m&#233;canisation du travail agricole &#224; l'humain, devient une question de l'&#233;ducation de la jeune g&#233;n&#233;ration agricole qui ne peut &#234;tre port&#233;e que par ceux qui ne sont pas submerg&#233;s dans le &lt;em&gt;marais mat&#233;rialiste&lt;/em&gt;. Seul celui qui, dans sa vie, a r&#233;ussi &#224; r&#233;sister &#224; cette tentation, la beaut&#233; profonde du travail agricole lui fournissant toujours une force in&#233;puisable, est appel&#233; &#224; faire ce travail d'&#233;ducation. Mais il sait &#233;galement que ce travail ne peut atteindre son but si le cultivateur ne dispose pas d'une marge de s&#233;curit&#233; &#233;conomique et d'aisance &#187; [&lt;a href='#nb4-212' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., Glaube und Technik I, op. cit..' id='nh4-212'&gt;212&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;D'autre part, M&#252;ller est critique sur les d&#233;veloppements de l'Etat et plus particuli&#232;rement sur les lois publiques visant l'encadrement de l'agriculture. S'il invite ses lecteurs &#224; ne pas se d&#233;tourner des d&#233;bats et de l'engagement politique, il les invite aussi &#224; se former pour agir en connaissance de cause [&lt;a href='#nb4-213' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ce point, voir M&#252;ller, H, Der Christ und die Politik ?, in Kultur und (...)' id='nh4-213'&gt;213&lt;/a&gt;]. Dans une prise de position vis &#224; vis d'une discussion au sujet d'une loi agricole, M&#252;ller laisse transpara&#238;tre sa m&#233;fiance vis a vis des finalit&#233;s des r&#233;glementations publiques. En m&#234;me temps, il laisse pressentir que sa critique du capitalisme n'est pas un appel &#224; la r&#233;gulation par l'Etat mais &#224; l'auto-organisation. Il ne croit gu&#232;re &#224; l'Etat providence ni aux subventions pour lutter contre l'abandon des fermes et l'exode rural. Dans cette perspective, son appel &#224; la d&#233;fense des libert&#233;s prend tout son sens. Dans le passage suivant, &#233;galement, il d&#233;fend l'id&#233;e qu'une prosp&#233;rit&#233; agricole raisonnable et assur&#233;e est tributaire de la possibilit&#233;, pour l'agriculteur de conserver une grande marge de libert&#233; :
&lt;br /&gt;&#171; Combien de sa libert&#233; exige-t-on que l'agriculteur sacrifie, pour ne m&#234;me pas obtenir la s&#233;curisation minimale de son existence &#233;conomique, ce que la loi sur l'agriculture pr&#233;tendait lui assurait ? En &#233;tudiant le texte, nous recherchions en vain la r&#233;ponse &#224; cette question. Les dangers mena&#231;ant la libert&#233; de l'agriculteur, qui &#233;manent de la loi et du pouvoir de ceux qui l'appliquent, sont tellement grands que la perte de libert&#233; n'est pas en rapport avec la s&#233;curit&#233; qu'il peut gagner, dans le meilleur des cas, avec les r&#233;gulations nouvelles. &lt;em&gt;De cette mani&#232;re, on ne peut pas lui apporter de la s&#233;curit&#233;. Parce que la possibilit&#233; d'atteindre une juste mesure de prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique demande un niveau &#233;lev&#233; de libert&#233; pour l'agriculteur. S'il perd peu &#224; peu la libert&#233;, il n'aura plus de s&#233;curit&#233; &#233;conomique. &#187; [&lt;a href='#nb4-214' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., La libert&#233;, une des conditions pr&#233;alables les plus importantes pour (...)' id='nh4-214'&gt;214&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;
&lt;br /&gt;Hans M&#252;ller appelle donc les agriculteurs &#224; se regrouper librement pour garantir leur stabilit&#233; &#233;conomique. Mais dans cet appel, il rapproche tr&#232;s vite la libert&#233; de la responsabilit&#233;. Sa conception n'a &#171; rien &#224; voir &#187;, selon sa propre expression avec la licence ou le pur laisser faire. Hans M&#252;ller vise &#224; r&#233;concilier la stabilit&#233; &#233;conomique des agriculteurs avec une organisation sociale dont la r&#233;ussite d&#233;pend du s&#233;rieux de l'engagement de chacun des membres, mais aussi avec une responsabilit&#233; sociale et sanitaire pour ceux qui mangeront les produits, et m&#234;me vis &#224; vis des g&#233;n&#233;rations futures. C'est donc une conception &#233;thique globale que M&#252;ller installe &#224; la base de son projet coop&#233;ratif autonome :
&lt;br /&gt;&#171; Ceci ne veut pas dire que nous favorisons le d&#233;ploiement brutal et &#233;go&#239;stique de l'individu agricole. Cela n'a rien avoir avec la libert&#233;. La libert&#233; n'est possible qu'associ&#233;e &#224; la responsabilit&#233;, la responsabilit&#233; envers sa propre vie et envers les biens qui nous sont confi&#233;s. La libert&#233; s&#233;journe uniquement o&#249; l'&#234;tre agricole est conscient de sa responsabilit&#233; envers tout qui lui est confi&#233; en terres et r&#233;putation de son m&#233;tier, &#224; le sauvegarder au profit des g&#233;n&#233;rations futures, mais aussi au profit de ceux qui d&#233;pendent des produits de son travail &#8211; bref tout le terroir. [&#8230; ?] La libert&#233; trouve ses limites &#224; la libert&#233; des autres. Il n'y a rien, mais vraiment rien avoir avec la libert&#233; agricole si un des coop&#233;rateurs, afin d'obtenir plus d'argent pour son lait, mettait de l'engrais sur ses champs lors de la p&#233;riode de la v&#233;g&#233;tation qui, comme il le sait bien, emp&#234;chera la r&#233;ussite de la fromagerie coop&#233;rative. Il n'y a rien, mais vraiment rien avoir avec la libert&#233;, si l'agriculteur fournit des produits &#224; sa coop&#233;rative, qui par l'application d'engrais chimiques sont bien gros, mais dont la valeur nutritive pour la sant&#233;, et la capacit&#233; de stockage, sont r&#233;duites. Il doit savoir que sa coop&#233;rative ne peut exister que si chaque membre est conscient de sa responsabilit&#233; envers les autres. C'est cela qui limite la libert&#233; de l'individu &#187; [&lt;a href='#nb4-215' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., op. cit.' id='nh4-215'&gt;215&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous pr&#233;senterons plus loin, parmi les initiatives &#233;conomiques concr&#232;tes prises par les fondateurs de l'agrobiologie, la mise en place de la coop&#233;rative de l&#233;gumes d'Hans M&#252;ller. Mais auparavant, il nous reste &#224; tenter de comprendre la critique &#233;conomique originale de Rudolf Steiner.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Le capitalisme spirituel de Rudolf Steiner&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Rudolf Steiner est encore aujourd'hui consid&#233;r&#233; comme le premier fondateur de l'agriculture biologique europ&#233;enne. Il est pourtant, paradoxalement, le seul personnage, parmi les fondateurs, qui n'ait pas mis l'agriculture au centre de son travail. Sa vision de l'agriculture n'est qu'une composante parmi bien d'autres de ce qui l'a occup&#233; toute sa vie, l'anthroposophie, une vision globale et &#233;sot&#233;rique de la nature et du monde humain. Dans son approche de l'agriculture, il y a un autre trait sp&#233;cifique et g&#233;n&#233;ral qui met sa d&#233;marche &#224; part : il ne parle pas de crise &#233;conomique de l'agriculture. L'ensemble de ses conf&#233;rences d&#233;di&#233;es &#224; l'agriculture, regroup&#233;es dans &lt;em&gt;Agriculture, Fondements de la m&#233;thode Bio-dynamque&lt;/em&gt;, ne traitent pas du tout d'&#233;conomie agricole. De m&#234;me, l'ouvrage de r&#233;f&#233;rence de son disciple Ehrenfried Pfeiffer, &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; de la terre&lt;/em&gt;, ne consacre aucun chapitre &#224; la crise &#233;conomique agricole. Sur deux petites pages, il accuse le souci du profit agricole d'avoir d&#233;tourn&#233; les paysans de l'observation de la nature et de l'approfondissement de leurs m&#233;thodes culturales. La situation ne semble gu&#232;re avoir chang&#233; aujourd'hui. Ainsi, le livre de Friedrich Sattler et Eckard von Wistinghausen, intitul&#233; &lt;em&gt;La Ferme Bio-Dynamique&lt;/em&gt;, ne consacre qu'une quinzaine de pages &#224; l'&#233;conomie de l'entreprise agricole, et une page et demie &#224; la commercialisation [&lt;a href='#nb4-216' class='spip_note' rel='footnote' title='Sattler, F., Wistinghausen, E.v., La Ferme Bio-Dynamique, Ulmer, 1992, (...)' id='nh4-216'&gt;216&lt;/a&gt;], sur un total de 329 pages. Est-ce &#224; dire que Rudolf Steiner n'avait rien &#224; dire sur la crise &#233;conomique ? Ou bien qu'il ne consid&#233;rait pas, &#224; la diff&#233;rence des autres fondateurs, que cet aspect &#233;tait important dans les probl&#232;mes de l'agriculture ? On pencherait ici plut&#244;t pour la seconde r&#233;ponse. Mais il faut n&#233;anmoins se souvenir que Rudolf Steiner et les premiers anthroposophes organisateurs de la Bio-dynamie ont &#233;t&#233; parmi les premiers &#224; mettre en place un cahier des charges et une marque destin&#233;es &#224; mieux identifier et valoriser les produits mis en vente par les agriculteurs convertis &#224; leurs m&#233;thodes. D'autre part, Steiner a bien &#233;crit sur l'&#233;conomie. On dispose notamment de &lt;em&gt;El&#233;ments fondamentaux pour la solution du probl&#232;me social&lt;/em&gt;, et surtout des quatorze conf&#233;rences qui forme &lt;em&gt;Economie sociale&lt;/em&gt;, sur lesquelles nous nous appuierons essentiellement ici. C'est un regard original sur l'&#233;conomie, difficile &#224; d&#233;m&#234;ler, que l'on va un peu d&#233;couvrir ici, assez d&#233;connect&#233; des faits historiques. Comme le sous titre de &lt;em&gt;Economie sociale&lt;/em&gt; l'indique, il s'agit surtout d'une th&#233;orie &#233;conomique, d'une invitation &#224; &#171; renouveler nos conceptions &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'organisme social et la mondialisation &#233;conomique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;A l'&#233;poque des conf&#233;rences d'&lt;em&gt;Economie sociale&lt;/em&gt;, en 1922, Steiner consid&#232;re que les &#233;conomies nationales sont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;es, englob&#233;es par l'&#233;conomie-monde. La conception de l'organisme social correspond d'abord &#224; cette r&#233;alit&#233; de la mondialisation &#233;conomique, que Marx avait d&#233;j&#224; pr&#233;vue [&lt;a href='#nb4-217' class='spip_note' rel='footnote' title='Marx, K., Lettre &#224; Engels, 8 octobre 1858, cit&#233; in Riesel, R., OGM : la (...)' id='nh4-217'&gt;217&lt;/a&gt;]. Ensuite, la m&#233;taphore de l'organisme social renvoie &#224; une vision de l'&#233;conomie inspir&#233;e par un mod&#232;le biologique. Comme nous l'avons vu par ailleurs, au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, la &#171; biologisation &#187; de l'homme et de la soci&#233;t&#233; fut courante, avec des cons&#233;quences parfois terribles. Mais, en &#233;conomie moderne, avec les notions de &#171; circuit &#233;conomique &#187;, on peut en faire remonter l'origine aux physiocrates, que Steiner n'ignorent pas [&lt;a href='#nb4-218' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir ses discussions d'une des th&#232;ses physiocratiques dans Economie sociale, (...)' id='nh4-218'&gt;218&lt;/a&gt;]. Le mod&#232;le d'Harvey sur la circulation sanguine avait inspir&#233; le m&#233;decin Quesnay, tandis que c'est une image plus g&#233;n&#233;rale du corps humain qui inspire Steiner. Enfin, les &#233;l&#233;ments principaux du circuit &#233;conomique que va &#233;tudier Steiner sont la nature, le travail, et le capital, avec une insistance sur les deux derniers &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rudolf Steiner commence par reprocher aux grandes figures de l'&#233;conomie moderne une suppos&#233;e &#233;troitesse de vue : &#171; Mais tous les th&#233;oriciens de l'&#233;conomie politique, &#224; commencer par Adam Smith et jusqu'aux plus r&#233;cents, ne raisonnent que sur de petits territoires consid&#233;r&#233;s comme des organismes &#233;conomiques complets &#187; [&lt;a href='#nb4-219' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., ibid., p. 26.' id='nh4-219'&gt;219&lt;/a&gt;] A cela il oppose sa conception de la mondialisation &#233;conomique, en croyant &#234;tre le premier &#224; la mettre en lumi&#232;re : &#171; La Terre toute enti&#232;re, consid&#233;r&#233;e comme un organisme &#233;conomique, voil&#224; ce qu'est l'organisme social. Cela, personne ne l'a vu &#187; [&lt;a href='#nb4-220' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 27. Pour sa th&#232;se sur l'&#233;conomie sans fronti&#232;re, voir aussi les pages (...)' id='nh4-220'&gt;220&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;La m&#233;taphore biologique employ&#233;e par Steiner pour parler de l'&#233;conomie n'est pas une surprise, chez un auteur dont l'&#339;uvre est marqu&#233;e par le &#171; monisme de la pens&#233;e &#187;. Son organicisme se retrouve partout. En agriculture, il faut chercher &#224; faire de la ferme un &#171; organisme agricole &#187;. De m&#234;me, l'opposition entre le &#171; vivant &#187; et le &#187;mort &#187; est tr&#232;s pr&#233;sente chez lui. Dans son &#233;conomie, elle se traduit par l'importance accord&#233;e au circuit &#233;conomique, &#224; l'id&#233;e de la circulation de l'argent. Steiner, dans cette logique, veut &#233;viter toute accumulation suppos&#233;e pr&#233;judiciable &#224; la vie de l'organisme &#233;conomique. Il utilise une comparaison avec le corps humain, laquelle livre, au passage, un petit aper&#231;u sur ses conceptions m&#233;dicales fantaisistes : &#171; Il existe en lui comme dans l'organisme humain, une sorte d'auto-r&#233;gulateur &#187;. Il suffit, &#171; pour que l'organisme humain tombe malade, que des aliments non utilis&#233;s forment des d&#233;p&#244;ts dans le corps ou que des organes du corps devenus inutiles y soient maintenus. [&#8230;] La m&#234;me chose se passe dans l'organisme &#233;conomique au moment o&#249; les produits s'accumulent en un certain endroit au lieu d'&#234;tre consomm&#233;s. Il est donc indispensable que l'utilisation du capital ait lieu &#224; cet endroit afin que la nature n'absorbe pas le capital comme un produit mort, inorganique, semblable &#224; un apport de substance p&#233;trifi&#233;e au sein du processus d'&#233;conomie sociale. Car la capitalisation fonci&#232;re est absolument incompatible avec le processus d'&#233;conomie sociale &#187; [&lt;a href='#nb4-221' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 96-97.' id='nh4-221'&gt;221&lt;/a&gt;]. La biologisation de l'&#233;conomie appara&#238;t aussi dans le vocabulaire qu'il propose pour d&#233;signer la monnaie : &#171; Nous renoncerons donc, en &#233;conomie, &#224; parler d'argent cher ou bon march&#233;, en le rapportant aux marchandises, pour employer le terme d'argent vieux ou jeune dans le cycle vivant de l'&#233;conomie sociale &#187; [&lt;a href='#nb4-222' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 214.' id='nh4-222'&gt;222&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Dans l'avant-derni&#232;re citation, ci-dessus, nous voyons &#233;galement articul&#233;s deux des trois &#233;l&#233;ments qui caract&#233;risent le processus &#233;conomique selon Steiner : le capital et la nature. Mais il y en a un troisi&#232;me, le travail. La vision &#233;conomique de Steiner se ram&#232;ne &#224; un cycle entre ces trois &#233;l&#233;ments [&lt;a href='#nb4-223' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 34.' id='nh4-223'&gt;223&lt;/a&gt;] : la nature, transform&#233;e par le travail et le capital, est consomm&#233;e, tandis qu'une partie du capital doit &#234;tre r&#233;investie dans l'am&#233;lioration des moyens de production agricoles, et id&#233;alement, une autre partie doit &#234;tre donn&#233;e aux travailleurs spirituels pour l'am&#233;lioration des moyens de production. M&#234;me les travaux des artistes sont ramen&#233;s &#224; la productivit&#233; [&lt;a href='#nb4-224' class='spip_note' rel='footnote' title='Voyez cette perle : &#171; Ce qui donne de la valeur &#224; l'&#339;uvre artistique, c'est le (...)' id='nh4-224'&gt;224&lt;/a&gt;]. Dans ce cadre g&#233;n&#233;ral, Steiner m&#233;dite sur les conditions de fixation de justes prix, sur la l&#233;gitimit&#233; du pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, sur l'id&#233;e &#233;trange de diff&#233;rentes natures de l'argent&#8230;
&lt;br /&gt;Pour aller plus avant, nous allons montrer que sa d&#233;marche n'est gu&#232;re critique du capitalisme, en listant quelques-uns des aspects qui montrent que le syst&#232;me lui convient, &#224; condition de le fluidifier et de le spiritualiser.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une approche favorable de l'&#233;conomie moderne&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Steiner multiplie les r&#233;f&#233;rences favorables au syst&#232;me &#233;conomique qu'il a sous les yeux. Celles que nous avons relev&#233;es devraient &#234;tres suffisantes pour que le lecteur comprenne avec nous que le capitalisme n'est pas un probl&#232;me pour le fondateur de l'anthroposophie. Par une suite logique, on comprend que ce syst&#232;me &#233;conomique n'engendre pas de crise &#233;conomique ni sociale, donc pas de crise agricole, par lui-m&#234;me. Nous avons list&#233; cinq aspects caract&#233;risant l'attachement de Steiner &#224; l'&#233;conomie moderne : le primat de l'&#233;change, le profit comme moteur fondamental, le travail et le capital comme source de la richesse, une image positive du pr&#234;t et du commerce, une vision altruiste de la division internationale du travail.
&lt;br /&gt;Le primat de l'&#233;change sur l'autarcie semble &#234;tre une caract&#233;ristique fondamentale de la conception de l'&#233;conomie que se font les modernes, par opposition, par exemple &#224; celle d'Aristote [&lt;a href='#nb4-225' class='spip_note' rel='footnote' title='Le P&#232;re Martin, dans sa communication aux XVes Journ&#233;es Paysannes (20 02 (...)' id='nh4-225'&gt;225&lt;/a&gt;]. Steiner s'inscrit dans cette croyance : &#171; Le moteur qui pousse &#224; l'&#233;change est &#224; proprement parler dans les entrailles de l'homme &#187; [&lt;a href='#nb4-226' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Economie sociale, op. cit., p. 182.' id='nh4-226'&gt;226&lt;/a&gt;]. Ensuite, le profit ne pose pas de question particuli&#232;re &#224; Steiner, qui l'accepte tel quel, ou presque, aux antipodes des r&#233;flexions fortes de Masanobu Fukuoka, ou de celles, bien argument&#233;es, de Sir Albert Howard : &#171; La recherche du profit est pr&#233;cis&#233;ment le moteur de tout le processus &#233;conomique, c'est elle qui en est la force motrice &#187; [&lt;a href='#nb4-227' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 181-182.' id='nh4-227'&gt;227&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Autre aspect moderne de sa position, le primat accord&#233; et r&#233;p&#233;t&#233; au travail et au capital dans la formation de la richesse, au d&#233;triment de la nature. D&#233;j&#224; Adam Smith l'avait op&#233;r&#233; vis &#224; vis de Quesnay. Mais sous la plume d'un inspirateur de nombre d'&#233;cologistes, on aurait pu attendre une consid&#233;ration meilleure de la nature dans la formation de notre confort mat&#233;riel : &#171; Dites-vous bien [&#8230;] qu'un morceau de terrain &#224; l'&#233;tat naturel doit &#234;tre d&#251;ment travaill&#233; avant de pouvoir &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un bien foncier utilisable. Ceci &#233;tant, un morceau de terrain est effectivement une marchandise, avec une valeur &#233;conomique n&#233;e du travail incorpor&#233; au sol. Cette qualit&#233; lui est acquise &#224; partir du moment o&#249; la nature, une parcelle de cette nature, est d&#233;frich&#233;e pour &#234;tre mise en valeur &#187; [&lt;a href='#nb4-228' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 268. Voir aussi les pages 237-238.' id='nh4-228'&gt;228&lt;/a&gt;]. La nature, chez Steiner, n'a pas de valeur &#233;conomique en soi. Il n'y est pas question d'un don naturel gratuit qui questionnerait nos conceptions de l'&#233;conomie. La nature, &#224; la fa&#231;on moderne, ne prend valeur que transform&#233;e par l'homme. L'agriculture est alors convoqu&#233;e par Steiner comme travail humain exemplaire de cette mise en valeur de la nature.
&lt;br /&gt;Une autre fa&#231;on, pour Rudolf Steiner, de se d&#233;marquer d'une tradition ancienne de critique de l'&#233;conomie, consiste &#224; l&#233;gitimer le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, dans une certaine proportion, qu'il n'explique pas. Au lieu d'essayer de comprendre les enjeux du pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, Steiner commence par se tromper [&lt;a href='#nb4-229' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour saisir, au contraire, le caract&#232;re tardif de ces critiques, on verra, (...)' id='nh4-229'&gt;229&lt;/a&gt;] en renvoyant loin dans le pass&#233; les critiques et les interdits dont il a fait l'objet : &#171; Mais, comme vous le savez bien, dans les temps tr&#232;s anciens la perception d'un int&#233;r&#234;t sur l'argent pr&#234;t&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme immorale &#187; [&lt;a href='#nb4-230' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Economie sociale, op. cit., p. 183.' id='nh4-230'&gt;230&lt;/a&gt;]. Puis il relativise l'interdit en avan&#231;ant, ce que nous n'avons pas v&#233;rifi&#233;, que les pr&#234;ts se faisaient avec engagements personnels et un &#233;tonnant souci de la productivit&#233; sociale de la part du pr&#234;teur : &#171; Mais &#224; charge de revanche, si on n'exigeait pas de lui un taux d'int&#233;r&#234;t &#233;lev&#233;, on lui demandait d'apporter &#224; son tour au pr&#234;teur l'aide dont ce dernier pourrait avoir besoin s'il se trouvait dans des circonstances difficiles. [&#8230;] On savait bien qu'en pr&#234;tant de l'argent on permettait &#224; l'emprunteur d'en faire davantage qu'on n'aurait pu en faire soi-m&#234;me &#187; [&lt;a href='#nb4-231' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-231'&gt;231&lt;/a&gt;]. De plus, dans la vision de Steiner, on retrouve cette na&#239;vet&#233; moderne du commerce comme parfait civilisateur, sous des mots qui ne laissent gu&#232;re de place &#224; l'&#233;ventualit&#233; d'une attitude moins philanthropique et pacifique des marchands. Il faudrait ainsi reconna&#238;tre, en accord, selon Steiner, avec tous les &#233;conomistes, le &#171; caract&#232;re pacifique &#187;, &#171; dans tous les cas &#187;, des &#171; pr&#234;teurs d'argent &#187; et de &#171; l'homme d'affaires priv&#233; &#187;, car ceux-ci sauraient que la guerre s&#232;me in&#233;vitablement &#171; le d&#233;sordre dans le r&#232;glement des int&#233;r&#234;ts des capitaux pr&#234;t&#233;s &#187; [&lt;a href='#nb4-232' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.164-165. Une paix apparente qui doit ressembler dans bien des cas (...)' id='nh4-232'&gt;232&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Enfin, alors que de nombreux observateurs ont exprim&#233; l'atomisation engendr&#233; dans la modernit&#233; sociale par la division internationale du travail et ses d&#233;clinaisons tayloriennes, sans compter ses abrutissements psychologiques, soulign&#233;s, avec humour et path&#233;tique, par Charlie Chaplin, [&lt;a href='#nb4-233' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. le film c&#233;l&#232;bre Les temps modernes.' id='nh4-233'&gt;233&lt;/a&gt;] Rudolf Steiner, lui, pr&#233;f&#232;re y voir une source fra&#238;che d'altruisme : &#171; Les hommes sont beaucoup plus vou&#233;s &#224; la r&#233;ciprocit&#233; lorsque leurs occupations sont tr&#232;s sp&#233;cialis&#233;es, beaucoup plus en tout cas que si l'un d'entre eux cultive le chou dont il a besoin pour se nourrir, en m&#234;me temps qu'il fabrique ses bottes et se confectionne un chapeau.. La sp&#233;cialisation dans le travail incite &#224; la mutualit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4-234' class='spip_note' rel='footnote' title='Economie sociale, op. cit., p. 185. Voir aussi les pages 205-206 et (...)' id='nh4-234'&gt;234&lt;/a&gt;]. Mais comment ne pas faire la balance avec les liens de d&#233;pendance qui se multiplient dans la modernit&#233; ? Comment oublier la d&#233;responsabilisation croissante &#224; mesure des progr&#232;s de la sp&#233;cialisation et de la complexification du travail et de la soci&#233;t&#233; ? [&lt;a href='#nb4-235' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ces questions, on pourra voir les remarques de Karl Polanyi dans La (...)' id='nh4-235'&gt;235&lt;/a&gt;] Cependant Rudolf Steiner va plus loin. D&#233;laissant toute v&#233;ritable critique du capitalisme, il en vient &#224; rapprocher le capital de l'esprit. Fort d'une telle connaissance spirituelle du capitalisme, nous allons ainsi comprendre qu'il ne puisse apercevoir les cha&#238;nes d'exploitation que l'argent peut produire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'argent et l'esprit, un rapprochement surprenant&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Steiner recherche l'esprit dans la formation du capital. Dans certains de ses sch&#233;mas sur le processus &#233;conomique, il va jusqu'&#224; consid&#233;rer comme &#233;quivalents les termes de capital et d'esprit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 09 &#8211; Le rapprochement du capital et de l'esprit chez Steiner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, &#171; ou bien la nature est modifi&#233;e par le travail, ou bien le travail est modifi&#233;e par l'esprit &#187;. Dans ce dernier cas, &#171; l'esprit se manifeste ext&#233;rieurement de fa&#231;on tr&#232;s diverse dans la formation des capitaux et il devra &#234;tre recherch&#233; chaque fois dans leur structure &#187; [&lt;a href='#nb4-236' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., op. cit., p. 41. Nous ne discuterons pas le caract&#232;re r&#233;ducteur (...)' id='nh4-236'&gt;236&lt;/a&gt;]. Steiner parvient, dans sa rh&#233;torique, &#224; justifier le capital par l'esprit. Il imagine que parmi plusieurs ouvriers se rendant &#224; pied sur un m&#234;me lieu de travail &#233;loign&#233;, un jour, l'un d'entre eux construit une voiture et y att&#232;le un cheval. Il propose et fait payer ensuite &#224; ses coll&#232;gues l'usage de ce moyen de transport. &#171; Maintenant, la voiture est pour lui un v&#233;ritable capital. [&#8230;] Et quel facteur est &#224; l'origine de l'id&#233;e de la voiture ? C'est justement l'esprit qui a donn&#233; naissance &#224; cette id&#233;e. Toute invention de ce genre proc&#232;de d'une intervention de l'esprit dans le travail, d'une p&#233;n&#233;tration de l'esprit dans le travail, sous une forme ou sous une autre. [&#8230;] A l'origine, lorsque nous voyons du capital se former pendant le processus de r&#233;partition du travail, nous n'assistons &#224; rien d'autre qu'&#224; une spiritualisation du travail. Nous trouvons toujours, dans la premi&#232;re phase de formation du capital, un facteur d'organisation, de r&#233;partition du travail proc&#233;dant de l'esprit &#187; [&lt;a href='#nb4-237' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 67.' id='nh4-237'&gt;237&lt;/a&gt;]. Steiner ne dit rien &#224; propos du capital qui a permis &#224; son ouvrier inventeur d'obtenir mat&#233;riaux et outils pour construire sa voiture. Il ne dit rien non plus de l'origine de l'argent qui lui a permis d'acqu&#233;rir le cheval &#224; y atteler. S'agit-il d'un don ? D'un h&#233;ritage ? D'une longue &#233;pargne faite sur ses salaires ? Quoi qu'il en soit, ce que nous voulons souligner ici, c'est que les diff&#233;rences de fortune des gens ne s'expliquent pas toutes, et loin de l&#224;, par la plus ou moins grande cr&#233;ativit&#233; et ing&#233;niosit&#233; des uns et des autres. Les passions pour la puissance et le pouvoir, les chances du milieu de naissance, les biens fonciers, immobiliers, mon&#233;taires, constituent des facteurs sans doute tout aussi importants que &#171; l'esprit &#187; pour comprendre la formation du capital [&lt;a href='#nb4-238' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous pourrions poursuivre longtemps. Le lecteur int&#233;ress&#233; se reportera (...)' id='nh4-238'&gt;238&lt;/a&gt;]. Finissons par cette affirmation os&#233;e, permise par les m&#233;ditations originales de Steiner : &#171; Je pourrais donc &#233;crire ici esprit &#224; la place du capital &#187; [&lt;a href='#nb4-239' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 104.' id='nh4-239'&gt;239&lt;/a&gt;]. Ceci &#233;tant not&#233;, nous pouvons maintenant nous acheminer vers la v&#233;ritable nature sociale de l'&#233;conomie steinerienne.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le processus &#233;conomique ou la n&#233;cessit&#233; sociale : identification de la norme du capitalisme steinerien&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Quelle est la finalit&#233; de l'&#233;conomie chez Rudolf Steiner ? Le titre &lt;em&gt;Economie sociale&lt;/em&gt; sonne comme une r&#233;ponse &#233;vidente &#224; cette question : l'&#233;conomie a pour but de servir des causes sociales, les processus &#233;conomiques sont des moyens au service de l'&#233;panouissement des hommes. Grave erreur ! r&#233;pond Steiner : ce qu'il faut, c'est faire tourner la machine &#233;conomique, car c'est de son fonctionnement fluide que sort&#8230; Mais au juste, qu'attend Steiner de la bonne marche de l'&#233;conomie ? Fait encore surprenant, il ne dit rien l&#224; dessus. Nous avons affaire &#224; une &#171; n&#233;cessit&#233; sociale &#187;, froide et sans &#226;me. Dans le contexte de la &#171; Tripartition sociale &#187;, l'&#233;conomie steinerienne s'inscrit dans une &#171; sagesse inh&#233;rente au syst&#232;me &#187; [&lt;a href='#nb4-240' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 194.' id='nh4-240'&gt;240&lt;/a&gt;]. En guise de sagesse, Steiner se demande &#224; quelle place mettre les non salari&#233;s afin qu'ils apparaissent &#171; comme des travailleurs oeuvrant dans le sens de la n&#233;cessit&#233; sociale ? &#187; [&lt;a href='#nb4-241' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 60' id='nh4-241'&gt;241&lt;/a&gt;] Il veut obtenir des prix et des valeurs ind&#233;pendants des hommes, &#171; d&#233;pendants du seul processus d'&#233;conomie sociale &#187;. Steiner promeut la flexibilit&#233; des travailleurs : &#171; Si l'activit&#233; est trop intense dans un secteur donn&#233;, on la reportera sur d'autres secteurs &#187;. Il s'agirait l&#224; d'une mani&#232;re &#171; de traiter les hommes selon les lois de la vie &#187; [&lt;a href='#nb4-242' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 118.' id='nh4-242'&gt;242&lt;/a&gt;]. Mais pourquoi, demandera-t-on, vouloir plier les personnes &#224; ce processus &#233;conomique impersonnel ? Au nom des seuls &#171; lois de la vie &#187; de l'organisme &#233;conomique ?
&lt;br /&gt;Nous en sommes r&#233;duits &#224; conjecturer sur la sagesse de cette &#233;conomie sans but. Deux hypoth&#232;ses s'offrent &#224; nous, probablement compatibles. L'&#233;conomie steinerienne, finalement tr&#232;s proche du capitalisme tel qu'il est, partage son but : la croissance mat&#233;rielle, appuy&#233;e sur le dogme sous-jacent de l'&#233;quivalence entre l'abondance et la libert&#233;. L'autre hypoth&#232;se, c'est que si les adeptes de l'&#233;conomie steinerienne suivent ses pr&#233;ceptes jusqu'au bout, ils sont cens&#233;s faire don de leurs gains en surplus aux institutions spirituelles, afin de favoriser le but anthroposophique, une vie spirituelle libre. En attendant, nous sommes en droit de douter de la sagesse et de l'humanisme d'une telle approche &#233;conomique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusion : un &#233;conomisme amoral et sans humanisme&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Steiner pr&#233;tend vouloir consid&#233;rer &#171; partout l'action de l'homme dans le processus &#233;conomique &#187;. Mais il conc&#232;de aussit&#244;t que cela n'est pas facile : &#171; Cela n'est pas toujours facile, si nous donnons un caract&#232;re objectif &#224; l'&#233;conomie, car l'homme est une sorte de grandeur qu'il n'est pas possible de mesurer, il est essentiellement variable (et on peut le faire entrer en ligne de compte &#224; bien des points de vue &#187;. C'est presque &#224; regret qu'il consid&#232;re l'&#233;conomie comme une science humaine : &#171; Mais il faut bien en prendre son parti et compter avec les hommes, quelle que soit la diversit&#233; de leur comportement &#187; [&lt;a href='#nb4-243' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 183.' id='nh4-243'&gt;243&lt;/a&gt;]
&lt;br /&gt;Voici donc un &#233;conomisme &#171; d&#233;senchass&#233; &#187;, pour reprendre une expression de Karl Polanyi, tout &#224; l'oppos&#233; de l'effort howardien pour mesurer l'&#233;conomie par la reproduction des conditions naturelles et sociales qui la permettent, oppos&#233;, &#233;galement, &#224; cette volont&#233; de remettre le processus &#233;conomique &#224; sa place, propos&#233;e aujourd'hui par la bio&#233;conomie [&lt;a href='#nb4-244' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Del&#233;age E., Paysans, De la parcelle &#224; la plan&#232;te, op. cit., p. (...)' id='nh4-244'&gt;244&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Steiner fait tout le contraire. C'est le social qu'il veut ench&#226;sser dans l'&#233;conomie. Ainsi proc&#232;de t-il avec la question du don. Il croit faire resurgir &#171; le don &#187; dans les circonstances rationnelles du processus &#233;conomique : &#171; Il ne s'agirait pas dans ce cas d'un transfert de capital d'homme &#224; homme mais d'une donation, d&#233;cid&#233;e d'une mani&#232;re rationnelle, dans le cadre normal du processus &#233;conomique &#187; [&lt;a href='#nb4-245' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., op. cit., p. 193' id='nh4-245'&gt;245&lt;/a&gt;]. Il s'agirait de r&#233;fl&#233;chir sur les &#171; modalit&#233;s raisonnables &#187; de cette &#171; donation &#187; en respectant les &#171; principes de la &#171; Tripartition sociale &#187;. Le don steinerien est ainsi presque d&#233;shabill&#233; de tout le caract&#232;re gratuit et compensatoire qu'il peut avoir dans notre &#233;conomie, qui pousse souvent &#224; &#234;tre &#226;pre au gain, comme chacun en fait l'exp&#233;rience. La rationalit&#233; &#233;conomique p&#233;n&#232;trerait toute la soci&#233;t&#233;. Ainsi, en suivant l'anthroposophe, nous &#171; voyons &lt;em&gt;le secteur &#233;conomique p&#233;n&#233;trer ici dans l'ensemble de l'organisme social&lt;/em&gt;, en ob&#233;issant &#224; l'instinct social omnipr&#233;sent au c&#339;ur de chaque individu &#187; [&lt;a href='#nb4-246' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 193. Je souligne. En effet, est-ce bien que l'&#233;conomie p&#233;n&#232;tre (...)' id='nh4-246'&gt;246&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Steiner semble avoir &#224; c&#339;ur de ne pas m&#234;ler l'&#233;thique &#224; sa conception de l'&#233;conomie. Dans le cadre de l'&#233;conomie moderne, du fait de la division du travail, la plupart des producteurs travaillent pour les autres. Pour Steiner il s'agit, comme nous l'avons vu plus haut, d'un altruisme d'origine purement &#233;conomique et social &#8211; &#171; l'instinct social &#187; -, non impos&#233; par la religion ou la loi morale [&lt;a href='#nb4-247' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 56-58.' id='nh4-247'&gt;247&lt;/a&gt;] : &#171; Au fond, les circonstances ont pouss&#233; l'altruisme &#224; la premi&#232;re place dans le domaine &#233;conomique beaucoup plus vite qu'il n'a &#233;t&#233; valoris&#233; dans le domaine &#233;thico-religieux &#187; [&lt;a href='#nb4-248' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 57.' id='nh4-248'&gt;248&lt;/a&gt;]. Il est sans doute influenc&#233; par le positivisme de son temps, par une volont&#233; de faire science dont la morale se devrait d'&#234;tre par d&#233;finition exclue. Mais un philosophe &#8211; il est docteur en philosophie &#8211; devrait savoir que l'id&#233;e d'&#233;tablir une science humaine hors du champ du questionnement &#233;thique est pure illusion. Peu importe, finalement. Steiner finit en effet par trahir le fond de sa pens&#233;e : il ne veut pas de morale, au moins en &#233;conomie. A la page 192 d'&lt;em&gt;Economie sociale &lt;/em&gt;il moque, ainsi, le r&#244;le possible de la bont&#233; dans l'&#233;conomie. La morale, raill&#233;e en &#171; acide moralique &#187;, pouvant jouer un r&#244;le important &#171; dans un autre domaine &#187;, que Steiner se garde, au demeurant, de pr&#233;ciser.
&lt;br /&gt;Or, si les autres fondateurs de l'agrobiologie, &#224; l'instar de milliers d'autres personnes, critiquent le capitalisme, c'est bien en raison des injustices (du mal) que ce syst&#232;me &#233;conomique engendre, tant au plan de la destruction du tissu social &#8211; M&#252;ller, Howard, Masanobu Fukuoka -, que sur celui de la personne et de ses libert&#233;s &#8211; M&#252;ller, Masanobu Fukuoka -, que sur le plan &#233;cologique &#8211; Howard, Rusch, Masanobu Fukuoka. Il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence : Rudolf Steiner a un probl&#232;me avec l'&#233;thique. Aucun ouvrage de sa bibliographie ne porte sur cette question, alors qu'il y a, aujourd'hui, une centaine de livres de cet auteur disponibles en langue fran&#231;aise. En revanche, il a &#233;crit un livre &#233;logieux sur Nietzsche [&lt;a href='#nb4-249' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Nietzsche, Un homme en lutte contre son temps, EAR.' id='nh4-249'&gt;249&lt;/a&gt;], un philosophe qui voulait penser et agir &#171; &lt;em&gt;Par del&#224; le bien et le mal&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-250' class='spip_note' rel='footnote' title='Il s'agit-l&#224; du titre d'un ouvrage c&#233;l&#232;bre de Nietzsche.' id='nh4-250'&gt;250&lt;/a&gt;]. Il consid&#233;rait Nietszche comme &#171; le seul honn&#234;te homme qu'il ait rencontr&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4-251' class='spip_note' rel='footnote' title='Florin X., Entretien avec l'auteur, op. cit.' id='nh4-251'&gt;251&lt;/a&gt;]. Serait-il alors d&#233;plac&#233; de rapprocher le d&#233;nigrement de la morale chez Steiner &#8211; &#171; l'acide moralique &#187; - de sa raillerie chez Nietzsche &#8211; &#171; la moraline &#187; ?
&lt;br /&gt;Du coup, s'il n'y a plus de souci de justice sociale, plus de question morale, l'&#233;conomie est lib&#233;r&#233;e. Comme elle tend &#224; l'&#234;tre chez les &#233;conomistes ultra-lib&#233;raux, l'&#233;conomie semble devenir une norme intouchable chez Rudolf Steiner :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le processus &#233;conomique est ind&#233;pendant des hommes, il agit comme il doit le faire &#187; [&lt;a href='#nb4-252' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 264.' id='nh4-252'&gt;252&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La cons&#233;quence finale est terrible, puisqu'il en vient &#224; sacrifier l'homme &#224; l'&#233;conomie :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Un homme peut couper du bois et un autre faire du v&#233;lo. [&#8230;] Consid&#233;rer le travail de cette fa&#231;on c'est pourtant ce que fait Marx, avec d'autres, en proposant de chercher le poids de substance d&#233;truit dans l'organisme par un travail d&#233;termin&#233; ; c'est un non sens colossal. La m&#234;me somme de travail peut &#234;tre fournie par celui qui danse sur ses p&#233;dales et celui qui coupe du bois. &lt;em&gt;Ce qu'il advient de l'homme n'a aucune signification &#233;conomique.&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-253' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 38. Je souligne. Au passage, Steiner semble aussi effacer la (...)' id='nh4-253'&gt;253&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici un r&#233;sultat pour le moins surprenant, sous la plume du fondateur d'une &#171; sagesse de l'homme &#187;.
&lt;br /&gt;Apr&#232;s ces expos&#233;s des critiques agrobiologiques de l'&#233;conomie capitaliste, venons-en &#224; quelques alternatives propos&#233;es ou engag&#233;es par les fondateurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-1' id='nb4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Testament agricole, p. 205.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-2' id='nb4-2' class='spip_note' title='Notes 4-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Ibid., p. 204.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-3' id='nb4-3' class='spip_note' title='Notes 4-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-4' id='nb4-4' class='spip_note' title='Notes 4-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Si l'on se place &#224; un point de vue &#233;cologique et &#233;nerg&#233;tique plus pr&#233;cis, avec, par exemple, le d&#233;calage entre les rythmes d'exploitation de la fertilit&#233; dans l'&#232;re industrielle et ceux de sa reconstitution, sans parler des limites du savoir howardien - et humain en g&#233;n&#233;ral, au moins jusqu'&#224; aujourd'hui - sur les m&#233;canismes d'apparition des sols fertiles. Mais on peut aussi &#233;voquer tous ces d&#233;chets non organiques plus ou moins toxiques que les sols n'arrivent pas &#224; assimiler ou qui se retrouvent dans nos assiettes, ainsi que les pollutions qui se sont multipli&#233;es, des eaux, de l'air, des for&#234;ts, qui menacent le bon fonctionnement et la fertilit&#233; de la biosph&#232;re en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-5' id='nb4-5' class='spip_note' title='Notes 4-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Farming and gardening&#8230;, chapitre V.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-6' id='nb4-6' class='spip_note' title='Notes 4-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Fran&#231;ois Bedarida confirme cette lecture historique howardienne : on s'efforce alors de mettre en pratique la maxime proclam&#233;e en 1848 par l'agronome Caird qui est &#171; l'autorit&#233; supr&#234;me &#187; : &#171; Le high farming, voil&#224; le meilleur substitut aux corn-laws &#187; (Cf. Bedarida, F., La soci&#233;t&#233; anglaise du milieu du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; nos jours, Seuil, 1990, 351 p., p. 53).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-7' id='nb4-7' class='spip_note' title='Notes 4-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] C'est-&#224;-dire jusqu'&#224; l'ann&#233;e de la mort d'Howard, en 1947.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-8' id='nb4-8' class='spip_note' title='Notes 4-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Les tenants de la &#171; nouvelle agriculture &#187; anglaise et de la rotation Norfolk vont &#234;tres un mod&#232;le pour les physiocrates et les agronomes &#171; &#233;clair&#233;s &#187; d'une bonne partie de l'Europe du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et du d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Albrecht Tha&#235;r, que nous retrouverons face &#224; Liebig sous la plume d'Hans M&#252;ller et Hans Peter Rusch, &#233;crivit ainsi comme premier ouvrage une &#171; Introduction &#224; l'agriculture anglaise &#187;, &#224; la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle (Cf. Feller C., Boulaine J., Pedro G., Indicateurs de fertilit&#233; et durabilit&#233; des syst&#232;mes de culture au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, L'approche d'Albrecht Tha&#235;r (1752-1828), in EGS, 8,1, 2001, pp. 33-46, Annexe).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-9' id='nb4-9' class='spip_note' title='Notes 4-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Howard A., Farming anf gardenning&#8230; Cette admiration, sensible dans l'expression &#171; the great English agricultural pionneers &#187;, constitue un argument que nous reprendrons plus loin pour rapprocher Sir Albert Howard des physiocrates.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-10' id='nb4-10' class='spip_note' title='Notes 4-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &#171; it has been dragged from its allotted niche in the world's economy &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-11' id='nb4-11' class='spip_note' title='Notes 4-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &#171; the soil [&#8230;] the most sacred of all trusts &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-12' id='nb4-12' class='spip_note' title='Notes 4-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] D'apr&#232;s Howard A., Farming and gardening&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-13' id='nb4-13' class='spip_note' title='Notes 4-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Howard L.E., Labour in Agriculture, Oxford University Press and Royal Institue of International Affairs, 1935, pp. 244-245, cit&#233; in Howard A., Farming and gardening for health or disease, ibid. (Chapitre V).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-14' id='nb4-14' class='spip_note' title='Notes 4-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardening&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-15' id='nb4-15' class='spip_note' title='Notes 4-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Howard pense sans aucun doute aux nouvelles populations urbaines apparues avec la R&#233;volution industrielle. Il ne s'agit donc pas d'imaginer qu'il verrait le machinisme comme le progr&#232;s qui aurait mis fin aux soit-disant disettes et famines r&#233;currentes du pass&#233; pr&#233;-industriel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-16' id='nb4-16' class='spip_note' title='Notes 4-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] Pour tout cela, voir Howard A., Farming and gardening&#8230; Dans Le paysan r&#233;volt&#233;, Raymond Delatouche consid&#232;re qu'il y a l&#224; un aspect r&#233;current de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s : &#171; L'&#233;volution g&#233;n&#233;ral des soci&#233;t&#233;s se traduit de cette fa&#231;on : de plus en plus de surplus d'&#233;nergie, de plus en plus de villes et puis, &#224; un moment donn&#233;, l'&#233;quilibre se rompt, la t&#234;te emporte les racines, &#231;a bascule et il faut recommencer ! &#187; (p.185).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-17' id='nb4-17' class='spip_note' title='Notes 4-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] On peut penser ici &#224; &#171; l'arraisonnement &#187; de la nature selon Heidegger. Cf. Heidegger, M., La question de la technique, in Essais et conf&#233;rences, Gallimard, Paris, 1958 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. Allemande en 1954. Voir aussi Bourg D., L'homme-artifice, Le sens de la technique, notamment p. 64.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-18' id='nb4-18' class='spip_note' title='Notes 4-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Howard &#233;crit bien &#171; the human race &#187; et il ne s'agit pas d'une notation exceptionnelle dans ses textes. Nous ne discuterons pas ici de ce vocabulaire devenu d&#233;rangeant mais courant dans les &#233;crits du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et de la premi&#232;re moiti&#233; du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, notamment sous l'influence du biologisme. Le Robert donne la d&#233;finition suivante de &#171; biologisme &#187; (1936) : &#171; Doctrine selon laquelle les ph&#233;nom&#232;nes psychologiques et sociaux auraient une source biologique &#187;. Sur cette question, cf. Pichot A., La soci&#233;t&#233; pure, De Darwin &#224; Hitler, Flammarion, 2000, 458 p. et Pois R.A., La religion de la nature et le national-socialisme, Cerf, 1993 (Croom Helm Ltd, Beckenham, 1986). Voir aussi L'homme-artifice, de Dominique Bourg.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-19' id='nb4-19' class='spip_note' title='Notes 4-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardening&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-20' id='nb4-20' class='spip_note' title='Notes 4-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Le Dust Bowl, litt&#233;ralement &#171; saladier de poussi&#232;re &#187;, est l'expression qui qualifie ce ph&#233;nom&#232;ne de perte colossale de la fertilit&#233; des terres aux Etats Unis dans les ann&#233;es 1930. L'expression image une tornade de poussi&#232;re de sol traversant le pays. Sur le Dust Bowl, voir la th&#232;se de Christophe Masutti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-21' id='nb4-21' class='spip_note' title='Notes 4-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardening&#8230; Notons au passage que la mention de possibles retours en arri&#232;re pour l'humanit&#233; atteste que Sir Albert Howard cro&#238;t au progr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-22' id='nb4-22' class='spip_note' title='Notes 4-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-23' id='nb4-23' class='spip_note' title='Notes 4-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] Par souci de clart&#233; de notre expos&#233;, nous renvoyons l'&#233;tude de ce point &#224; la troisi&#232;me partie de ce travail, consacr&#233;e sp&#233;cialement &#224; l'&#233;tude de la dimension agronomique de l'&#339;uvre des fondateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-24' id='nb4-24' class='spip_note' title='Notes 4-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] Traduction de cette phrase &#224; v&#233;rifier. On y voit aussi que l'approche d'Howard est marqu&#233;e par le capitalisme, &#224; travers son langage &#171; capital &#187;, &#171; dividende &#187;. Dans le Testament agricole, il parle aussi d'une population en bonne sant&#233; comme du &#171; capital vrai d'une nation &#187;. Ces deux remarques renforcent la proximit&#233; d'Howard avec les physiocrates.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-25' id='nb4-25' class='spip_note' title='Notes 4-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardening&#8230; (&#171; &#8230; it is a particularly mean form of banditry because it involves the robbing of future generations which are not here to defend themselves &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-26' id='nb4-26' class='spip_note' title='Notes 4-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] Centre National des Jeunes Agriculteurs, une des organisations du syndicalisme agricole majoritaire en France, souvent proche des positions de la FNSEA (F&#233;d&#233;ration Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-27' id='nb4-27' class='spip_note' title='Notes 4-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] Sur l'histoire du mod&#232;le agricole danois et son importation en France &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1950, voir Houssel J.-P., Max Weber revisit&#233; : quand les pays de chr&#233;tient&#233; r&#233;ussissent le passage de la soci&#233;t&#233; paysanne &#224; la modernit&#233;, r&#233;f&#233;rence disponible sur Internet : fig-st-die.education.fr/actes/actes_2002/houssel/article.htm.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-28' id='nb4-28' class='spip_note' title='Notes 4-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] &#171; and what he built up was a conversion industry &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-29' id='nb4-29' class='spip_note' title='Notes 4-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardening&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-30' id='nb4-30' class='spip_note' title='Notes 4-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] Howard s'appuie ici sur Jacks G.V. and Whyte R.O., The Rape of the Earth, Faber and Faber, London, 1939.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-31' id='nb4-31' class='spip_note' title='Notes 4-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardening&#8230; Je souligne. Remarquons que Howard fait toujours r&#233;f&#233;rence au long terme, &#224; la durabilit&#233; agricole, &#224; ce que nous appelons aujourd'hui le &#171; droit des g&#233;n&#233;rations futures &#187; pour d&#233;fendre la n&#233;cessit&#233; d'un autre rapport social &#224; la fertilit&#233; des sols.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-32' id='nb4-32' class='spip_note' title='Notes 4-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] Il qualifie cet article de &#171; thougtful &#187; (profond).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-33' id='nb4-33' class='spip_note' title='Notes 4-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] Il faut penser &#224; distinguer l'exploitation agricole et l'exploitation mini&#232;re des richesses non renouvelables (&#224; l'&#233;chelle du temps de l'humanit&#233;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-34' id='nb4-34' class='spip_note' title='Notes 4-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] Cette invitation &#224; un jugement &#233;quilibr&#233; sur les r&#233;alisations mat&#233;rielles de la civilisation occidentale me semble n&#233;cessaire, &#224; distance du progressisme na&#239;f et du pessimisme radical. Ce dernier pourrait &#234;tre repr&#233;sent&#233; par Ren&#233; Riesel : &#171; ne pas regarder les r&#233;sultats du progr&#232;s mais le prix qu'on les paye &#187; (cf. Riesel R., Entretien avec l'auteur, Vallongue, (48), 2001).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-35' id='nb4-35' class='spip_note' title='Notes 4-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] H. R. Broadbent cit&#233; in Howard A., ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-36' id='nb4-36' class='spip_note' title='Notes 4-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] Howard A., ibid. Claude Bourguignon pense &#233;galement que la crise &#233;cologique est le moment d&#233;cisif de la chute de toutes les civilisations (Bourguignon, C., Lettre &#224; l'auteur). Cependant, pour Howard, il y a une crise intellectuelle et morale, traduite dans la politique, en amont de la crise &#233;cologique et de la d&#233;gradation, voire la d&#233;sertification fatale aux soci&#233;t&#233;s. Cette crise culturelle avant d'&#234;tre &#233;conomique se traduit dans l'incapacit&#233; &#224; donner la priorit&#233; politique et sociale aux besoins primaires sur les besoins secondaires. Il s'agit de la th&#232;se sociale principale d'Howard, telle qu'elle se trouve principalement en introduction et en conclusion de son Testament agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-37' id='nb4-37' class='spip_note' title='Notes 4-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] Verley P., Articles Stagnation de l'agriculture ancienne, p. 11-15 et Agriculture et r&#233;volution industrielle, p. 15-19, in La r&#233;volution industrielle, 1760-1870, Ed. MA, Paris, 1985, 270 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-38' id='nb4-38' class='spip_note' title='Notes 4-38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] Howard A., The Animal As Our Farming Partner, op. cit. S'agit-il ici du premier &#171; mouvement des enclosures &#187;, dites &#171; &#224; herbe &#187; ? A propos des mouvements paup&#233;risation qui suivirent les enclosures, cf. Bairoch P.,Victoires et d&#233;boires, Histoire &#233;conomique et sociale du monde du XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; nos jours , Gallimard, 1997, p. 187, ainsi que les pages c&#233;l&#232;bres de Karl Marx dans Le capital (Livre 1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;er&lt;/sup&gt;, 8&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Section, Chapitre 27).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-39' id='nb4-39' class='spip_note' title='Notes 4-39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;] Cependant, du point de vue social, le premier mouvement des enclosures semble avoir jet&#233; dans la mis&#232;re de nombreux paysans. D'un point de vue plus g&#233;n&#233;ral, on peut se demander si les progr&#232;s des agriculteurs capitalistes n'ont pas d&#233;truit les bases communautaires de l'&#233;conomie paysanne pr&#233;-industrielle. (Cf. Verley P., La r&#233;volution industrielle, op. cit., p. 96 ; et aussi Bairoch P., Victoires et d&#233;boires, ibid.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-40' id='nb4-40' class='spip_note' title='Notes 4-40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;] Celui-ci assurait au moins l'entretien de sa condition de possibilit&#233;, la fertilit&#233; de la terre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-41' id='nb4-41' class='spip_note' title='Notes 4-41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 185.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-42' id='nb4-42' class='spip_note' title='Notes 4-42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;] Ibid., p. 206.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-43' id='nb4-43' class='spip_note' title='Notes 4-43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;] Ibid., p. 205.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-44' id='nb4-44' class='spip_note' title='Notes 4-44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;] Ibid., p. 09.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-45' id='nb4-45' class='spip_note' title='Notes 4-45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;] Ibid., p. 206.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-46' id='nb4-46' class='spip_note' title='Notes 4-46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;] Ibid., p. 09.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-47' id='nb4-47' class='spip_note' title='Notes 4-47' rev='footnote'&gt;47&lt;/a&gt;] Ibid., p. 206.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-48' id='nb4-48' class='spip_note' title='Notes 4-48' rev='footnote'&gt;48&lt;/a&gt;] Ibid., p. 185.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-49' id='nb4-49' class='spip_note' title='Notes 4-49' rev='footnote'&gt;49&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-50' id='nb4-50' class='spip_note' title='Notes 4-50' rev='footnote'&gt;50&lt;/a&gt;] Ibid., p. 204.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-51' id='nb4-51' class='spip_note' title='Notes 4-51' rev='footnote'&gt;51&lt;/a&gt;] Ibid., p. 206.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-52' id='nb4-52' class='spip_note' title='Notes 4-52' rev='footnote'&gt;52&lt;/a&gt;] Ibid., p. 197. Sir Albert Howard a d&#233;j&#224; constat&#233;, a son &#233;poque, que la croissance spectaculaire des plantes sous &#171; NPK &#187; ne dure qu'un temps : &#171; Dans le monde entier, on constate que, si la fertilit&#233; augmente, l'action des engrais min&#233;raux va en diminuant pour dispara&#238;tre enfin compl&#232;tement &#187; (p. 57). Aujourd'hui, Andr&#233; Pochon peut encore citer les d&#233;convenues des agriculteurs qui se laissent pi&#233;ger par les mensonges de l'agrochimie et d'agriculture moderne &#171; A l'&#233;poque, c'&#233;tait une exploitation herbag&#232;re avec de nombreuses haies et un troupeau de charolais. Nous avons vendu le troupeau (le p&#232;re &#233;tait furieux), aras&#233; les haies, drain&#233; et labour&#233; le tout : bl&#233; et colza. Les premi&#232;res ann&#233;es, c'&#233;tait le r&#234;ve : nous profitions des r&#233;serves d'humus des prairies et nos rendements &#233;taient bons, les prix aussi ! Depuis six ou sept ans, nous avons d&#233;chant&#233;. Nous avons consomm&#233; notre stock d'humus, la terre est devenue battante, les maladies et les mauvaises herbes se sont install&#233;es ; cela nous co&#251;te de plus en plus cher pour des rendements et des prix en baisse &#187; (cf. Pochon A., Les champs du possible, Plaidoyer pour une agriculture durable, Syros, Alternatives &#233;conomiques, Paris, 1998, 252 p., p. 178).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-53' id='nb4-53' class='spip_note' title='Notes 4-53' rev='footnote'&gt;53&lt;/a&gt;] Marx K., Le Capital, cit&#233; in Remarques sur l'agriculture g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;e et la d&#233;gradation des esp&#232;ces, Ouvrage anonyme, Editions de l'encyclop&#233;die des nuisances, Paris, 1999, 106 p., p. 49-50.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-54' id='nb4-54' class='spip_note' title='Notes 4-54' rev='footnote'&gt;54&lt;/a&gt;] Howard A., op. cit., p. 185. Je souligne la r&#233;f&#233;rence aux g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-55' id='nb4-55' class='spip_note' title='Notes 4-55' rev='footnote'&gt;55&lt;/a&gt;] Ibid., p. 139.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-56' id='nb4-56' class='spip_note' title='Notes 4-56' rev='footnote'&gt;56&lt;/a&gt;] Cf. Remarques sur l'agriculture g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;e et la d&#233;gradation des esp&#232;ces, op. cit., p. 55.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-57' id='nb4-57' class='spip_note' title='Notes 4-57' rev='footnote'&gt;57&lt;/a&gt;] Howard A., ibid., p. 139. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-58' id='nb4-58' class='spip_note' title='Notes 4-58' rev='footnote'&gt;58&lt;/a&gt;] Mumford L., Technique et civilisation, Seuil, 415 p., p. 31.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-59' id='nb4-59' class='spip_note' title='Notes 4-59' rev='footnote'&gt;59&lt;/a&gt;] Ric&#339;ur P., D'un soup&#231;on &#224; l'autre, in Spire A., L'argent, Pour une r&#233;habilitation morale, Ed. Autrement, 1992, 204 p., p. 56-71, p. 56. Pour Masanobu Fukuoka, les paysans n'&#233;chappent pas &#224; cette remarque de Ric&#339;ur sur les relations de l'homme avec l'argent. Ainsi, les &#171; paysans ont beau ne pas &#234;tre dans les affaires, il leur arrive de se montrer trop &#226;pres au gain pour partager le moindre sou, et en d'autres occasions, de se comporter comme des millionnaires indiff&#233;rents &#224; des richesses fabuleuses &#187; (Cf. L'agriculture naturelle, p. 31).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-60' id='nb4-60' class='spip_note' title='Notes 4-60' rev='footnote'&gt;60&lt;/a&gt;] Cette affirmation me semble &#234;tre la plus faible de ce passage. L'id&#233;e que les prix pourraient &#234;tre les m&#234;mes partout ne tient pas compte des variations de climats, de sols, de rendements, etc. Ensuite, l'id&#233;e d'une inutilit&#233; des prix me semble incompr&#233;hensible : critiquer la mon&#233;tarisation de l'agriculture et les fortes disparit&#233;s des prix agricoles est une chose, mais comment vendre un produit sans lui attribuer un prix ? Masanobu Fukuoka ne semble pas avoir d&#233;pass&#233; cette contradiction. Il donne la priorit&#233; aux &#233;changes non mon&#233;taires, mais il accorde, comme nous allons le noter, une petite place aux &#233;changes commerciaux locaux, dont on se demande comment ils vont &#234;tre possibles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-61' id='nb4-61' class='spip_note' title='Notes 4-61' rev='footnote'&gt;61&lt;/a&gt;] Il s'agit l&#224; du th&#232;me de r&#233;flexion &#233;cologique et moral concernant la diff&#233;rence entre nos besoins primaires et les besoins secondaires, le probl&#232;me de la hi&#233;rarchisation et de la ma&#238;trise de nos d&#233;sirs secondaires, non vitaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-62' id='nb4-62' class='spip_note' title='Notes 4-62' rev='footnote'&gt;62&lt;/a&gt;] A moins qu'il ne parle dans le contexte du succ&#232;s mondial de son agriculture naturelle &#8211; ni plus ni moins que le retour du Jardin d'Eden sur terre -, il semble bien que l'auteur oublie ici qu'il y a des pays d&#233;favoris&#233;s au niveau de leurs ressources alimentaires disponibles, ce qui cr&#233;&#233; une sorte de n&#233;cessit&#233; des &#233;changes de produits agricoles &#224; longue distance&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-63' id='nb4-63' class='spip_note' title='Notes 4-63' rev='footnote'&gt;63&lt;/a&gt;] AN, p. 304. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-64' id='nb4-64' class='spip_note' title='Notes 4-64' rev='footnote'&gt;64&lt;/a&gt;] L'&#233;conomie fukuokienne serait bouddhique, centr&#233;e sur Mu, principe d&#233;fini comme le vide ou la non-existence (cf infra., partie 4).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-65' id='nb4-65' class='spip_note' title='Notes 4-65' rev='footnote'&gt;65&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, p. 305. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-66' id='nb4-66' class='spip_note' title='Notes 4-66' rev='footnote'&gt;66&lt;/a&gt;] Polanyi, K., La Grande Transformation, Aux origines politiques et &#233;conomiques de notre temps, Gallimard, Biblioth&#232;que des sciences humaines, Paris, 1983 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;dition am&#233;ricaine en1944), 415 p., p. 84&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-67' id='nb4-67' class='spip_note' title='Notes 4-67' rev='footnote'&gt;67&lt;/a&gt;] Aristote, Politique, Livre I, 2, 8-9 (Edition Gallimard, Collection Tel, 1993, 376 p.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-68' id='nb4-68' class='spip_note' title='Notes 4-68' rev='footnote'&gt;68&lt;/a&gt;] En termes plus contemporains, mais sans doute plus restrictifs, on interrogera telle ou telle r&#233;alit&#233; en demandant &#171; quel est son but ? &#187; ou &#171; quel est son objectif ? &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-69' id='nb4-69' class='spip_note' title='Notes 4-69' rev='footnote'&gt;69&lt;/a&gt;] Rappelons que la racine grecque &#171; polis &#187;, dans le mot politique, veut dire &#171; cit&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-70' id='nb4-70' class='spip_note' title='Notes 4-70' rev='footnote'&gt;70&lt;/a&gt;] Cette th&#232;se c&#233;l&#232;bre est l'expression au niveau le plus g&#233;n&#233;ral du finalisme aristot&#233;licien. Pour l'ensemble de la Gr&#232;ce antique, le monde naturel est un cosmos, c'est &#224; dire une r&#233;alit&#233; ordonn&#233;e et belle. Par rapport &#224; cette affirmation fondamentale on peut comprendre que le finalisme aristot&#233;licien est aussi une approche optimiste de la nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-71' id='nb4-71' class='spip_note' title='Notes 4-71' rev='footnote'&gt;71&lt;/a&gt;] Politique, I, 2, 10-12.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-72' id='nb4-72' class='spip_note' title='Notes 4-72' rev='footnote'&gt;72&lt;/a&gt;] Politique, I, 2, 14.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-73' id='nb4-73' class='spip_note' title='Notes 4-73' rev='footnote'&gt;73&lt;/a&gt;] Politique, I, 3, 1.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-74' id='nb4-74' class='spip_note' title='Notes 4-74' rev='footnote'&gt;74&lt;/a&gt;] Ibid., I, 4, 1. Cf. aussi I, 8, 4.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-75' id='nb4-75' class='spip_note' title='Notes 4-75' rev='footnote'&gt;75&lt;/a&gt;] Dans le mot &#233;conomie, &#171; &#233;co &#187; renvoie au grec &#171; o&#239;kos &#187; qui signifie la maison, et &#171; -nomie &#187; renvoie au verbe &#171; nemein &#187;, administrer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-76' id='nb4-76' class='spip_note' title='Notes 4-76' rev='footnote'&gt;76&lt;/a&gt;] Politique, I, 2, 5.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-77' id='nb4-77' class='spip_note' title='Notes 4-77' rev='footnote'&gt;77&lt;/a&gt;] Politique, I, 8, 13.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-78' id='nb4-78' class='spip_note' title='Notes 4-78' rev='footnote'&gt;78&lt;/a&gt;] Politique, I, 10, 4.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-79' id='nb4-79' class='spip_note' title='Notes 4-79' rev='footnote'&gt;79&lt;/a&gt;] Politique, I, 8, 1-2.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-80' id='nb4-80' class='spip_note' title='Notes 4-80' rev='footnote'&gt;80&lt;/a&gt;] Et tout aussi bien le responsable de communaut&#233; ou les gouvernants de la cit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-81' id='nb4-81' class='spip_note' title='Notes 4-81' rev='footnote'&gt;81&lt;/a&gt;] Politique, I, 10, 1.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-82' id='nb4-82' class='spip_note' title='Notes 4-82' rev='footnote'&gt;82&lt;/a&gt;] Ibid, I, 9, 7-9.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-83' id='nb4-83' class='spip_note' title='Notes 4-83' rev='footnote'&gt;83&lt;/a&gt;] Sur ce point, voir Brague R., La sagesse du monde, Histoire de l'exp&#233;rience humaine de l'univers, Fayard, 1999, et aussi Scheler M., Sociologie de la connaissance, PUF, 1993 (1926), p. 130.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-84' id='nb4-84' class='spip_note' title='Notes 4-84' rev='footnote'&gt;84&lt;/a&gt;] Quoiqu'il convienne que l'agriculture est le mode de vie le plus r&#233;pandu, Aristote discute aussi la rapine et le pillage, &#233;galement la guerre dans certains cas, comme mode d'acquisition l&#233;gitime des biens de base n&#233;cessaires &#224; la vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-85' id='nb4-85' class='spip_note' title='Notes 4-85' rev='footnote'&gt;85&lt;/a&gt;] Politique, I, 8, 13.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-86' id='nb4-86' class='spip_note' title='Notes 4-86' rev='footnote'&gt;86&lt;/a&gt;] Ibid., I, 10, 4-5.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-87' id='nb4-87' class='spip_note' title='Notes 4-87' rev='footnote'&gt;87&lt;/a&gt;] Il faudrait revenir sur l'id&#233;e d'une limitation de la taille des villes, principe sur lequel semblent converger Masanobu Fukuoka, Sir Albert Howard, et Aristote.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-88' id='nb4-88' class='spip_note' title='Notes 4-88' rev='footnote'&gt;88&lt;/a&gt;] Dictionnaire Le Robert.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-89' id='nb4-89' class='spip_note' title='Notes 4-89' rev='footnote'&gt;89&lt;/a&gt;] Quesnay F., Article &#171; Grains &#187; de l'Encyclop&#233;die, cit&#233; in Chanteau J.-P., Du constat empirique aux grilles de lecture th&#233;orique de la dynamique &#233;conomique en agriculture, M&#233;moire IEP sous la direction de De France, H. et Janet, C., UPMF, Grenoble,1995, 202 p. + Annexes, p. 87.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-90' id='nb4-90' class='spip_note' title='Notes 4-90' rev='footnote'&gt;90&lt;/a&gt;] Au moins dans le cas d'une agriculture diversifi&#233;e qui peut ainsi globalement r&#233;sister aux al&#233;as saisonniers et climatiques. La stabilit&#233; &#233;conomique de l'agriculture, hormis la question du march&#233;, peut &#234;tre d&#233;fendue comme sup&#233;rieure &#224; celle des autres activit&#233;s, au sens o&#249; l'agriculture fournit des biens n&#233;cessaires aux hommes, ce qui lui assure une forte garantie de d&#233;bouch&#233;s et donc de retours mon&#233;taires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-91' id='nb4-91' class='spip_note' title='Notes 4-91' rev='footnote'&gt;91&lt;/a&gt;] Quesnay F., Maximes g&#233;n&#233;rales du gouvernement &#233;conomique d'un royaume agricole, in Physiocratie, Droit naturel, Tableau &#233;conomique et autres textes, GF-Flammarion, Edition &#233;tablie par Jean Cartelier, Paris, 1991, 449 p., p. 238. Voir aussi le commentaire de cette th&#232;se p. 246.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-92' id='nb4-92' class='spip_note' title='Notes 4-92' rev='footnote'&gt;92&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, p. 35. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-93' id='nb4-93' class='spip_note' title='Notes 4-93' rev='footnote'&gt;93&lt;/a&gt;] Mais ce sera, pour lui, une exp&#233;rience sociale d&#233;cevante, en raison de sa conception personnelle des prix agricoles et de l'attitude de certains marchands avec qui il traitera.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-94' id='nb4-94' class='spip_note' title='Notes 4-94' rev='footnote'&gt;94&lt;/a&gt;] S'appuyant sur la description des terrasses des Hunza faite par Conway en 1894, laquelle concorde avec les observations arch&#233;ologiques de 1901 faites par ce m&#234;me auteur dans les Andes boliviennes, Howard admet avec Conway que les Hunzas vivent dans un &#233;tat de civilisation proche de celui des p&#233;ruviens sous le r&#232;gne des Incas. Il existe donc, sous les yeux d'Howard en Inde, un exemple vivant de cette ancienne m&#233;thode de culture en terrasse. Howard annonce alors qu'il consacrera un chapitre du Testament agricole au rapport entre agriculture et sant&#233; chez les Hunzas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-95' id='nb4-95' class='spip_note' title='Notes 4-95' rev='footnote'&gt;95&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 06. Howard s'appuie particuli&#232;rement sur les &#171; ouvrages de Mommsen, Heitland et d'autres savants &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-96' id='nb4-96' class='spip_note' title='Notes 4-96' rev='footnote'&gt;96&lt;/a&gt;] Howard utilise deux th&#232;ses principales dans son &#339;uvre, qui jouent comme autant de crit&#232;res d'&#233;valuation : la premi&#232;re porte sur la connaissance des lois de la vie dans la nature, la seconde porte sur le r&#244;le de l'agriculture et des agriculteurs dans le d&#233;veloppement des civilisations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-97' id='nb4-97' class='spip_note' title='Notes 4-97' rev='footnote'&gt;97&lt;/a&gt;] Le nom de Caton est cit&#233;, mais au titre des r&#233;formes qu'il entreprit, non au titre de ses id&#233;es agronomiques (p. 08).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-98' id='nb4-98' class='spip_note' title='Notes 4-98' rev='footnote'&gt;98&lt;/a&gt;] Nous prenons ici le concept politique &#171; agrarien &#187; en un sens plus sp&#233;cifique qu'il n'est &#233;tabli. En effet, le Robert ne propose que deux sens qui ne correspondent que de loin &#224; notre sujet. Ainsi, &#171; agrarien &#187;, au sens 1 du dictionnaire, dat&#233; de la p&#233;riode de la R&#233;volution fran&#231;aise, renvoie &#224; un &#171; Partisan des lois agraires, du partage des terres entre ceux qui les cultivent &#187;. Le sens 2, issu de l'allemand Agrarier en 1885 renvoie &#224; l'&#171; Appellation politique de partis qui se proposent de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires fonciers &#187;. L'approche agrarienne, que nous essayons de saisir ici sous la plume des fondateurs, d&#233;signe plut&#244;t une insistance sur la pr&#233;pond&#233;rance politique &#224; accorder &#224; la question de la fertilit&#233; des sols. De cette fa&#231;on, cette pens&#233;e agrarienne rejoint partiellement la physiocratie et sa reconnaissance de la fertilit&#233; de la terre comme origine gratuite du d&#233;veloppement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. D'autre part, lorsqu'Howard et surtout M&#252;ller, et Fukuoka dans une moindre mesure, insistent sur les valeurs morales de la soci&#233;t&#233; que les paysans porteraient avec ant&#233;riorit&#233; et excellence, l'approche agrarienne qu'ils proposent se situe plus proche d'un paysannisme tel que d&#233;crit par Henri Mendras dans La fin des paysans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-99' id='nb4-99' class='spip_note' title='Notes 4-99' rev='footnote'&gt;99&lt;/a&gt;] Howard ne dit rien quant aux causes de cette baisse de rendement. Faut-il l'attribuer d'abord &#224; l'&#233;puisement des sols ou &#224; une baisse qualitative du travail paysan ? Ou &#224; ces deux facteurs conjugu&#233;s ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-100' id='nb4-100' class='spip_note' title='Notes 4-100' rev='footnote'&gt;100&lt;/a&gt;] Howard, p. 07.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-101' id='nb4-101' class='spip_note' title='Notes 4-101' rev='footnote'&gt;101&lt;/a&gt;] On note trois occurrences du terme &#171; d&#233;cadence &#187; dans les pages 7 et 8 de l'Introduction du Testament agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-102' id='nb4-102' class='spip_note' title='Notes 4-102' rev='footnote'&gt;102&lt;/a&gt;] On pourrait voir ici une version romantique de l'histoire romaine, o&#249; l'origine de la chute serait &#224; saisir dans un processus progressif d'abstraction de la culture : l'intimit&#233; de la conscience collective avec la terre et son importance, via le souci de l'agriculture, se serait peu &#224; peu perdue au profit d'un r&#244;le social croissant de l'argent et du capitalisme. Pour cette remarque nous utilisons le travail de Micha&#235;l L&#246;wy et Robert Sayre (op. cit.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-103' id='nb4-103' class='spip_note' title='Notes 4-103' rev='footnote'&gt;103&lt;/a&gt;] On peut se demander si Howard reprend l'argument de la rupture d'&#233;quilibre entre cultures et &#233;levage aux historiens auxquels il fait r&#233;f&#233;rence ou bien s'il ne &#171; plaquerait &#187; pas ici, dans son interpr&#233;tation de l'histoire romaine, un des leitmotiv de sa pens&#233;e agronomique. Cependant des auteurs infirment cette hypoth&#232;se en notant que les agronomes latins notaient aussi la compl&#233;mentarit&#233; cultures et &#233;levages (cf. &lt;a href=&quot;http://www.bondy.ird.fr/pleins_textes/pleins_textes_4/sci_hum/31592.pdf&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.bondy.ird.fr/pleins_text&#8230;&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-104' id='nb4-104' class='spip_note' title='Notes 4-104' rev='footnote'&gt;104&lt;/a&gt;] Cf. les &#171; rendements &#187; des &#171; petites fermes &#187; &#233;voqu&#233;es &#224; la page 08 du Testament agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-105' id='nb4-105' class='spip_note' title='Notes 4-105' rev='footnote'&gt;105&lt;/a&gt;] Howard A., p. 08.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-106' id='nb4-106' class='spip_note' title='Notes 4-106' rev='footnote'&gt;106&lt;/a&gt;] Nous parlons d'usage agricole de la fertilit&#233; par distinction d'avec un usage par simple pr&#233;dation de celle-ci.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-107' id='nb4-107' class='spip_note' title='Notes 4-107' rev='footnote'&gt;107&lt;/a&gt;] Howard A., ibid. p. 09. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-108' id='nb4-108' class='spip_note' title='Notes 4-108' rev='footnote'&gt;108&lt;/a&gt;] Howard rel&#232;ve l'autosuffisance de l'agriculture dans les campagnes, mais, &#224; l'&#233;chelle d'un pays comme l'Inde, l'approvisionnement des villes n'&#233;tait pas forc&#233;ment suffisant. Il cite le cas du sucre, o&#249; des am&#233;liorations agronomiques et des mesures protectionnistes ont permis de passer de 634 000 tonnes d'import avant la premi&#232;re guerre &#224; l'autosuffisance en 1940 (Cf. Testament agricole, p. 11).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-109' id='nb4-109' class='spip_note' title='Notes 4-109' rev='footnote'&gt;109&lt;/a&gt;] Les termes de &#171; raison &#187; et &#171; absurdit&#233; &#187;, encha&#238;n&#233;s dans ce passage, renvoie, selon nous, au sens de &#171; raison &#187; comme rationalit&#233;. Howard cherche un d&#233;veloppement rationnel, fond&#233; en raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-110' id='nb4-110' class='spip_note' title='Notes 4-110' rev='footnote'&gt;110&lt;/a&gt;] Testament agricole, p. 11.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-111' id='nb4-111' class='spip_note' title='Notes 4-111' rev='footnote'&gt;111&lt;/a&gt;] Chanteau J.-P., op. cit., p. 87&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-112' id='nb4-112' class='spip_note' title='Notes 4-112' rev='footnote'&gt;112&lt;/a&gt;] Quesnay, F., Maximes, cit&#233; in Passet, R., L'Economique et le Vivant, Economica, Paris, 1996, p. 32 (L'auteur ne pr&#233;cise malheureusement pas plus cette r&#233;f&#233;rence bibliographique).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-113' id='nb4-113' class='spip_note' title='Notes 4-113' rev='footnote'&gt;113&lt;/a&gt;] Turgot, Ecrits Economiques, Calman-L&#233;vy, 1970, p.126, cit&#233; Passet R., L'Economique et le Vivant, ibid. Le produit net physique de la r&#233;colte pourra &#234;tre converti en monnaie via sa commercialisation. Il y a donc une incertitude quant &#224; la d&#233;finition du produit net. Philippe Steiner consid&#232;re que la d&#233;finition la plus juste est de celle qui appr&#233;hende le produit net en valeur mon&#233;taire : le produit net est le prix de vente, une fois d&#233;duit les co&#251;ts de production. Mais il note ailleurs que le produit net correspond au &#171; don de la terre &#187; (cf. Steiner P., La &#171; science nouvelle &#187; de l'&#233;conomie politique, PUF, 1998, 128 p.). Jean Cartelier, de son c&#244;t&#233;, veut &#233;liminer la justification physique du produit net par la fertilit&#233; de la terre, un argument pourtant invoqu&#233; par Quesnay et surtout par Mirabeau, comme il le reconna&#238;t. Il veut pr&#233;senter la th&#233;orie du produit net comme une th&#233;orie des prix, au motif que l'activit&#233; agricole a toujours plus ou moins recours &#224; l'industrie pour produire, ce qui ne serait pas mesurable en termes physiques. Jean Cartelier d&#233;fend son interpr&#233;tation ainsi : &#171; puisque l'agriculture, par exemple, utilise des biens provenant d'autres activit&#233;s, la mise en &#233;vidence de son &#233;ventuelle productivit&#233; passe par un calcul en termes de prix. Retrancher d'une production brute de bl&#233; le grain qui a servi &#224; la semence et &#224; la consommation des travailleurs agricoles est acceptable, mais il n'est pas possible d'en soustraire le fer de la charrue ou des outils. Force est de passer par un calcul en valeur &#187;(p.27). Jean Cartelier rappelle aussi que les physiocrates s'appuient sur le produit net mesur&#233; en valeur v&#233;nale pour construire leur description du processus &#233;conomique et de la diffusion de la prosp&#233;rit&#233; dans la soci&#233;t&#233;. Effectivement, d&#232;s lors que le produit net est mesur&#233; uniquement en valeur marchande, il est clair qu'un co&#251;t &#233;lev&#233; de biens non agricoles, utilis&#233;s dans la production agricole, risque de ramener l'agriculture au niveau de rentabilit&#233; des autres activit&#233;s &#233;conomiques. La th&#233;orie du produit net agricole, attach&#233;e &#224; l'id&#233;e d'une productivit&#233; ou d'une rentabilit&#233; exceptionnelle de l'agriculture, perd ainsi de sa pertinence &#224; mesure que la quantit&#233; et le co&#251;t des intrants non agricoles augmentent. Mais il existe sans doute, pour Quesnay, une marge d'investissements financiers et mat&#233;riels importante avant que le rapport mon&#233;taire, issu de la vente de la richesse produite par la fertilit&#233; de la terre, soit r&#233;duit au niveau de la rentabilit&#233; des autres activit&#233;s &#233;conomiques. N'oublions pas qu'il a sous les yeux une agriculture organique manuelle ou &#224; traction animale. Dans le cadre de l'agriculture industrialis&#233;e que nous connaissons depuis le Bees Lcle en Occident, il faut reconna&#238;tre que l'agriculture n'est plus rentable. Les agriculteurs qui &#233;quilibrent leurs comptes le doivent, la plupart du temps, &#224; des subventions compensatrices. On peut aussi exprimer ce d&#233;s&#233;quilibre de l'agriculture actuelle en termes de calories utilis&#233;es pour produire et de calories r&#233;colt&#233;es (Voir, &#224; ce sujet, Passet, R., L'&#233;conomique et le vivant, op. cit.). Pour demeurer pertinente, la th&#233;orie du produit net de Quesnay implique que l'on renoue avec une agriculture peu gourmande en intrants non agricoles et en travail salari&#233;. Mais cela implique aussi, d'autre part, que la fertilit&#233; des sols soit maintenue &#233;lev&#233;e &#224; faible co&#251;t, et, de plus, que les prix agricoles ne soient pas d&#233;risoires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-114' id='nb4-114' class='spip_note' title='Notes 4-114' rev='footnote'&gt;114&lt;/a&gt;] Mar&#233;chal J.-P., Le rationnel et le raisonnable, L'&#233;conomie, l'emploi et l'environnement, PUR, 1997, 181 p., p. 109.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-115' id='nb4-115' class='spip_note' title='Notes 4-115' rev='footnote'&gt;115&lt;/a&gt;] Denis Clerc rappelle aussi le vaste programme que contient en soi la physiocratie comme pouvoir de la nature (Clerc D., Vous avez dit &#171; &#233;conomie &#187; ?, in Latouche S., (dir.), L'&#233;conomie d&#233;voil&#233;e, Du budget familiale aux contraintes plan&#233;taires, Ed. Autrement, S&#233;rie &#171; Mutations &#187;, n&#176; 159, 1995, 199 p., p.41-51, p. 45). Rappelons &#233;galement que notre mot nature correspond &#224; peu pr&#232;s au mot physis des anciens grecs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-116' id='nb4-116' class='spip_note' title='Notes 4-116' rev='footnote'&gt;116&lt;/a&gt;] Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, Un mod&#232;le de d&#233;veloppement, T&#233;qui, 1989, 222 p., p.101.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-117' id='nb4-117' class='spip_note' title='Notes 4-117' rev='footnote'&gt;117&lt;/a&gt;] Voir Bourg D., Le nouvel &#226;ge de l'&#233;cologie, in Le D&#233;bat, n&#176; 113, 2001, p. 92-105, p. 103&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-118' id='nb4-118' class='spip_note' title='Notes 4-118' rev='footnote'&gt;118&lt;/a&gt;] Sur un rapprochement explicite entre &#233;cologie et physiocratie, voir Jean-Pierre Chanteau. Celui-ci, s'appuyant sur Raoul Girardet (Mythes et mythologies politiques, Seuil, Paris, 1986, 191 p.) et Pierre Alphand&#233;ry et alii. (L'&#233;quivoque &#233;cologique, La d&#233;couverte, Paris, 1993, 279 p.) argumente autour de l'id&#233;e que la critique &#233;cologique d'aujourd'hui peut s'inscrire dans le prolongement de la physiocratie &#224; partir de la r&#233;f&#233;rence, encore bien pr&#233;sente dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, de la &#171; terre nourrici&#232;re &#187; (Chanteau, J.-P., op. cit., p. 93-94). D'autre part, pour un rapprochement entre une vision contemporaine de l'&#233;conomie &#224; tendance &#233;cologique et la physiocratie, on pourra consulter les ouvrages suivants de partisans de la bio&#233;conomie : Passet R., L'Economique et le Vivant, op. cit., Mar&#233;chal J.-P., Le rationnel et le raisonnable, op. cit.. Nicolas Georgescu Roegen propose une bio&#233;conomie marqu&#233;e par la loi d'entropie. En travaillant sur la dimension physique et naturelle de l'&#233;conomie, il ravive &#224; sa mani&#232;re, selon Jacques Grinevald, &#171; la tradition physiocratique &#187; (Cf. Georgescu Roegen N., La d&#233;croissance, Ed. Sang de la terre, p. 225-226, 61, 106).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-119' id='nb4-119' class='spip_note' title='Notes 4-119' rev='footnote'&gt;119&lt;/a&gt;] Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale&#8230;, op. cit., p. 101.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-120' id='nb4-120' class='spip_note' title='Notes 4-120' rev='footnote'&gt;120&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-121' id='nb4-121' class='spip_note' title='Notes 4-121' rev='footnote'&gt;121&lt;/a&gt;] Cf. Illich I., La convivialit&#233;, Seuil, 1973.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-122' id='nb4-122' class='spip_note' title='Notes 4-122' rev='footnote'&gt;122&lt;/a&gt;] Cette absence de cons&#233;quences sociales tir&#233;es de la gratuit&#233; naturelle, ainsi que cette focalisation sym&#233;trique sur la valeur v&#233;nale comme crit&#232;re de prosp&#233;rit&#233;, peuvent constituer un argument dans le d&#233;bat sur la situation des physiocrates dans l'histoire des id&#233;es. Ce d&#233;bat oscille entre des points de vue qui voient ce courant comme une tentative de sauvegarder l'ordre m&#233;di&#233;val, un essai d'int&#233;gration de la puissance montante de l'&#233;conomie dans les structures politiques existantes (Jean Cartelier), d'autres qui le consid&#232;rent comme une premi&#232;re esquisse de l'&#233;conomie moderne (la plupart des manuels contemporains d'&#233;conomie politique), ou bien encore un effort pour asseoir le d&#233;veloppement du capitalisme sur le secteur &#233;conomique alors dominant, l'agriculture (Catherine Larr&#232;re). Raymond Delatouche semble ne retenir de la physiocratie que l'id&#233;e de fonder le d&#233;veloppement sur le surplus agricole. E.F. Schumacher distingue essentiellement l'agriculture et l'industrie, aux sens de l'ensemble des autres activit&#233;s &#233;conomiques, en arguant que la premi&#232;re fournit des biens dont nous ne pouvons nous passer, tandis que nous pourrions nous passer des biens secondaires de l'industrie (cf. Schumacher E.F., Small is beautiful, Une soci&#233;t&#233; &#224; la mesure de l'homme, Seuil, 1978 (Blond and Briggs Ltd, London, 1973), 318 p. Howard et E.F. Schumacher apparaissent proche lorsque le second insiste sur la sp&#233;cificit&#233; de la question agricole : &#171; A notre &#233;poque, le principal danger pour le sol, donc non seulement pour l'agriculture mais pour la civilisation dans son ensemble, vient de la d&#233;termination de l'homme des villes &#224; appliquer les principes de l'industrie &#224; l'agriculture &#187; (p. 111). Philip Conford rappelle &#233;galement la convergence des vues de Schumacher avec les pionniers du mouvement organique (cf. Conford P., The Origins of the Organic Movement, op. cit., Voir particuli&#232;rement le chapitre 11, intitul&#233; &#171; The Christian Context of Organic Husbandry &#187;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-123' id='nb4-123' class='spip_note' title='Notes 4-123' rev='footnote'&gt;123&lt;/a&gt;] A l'&#233;poque de Quesnay on appelait les physiocrates &#171; les &#233;conomistes &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-124' id='nb4-124' class='spip_note' title='Notes 4-124' rev='footnote'&gt;124&lt;/a&gt;] Howard, Farming an d gardenning&#8230;, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-125' id='nb4-125' class='spip_note' title='Notes 4-125' rev='footnote'&gt;125&lt;/a&gt;] Due &#224; l'accroissement d&#233;mographique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-126' id='nb4-126' class='spip_note' title='Notes 4-126' rev='footnote'&gt;126&lt;/a&gt;] Howard consid&#232;re donc l'&#233;poque primitive comme une p&#233;riode de privation pour l'humanit&#233;. Marshall Sahlins a r&#233;fut&#233; cette opinion (dans Age de pierre, &#226;ge d'abondance, Gallimard). N&#233;anmoins, il semblerait que l'id&#233;e d'une extension des modes de vie de simple pr&#233;dation &#224; l'ensemble des populations de la Terre soit impossible. Si, &#224; l'&#233;poque pr&#233;historique, le nombre r&#233;duit des humains faisait que les ressources naturelles apparaissaient abondantes, il n'en va pas de m&#234;me quand l'augmentation de la population mit les hommes en concurrence pour ces m&#234;mes ressources. L'id&#233;e, que je tiens de Marc Bonfils, selon laquelle les peuplades de chasseurs cueilleurs se livraient &#224; des guerres rituelles pour limiter leur accroissement d&#233;mographique, me semble alors correcte et voisine du r&#244;le &#233;conomique des infanticides supput&#233;s par Howard. La diff&#233;rence de point de vue tient au fait que, selon certains auteurs, l'id&#233;e d'une raret&#233; des ressources n'est pas une cause valable ou suffisance pour expliquer le passage de la pr&#233;dation dominante &#224; l'agriculture. Plut&#244;t que du c&#244;t&#233; d'une pression d&#233;mographique croissante sur les ressources, c'est du c&#244;t&#233; de l'&#233;volution psychique et de la libert&#233; de l'humanit&#233; qu'il faudrait chercher, avec par exemple Jacques Cauvin, la cause principale de la domination croissante de l'agriculture. D'autre part, j'ajouterais que les habitudes alimentaires, relatives aux choix culturels, ne permettent pas forc&#233;ment un usage complet et &#233;quilibr&#233; des ressources sauvages &#224; notre disposition. Le succ&#232;s actuel croissant des travaux de Fran&#231;ois Couplan et d'associations engag&#233;es sur cette th&#233;matique, qui nous permettent de red&#233;couvrir nombre de plantes sauvages comestibles, me semble alors &#234;tre une bonne chose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-127' id='nb4-127' class='spip_note' title='Notes 4-127' rev='footnote'&gt;127&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardening&#8230;, Chapitre V (ma traduction).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-128' id='nb4-128' class='spip_note' title='Notes 4-128' rev='footnote'&gt;128&lt;/a&gt;] Nous employons ici l'expression &#171; d'art &#187; pour l'agriculture par souci de fid&#233;lit&#233; &#224; l'esprit d'Howard, qui parle d'un &#171; usage hardi &#187; des ressources naturelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-129' id='nb4-129' class='spip_note' title='Notes 4-129' rev='footnote'&gt;129&lt;/a&gt;] Sans entrer dans des descriptions historiques d'&#233;conomies paysannes, retenons, pour notre propos, qu'une des tendances g&#233;n&#233;rales qui les caract&#233;rise est le primat de la production vivri&#232;re et le caract&#232;re secondaire cons&#233;quent de l'&#233;change. Des auteurs comme Henri Mendras ou Nicolas Georgescu Roegen reconnaissent qu'il n'y a l&#224; &#233;videmment rien d'irrationnel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-130' id='nb4-130' class='spip_note' title='Notes 4-130' rev='footnote'&gt;130&lt;/a&gt;] Mais cette interpr&#233;tation devra &#234;tre nuanc&#233;e nettement, comme nous le verrons, par le discernement howardien port&#233; sur la diff&#233;rence entre un profit l&#233;gitime et une attitude d'exploitation, de pillage, de destruction des conditions naturelles et sociales qui rendent possible l'enrichissement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-131' id='nb4-131' class='spip_note' title='Notes 4-131' rev='footnote'&gt;131&lt;/a&gt;] Quand la faim est rassasi&#233;e, il n'y a plus ni besoin ni d&#233;sir d'autres nourritures. Quand il y a suffisamment de bois de chauffage pour toute la demeure et pour les trois hivers &#224; venir, il n'y a pas n&#233;cessit&#233; d'aller abattre d'autres arbres. De m&#234;me, quand une famille a de quoi se v&#234;tir et se loger convenablement, l'activit&#233; &#233;conomique consacr&#233;e &#224; ces besoins domestiques pourrait se limiter aux n&#233;cessit&#233;s de l'entretien ou du renouvellement p&#233;riodique d&#233;termin&#233; par l'usure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-132' id='nb4-132' class='spip_note' title='Notes 4-132' rev='footnote'&gt;132&lt;/a&gt;] On pourrait prolonger l'argument de la nature utilis&#233; par Aristote pour d&#233;fendre l'id&#233;e d'une limitation naturelle &#224; la v&#233;ritable richesse. Contre ceux qui voudraient que la recherche du profit et l'accumulation d'argent soit quelque chose de naturel, on peut avancer que les lions ne font pas de stock de gazelles (Je reprends cet argument &#224; Pierre Rabhi, entendu lors d'une conf&#233;rence de cet auteur &#224; Livron (26) en 2001(Notes personnelles)).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-133' id='nb4-133' class='spip_note' title='Notes 4-133' rev='footnote'&gt;133&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardenning&#8230;, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-134' id='nb4-134' class='spip_note' title='Notes 4-134' rev='footnote'&gt;134&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-135' id='nb4-135' class='spip_note' title='Notes 4-135' rev='footnote'&gt;135&lt;/a&gt;] Bairoch P., Victoires et d&#233;boires I, Histoire &#233;conomique et sociale du monde du XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; nos jours, Gallimard, Folio, Paris, 1997, 662 p., op. cit., p. 115.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-136' id='nb4-136' class='spip_note' title='Notes 4-136' rev='footnote'&gt;136&lt;/a&gt;] Quesnay F., op. cit., p. 108-109.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-137' id='nb4-137' class='spip_note' title='Notes 4-137' rev='footnote'&gt;137&lt;/a&gt;] Dans sa th&#232;se de doctorat, &#233;tudiant les batailles id&#233;ologiques et &#233;conomiques autour de l'agriculture qui ont eut lieu au XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Michel Aug&#233;-Larib&#233; parvient &#224; cette m&#234;me conclusion : le meilleur crit&#232;re de distinction entre petite et grande culture r&#233;side dans le capital investi (Aug&#233;-Larib&#233; M., Grande ou petite propri&#233;t&#233; ? Histoire des doctrines en France sur la r&#233;partition du sol et la transformation industrielle de l'agriculture, Th&#232;se pour le doctorat, Universit&#233; de Montpellier, Imprimerie Firmin, Montane et Sicardi, 1902). Cette approche de l'agriculture, bien &#233;loign&#233;e des consid&#233;rations de performances agronomiques tir&#233;es d'une science des sols et du vivant appliqu&#233;e &#224; la domestication, permet aussi, n&#233;anmoins, d'&#233;clairer la dynamique historique du changement social chez les agriculteurs. Ainsi, dans la partie &#233;conomique de ce travail, la mon&#233;tarisation de l'agriculture et de la soci&#233;t&#233; nous est-elle apparue, &#224; la suite de Karl Polanyi, comme un des facteurs essentiels de l'extension de la modernit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-138' id='nb4-138' class='spip_note' title='Notes 4-138' rev='footnote'&gt;138&lt;/a&gt;] On voit aussi l'importance accord&#233;e &#224; l'argent dans l'opposition qu'il &#233;tablit, not&#233;e dans cette citation et d&#233;velopp&#233;e par ailleurs, entre &#171; le riche fermier &#187; et le &#171; pauvre m&#233;tayer &#187;. Le second &#171; paye &#187; le loyer de sa terre en nature, tandis que le second le paye en argent : cela le pousse &#224; l'agriculture commerciale et &#224; l'investissement, comme cela permet au propri&#233;taire d'investir dans son domaine ou ailleurs. Ainsi le fermier et le propri&#233;taire participent &#224; la dynamique de la prosp&#233;rit&#233; nationale, ce qui n'est gu&#232;re le cas du m&#233;tayer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-139' id='nb4-139' class='spip_note' title='Notes 4-139' rev='footnote'&gt;139&lt;/a&gt;] Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, Les sciences agronomiques en France et en Allemagne, 1840-1914, p. 44-45.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-140' id='nb4-140' class='spip_note' title='Notes 4-140' rev='footnote'&gt;140&lt;/a&gt;] L'&#233;limination de la petite culture pose le probl&#232;me de l'existence des nombreux petits paysans. Chez les physiocrates, leur sort pr&#233;vu est celui qu'ils ont souvent eut par la suite. Si l'on suit leurs recommandations, les &#171; physiocrates admettent qu'une minorit&#233; de paysans d&#233;j&#224; ais&#233;s pourront acc&#233;der au stade de riches fermiers, mais que la majorit&#233; devra &#234;tre expropri&#233;e, transform&#233;e de paysans ind&#233;pendants en salari&#233;s. &#171; Le pauvre &#8211; &#233;crit Mirabeau &#8211; n'a d'int&#233;r&#234;t que d'&#234;tre au milieu d'une forte agriculture dont les travaux multipli&#233;s le font vivre et le rendent n&#233;cessaire. &#187; &#187; (Cf. Larr&#232;re C., L'analyse physiocratique des rapports entre la ville et la campagne, in Etudes Rurales, n&#176; 49-50, 1973, pp. 42-68, p.67).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-141' id='nb4-141' class='spip_note' title='Notes 4-141' rev='footnote'&gt;141&lt;/a&gt;] Une telle d&#233;ch&#233;ance des petits paysans s'est bien produite en Angleterre avec les mouvements des Enclosures. Selon Karl Polanyi, il semble qu'en Europe continentale il y ait eut plus fr&#233;quemment une ascension sociale de ces pauvres ruraux (Cf. La grande transformation, op. cit., p. 235). Cependant, pour l'ensemble des fondateurs de l'agriculture biologique, l'abandon du paysannat n'est jamais pr&#233;sent&#233; comme une voie d'&#233;mancipation sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-142' id='nb4-142' class='spip_note' title='Notes 4-142' rev='footnote'&gt;142&lt;/a&gt;] Via l'investissement mon&#233;taire, technique et agronomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-143' id='nb4-143' class='spip_note' title='Notes 4-143' rev='footnote'&gt;143&lt;/a&gt;] Quesnay F., ibid., p. 159 et surtout pp. 190-206. Voir aussi Miquel P., L'argent, Bordas, Paris, 1971, 208 p., p. 89-99.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-144' id='nb4-144' class='spip_note' title='Notes 4-144' rev='footnote'&gt;144&lt;/a&gt;] La vision noire des conditions de vie des paysans est ambigu&#235; chez Quesnay car il consid&#232;re aussi que les crises les touchent en dernier, du fait de l'agriculture d'autosubsistance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-145' id='nb4-145' class='spip_note' title='Notes 4-145' rev='footnote'&gt;145&lt;/a&gt;] Larr&#232;re C., op. cit., p.65.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-146' id='nb4-146' class='spip_note' title='Notes 4-146' rev='footnote'&gt;146&lt;/a&gt;] Quesnay F., Tableau &#233;conomique, in Physiocratie, Droit naturel, Tableau &#233;conomique et autres textes, GF-Flammarion, Edition &#233;tablie par Jean Cartelier, Paris, 1991, 449 p., p. 156-157. Je souligne. Notons, au passage, qu'un des arguments utilis&#233;s ici pour justifier la n&#233;cessit&#233; de la puissance de l'Etat est la peur des autres peuples ou nations : l'influence sur Quesnay de la vision moderne plut&#244;t pessimiste de l'homme ne serait pas &#233;tonnante. On pense ici &#224; Thomas Hobbes, qui, dans Le Leviathan, l&#233;gitimait la construction de l'Etat moderne par, notamment, la peur des hommes entre eux et la protection polici&#232;re que peut apporter l'Etat C'est lui qui &#233;crivit, loin de &#171; l'animal politique &#187; d'Aristote, que &#171; l'homme est un loup pour l'homme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-147' id='nb4-147' class='spip_note' title='Notes 4-147' rev='footnote'&gt;147&lt;/a&gt;] Cette compr&#233;hension nous servira &#233;galement pour saisir, plus loin, la logique des alternatives &#233;conomiques propos&#233;es par les fondateurs de l'agrobiologie&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-148' id='nb4-148' class='spip_note' title='Notes 4-148' rev='footnote'&gt;148&lt;/a&gt;] Quesnay F., Tableau &#233;conomique, op. cit.., p. 158.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-149' id='nb4-149' class='spip_note' title='Notes 4-149' rev='footnote'&gt;149&lt;/a&gt;] Ibid., p. 161.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-150' id='nb4-150' class='spip_note' title='Notes 4-150' rev='footnote'&gt;150&lt;/a&gt;] Ibid. Voir aussi l'introduction de cet ouvrage par Jean Cartelier, p. 61.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-151' id='nb4-151' class='spip_note' title='Notes 4-151' rev='footnote'&gt;151&lt;/a&gt;] Steiner P., La &#171; science nouvelle &#187; de l'&#233;conomie politique, op. cit., p. 82.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-152' id='nb4-152' class='spip_note' title='Notes 4-152' rev='footnote'&gt;152&lt;/a&gt;] Ibid., notamment p. 26 et 84.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-153' id='nb4-153' class='spip_note' title='Notes 4-153' rev='footnote'&gt;153&lt;/a&gt;] Par exemple sur les grains, en jouant sur le stockage pour faire monter les prix (Cf. Calame M., L'agriculture biologique, un retour au Moyen-&#196;ge ? in La Bergerie 1995-2000, Philosophie et bilan d'activit&#233;, Editions FPH, 155 p., pp. 45-46).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-154' id='nb4-154' class='spip_note' title='Notes 4-154' rev='footnote'&gt;154&lt;/a&gt;] Bairoch P., op. cit., p. 115-116.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-155' id='nb4-155' class='spip_note' title='Notes 4-155' rev='footnote'&gt;155&lt;/a&gt;] Steiner P., op. cit., p. 51.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-156' id='nb4-156' class='spip_note' title='Notes 4-156' rev='footnote'&gt;156&lt;/a&gt;] Ibid., p. 56. Nous rencontrerons plus loin, avec le mouvement paysan d'Hans M&#252;ller, une mise en pratique, certes socialement minoritaire, d'une approche d'un tel mod&#232;le commercial, o&#249; les marchands et les interm&#233;diaires furent peu nombreux ou absents entre les agriculteurs et les consommateurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-157' id='nb4-157' class='spip_note' title='Notes 4-157' rev='footnote'&gt;157&lt;/a&gt;] Cartelier J., op. cit., p. 63.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-158' id='nb4-158' class='spip_note' title='Notes 4-158' rev='footnote'&gt;158&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, p. 33. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-159' id='nb4-159' class='spip_note' title='Notes 4-159' rev='footnote'&gt;159&lt;/a&gt;] Ibid., p. 34.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-160' id='nb4-160' class='spip_note' title='Notes 4-160' rev='footnote'&gt;160&lt;/a&gt;] Ibid., p. 305.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-161' id='nb4-161' class='spip_note' title='Notes 4-161' rev='footnote'&gt;161&lt;/a&gt;] Ibid., p. 47. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-162' id='nb4-162' class='spip_note' title='Notes 4-162' rev='footnote'&gt;162&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-163' id='nb4-163' class='spip_note' title='Notes 4-163' rev='footnote'&gt;163&lt;/a&gt;] Du c&#244;t&#233; du confort dans le travail et &#224; la maison, dans la recherche de l'&#233;mancipation, du loisir&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-164' id='nb4-164' class='spip_note' title='Notes 4-164' rev='footnote'&gt;164&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, op. cit., p. 36..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-165' id='nb4-165' class='spip_note' title='Notes 4-165' rev='footnote'&gt;165&lt;/a&gt;] RBP, p. 120.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-166' id='nb4-166' class='spip_note' title='Notes 4-166' rev='footnote'&gt;166&lt;/a&gt;] Ce &#171; on &#187; renvoie chez Masanobu Fukuoka au &#171; complexe agro-industriel &#187; mais aussi aux politiques publiques, aux techniciens agricoles, et aux incitations bancaires qui ont, de concert, pouss&#233; l'agriculture sur la voie du productivisme agrochimique et marchand durant les ann&#233;es 1950-1960. (J'emprunte l'expression de&#171; complexe agro-industriel &#187; &#224; Estelle Del&#233;age, qui l'utilise &#224; propos de l'agrochimie et de &#171; l'agriculture raisonn&#233;e &#187; (Paysans, De la parcelle &#224; la plan&#232;te, Ed. Syllepse, 2004, 245 p., p. 143. Pour comprendre les conditions socio-&#233;conomiques favorables &#224; cette r&#233;volution agricole en France, on pourra lire les pages 29-35 de cet ouvrage).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-167' id='nb4-167' class='spip_note' title='Notes 4-167' rev='footnote'&gt;167&lt;/a&gt;] Cet argument fait &#233;cho &#224; celui d'Howard quant au changement produit par l'intrusion de la &#171; motivation du profit &#187; dans l'agriculture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-168' id='nb4-168' class='spip_note' title='Notes 4-168' rev='footnote'&gt;168&lt;/a&gt;] AN, p. 47. Masanobu Fukuoka affirme en g&#233;n&#233;ral que sa m&#233;thode &#233;gale les rendements de l'agrochimie. Il pense qu'il travaille selon la m&#233;thode naturelle. Du coup, il consid&#232;re que les autres m&#233;thodes qui obtiennent des rendements comparables aux siens sont plus ou moins imparfaites et palliatives. Ceci serait vrai en premier lieu pour l'agrochimie ; pour notre homme, les engrais chimiques n'augmentent pas le rendement, ils servent seulement &#224; &#233;viter qu'ils ne baissent pas. Nous reviendrons sur ce point dans notre partie 3. (Notons, pour l'heure, qu'un des enjeux ici en question est de savoir, d'une part, s'il y a une v&#233;rit&#233; universelle et compl&#232;te de l'agriculture, ou bien une pluralit&#233; de m&#233;thodes agronomiques pour arriver &#224; des r&#233;sultats de niveaux comparables, voire similaires, et, d'autre part, si l'on se situe dans le premier cas (universalisme), si la m&#233;thode fukuokienne est vraiment proche de la v&#233;rit&#233; agronomique de l'agriculture).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-169' id='nb4-169' class='spip_note' title='Notes 4-169' rev='footnote'&gt;169&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, p. 42-43.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-170' id='nb4-170' class='spip_note' title='Notes 4-170' rev='footnote'&gt;170&lt;/a&gt;] Ibid., p. 22. Je souligne. Notons l'opposition des termes &#224; connotation n&#233;gative pour l'industrie et &#224; connotation positive pour l'agriculture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-171' id='nb4-171' class='spip_note' title='Notes 4-171' rev='footnote'&gt;171&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, p. 15. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-172' id='nb4-172' class='spip_note' title='Notes 4-172' rev='footnote'&gt;172&lt;/a&gt;] Je souligne ici &#171; par l'agriculture moderne &#187; pour deux raisons. La premi&#232;re est toute simple. Il s'agit de bien circonscrire le propos fukuokien : il d&#233;nonce l'illusion du r&#234;ve de prosp&#233;rit&#233; dans ce type d'agriculture particulier. En effet, ailleurs, en conclusion de L'agriculture naturelle, il ne trouve rien &#224; redire &#224; la richesse d'un paysan qui prosp&#233;ra en ramassant humblement des tapons de fumier le long d'une route. La seconde raison est plus prospective : nous esp&#233;rons consacrer un paragraphe &#224; la question philosophique agriculture et enrichissement, motiv&#233; par l'importance de la question &#233;conomique pour les fondateurs de l'agrobiologie. On y reviendrait sur des id&#233;es comme le don de la terre, la f&#233;condit&#233; du sol et la gratuit&#233;, l'institution sociale d'un usage direct de la gratuit&#233; pour les indigents, la limitation des &#233;carts de richesse. Le tout se ferait sur l'horizon de la tension aristot&#233;licienne entre soci&#233;t&#233; et &#233;conomie, r&#233;interpr&#233;t&#233; avec les &#233;clairages des fondateurs sur le primat de la nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-173' id='nb4-173' class='spip_note' title='Notes 4-173' rev='footnote'&gt;173&lt;/a&gt;] Ibid., p. 47. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-174' id='nb4-174' class='spip_note' title='Notes 4-174' rev='footnote'&gt;174&lt;/a&gt;] On ne s'explique alors qu'il reste encore des agriculteurs dans cette logique que par les subventions publiques qui leur sont accord&#233;s. Le march&#233; mondial exerce sa pression sur les cours agricoles nationaux. Si l'on veut maintenir une agriculture, &#171; force est de la subventionner &#187;. Et pourquoi, demande Raymond Delatouche : &#171; pour lui permettre de payer ses frais, d'amortir ses emprunts d'&#233;quipement, et de payer les int&#233;r&#234;ts, plus les int&#233;r&#234;ts de retard, et les int&#233;r&#234;ts des int&#233;r&#234;ts. Nous avons d&#233;j&#224; rencontr&#233;s cet encha&#238;nement lugubre : produire plus pour toujours plus rembourser &#187; (cf. Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, Un mod&#232;le de d&#233;veloppement, op. cit., p. 128).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-175' id='nb4-175' class='spip_note' title='Notes 4-175' rev='footnote'&gt;175&lt;/a&gt;] Delatouche R., ibid., p. 116-126.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-176' id='nb4-176' class='spip_note' title='Notes 4-176' rev='footnote'&gt;176&lt;/a&gt;] Ibid., p. 125. Pour une description d&#233;taill&#233;e et appuy&#233;e sur des exemples, voir p. 142-146.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-177' id='nb4-177' class='spip_note' title='Notes 4-177' rev='footnote'&gt;177&lt;/a&gt;] Ibid., p. 142.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-178' id='nb4-178' class='spip_note' title='Notes 4-178' rev='footnote'&gt;178&lt;/a&gt;] Del&#233;age E., op. cit., p. 152.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-179' id='nb4-179' class='spip_note' title='Notes 4-179' rev='footnote'&gt;179&lt;/a&gt;] Delatouche R., op. cit., p. 117.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-180' id='nb4-180' class='spip_note' title='Notes 4-180' rev='footnote'&gt;180&lt;/a&gt;] On peut donc supposer qu'une ma&#238;trise de l'urbanisation, en maintenant les villes &#224; une taille mesur&#233;e par les surplus agricoles environnant qui peuvent venir l'alimenter, dans les conditions de transport de l'&#233;poque, aurait pu &#233;viter la mise sous contr&#244;le des march&#233;s agricoles spontan&#233;es existant jusque-l&#224;. Si on ne refait pas l'histoire, on peut n&#233;anmoins en tirait les le&#231;ons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-181' id='nb4-181' class='spip_note' title='Notes 4-181' rev='footnote'&gt;181&lt;/a&gt;] Delatouche R., op. cit., p. 118.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-182' id='nb4-182' class='spip_note' title='Notes 4-182' rev='footnote'&gt;182&lt;/a&gt;] Ibid., p. 119.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-183' id='nb4-183' class='spip_note' title='Notes 4-183' rev='footnote'&gt;183&lt;/a&gt;] Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale&#8230; Pour cette question l'auteur s'appuie essentiellement sur les deux ouvrages suivants : Delamare, Trait&#233; de la police, Paris, 1729, 4 volumes, in-folio ; et Martineau, J., Les Halles de Paris, Des origines &#224; 1789, Paris, 1960, Th&#232;se de doctorat en droit, grd in-8&#176;, 272 p. Raymond Delatouche, d&#233;c&#233;d&#233; en 2002, fut aussi agriculteur, Membre &#233;m&#233;rite de l'Acad&#233;mie d'Agriculture de France, et Laur&#233;at de l'Institut. Il fut &#233;galement ami de Ren&#233; Dumont.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-184' id='nb4-184' class='spip_note' title='Notes 4-184' rev='footnote'&gt;184&lt;/a&gt;] Le syst&#232;me de march&#233; que l'on appelle aussi &#171; march&#233; &#224; l'horloge &#187;, &#171; march&#233; concurrentiel parfait &#187; dans la th&#233;orie des &#233;conomistes, et aussi &#171; principe des Halles &#187; ici. Pour comprendre le rapport entre ce march&#233; empirique et le march&#233; th&#233;orique on se reportera aux pages 116-117 du livre de Delatouche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-185' id='nb4-185' class='spip_note' title='Notes 4-185' rev='footnote'&gt;185&lt;/a&gt;] Delamare, cit&#233; in Delatouche R., ibid., p. 120.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-186' id='nb4-186' class='spip_note' title='Notes 4-186' rev='footnote'&gt;186&lt;/a&gt;] Pour Raymond Delatouche fils, on peut m&#234;me dire que cette vente paysanne relevait plus du jeu que d'une activit&#233; &#233;conomique au sens actuelle. Il n'&#233;tait pas grave que les produits port&#233;s au march&#233; soient bien ou mal vendus, puisqu'il s'agissait d'exc&#233;dents de l'autoconsommation : qu'ils rapportent des gains ou non ne remettait gu&#232;re en cause l'existence paysanne. (D'apr&#232;s Raymond Delatouche fils, Le bon commerce, Communication aux XV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;es&lt;/sup&gt; Journ&#233;es Paysannes, Souvigny (03), 19 02 2005 (notes personnelles)).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-187' id='nb4-187' class='spip_note' title='Notes 4-187' rev='footnote'&gt;187&lt;/a&gt;] Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, op. cit., p. 121.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-188' id='nb4-188' class='spip_note' title='Notes 4-188' rev='footnote'&gt;188&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-189' id='nb4-189' class='spip_note' title='Notes 4-189' rev='footnote'&gt;189&lt;/a&gt;] Ibid., p. 125.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-190' id='nb4-190' class='spip_note' title='Notes 4-190' rev='footnote'&gt;190&lt;/a&gt;] En fait, les produits agricoles r&#233;els sont divers (il y a des variations dans les orges, les laits, les beurres ; il y a des bl&#233;s de diff&#233;rentes qualit&#233;s), mais ils sont rendus parfaitement homog&#232;nes dans les bourses, parce qu'ils sont &#171; id&#233;alis&#233;s &#187;, &#171; normalis&#233;s &#187; : ce sera, par exemple, le bl&#233; de 75 kg de poids sp&#233;cifique, de tant d'humidit&#233;, de tant de gluten, etc&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-191' id='nb4-191' class='spip_note' title='Notes 4-191' rev='footnote'&gt;191&lt;/a&gt;] Viel J.-M., L'agriculture biologique : une r&#233;ponse ?, Editions Entente, op. cit., p. 25-26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-192' id='nb4-192' class='spip_note' title='Notes 4-192' rev='footnote'&gt;192&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., Glaube und Technik, I, op. cit. Je souligne. M&#234;me si Hans M&#252;ller n'utilise l'ann&#233;e 1859 que comme une date marquant le d&#233;but du basculement historique de l'Occident dans l'&#232;re industrielle, il faut v&#233;rifier et relever d'&#233;ventuelles erreurs. Le dictionnaire Le Robert confirme que l'analyse spectrale a &#233;t&#233; d&#233;couverte en 1859. En revanche, seul le premier tome de Das Kapital (D&#233;veloppement de la production capitaliste) est paru de son vivant, en 1867 - et non en 1859 (Cf. Le Robert des Noms propres, article &#171; Capital &#187;). De m&#234;me, rapprocher Albrecht Tha&#235;r de l'ann&#233;e 1859 est un autre anachronisme : cet agronome est n&#233; en 1752 et mort en 1828, soit plus de trente ans avant l'ann&#233;e pr&#233;sum&#233;e par M&#252;ller de sa reconnaissance&#8230; On reconna&#238;tra, &#224; sa d&#233;charge, que, l'histoire agricole et agronomique n'ayant pas fait l'objet de beaucoup de travaux, il est logique qu'elle soit mal connue, sinon m&#233;connue du public. Aujourd'hui, on trouve n&#233;anmoins assez facilement, dans la litt&#233;rature disponible, l'id&#233;e que les conceptions agronomiques de Tha&#235;r sur l'importance de humus ont domin&#233; du d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle jusqu'aux ann&#233;es 1840 et les d&#233;monstrations de W&#246;hler et Liebig sur l'importance de la nutrition min&#233;rale chez les plantes. Ceci dit, il faut distinguer les aspects agronomiques et les consid&#233;rations &#233;conomiques de la pens&#233;e de Tha&#235;r : l'impact des secondes semble plus p&#233;renne que celui des premi&#232;res. Enfin, une derni&#232;re remarque sur cette ann&#233;e 1859 : dans cet &#233;lan de critique de la modernit&#233; par M&#252;ller, contre le capitalisme, le mat&#233;rialisme, l'ath&#233;isme, nous sommes &#233;tonn&#233;s de ne pas trouver cit&#233; Charles Darwin. Pourtant, Hans M&#252;ller ironise sur le d&#233;dain qui s'est manifest&#233; vis &#224; vis de l'utilit&#233; de la &#171; gen&#232;se biblique &#187;&#8230; et le c&#233;l&#232;bre essai de Darwin, De l'origine des esp&#232;ces au moyen de la s&#233;lection naturelle, est paru pour la premi&#232;re fois en 1859.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-193' id='nb4-193' class='spip_note' title='Notes 4-193' rev='footnote'&gt;193&lt;/a&gt;] Vogt G., Entstehung und Entwicklung des &#246;kologische Landbau, op. cit., p. 197.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-194' id='nb4-194' class='spip_note' title='Notes 4-194' rev='footnote'&gt;194&lt;/a&gt;] Le passage en question fait suite &#224; l'analyse m&#252;llerienne de l'ann&#233;e 1859 : &#171; La deuxi&#232;me moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ouvrait le passage permettant &#224; la science et &#224; la technique d'&#233;voluer d'une mani&#232;re impr&#233;visible. Dans une attitude d'arrogance illimit&#233;, le premier ministre fran&#231;ais Viviani d&#233;clama devant l'Assembl&#233;e : &#171; Nous avons par un geste &#233;l&#233;gant &#233;teint les lumi&#232;res du ciel et fait briller encore plus clairement la raison humaine &#224; la place ! &#187; - Quelques jours plus tard, le Seigneur donnait sa r&#233;ponse par l'&#233;ruption de la premi&#232;re Guerre Mondiale. Le cultivateur ne passait pas &#224; c&#244;t&#233; de ce d&#233;veloppement. Son enfant aussi apprenait &#224; l'&#233;cole d'une mani&#232;re impie et arrogante comment la Gen&#232;se s'&#233;tait pass&#233;e tout &#224; fait naturellement, et cela, souvent, en impliquant implicitement que Dieu n'avait rien &#224; faire la dedans. L'&#233;poque o&#249; les demi-&#233;duqu&#233;s tra&#231;aient l'arbre g&#233;n&#233;alogique de l'homme jusqu'&#224; la jungle &#233;tait advenue &#187; (Cf. M&#252;ller, H., Glaube und Technik, I &#8211; Der Glaube des Bauern, in Kultur und Politik, 1949-1950. Ren&#233; Viviani (1863-1925), homme politique fran&#231;ais, d&#233;put&#233; socialiste, puis socialiste ind&#233;pendant, il fonde ensuite son propre parti, le Parti r&#233;publicain socialiste. Il fut plusieurs fois ministre, pr&#233;sident du Conseil en 1914, repr&#233;sentant de la France &#224; la SDN apr&#232;s la guerre, s&#233;nateur en 1922. A la fin de ce passage, la lutte de M&#252;ller contre le remplacement culturel, superficiel d'apr&#232;s lui (&#171; les demi-&#233;duqu&#233;s &#187;), de la foi chr&#233;tienne par le scientisme, semble prendre l'aspect de l'opposition bien connue entre cr&#233;ationnisme et darwinisme. Mais, une fois encore, Darwin n'est pas cit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-195' id='nb4-195' class='spip_note' title='Notes 4-195' rev='footnote'&gt;195&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., ibid., Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-196' id='nb4-196' class='spip_note' title='Notes 4-196' rev='footnote'&gt;196&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., La libert&#233;, une des conditions pr&#233;alables les plus importantes pour la s&#233;curit&#233; du milieu agricole in Kultur und Politik.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-197' id='nb4-197' class='spip_note' title='Notes 4-197' rev='footnote'&gt;197&lt;/a&gt;] Howard avance une id&#233;e similaire quand il affirme que l'exploitation agricole engag&#233;e au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle en Europe et dans les nouveaux pays n'a pas g&#233;n&#233;r&#233; de grandes fortunes, et surtout que les profits r&#233;alis&#233;s dans l'agriculture sont sans commune mesure avec ceux faits dans l'industrie. Quant &#224; Masanobu Fukuoka, nous avons soulign&#233; qu'il voyait une impossibilit&#233; de gagner de l'argent avec le mode d'exploitation agricole industriel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-198' id='nb4-198' class='spip_note' title='Notes 4-198' rev='footnote'&gt;198&lt;/a&gt;] Scheidegger W., Entretien avec l'auteur, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-199' id='nb4-199' class='spip_note' title='Notes 4-199' rev='footnote'&gt;199&lt;/a&gt;] D'autant plus que les &#233;crits d'Hans M&#252;ller abondent en citations bibliques, et qu'il fut reconnu par ses pairs agriculteurs au premier chef pour sa grande foi. (Je tiens cette derni&#232;re information de Werner Scheidegger, Entretien avec l'auteur, ibid.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-200' id='nb4-200' class='spip_note' title='Notes 4-200' rev='footnote'&gt;200&lt;/a&gt;] Le socialisme souvent, avec Karl Kautsky ou Jean Jaur&#232;s par exemple, reprendra l'id&#233;e d'une fatalit&#233; du d&#233;veloppement du capitalisme industriel qui condamnerait &#224; la disparition les petites fermes. Voir, &#224; ce sujet, Mayaud J.-L., La petite exploitation rurale triomphante, Belin, p. 49 et p. 07. Sur le dialogue entre christianisme et marxisme, la lecture du petit opuscule du philosophe Nicolas Berdiaeff, un des fondateurs du personnalisme, bien pr&#233;sent&#233; et comment&#233; par Laurent Gagnebin, me semble ici fort &#224; propos (Berdiaeff N., Christianisme Marxisme, Conception chr&#233;tienne et conception marxiste de l'histoire, Le Centurion, 1975, 95 p.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-201' id='nb4-201' class='spip_note' title='Notes 4-201' rev='footnote'&gt;201&lt;/a&gt;] Comme le fera une partie de la JAC ou du CNJA en France dans les ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-202' id='nb4-202' class='spip_note' title='Notes 4-202' rev='footnote'&gt;202&lt;/a&gt;] Le d&#233;tour de lib&#233;ration constitu&#233; par les possibilit&#233;s offertes par l'argent gagn&#233; dans l'agriculture commerciale ne touche gu&#232;re M&#252;ller : il est incertain et le contact quotidien de l'agriculteur avec la nature offrirait plus de garanties.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-203' id='nb4-203' class='spip_note' title='Notes 4-203' rev='footnote'&gt;203&lt;/a&gt;] On peut penser ici de nouveau &#224; Aristote, &#224; son rapprochement de la subsistance et de la v&#233;ritable richesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-204' id='nb4-204' class='spip_note' title='Notes 4-204' rev='footnote'&gt;204&lt;/a&gt;] Comme le fait, encore aujourd'hui, Fran&#231;ois Walter (cf. Walter F., Les Suisses et l'environnement, Une histoire du rapport &#224; la nature du 18&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; nos jours, Ed. Zo&#233;, 1990, 294 p., p. 153. Voir aussi la page 271 o&#249; l'ensemble du &#171; n&#233;o-romantisme &#187; de la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et de la premi&#232;re moiti&#233; du rg&#233;eyonnle se trouve r&#233;duit &#224; la &#171; mythologie du retour &#224; la nature &#187; et ne constituerait qu'une &#171; utopie r&#233;gressive &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-205' id='nb4-205' class='spip_note' title='Notes 4-205' rev='footnote'&gt;205&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., Der moderne Mensch und sein Glaube, in Kultur und Politik, 1959, 2.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-206' id='nb4-206' class='spip_note' title='Notes 4-206' rev='footnote'&gt;206&lt;/a&gt;] En accord avec le psychologue, m&#233;decin, et philosophe Viktor Frankl (Frankl V., D&#233;couvrir un sens &#224; sa vie avec la logoth&#233;rapie, Ed. de l'Homme, 1993 (1988), 165 p.) nous consid&#233;rons que les populations de l'Occident moderne sont marqu&#233;es, de mani&#232;re dominante, plus par un &#171; vide existentiel &#187; que par l'anomie (l'absence de valeurs communes constructives relev&#233;e par Emile Durkheim). Hans M&#252;ller semble ici proche de cette consid&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-207' id='nb4-207' class='spip_note' title='Notes 4-207' rev='footnote'&gt;207&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., Der moderne Mensch und sein Glaube, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-208' id='nb4-208' class='spip_note' title='Notes 4-208' rev='footnote'&gt;208&lt;/a&gt;] Ibid. En demandant quel est &#171; le pourquoi &#187; qui peut attirer les jeunes vers l'agriculture, alors que ce travail est dur, d&#233;valoris&#233; par la modernit&#233;, et moins r&#233;mun&#233;rateur que la plupart des autres m&#233;tiers, Hans M&#252;ller parle en philosophe humaniste. Il cherche des raisons philosophiques &#224; l'int&#233;r&#234;t de l'agriculture. Si l'on suit encore ici Viktor Frankl, pour qui le probl&#232;me humain primordial est le sens de la vie, de la vie de chacun(e), on peut dire que M&#252;ller fait un bon choix. Au mot pr&#232;s, Viktor Frankl et Hans M&#252;ller semblent se rejoindre : le premier aimait &#224; citer Nietzsche lorsqu'il affirmait qu'un homme qui a un &#171; pourquoi &#187; peut supporter presque n'importe quel &#171; comment &#187;. En cherchant le pourquoi profond de l'agriculture, en admettant qu'il existe, Hans M&#252;ller veut asseoir les petits agriculteurs sur un roc que l'adversit&#233; des temps ne pourrait renverser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-209' id='nb4-209' class='spip_note' title='Notes 4-209' rev='footnote'&gt;209&lt;/a&gt;] Hans M&#252;ller fait peut-&#234;tre ici allusion au soul&#232;vement des tisserands sil&#233;siens en 1844, une insurrection &#233;cras&#233;e par l'arm&#233;e prussienne (Cf. R&#246;mer K, (dir.), R&#233;alit&#233;s allemandes, La R&#233;publique f&#233;d&#233;rale d'Allemagne, Bertelsmann Lexicon Verlag, G&#252;tersloh, 1979 (1987 pour la traduction fran&#231;aise), 416 p., p. 54.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-210' id='nb4-210' class='spip_note' title='Notes 4-210' rev='footnote'&gt;210&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-211' id='nb4-211' class='spip_note' title='Notes 4-211' rev='footnote'&gt;211&lt;/a&gt;] C'est en tout cas ce qu'affirme Fran&#231;ois Walter pour l'agriculture montagnarde suisse des ann&#233;es 1920 (cf. Walter F., Les Suisses et l'environnement, op. cit.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-212' id='nb4-212' class='spip_note' title='Notes 4-212' rev='footnote'&gt;212&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., Glaube und Technik I, op. cit..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-213' id='nb4-213' class='spip_note' title='Notes 4-213' rev='footnote'&gt;213&lt;/a&gt;] Sur ce point, voir M&#252;ller, H, Der Christ und die Politik ?, in Kultur und Politik, 1952,1.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-214' id='nb4-214' class='spip_note' title='Notes 4-214' rev='footnote'&gt;214&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., La libert&#233;, une des conditions pr&#233;alables les plus importantes pour la s&#233;curit&#233; du milieu agricole, in Kultur und Politik, 1952, 7, p. 07-10.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-215' id='nb4-215' class='spip_note' title='Notes 4-215' rev='footnote'&gt;215&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-216' id='nb4-216' class='spip_note' title='Notes 4-216' rev='footnote'&gt;216&lt;/a&gt;] Sattler, F., Wistinghausen, E.v., La Ferme Bio-Dynamique, Ulmer, 1992, (1985), Stuttgart, 329 p. Traduit de l'allemand par Becher, R., Kochert, F., Florin, J.-M. Sur l'entreprise agricole, voir les pages 291-307 ; sur la commercialisation, les pages 313-314.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-217' id='nb4-217' class='spip_note' title='Notes 4-217' rev='footnote'&gt;217&lt;/a&gt;] Marx, K., Lettre &#224; Engels, 8 octobre 1858, cit&#233; in Riesel, R., OGM : la soci&#233;t&#233; industrielle en proc&#232;s, l'Ecologiste, Volume 1, n&#176; 01, 2000, p. 67-71, p. 71 (note 17).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-218' id='nb4-218' class='spip_note' title='Notes 4-218' rev='footnote'&gt;218&lt;/a&gt;] Voir ses discussions d'une des th&#232;ses physiocratiques dans Economie sociale, Ed. EAR, Gen&#232;ve, 1975, 275 p., p. 209-210. L'&#233;dition originale allemande porte le titre National&#246;konomischer Kurs. Il s'agit d'un regroupement de quatorze conf&#233;rences donn&#233;es en juillet et ao&#251;t 1922 au Goetheanum.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-219' id='nb4-219' class='spip_note' title='Notes 4-219' rev='footnote'&gt;219&lt;/a&gt;] Steiner R., ibid., p. 26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-220' id='nb4-220' class='spip_note' title='Notes 4-220' rev='footnote'&gt;220&lt;/a&gt;] Ibid., p. 27. Pour sa th&#232;se sur l'&#233;conomie sans fronti&#232;re, voir aussi les pages 205-206. A sa d&#233;charge, on peut avancer que la m&#233;diatisation du th&#232;me de la mondialisation &#233;conomique n'a commenc&#233; qu'environ soixante dix ans apr&#232;s lui, et environ cent trente ans apr&#232;s Marx, au d&#233;but des ann&#233;es 1990. Steiner pense que son travail &#233;conomique le porte &#224; mesurer l'&#233;conomie mondiale : &#171; Nous &#233;tablissons [&#8230;] ce qu'on pourrait qualifier de gestion d'entreprise et de comptabilit&#233; de l'&#233;conomie mondiale dans son ensemble &#187;. (Cf. Economie sociale, p. 257).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-221' id='nb4-221' class='spip_note' title='Notes 4-221' rev='footnote'&gt;221&lt;/a&gt;] Ibid., p. 96-97.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-222' id='nb4-222' class='spip_note' title='Notes 4-222' rev='footnote'&gt;222&lt;/a&gt;] Ibid., p. 214.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-223' id='nb4-223' class='spip_note' title='Notes 4-223' rev='footnote'&gt;223&lt;/a&gt;] Ibid., p. 34.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-224' id='nb4-224' class='spip_note' title='Notes 4-224' rev='footnote'&gt;224&lt;/a&gt;] Voyez cette perle : &#171; Ce qui donne de la valeur &#224; l'&#339;uvre artistique, c'est le travail qu'elle me permet d'&#233;viter dans l'avenir &#187;. (Cf. Steiner R., ibid., p. 242).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-225' id='nb4-225' class='spip_note' title='Notes 4-225' rev='footnote'&gt;225&lt;/a&gt;] Le P&#232;re Martin, dans sa communication aux XV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;es&lt;/sup&gt; Journ&#233;es Paysannes (20 02 2005), a &#233;tudi&#233; le cas de Montesquieu, en montrant cette nouvelle conception puissante du monde, qui met le commerce en avant, comme une n&#233;cessit&#233; humaine et une activit&#233; civilisatrice. Aristote, de son c&#244;t&#233;, visait d'abord la subsistance et l&#233;gitimait un peu d'&#233;changes pour compl&#233;ter l'autarcie. Une fois l'autarcie assur&#233;e, il s'agissait de s'occuper de philosophie : la finalit&#233; de l'&#233;conomie est alors hors d'elle-m&#234;me, dans l'homme. La finalit&#233; moderne de l'&#233;change et du commerce, hormis la puissance li&#233;e au gain, d&#233;bouche sur un ind&#233;fini humain non th&#233;matis&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-226' id='nb4-226' class='spip_note' title='Notes 4-226' rev='footnote'&gt;226&lt;/a&gt;] Steiner R., Economie sociale, op. cit., p. 182.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-227' id='nb4-227' class='spip_note' title='Notes 4-227' rev='footnote'&gt;227&lt;/a&gt;] Ibid., p. 181-182.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-228' id='nb4-228' class='spip_note' title='Notes 4-228' rev='footnote'&gt;228&lt;/a&gt;] Ibid., p. 268. Voir aussi les pages 237-238.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-229' id='nb4-229' class='spip_note' title='Notes 4-229' rev='footnote'&gt;229&lt;/a&gt;] Pour saisir, au contraire, le caract&#232;re tardif de ces critiques, on verra, par exemple, cet article consacr&#233; &#224; l'&#233;thique &#233;conomique : Mar&#233;chal J.-P., Aux origines bibliques de l'&#233;thique &#233;conomique, in Ecologie et politique, n&#176; 29, 2004, p. 215-226.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-230' id='nb4-230' class='spip_note' title='Notes 4-230' rev='footnote'&gt;230&lt;/a&gt;] Steiner R., Economie sociale, op. cit., p. 183.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-231' id='nb4-231' class='spip_note' title='Notes 4-231' rev='footnote'&gt;231&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-232' id='nb4-232' class='spip_note' title='Notes 4-232' rev='footnote'&gt;232&lt;/a&gt;] Ibid., p.164-165. Une paix apparente qui doit ressembler dans bien des cas au couvre-feu. De plus, si la guerre engendre des mauvaises affaires financi&#232;res, elle en engendre aussi de bonnes, et cr&#233;&#233; aussi de nombreuses zones de non droit o&#249; bien des trafics se font plus ais&#233;ment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-233' id='nb4-233' class='spip_note' title='Notes 4-233' rev='footnote'&gt;233&lt;/a&gt;] Cf. le film c&#233;l&#232;bre Les temps modernes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-234' id='nb4-234' class='spip_note' title='Notes 4-234' rev='footnote'&gt;234&lt;/a&gt;] Economie sociale, op. cit., p. 185. Voir aussi les pages 205-206 et 56-58.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-235' id='nb4-235' class='spip_note' title='Notes 4-235' rev='footnote'&gt;235&lt;/a&gt;] Sur ces questions, on pourra voir les remarques de Karl Polanyi dans La grande transformation, les ouvrages classiques de Jacques Ellul sur le &#171; syst&#232;me technicien &#187;, ainsi que les analyses p&#233;n&#233;trantes de G&#252;nther Anders, notamment dans L'obsolescence de l'homme (Ed. Ivrea/Encyclop&#233;die des nuisances, 2002 (1956), 363 p.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-236' id='nb4-236' class='spip_note' title='Notes 4-236' rev='footnote'&gt;236&lt;/a&gt;] Steiner R., op. cit., p. 41. Nous ne discuterons pas le caract&#232;re r&#233;ducteur et arbitraire de l'alternative propos&#233;e ici par Steiner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-237' id='nb4-237' class='spip_note' title='Notes 4-237' rev='footnote'&gt;237&lt;/a&gt;] Ibid., p. 67.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-238' id='nb4-238' class='spip_note' title='Notes 4-238' rev='footnote'&gt;238&lt;/a&gt;] Nous pourrions poursuivre longtemps. Le lecteur int&#233;ress&#233; se reportera notamment aux pages 107-108 et 160, &#224; propos de la fable du cordonnier et du m&#233;decin, qui illustre bien le r&#244;le que Steiner veut faire jouer &#224; l'esprit dans l'&#233;conomie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-239' id='nb4-239' class='spip_note' title='Notes 4-239' rev='footnote'&gt;239&lt;/a&gt;] Ibid., p. 104.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-240' id='nb4-240' class='spip_note' title='Notes 4-240' rev='footnote'&gt;240&lt;/a&gt;] Ibid., p. 194.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-241' id='nb4-241' class='spip_note' title='Notes 4-241' rev='footnote'&gt;241&lt;/a&gt;] Ibid., p. 60&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-242' id='nb4-242' class='spip_note' title='Notes 4-242' rev='footnote'&gt;242&lt;/a&gt;] Ibid., p. 118.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-243' id='nb4-243' class='spip_note' title='Notes 4-243' rev='footnote'&gt;243&lt;/a&gt;] Ibid., p. 183.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-244' id='nb4-244' class='spip_note' title='Notes 4-244' rev='footnote'&gt;244&lt;/a&gt;] Cf. Del&#233;age E., Paysans, De la parcelle &#224; la plan&#232;te, op. cit., p. 149-150.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-245' id='nb4-245' class='spip_note' title='Notes 4-245' rev='footnote'&gt;245&lt;/a&gt;] Steiner R., op. cit., p. 193&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-246' id='nb4-246' class='spip_note' title='Notes 4-246' rev='footnote'&gt;246&lt;/a&gt;] Ibid., p. 193. Je souligne. En effet, est-ce bien que l'&#233;conomie p&#233;n&#232;tre l'ensemble de la soci&#233;t&#233; ? Karl Polanyi et Aristote y voient plut&#244;t une mani&#232;re efficace de d&#233;structurer la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-247' id='nb4-247' class='spip_note' title='Notes 4-247' rev='footnote'&gt;247&lt;/a&gt;] Ibid., p. 56-58.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-248' id='nb4-248' class='spip_note' title='Notes 4-248' rev='footnote'&gt;248&lt;/a&gt;] Ibid., p. 57.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-249' id='nb4-249' class='spip_note' title='Notes 4-249' rev='footnote'&gt;249&lt;/a&gt;] Steiner R., Nietzsche, Un homme en lutte contre son temps, EAR.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-250' id='nb4-250' class='spip_note' title='Notes 4-250' rev='footnote'&gt;250&lt;/a&gt;] Il s'agit-l&#224; du titre d'un ouvrage c&#233;l&#232;bre de Nietzsche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-251' id='nb4-251' class='spip_note' title='Notes 4-251' rev='footnote'&gt;251&lt;/a&gt;] Florin X., Entretien avec l'auteur, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-252' id='nb4-252' class='spip_note' title='Notes 4-252' rev='footnote'&gt;252&lt;/a&gt;] Ibid., p. 264.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-253' id='nb4-253' class='spip_note' title='Notes 4-253' rev='footnote'&gt;253&lt;/a&gt;] Ibid., p. 38. Je souligne. Au passage, Steiner semble aussi effacer la diff&#233;rence entre le travail &#171; gagne pain &#187; et le loisir. Mais cela ne semble plus qu'une peccadille, arriv&#233; &#224; ce point du raisonnement de Steiner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quelques alternatives economiques des fondateurs</title>
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		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>Nous nous sommes attach&#233;s ici &#224; l'&#233;tude des pistes d'&#233;conomie agricole propos&#233;es par les fondateurs. Nous traiterons des initiatives des Howards en Inde, de Masanobu Fukuoka au Japon, et d'Hans M&#252;ller en Suisse. En revanche, nous ne dirons rien, sinon les quelques mots suivants, &#224; propos l'organisation &#233;conomique agricole du courant steinerien, d'une part parce que celle-ci fut posthume au fondateur, d'autre part parce que nous avons choisi, dans ce travail, de nous limiter &#224; une recherche sur les (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous nous sommes attach&#233;s ici &#224; l'&#233;tude des pistes d'&#233;conomie agricole propos&#233;es par les fondateurs. Nous traiterons des initiatives des Howards en Inde, de Masanobu Fukuoka au Japon, et d'Hans M&#252;ller en Suisse. En revanche, nous ne dirons rien, sinon les quelques mots suivants, &#224; propos l'organisation &#233;conomique agricole du courant steinerien, d'une part parce que celle-ci fut posthume au fondateur, d'autre part parce que nous avons choisi, dans ce travail, de nous limiter &#224; une recherche sur les fondements de l'id&#233;ologie &#233;sot&#233;rique steinerienne. Rudolf Steiner, au-del&#224; de la vision &#233;conomique g&#233;n&#233;rale que nous venons de pr&#233;senter, n'a pas eu le temps, durant les trois derni&#232;res ann&#233;es de sa vie o&#249; il s'int&#233;ressait &#224; l'agriculture, de d&#233;velopper des pistes significatives sur ce plan-l&#224;. N&#233;anmoins, le mouvement bio-dynamique a mis en place, comme l'avait fait avant lui le mouvement d'agriculture naturelle issu des courants de &lt;em&gt;Lebensreform&lt;/em&gt;, des cahiers des charges et des labels destin&#233;s &#224; identifier les produits de son agriculture aupr&#232;s des consommateurs. L'association &lt;em&gt;Demeter-Wirtschaftsbund&lt;/em&gt; d&#233;marre et est reconnue par l'Etat en 1932 : elle travaille en commun avec des magasins de r&#233;forme ou des gros acheteurs, tels des h&#244;pitaux, pour organiser l'&#233;coulement de la production des agriculteurs bio-dynamistes [&lt;a href='#nb5-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Vogt G., Entstehung und Entwicklung des &#244;kologischen Landbaus, 2000, op. (...)' id='nh5-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Notons &#233;galement que Rudolf Steiner est &#224; l'origine, via ses id&#233;es et ses disciples, de plusieurs associations financi&#232;res &#224; ambition bancaire : la Gemeinschaftsbank en Allemagne, la Triodosbank aux Pays-Bas, en Belgique et en Grande Bretagne, la Banque Communautaire Libre en Suisse. En France, la NEF (Nouvelle Economie Fraternelle) est h&#233;berg&#233;e par la Banque Fran&#231;aise de Cr&#233;dit Coop&#233;ratif. Elle touche largement les milieux &#233;cologistes et agrobiologiques car sa mission consiste &#224; soutenir financi&#232;rement les initiatives des domaines de la r&#233;insertion sociale et de l'&#233;cologie. Pour Sophie Pillods, Steiner aurait apport&#233; en &#233;conomie &#171; des id&#233;es extr&#234;mement novatrices et pratiques sur les comportements individuels et collectifs &#187;, des id&#233;es &#171; de nature &#224; favoriser la sant&#233; du corps social &#187;. Mais pour appr&#233;cier les id&#233;es &#233;conomiques steineriennes, il faut avoir le go&#251;t du paradoxe et ne pas avoir peur de ne plus savoir ce qu'est vraiment l'argent, ni le capitalisme, d'ailleurs, comme nous l'avons vu : &#171; Le rapprochement paradoxal qu'il fait entre le concept de fraternit&#233; et la sph&#232;re de l'&#233;conomie d'une part, et d'autre part sa r&#233;flexion sur les multiples natures de l'argent et leurs fonctions respectives dans [&#8230;] &#171; l'organisme social &#187; sont en particulier &#224; l'origine des r&#233;alisations bancaires [de la NEF] &#187; [&lt;a href='#nb5-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Pillods S., Quand l'argent relie les hommes, Une autre mani&#232;re d'&#234;tre (...)' id='nh5-2'&gt;2&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Voyons plut&#244;t maintenant comment Gabrielle et Albert Howard ont &#233;tendu leur science en Inde, depuis la seule botanique et s&#233;lection vari&#233;tale, jusqu'aux questions d'ensemble du d&#233;veloppement agricole, en passant par la prise en compte des besoins des cultivateurs et la r&#233;solution de probl&#232;mes concrets de transport et commercialisation. Nous verrons ensuite pourquoi Masanobu Fukuoka n'a pas poursuivi dans la voie de l'agriculture commerciale, et enfin, comment la coop&#233;rative de l&#233;gumes de Galmiz, avec Hans M&#252;ller, a d&#233;marr&#233; et s'est d&#233;velopp&#233;e en Suisse.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Les Howards et la recherche-action rentable pour les paysans : de l'innovation agronomique &#224; la commercialisation des produits&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;C'est durant ses vingt cinq ann&#233;es pass&#233;es en Inde que Sir Albert Howard a mis en pratique ses id&#233;es &#233;conomiques alternatives. Il consid&#232;re que la valeur de son travail d'agronome d&#233;pend de son utilit&#233; pratique. Il privil&#233;gie la recherche appliqu&#233;e sur la recherche fondamentale [&lt;a href='#nb5-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Gieryn F. T., Cultural boudaries of science, Credibility on the Line, (...)' id='nh5-3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Mais l'originalit&#233; de son point de vue r&#233;side dans le fait qu'il ne veut pas laisser &#224; d'autres, vulgarisateurs ou conseillers agricoles aupr&#232;s des paysans, la t&#226;che de mettre en &#233;vidence l'applicabilit&#233; de ses recherches. Howard a voulu tenir lui-m&#234;me la cha&#238;ne de sa science, depuis la formulation des hypoth&#232;ses de recherche jusqu'&#224; l'am&#233;lioration concr&#232;te et financi&#232;re qu'elle &#233;tait cens&#233;e apporter. Il n'attend gu&#232;re de progr&#232;s de l'association des agriculteurs avec de purs scientifiques. Il souhaite un profil de chercheur alliant science et pratique : &#171; Science and practice must be combined in the investigator who must himself strike a correct balance between the two &#187; [&lt;a href='#nb5-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A. et G., Wheat in India, p. 90 ; Howard A., Testament agricole, p. (...)' id='nh5-4'&gt;4&lt;/a&gt;]. Comme &#224; l'int&#233;rieur de l'organisation de la recherche agronomique, il rejette une sp&#233;cialisation et une division du travail jug&#233;e excessive entre la science et ses applications.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1899 et 1902, d&#232;s ses recherches &#224; Barbade sur la canne &#224; sucre, rompant avec les d&#233;marches trop sp&#233;cialis&#233;es &#224; son go&#251;t, Howard cherche &#224; adopter une vue du probl&#232;me aussi large que possible, de la botanique de la canne jusqu'au produit manufactur&#233; &#171; sucre &#187;. D&#233;j&#224; il d&#233;consid&#232;re les travaux de recherche qui ne sont pas ainsi finalis&#233;s. Mais c'est surtout en Inde, entre les stations de recherche de Pusa, Quetta, et surtout Indore, que Albert et Gabrielle Howard vont pouvoir de plus en plus mettre en pratique leur vision d'une recherche-action au service des paysans et du d&#233;veloppement rural.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'il est nomm&#233; botaniste &#233;conomique imp&#233;rial du gouvernement de l'Inde, en 1905, il a un peu de la marge dans l'organisation de ses recherches : ses missions ne sont pas d&#233;finies tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment. Il doit seulement travailler &#224; l'am&#233;lioration des plantes cultiv&#233;es. Il peut, avec Gabrielle, son &#233;pouse et collaboratrice [&lt;a href='#nb5-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Gabrielle sera nomm&#233;e, quelques ann&#233;es plus tard, Second botaniste &#233;conomique (...)' id='nh5-5'&gt;5&lt;/a&gt;], se mettre &#224; l'&#233;coute des demandes des agriculteurs indiens : &#171; What do the cultivators want from the science of imperial botany ? Simply put, they want immediate practical solutions to the problems of crop production &#8211; solutions that are both within their modest means and have payoffs in the marketplace. The Howards develop an imperial economic botany that is tailored to satisfy this account of cultivator's construction of &#171; improving crop production in India &#187; [&lt;a href='#nb5-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Gieryn F. T., op. cit., p. 250.' id='nh5-6'&gt;6&lt;/a&gt;]. La faisabilit&#233; de l'adoption des innovations par les agriculteurs indiens, ayant peu de ressources mon&#233;taires, devient un crit&#232;re important du choix des lignes de recherches des stations exp&#233;rimentales agronomiques o&#249; les Howard travaillent. C'est d'abord pour cette raison &#233;conomique que Howard n'engage pas de recherches sur les engrais artificiels, tandis que sa critique agronomique de ceux-ci s'affirme durant la p&#233;riode &#224; Indore et surtout &#224; partir de son retour en Grande-Bretagne. Dans leurs recherches communes, les Howards vont ainsi tenter d'articuler tous les aspects du d&#233;veloppement agricole. Il leur faudra concilier les points de vue du botaniste syst&#233;matique - engag&#233; dans des classifications de plantes et la s&#233;lection vari&#233;tale dans l'h&#233;ritage de la g&#233;n&#233;tique mend&#233;lienne -, avec celui du cultivateur indien - qui n'utilise pas de microscope pour reconna&#238;tre ses c&#233;r&#233;ales et les s&#233;lectionner, et qui ne vise pas forc&#233;ment non plus, loin de l&#224;, l'exportation -, et encore avec celui du march&#233;, domin&#233; par les demandes des transformateurs et consommateurs britanniques. Les Howards ont ainsi travaill&#233; et innov&#233; tant au niveau de l'am&#233;lioration vari&#233;tale &#8211; surtout &#224; Pusa et Quetta - que sur leurs conditions de croissance &#8211; surtout &#224; Indore -, que sur celui du commerce que du transport des produits agricoles, ou encore sur la diffusion des nouvelles vari&#233;t&#233;s et innovations techniques dans les villages.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Howards ont d'abord travaill&#233; &#224; l'am&#233;lioration vari&#233;tale : ils ont travaill&#233; sur les plantes suivantes : le bl&#233;, le lin, le tabac, l'indigo, le coton. Prenons ici l'exemple du bl&#233;, sans nous pr&#233;occuper du travail proprement g&#233;n&#233;tique de laboratoire [&lt;a href='#nb5-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour une synth&#232;se de ce travail sur la g&#233;n&#233;tique men&#233; par les Howards, ainsi (...)' id='nh5-7'&gt;7&lt;/a&gt;]. Le travail qu'il a men&#233; sur le bl&#233; est vraiment, selon Louise Howard, une approche tr&#232;s globale. Il consid&#232;re comme insuffisamment s&#233;rieuse une approche du bl&#233; qui n'aborderait pas conjointement aussi bien les m&#233;thodes culturales que les outils, le stockage, le commerce. Il a collabor&#233; avec des professionnels pour tester la qualit&#233; du bl&#233; destin&#233; &#224; l'export, aussi bien sous forme de farine que sous forme de pain. La r&#233;ussite &#233;conomique devait &#234;tre id&#233;alement bas&#233;e sur la v&#233;rit&#233; scientifique. Il a ainsi collabor&#233; avec des meuniers et des boulangers anglais pour tester les bl&#233;s qu'il s&#233;lectionne avec Gabrielle durant les p&#233;riodes de Pusa et Quetta. La vari&#233;t&#233; Pusa 12 se r&#233;v&#233;le ainsi de qualit&#233; sup&#233;rieure au bl&#233; tendre que les indiens cultivait jusque l&#224; pour l'exportation. Mais ce bl&#233; n'aurait pu devenir progressivement une vari&#233;t&#233; sem&#233;e et r&#233;colt&#233;e pour l'export en Inde si Howard n'avait men&#233; ces d&#233;marches avec l'aval de la fili&#232;re : c'est en effet une &#233;volution technique dans la meunerie &#8211; au niveau des meules &#8211; qui permet de moudre le Pusa 12, un bl&#233; plus fort. Mais l'ouverture d'un march&#233; d'export, la preuve d'un bl&#233; plus r&#233;mun&#233;rateur, et la preuve dans quelques champs villageois que la vari&#233;t&#233; nouvelle &#233;tait plus int&#233;ressante que la pr&#233;c&#233;dente ne suffisaient encore pas [&lt;a href='#nb5-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ce d&#233;veloppement d'un nouveau bl&#233; boulanger, voir Gieryn T., ibid., p. (...)' id='nh5-8'&gt;8&lt;/a&gt;]. Il fallait donner l'exemple, en formant des hommes charg&#233;s d'assurer une propagande pour que ce bl&#233; entrent dans les pratiques routini&#232;res des indiens, &#233;galement en produisant et commercialisant dans la ferme exp&#233;rimentale ladite c&#233;r&#233;ale. D'autre part, la pauvret&#233; des cultivateurs indiens faisait qu'il n'existait un march&#233; profitable des semences, comme en Europe. Pour diffuser &#224; grande &#233;chelle leurs vari&#233;t&#233;s, les Howards sugg&#232;rent la possibilit&#233; de d&#233;velopper un mouvement de cr&#233;dit coop&#233;ratif ou une &#171; agricultural society which is affiliated to the district or central bank &#187; - supported by shareholders to be sure, but &#171; afford[ing] room for cultivators of every grade &#187; [&lt;a href='#nb5-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Burt, Howard A. et G., Pusa 12 and Pusa 4, p. 9 ; Howard A., (...)' id='nh5-9'&gt;9&lt;/a&gt;], en esp&#233;rant ainsi une certaine &#233;limination du profit dans la distribution de leurs vari&#233;t&#233;s. On pourrait s'interroger sur la possibilit&#233; d'aligner ainsi les int&#233;r&#234;ts des paysans indig&#232;nes et ceux de la colonisation britannique. Thomas Gieryn r&#233;pond que, notamment dans le cas du bl&#233;, les Howards parviennent &#224; un tel d&#233;veloppement aux avantages r&#233;ciproques : certaines nouvelles vari&#233;t&#233;s se vendent plus ch&#232;res et mieux. Elles ne posaient pas de probl&#232;mes nouveaux dans les champs des paysans et elles r&#233;pondent mieux &#224; la demande anglaise d'un pain complet, tandis que les nouveaux mat&#233;riels de meunerie permettent de moudre plus facilement ces grains de bl&#233;s. Quand on sait, apr&#232;s le travail de Mike Davis, &#224; quel point la colonisation britannique a pu &#234;tre meurtri&#232;re, on peut imaginer les qualit&#233;s humaines d&#233;ploy&#233;es par les Howards pour gagner la confiance des indiens, tout en r&#233;ussissant &#224; satisfaire des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques de la puissance imp&#233;rialiste &#224; laquelle ils appartiennent, au moins par leur origine et leur situation professionnelle [&lt;a href='#nb5-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Philip Conford parle de relations &#171; paradoxales et ambivalentes &#187; entre les (...)' id='nh5-10'&gt;10&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Howard ont travaill&#233; &#233;galement sur la commercialisation des produits et leur transport. Ils sont parvenus &#224; des innovations au niveau de l'emballage et du transport des fruits et des tomates : &#171; Experiments were also made in which ventilated wooden boxes were used instead of baskets for the outer package &#187;. Ces exp&#233;riences eurent un grand succ&#232;s &#171; not just because fruit arrived less bruised and battered, but because the packaging system spawned copies in indegenous materials in all the great markets of India &#187;. Cette d&#233;couverte de l'importance de la pr&#233;sentation &#233;tait un avantage de plus &#224; port&#233;e des moyens des cultivateurs indiens. Au niveau du transport, les Howards se sont battus avec l'administration pour am&#233;liorer la coh&#233;rence des chemins de fer : &#171; The Howards determine that the present system of consignment on many Indian railways actively discourages growers from using packaging systems that would deliver their fruit in better shape : &#171; It was soon discovered, however, that these boxes, although sound in principle, were quite unsuited to India, on account of the railway rules in force, by which each package is charged for, separately, according to a scale of weights &#187;. So Albert and Gabrielle launch into railway reform by proposing two concessions : all parcels sent to one consignee will be grouped, weighed, and priced together ; empty boxes will be returned to farms free of charge for reuse &#187; [&lt;a href='#nb5-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Gieryn T., p. 279-280. Les deux citations des Howards proviennent de Some (...)' id='nh5-11'&gt;11&lt;/a&gt;]. D'autre part, ils ont obtenu avec difficult&#233; l'autorisation de vendre les productions des stations de recherche. Selon Louise Howard, cette possibilit&#233; &#233;tait tr&#232;s importante pour Albert Howard : ce chercheur pensait que les scientifiques ne pouvaient pas appr&#233;cier les difficult&#233;s du travail commercial &#224; moins d'&#234;tre oblig&#233;s de commercialiser. On retrouve ce souci permanent du concret et du d&#233;cloisonnement entre agronomie et agriculture dans sa proposition d'une autonomie alimentaire des chercheurs en agriculture : puisque les agronomes pr&#233;tendent apporter des am&#233;liorations &#224; l'agriculture, qu'ils montrent d'abord qu'ils sont capables de faire aussi bien que les agriculteurs, en se nourrissant, dans leurs stations exp&#233;rimentales, d'une partie du produit de leurs recherches [&lt;a href='#nb5-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 170.' id='nh5-12'&gt;12&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, c'est &#224; l'institut Indore que Gabrielle et Albert Howard vont pouvoir donner la plus grande ampleur &#224; leur d&#233;marche globale de science et de d&#233;veloppement agricole. C'est en effet dans la cr&#233;ation et l'organisation &#171; of the Institute of Plant Industry in the State of Indore &#187; [&lt;a href='#nb5-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Conford P., The Origins of the Organic Movement, p. 55.' id='nh5-13'&gt;13&lt;/a&gt;] que l'on se rend le mieux compte de l'&#233;cart existant entre, d'une part, la politique imp&#233;riale dominante d'exploitation inhumaine des hommes et des ressources de l'Inde [&lt;a href='#nb5-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Davis M., G&#233;nocides tropicaux, Catastrophes &#233;cologiques et famines (...)' id='nh5-14'&gt;14&lt;/a&gt;], et, d'autre part, l'effort des Howards pour servir les paysans indiens tout en r&#233;pondant aux int&#233;r&#234;ts britanniques.
&lt;br /&gt;Selon Louise Howard, c'est en 1919 qu'a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de constituer un institut de recherche ind&#233;pendant o&#249; Howard serait directeur et o&#249; il pourrait mettre sa conception de la recherche en pratique : que le travail soit bas&#233; sur l'id&#233;e des plantes comme formant un tout biologique, dans les relations avec le sol et le milieu physique o&#249; elles poussent, mais aussi avec le village o&#249; et les paysans par qui elles allaient &#234;tres cultiv&#233;es, ainsi qu'avec l'usage &#233;conomique envisag&#233; pour les r&#233;coltes. En raison de difficult&#233;s de financement, ce n'est qu'en 1924 qu'est cr&#233;&#233; l'institut Indore, en tant que ferme exp&#233;rimentale et mod&#232;le. Lorsque les Howards arrivent pr&#232;s de la ville de Indore [&lt;a href='#nb5-15' class='spip_note' rel='footnote' title='La ville de Indore compte alors 125 000 habitants. La ville, l'institut des (...)' id='nh5-15'&gt;15&lt;/a&gt;], pour fonder une ferme exp&#233;rimentale et mod&#232;le, le terrain pr&#233;vu pour son &#233;dification est abandonn&#233; aux mauvaises herbes. Les cultivateurs de la r&#233;gion ne veulent pas le travailler car il est engorg&#233; d'eau. Albert Howard va pouvoir, d&#232;s la fondation de &#171; son &#187; institut, mettre en pratique ses id&#233;es sur l'a&#233;ration, l'irrigation, et le drainage des sols. Canaux, caniveaux, ponts, petites collines sont ainsi &#233;difi&#233;es. Les parcelles sont &#233;tablies avec une pente calcul&#233;e pour l'irrigation mais aussi pour une r&#233;ception des pluies de mousson &#233;vitant que la terre soit lessiv&#233;e.
&lt;br /&gt;Une fois que l'institut Indore entre dans sa phase de roulement, il est remarquable de noter que Howard se refuse &#224; l'emploi des machines qu'il aurait pu obtenir facilement par le gouvernement imp&#233;rial britannique : il refuse d'employer ces facilit&#233;s sur sa ferme exp&#233;rimentale parce que ces machines n'&#233;taient pas dans les moyens des paysans. On voit ainsi que son id&#233;e de coh&#233;rence de la recherche vise &#224; &#234;tre aussi proche que possible des r&#233;alit&#233;s du terrain qu'il aspire &#224; servir, sous tous les angles possibles.
&lt;br /&gt;Les Howard souhaitaient casser les barri&#232;res entre la recherche fondamentale et les questions des agriculteurs. Dans leur conception de la distribution et de l'am&#233;nagement des b&#226;timents de l'institut Indore, ils tentent de rapprocher les b&#226;timents agricoles des laboratoires et des bureaux. Mais ils doivent se r&#233;signer, &#224; contre c&#339;ur, &#224; les installer &#224; distance les uns des autres, pour deux raisons &#233;voqu&#233;es. La premi&#232;re, c'est que le bruit et la poussi&#232;re ne favorise pas le travail intellectuel au calme, ni ne sont compatibles avec la propret&#233; exig&#233;e dans un laboratoire. La seconde raison rel&#232;ve de la crainte vis-&#224;-vis des visiteurs de l'institut venant exclusivement pour des raisons agricoles : voir des laboratoires tout pr&#232;s des b&#226;timents d'&#233;levage aurait pu les intimider et les d&#233;courager.
&lt;br /&gt;Les Howards se soucient aussi du confort de leurs ouvriers en installant pour eux une maison avec v&#233;randa et eau courante. Ils cherchent aussi &#224; s'attacher une main d'&#339;uvre relativement stable [&lt;a href='#nb5-16' class='spip_note' rel='footnote' title='La ville voisine d'Indore, alors prosp&#232;re, attirait facilement la main (...)' id='nh5-16'&gt;16&lt;/a&gt;] en r&#233;duisant la dur&#233;e du travail quotidien de 10 &#224; 7,5 heures. Howard exige aussi, que, en raison des serpents, particuli&#232;rement pendant la saison des pluies, les ouvriers rentrent chez eux &#224; la tomb&#233;e de la nuit. D'autre part, chacun est pay&#233; individuellement, pour &#233;viter les interm&#233;diaires qui auraient pu les flouer ; et il n'y avait pas d'organisation &#171; passant par derri&#232;re &#187; pour r&#233;introduire d'une fa&#231;on ou d'une autre leurs salaires dans l'institut. Les Howard ne pratiquent pas non plus un paternalisme moralisant pour dire aux indiens comment d&#233;penser leur argent.
&lt;br /&gt;L'innovation agronomique de la p&#233;riode Indore est bien &#233;videmment le proc&#233;d&#233; de compostage du m&#234;me nom qui a fait la c&#233;l&#233;brit&#233; de Sir Albert Howard. De 1924 &#224; 1931, les publications des Howards ne contiennent plus que de fa&#231;on marginale des travaux sur l'am&#233;lioration des plantes : l'essentiel est consacr&#233; &#224; l'am&#233;lioration des conditions de croissance des cultures, que ce soit au niveau des travaux physiques sur le sol, de la gestion des engrais verts, ou du compostage. Le discours final de Howard sera de dire que l'am&#233;lioration vari&#233;tale est de bien moindre importance que le travail sur la fertilit&#233; du sol. Nous reviendrons dans notre troisi&#232;me partie sur quelques aspects techniques des engrais verts et du compost selon Howard. Notons cependant d&#232;s &#224; pr&#233;sent que l'id&#233;e de d&#233;velopper le compost en Inde se heurtait &#224; ce que les Howards appelaient le &#171; facteur humain &#187; [&lt;a href='#nb5-17' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Gieryn T., op. cit., p. 289-290.' id='nh5-17'&gt;17&lt;/a&gt;]. En effet, bien que les conditions climatiques et de concentration d&#233;mographique puissent &#234;tres compar&#233;s avec celles observ&#233;es par le p&#233;dologue Franklin H. King en Chine et au Japon, il n'y avait gu&#232;re de compostage en Inde. La raison principale en &#233;tait que les cultivateurs indiens utilisaient les excr&#233;ments animaux comme combustible. On imagine sans peine la difficult&#233; &#224; d&#233;velopper le compostage si les mati&#232;res premi&#232;res manquent et si les habitudes sociales y sont contraires. A la fin de sa vie, se rendant compte de la r&#233;sistance des agronomes conventionnels anglais et du syst&#232;me en g&#233;n&#233;ral [&lt;a href='#nb5-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour des r&#233;f&#233;rences explicites de la critique howardienne du syst&#232;me, voir (...)' id='nh5-18'&gt;18&lt;/a&gt;], &#224; savoir la collusion des int&#233;r&#234;ts des firmes &#8211; ici agrochimiques - avec les minist&#232;res de l'Etat, Howard dira la difficult&#233; d'en passer par le changement de la soci&#233;t&#233; pour simplement changer l'agriculture. N&#233;anmoins, depuis Indore, le compostage a obtenu un certain succ&#232;s en Inde. Terminons sur le souci &#233;ducatif howardien, qui a sans doute jou&#233; un des r&#244;les principaux dans le succ&#232;s de sa m&#233;thode.
&lt;br /&gt;Outre des visites d'agriculteurs et de politiciens, l'institut organisa de nombreux stages de formation pour les agriculteurs de la r&#233;gion. Parmi les ouvriers, les meilleurs &#233;taient form&#233;s pour devenir des propagandistes des m&#233;thodes &#233;prouv&#233;es &#224; Indore puis envoy&#233;s dans leurs r&#233;gions d'origine pour transmettre ce qu'ils avaient acquis. Par facilit&#233; de gestion, Howard aurait pu garder ses employ&#233;s les plus qualifi&#233;s. Au lieu de cela, d'autres travailleurs d'Indore &#233;taient form&#233;s &#224; leur tour. La science globale des Howards se retrouvait dans les formations donn&#233;es : &#171; The curriculum will be as holistic as the science on which it is based : students will learn about plants, soils, the arrangement of farm buildings, cultivating and drainage practices, packaging and the market, cooperative credit, rural redevelopment, and propagandizing (so that they in turn mught help overcome the &#171; human factor &#187; in the rural development of India) &#187; [&lt;a href='#nb5-19' class='spip_note' rel='footnote' title='Gieryn T., ibid., p. 298.' id='nh5-19'&gt;19&lt;/a&gt;]. Du coup, beaucoup des personnes form&#233;es &#224; Indore se retrouvent par la suite dans les directions agricoles des Etats indiens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le bilan &#233;conomique des Howards est donc positif. Philip Conford parle de succ&#232;s spectaculaire avec le bl&#233;, avec les march&#233;s r&#233;guliers conquis et les hausses de prix obtenus pour les cultivateurs indiens [&lt;a href='#nb5-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Conford P., op. cit., p. 54.' id='nh5-20'&gt;20&lt;/a&gt;]. Mais il faut d&#233;passer le seul aspect &#233;conomique pour remettre la d&#233;marche howardienne dans le contexte d'une v&#233;ritable politique de d&#233;veloppement rural, men&#233;e &#224; l'&#233;chelle et avec les forces de seulement quelques personnes &#224; la base [&lt;a href='#nb5-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Fid&#232;le &#224; sa critique de l'administration et de la technocratie, Howard r&#233;duira (...)' id='nh5-21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Aujourd'hui, Thomas Gieryn &#233;voque, &#224; propos du travail des Howard en Inde, un &#171; colonialisme bienveillant &#187; [&lt;a href='#nb5-22' class='spip_note' rel='footnote' title='Gieryn T., op. cit., p. 297.' id='nh5-22'&gt;22&lt;/a&gt;]. Tandis que Vandana Shiva, Prix Nobel Alternatif, physicienne et &#233;pist&#233;mologue indienne, peut d&#233;fendre, en 2002, &#224; l'occasion du Sommet de l'environnement de Johannesburg, l'h&#233;ritage de Sir Albert Howard [&lt;a href='#nb5-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Shiva V., In Praise Of Cowdung, sur w.zmag.org/sustainers/content/2002-11/12shiv' id='nh5-23'&gt;23&lt;/a&gt;] pour son pays et ailleurs [&lt;a href='#nb5-24' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour une critique de l'h&#233;ritage howardien en Inde, cf. Wood D., One Hand (...)' id='nh5-24'&gt;24&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Nous restons maintenant en Orient, mais nous allons &#233;tudier la question &#233;conomique chez les fondateurs de l'agrobiologie non plus d'un point de vue d'agronomes, fut-il original, mais sous celui d'un producteur agricole, Masanobu Fukuoka. Fort d'une conception minimaliste du travail agricole, le chercheur japonais voulut proposer des prix bas pour ses produits. L'incompatibilit&#233; de ce souhait avec la dynamique dominante des prix des produits de qualit&#233; le m&#232;nera &#224; cesser son engagement commercial.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;La tentative fukuokienne avort&#233;e d'agriculture marchande&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Masanobu Fukuoka a tent&#233; une exp&#233;rience d'agriculture commerciale pendant quelques ann&#233;es [&lt;a href='#nb5-25' class='spip_note' rel='footnote' title='Probablement au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Il d&#233;clare avoir exp&#233;di&#233; &#171; 2,25 &#224; 3 (...)' id='nh5-25'&gt;25&lt;/a&gt;], en passant par &#171; des magasins d'alimentation naturelle &#187; et une coop&#233;rative. La premi&#232;re ann&#233;e a &#233;t&#233; &#171; un entier succ&#232;s &#187; malgr&#233; quelques dol&#233;ances : la &#171; taille des fruits &#233;tait trop diverse, l'ext&#233;rieur un peu sale, la peau quelquefois dess&#233;ch&#233;e etc. &#187;. De m&#234;me, comme il utilisait des cartons &#171; sans ornements ni marques &#187;, il y a eu quelques personnes pour suspecter qu'il s'agissait de fruits de seconde cat&#233;gorie. Masanobu Fukuoka a alors recours &#224; des cartons imprim&#233;s &#171; mandarines naturelles &#187;. Mais s'il y a un point sur lequel il ne transigea pas, c'est celui du prix des fruits issus de son agriculture naturelle :
&lt;br /&gt;&#171; Comme la nourriture naturelle peut &#234;tre produite avec le minimum de co&#251;t et d'effort, j'en d&#233;duis qu'elle devrait &#234;tre vendue au meilleur march&#233;. L'ann&#233;e derni&#232;re, dans l'agglom&#233;ration de Tokyo, mes fruits &#233;taient les moins chers de tous. Selon de nombreux marchands leur saveur en &#233;tait la plus d&#233;licieuse. De mani&#232;re &#224; &#233;liminer le temps et la d&#233;pense exig&#233;s par l'exp&#233;dition, le mieux serait qu'on puisse vendre les fruits dans la r&#233;gion de production, mais m&#234;me ainsi le prix &#233;tait convenable, les fruits &#233;taient sans produits chimiques et avaient bon go&#251;t &#187; [&lt;a href='#nb5-26' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., RBP, p. 117. L'auteur poursuit en s'interrogeant sur les (...)' id='nh5-26'&gt;26&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Cependant, Masanobu Fukuoka devient r&#233;ticent &#224; la commercialisation de ses produits. Un d&#233;taillant lui fit remarquer que &#171; personne ne voudrait acheter de produits naturels &#224; moins que ceux-ci soient chers &#187;, puis il d&#233;couvrit qu'un marchand de Tokyo vendait ses produits &#171; &#224; des prix extravagants &#187;. Outre la rupture de confiance occasionn&#233;e par ce dernier marchand, c'est la question philosophique de l'&#233;tablissement d'un lien entre agriculture naturelle et alimentation populaire qui taraudait Masanobu Fukuoka :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Si on demande un prix &#233;lev&#233; pour les aliments naturels, cela veut dire que le marchand prend un b&#233;n&#233;fice excessif. En outre, si les aliments naturels sont chers, ils deviennent des aliments de luxe et les riches peuvent seuls se les offrir.
&lt;br /&gt;Si la nourriture naturelle doit devenir largement populaire, elle doit &#234;tre disponible localement &#224; un prix raisonnable. Si le consommateur se faisait simplement &#224; l'id&#233;e que de bas prix ne signifient pas que la nourriture n'est pas naturelle, c'est alors que chacun commencerait &#224; penser dans la bonne direction &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Etant parvenu &#224; des co&#251;ts de production parmi les plus bas possibles, Masanobu Fukuoka peut faire un b&#233;n&#233;fice au moins &#233;gal &#224; celui de ses coll&#232;gues en agrochimie en vendant &#224; bon march&#233;. Mais il s'agit d'une position qui le distingue &#233;galement de la majorit&#233; des agriculteurs biologiques. Ces derniers, en rempla&#231;ant les engrais chimiques et les biocides notamment par des &#233;pandages d'engrais organiques et plusieurs fa&#231;ons culturales, utilisent g&#233;n&#233;ralement plus de main d'&#339;uvre que leurs coll&#232;gues en conventionnel pour amener leurs r&#233;coltes &#224; maturit&#233;. Ainsi, m&#234;me si les intrants sont r&#233;duits [&lt;a href='#nb5-27' class='spip_note' rel='footnote' title='Pas toujours du c&#244;t&#233; du gaz-oil, en raison de la multiplication des fa&#231;ons (...)' id='nh5-27'&gt;27&lt;/a&gt;] en agriculture biologique &#171; classique &#187;, le surco&#251;t de main d'&#339;uvre est une premi&#232;re raison qui sert &#224; justifier un &#233;cart de prix &#224; la hausse des produits biologiques par rapport aux produits conventionnels. De plus, l'agriculture biologique pr&#233;sente, en moyenne, des rendements inf&#233;rieurs &#224; ceux de l'agrochimie, autre argument souvent employ&#233; pour expliquer que les produits bio ne soient, en g&#233;n&#233;ral, pas bon march&#233;.
&lt;br /&gt;Sur ces deux points, Masanobu Fukuoka s'inscrit en faux. L'int&#233;r&#234;t de l'&#233;tude de son &#339;uvre pour la compr&#233;hension de &#171; l'essence de l'agriculture biologique &#187; d&#233;passe largement l'agronomie. En d&#233;fendant une quantit&#233; de travail moindre pour un m&#234;me rendement, il questionne une opinion largement r&#233;pandue selon laquelle ce mode de production est forc&#233;ment plus gourmand en heures pass&#233;es aux champs. Mais il va plus loin : il avance qu'en travaillant moins il parvient paradoxalement &#224; des rendements durablement &#233;quivalents &#224; ceux de l'agrochimie.
&lt;br /&gt;En affirmant cela il adresse aux occidentaux, dont les agriculteurs biologiques font tr&#232;s majoritairement partie [&lt;a href='#nb5-28' class='spip_note' rel='footnote' title='Mais si c'est souvent avec une critique pouss&#233;e de leur civilisation (...)' id='nh5-28'&gt;28&lt;/a&gt;], un d&#233;fi profond : celui de la remise en cause d'un fort courant d'interpr&#233;tation de la signification et de la valeur du travail. En effet, en Occident, souvent associ&#233; &#224; l'id&#233;e de progr&#232;s, le travail est fortement valoris&#233; et par&#233; de nombreuses vertus. Le travail peut m&#234;me &#234;tre pr&#233;sent&#233; comme &#171; la valeur fondamentale de l'Occident &#187; [&lt;a href='#nb5-29' class='spip_note' rel='footnote' title='Chalas, Y., S&#233;minaire interne commun DEA IEP/IUG, 1999, Grenoble. (Notes (...)' id='nh5-29'&gt;29&lt;/a&gt;]. On ne reprendra pas ici les r&#233;f&#233;rences bibliques bien connues qui servent &#224; justifier cette interpr&#233;tation, mais mentionnons cependant l'id&#233;ologie et les institutions du compagnonnage [&lt;a href='#nb5-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Blondel, J.-F., Bouleau, J.-C., Tristan, F., Encyclop&#233;die du compagnonnage, (...)' id='nh5-30'&gt;30&lt;/a&gt;], parmi les groupes ayant aliment&#233; ce courant d'interpr&#233;tation, lequel tend, sans l'ombre d'un doute, &#224; sacraliser le travail. Pour faire bonne mesure, il faudrait discuter les deux ou trois principaux courants d'interpr&#233;tation du sens et de la valeur du travail en Occident, afin de d&#233;terminer s'il y a un terrain favorable &#224; un accueil critique des th&#232;ses fukuokiennes &#224; l'int&#233;rieur de notre tradition culturelle [&lt;a href='#nb5-31' class='spip_note' rel='footnote' title='Le travail comme mal&#233;diction cons&#233;cutive au p&#233;ch&#233; originel ; le travail comme (...)' id='nh5-31'&gt;31&lt;/a&gt;]. Ce d&#233;tour permettrait de discerner le type de remise en cause n&#233;cessaire dans notre mentalit&#233; pour d&#233;faire le collage qui met ensemble la qualit&#233;, l'importance du travail, et le haut prix.
&lt;br /&gt;C'est pourquoi, on pourrait &#233;galement se demander la force que garde aujourd'hui dans nos esprits l'id&#233;e qu'un bon produit doit co&#251;ter cher, particuli&#232;rement &#224; propos des produits biologiques. Cette r&#233;flexion concerne aussi les prix pratiqu&#233;s par les agriculteurs biologiques, dans la mesure o&#249; il garde une latitude sur la fixation [&lt;a href='#nb5-32' class='spip_note' rel='footnote' title='Une marge de man&#339;uvre qui d&#233;pend de plusieurs facteurs, notamment du type de (...)' id='nh5-32'&gt;32&lt;/a&gt;] desdits prix. Il faut, en effet, r&#233;pondre &#224; l'accusation qui d&#233;signe l'agriculture biologique comme une &#171; niche commerciale &#187;, une production dans une &#171; situation de rente &#187;, o&#249; la sup&#233;riorit&#233; de la demande sur l'offre pourrait laisser supposer que des producteurs soient tent&#233;s d'exag&#233;rer leurs prix de vente.
&lt;br /&gt;Enfin, en avan&#231;ant qu'il obtient des rendements parmi les meilleurs, Fukuoka finit, selon nous, de d&#233;stabiliser les agriculteurs occidentaux besogneux. Quel est donc ce prodige qui permet de travailler moins et d'obtenir de fortes r&#233;coltes ? On comprend que l'incr&#233;dulit&#233; domine dans la r&#233;ception occidentale des dires du paysan japonais. Mais, quoi qu'il en soit de la v&#233;rit&#233; agronomique de l'approche fukuokienne, il nous faut pour l'instant retenir que sa d&#233;marche &#233;conomique pratique ne manque pas de coh&#233;rence avec sa th&#233;orie de la culture des champs. De plus, elle remet gravement en cause l'id&#233;e de s'enrichir financi&#233;rement avec l'agriculture. Elle heurte de front la th&#233;orie physiocratique qui veut fonder l'enrichissement de tous les domaines d'activit&#233;s de la soci&#233;t&#233; sur les hauts prix agricoles, et, &#224; travers ce courant de pens&#233;e, l'id&#233;ologie moderne de la &#171; croissance &#187; &#233;conomique. Mais, par un clin d'&#339;il &#224; notre histoire culturelle, elle semblerait offrir des solutions &#224; la volont&#233; philosophique aristot&#233;licienne de maintenir serr&#233;s les liens entre subsistance, richesse, et restriction mon&#233;taire, et, chose admirable, sans imposer la frugalit&#233;.
&lt;br /&gt;Ces conclusions font qu'il semble encore bien &#233;loign&#233; le jour o&#249; quelques-uns pourraient avoir la force d'instituer un tel syst&#232;me agricole et &#233;conomique, en admettant que sa base agronomique soit d&#233;fendable et diffusable. Voyons maintenant une autre d&#233;marche &#233;conomique, celle d'Hans M&#252;ller qui, si elle est sensiblement moins utopique, a eu au moins le m&#233;rite de permettre &#224; plusieurs dizaines de familles d'agriculteurs de s'en sortir avec l'agriculture biologique, dans un contexte agricole et &#233;conomique g&#233;n&#233;ral hostile.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;La coop&#233;rative Galmiz et les succ&#232;s commerciaux d'Hans M&#252;ller&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'organisation &#233;conomique coop&#233;rative et la recherche d'aliments de qualit&#233; sup&#233;rieure [&lt;a href='#nb5-33' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans les paragraphes qui suivent, nous reprenons, pour l'essentiel, une (...)' id='nh5-33'&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ayant v&#233;cu en homme politique la crise &#233;conomique de 1929, Hans M&#252;ller avait connaissance des th&#232;ses explicatives de la crise et des rem&#232;des qui furent propos&#233;s. Soucieux des producteurs, il d&#233;fendit une politique bas&#233;e sur la qualit&#233;. Son id&#233;e &#233;tait qu'en temps de crise, les produits de qualit&#233; sup&#233;rieure r&#233;siste mieux que les autres aux baisses de consommation et de prix. D'autre part, M&#252;ller pr&#233;conise, au sein de son mouvement des &#171; jeunes agriculteurs &#187;, le regroupement des producteurs en coop&#233;ratives, afin de d&#233;fendre au mieux leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'origine, une coop&#233;rative de producteurs en conventionnel&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est surtout apr&#232;s la 2&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; guerre mondiale que se pr&#233;sente en Suisse une int&#233;r&#234;t renforc&#233;, et une nouvelle impulsion, pour l'Agriculture Biologique. Des horticulteurs fondent en 1947 l'association Suisse pour l'Agriculture Biologique, dans laquelle se rallient de petits jardiniers amateurs. A cette p&#233;riode, les jeunes agriculteurs ayant cr&#233;&#233; en 1946 la coop&#233;rative de construction et recyclage [&lt;a href='#nb5-34' class='spip_note' rel='footnote' title='Le nom de la coop&#233;rative Anbau-und Verwertungsgenossenschaft est abr&#233;g&#233; en (...)' id='nh5-34'&gt;34&lt;/a&gt;] &#171; Heimat &#187; (Patrie) &#224; Galmiz, commencent &#224; se rapprocher plus fortement de l'Agriculture Biologique. Lors de la fondation de l'AVG, l'AB &#233;tait un sujet &#224; peine abord&#233; ; au travers de la coop&#233;rative, on voulait surtout aboutir &#224; des d&#233;bouch&#233;s commerciaux nouveaux et s&#251;rs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question du stockage et l'infl&#233;chissement vers l'agriculture biologique&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le premier rapport d'activit&#233; de l'ann&#233;e 1946, le directeur de l'AVG, Hans Hurni, pr&#233;dit aux paysans que la &lt;em&gt;normalisation des approvisionnements&lt;/em&gt; aurait pour cons&#233;quence qu'&#224; l'avenir lesdits fournisseurs b&#233;n&#233;ficieraient de l'avantage de pouvoir r&#233;duire les stocks hivernaux de l&#233;gumes des distributeurs. Ce sont principalement les &#233;normes pertes de stocks, qui ont &#233;t&#233; caus&#233;es par une fertilisation inappropri&#233;e des l&#233;gumes, qui conduisent &#224; cette th&#233;orie. Au sein de l'AVG, on cherche donc des possibilit&#233;s de r&#233;soudre ce probl&#232;me. L'id&#233;e de construire de grands b&#226;timents avec une capacit&#233; de stockage en rapport est rejet&#233;e. Cela n'aurait &#233;t&#233; rien d'autre qu'une copie de l'action des associations agricoles existantes et p&#232;serait sur les charges des producteurs&#8230; d'o&#249; l'objection contre une telle direction. On propose comme alternative que les producteurs prennent eux-m&#234;mes en charge le stockage. Ainsi, la marge sur le stockage pouvait &#234;tre consid&#233;rable selon les esp&#232;ces de l&#233;gumes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce chemin aboutit &#224; de bons r&#233;sultats, &#224; quelques d&#233;tails pr&#232;s. D&#233;j&#224; en 1947, on r&#233;glait l'organisation de l'AVG sur le stockage d'hiver. Les stocks de pommes de terre forment, dans le 2&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; rapport d'activit&#233; de la coop&#233;rative, la part principale du chiffre d'affaire. La direction intensifie ses conseils aux fournisseurs pour am&#233;liorer les conditions de stockage. D&#232;s la phase de s&#233;lection des plants et de leurs origines, comme pour les choix de fertilisation des sols, on pense au stockage, on avertit les producteurs. &#171; &lt;em&gt;Nous recommandons de composter le fumier avec de la poudre de roche, et au printemps, d'apporter encore une dose de poudre de roche au champ, pr&#233;par&#233; pour le semis des pommes de terre. De plus, nous demandons &#224; nos coop&#233;rateurs d'agir avec r&#233;serve en ce qui concerne la liti&#232;re provenant de personnes utilisant des engrais chimiques &#187;&lt;/em&gt;, est-il &#233;crit dans le rapport d'activit&#233; de 1947. Apr&#232;s que Hans M&#252;ller ait parl&#233;, le 30 janvier 1947, lors de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, en &lt;em&gt;termes &#233;clair&#233;s sur la fertilisation biologique, &lt;/em&gt;les groupes de coop&#233;rateurs sont &#224; nouveau avertis, d&#233;but 1948, de pr&#234;ter l'attention n&#233;cessaire &#224; l'agriculture organique : lors de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du 10 mars 1948, Hans Hurni d&#233;clare qu'une grande partie des agriculteurs a remarqu&#233; que les m&#233;thode de fertilisation avaient une grande influence sur la conservation des produits. Malgr&#233; tout, il restait toujours quelques coop&#233;rateurs &#224; rire en entendant parler de poudre de roche. A celui qui ne croyait toujours pas qu'avec la poudre de roche, nomm&#233;e &#171; &lt;em&gt;bschutti&lt;/em&gt; &#187;, et du fumier, on obtiendrait, &#224; rendement &#233;gal, de meilleures qualit&#233;s de stockage qu'avec l'utilisation d'engrais chimique, Hurni lui recommandait de s'&lt;em&gt;informer aupr&#232;s des camarades, qui pratiquaient cela avec une exp&#233;rience d'une dizaine d'ann&#233;e&lt;/em&gt;.
&lt;br /&gt;Tant le Directeur que le Pr&#233;sident et le Vice-Pr&#233;sident forcent au changement. Fin ao&#251;t 1948, les chefs d'entreprise du secteur, sont inform&#233;s que des semences de pommes de terre pourraient &#234;tre achet&#233;es &lt;em&gt;issues de nos entreprises avec fertilisation biologique&lt;/em&gt;. Et en mai 1951, l'administration d&#233;cide que l'Agriculture Biologique devait &#234;tre encourag&#233;e par des explications, que &lt;em&gt;des directives pourraient rendre obligatoires&lt;/em&gt; l'ann&#233;e suivante. Dans le m&#234;me temps, on discutait &#224; la Direction pour d&#233;terminer si une enqu&#234;te devait &#234;tre men&#233;e parmi les producteurs, afin de savoir combien d'entreprises &#233;taient r&#233;ellement conduites sans chimie, et si leurs membres ne devraient pas avoir besoin d'un d&#233;lai pour le changement. Finalement, on d&#233;cide de ne pas prendre le chemin de la contrainte, mais celui de l'incitation. L'administration convient que d&#232;s le d&#233;but 1952, l'AVG serait r&#233;tribu&#233;e par un suppl&#233;ment par &lt;em&gt;des produits d'exploitations qui n'utilisent aucun engrais chimique si sels de potasses&lt;/em&gt;.
&lt;br /&gt;En 1954, on convient que &lt;em&gt;les producteurs qui suivent nos pr&#233;conisations de fertilisation&lt;/em&gt; se verront payer un suppl&#233;ment. Conform&#233;ment aux documents comptables de 1955, ces r&#233;mun&#233;rations en forme de primes ne repr&#233;sentent pas beaucoup, &#233;tant donn&#233; que la coop&#233;rative avait commenc&#233; &#224; financer, depuis 1953, le laboratoire de Rush pour les recherches sur le sol. Le Directeur annonce en 1953, que, pour la nouvelle campagne, &lt;em&gt;un grand nombre d'entreprises &#233;taient pass&#233; &#224; des m&#233;thodes organo-biologiques&lt;/em&gt; et avaient fait leur premier pas par le remplacement d'engrais chimiques par des organiques. Hurni &#233;crit ensuite :&lt;em&gt; il nous reste le devoir de convaincre le petit reste de propri&#233;taires d'exploitations qui utilisent encore des engrais chimiques, des b&#233;n&#233;fices comparables de cette nouvelle m&#233;thode.&lt;/em&gt;
&lt;br /&gt;C'est pourquoi l'AVG commence &lt;em&gt;&#224; propager le mara&#238;chage sans chimie&lt;/em&gt;, parce qu'on faisait l'exp&#233;rience que la marchandise ainsi produite pr&#233;sentait une meilleure qualit&#233; au stockage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des circuits de commercialisation vari&#233;s&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne sait pas si les gros acheteurs, d&#233;j&#224; en 1946, regardaient les fournisseurs de l'Agriculture Biologique pour diminuer les pertes au stockage, comme le note Hans Hurni dans un compl&#233;ment manuscrit du projet de rapport d'activit&#233;, au d&#233;but 1947. Hans M&#252;ller, qui pendant ce temps, sous contrat avec l'AVG, traite les contrats d'achat demi-gros des coop&#233;rateurs, ne laisse derri&#232;re lui aucun indice sur cette question. Il est juste confirm&#233; qu'&#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de 1951, un repr&#233;sentant des grossistes s'int&#233;ressait &lt;em&gt;beaucoup aux tentatives en Agriculture Biologique&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les contrats d'achat r&#233;cemment conclus avec les march&#233;s de gros offraient n&#233;anmoins aux producteurs de l'AVG une s&#233;curit&#233; qui promouvait indirectement l'&#233;largissement de l'Agriculture Biologique. Les grossistes imputaient eux-m&#234;mes, au d&#233;but des ann&#233;es 1950, les ventes en augmentation rapide de l&#233;gumes au fait qu'ils &#233;taient sur le bon chemin, en faisant des b&#233;n&#233;fices avec &lt;em&gt;des l&#233;gumes de qualit&#233; produits selon des principes biologiques.&lt;/em&gt; D&#233;but 1958, Hans Hurni annonce que l'AVG &#233;tait &#224; la veille d'un d&#233;veloppement fr&#233;n&#233;tique, et que quelques grossistes isol&#233;s se proposaient &lt;em&gt;de vendre nos l&#233;gumes biologiques s&#233;par&#233;ment. &lt;/em&gt;Sur le march&#233; de Neueunburg est install&#233; la m&#234;me ann&#233;e un &lt;em&gt;secteur biologique &lt;/em&gt; ; plus tard, les fournitures pour cette coop&#233;rative sont aussi emball&#233;s s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hans M&#252;ller rapporte, en 1960, que sur le march&#233; de Z&#252;rich, la part des l&#233;gumes biologiques repr&#233;sente quasiment 13,7% - et que les nouveaux contrats pour 1961 sont encore plus imposants. Mais au milieu des ann&#233;es 1960, les march&#233;s de gros changent leur strat&#233;gie. Plut&#244;t qu'une prolongation du mode de production biologique, on travaille sur un programme de production alimentaire avec &lt;em&gt;un recours minimum &#224; la chimie&lt;/em&gt;. Lors d'un vote, les coop&#233;rateurs-trices d&#233;cident, en 1970, que les march&#233;s devraient &lt;em&gt;multiplier encore leurs efforts, afin que les produits agricoles achet&#233;s chez eux soient trait&#233;s avec le moins possible d'agents chimiques, antibiotiques, pesticides&#8230;&lt;/em&gt;
&lt;br /&gt;Une majorit&#233; des consommateurs se d&#233;clare alors pr&#234;te &#224; payer, pour ces produits, 5 &#224; 10% de plus. La direction des ventes des supermarch&#233;s Migros essaye d'appliquer dans les faits cette proposition, avec la cr&#233;ation du programme &#171; Migros-Sano &#187;, en 1973. Par du conseil et des contr&#244;les, on aide les producteurs sous contrat &#224; &lt;em&gt;produire leurs produits avec des moyens autant que possible sans chimie et naturels.&lt;/em&gt; Aussi, les produits alimentaires produits par la suite par l'AVG sont commercialis&#233;s avec le logo &#171; Migro-S Production &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le march&#233; de gros n'&#233;tait au d&#233;but pas seulement le plus important, mais pratiquement le seul acheteur significatif de l'AVG, jusqu'au renforcement de la vente au d&#233;tail par la poste &#8211; des colis de fruits et l&#233;gumes -, dans la 1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; moiti&#233; des ann&#233;es 1960. Pour la mise en place de ce travail en commun avec le march&#233; de gros, la relation entre Gottlieb Duttweiler (alors PDG de Migros) et Hans M&#252;ller n'est pas sans importance. D'apr&#232;s une description plus tardive de M&#252;ller, ses relations d'affaire avec Duttweiler se sont construites au Parlement. Duttweiler avait d&#233;j&#224; propos&#233; &#224; M&#252;ller, pendant la Seconde Guerre mondiale, de s'occuper de la production de produits alimentaires sains, que ses magasins &#233;couleraient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous deux &#233;taient, &#224; la fin de la guerre, assez r&#233;alistes pour voir qu'ils s'&#233;taient tellement isol&#233;s dans la sph&#232;re politique qu'ils n'avaient plus aucune chance de faire l'unanimit&#233;, avec leurs id&#233;es sur un consensus politique. C'est pourquoi ils se concentrent sur la faisabilit&#233; &#233;conomique de leurs id&#233;es. La collaboration &#233;troite entre l'AVG et les magasins Migros n'est pas exploit&#233;e politiquement, comme les opposants de Hans M&#252;ller l'avaient craint, au d&#233;but de 1946 (au sein de son propre parti). Bien au contraire, les relations d'affaire ne sont ni rendues secr&#232;tes, ni cri&#233;es sur les toits. Lorsque le directeur de la production agricole de Migros, Heinrich Rengel, tient son discours &#224; M&#246;schberg ou &#224; l'AVG, il est juste pr&#233;sent&#233; comme &#171; Directeur Rengel, Z&#252;rich &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but, il y avait, au sein de l'AVG, des pens&#233;es souvent formul&#233;es &#224; l'encontre de cette collaboration avec le distributeur Migros (grossiste). Au regard de la politique, jusqu'ici de prix bas, on pouvait se demander si les prix courants allaient payer. Le comit&#233; d&#233;cide alors, &#224; l'unanimit&#233;, de conclure, pour la premi&#232;re ann&#233;e, un contrat de vente. Aussi loin que les relations entre l'AVG et le Migros ont pu &#234;tre reconstruites dans ce travail, elles se d&#233;roulent sans difficult&#233;s. L'AVG ne faisait pas que profiter des besoins constamment croissants en l&#233;gumes de Migros, mais obtient aussi, pour ses r&#233;alisations importantes et ses nouvelles constructions, des cr&#233;dits de la banque Migros. De son c&#244;t&#233;, le grossiste profite de l'approvisionnement r&#233;gulier et de qualit&#233; issu des producteurs de l'AVG. En particulier, il profite de la bonne volont&#233; des producteurs d'entreposer eux-m&#234;mes des l&#233;gumes de conservation.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La commercialisation des produits bios et le mouvement M&#252;ller : essai de bilan&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ce parcours dans le travail d'organisation &#233;conomique des seuls fondateurs de l'agrobiologie a avoir cr&#233;&#233; un mouvement social, technique et &#233;conomique de leur vivant r&#233;v&#232;le une id&#233;e essentielle : la nostalgie du monde paysan pass&#233; n'avait rien de pass&#233;iste chez Hans M&#252;ller. On s'inscrira donc en faux contre les interpr&#233;tations injustifi&#233;es du genre de celle de Fran&#231;ois Walter. Celui-ci commence par rappeler les principaux traits de la critique de la modernit&#233; d&#233;velopp&#233;e par Hans M&#252;ller : &#171; Dans son journal, M&#252;ller d&#233;nonce le mat&#233;rialisme du monde, le d&#233;racinement social auquel il oppose la force saine des paysans. Tr&#232;s violent envers la sp&#233;culation fonci&#232;re, le leader paysan vitup&#232;re contre le capitalisme et les exc&#232;s du lib&#233;ralisme &#187;. Passant compl&#232;tement sous silence les innovations de production et de commercialisation d&#233;velopp&#233;es par M&#252;ller, Fran&#231;ois Walter enterre l'&#339;uvre du p&#232;re du mouvement organo-biologique. Sous sa plume, le mouvement &lt;em&gt;Bauernheimatbewegung&lt;/em&gt; se r&#233;duit &#224; &#171; une variante de la critique utopique et r&#233;gressive &#187; [&lt;a href='#nb5-35' class='spip_note' rel='footnote' title='Walter F., Les Suisses et l'environnement, Une histoire du rapport &#224; la (...)' id='nh5-35'&gt;35&lt;/a&gt;]. D'autres erreurs fondamentales sont &#233;galement diffus&#233;es : ainsi Catherine de Silguy se trompe-t-elle largement en avan&#231;ant que M&#252;ller recherchait l'&#171; autarcie des producteurs &#187; [&lt;a href='#nb5-36' class='spip_note' rel='footnote' title='De Silguy C., L'agriculture biologique, Des techniques efficaces et non (...)' id='nh5-36'&gt;36&lt;/a&gt;] De m&#234;me, mettre Hans Peter Rusch du c&#244;t&#233; des partisans d'une &#171; id&#233;ologie r&#233;actionnaire &#187; luttant pour le &#171; retour &#224; une soci&#233;t&#233; paysanne &#187; est aussi exag&#233;r&#233; [&lt;a href='#nb5-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Viel J.-M., L'agriculture biologique : une r&#233;ponse ? Ed. Entente, Paris, (...)' id='nh5-37'&gt;37&lt;/a&gt;]. Au contraire, ce que nous venons de voir, c'est la construction d'une organisation coop&#233;rative de producteurs agricoles au service du maintien des paysans &#224; la terre et de leur d&#233;veloppement social et culturel dans le contexte de la modernisation. Partant d'une th&#232;se &#233;conomique valide selon laquelle les produits de qualit&#233; sup&#233;rieure r&#233;sistent mieux que les autres aux crises &#233;conomiques et &#224; la baisse tendancielle des prix des produits agricoles bruts, Hans M&#252;ller invite les agriculteurs &#224; s'organiser entre eux pour ma&#238;triser l'&#233;coulement des produits et b&#233;n&#233;ficier des profits qu'ils pourront tirer de cette nouvelle activit&#233;. La d&#233;couverte, hors du contexte des conservateurs chimiques, de la meilleure qualit&#233; conservatoire des l&#233;gumes biologiques, ouvrira la p&#233;riode de conversion du mouvement M&#252;ller &#224; l'agrobiologie, en offrant un nouvel argument &#233;conomique en faveur des productions agricoles de qualit&#233;. Gr&#226;ce aux contacts nou&#233;s durant sa vie politique parlementaire, notamment avec Gottlieb Duttweiler, PDG des supermarch&#233;s Migros, Hans M&#252;ller travaillera &#224; trouver des d&#233;bouch&#233;s r&#233;guliers sur le march&#233; de gros. Outre cette collaboration aux b&#233;n&#233;fices mutuels, puisqu'elle a permis au mouvement organo-biologique d'asseoir solidement sa cr&#233;dibilit&#233; &#233;conomique, Hans M&#252;ller a innov&#233; en mettant en place un syst&#232;me d'exp&#233;dition de l&#233;gumes par colis postaux. Devant l'exemple d'une r&#233;ussite triple, au niveau &#233;cologique, au niveau &#233;conomique, et au niveau du d&#233;veloppement rural, comment pourrait-on encore ramener l'histoire du mouvement du couple M&#252;ller et d'Hans Peter Rusch &#224; une simple contestation r&#233;actionnaire de la modernit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir montr&#233; que tant le couple Howard que les fondateurs du mouvement organo-biologique se sont donn&#233;s les moyens d'initier des alternatives &#233;conomiques cr&#233;dibles, malgr&#233; un contexte socio-&#233;conomique dont ils avaient bien compris l'adversit&#233;, nous allons d&#233;couvrir un autre aspect essentiel de l'&#339;uvre des fondateurs, &#224; savoir la recherche d'une agriculture autrement rationnelle ou plus rationnelle que l'agrochimie. La premi&#232;re &#233;tape de ce parcours va consister &#224; rendre compte de la tentative bio-dynamique en ce sens. Nous continuerons ensuite sur cette question au niveau plus sp&#233;cifiquement agronomique dans les parties suivantes. En effet, parall&#232;lement &#224; une critique de la domination des paysans dans la soci&#233;t&#233; industrielle, les fondateurs de l'agrobiologie ont cherch&#233; &#224; &#233;tablir une agriculture plus autonome, bas&#233;e sur un savoir l&#233;gitimant et approfondissant les connaissances acquises par la tradition paysanne, susceptible, en outre, de fournir une alimentation plus saine que celle issue des m&#233;thodes de la chimie agricole. Le d&#233;fi auquel se sont confront&#233;s les fondateurs est v&#233;ritablement global : nous l'avons vu avec Howard et M&#252;ller essayant de tenir ensemble les questions politiques, &#233;conomiques, et technico-scientifiques. Cependant, une perspective comme celle de l'agriculture bio-dynamique montre un visage holistique encore plus original. Dans la perspective anthroposophique appliqu&#233;e &#224; l'agriculture, c'est l'homme, sa sant&#233;, le sens de son rapport &#224; la nature, qui, tout ensemble, sont interrog&#233;s dans le questionnement agrobiologique. Quelles que soient les critiques que l'on pourra formuler sur la rationalit&#233; de l'agriculture steinerienne, celle-ci a au moins le m&#233;rite particuli&#232;rement important de montrer, face &#224; la question tabou du suprasensible, qu'une &#233;tude historique ad&#233;quate de l'agrobiologie ne saurait &#234;tre s&#233;rieusement men&#233;e sans en passer par l'effort philosophique de la recherche de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-1' id='nb5-1' class='spip_note' title='Notes 5-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Cf. Vogt G., Entstehung und Entwicklung des &#244;kologischen Landbaus, 2000, op. cit., p. 129-131.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-2' id='nb5-2' class='spip_note' title='Notes 5-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Pillods S., Quand l'argent relie les hommes, Une autre mani&#232;re d'&#234;tre banquier : l'exp&#233;rience de la NEF, Ed. FPH, 1996, 110 p., p 13. Nous ne r&#233;sistons pas &#224; l'envie de faire d&#233;couvrir au lecteur les trois natures de l'argent : selon Steiner, il y aurait &#171; l'argent de transaction &#187;, &#171; l'argent de pr&#234;t &#187;, et &#171; l'argent de don &#187;&#8230; Dans l'ouvrage de Sophie Pillods, ces id&#233;es lumineuses sont m&#234;mes accompagn&#233;es d'un dessin &#171; humoristique &#187; (cf. les pages 16-17). Selon nous, il ne s'agit pas l&#224; d'id&#233;es &#171; extr&#234;mement novatrices et pratiques &#187; mais bien de distinctions abstruses et inutiles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-3' id='nb5-3' class='spip_note' title='Notes 5-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Gieryn F. T., Cultural boudaries of science, Credibility on the Line, Chicago and London, University of Chicago Press, 381 p., p. 250-251.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-4' id='nb5-4' class='spip_note' title='Notes 5-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Howard A. et G., Wheat in India, p. 90 ; Howard A., Testament agricole, p. 206-207.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-5' id='nb5-5' class='spip_note' title='Notes 5-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Gabrielle sera nomm&#233;e, quelques ann&#233;es plus tard, Second botaniste &#233;conomique imp&#233;rial.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-6' id='nb5-6' class='spip_note' title='Notes 5-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Gieryn F. T., op. cit., p. 250.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-7' id='nb5-7' class='spip_note' title='Notes 5-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Pour une synth&#232;se de ce travail sur la g&#233;n&#233;tique men&#233; par les Howards, ainsi que sur l'&#233;volution de leur point de vue quant &#224; l'importance de ce facteur dans les rendements et la sant&#233; des plantes, on se reportera au travail de Thomas Gieryn, sp&#233;cialement aux pages 255-269.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-8' id='nb5-8' class='spip_note' title='Notes 5-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Sur ce d&#233;veloppement d'un nouveau bl&#233; boulanger, voir Gieryn T., ibid., p. 281-284. Pour l'engagement de Howard en faveur du pain complet, cf. par exemple Testament agricole, p. 168-169.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-9' id='nb5-9' class='spip_note' title='Notes 5-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Burt, Howard A. et G., Pusa 12 and Pusa 4, p. 9 ; Howard A., Crop-Production in India, p. 69.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-10' id='nb5-10' class='spip_note' title='Notes 5-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Philip Conford parle de relations &#171; paradoxales et ambivalentes &#187; entre les pionniers de l'agriculture organique et ce que nous appelons aujourd'hui le &#171; tiers monde &#187; (cf. Conford P., The Origins of the Organic Movement, p. 63-64).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-11' id='nb5-11' class='spip_note' title='Notes 5-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Gieryn T., p. 279-280. Les deux citations des Howards proviennent de Some Improvements in the Packing and Transport, p. 252, et de Improvement of Fruit Packing, p. 52.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-12' id='nb5-12' class='spip_note' title='Notes 5-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 170.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-13' id='nb5-13' class='spip_note' title='Notes 5-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Conford P., The Origins of the Organic Movement, p. 55.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-14' id='nb5-14' class='spip_note' title='Notes 5-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Cf. Davis M., G&#233;nocides tropicaux, Catastrophes &#233;cologiques et famines coloniales, Aux origines du sous-d&#233;veloppement, La d&#233;couverte, Paris, 2003, 479 p. Pour nous rendre compte de la situation dramatique qui &#233;tait celle de l'Inde, lorsque les Howard arriv&#232;rent dans ce pays, alors gouvern&#233; par Lord Curzon, citons quelques passages significatifs de l'ouvrage de Mike Davis, lequel vient combler une &#171; curieuse n&#233;gligence &#187; de la plupart des historiens occidentaux face, sans doute, aux &#171; pires famines en cinq si&#232;cles d'histoire de l'Inde et de la Chine &#187; (p.14) : &#171; Non seulement des dizaines de millions de paysans pauvres sont morts de fa&#231;on atroce, mais ils sont morts dans des conditions et pour des raisons qui contredisent largement l'interpr&#233;tation conventionnelle de l'histoire &#233;conomique de ce si&#232;cle. [&#8230;] Leur fin tragique a eu lieu en plein &#226;ge d'or du capitalisme lib&#233;ral ; en fait, on peut m&#234;me dire de nombre d'entre eux qu'ils furent les victimes mortelles de l'application litt&#233;ralement th&#233;ologique des principes sacr&#233;s de Smith, de Bentham et de Mill &#187; (p. 15). Face &#224; la famine les r&#233;actions furent variables : &#171; A un extr&#234;me, nous avons l'Inde britannique gouvern&#233;e par des vice-rois tels Lytton, le second Elgin et Curzon, o&#249; le dogme libre-&#233;changiste et le froid calcul &#233;go&#239;ste de l'Empire justifiaient l'exportation d'&#233;normes quantit&#233;s de c&#233;r&#233;ales vers l'Angleterre au beau milieu de la plus horrible h&#233;catombe &#187; (p. 18). Sir Richard Temple, gouverneur sous le vice-roi Lytton, r&#233;duisit les rations alimentaires des ouvriers &#224; un niveau inimaginable : &#171; ce qu'on ne tarda pas &#224; appeler le &#171; salaire de Temple &#187;, cens&#233; pourvoir aux besoins alimentaires de travailleurs de force, leur fournissait moins de calories que la ration quotidienne du tristement c&#233;l&#232;bre camp de concentration de Buchenwald &#187; (p. 49). Lord Curzon d&#233;montra &#171; sa fermet&#233; imp&#233;rialiste en ordonnant la diminution des rations de secours destin&#233;es aux victimes de la famine, qu'il jugeait &#171; beaucoup trop &#233;lev&#233;es &#187;, et en r&#233;ajustant les crit&#232;res d'attribution sur la base des inf&#226;mes &#171; tests &#187; de Temple &#187; (p. 180). S'il ne fallait &#171; choisir qu'une seule donn&#233;e pour r&#233;sumer l'histoire de la domination britannique en Inde, ce serait le suivant : entre 1757 et 1947, le revenu par habitant n'a pas progress&#233;. En r&#233;alit&#233;, on peut m&#234;me faire l'hypoth&#232;se qu'il a baiss&#233; de 50 % au cours de la seconde moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#187; (p. 341).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-15' id='nb5-15' class='spip_note' title='Notes 5-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] La ville de Indore compte alors 125 000 habitants. La ville, l'institut des Howards, et l'Etat indien o&#249; ils se trouvent alors portent ainsi le m&#234;me nom. Depuis, les choses ont chang&#233; : Indore compte aujourd'hui plus de 1100 000 habitants et fait partie de l'Etat nomm&#233; Madhya Pradesh. Indore est la plus grande ville de cet Etat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-16' id='nb5-16' class='spip_note' title='Notes 5-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] La ville voisine d'Indore, alors prosp&#232;re, attirait facilement la main d'&#339;uvre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-17' id='nb5-17' class='spip_note' title='Notes 5-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] Cf. Gieryn T., op. cit., p. 289-290.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-18' id='nb5-18' class='spip_note' title='Notes 5-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Pour des r&#233;f&#233;rences explicites de la critique howardienne du syst&#232;me, voir Gieryn T., ibid., p. 322-323.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-19' id='nb5-19' class='spip_note' title='Notes 5-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] Gieryn T., ibid., p. 298.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-20' id='nb5-20' class='spip_note' title='Notes 5-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Conford P., op. cit., p. 54.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-21' id='nb5-21' class='spip_note' title='Notes 5-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Fid&#232;le &#224; sa critique de l'administration et de la technocratie, Howard r&#233;duira au minimum l'&#233;quipe dirigeante &#224; Indore, tout en employant plus de cent vingt personnes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-22' id='nb5-22' class='spip_note' title='Notes 5-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] Gieryn T., op. cit., p. 297.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-23' id='nb5-23' class='spip_note' title='Notes 5-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] Shiva V., In Praise Of Cowdung, sur w.zmag.org/sustainers/content/2002-11/12shiva.cfm [visite de 10/2006].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-24' id='nb5-24' class='spip_note' title='Notes 5-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] Pour une critique de l'h&#233;ritage howardien en Inde, cf. Wood D., One Hand Clapping : Organic Farming in India, sur w.cgfi.org/materials/articles/2002/dec_12_02_wood.htm [visite de 10/2006].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-25' id='nb5-25' class='spip_note' title='Notes 5-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] Probablement au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Il d&#233;clare avoir exp&#233;di&#233; &#171; 2,25 &#224; 3 tonnes de riz &#187; et &#171; 400 cartons de 15 kilos et demi de mandarines &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-26' id='nb5-26' class='spip_note' title='Notes 5-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] Fukuoka M., RBP, p. 117. L'auteur poursuit en s'interrogeant sur les perspectives du d&#233;veloppement de la &#171; vente directe d'aliments naturels &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-27' id='nb5-27' class='spip_note' title='Notes 5-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] Pas toujours du c&#244;t&#233; du gaz-oil, en raison de la multiplication des fa&#231;ons culturales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-28' id='nb5-28' class='spip_note' title='Notes 5-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] Mais si c'est souvent avec une critique pouss&#233;e de leur civilisation d'appartenance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-29' id='nb5-29' class='spip_note' title='Notes 5-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] Chalas, Y., S&#233;minaire interne commun DEA IEP/IUG, 1999, Grenoble. (Notes personnelles).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-30' id='nb5-30' class='spip_note' title='Notes 5-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] Blondel, J.-F., Bouleau, J.-C., Tristan, F., Encyclop&#233;die du compagnonnage, Histoire, symboles et l&#233;gendes, Rocher, 721 p., 2000, pp. 615-616. Voir aussi Icher, F., 99 r&#233;ponses sur le compagnonnage, CRDP/CDDP du Languedoc-Roussillon, 1994, 216 p., notamment fiche n&#176;97 et n&#176;06.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-31' id='nb5-31' class='spip_note' title='Notes 5-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] Le travail comme mal&#233;diction cons&#233;cutive au p&#233;ch&#233; originel ; le travail comme chemin de rachat suite au p&#233;ch&#233; originel le travail comme culture, accompagnement, accomplissement du donn&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-32' id='nb5-32' class='spip_note' title='Notes 5-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] Une marge de man&#339;uvre qui d&#233;pend de plusieurs facteurs, notamment du type de circuit de distribution utilis&#233; par l'agriculteur pour &#233;couler ses productions (court/long, vente directe, magasins sp&#233;cialis&#233;s, GMS&#8230;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-33' id='nb5-33' class='spip_note' title='Notes 5-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] Dans les paragraphes qui suivent, nous reprenons, pour l'essentiel, une partie du travail de l'historien Peter Moser sur l'agriculture biologique. (Cf. Moser, P., Der Stand der Bauern, B&#228;uerliche Politik, Wirtschaft und Kultur gestern und heute, Ed. Huber, 1994.) V&#233;ronique Harbonnier a r&#233;alis&#233; la traduction pour nous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-34' id='nb5-34' class='spip_note' title='Notes 5-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] Le nom de la coop&#233;rative Anbau-und Verwertungsgenossenschaft est abr&#233;g&#233; en AVG dans la suite de notre texte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-35' id='nb5-35' class='spip_note' title='Notes 5-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] Walter F., Les Suisses et l'environnement, Une histoire du rapport &#224; la nature du 18&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; nos jours, Ed. Zo&#233;, 1990, 294 p., p. 152-154.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-36' id='nb5-36' class='spip_note' title='Notes 5-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] De Silguy C., L'agriculture biologique, Des techniques efficaces et non polluantes, Ed. Terre vivante et Patino, 1999 (1994), 186 p., p. 167 ; De Silguy C., L'agriculture biologique, PUF, 1998 (1991), 128 p., p.11.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-37' id='nb5-37' class='spip_note' title='Notes 5-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] Cf. Viel J.-M., L'agriculture biologique : une r&#233;ponse ? Ed. Entente, Paris, 1979, 93 p., p.58-59&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le rationalisme en question chez les fondateurs de l'agriculture biologique</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>Autre aspect de la critique romantique de la soci&#233;t&#233; moderne men&#233;e par les fondateurs de l'agrobiologie, la mise en question du rationalisme scientifique, constitue une attaque particuli&#232;rement profonde et difficile &#224; cerner. M&#234;me chez Sir Albert Howard, qui nous appara&#238;t, au bilan, avoir propos&#233; l'&#339;uvre dont les &#233;crits manifestent le moins ouvertement un m&#233;lange des genres, entre science agronomique, philosophie de la nature, histoire et philosophie de l'histoire, et politique de d&#233;veloppement &#224; base (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-L-agriculture-biologique-comme-critique-sociale-.html" rel="directory"&gt;L'agriculture biologique comme critique sociale&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Autre aspect de la critique romantique de la soci&#233;t&#233; moderne men&#233;e par les fondateurs de l'agrobiologie, la mise en question du rationalisme scientifique, constitue une attaque particuli&#232;rement profonde et difficile &#224; cerner. M&#234;me chez Sir Albert Howard, qui nous appara&#238;t, au bilan, avoir propos&#233; l'&#339;uvre dont les &#233;crits manifestent le moins ouvertement un m&#233;lange des genres, entre science agronomique, philosophie de la nature, histoire et philosophie de l'histoire, et politique de d&#233;veloppement &#224; base agrarienne, on doit souligner l'importance de la part id&#233;ologique et les revendications d'une connaissance de la v&#233;ritable &#171; Nature &#187;. Nous y reviendrons plus loin, notons simplement que la r&#233;f&#233;rence &#224; &#171; la Nature &#187; ne rel&#232;ve pas du discours scientifique, pas plus que ladite &#171; Loi du retour &#187; ou &#171; Roue de la vie &#187;, qu'il emprunte &#224; la culture orientale. D'autre part, le compostage en tas, pourtant au c&#339;ur de sa m&#233;thode, n'appara&#238;t gu&#232;re plus que comme une imitation bien grossi&#232;re des processus d'humification naturels, au contraire de ce que Howard consid&#233;rera toujours, y voyant une presque parfaite reproduction de la nature et de sa &#171; fameuse &#187; loi du retour de tous les d&#233;chets &#224; nature. A propos de Hans Peter Rusch, nous aurons encore tout loisir de prendre la mesure de la complexit&#233; de son approche, combinant volontairement une &#171; pens&#233;e de la vie &#187; et du &#171; Tout vivant &#187; avec des &#233;l&#233;ments emprunt&#233;s au savoir scientifique &#233;tabli, ou utilisant des proc&#233;dures scientifiques apparemment valides pour tester des &#233;chantillons de sol ou de compost. Le m&#233;decin de Herborn fera souvent r&#233;f&#233;rence aux th&#233;ories de Goethe sur la nature, d&#233;fendra le recours &#224; l'hom&#233;opathie, et ne saura pas bien se positionner par rapport &#224; la &#171; m&#233;taphysique &#187;, &#171; l'occultisme &#187; ou les &#171; tentatives faites [&#8230;] pour fonder l'agriculture et la m&#233;decine sur des bases mystiques et occultes &#187; [&lt;a href='#nb6-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 37-40 et 52-54.' id='nh6-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Concernant Masanobu Fukuoka, la lecture de son &#339;uvre d&#233;concerte l'occidental non averti : c'est que l'agriculteur et biologiste japonais pr&#233;tend faire reposer sa m&#233;thode de culture sur son exp&#233;rience spirituelle typiquement orientale, marqu&#233;e par le bouddhisme, mais aussi le tao&#239;sme et le shinto. Si l'on ajoute &#224; cela l'inspiration chr&#233;tienne, encore discr&#232;te chez Howard, mais omnipr&#233;sente chez Hans M&#252;ller, et, par-dessus tout, l'&#233;sot&#233;risme affirm&#233; de Rudolf Steiner [&lt;a href='#nb6-2' class='spip_note' rel='footnote' title='L'&#233;sot&#233;risme steinerien, comme la th&#233;sophie de Blavatsky, est aussi largement (...)' id='nh6-2'&gt;2&lt;/a&gt;], le lecteur comprendra sans doute la n&#233;cessit&#233; d'un effort d'approfondissement philosophique sur ce que sont les fondements de notre culture occidentale, mais aussi ceux de l'Orient, ainsi que sur les principes pr&#233;cis de ce que l'on appelle la scientificit&#233;, la m&#233;thode scientifique, pour qui veut parvenir &#224; une vision &#224; peu pr&#232;s claire des grandes lignes du travail propos&#233; par les fondateurs de l'agriculture biologique.
&lt;br /&gt;Dans cette section, nous traiterons la mise en question du rationalisme &#224; partir du cas de la bio-dynamie. Nous partons du principe de base que le parti pris de la raison est n&#233;cessaire &#224; l'intelligibilit&#233; du monde et des diff&#233;rents points de vue humains. Nous traiterons donc de la mise en question du rationalisme en la consid&#233;rant comme une d&#233;marche visant, m&#234;me inconsciemment, &#224; l'approfondir. Apr&#232;s une introduction, nous chercherons &#224; comprendre comment la doctrine anthroposophique, &#224; la base de sa d&#233;clinaison agricole, peut &#234;tre envisag&#233;e dans une critique rationnelle. La plupart des auteurs universitaires reconnaissent la difficult&#233; et l'apparence r&#233;tive de l'&#339;uvre de Steiner &#224; la raison [&lt;a href='#nb6-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. par exemple Ullrich H., Rudolf Steiner (1861-1925), in Perspectives, (...)' id='nh6-3'&gt;3&lt;/a&gt;]. En nous appuyant sur l'histoire de confrontations de ce genre, nous montrerons que l'id&#233;e d'une opposition claire entre science et para-science, ou science et occultisme, n'est pas suffisante pour rendre justice &#224; l'&#339;uvre steinerienne. Nous essayerons donc d'aller au-del&#224; de la seule perspective de la rationalit&#233; scientifique &#171; dure &#187; pour questionner l'histoire de la raison occidentale sur ce probl&#232;me. C'est &#224; ce niveau d'&#233;tude que l'on pourra le mieux se rendre compte, d'une part, des enjeux des d&#233;sirs de &#171; science occulte &#187;, et, d'autre part, de la proximit&#233; de la m&#233;thode scientifique d'avec les principes de la constitution d'une exp&#233;rience commune ou d'un monde partag&#233;, au sein de cat&#233;gories culturelles toujours forg&#233;es sur des images sp&#233;cifiques du rapport de l'homme au monde et &#224; lui-m&#234;me. Dans cette r&#233;flexion philosophique, nous confronterons ainsi la raison occidentale &#224; l'optimisme cosmologique qui la fonde, mais aussi au myst&#232;re qui la borde. Rappelant &#233;galement l'exigence logique universelle de &lt;em&gt;non contradiction&lt;/em&gt;, nous soul&#232;verons ensuite la dominante pessimiste de la perspective orientale sur le monde. Le cas de l'approche fukuokienne, travers&#233;e une derni&#232;re fois au &#167; 424, illustrera assez bien le diff&#233;rent Orient-Occident, ainsi que la pr&#233;sence universelle, mais discut&#233;e, du principe de non contradiction, qui permet de penser le dialogue de ces deux grandes sph&#232;res culturelles.
&lt;br /&gt;Au terme de ce parcours nous esp&#233;rerons avoir un peu clarifi&#233; les enjeux id&#233;ologiques et culturels fondamentaux qui traversent les origines de l'agriculture biologique. Entrons maintenant progressivement dans le monde anthroposophique, qui &#224; coup s&#251;r, ne laissera pas toutes les lectrices et tous les lecteurs assur&#233;(e)s dans leurs convictions quant aux questions ultimes de l'existence humaine.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Introduction &#224; l'agriculture bio-dynamique&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Comprendre l'agriculture bio-dynamique n&#233;cessite de saisir les fondements de l'anthroposophie. Pr&#233;tendre traiter de l'agriculture steinerienne en s'en tenant &#224; une approche toute ext&#233;rieure, en &#233;tudiant les r&#233;sultats aux champs obtenus par les agriculteurs adeptes, ou bien en d&#233;crivant les d&#233;bats et les techniques exp&#233;rimentales mises au point par les chercheurs agronomiques de cette mouvance, telles les &#171; cristallisations sensibles &#187; [&lt;a href='#nb6-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur les cristallisations sensibles, avec plusieurs photos, on pourra voir (...)' id='nh6-4'&gt;4&lt;/a&gt;], nous semble relever d'un engagement tout pragmatique, - au sens de la simple prise en compte de ce &#171; qui marche &#187; ou de ce qui se mesure - , parfaitement en porte &#224; faux avec la d&#233;marche et l'intention profonde de l'anthroposophie. Rudolf Steiner a toujours privil&#233;gi&#233; un cheminement int&#233;rieur, intellectuel et &#171; spirituel &#187;, pour &#233;tablir sa sagesse de l'homme &#8211; &#171; l'anthroposophie &#187; - et sa &#171; science spirituelle &#187;. Conform&#233;ment &#224; toute d&#233;marche &#233;sot&#233;ro-occulte, il faut partir d'une r&#233;flexion et d'une investigation sur une suppos&#233;e r&#233;alit&#233; cach&#233;e, occult&#233;e, pour d&#233;couvrir l'&#233;clairage et le fil conducteur qui donnera sens au monde mat&#233;riel, que la conscience ordinaire consid&#232;re comme le plus fiable. Encore une fois, r&#233;affirmons que, par rapport aux objets &#171; anthroposophie &#187; et &#171; bio-dynamie &#187;, l'ambition de traiter s&#233;par&#233;ment la question mat&#233;rielle et la question spirituelle nous semble passer &#224; c&#244;t&#233; du sujet.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La base &#233;sot&#233;rique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En s'appuyant d'ores et d&#233;j&#224; sur la citation de Pfeiffer ci-dessous, nous pouvons &#233;noncer le choix de notre ligne d'interpr&#233;tation. L'agriculture bio-dynamique est une combinaison entre, d'une part, une rationalisation de l'agriculture traditionnelle, &#224; l'instar de l'agriculture organique howardienne, et, d'autre part, une application sp&#233;cifique de l'&#233;sot&#233;risme anthroposophique &#224; l'agriculture, via, notamment, le recours &#224; des pr&#233;parations pour le moins myst&#233;rieuses [&lt;a href='#nb6-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Autant dans l'origine des recettes que dans la vision occulte du monde qui (...)' id='nh6-5'&gt;5&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; On savait autrefois pr&#233;parer un tas de compost beaucoup mieux que ne le font aujourd'hui bien des cultivateurs &#171; exp&#233;riment&#233;s &#187;. En Flandre, par exemple, il existait une association qui avait seule le droit de ramasser les d&#233;chets organiques de toute esp&#232;ce pendant le jour. Ces d&#233;chets &#233;taient et entass&#233;s en couches alternant avec des couches de terre. Le compost &#171; m&#251;r &#187; &#233;tait tr&#232;s appr&#233;ci&#233;. [&#8230;] Dans le sud du pays de Galles, on pratique encore en maints endroits le genre de pr&#233;paration que nous pr&#233;conisons : dispositions en couches altern&#233;es, emploi de la chaux vive, couverture de terre, etc. Il suffit l&#224;-bas d'y ajouter les pr&#233;parations pour parfaire le travail. Le &lt;em&gt;proc&#233;d&#233; Indore de Sir Albert Howard, qui s'est inspir&#233; de ce qui se fait dans les r&#233;gions tropicales et subtropicales, ressemble beaucoup au n&#244;tre, l'emploi des pr&#233;parations bio-dynamiques mis &#224; part&lt;/em&gt;, bien entendu. &#187; [&lt;a href='#nb6-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, Triades, Paris, 1975, 348 p., p. 122. (...)' id='nh6-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; un premier parcours dans le texte des conf&#233;rences que Steiner a consacr&#233; &#224; l'agriculture, suivie d'une comparaison de cette lecture avec une premi&#232;re analyse de deux d&#233;finitions contemporaines de la bio-dynamie, nous esp&#233;rons d&#233;montrer l'importance fondamentale de l'&#233;sot&#233;risme dans l'agriculture bio-dynamique. Tout lecteur attentif du &lt;em&gt;Cours aux agriculteurs&lt;/em&gt; en prend conscience, particuli&#232;rement en notant que les ouvrages de Steiner intitul&#233;s &lt;em&gt;Th&#233;osophie &lt;/em&gt;et &lt;em&gt;Science de l'Occulte&lt;/em&gt; &#233;taient pr&#233;sent&#233;s, par le ma&#238;tre lui-m&#234;me, comme des pr&#233;alables &#224; une compr&#233;hension juste de l'agriculture bio-dynamique : &#171; Rudolf Steiner conseilla &#224; ces agriculteurs et jardiniers, s'ils voulaient se placer dans les meilleures conditions pour comprendre les conf&#233;rences du cours aux agriculteurs, d'&#233;tudier au pr&#233;alable les deux ouvrages de base de la science spirituelle anthroposophique : &#171; Th&#233;osophie &#187; et &#171; Science de l'Occulte &#187; &#187; [&lt;a href='#nb6-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Comment aborder le travail d'apr&#232;s les directives donn&#233;es dans le cours aux (...)' id='nh6-7'&gt;7&lt;/a&gt;]. Nous suivrons plus loin le conseil de Steiner. Nous allons d&#233;couvrir auparavant un avant-go&#251;t de la teneur du &lt;em&gt;Cours aux agriculteurs&lt;/em&gt;, puis entamer un d&#233;tour historique et &#233;pist&#233;mologique important, afin d'essayer de d&#233;gager une &lt;em&gt;perspective rationnelle&lt;/em&gt; permettant de comprendre et critiquer l'&#339;uvre steinerienne.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La bio-dynamie dans &lt;em&gt;Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode Bio-dynamique&lt;/em&gt; : entre savoirs paysans perdus et nouvel &#226;ge cosmique ?&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En 1924 Rudolf Steiner a donn&#233; une s&#233;rie de huit conf&#233;rences tournant autour du th&#232;me de l'agriculture, mais il pr&#233;sentait sa d&#233;marche comme une dimension particuli&#232;re de l'anthroposophie : &#187;cet objectif particulier [qu'est l'agriculture] &#233;tait li&#233; &#224; des pr&#233;occupations ressortissant &#224; l'anthroposophie en g&#233;n&#233;ral &#187; [&lt;a href='#nb6-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode bio-dynamique, (...)' id='nh6-8'&gt;8&lt;/a&gt;] ; &#171; tout ce qui se dira ici ne doit avoir d'autre fondement que l'anthroposophie &#187; [&lt;a href='#nb6-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.., p. 34.' id='nh6-9'&gt;9&lt;/a&gt;] ; &#171; Le lecteur de ces publications priv&#233;es peut pleinement les consid&#233;rer comme une expression de l'Anthroposophie &#187; [&lt;a href='#nb6-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.., p. 10.' id='nh6-10'&gt;10&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Selon Rudolf Steiner, l'agriculture est en crise pour deux raisons li&#233;es &#224; l'&#233;mergence de la modernit&#233; : d'une part, l'usage d'engrais chimiques artificiels &#224; la place des fumures organiques, et, d'autre part, le remplacement d'une pratique agricole instinctive [&lt;a href='#nb6-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 25 et 27.' id='nh6-11'&gt;11&lt;/a&gt;] bas&#233;e sur une &#171; tradition h&#233;rit&#233;e de l'ancien temps &#187; [&lt;a href='#nb6-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 25.' id='nh6-12'&gt;12&lt;/a&gt;] par une pratique ayant recours &#171; &#224; la science &#187; [&lt;a href='#nb6-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 25.' id='nh6-13'&gt;13&lt;/a&gt;] moderne seulement &#171; mat&#233;rialiste &#187;.
&lt;br /&gt;Dans l'&lt;em&gt;Introduction&lt;/em&gt; &#224; ses conf&#233;rences aux agriculteurs, Rudolf Steiner situe ses vues sur l'agriculture &#224; l'int&#233;rieur du cadre g&#233;n&#233;ral de l'anthroposophie. Il rappelle &#233;galement que les consid&#233;rations de la d&#233;marche anthroposophique sont occultes : &#171; ce souffle &#233;sot&#233;rique qui maintenant parcourt toute la Soci&#233;t&#233; anthroposophique &#187; [&lt;a href='#nb6-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 18.' id='nh6-14'&gt;14&lt;/a&gt;]. Rudolf Steiner ne suit pas la chronologie historique conventionnelle qui d&#233;pend des cultures. Il d&#233;coupe l'histoire &lt;em&gt;&#224; l'&#233;chelle de l'humanit&#233;&lt;/em&gt;, et les longues &#233;poques de l'histoire de l'humanit&#233; seraient, en fait, des &lt;em&gt;p&#233;riodes cosmiques&lt;/em&gt;. Lorsque Rudolf Steiner vivait et &#233;crivait, l'humanit&#233; aurait &#233;t&#233; justement en train de traverser un changement d'&#233;poque cosmique : le &#171; Kali Yuga ou &#232;re de t&#233;n&#232;bres, qui a commenc&#233; en l'an 3101 avant J. C. [&#8230;] a pris fin en 1899 &#187; [&lt;a href='#nb6-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 336.' id='nh6-15'&gt;15&lt;/a&gt;]. Rudolf Steiner consid&#232;re &#233;galement qu'il y a eu des temps anciens o&#249; existaient une autre forme de rapport &lt;em&gt;n&#233;cessaire&lt;/em&gt; &#224; la nature, une autre forme de rapport n&#233;cessaire &#224; l'existence et &#224; la survie des humains et de la vie en g&#233;n&#233;ral. La conception de la nature de cette &#233;poque daterait, - pour sa formalisation ? -, d'Aristote et de son &#233;l&#232;ve Th&#233;ophraste. Cette approche s'appuierait sur &#171; la tradition des myst&#232;res &#187; et &#171; la clairvoyance instinctive &#187; [&lt;a href='#nb6-16' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., Postace &#224; Steiner, R., (1999), Agriculture, Fondements (...)' id='nh6-16'&gt;16&lt;/a&gt;], et elle se serait maintenue jusqu'&#224; la fin du moyen &#226;ge. C'est donc la modernit&#233; qui l'aurait fait dispara&#238;tre.
&lt;br /&gt;La crise de l'agriculture est aussi li&#233;e &#224; la perte d'une sagesse paysanne qualifi&#233;e de nombreux superlatifs. Elle serait notamment &#171; extraordinaire &#187; et &#171; infinie &#187;, &#171; l'esprit de la paysannerie &#187; serait plein de &#171; bon sens &#187; [&lt;a href='#nb6-17' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode bio-dynamique, (...)' id='nh6-17'&gt;17&lt;/a&gt;]. Mais, contrairement &#224; ce que l'on pourrait attendre &#224; la suite de cette interpr&#233;tation id&#233;ale, par exemple une d&#233;fense et une reprise d'appui sur les principes de cette sagesse paysanne dans les principes de l'agriculture selon Steiner, nous trouvons &#171; carr&#233;ment &#187; une invitation paradoxale &#224; une n&#233;cessaire r&#233;volution dans nos mani&#232;res de conna&#238;tre, voire m&#234;me, cela ne nous appara&#238;t pas clair, dans nos fa&#231;ons d'agir en g&#233;n&#233;ral. Tant&#244;t Steiner invite &#224; introduire un peu de sagesse paysanne dans la science agronomique dominante, chimique, car sa m&#233;thodologie &#171; a &#233;t&#233; frapp&#233;e de mort &#187; [&lt;a href='#nb6-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-18'&gt;18&lt;/a&gt;], tant&#244;t il s'agit de faire rupture avec l'h&#233;ritage paysan pass&#233; pour s'ouvrir &#224; une nouveaut&#233; n&#233;cessaire &#224; la survie de l'humanit&#233; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Nous sommes [&#8230;] &#224; la veille d'une importante transformation au sein de la nature. L'h&#233;ritage du pass&#233;, ce que nous avons toujours perp&#233;tu&#233;, aussi bien en fait de dispositions naturelles, de connaissances transmises de p&#232;re en fils et autres que les m&#233;dicaments qui sont parvenus jusqu'&#224; nous, tout cela perd son sens. Il nous faut acqu&#233;rir des connaissances nouvelles pour pouvoir p&#233;n&#233;trer tout le contexte des choses de la nature. L'humanit&#233; n'a que cette alternative : acqu&#233;rir dans les domaines les plus divers des connaissances nouvelles qu'elle empruntera au contexte de la nature tout entier, au contexte du cosmos, ou bien laisser d&#233;p&#233;rir, d&#233;g&#233;n&#233;rer la nature et la vie humaine tout ensemble. &#187; [&lt;a href='#nb6-19' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 74-75.' id='nh6-19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, Steiner avance que la disposition int&#233;rieure des personnes joue dans la qualit&#233; de l'agriculture produite. Il invite &#224; des &#171; m&#233;ditations &#187; et &#224; des &#171; exercices de concentration &#187; [&lt;a href='#nb6-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., pp. 14 5-146.' id='nh6-20'&gt;20&lt;/a&gt;] pour r&#233;aliser de mani&#232;re optimale les op&#233;rations culturales qu'il propose. Il rappelle en plusieurs passages que les &#171; almanachs paysans &#187; des ann&#233;es 1880 comportaient encore toute un &#171; savoir &#187; li&#233;s aux &#171; signes plan&#233;taires &#187; ; mais ils parlaient &#233;galement &#171; &#224; l'&#226;me et au c&#339;ur &#187; [&lt;a href='#nb6-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 148.' id='nh6-21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Pour Steiner, bien &#171; des dictons populaires contiennent une foule de sentences qui peuvent encore donner &#224; l'homme d'aujourd'hui des indications importantes. [&#8230;] [Cependant, il n'est ] plus possible aujourd'hui d'&#233;crire une philosophie du paysan comme celle-l&#224; ; &#224; notre &#233;poque, ces connaissances [sur les aspects les plus secrets de la nature] se sont presque enti&#232;rement perdues &#187; [&lt;a href='#nb6-22' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 146-147.' id='nh6-22'&gt;22&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;A lire cet ouvrage de Steiner, il est difficile de se d&#233;gager de l'impression d'une oscillation permanente entre, d'un c&#244;t&#233;, l'apologie de la civilisation paysanne pr&#233;-moderne et, de l'autre, l'invitation &#224; son d&#233;passement par un &#171; savoir &#187; et une pratique agricole nouvelle, concernant l'humain et la nature tout ensemble, une d&#233;marche visant &#224; porter les hommes contemporains de Steiner &#224; la hauteur de l'&#226;ge cosmique nouveau qui commencerait. Les &#233;chelles de temps semblent m&#233;lang&#233;es. De m&#234;me, les notations relevant d'une analyse de l'histoire, qui pourrait passer pour plut&#244;t &#171; objective &#187;, semblent servir de tremplin, ou de structure discursive &#171; s&#233;rieuse &#187; ou rassurante, pour permettre et l&#233;gitimer une invitation &#224; une vision et une pratique du monde pour le moins partiellement &#233;trange. De plus, Rudolf Steiner ne nous dit jamais, dans cette ouvrage au moins, comment il a obtenu ces &#171; savoirs &#187; [&lt;a href='#nb6-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans ce livre sur l'agriculture, Steiner semble savoir une foule de choses (...)' id='nh6-23'&gt;23&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Des d&#233;finitions compliqu&#233;es et intrigantes.&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Si l'on compare maintenant les premiers propos de Steiner sur la bio-dynamie avec des d&#233;finitions plus r&#233;centes, nous allons nous rendre compte que la compr&#233;hension de cette m&#233;thode ne semble pas plus ais&#233;e aujourd'hui qu'il y a plus de soixante quinze ans.
&lt;br /&gt;La d&#233;finition de la &#171; bio-dynamie &#187; se &#171; r&#233;f&#232;re &#224; la fois &#224; la vie et &#224; ses lois intrins&#232;ques (&lt;em&gt;bio&lt;/em&gt;) et aux forces qui les maintiennent (&lt;em&gt;dynamie&lt;/em&gt;). Elle se base sur la reconnaissance de ph&#233;nom&#232;nes ou d'&#233;l&#233;ments qui ne sont pas accessibles aux sens (&#171; suprasensibles &#187;) et qui existent en plus des &#233;l&#233;ments quantifiables ou mesurables par la science. Ainsi, la mati&#232;re devient le support physique de forces suprasensibles appel&#233;es &#171; forces &#233;th&#233;riques formatrices &#187; (relatives aux espaces c&#233;lestes). L'agriculteur doit donc capter ces forces et les utiliser pour planifier ses cultures. Par exemple, un calendrier plan&#233;taire permet d'effectuer les travaux agricoles au moment le plus opportun pour capter les effets b&#233;n&#233;fiques li&#233;s &#224; la position des astres. &#187; [&lt;a href='#nb6-24' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. http://www.fse.ulaval.ca/dpt/morale&#8230;' id='nh6-24'&gt;24&lt;/a&gt;]
&lt;br /&gt;Dans cette d&#233;finition, nous voyons plus de questions que de r&#233;ponses. Il nous semble assez ais&#233; de constater l'incertitude sur la nature des &#171; forces &#233;th&#233;riques formatrices &#187; : sont-elles suprasensibles, inaccessibles &#224; nos sens, ou bien sont-elles &#171; relatives aux espaces c&#233;lestes &#187;, lesquels, jusqu'&#224; preuve du contraire, sont tout aussi mat&#233;riels que nos corps et que notre plan&#232;te ? Veut-on dire que nous ne pouvons pas envisager ces forces par nos sens (vue, ouie, odorat, toucher&#8230;) mais que nous pourrions les constater voire les mesurer en nous aidant d'instruments de mesure scientifique ? Dans ce cas l&#224;, suprasensible voudrait simplement dire inaccessible &#224; l'homme &#171; nu &#187;. Il ne semble pas que cette interpr&#233;tation soit la bonne, puisque lesdites forces &#171; existent en plus des &#233;l&#233;ments quantifiables ou mesurables par la science &#187;. En conclusion, cette d&#233;finition ne nous permet pas de nous prononcer sur la nature des forces qui sont cens&#233;es maintenir les &#171; lois intrins&#232;ques &#187; de la vie.
&lt;br /&gt;Cette incertitude peut para&#238;tre probl&#233;matique. En effet, par quel &lt;em&gt;moyen&lt;/em&gt; l'agriculteur va-t-il &#171; capter ces forces et les utiliser pour planifier ses cultures &#187; s'il ne sait pas s'il s'agit de forces mat&#233;rielles ou immat&#233;rielles ? En admettant qu'il y parvienne, ou pense y parvenir, en attribuant, par exemple, une &#233;volution &#171; X &#187; de ses cultures, qu'il aura recherch&#233;, &#224; la d&#233;marche et/ou au moyen bio-dynamique qu'il aura employ&#233;, &lt;em&gt;comment pourra-t-il progresser dans son travail s'il ne comprend pas v&#233;ritablement ce qu'il fait&lt;/em&gt; ? Devra-t-il demeurer dans l'attente des conseillers et experts en bio-dynamie ? Devra-t-il se contenter d'un empirisme t&#226;tonnant du type &#171; ceci marche ici et pas l&#224; &#187; ou &#171; parfois &#187; ? Peut-on parler de rationalit&#233;, de logique, et &lt;em&gt;a fortiori de science&lt;/em&gt; lorsque les pratiques ne semblent pas th&#233;oris&#233;es ni susceptibles de l'&#234;tre ?
&lt;br /&gt;L'approche de Jean-Michel Florin [&lt;a href='#nb6-25' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean-Michel Florin est animateur du Mouvement de Culture Bio-Dynamique en (...)' id='nh6-25'&gt;25&lt;/a&gt;], &#233;voqu&#233;e ci-dessous, comporte des remarques d'acc&#232;s assez facile sur les interactions et les diff&#233;rences entre la nature sauvage et l'agriculture. Nous pouvons sans doute les comprendre sur le plan strictement physique. Mais elle comprend aussi des indications plus &#233;nigmatiques sur des niveaux de la r&#233;alit&#233; qui seraient suprasensibles (&#171; subtils &#187;) et qui auraient un r&#244;le important de &#171; catalyseurs de forces &#187; pour les cultures :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; En agriculture bio-dynamique, je pr&#233;f&#232;re employer le terme de &#171; ferme &#187; plut&#244;t que celui d' &#187;exploitation &#187;. Le terme de &#171; ferme &#187; renvoie plus &#224; l'id&#233;e de faire un organisme agricole, de telle sorte qu'il y est &#233;quilibre, comme chez un organisme vivant. Il y a le sol min&#233;ral, le v&#233;g&#233;tal, et &#233;galement &lt;em&gt;des niveaux plus subtils&lt;/em&gt;. Ces niveaux jouent le r&#244;le de &#171; catalyseurs subtils de forces &#187;. Au sein d'une ferme bio-dynamique on pourra int&#233;grer des plantes sauvages pour les interactions qu'elles auront avec les plantes cultiv&#233;es. On pourra &#233;galement int&#233;grer des &#171; pr&#233;parats &#187; [&lt;a href='#nb6-26' class='spip_note' rel='footnote' title='Le mot &#171; pr&#233;parat &#187; n'est pas un mot du dictionnaire courant. Est-il sp&#233;cifique (...)' id='nh6-26'&gt;26&lt;/a&gt;] (ferment&#233;s par exemple) pour &#171; r&#233;-apporter &#187; &#224; la terre. &lt;em&gt;Le but &#233;tant de former le plus de liens possible dans la ferme&lt;/em&gt;. Il s'agit de &#171; copier &#187; plus ou moins un &#233;cosyst&#232;me naturel. Mais la d&#233;marche va plus au-del&#224;, puisqu'il s'agit d'animaux domestiqu&#233;s, avec qui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233; des liens depuis 10000 ans, et que nous demandons &#224; ces animaux de produire beaucoup plus que leurs &#171; cousins &#187; sauvages. Dans le Cahier des charges bio-dynamique, il est stipul&#233; que l'apport d'intrants ext&#233;rieurs pour l'alimentation de la ferme ne doit pas exc&#233;der 20 % (sauf d&#233;rogation, en cas de s&#233;cheresse par exemple). Ce n'est pas seulement pour une raison d'&#233;conomie de transport, mais aussi pour une raison plus &lt;em&gt;subtile&lt;/em&gt; : &lt;em&gt;les plantes d'ici sont soumises &#224; des influences sp&#233;cifiques comme les animaux qui mangent ici. En cons&#233;quence, les animaux seraient beaucoup mieux nourris en mangeant l&#224; o&#249; ils croissent, ils cumuleraient ainsi toujours plus de qualit&#233;s subtiles&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb6-27' class='spip_note' rel='footnote' title='L'&#234;tre humain serait tout &#224; fait diff&#233;rent, car il a une libert&#233;. Apr&#232;s cet (...)' id='nh6-27'&gt;27&lt;/a&gt;]. Au fur et &#224; mesure que l'on fait cela, la sant&#233; s'am&#233;liore, il y a mise en place de synergies positives. On renforce cet &#171; agrosyst&#232;me &#187;, o&#249; l'on demande sur place des rendements sup&#233;rieurs &#224; l'&#233;tat sauvage, avec les diff&#233;rents &#171; pr&#233;parats &#187;, issus des diff&#233;rents r&#232;gnes, min&#233;ral, v&#233;g&#233;tal, animal. Les &#171; pr&#233;parats &#187; [&#224; employer] &#233;voluent avec l'&#233;quilibre dynamique de la ferme. Il s'agit d'une &#233;volution dynamique. &lt;em&gt;Il n'y a pas de r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, chaque paysan doit trouver la r&#232;gle de sa ferme. &#187;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb6-28' class='spip_note' rel='footnote' title='Florin J.-M., Entretien avec l'auteur, Octobre 2001, op. cit.' id='nh6-28'&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces deux exemples de d&#233;finitions ne nous donne pas un principe directeur pour l'agriculture. C'est peut-&#234;tre parce que la bio-dynamie peut sembler tellement compliqu&#233;e et ouverte (&#171; &#233;volutive &#187;), par certains c&#244;t&#233;s, que la n&#233;cessit&#233; s'est toujours fait sentir de produire de nombreux ouvrages de vulgarisation et &#171; d'application pratique &#187;, &#224; destination des agriculteurs praticiens. Dans un de ces ouvrages, le sommaire indique un ensemble de recettes pour r&#233;aliser des pr&#233;parations, pour les &#171; dynamiser &#187;, pour faire du compost, pour d&#233;terminer des dates de semis&#8230; Il n'y a pas de r&#233;f&#233;rences au substrat th&#233;orique qui justifierait ces m&#233;thodes. On ne voit pas comment ces recettes s'ins&#233;reraient dans une approche globale et coh&#233;rente de l'agriculture. Existe-t-il, d'ailleurs, une telle th&#233;orie aux origines de la bio-dynamie ? Si l'on entend par &#171; th&#233;orie &#187; un ensemble de faits et d'hypoth&#232;ses rationnellement organis&#233;s pour donner une interpr&#233;tation d'un fait ou d'une situation [&lt;a href='#nb6-29' class='spip_note' rel='footnote' title='D'apr&#232;s le sens que le mot &#171; th&#233;orie &#187; a en science (Cf. Le Robert).' id='nh6-29'&gt;29&lt;/a&gt;], alors, force est de constater, que ni le livre &lt;em&gt;Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode Bio-dynamique,&lt;/em&gt;, ni &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; de&lt;/em&gt; la &lt;em&gt;terre&lt;/em&gt;, ne pr&#233;sente une telle approche globale et organis&#233;e de l'agriculture. La m&#233;thode bio-dynamique insisterait plut&#244;t sur les particularit&#233;s de chaque ferme, de chaque lieu, de chaque moment de la saison. Si cette hypoth&#232;se se v&#233;rifiait, elle serait, sur ce point, &#224; l'oppos&#233; de l'agronomie moderne, laquelle voudrait d&#233;terminer des standards de culture passe-partout, d&#233;connect&#233;s des originalit&#233;s des terroirs [&lt;a href='#nb6-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. l'article &#171; Agronomie &#187; de l'Encyclop&#233;dia Universalis.' id='nh6-30'&gt;30&lt;/a&gt;]. La biodynamie, quant &#224; elle, se concentrerait sur l'individualisation de chaque ferme dans son milieu pour esp&#233;rer obtenir l'agriculture de la meilleure &#171; qualit&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien qu'il semble difficile d'approfondir l'&#233;tude de cette base &#233;sot&#233;rique sans s'appuyer sur une approche g&#233;n&#233;rale qui la remettrait en perspective, &#224; moins de s'inscrire dans un commentaire plus ou moins partisan, il faut n&#233;anmoins d'ores et d&#233;j&#224; ouvrir notre analyse sur les d&#233;marches qui ont &#233;t&#233; entreprises, d&#232;s l'origine, pour essayer de valider les &#171; performances &#187; et l'efficacit&#233; de la bio-dynamie selon des crit&#232;res propres &#224; la &#171; science officielle &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le souci anthroposophique de l'exp&#233;rimentation scientifique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;On entend souvent dire que l'agriculture bio-dynamique commence avec un cycle de conf&#233;rences consacr&#233;es &#224; l'agriculture que donne Rudolf Steiner, peu avant sa mort, en 1924, en Sil&#233;sie. On dit m&#234;me, parfois, que Steiner &#233;tait plut&#244;t un intellectuel et qu'il n'avait aucun go&#251;t particulier pour l'agriculture : il aurait donn&#233; ces conf&#233;rences suite &#224; l'insistance d'un groupe d'agriculteurs et de propri&#233;taires fonciers. Bien qu'il soit difficile, encore &#224; ce jour, de faire toute la lumi&#232;re sur les motivations de Steiner pour l'agriculture, il faut certainement tenir compte des faits suivants, relat&#233;s par les archivistes du centre pour la bio-dynamie de Stuttgart. Ce centre compte plus de 10.000 documents et a aujourd'hui un site Internet. Actuellement, les archivistes font un travail de tri pour d&#233;gager ce qui leur semble le plus int&#233;ressant [&lt;a href='#nb6-31' class='spip_note' rel='footnote' title='Que des personnes qui d&#233;fendent la bio-dynamie se chargent, pour le public, (...)' id='nh6-31'&gt;31&lt;/a&gt;]. Ce travail sur les archives fait appara&#238;tre que Rudolf Steiner avait, &#224; partir de 1923, initi&#233; des exp&#233;rimentations destin&#233;es &#224; tester ce qui est devenu ensuite les pr&#233;parations bio-dynamiques (&#171; Biologisch-dynamischen Pr&#228;parate &#187;). Ce travail d'exp&#233;rimentation continuera apr&#232;s la mort de Steiner, au sein d'un r&#233;seau d'agriculteurs-exp&#233;rimentateurs, autour d'Ehrenfried Pfeiffer. Ce qu'il nous semble important de retenir, ici, pour essayer de reconstituer au plus juste la probl&#233;matique premi&#232;re de l'agriculture selon Steiner, c'est la double orientation de la d&#233;marche : d'une part, le travail philosophique et &#233;sot&#233;rique, de l'autre, un souci de mise au point et de v&#233;rification empirique de pr&#233;parations &#224; vocation directement agricole. Nous allons revenir sur la &#171; volont&#233; de faire science &#187; de Steiner et de ses suiveurs, tel Pfeiffer, dans la bio-dynamie (&#167;2415), puis, un peu plus loin, sur un point d'attitude commune &#224; la d&#233;marche scientifique et &#224; l'anthroposophie, &#224; savoir l'ouverture au possible (&#167; 242132). Mais il ne s'agira pas pour autant de confondre la &#171; connaissance &#187; occulte et la connaissance objective vis&#233;e par la science. Le travail historique et &#233;pist&#233;mologique, que nous allons alors proposer, vise &#224; montrer la complexit&#233; et les enjeux de la d&#233;finition progressive de la science, &#224; travers plusieurs d&#233;bats et controverses o&#249; l'identit&#233; des sciences exp&#233;rimentales, et plus tard des sciences humaines, s'est pr&#233;cis&#233; face &#224; des th&#233;ories et &#171; faits &#187; occultes. Ces probl&#232;mes nous m&#233;nerons aussi &#224; questionner la rationalit&#233; en tant que telle, dans sa gen&#232;se historique et ses principes. Dans ces paragraphes, nous revenons aussi sur le diff&#233;rent culturel Orient-Occident. Ces rep&#232;res nous aideront &#224; comprendre la naissance et la nature l'anthroposophie et de l'agriculture biodynamique (&#167;243), ainsi que, par ailleurs, &#224; resituer l'&#339;uvre de Masanobu Fukuoka et les influences orientales que l'on rencontre chez Steiner et chez Howard.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'exp&#233;rimentation dans la recherche bio-dynamique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le travail de Rudolf Steiner dans le domaine agronomique ne repose pas uniquement sur ses recherches philosophiques et &#233;sot&#233;riques. Titulaire de divers dipl&#244;mes scientifiques, auteur d'une th&#232;se de Doctorat sur &#171; &lt;em&gt;V&#233;rit&#233; et science&lt;/em&gt; &#187;, il s'effor&#231;a de prouver ses th&#233;ories, ou tout du moins, de leur donner une allure scientifique, en recourant express&#233;ment &#224; l'exp&#233;rimentation physique. Cet effort vers la scientificit&#233; sera poursuivi autour du biologiste Ehrenfried Pfeiffer.
&lt;br /&gt;D&#232;s 1923, voire d&#232;s 1922 [&lt;a href='#nb6-32' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon Pfeiffer, les premi&#232;res &#171; instructions &#187; de Steiner concernant &#171; la vie (...)' id='nh6-32'&gt;32&lt;/a&gt;], Rudolf Steiner essaie de mettre au point des protocoles exp&#233;rimentaux pour v&#233;rifier l'efficacit&#233; suppos&#233;e de certaines pr&#233;parations pour pr&#233;venir ou gu&#233;rir certains ph&#233;nom&#232;nes pathologiques dans les cultures. Apr&#232;s sa mort, ces exp&#233;riences se poursuivent et sont conduites par un &#171; cercle d'exp&#233;rimentation d'agriculteurs anthroposophes &#187;. Une correspondance importante s'&#233;tablit entre les participants. Puis cette correspondance sera relay&#233;e par une &#171; Lettre &#187;, elle-m&#234;me &#233;toff&#233;e et remplac&#233;e, &#224; partir de 1927, par un v&#233;ritable p&#233;riodique. Cette revue s'intitulait &#171; &lt;em&gt;Biologisch-Dynamischen Wirtschaftsweise in Mitteleuropa&lt;/em&gt; &#187;, elle fut anim&#233;e par le chercheur Ehrenfried Pfeiffer, l'homme &#224; qui Rudolf Steiner avait confi&#233; la t&#226;che de poursuivre ses travaux en biodynamie. Ehrenfried Pfeiffer, biologiste, fait &lt;em&gt;Docteur honoris causa&lt;/em&gt; de l'Universit&#233; de Philadelphie, est l'auteur de &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; de la terre&lt;/em&gt;. Avec ses travaux et cette publication, il est le premier grand propagateur de la biodynamie. Ce souci de l'exp&#233;rimentation traduit l'alliance que a voulu r&#233;aliser Steiner entre sa pens&#233;e et la d&#233;marche scientifique dans le domaine agricole. La traduction concr&#232;te et sociale de ce souci d'exp&#233;rimentation pris une forme courante &#224; l'&#233;poque. En effet, les r&#233;seaux d'agriculteurs/exp&#233;rimentateurs &#233;taient une pratique tr&#232;s fr&#233;quente de production/circulation/validation de connaissances par les stations agronomiques allemandes. Dans cette lumi&#232;re, on per&#231;oit finalement combien les pionniers de l'agriculture bio-dynamique empruntent aux concepts et dispositifs de production de savoir des sciences agronomiques germaniques de l'&#233;poque [&lt;a href='#nb6-33' class='spip_note' rel='footnote' title='De plus, nous n'avons pas pu, au cours de nos recherches, valider ou (...)' id='nh6-33'&gt;33&lt;/a&gt;]. Ehrenfried Pfeiffer, dans le chapitre IV de la &lt;em&gt;F&#233;condit&#233; de la terre&lt;/em&gt;, consacr&#233; au &#171; Processus biologiques dans les composts &#187;, montre &#233;galement ce souci de travailler en articulant la pens&#233;e de Steiner et les d&#233;marches et outils de la science exp&#233;rimentale moderne :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Dans ce chapitre, nous n'exposerons que des points de vue r&#233;sultant de la pens&#233;e bio-dynamique. [&#8230;] Beaucoup des faits que nous allons exposer ont &#233;t&#233; ensuite repris par les &lt;em&gt;agronomes officiels&lt;/em&gt;, et publi&#233;s. L'auteur tient &#224; t&#233;moigner de son estime pour ces chercheurs. Son travail, &#224; lui, se basa sur les expos&#233;s de Rudolf Steiner. Mais il a tr&#232;s souvent recours aux &lt;em&gt;m&#233;thodes et &#224; l'appareillage des biochimistes et des biologistes&lt;/em&gt;. &#187; [&lt;a href='#nb6-34' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer, La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 87. Je souligne.' id='nh6-34'&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, Pfeiffer semble avoir parfaitement conscience que les agriculteurs/chercheurs anthroposophes ou bio-dynamistes travaillent dans une marginalit&#233; certaine, car la perspective steinerienne ne peut pas &#234;tre admise facilement :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Il est dans la nature des choses que l'aspect biologique de ce mouvement soit plus facile &#224; exposer et &#224; faire admettre que l'aspect dynamique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'agriculture bio-dynamique pr&#233;sente deux aspects qui ne se situent pas, selon l'id&#233;ologie dualiste moderne, sur le m&#234;me plan de r&#233;alit&#233;. Pfeiffer consid&#232;re que l'aspect &lt;em&gt;biologique&lt;/em&gt;, mat&#233;riel, sensible, des vues et propositions des recherches &lt;em&gt;bio&lt;/em&gt;dynamiques peut &#234;tre compris et admis par les &#171; agronomes officiels &#187; (sic). Mais il est conscient que l'aspect &lt;em&gt;dynamique&lt;/em&gt;, qui rel&#232;ve d'un hypoth&#233;tique autre plan de r&#233;alit&#233;, lequel serait &#171; suprasensible &#187;, m&#233;taphysique, immat&#233;riel, est plus difficile &#224; exposer et &#224; faire admettre par les scientifiques courants, car ces chercheurs ont &#233;t&#233; form&#233;s et travaillent dans le cadre d'une id&#233;ologie mat&#233;rialiste et dualiste. Cependant, Pfeiffer pense, &#224; la diff&#233;rence des scientifiques mat&#233;rialistes, et &#224; la suite de Rudolf Steiner, qu'une connaissance scientifique du plan suprasensible est possible gr&#226;ce &#224; une prolongation des m&#233;thodes exp&#233;rimentales de la science moderne dans cette direction.
&lt;br /&gt;Ainsi, l'ouvrage de Pfeiffer est d'une lecture beaucoup plus ais&#233;e que celle des conf&#233;rences du &lt;em&gt;Cours aux agriculteurs&lt;/em&gt; de Steiner. Il y fait, somme toute, peu de r&#233;f&#233;rences directes aux vues &#233;sot&#233;riques de Steiner. En revanche, les traits d'une approche mat&#233;rialiste de l'agriculture et du monde paysan y sont nombreux. De plus, Pfeiffer, qui d&#233;clare qu'il a dirig&#233; un laboratoire de microbiologie des sols, donne d'assez nombreux tableaux de chiffres qui tendraient &#224; prouver, si les conditions de l'exp&#233;rience sont v&#233;rifiables, que la m&#233;thode bio-dynamique donnent des r&#233;sultats sup&#233;rieurs &#224; l'agrochimie, dans des conditions d'&#233;levage ou de culture comparables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, il ne faudrait pas basculer dans la tendance &#224; minimiser le r&#244;le de l'&#233;sot&#233;risme dans la d&#233;marche. Bien que certains puissent vouloir pr&#233;senter, voire pratiquer la bio-dynamie sur le strict plan agronomique (physique), on se rend assez vite compte qu'une telle entreprise est partiale, sinon impossible. De l'aveu m&#234;me d'un de ses ardents propagateurs en France [&lt;a href='#nb6-35' class='spip_note' rel='footnote' title='Je fais r&#233;f&#233;rence ici &#224; Xavier Florin (Entretien avec l'auteur, op. (...)' id='nh6-35'&gt;35&lt;/a&gt;], il n'est gu&#232;re possible d'envisager la pratique de l'agriculture bio-dynamique de fa&#231;on s&#233;rieuse sans entrer dans l'&#233;tude de l'anthroposophie. De m&#234;me, un ouvrage paru r&#233;cemment en France, sur les conditions de &lt;em&gt;La naissance de l'agriculture bio-dynamique [&lt;a href='#nb6-36' class='spip_note' rel='footnote' title='Keyserlingk A., La naissance de l'agriculture bio-dynamique, Traduit de (...)' id='nh6-36'&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;, r&#233;dig&#233; par Aldabert Grag von Keyserlingk, un participant du &lt;em&gt;Landwirtschaftlicher Kursus&lt;/em&gt;, atteste amplement que l'on y a caus&#233; exclusivement &#233;sot&#233;risme. Ceci peut-il faire comprendre que Paul Ari&#232;s, par exemple, pr&#233;f&#232;re nommer cette agriculture &#171; l'agriculture anthroposophique &#187; [&lt;a href='#nb6-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Ari&#232;s P., Anthroposophie : enqu&#234;te sur un pouvoir occulte, Golias, op. cit., (...)' id='nh6-37'&gt;37&lt;/a&gt;], plut&#244;t que l'agriculture bio-dynamique ? Ne serait-ce pas plus parlant pour le grand public ? Cette appellation, &lt;em&gt;en insistant plus sur les diff&#233;rences que sur les proximit&#233;s de ce courant d'agriculture avec les autres courants d'agriculture biologique&lt;/em&gt;, lesquels ne se revendiquent pas de l'&#233;sot&#233;risme, ferait-elle du tort &#224; l'agriculture de Rudolf Steiner ? Sym&#233;triquement, tenter de marquer nettement l'originalit&#233; d'une telle agriculture occulte, ne serait-ce pas contribuer &#224; lever un peu plus le voile de suspicion qui p&#232;se encore aujourd'hui sur les agriculteurs biologiques en g&#233;n&#233;ral ? Quoi qu'il en soit, la possibilit&#233; m&#234;me d'une compr&#233;hension rationnelle des origines, du contenu, et des objectifs de l'agriculture steinerienne, relevait pour nous, au d&#233;but de ce travail, d'une v&#233;ritable gageure. Interloqu&#233;, comme bien d'autres, devant les &#233;crits anthroposophiques, nous ne savions v&#233;ritablement pas comment aborder le sujet. En m&#234;me temps, devant le sentiment profond d'un d&#233;ficit de rationalit&#233;, nous ne voulions pas livrer au lecteur une simple description des id&#233;es steineriennes. L'analyse scientifique exige un effort d'interpr&#233;tation, la justification d'un point de vue explicatif, en sus d'une description aussi fid&#232;le que possible de l'objet de recherche. Apr&#232;s une p&#233;riode d'h&#233;sitation sur cet aspect des origines de l'agriculture biologique, la contribution de Dominique Bourg et la d&#233;couverte du parcours et des travaux de Joseph-Marie Verlinde se sont r&#233;v&#233;l&#233;es d&#233;cisives pour orienter nos investigations et notre r&#233;flexion. La piste qui s'est alors propos&#233;e &#224; nous consistait, d'un c&#244;t&#233;, &#224; engager une recherche historique pour voir si et comment s'&#233;taient d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233;s de tels conflits entre la rationalit&#233; scientifique et des &#171; sciences &#187; d&#233;finies par leurs producteurs eux-m&#234;mes comme &#171; sciences occultes &#187;. Parall&#232;lement, afin de ne pas travailler en faisant comme si le rationalisme &#233;tait une valeur &#233;vidente, il fallait s'efforcer de contribuer au d&#233;bat qui tente de mettre au clair les enjeux et les limites du savoir rationnel. La section qui vient maintenant (&#167;242) rapporte les recherches que nous avons men&#233;es dans cette perspective. Cette longue pr&#233;paration nous permet ensuite de comprendre &lt;em&gt;comparativement&lt;/em&gt; les &lt;em&gt;fondements pseudo-scientifiques de l'anthroposophie&lt;/em&gt;, mais aussi les &lt;em&gt;d&#233;licates questions rationnelles et spirituelles qu'elle pose&lt;/em&gt;, &#224; l'instar d'autres &#171; faits occultes &#187; rapport&#233;s par les chercheurs, &#224; nos conceptions contemporaines de la connaissance valable (&#167;243).&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Dans quelle mesure l'&#233;tude rationnelle critique de l'&#339;uvre &#233;sot&#233;rique de Rudolf Steiner est-elle possible ?&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;L'occultisme en tant que tel propose des textes, des doctrines, ainsi que des recettes ou rituels qui semblent r&#233;sister, habituellement et en apparence, &#224; l'analyse rationnelle, ainsi que d&#233;fier les principes de base, g&#233;n&#233;ralement admis et inconscients, qui structurent universellement le jugement humain. Mais l'occultisme, outre sa longue histoire, est toujours pr&#233;sent dans notre culture occidentale du d&#233;but du XXI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, pourtant r&#233;put&#233;e largement soumise &#224; la norme de l'expertise scientifique. Par exemple, on peut s'&#233;tonner que quelques universitaires et scientifiques adh&#232;rent peu ou prou &#224; l'anthroposophie, m&#234;me s'ils n'en font pas publicit&#233;. En soi, une telle pr&#233;sence historique et contemporaine constitue un motif suffisant pour que l'on tente une analyse rationnelle des mouvements et doctrines occultistes. Cependant ce n'est pas cela qui nous a motiv&#233; &#224; engager un effort pour essayer de voir s'il y avait un au-del&#224; de l'irrationalit&#233; apparente dans l'&#233;sot&#233;ro-occultisme. Notre motivation premi&#232;re a r&#233;sid&#233; dans le raisonnement suivant : si d'assez nombreux agriculteurs biologiques affirment &lt;em&gt;une efficacit&#233; des m&#233;thodes biodynamiques, alors qu'ils confrontent ces proc&#233;d&#233;s &#224; l'&#233;preuve du terrain&lt;/em&gt; (leurs champs), tandis qu'une bonne proportion d'entre eux n'en connaissent gu&#232;re les fondements ni n'adh&#232;rent officiellement aux organisations de l'agriculture anthroposophique, comment ne pas prendre ces dires au s&#233;rieux, au moins &#224; titre d'hypoth&#232;ses ? De plus, nous avions constat&#233;, au cours d'entretiens et de lectures pr&#233;paratoires &#224; ce travail, que ce soit au contact de chercheurs de l'INRA , ou dans certaines publications issues de maisons d'&#233;dition rattach&#233;es &#224; l'enseignement public agricole, qu'une ouverture se dessinait aujourd'hui en France, en vue de tester, dans un cadre &#171; officiel &#187;, certaines m&#233;thodes &#171; qualitative &#187; d'&#233;valuation des produits agricoles, au premier rang desquelles apparaissait la m&#233;thode anthroposophique dite des &#171; cristallisations sensibles &#187;. D&#232;s lors, plut&#244;t que de postuler que les agriculteurs convaincus de l'efficacit&#233; biodynamique s'illusionnaient, il nous fallait partir de l'hypoth&#232;se inverse, selon laquelle il y avait au moins une part de v&#233;rit&#233; dans ce qu'ils pr&#233;tendaient constater. Etant entendu que l'agriculture biodynamique, comme toute l'anthroposophie, &#233;tait rattach&#233;e, par son inventeur, &#224; la &#171; tradition &#187; occultiste occidentale, il aurait pu para&#238;tre logique, en proc&#233;dant du g&#233;n&#233;ral au particulier, de commencer par ramener &#224; la lumi&#232;re les principaux traits communs des divers occultismes. Mais, non seulement de tels travaux g&#233;n&#233;ralistes existent d&#233;j&#224; [&lt;a href='#nb6-38' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir par exemple les travaux d'Antoine Faivre, ceux du P&#232;re Verlinde, ou ceux (...)' id='nh6-38'&gt;38&lt;/a&gt;], mais encore ils ne r&#233;pondent pas ostensiblement &#224; la question qui nous pr&#233;occupait : d&#233;terminer ce qui est &#233;ventuellement accessible &#224; la raison en g&#233;n&#233;ral, et &#224; la raison exp&#233;rimentale en particulier, dans l'&#233;sot&#233;risme.
&lt;br /&gt;C'est pourquoi, en un premier temps (&#167;2421), privil&#233;giant la perspective &#233;pist&#233;mologique et partant de l'hypoth&#232;se qu'il y a autre chose, dans l'&#233;sot&#233;ro-occultisme, que de l'imaginaire, de la manipulation des adeptes, ou bien des illusions chez les praticiens et spectateurs [&lt;a href='#nb6-39' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme dans les spectacles de prestidigitation classique, o&#249; tout peut (...)' id='nh6-39'&gt;39&lt;/a&gt;], nous nous sommes attel&#233;s &#224; &#233;tudier quelques-uns des travaux scientifiques qui se sont pench&#233;s sur l'&#233;sot&#233;risme, dans son histoire moderne, afin de d&#233;couvrir ce qui r&#233;siste, quelles sont les r&#233;alit&#233;s vis&#233;es et/ou mises en &#339;uvre, derri&#232;re d'ind&#233;niables tendances irrationnelles et inqui&#233;tantes. Nous allons ainsi, &#224; partir d'exemples, consacrer plusieurs d&#233;veloppements &#224; un survol de la confrontation entre &#233;sot&#233;risme et science, sur une p&#233;riode courant du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; la mort de Steiner. Cependant, auparavant, afin de familiariser le lecteur avec cette probl&#233;matique, et apr&#232;s une introduction de la question &#224; la lumi&#232;re de la Gr&#232;ce ancienne, nous avons jug&#233; &#233;clairant de faire un d&#233;tour historique plus ample, jusqu'aux pr&#233;mices m&#233;di&#233;vaux de la science moderne, pour d&#233;couvrir, de fa&#231;on surprenante, pour nous qui &#171; sommes presque tous convertis &#224; la foi positiviste &#187; [&lt;a href='#nb6-40' class='spip_note' rel='footnote' title='Worster D., Les pionniers de l'Ecologie, Sang de la Terre, op. cit., p. (...)' id='nh6-40'&gt;40&lt;/a&gt;], qu'elle pr&#233;sente plus d'un lien, d&#232;s ses origines, avec la d&#233;marche occulte. Par contraste avec cette histoire longue de la confrontation science-occultisme, la situation contemporaine, celle de l'&#233;vitement &lt;em&gt;a priori&lt;/em&gt;, par l'immense majorit&#233; des scientifiques, des questions pos&#233;es par l'occultisme, appara&#238;tra d'autant plus d&#233;cal&#233;e. Mais l'&#233;tonnement du lecteur devant cette situation devrait nettement s'att&#233;nuer lorsqu'il aura compris, &#224; l'&#233;tude de ces confrontations autour de la science, &#224; travers, notamment, le compte rendu de l'affaire Pigeaire et l'analyse des retomb&#233;es que nous en proposons, que c'est la question de la R&#233;f&#233;rence qui, l&#224;-dessous, fait retour dans la culture lib&#233;rale moderne. Autrement dit, nous esp&#233;rons pouvoir convaincre que c'est la question de Dieu et de la valeur des religions qui menace de revenir &lt;em&gt;raisonnablement&lt;/em&gt; sur le devant de la sc&#232;ne, si l'on &#233;tudie s&#233;rieusement le dossier historique de l'occultisme. Or nous savons tous que &#171; la libert&#233; de la recherche &#187;, comme nos libert&#233;s quotidiennes, ne sont pas faciles &#224; remettre en cause, surtout s'il ne s'agit plus de les soumettre &#224; des lois publiques r&#233;visables mais de les mesurer &#224; un Absolu.
&lt;br /&gt;En un second temps (&#167; 2422), nous allons porter notre r&#233;flexion plus profond&#233;ment, toujours dans la perspective &#233;pist&#233;mologique, mais vers les fondements de la th&#233;orie de la connaissance rationnelle. Devant l'anthroposophie et l'occultisme, mais aussi en raison de l'influence orientale qui a pes&#233; sur la majorit&#233; des fondateurs de l'agriculture biologique, la n&#233;cessit&#233; d'un tel travail sur ce que l'on entend par connaissance selon la raison ou rationalit&#233;, nous est apparue de plusieurs mani&#232;res. Mais n'anticipons pas. Etudions d'abord le probl&#232;me dans le cadre limit&#233; de sa confrontation &#224; la raison scientifique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les sciences dites occultes hors de port&#233;e de la m&#233;thode scientifique ?&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Lumi&#232;res scientifiques contre t&#233;n&#232;bres obscurantistes : aper&#231;u sur la version positiviste de l'histoire des sciences&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est bien connu que le XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle fut marqu&#233; par l'installation des sciences modernes dans la culture et la civilisation occidentale. Le fait est particuli&#232;rement remarquable avec l'extension de la R&#233;volution industrielle o&#249; sciences, techniques, et finances se m&#234;lent de plus en plus &#233;troitement pour construire le &#171; progr&#232;s &#187;. Traditionnellement, au moins depuis l'id&#233;ologie des Lumi&#232;res, on consid&#232;re que la science exp&#233;rimentale [&lt;a href='#nb6-41' class='spip_note' rel='footnote' title='Parall&#232;lement aux id&#233;aux politiques d&#233;mocratiques.' id='nh6-41'&gt;41&lt;/a&gt;], en se d&#233;veloppant et en se diffusant, est cens&#233;e faire reculer la pr&#233;gnance des divers &#171; obscurantismes &#187; sur les consciences et dans les pratiques. Les croyances populaires, les religions, les mythes, les th&#233;ories et pratiques occultes sont fr&#233;quemment rang&#233;es parmi ces obscurantismes que l'esprit et les r&#233;sultats des sciences pourraient nous faire rejeter et oublier.
&lt;br /&gt;Ainsi, l'histoire et la philosophie positiviste [&lt;a href='#nb6-42' class='spip_note' rel='footnote' title='Par la r&#233;f&#233;rence au positivisme nous entendons ici le sens d'une id&#233;ologie que (...)' id='nh6-42'&gt;42&lt;/a&gt;] des sciences ont parfois racont&#233; que l'&#233;volution de la connaissance humaine &#233;tait une sorte de lent processus de rationalisation, depuis les &#226;ges obscurs de l'homme des cavernes jusqu'&#224; la fin du Moyen-&#194;ge, avec une petite acc&#233;l&#233;ration au moment des philosophes et math&#233;maticiens grecs (Platon, Aristote, Pythagore, Thal&#232;s&#8230;). Ensuite, lors de la p&#233;riode dite de la Renaissance (XV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt;-XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle), le monde occidental, renouant avec le &#171; miracle grec &#187;, aurait commenc&#233; d'entrer assez soudainement dans la modernit&#233;, gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution des sciences modernes. Cette pr&#233;sentation de l'histoire met d'un c&#244;t&#233; ce dont il faudrait s'&#233;carter et s'abstraire, de l'autre ce vers quoi il faudrait tendre pour aller vers le &#171; progr&#232;s &#187;. &lt;em&gt;C'est ainsi que &#171; la science appara&#238;t comme l'antith&#232;se de la magie &#187;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb6-43' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier P., La revanche des sorci&#232;res, L'irrationnel et la pens&#233;e (...)' id='nh6-43'&gt;43&lt;/a&gt;]. Dans ces r&#233;cits qui c&#233;l&#232;brent le triomphe de la science moderne sur les id&#233;ologies obscures, les croyances farfelues, les sciences occultes, les mythes et autres &#171; pseudo-savoirs &#187; populaires, il est souvent fait r&#233;f&#233;rence &#224; des personnages c&#233;l&#232;bres symbolisant cette nouvelle mentalit&#233; progressiste. De &#171; grands &#187; physiciens, comme Galil&#233;e, Newton, Einstein, Pierre et Marie Curie&#8230;, sont cens&#233;s &#234;tres des mod&#232;les de victoires sur les pr&#233;jug&#233;s et les croyances irrationnelles : ils seraient des h&#233;rauts du progr&#232;s, ayant apport&#233; les lumi&#232;res de la raison et de la science exp&#233;rimentale dans un monde jusqu'alors domin&#233; par les illusions et les charlatans.
&lt;br /&gt;Il ne s'agit pas ici de mettre au jour les pr&#233;suppos&#233;s d'une telle consid&#233;ration des rapports entre science et croyances. Il ne s'agit pas plus de discuter l'efficacit&#233; p&#233;dagogique et sociale qu'a pu avoir cette conception de plus en plus dominante du progr&#232;s culturel depuis deux bons si&#232;cles. Il s'agissait, plus simplement, d'y faire allusion pour m&#233;moire. Car nous disposons aujourd'hui de suffisamment d'&#233;tudes solides pour remettre en cause cette vision de l'histoire. L'id&#233;e d'un d&#233;tachement consciemment et m&#233;thodiquement organis&#233; des sciences par rapport aux &#171; parasciences &#187; appara&#238;t, pour le moins, exag&#233;r&#233;e. Cette repr&#233;sentation des choses devrait c&#233;der la place &#224; la prise de conscience du fait que science moderne et occultisme sont deux histoires bien moins &#233;trang&#232;res l'une &#224; l'autre que le r&#233;cit positiviste des origines de notre science actuelle a bien voulu nous le dire.
&lt;br /&gt;Ainsi, comme nous allons l'entrevoir, depuis les pr&#233;mices grecques jusqu'&#224; notre &#233;poque industrielle marqu&#233;e par l'impressionnant d&#233;veloppement de son aura [&lt;a href='#nb6-44' class='spip_note' rel='footnote' title='Ceci reste valable, m&#234;me s'il faut conc&#233;der que cette aura a &#233;t&#233; ternie depuis (...)' id='nh6-44'&gt;44&lt;/a&gt;] et de ses applications techniques innombrables, la science moderne a toujours c&#244;toy&#233; autre chose que des faits bruts et indubitables. Aussi, remettre l'anthroposophie dans le contexte de l'&#233;volution des connaissances, c'est peut-&#234;tre commencer par constater que m&#234;me le d&#233;veloppement important et continu des sciences, depuis le d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, n'a pas vid&#233; la soci&#233;t&#233; des croyances diverses. Le &#171; d&#233;senchantement du monde &#187;, pronostiqu&#233; par Max Weber, n'a jamais vraiment eut lieu. Il est cependant impossible, dans le cadre imparti &#224; ce travail, d'esquisser une image fid&#232;le, m&#234;me forc&#233;ment r&#233;duite, d'une histoire qui s'&#233;tire sur pr&#232;s de vingt six si&#232;cles. C'est pourquoi, apr&#232;s avoir d&#233;fini notre perspective, celle de la relance p&#233;riodique du travail de d&#233;finition de la d&#233;marche de la raison et de la science, nous proposerons seulement quelques &#171; coups de projecteur &#187; sur des moments clefs de cette histoire. D'abord le tournant m&#233;di&#233;val, lequel marque, avant la Renaissance, le d&#233;but d'un changement de domination sociale et culturelle, avec l'initiation du basculement de la voie scolastique vers la voie exp&#233;rimentale. Nous porterons ensuite notre regard sur un grand XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. C'est en effet lors du grand si&#232;cle de la R&#233;volution industrielle que la science va acqu&#233;rir, par ses succ&#232;s, son image prestigieuse d'&#233;claireuse et de salvatrice de l'humanit&#233;. Mais c'est aussi le si&#232;cle qui verra de plus ou moins nouvelles pratiques occultes, en particulier le spiritisme, devenir, au moins par l'int&#233;r&#234;t qu'elles soul&#232;vent, quasiment des ph&#233;nom&#232;nes de masse. Dans ce contexte, c'est aussi et bien-s&#251;r le si&#232;cle d'apparition de la th&#233;osophie blavatskyenne et de l'anthroposophie de Rudolf Steiner. A la charni&#232;re des deux mouvements, faussement r&#233;put&#233;s comme parfaitement contradictoires, le XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle du savoir sera aussi celui des controverses sur &#171; les forces naturelles inconnues &#187;, lesquelles mobilisent des hommes au-del&#224; de leurs titres sociaux de &#171; scientifiques &#187;, &#171; journalistes &#187;, &#171; m&#233;decins &#187;&#8230; Enfin l'apparition, au tournant des XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, de la th&#233;orie de la relativit&#233;, en provoquant &#171; une crise des fondements des math&#233;matiques et de la physique &#187; [&lt;a href='#nb6-45' class='spip_note' rel='footnote' title='Rey A., (dir.), Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise, Le Robert, (...)' id='nh6-45'&gt;45&lt;/a&gt;], ach&#232;vera de faire du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; le si&#232;cle qui enfante la crise du rationalisme que nous subissons encore. L'ouverture de ce vaste chantier, dans lequel nous nous plongerons, se marque notamment, en France, par l'introduction, en 1901, du mot &#171; &#233;pist&#233;mologie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La relance historique p&#233;riodique de l'instauration probl&#233;matique de la raison&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre 1800 et les premi&#232;res d&#233;cennies du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les questions li&#233;es &#224; des ph&#233;nom&#232;nes &#171; occultes &#187; sont donc pr&#233;sentes. Parall&#232;lement, avec le d&#233;veloppement des sciences et de leur prestige, il appara&#238;t un d&#233;sir social de plus en plus marqu&#233;, au sein des &#233;lites culturelles, pour une &#233;ducation scientifique. Mais les deux ph&#233;nom&#232;nes sociaux ont pu se rejoindre. Le rapport social &#224; l'occulte, au moins durant cette p&#233;riode, ne saurait donc &#234;tre ramen&#233; &#224; des croyances et pratiques populaires d&#233;clinantes, ou bien &#224; des attitudes r&#233;actionnaires. Des personnes instruites ont port&#233; leurs questions sur l'occulte, - et bien d'autres -, aux institutions porteuse de la science l&#233;gitime [&lt;a href='#nb6-46' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut songer au r&#244;le de la d&#233;mocratisation du savoir promu par les Lumi&#232;res (...)' id='nh6-46'&gt;46&lt;/a&gt;], dans l'attente d'une explication ou d'une reconnaissance, de la part des instances officielles du savoir, de leurs observations, th&#233;ories, ou questionnements. La confrontation qui va resurgir &#233;pisodiquement &#224; partir de la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, entre la science &#233;tablie et ce qui est rang&#233; dans l'occulte, rappelle les d&#233;bats entre magie et science exp&#233;rimentale que nous &#233;voquerons &#224; propos des premiers signes de la gen&#232;se de la science moderne, au Moyen-Age. Mais il est significatif de remarquer que cette mise en discussion des &#171; faits &#187;, &#171; croyances &#187; et &#171; savoirs &#187; traverse &#233;galement l'Antiquit&#233;, p&#233;riode &#224; laquelle sont apparus les principes directeurs de la rationalit&#233; occidentale. Ainsi, depuis la culture grecque ancienne et la distinction biblique entre la nature (la cr&#233;ation) et Dieu (le Cr&#233;ateur), les tentatives se sont multipli&#233;es pour construire une connaissance de la nature relativement ind&#233;pendante des croyances religieuses. Mais l'histoire des modes d'&#233;laboration et de justification des savoirs l&#233;gitimes est prise dans l'histoire g&#233;n&#233;rale des hommes : la probl&#233;matique du savoir demeure confront&#233;e aux autres dimensions complexes de la vie quotidienne et int&#233;rieure humaine, dont, au plus proche du savoir, le rapport &#224; la part de myst&#232;re du monde, que c&#244;toie sans fin le d&#233;sir de conna&#238;tre. Pour ce qui concerne la Gr&#232;ce ancienne, les auteurs s'accordent &#224; consid&#233;rer le VI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avant J.-C. comme la p&#233;riode &#224; partir de laquelle une nouvelle conception du monde commence &#224; appara&#238;tre dans cette tension :
&lt;br /&gt;&#171; Le VI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avant J.-C. voit un certain nombre d'attaques men&#233;es contre les croyances religieuses et les pratiques magiques au nom d'une pens&#233;e sp&#233;culative qui se fonde notamment sur les concepts de &#171; nature &#187; et de &#171; cause &#187; et qui se veut dans une certaine mesure attentive &#224; l'observation. Pour les m&#233;decins et pour plusieurs autres sp&#233;cialistes, la &#171; nature &#187; (phusis) implique une r&#233;gularit&#233; immanente du rapport cause-effet. Il est donc exclu d'invoquer une intervention divine &#171; surnaturelle &#187;, plus ou moins transcendante, qui viendrait rompre la r&#233;gularit&#233; de ce rapport. Dans cette perspective, l'invocation aux divinit&#233;s se trouve remplac&#233;e par l'observation qui permet de d&#233;couvrir le rapport de cause &#224; effet et par une v&#233;rification exp&#233;rimentale qui permet de s'assurer de sa r&#233;gularit&#233;, mais de fa&#231;on tr&#232;s rudimentaire &#187; [&lt;a href='#nb6-47' class='spip_note' rel='footnote' title='Brisson L., Mythe et savoir, in Brunscwig J., Lloyd G., (dir.), Le savoir (...)' id='nh6-47'&gt;47&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;N&#233;anmoins, il n'y a pas eu une transition brutale entre un mode de pens&#233;e religieux et un mode de pens&#233;e naturaliste mais bien plut&#244;t une cohabitation des deux modes, plus ou moins assum&#233;e ou conflictuelle, selon les moments et les personnes :
&lt;br /&gt;&#171; Aussi loin que l'on remonte en Gr&#232;ce ancienne, les savoirs humains, pratiques ou th&#233;oriques, trouvent leur origine ultime chez les dieux. Les efforts qui furent consentis au cours des si&#232;cles pour enraciner ce savoir dans l'observation et pour le confirmer dans l'exp&#233;rimentation n'arriv&#232;rent jamais &#224; rompre ce lien qui eut m&#234;me tendance, &#224; la fin de l'Antiquit&#233;, &#224; devenir de plus en plus puissant &#187; [&lt;a href='#nb6-48' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 77. L'auteur &#233;voque notamment le cas des entrelacements de la &#171; (...)' id='nh6-48'&gt;48&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Finalement, que ce soit au cours de l'Antiquit&#233;, du Moyen-Age, ou depuis la R&#233;volution industrielle, il semble que l'&#233;tablissement du savoir socialement l&#233;gitime n'aille pas de soi. De fait, il devient difficile de ne pas songer &#224; l'hypoth&#232;se d'une r&#233;currence historique de cette probl&#233;matique. &lt;em&gt;La perspective &#233;mergente est celle de la relance p&#233;riodique du travail de d&#233;finition de la science et de la raison&lt;/em&gt;. Pr&#233;sente tout au long de notre histoire culturelle, cette probl&#233;matique acquiert le statut d'une question transhistorique. Pour un peu, si l'on n'avait pas peur d'&#234;tre accus&#233; &#171; d'occidentalo-centrisme &#187;, elle pourrait &#234;tre ou devenir anhistorique. Elle rel&#232;verait alors du geste fondateur d'engagement philosophique initi&#233; en Gr&#232;ce, sans cesse &#224; renouveler, consistant &#224; instaurer la raison comme mod&#232;le du savoir et guide de la sagesse. Cette perspective, que nous d&#233;fendrons plus loin, nous semble bien th&#233;matis&#233;e par Jean Ladri&#232;re. Sans anticiper sur la suite de ce travail, concluons simplement en reconnaissant que le parti pris de la raison rel&#232;ve plus d'un projet au domaine extensible que d'une technique dont nous conna&#238;trions une fois pour toutes les performances possibles et les limites. Sous ce point de vue, une v&#233;ritable volont&#233; actuelle de savoir rationnel ne serait pas &#171; le simple prolongement d'une action commenc&#233;e ant&#233;rieurement, qui continuerait &#224; se d&#233;rouler en vertu de son &#233;nergie interne &#187; mais &#171; une action vraiment nouvelle, en laquelle la pens&#233;e doit se r&#233;assumer enti&#232;rement elle-m&#234;me, dans la r&#233;effectuation r&#233;solue des d&#233;cisions originaires, par une mise en jeu de la libert&#233; instituante aussi radicale qu'au premier jour &#187; [&lt;a href='#nb6-49' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, in La Foi (...)' id='nh6-49'&gt;49&lt;/a&gt;]. En Occident, c'est au Moyen-Age qu'une nouvelle &#233;tape de discussion sur la probl&#233;matique de la connaissance rationnelle va accoucher des pr&#233;mices de la m&#233;thodologie scientifique. Les controverses verront s'affronter des arguments th&#233;ologiques, d'autres tir&#233;s de la philosophie grecque, d'autres issus de la magie et de l'alchimie, et enfin d'autres, pragmatiques, en provenance de &#171; l'esprit d'ing&#233;nieur &#187; montant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le creuset m&#233;di&#233;val de la r&#233;volution scientifique moderne et l'occultisme&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au Moyen-Age, entre les X&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, na&#238;t le projet conscient d'une science exp&#233;rimentale, diff&#233;rente de la science scolastique [&lt;a href='#nb6-50' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Qui appartient &#224; l'&#171; Ecole &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; l'enseignement philosophique donn&#233; (...)' id='nh6-50'&gt;50&lt;/a&gt;] des th&#233;ologiens. Il y a plusieurs raisons &#224; cela, en provenance des progr&#232;s de la technique dans la soci&#233;t&#233;, du d&#233;veloppement urbain et marchand favoris&#233; par les surplus agricole, mais aussi en provenance du domaine religieux et intellectuel. Sur le plan des id&#233;es, l'apparition d'une nouvelle fa&#231;on d'envisager le savoir d&#233;pendra de disputes th&#233;ologiques et philosophiques, particuli&#232;rement autour de l'id&#233;e de l'existence d'une &lt;em&gt;n&#233;cessit&#233; universelle&lt;/em&gt;. Ces disputes furent rendues possibles par un des ph&#233;nom&#232;nes culturels importants de l'&#233;poque, la red&#233;couverte, au sein de la chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, des &#233;crits du philosophe Aristote [&lt;a href='#nb6-51' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#233;nard G. et Miquel C., Les ruses de la technique, Le symbolisme des (...)' id='nh6-51'&gt;51&lt;/a&gt;], mais aussi de nombreux textes concernant l'astrologie ou les techniques [&lt;a href='#nb6-52' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier, P., La revanche des sorci&#232;res, p.10.' id='nh6-52'&gt;52&lt;/a&gt;], gr&#226;ce &#224; des traductions de l'arabe, au XII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle notamment. Jusqu'&#224; ce moment, on peut dire que la foi chr&#233;tienne dominait la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne cultiv&#233;e et qu'il r&#233;gnait une sorte d'accord entre la raison et la foi. Mais la foi &#233;tait aussi et bien entendu croyance au surnaturel et &#224; la Providence divine. C'est &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'Europe chr&#233;tienne que des courants de pens&#233;es, th&#233;ologiques, monastiques, politiques, scientifiques, vont na&#238;tre et parfois s'affronter violemment. Le monde m&#233;di&#233;val est un monde vivant, plein &#171; d'&#234;tres &#187; et de &#171; forces &#187;, un monde diversifi&#233;, entre l'ancien paganisme et l'harmonie du monde c&#233;leste sous l'&#233;gide d'un Dieu Amour certes, mais d'un Dieu &#233;galement Tout-Puissant [&lt;a href='#nb6-53' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous avons d&#233;j&#224; essay&#233; de montrer, lors d'un court d&#233;veloppement th&#233;ologique (...)' id='nh6-53'&gt;53&lt;/a&gt;]. Cette combinaison laisse beaucoup de place &#224; la possibilit&#233; d'un certain arbitraire, de la surprise, du miracle, dans la vie quotidienne du Moyen-Age. On lit cette oscillation entre un monde r&#233;gl&#233; et r&#233;gulier, d'un c&#244;t&#233;, et un monde ouvert &#224; la gr&#226;ce et &#224; la Providence, de l'autre, dans cette approche de la vision du monde de Roger Bacon [&lt;a href='#nb6-54' class='spip_note' rel='footnote' title='Roger Bacon (vers 1214-1294) est un personnage repr&#233;sentatif du passage de (...)' id='nh6-54'&gt;54&lt;/a&gt;] :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Bacon est [&#8230;] un Franciscain : un chr&#233;tien, et mieux encore un th&#233;ologien. On lui a appris que le monde et l'humanit&#233; sont les cr&#233;ations d'un Dieu Tout-Puissant. Il croit au surnaturel, &#224; la Providence ; aussi est-il pr&#233;par&#233; &#224; voir partout la Volont&#233; du Cr&#233;ateur. Certes, le Dieu qu'il adore est aussi Intelligence : un Dieu qui a con&#231;u et construit le monde et l'humanit&#233; selon une rationalit&#233; sup&#233;rieure. Comme il est &#233;crit dans le Livre de la sagesse (11.20), Dieu a &#171; tout ordonn&#233; selon la mesure, le nombre et le poids &#187;. Mais enfin, la Gr&#226;ce divine se manifeste o&#249; elle veut quand elle veut. Et puis Satan, lui aussi, est actif en ce monde. Et il y a les anges, ainsi que toute une hi&#233;rarchie d'esprits c&#233;lestes ; et des d&#233;mons. Autant dire qu'une foule de forces myst&#233;rieuses peuplent l'environnement de l'homme m&#233;di&#233;val &#187; [&lt;a href='#nb6-55' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier P., op. cit., p. 15.' id='nh6-55'&gt;55&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;sumer cette situation en termes &#233;pist&#233;mologiques, on peut dire que &#171; le monde de la gr&#226;ce, de la pri&#232;re et du miracle n'invitait gu&#232;re &#224; penser la nature comme un domaine soumis &#224; des &#171; lois &#187; rigoureuses, comme un strict encha&#238;nement de &#171; causes &#187; et d'&#171; effets &#187;. A tout moment, on pouvait craindre et esp&#233;rer tout et n'importe quoi &#187; [&lt;a href='#nb6-56' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier P., ibid., p. 15.' id='nh6-56'&gt;56&lt;/a&gt;]. Dans un tel contexte, &#171; o&#249; surabondait l'impr&#233;visible &#187;, peut-on envisager que des hommes d&#233;cident de se consacrer &#171; m&#233;thodiquement &#224; la recherche de relations stables entre classes de ph&#233;nom&#232;nes &#187; ? Ne faut-il pas, pour se lancer dans une entreprise, la concevoir d'abord comme possible, susceptible d'aboutir ? Ce ne serait donc pas du c&#244;t&#233; de son christianisme que Roger Bacon et bien d'autres hommes de son temps auraient puis&#233; l'inspiration de son projet d'une science exp&#233;rimentale et op&#233;ratoire. Pour Pierre Thuillier, c'est bien du c&#244;t&#233; de l'astrologie et de la magie que les premiers concepteurs d'une nouvelle science ont trouv&#233; une image du monde qui &#171; justifie et valorise la recherche de certaines r&#233;gularit&#233;s, l'exploration minutieuse du r&#233;seau des &#171; causes naturelles &#187; &#187;. C'est ainsi que l'on peut comprendre un des messages des textes de Roger Bacon consacr&#233;s aux sciences occultes : &#171; dans l'univers des tireurs d'horoscopes et des magiciens, les relations de causes &#224; effets sont beaucoup plus strictes que dans l'univers chr&#233;tien du Moyen Age profond &#187; [&lt;a href='#nb6-57' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier P., ibid., p. 16. Sous cet &#233;clairage, nous r&#233;fl&#233;chirons plus loin (...)' id='nh6-57'&gt;57&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Certes, ces traditions occultes restent dans l'univers religieux et il demeure, entre les th&#233;ologies orthodoxes, les sp&#233;culations h&#233;rit&#233;es d'Herm&#232;s Trism&#233;giste, et les pratiques occultes, &#171; une subtile parent&#233; souterraine &#187;. Nous sommes encore loin de la &#171; rationalit&#233; scientifique &#187; telle que les chercheurs actuels la comprennent, mais la tendance &#224; &#233;tablir de &#171; strictes relations causales &#187; est d&#233;j&#224; l&#224;. Une distinction qui travaillera une bonne part des d&#233;veloppements de la pens&#233;e moderne ult&#233;rieure est d&#233;j&#224; consciente :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; alors qu'une pri&#232;re s'adresse &#224; un Etre libre qui pourra faire la sourde oreille, une formule ou une op&#233;ration magique doit (normalement) &#234;tre suivie d'effet &#187; [&lt;a href='#nb6-58' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 18.' id='nh6-58'&gt;58&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les th&#233;ologiens-philosophes d'alors comprennent bien la distinction des approches. La meilleure preuve que la philosophie occultiste est originale, c'est que les repr&#233;sentants les plus officiels de la Foi ont r&#233;agi &#233;nergiquement.
&lt;br /&gt;Etienne Tempier [&lt;a href='#nb6-59' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur &#171; l'affaire Tempier &#187;, voir Stengers I., L'invention des sciences modernes, (...)' id='nh6-59'&gt;59&lt;/a&gt;], &#233;v&#234;que de Paris, condamne une longue liste d' &#187;erreurs &#187; parmi lesquelles figurent celle-ci : &#171; Rien n'arrive par hasard, tout se produit selon la n&#233;cessit&#233;. &#187; Pour Tempier, repr&#233;sentant de la foi et de la croyance orthodoxe, cette proposition, qui affirme un d&#233;terminisme universel, est impie car elle entraverait la Toute-Puissance de Dieu :
&lt;br /&gt;&#171; pour un croyant, Dieu seul d&#233;tient le Pouvoir ; il ne peut &#234;tre encha&#238;n&#233; par aucun d&#233;terminisme &#187;. Retenons bien pr&#233;sent &#224; l'esprit que la condamnation en question s'attaque aussi bien &#224; l'aristot&#233;lisme qu'&#224; l'occultisme. Plusieurs propositions condamn&#233;es en 1277 concernent la doctrine des influences c&#233;lestes : &#171; il est faux, selon Tempier, que les cieux soient &#233;ternels, faux qu'ils soient &#224; l'origine de tout ce qui existe et de tout ce qui se passe ici bas. Il est faux &#233;galement, qu'il y ait une &#171; Ame universelle &#187;, qu'il y ait plusieurs &#171; premiers moteurs &#187;. Et il est faux que les &#171; causes secondes &#187; (c'est-&#224;-dire les causes &#233;tudi&#233;es par les sciences profanes) aient un fonctionnement autonome &#187; [&lt;a href='#nb6-60' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier P., ibid., p. 18.' id='nh6-60'&gt;60&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Autour de cette c&#233;l&#232;bre condamnation de 1277, c&#233;l&#232;bre car ses arguments seront repris plus tard, notamment pour l'affaire Galil&#233;e, une v&#233;ritable crise s'amor&#231;ait. Une crise d'une grande importance, puisque les auteurs contemporains s'accordent encore &#224; la reconna&#238;tre comme telle, aussi bien du c&#244;t&#233; des non-croyants que des croyants. Dans cette crise, on trouve, sch&#233;matiquement, d'un c&#244;t&#233;, &#171; le christianisme traditionnel, attach&#233; &#224; la d&#233;fense du primat de Dieu &#187;, et de l'autre, &#171; des conceptions parfois tr&#232;s audacieuses de l'ordre naturel &#187; [&lt;a href='#nb6-61' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid. Sur l'importance de la crise, les auteurs s'accordent. Cf. Stengers I., (...)' id='nh6-61'&gt;61&lt;/a&gt;]. En fait, il peut appara&#238;tre que l'Eglise s'opposa, en g&#233;n&#233;ral, &#224; la p&#233;n&#233;tration des &#339;uvres pa&#239;ennes (c'est-&#224;-dire non chr&#233;tiennes) en Europe [&lt;a href='#nb6-62' class='spip_note' rel='footnote' title='Lalande A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, op. cit., (...)' id='nh6-62'&gt;62&lt;/a&gt;]. Mais les relations entre la philosophie grecque, l'occultisme, et la th&#233;ologie chr&#233;tienne sont difficiles &#224; d&#233;m&#234;ler. En effet, malgr&#233; l'interdit de l'Eglise, les textes d'Aristote mais aussi des documents sur les techniques, sur la magie, avaient p&#233;n&#233;tr&#233; les institutions et les &#233;coles eccl&#233;siastiques.
&lt;br /&gt;L'enjeu de la crise &#233;tait de taille : il s'agissait de savoir si la philosophie, qui, en principe, &#233;tait la &#171; servante de la th&#233;ologie &#187;, pouvait s'&#233;manciper. En ces temps-l&#224;, la philosophie englobait ce que nous appelons la science. Pour le d&#233;veloppement de l'&#233;tude de la nature, l'issue du d&#233;bat devait donc &#234;tre d&#233;cisive. D&#232;s le XII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, on constate que la fissure est l&#224; ; et au XIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, elle s'&#233;largira Malgr&#233; ce d&#233;calage croissant, les &#171; intellectuels &#187; puis les savants, d'Albert le Grand &#224; Descartes et ses contemporains, se d&#233;brouilleront pour travailler aux sciences profanes sans s'attirer les foudres de l'autorit&#233; eccl&#233;siale. Il leur fallait trouver des ruses et des compromis pour concilier leur foi en la &lt;em&gt;Providence divine&lt;/em&gt; avec leurs conceptions concernant &lt;em&gt;l'ordre rationnel&lt;/em&gt; de la nature.
&lt;br /&gt;L'Eglise a &#233;t&#233; peu &#224; peu contrainte au compromis avec &#171; la philosophie naturelle &#187; d'Aristote et le reste des sciences profanes. Ainsi, Thomas d'Aquin, pourtant condamn&#233; par Tempier, car il reprenait des propositions cosmologiques d'Aristote, serait plus tard canonis&#233;, c'est-&#224;-dire &#233;lev&#233; au rang de Saint. Bien que, comme son ma&#238;tre Albert le Grand, il n'a d&#233;daign&#233; pas les sciences occultes, il sera &#233;galement fait Docteur de l'Eglise catholique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir montr&#233; succinctement les influences qui lient la science, &#224; sa naissance, &#224; l'occultisme &#8211; l'id&#233;e d'une n&#233;cessit&#233; universelle -, nous allons &#233;voquer &lt;em&gt;l'aspect op&#233;ratoire&lt;/em&gt; recherch&#233; dans la nouvelle science, qui est peut-&#234;tre tout aussi significatif des proximit&#233;s r&#233;elles de ce que l'on oppose aujourd'hui sous les noms de sciences et parasciences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'efficacit&#233; pratique ou le but commun de la magie et de la technoscience&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la science ou le savoir scolastique des th&#233;ologiens m&#233;di&#233;vaux, la &#171; raison sp&#233;culative paraissait triompher &#187; [&lt;a href='#nb6-63' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier P., op. cit., p. 26.' id='nh6-63'&gt;63&lt;/a&gt;]. Les grands scolastiques s'appuyaient sur la R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne, mais ils admettaient aussi la primaut&#233; de la logique. Ils &#171; se complaisaient &#224; &#233;difier de vastes syst&#232;mes sp&#233;culatifs quasiment clos, o&#249; tout &#233;tait pr&#233;vu, &#171; expliqu&#233; &#187; d'avance &#187; [&lt;a href='#nb6-64' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 21.' id='nh6-64'&gt;64&lt;/a&gt;]. Leur science n'&#233;tait pas ouverte au changement et &#224; la transformation du monde. Pour les plus radicaux, la question des miracles ou les contradictions apparentes du texte biblique avec l'id&#233;e d'une certaine autonomie de la nature et de ses lois, remettaient en cause l'id&#233;e m&#234;me de la possibilit&#233; d'une &#171; science positive &#187;. Cependant, les triomphes de la raison sp&#233;culative dissimulaient mal une st&#233;rilit&#233; certaine sur le plan pratique. M&#234;me Etienne Gilson, pourtant soucieux de montrer la concordance de l'esprit de la philosophie scolastique avec l'&#233;pist&#233;mologie des sciences modernes, en convenait [&lt;a href='#nb6-65' class='spip_note' rel='footnote' title='Gilson E., La sp&#233;cificit&#233; de l'ordre philosophique, in Le r&#233;alisme m&#233;thodique, (...)' id='nh6-65'&gt;65&lt;/a&gt;]. Or, dans la soci&#233;t&#233;, il y a eu de fort changements dans les techniques, l'agriculture, le d&#233;veloppement urbain et commercial, au point que l'on a pu parler de &#171; R&#233;volution industrielle du Moyen-Age &#187; [&lt;a href='#nb6-66' class='spip_note' rel='footnote' title='Gimpel J., La r&#233;volution industrielle du Moyen-Age, Seuil, 1975 ; Lopez (...)' id='nh6-66'&gt;66&lt;/a&gt;]. Si l'on ajoute &#224; cela l'arriv&#233;e des nouveaux textes traduits de l'arabe que l'on a &#233;voqu&#233;e ci-dessus, on comprend, avec Pierre Thuillier, &#171; qu'il &#233;tait assez normal &#187;, dans un contexte socio-culturel devenant &#171; favorable &#187;, qu'une &#171; r&#233;action &#171; r&#233;aliste &#187; se manifest&#226;t &#187; [&lt;a href='#nb6-67' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier P., ibid., p. 26.' id='nh6-67'&gt;67&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Les rapports de la science et de la v&#233;rit&#233; vont peu &#224; peu &#233;voluer &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du christianisme, la probl&#233;matique foi et raison va se compliquer. La &lt;em&gt;d&#233;marche exp&#233;rimentale&lt;/em&gt; va gagner du terrain au d&#233;triment de la scolastique. Le crit&#232;re de la v&#233;rit&#233; d'un savoir va se rapprocher du crit&#232;re d'&#233;valuation d'une technique, c'est-&#224;-dire son efficacit&#233;. Les mentalit&#233;s m&#234;me du Moyen-Age, vont se convertir aux id&#233;aux &#171; d'acquisition, de gain, de conqu&#234;te &#187; [&lt;a href='#nb6-68' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Goff J., Pour un autre Moyen-Age, Gallimard, 1977, p. 124-125.' id='nh6-68'&gt;68&lt;/a&gt;]. Dans le m&#234;me temps, la question de l'ad&#233;quation du savoir avec la R&#233;v&#233;lation, via la scolastique, va perdre de son importance. Roger Bacon envisage la nouvelle science exp&#233;rimentale comme celle qui &#171; met &#224; l'&#233;preuve de l'exp&#233;rience les nobles conclusions de toutes les sciences &#187;. La &lt;em&gt;science scolastique, qui pr&#233;tendait &#224; la v&#233;rit&#233;, se voit peu &#224; peu ramen&#233;e, jusqu'&#224; la quasi-disparition de sa pratique, au statut d'hypoth&#232;se. Et les hypoth&#232;ses qui ne pourront &#234;tres test&#233;es et valid&#233;es par un dispositif exp&#233;rimental seront peu &#224; peu d&#233;valoris&#233;es. Mais ce renversement ne s'est pas fait en un jour&lt;/em&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; A cette &#233;poque [au XIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle], la th&#233;ologie et la philosophie &#233;taient jug&#233;es plus &#171; nobles &#187;. Aussi la science exp&#233;rimentale ne pouvait-elle &#234;tre accept&#233;e que comme une sorte d'appoint. Une science, dans l'universit&#233; du XIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, c'est un corpus de connaissance fond&#233; sur des principes surs et certains [tir&#233;s de la Bible] ; et, m&#234;me chez Galil&#233;e, cette conception demeurera visible. Pour admettre que le jeu des hypoth&#232;ses et des tests exp&#233;rimentaux suffit &#224; engendrer une science digne de ce nom, il faudra du temps &#187; [&lt;a href='#nb6-69' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier P., op. cit., p. 26.' id='nh6-69'&gt;69&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le r&#244;le de la magie et des sciences occultes dans ce changement est important. Ces sciences ont jou&#233; le r&#244;le d'une &#171; base d'appui &#187; culturelle dans le d&#233;bat entre la voie scolastique et la voie exp&#233;rimentale (&lt;em&gt;via experimenti&lt;/em&gt;). Comme nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233;, l'univers m&#233;di&#233;val est richement peupl&#233;s d'&#234;tres et de forces diverses, de miracle et de Providence divine. La s&#233;paration, dans notre culture contemporaine, entre un monde physique certain et un monde spirituel, dont l'existence rel&#232;verait de la croyance, est loin d'exister aussi clairement au Moyen-Age. Ainsi, la recherche des &#171; vertus &#187; ou des &#171; qualit&#233;s &#187; occultes s'appuie sur le changement social alors en cours et peut se justifiee par le souhait &#171; d'aider les gens &#187;, en participant &#224; la cr&#233;ation de richesses, &#224; l'invention d'outils et de techniques. Cette recherche pouvait appara&#238;tre alors rationnelle. Mais elle le peut encore si l'on s'en tient au crit&#232;re de &lt;em&gt;l'efficacit&#233; pratique&lt;/em&gt;. L'exemple de l'aimant revient souvent dans les documents m&#233;di&#233;vaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; N'est-il pas magique qu'un tel corps attire un morceau de fer ? Au sens strict, il y a l&#224; une &#171; qualit&#233; occulte &#187; ; car on ne sait pas expliquer pourquoi l'aimant a une vertu attractive. Mais &#231;a marche ! En un sens, il est donc tout &#224; fait rationnel de se livrer &#224; la recherche des &#171; qualit&#233;s occultes &#187;&#8230; Il faut seulement faire preuve d'esprit critique : s'informer soigneusement, faire des tests exp&#233;rimentaux &#187; [&lt;a href='#nb6-70' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 23.' id='nh6-70'&gt;70&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, sous le nom de magie, on trouve de tout au Moyen-Age. Des &#171; recettes techniques tout &#224; fait s&#233;rieuses, mais aussi des amulettes et des incantations, des tours de passe-passe, des trucages et des fraudes, des m&#233;dicaments extraordinaires et des histoires absurdes &#187;. L'objectif de la &#171; science exp&#233;rimentale &#187; va &#234;tre de s&#233;parer le bon grain de l'ivraie en recourant &#224; l'exp&#233;rience. Le but de la magie est de &lt;em&gt;rendre possibles des actions, des op&#233;rations&lt;/em&gt;. Fondamentalement, la &lt;em&gt;magie est recherche de la puissance&lt;/em&gt;. La norme qui permet de distinguer le vrai du faux, en ce domaine, c'est donc &lt;em&gt;l'efficacit&#233; pratique&lt;/em&gt;. Roger Bacon ne va pas modifier radicalement le projet magique mais il va s'efforcer de le rationaliser et de le l&#233;gitimer socialement. Le magicien est &#171; litt&#233;ralement un exp&#233;rimentateur, un homme qui fait des op&#233;rations concr&#232;tes et constate si elles sont couronn&#233;es de succ&#232;s ou non &#187;. Et chez Roger Bacon, on trouve &#233;galement de nombreux textes qui semblent r&#233;duire la science exp&#233;rimentale &#224; un &#171; ensemble de t&#226;tonnements men&#233;s &#224; l'aveuglette &#187;&lt;em&gt;. Mais la petite diff&#233;rence qu'il introduit r&#233;side dans le souci d'une v&#233;rification syst&#233;matique : au lieu de mener des explorations purement empiriques, il propose un &#171; projet d&#233;lib&#233;r&#233; de contr&#244;le : gr&#226;ce &#224; des tests, on saura quels sont les savoirs op&#233;ratoires, ceux qui sont &#224; la fois v&#233;ridiques et utilisables dans la pratique &#187; [&lt;a href='#nb6-71' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-71'&gt;71&lt;/a&gt;]. &lt;/em&gt;Enfin, il y avait le probl&#232;me de l&#233;gitimation sociale de la magie face au christianisme. On recourut souvent au distinguo fragile entre magie noire, satanique, et une autre, &#171; excluant tout pacte avec Satan et pratiqu&#233;e pour des motifs l&#233;gitimes &#187;, parce qu'elle aiderait les hommes &#224; vivre mieux. Cette mani&#232;re d'assigner &#224; la magie &#171; une valeur morale et m&#234;me politique remontait tr&#232;s loin ; et elle &#233;tait facilement r&#233;cup&#233;rable par des chr&#233;tiens soucieux d'apporter le bien-&#234;tre &#224; leurs fr&#232;res &#187; [&lt;a href='#nb6-72' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 28.' id='nh6-72'&gt;72&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Roger Bacon et ses semblables ont jug&#233; l&#233;gitime de perfectionner les sciences occultes, et ils se sont appuy&#233;s sur l'id&#233;e d'une &lt;em&gt;magie naturelle&lt;/em&gt; pour penser ce projet. En fait, ces hommes voulaient &lt;em&gt;rendre scientifique&lt;/em&gt; la magie naturelle [&lt;a href='#nb6-73' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-73'&gt;73&lt;/a&gt;]. A ce point de notre d&#233;veloppement, nous avons compris que l'intention de la science exp&#233;rimentale moderne ne se distingue pas fondamentalement de celle de la science occulte, en tant que toute deux cherchent &#224; augmenter la puissance de l'homme sur la nature. Comme le note justement Pierre Thuillier, ce rapprochement de la science occulte et de la science moderne permet de pr&#233;ciser ce qu'est la d&#233;marche principale de cette derni&#232;re. Ainsi, &#171; rendre scientifique une entreprise qui vise &#224; accro&#238;tre le pouvoir de l'homme sur la nature, c'est faire de la technoscience &#187; [&lt;a href='#nb6-74' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-74'&gt;74&lt;/a&gt;]. Paul Val&#233;ry a m&#234;me ramen&#233; la science qui nous est famili&#232;re &#224; &#171; l'ensemble des recettes qui r&#233;ussissent toujours &#187; [&lt;a href='#nb6-75' class='spip_note' rel='footnote' title='Val&#233;ry P., Tel quel, cit&#233; in Thuillier P., ibid.' id='nh6-75'&gt;75&lt;/a&gt;]. Une conclusion corollaire est que la d&#233;nomination de &#171; science moderne &#187;, ou m&#234;me, plus simplement, et plus couramment aujourd'hui, de &#171; science &#187;, cache peut-&#234;tre cette sympathie originelle des deux d&#233;marches &#233;tudi&#233;es ci-dessus. C'est pourquoi il vaut mieux peut-&#234;tre parler de &#171; technoscience &#187; pour d&#233;signer la science exp&#233;rimentale qui s'est mis en place progressivement depuis le XIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. &lt;em&gt;En utilisant la r&#233;f&#233;rence &#224; la &#171; technique &#187;, le terme &#171; technoscience &#187; renvoie &#224; l'efficacit&#233; pratique et &#224; la puissance, crit&#232;res de la technique, pour montrer le projet op&#233;ratoire qui domine la nouvelle fa&#231;on de faire science. La diff&#233;rence avec la science scolastique semble ainsi mieux marqu&#233;e. &lt;/em&gt;Ce recours commun &#224; la technique a laiss&#233; ses traces jusqu'&#224; nos jours, par exemple dans les instruments qui se retrouvent avant et apr&#232;s le passage de la magie et de l'alchimie &#224; la chimie. En guise de conclusion de ce parcours m&#233;di&#233;val sur les d&#233;bats nouveaux autour de ce que doit &#234;tre la &#171; bonne &#187; science, pr&#233;cisons un peu les choses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un moyen commun &#224; la magie et &#224; la science moderne : le recours aux instruments&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'instar de Pierre Thuillier, Lewis Mumford s'appuyait particuli&#232;rement sur les travaux de Lynn Thorndike, pour reconna&#238;tre l'existence d'une pr&#233;paration de la science moderne dans les pratiques magiques occidentales. Reprenant et prolongeant ce que nous venons de souligner, Mumford distinguait deux points de passage entre magie et science : la volont&#233; op&#233;ratoire sur le concret sensible et la cr&#233;ation d'instruments et de m&#233;thodes d'exp&#233;rimentation.
&lt;br /&gt;Premi&#232;rement, entre &#171; l'imagination et la connaissance exacte &#187;, la magie joua le r&#244;le d'un &#171; &#233;tat interm&#233;diaire &#187; : &#171; C'est par la magie que fut d&#233;finitivement institu&#233;e la conqu&#234;te g&#233;n&#233;rale du milieu ext&#233;rieur. On n'aurait gu&#232;re pu songer &#224; cette campagne sans l'ordre institu&#233; par l'Eglise. Mais sans l'audace sauvage et combattive des magiciens, les premi&#232;res positions n'auraient pu &#234;tres emport&#233;es. Car non seulement ils croyaient au merveilleux, mais ils br&#251;laient de le pratiquer. Dans leur recherche de l'exceptionnel, les philosophes naturalistes qui leur succ&#233;d&#232;rent furent guid&#233;s vers le r&#233;gulier &#187; [&lt;a href='#nb6-76' class='spip_note' rel='footnote' title='Mumford L., Technique et civilisation, Paris, Seuil, 415 p., p. (...)' id='nh6-76'&gt;76&lt;/a&gt;]. Ajoutons que le d&#233;veloppement de la magie est soutenu par les premiers &#233;lans du capitalisme, &#224; travers le souci de l'or pour le commerce et les entreprises. Ce besoin d'or, aux d&#233;buts du capitalisme, &#171; provoqua de grandes recherches sur la transmutation des m&#233;taux vils en m&#233;taux nobles [&#8230;]. La magie apprit du moins &#224; l'exp&#233;rimentateur qu'il &#233;tait aussi difficile de changer le plomb en or qu'un goujat en gentilhomme. C'&#233;tait un progr&#232;s v&#233;ritable vers le r&#233;alisme &#187; [&lt;a href='#nb6-77' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 44-45.' id='nh6-77'&gt;77&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Deuxi&#232;mement, le legs et la continuit&#233; directe de la magie &#224; la science se voit bien dans plusieurs instruments et m&#233;thodes qui se sont transmis de l'alchimie &#224; la chimie, notamment. Les &#171; instruments de recherche, cependant, se d&#233;velopp&#232;rent avant que l'on d&#233;couvre le proc&#233;d&#233;. Si le plomb ne se changea pas en or dans les exp&#233;riences des alchimistes, on ne peut leur reprocher leur &#233;chec, mais on doit les f&#233;liciter de leur audace. Leur imagination leur faisait sentir le gibier dans un terrier o&#249; ils ne pouvaient p&#233;n&#233;trer, et leurs cris finirent par attirer les chasseurs en cet endroit. Les r&#233;sultats de leurs recherches furent plus importants que l'or : la cornue, le four et l'alambic, l'habitude de broyer, moudre, br&#251;ler, distiller, dissoudre, c'est-&#224;-dire des appareils et des m&#233;thodes valables pour une science et des exp&#233;riences r&#233;elles. Aristote et les P&#232;res de l'Eglise cess&#232;rent d'&#234;tre des autorit&#233;s pour les magiciens qui s'appuyaient sur ce que leurs mains pouvaient faire, ce que leurs yeux pouvaient voir et le mortier, le pilon et le faire &#187; [&lt;a href='#nb6-78' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 45.' id='nh6-78'&gt;78&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;En se pr&#233;sentant plus comme une d&#233;monstration que comme un exercice dialectique, la magie contribue &#224; lib&#233;rer la pens&#233;e europ&#233;enne de la tyrannie des textes &#233;crits, dans laquelle la scholastique avait tendance &#224; la tenir. Elle &#171; orienta l'esprit humain vers le monde ext&#233;rieur. Elle sugg&#233;ra le besoin d'agir sur ce monde. Elle contribua &#224; cr&#233;er des instruments n&#233;cessaires pour y parvenir et rendit plus aigu&#235; l'observation des r&#233;sultats &#187; [&lt;a href='#nb6-79' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-79'&gt;79&lt;/a&gt;]. Ce compl&#233;ment sur les instruments et les m&#233;thodes &#233;tait important pour renforcer notre argumentation quant &#224; la r&#233;alit&#233; des proximit&#233;s entre ce que trop d'entre nous croient encore l&#233;gitimement opposer, les sciences exp&#233;rimentales et les sciences occultes. Cependant, par rapport &#224; l'interpr&#233;tation de Lewis Mumford, nous formulerons quelques r&#233;serves. Notre auteur ne prend pas au s&#233;rieux l'hypoth&#232;se selon laquelle il a pu et peut y avoir de l'efficacit&#233; mat&#233;rielle dans la magie. En clair, l'hypoth&#232;se d'une dimension autre qu'imaginaire, aussi bien dans les formules magiques prononc&#233;es et &#233;tudi&#233;es, que dans le r&#234;ve alchimique, n'est pas prise en compte. Mumford ne souligne pas non plus la diff&#233;rence entre conna&#238;tre et produire des r&#233;sultats sensibles en voyant (ou croyant voir) ou non des entit&#233;s occultes. En ce qui concerne le rapport de l'alchimie &#224; l'or, demandons-nous pourquoi il a exist&#233; des dispositions juridiques m&#233;di&#233;vales et des &#171; experts &#187; pour d&#233;celer la mise en circulation d'or d'origine alchimique, si aucun alchimiste n'est parvenu &#224; &#171; produire &#187; de l'or&#8230; [&lt;a href='#nb6-80' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., Week-end de formation sur le Nouvel Age et l'&#233;sot&#233;risme, (...)' id='nh6-80'&gt;80&lt;/a&gt;]
&lt;br /&gt;La prise en compte de ces aspects donnerait un point de vue plus riche et plus &#233;quilibr&#233; sur les continuit&#233;s et ruptures entre magie et science. Mais arr&#234;tons-l&#224; pour ce d&#233;tour historique aux origines magiques de la gestation du projet scientifique moderne. Via par exemple Paracelse &#224; la Renaissance, et le romantisme &#224; partir de la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'id&#233;ologie naturaliste magique de la sympathie universelle perdure, jusqu'&#224; Rudolf Steiner et jusqu'&#224; nos jours, parall&#232;lement au d&#233;veloppement de l'id&#233;ologie naturaliste m&#233;caniste, anti-subjective et dualiste. Enjambant maintenant six si&#232;cles, nous allons porter notre observation sur l'&#233;tat de la confrontation entre science d&#233;clar&#233;e et objets de recherche culturellement g&#234;nants au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle [&lt;a href='#nb6-81' class='spip_note' rel='footnote' title='Le lecteur qui voudrait poursuivre l'histoire des rapports de l'occulte et de (...)' id='nh6-81'&gt;81&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Science ou non-science ? La multiplication des controverses &#224; partir du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme nous l'avons d&#233;j&#224; not&#233;, l'histoire des sciences comme une suite chronologique de d&#233;couvertes logiques dues &#224; l'intelligence de quelques savants exceptionnels, appliquant une m&#233;thode rigoureuse, est aujourd'hui reconnue comme un r&#233;cit sinon inexact du moins beaucoup trop r&#233;ducteur. Les scientifiques sont des hommes dont la libert&#233; marque les questionnements, les objets de recherches, les instruments d'exp&#233;rimentation, les interpr&#233;tations de r&#233;sultats. Plusieurs th&#233;ories concurrentes peuvent subsister pour expliquer valablement un m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne. &lt;em&gt;Ceci ne remet pas en cause l'existence de la scientificit&#233; mais oblige &#224; analyser les conditions relativement variables de son apparition dans le traitement de divers sujets.&lt;/em&gt; Cependant, il est encore commun, aujourd'hui, de consid&#233;rer les d&#233;marches de la parapsychologie, de l'astrologie, du spiritisme, et de l'&#233;sot&#233;risme, comme des pratiques aux antipodes de la science. Tout les opposerait : la vis&#233;e, la m&#233;thode, les objets. De leur c&#244;t&#233;, les sciences viseraient des v&#233;rit&#233;s, concernant le monde mat&#233;riel et biologique, exp&#233;rimentalement v&#233;rifiables selon des protocoles d&#233;finis, r&#233;p&#233;t&#233;s, et publiquement contr&#244;l&#233;s. Tandis que les parasciences s'int&#233;resseraient &#224; des objets &#171; suprasensibles &#187;, avec des exp&#233;riences o&#249; la subjectivit&#233; semble jouer un r&#244;le n&#233;cessaire, des protocoles difficilement r&#233;p&#233;tables [&lt;a href='#nb6-82' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Ces exp&#233;riences pr&#233;sentent trois caract&#232;res communs : elles sont (...)' id='nh6-82'&gt;82&lt;/a&gt;], des conditions d'observations li&#233;es parfois &#224; l'obscurit&#233; et m&#234;me &#224; la bienveillance des t&#233;moins venus contr&#244;ler le d&#233;roulement des exp&#233;rimentations.
&lt;br /&gt;Mais cette opposition th&#233;orique &#171; id&#233;ale &#187; et banale r&#233;siste-t-elle &#224; l'&#233;tude historique ? Comme nous allons essayer de le montrer, il semble que non. Selon les auteurs de l'ouvrage collectif intitul&#233; &lt;em&gt;Des savants face &#224; l'occulte, 1870-1914 [&lt;a href='#nb6-83' class='spip_note' rel='footnote' title='Bensaude-Vincent B. et Blondel C., (dir.), Des savants face &#224; l'occulte, (...)' id='nh6-83'&gt;83&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;, en fonction des &#233;poques, nous avons plut&#244;t affaire &#224;, tant&#244;t des collaborations, tant&#244;t des constructions et d&#233;limitations des terrains dits &#171; scientifiques &#187;, &#171; parascientifiques &#187;, &#171; parareligieux &#187;, &#171; spectaculaire &#187; (prestigiditation). Cela serait une affaire complexe o&#249; les arguments scientifiques feraient alliance avec des motifs personnels divers. Les courants id&#233;ologiques ou politiques ne se retrouveraient pas distinctement autour d'une fronti&#232;re s&#233;parant les pro-scientifiques d'un c&#244;t&#233;, et les pro-spirites de l'autre. On ne pourrait donc pas ranger &#8211; de mani&#232;re faussement rassurante - les recherches spirites du c&#244;t&#233; des ennemis du progr&#232;s et des r&#233;actionnaires de tout poil. De m&#234;me, toutes les couches sociales et culturelles auraient &#233;t&#233; concern&#233;es par la vague spirite au tournant des XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Au del&#224; du spiritisme, la mont&#233;e de l'int&#233;r&#234;t social pour les ph&#233;nom&#232;nes occultes en g&#233;n&#233;ral court sur tout le XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Elle prend une grande importance &#224; partir des ann&#233;es 1850. Au c&#339;ur des d&#233;cennies du plus fort consensus social scientiste, entre 1860 et 1890, les recherches sur le suprasensible et la pr&#233;sence sociale de l'occulte (dans les romans, au th&#233;&#226;tre, dans les spectacles de m&#233;dium, etc&#8230;) est significative d'un int&#233;r&#234;t non marginal. On pense aujourd'hui, fr&#233;quemment, que le scientisme du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#233;tait semblable &#224; celui de notre &#233;poque contemporaine, c'est-&#224;-dire qu'il &#233;tait nettement mat&#233;rialiste. La situation historique fut bien plus compliqu&#233;e. Le go&#251;t pour le spiritisme &#233;tait en situation &#171; fronti&#232;re &#187;, entre les recherches mat&#233;rialistes de faits et de causes physiques nouvelles, et celles qui visaient &#224; prouver l'existence de &#171; l'&#226;me &#187; ou des &#171; esprits &#187;, ou bien &#224; communiquer avec eux, etc. Mais ce go&#251;t rejoignait aussi le d&#233;sir humain de soulager la souffrance. Ainsi, face &#224; la question du magn&#233;tisme animal et ses relances successives, sous les aspects, par exemple, des probl&#232;mes du statut de la m&#233;diumnit&#233; ou de l'hypnose, l'institution publique du savoir, par la bouche de ses acad&#233;mies de science, de m&#233;decine, ou bien, plus tard, de ses universit&#233;s, h&#233;site, tout de m&#234;me, depuis deux si&#232;cles. Pour un grand XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cette question de la scientificit&#233; met en comp&#233;tition intellectuelle, d'un c&#244;t&#233;, les membres des institutions des sciences, cens&#233;s savoir ce qu'est la science, et, de l'autre, des citoyens &#171; ordinaires &#187; ou d'autres membres des institutions de la science &#233;tablie, proposant au jugement scientifique des questions et des faits nouveaux. L'histoire, dont nous allons maintenant r&#233;sumer quelques &#233;v&#233;nements significatifs, est celle des modalit&#233;s ayant d&#233;termin&#233; les mouvements d'ouverture et de fermeture officielle, de la part des institutions repr&#233;sentant le savoir l&#233;gitime, vis-&#224;-vis des questions relatives &#224; l'occulte, entre 1784 et 1930 [&lt;a href='#nb6-84' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous suivons ici la p&#233;riodisation propos&#233;e par Bertrand M&#233;heust dans (...)' id='nh6-84'&gt;84&lt;/a&gt;]. Apr&#232;s la pr&#233;sentation du contexte de cette controverse et le r&#233;cit des conditions dans lesquelles ce sujet va &#234;tre une nouvelle fois rejet&#233; de la science, au cours de l'affaire Pigeaire, nous essaierons de clarifier th&#233;oriquement ce que l'on d&#233;signe au minimum par l'expression &#171; science moderne &#187;, afin d'appr&#233;hender ensuite, avec ces rep&#232;res &#233;pist&#233;mologiques, quelques-uns des nombreux d&#233;bats qui vont resurgir, entre la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et les ann&#233;es 1930, sur les questions de l'existence et de l'appr&#233;hension scientifique de divers ph&#233;nom&#232;nes occultes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La science exp&#233;rimentale au d&#233;fi : l'exemple de l'affaire Pigeaire&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mettant aux prises des acad&#233;mies et des partisans ou opposants du &#171; magn&#233;tisme animal &#187; ou de &#171; la lucidit&#233; magn&#233;tique &#187;, les controverses sur l'acceptation ou le rejet de ces sujets, en tant qu'objets l&#233;gitimes de science [&lt;a href='#nb6-85' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme nous le verrons dans ces d&#233;veloppements, la question de la d&#233;finition (...)' id='nh6-85'&gt;85&lt;/a&gt;], atteignent un premier paroxysme avec les pr&#233;c&#233;dents imm&#233;diats et l'affaire Pigeaire proprement dite, au cours des d&#233;cennies 1830-1840. La r&#233;v&#233;lation de cette affaire au public contemporain est due &#224; un travail remarquable de Bertrand M&#233;heust.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux pr&#233;c&#233;dents d'une controverse&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1784 l'Acad&#233;mie royale des sciences condamne le magn&#233;tisme animal. Mais en 1831 l'Acad&#233;mie royale de m&#233;decine reconna&#238;t la plupart des ph&#233;nom&#232;nes identifi&#233;s par les magn&#233;tiseurs. L'affaire Pigeaire va prendre forme dans le contexte d'une troisi&#232;me relance de l'interrogation institutionnelle quant &#224; l'acceptation possible du magn&#233;tisme animal comme sujet de recherche scientifique :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; De 1837 &#224; 1842, une pol&#233;mique f&#233;roce met aux prises des savants renomm&#233;s, divise l'Acad&#233;mie de m&#233;decine, tient, par presse interpos&#233;e, le public parisien en haleine : une de ces passes d'arme typiques du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avec exp&#233;riences contradictoires, d&#233;bats publics, discours enflamm&#233;s, coups bas, pamphlets et contre-pamphlets. L'enjeu est per&#231;u comme capital. Il s'agit de v&#233;rifier la r&#233;alit&#233; de la fameuse &lt;em&gt;lucidit&#233; magn&#233;tique, &lt;/em&gt;gr&#226;ce &#224; l'une de ses manifestations suppos&#233;es, la lecture &#224; travers les corps opaques. L'affaire aura des cons&#233;quences importantes puisqu'elle aboutira &#224; la fermeture officielle de l'Acad&#233;mie de m&#233;decine au magn&#233;tisme animal. Que des gens de qualit&#233; aient pu s'&#233;triper pour une cause aussi douteuse, voil&#224;, n'en doutons pas, qui para&#238;tra &#233;trange &#224; beaucoup. Aussi convient-il, avant de r&#233;sumer les traits saillants de cette affaire, d'en rappeler le contexte. ll s'agit de la d&#233;couverte du somnambulisme artificiel effectu&#233;e en 1784 par le marquis de Puys&#233;gur, et de la bataille d'id&#233;es qui en a d&#233;coul&#233;. Une bataille qui traverse tout le XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et dont l'enjeu concerne le probl&#232;me de savoir s'il convient, et jusqu'&#224; quel point, de red&#233;limiter l'extension des facult&#233;s humaines C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre les commissions officielles qui se succ&#232;dent apr&#232;s la Restauration et dont la fonction officieuse est, en fait, de prot&#233;ger l'institution des t&#233;n&#232;bres magn&#233;tiques. &#187; [&lt;a href='#nb6-86' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#233;heust B., Epist&#233;mologiquement correct, R&#233;flexions inactuelles sur la mise &#224; (...)' id='nh6-86'&gt;86&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les magn&#233;tistes ont des alli&#233;s influents, &#171; ils ont gagn&#233; &#224; leur cause, apr&#232;s la r&#233;volution, des &#233;crivains, des philosophes, des m&#233;decins prestigieux &#187;, ils parviennent ainsi &#224; s'approcher de la reconnaissance officielle :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Or, ces conversions &#224; la cause magn&#233;tique - celle, par exemple, du professeur Georget, du baron de Rostan ou du professeur Lordat, chef de file de l'&#233;cole de Montpellier, un des plus c&#233;l&#232;bres m&#233;decins de l'&#233;poque - contribuent &#224; augmenter l'inqui&#233;tude des positivistes, qui voient ainsi l'ennemi prendre pied dans les corps savants. Plus grave encore aux yeux des ultras de la Raison, le clan magn&#233;tiste est parvenu &#224; obtenir de l'Acad&#233;mie royale de M&#233;decine qu'elle nomme une nouvelle commission officielle ; et, par la bouche de son rapporteur, le professeur Husson, m&#233;decin-chef de l'H&#244;tel-Dieu, cette commission admet, le 28 juin 1831, la r&#233;alit&#233; de la plupart des ph&#233;nom&#232;nes all&#233;gu&#233;s par les magn&#233;tiseurs, y compris la suggestion &#224; distance ! &#187; [&lt;a href='#nb6-87' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-87'&gt;87&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous voici arriv&#233;s &#224; l'affaire Pigeaire proprement dite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'affaire Pigeaire ou l'incroyable lecture sans les yeux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le rapport Husson fait scandale, il est &#187;imprim&#233; mais n'est pas diffus&#233; &#187;. A l'&#233;poque comme aujourd'hui, les ph&#233;nom&#232;nes all&#233;gu&#233;s par les partisans du &#171; magn&#233;tisme animal &#187; sont profond&#233;ment d&#233;rangeant pour des &#233;lites culturelles qui se consid&#232;rent souvent, en h&#233;riti&#232;res passablement &#233;troites des Lumi&#232;res, d&#233;barrass&#233;es de ces superstitions primitives. Les antimagn&#233;tistes reprennent les choses en main. L'Acad&#233;mie lan&#231;a encore une nouvelle commission d'enqu&#234;te et institua un prix qu'elle se disait pr&#234;te &#224; accorder si l'on parvenait &#224; prouver le magn&#233;tisme dans les conditions de validation des faits reconnues par la science exp&#233;rimentale :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Une nouvelle commission est cr&#233;&#233;e, dirig&#233;e cette fois par des m&#233;decins dont l'hostilit&#233; au magn&#233;tisme est notoire, et notamment le redoutable Dubois d'Amiens. L'un des membres de cette commission, le professeur Burdin, institue un prix. Il met les magn&#233;tistes au d&#233;fi de produire un somnambule capable de lire &#224; travers les corps opaques et offre une somme coquette &#224; celui ou celle qui se montrera capable de ce prodige. La proposition semble honn&#234;te mais des textes montrent sans ambigu&#239;t&#233; que le prix doit fonctionner comme un pi&#232;ge destin&#233; &#224; tuer le magn&#233;tisme. &#187; [&lt;a href='#nb6-88' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-88'&gt;88&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, en octobre 1837, un m&#233;decin de Montpellier, le docteur Pigeaire, rel&#232;ve le gant. Il a une fille qui parvient, selon lui, &#224; lire les yeux band&#233;s &#171; quand elle est plong&#233;e dans l'&#233;tat dit magn&#233;tique &#187;. Les faits ont &#233;t&#233; observ&#233;s et authentifi&#233;s par le professeur Lordat [&lt;a href='#nb6-89' class='spip_note' rel='footnote' title='Un professeur &#224; peu pr&#232;s aussi connu &#224; l'&#233;poque qu'un L&#233;on Schwarzenberg (...)' id='nh6-89'&gt;89&lt;/a&gt;]. Muni des &#171; lettres de cr&#233;ance &#187; de ce dernier, Pigeaire monte avec sa famille &#224; Paris, dans un appartement dont il dispose. Aussit&#244;t, &#171; &#224; la demande de Bousquet, secr&#233;taire de l'Acad&#233;mie de m&#233;decine, qu'il compte parmi ses alli&#233;s, il donne des s&#233;ances, qui ont un triple but : familiariser la jeune somnambule avec ce nouveau cadre, satisfaire la curiosit&#233; de certains membres de l'Acad&#233;mie, et faire discr&#232;tement pression sur les membres de la commission, dont l'hostilit&#233; de principe au magn&#233;tisme est notoire &#187; [&lt;a href='#nb6-90' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-90'&gt;90&lt;/a&gt;].En attendant la date de la s&#233;ance officielle de l'Acad&#233;mie de m&#233;decine, bien des personnalit&#233;s du moment se rendent &#224; ces s&#233;ances priv&#233;es : &#171; De juin &#224; novembre, onze s&#233;ances dites &#171; pr&#233;paratoires &#187; se d&#233;roulent ainsi dans l'appartement de Pigeaire, o&#249; l'on voit d&#233;filer acad&#233;miciens, m&#233;decins c&#233;l&#232;bres, savants, &#233;crivains, et gens du monde. Entre autres, Adelon, Arago, Bousquet, Cloquet, Cornac, de Lens, Th&#233;ophile Gautier, Esquirol, Gu&#233;neau de Mussy, Orfila, Pariset, Ribes, George Sand, Velpeau&#8230; &#187; [&lt;a href='#nb6-91' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-91'&gt;91&lt;/a&gt;]
&lt;br /&gt;La fille du docteur Pigeaire se montre capable de lire un livre les yeux band&#233;s, quel que soit le livre, quelle que soit la page choisie. Ceux qui viennent &#224; ces s&#233;ances v&#233;rifient scrupuleusement la qualit&#233; du bandeau et sa mise en place sur le visage de la jeune fille, afin de s'assurer de la r&#233;alit&#233; de l'aveuglement artificiel produit. Ils surveillent &#233;galement les autres participants des s&#233;ances afin de d&#233;celer les fraudes &#233;ventuelles :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Gr&#226;ce aux proc&#232;s verbaux r&#233;dig&#233;s par Bousquet, et aux nombreux articles de presse et ouvrages suscit&#233;s par cette affaire, on conna&#238;t le d&#233;tail des s&#233;ances, et notamment les pr&#233;cautions prises par les assistants pour &#233;liminer autant que possible la tromperie d&#233;lib&#233;r&#233;e ou la simulation inconsciente. Au d&#233;but de chaque s&#233;ance chacune des personnes pr&#233;sentes examine le bandeau et l'essaie, afin de constater son opacit&#233;, puis consigne ses impressions par &#233;crit. Les assistants posent eux-m&#234;mes le bandeau, compos&#233; de trois &#233;paisseurs de velours et d'un tampon d'ouate, le tout attach&#233; par une &#233;charpe nou&#233;e derri&#232;re la nuque, et collent sur ses bords un taffetas pour emp&#234;cher que des rayons de lumi&#232;re de s'y s'infiltrer. Apr&#232;s quoi&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;, &lt;/strong&gt;Pigeaire magn&#233;tise sa fille. Les s&#233;ances commencent quand cette derni&#232;re pr&#233;sente les signes retenus &#224; l'&#233;poque comme t&#233;moins de l'&#233;tat somnambulique. On coupe alors les pages d'un livre apport&#233; par l'un des participants, on l'ouvre au hasard et on le pose sur une table et sous une plaque de verre, en face de la fillette. Les assistants, assis en cercle autour de la somnambule, doivent scruter son visage pour v&#233;rifier que le taffetas ne se d&#233;colle pas. Apr&#232;s la s&#233;ance chacun s'assure que le papier collant adh&#232;re toujours au visage. Le proc&#232;s verbal est r&#233;dig&#233; sur-le-champ, puis pr&#233;sent&#233; aux participants. N'ayant pas d&#233;cel&#233; de biais, les cinq sixi&#232;mes des assistants signent le document &#187; [&lt;a href='#nb6-92' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-92'&gt;92&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La succession des s&#233;ances se d&#233;roulent normalement, sans fraude av&#233;r&#233;, avec un r&#233;sultat concluant : &#187;A chaque fois, L&#233;onide parvient, avec plus ou moins de facilit&#233;, &#224; lire le texte qu'on lui pr&#233;sente &#187;. Les partisans de Pigeaire sont satisfaits, les sceptiques sont d&#233;concert&#233;s, et ceux qui ne voulaient pas admettre de tels faits se trouvent bien troubl&#233;s mais contraints d'admettre leur d&#233;sarroi devant ce ph&#233;nom&#232;ne qui d&#233;passe et ne cadre pas avec leur conception du monde : &#187;Plusieurs r&#233;cits concordants d&#233;crivent au sortir d'une s&#233;ance un Arago stup&#233;fait et excit&#233; par ce qu'il vient de voir, et d&#233;clarant qu'il va falloir se mettre en qu&#234;te d'une th&#233;orie &#187;. La nouvelle des succ&#232;s du docteur Pigeaire et de sa fille arrivent jusqu'aux oreilles de l'Acad&#233;mie de m&#233;decine. Les membres de cette Acad&#233;mie qui souhaitent que le magn&#233;tisme ne devienne pas objet de science officiel sont majoritaires. L'id&#233;e que la s&#233;ance du prix Burdin tourne &#224; l'avantage de Pigeaire ne les r&#233;jouit gu&#232;re, c'est le moins que l'on puisse dire. Un stratag&#232;me est mis en place pour contrer Pigeaire. Ce dernier n'aura plus qu'&#224; rentrer dans ses p&#233;nates, en quelque sorte tromp&#233; et calomni&#233; par l'Acad&#233;mie de m&#233;decine :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Seulement, aux yeux des commissaires, qui n'ont pas particip&#233; aux s&#233;ances [&#171; pr&#233;paratoires &#187;], alors qu'ils y &#233;taient apparemment invit&#233;s, ces exp&#233;riences, n'&#233;tant pas &lt;em&gt;officielles, &lt;/em&gt;n'ont aucune valeur pour le prix Burdin ; d'autant que les conditions dans lesquelles elles se sont d&#233;roul&#233;es ne permettent pas d'exclure radicalement la possibilit&#233; de fraude. Ils d&#233;cident donc de rejeter le bandeau utilis&#233; par Pigeaire, lequel s'arr&#234;te &#224; la hauteur de la l&#232;vre sup&#233;rieure, et d'adopter une cagoule de soie couvrant tout le bas du visage. Ce choix, qui n'est pas innocent, fait l'objet d'interpr&#233;tations divergentes. Officiellement, il s'agit d'annihiler toute &#233;ventuelle tricherie. Mais comme Dubois et ses amis n'ignorent pas que L&#233;onide Pigeaire ne supporte que le velours, et qu'elle ne peut lire si le bas de son visage est obtur&#233;, car elle est alors atteinte de convulsions, les magn&#233;tistes soup&#231;onnent les commissaires d'avoir choisi une cagoule en soie tout simplement &lt;em&gt;pour emp&#234;cher le ph&#233;nom&#232;ne de se produire. &lt;/em&gt;Pigeaire s'emporte, fait valoir que le r&#232;glement du prix Burdin ne sp&#233;cifie pas le type de bandeau qu'il convient d'employer, et se contente d'exiger une obturation totale de la vue. Il refuse la cagoule, car il craint qu'elle ne provoque des convulsions chez sa fille. De leur c&#244;t&#233;, les commissaires persistent &#224; exiger leur cagoule, et comme aucun accord n'intervient, le p&#232;re, furieux, rentre &#224; Montpellier avec sa fille sans que les exp&#233;riences aient pu avoir lieu &#187; [&lt;a href='#nb6-93' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-93'&gt;93&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du coup, l'affaire Pigeaire est r&#233;cup&#233;r&#233;e comme un succ&#232;s des antimagn&#233;tistes. Ces derniers &#171; proclament bruyamment leur victoire dans la presse et la&lt;em&gt;Gazette m&#233;dicale de Paris&lt;/em&gt;va m&#234;me jusqu'&#224; affirmer que les commissaires ont pris la famille Pigeaire en flagrant d&#233;lit de fraude &#187;. L'honneur du docteur Pigeaire, et l'image du magn&#233;tisme dans son ensemble, sont &#233;clabouss&#233;s par la calomnie. Les partisans de Dubois d'Amiens saisissent l'occasion d'en finir avec le magn&#233;tisme. Le 15 juin 1842, &#171; &#224; la suite d'un d&#233;bat houleux, et malgr&#233; les protestations v&#233;h&#233;mentes de certains de ses membres, qui estiment que l'Acad&#233;mie a failli &#224; sa t&#226;che, l'assembl&#233;e passe au vote ; les magn&#233;tistes sont mis en minorit&#233;, et l'institution d&#233;cide de se fermer officiellement &#171; &#224; toute esp&#232;ce de fait magn&#233;tique &#187;. &#187; [&lt;a href='#nb6-94' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-94'&gt;94&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question que nous devons maintenant poser pour notre propos est celle m&#234;me que pose Bertrand M&#233;heust, &#224; savoir celle de la mesure de la dimension scientifique de cette affaire. Les paragraphes &#233;crits jusqu'&#224; pr&#233;sent pour tenter d'&#233;tablir un terrain de discussion stable entre science et occultisme ont abouti &#224; l'id&#233;e d'une remise en question de la s&#233;paration stricte et &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;a priori&lt;/strong&gt; de ces deux domaines de pratiques. Chacun &#224; leur fa&#231;on, Pierre Thuillier et Bertrand M&#233;heust nous ont aid&#233;s &#224; d&#233;passer l'opinion dominante concernant l'existence d'une opposition simple et l&#233;gitim&#233;e entre science et parascience. Faudra-t-il pour autant consid&#233;rer que l'occultisme pourrait entrer dans le domaine des sciences ? Corr&#233;lativement, faut-il vraiment croire que l'Acad&#233;mie des sciences a rejet&#233; le cas Pigeaire pour des raisons ext&#233;rieures &#224; l'&#233;pist&#233;mologie admise, des raisons de types id&#233;ologiques et sociales ? Pour avancer vers des r&#233;ponses &#224; ces questions, offrons-nous d'abord un abr&#233;g&#233; d'&#233;pist&#233;mologie. Celui-ci rappellera quels sont les principes stables de la science, ce que l'on entend par science depuis lors et jusqu'&#224; aujourd'hui.
&lt;br /&gt;Avec cet &#233;clairage nous pourrons esquisser, ensuite, une lecture critique des controverses historiques qui ont fait suite, quelques d&#233;cennies plus tard, &#224; l'affaire Pigeaire. Le bilan appara&#238;tra nuanc&#233;. D'une part, on admettra que les controverses historiques ont abouti &#224; un assez large consensus concernant &lt;em&gt;l'impossibilit&#233; av&#233;r&#233;e d'une appr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes occultes selon la m&#233;thode de la science exp&#233;rimentale&lt;/em&gt;. D'autre part, &lt;em&gt;l'&#233;vidence persistante des faits occultes, attest&#233;e par de nombreux t&#233;moignages&lt;/em&gt;, relancera notre questionnement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout d'abord en direction des enjeux et de la possibilit&#233; d'une rationalit&#233; &#233;largie devenue capable d'envisager rigoureusement ces faits. On s'interrogera &#224; partir de la rationalit&#233; en &#339;uvre dans les sciences humaines, dont l'histoire, ainsi que dans la philosophie occidentale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ensuite, en prenant note de la situation contemporaine, nous aurons &#224; formuler quelques hypoth&#232;ses pour une interpr&#233;tation vraisemblable des raisons de la fermeture pas tout &#224; fait rationnelle de la science &#171; officielle &#187; &#224; ces questions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ni physique, ni psychologie ? Querelles autour des recherches spirites&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Douze ans apr&#232;s l'affaire Pigeaire, la question du magn&#233;tisme animal revient sur le devant de la sc&#232;ne sous une nouvelle forme, l'hypnose [&lt;a href='#nb6-95' class='spip_note' rel='footnote' title='Se faire magn&#233;tiser conduit le sujet en &#233;tat d'hypnose. Un m&#233;dium en action (...)' id='nh6-95'&gt;95&lt;/a&gt;] : &#171; L'hypnose se d&#233;ploie sous deux formes interpr&#233;t&#233;es de mani&#232;re antagoniques, d'une part celle du somnambulisme magn&#233;tique connu depuis Mesmer et surtout Puys&#233;gur qui se transforme en m&#233;diumnit&#233; spirite [&#8230;] avec Allan Kardec [&#8230;], d'autre part la forme m&#233;dicale observ&#233;e en milieu hospitalier par des m&#233;decins sp&#233;cialistes des maladies nerveuses, tels Jean-Martin Charcot et ses disciples &#187; [&lt;a href='#nb6-96' class='spip_note' rel='footnote' title='Edelman N., Spirites et neurologues face &#224; l'occulte (1870-1890) : une (...)' id='nh6-96'&gt;96&lt;/a&gt;]. Le spiritisme na&#238;t aux Etats-Unis en 1847 avec les soeurs Fox. Dans ce pays le d&#233;veloppement a &#233;t&#233; fulgurant : le 1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;er&lt;/sup&gt; congr&#232;s spirite s'est tenu &#224; Cleveland en 1852, le mouvement comptait plus de trois millions de fid&#232;les, entra&#238;n&#233;s par dix mille m&#233;diums, d&#232;s 1854 [&lt;a href='#nb6-97' class='spip_note' rel='footnote' title='Castellan Y., Le spiritisme, Paris, PUF, 1987 (1954), 127 p., p. (...)' id='nh6-97'&gt;97&lt;/a&gt;]. On estime qu'il y avait douze millions d'adeptes du spiritisme aux Etats-Unis &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle [&lt;a href='#nb6-98' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., Week-end de formation sur le Nouvel Age et l'&#233;sot&#233;risme, (...)' id='nh6-98'&gt;98&lt;/a&gt;]. En 1852 une mission de m&#233;diums am&#233;ricains parcourt l'Angleterre avec succ&#232;s. En 1853, une autre mission va en Allemagne et suscite un courant qui touche imm&#233;diatement la France. Un d&#233;bat passionn&#233; s'institue dans les milieux cultiv&#233;s. En 1854, L&#233;on Rivail, qui est un temps collaborateur et disciple de Pestalozzi [&lt;a href='#nb6-99' class='spip_note' rel='footnote' title='Johann Heinrich Pestalozzi, 1746-1827, p&#233;dagogue suisse, promoteur de (...)' id='nh6-99'&gt;99&lt;/a&gt;], est initi&#233; au spiritisme avec le pseudonyme d'Allan Kardec : il en devient l'un des propagandistes les plus z&#233;l&#233;s, notamment avec la publication, en 1857, de son &lt;em&gt;Livre des Esprits [&lt;a href='#nb6-100' class='spip_note' rel='footnote' title='Castellan Y., Le spiritisme, op. cit., p. 08 et 42-43. Selon Pierre (...)' id='nh6-100'&gt;100&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. Presqu'imm&#233;diatement, la m&#234;me ann&#233;e, l'Acad&#233;mie des Sciences prend partie contre les ph&#233;nom&#232;nes spirites. Cependant que d'un c&#244;t&#233;, la science fait mine, une nouvelle fois, de se fermer &#224; ces questions limites, limites du point de vue des traces mat&#233;rielles que l'on en peut examiner m&#233;thodiquement, de l'autre, la science &#233;tablie semble abandonner son ancien rejet du magn&#233;tisme animal, &#224; travers des recherches m&#233;dicales sur l'hypnose : &#171; En travaillant sur l'hyst&#233;rie, maladie aux sympt&#244;mes extr&#234;mement probl&#233;matique, Charcot construit une s&#233;rie d'exp&#233;riences reconnues comme scientifiques par ses pairs, au moins jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1880. [&#8230;] nullement par int&#233;r&#234;t pour l'occulte, il se trouve confront&#233; &#224; des &#233;tats d'hypnose qui lui demeurent incompr&#233;hensibles. Ces &#233;tats d'hypnose se rapprochaient par leurs manifestations des ph&#233;nom&#232;nes de possession, d'extase et de somnambulisme magn&#233;tique. Mais ni l'occulte, ni la m&#233;diumnit&#233; spirite, ni le somnambulisme magn&#233;tique ne le pr&#233;occupent alors en tant que tels et, si Charcot &#233;voque les spirites, c'est m&#234;me pour les stigmatiser comme fauteurs d'hyst&#233;rie &#187; [&lt;a href='#nb6-101' class='spip_note' rel='footnote' title='Edelman N., op. cit., p. 86.' id='nh6-101'&gt;101&lt;/a&gt;]. Nous n'avancerons pas plus loin dans l'examen des recherches sur l'hypnose sous cet angle, nous contentant de renvoyer &#224; l'article cit&#233; de Nicole Edelman et aux pages qu'a consacr&#233; &#224; ce sujet Bertrand M&#233;heust dans &lt;em&gt;Somnambulisme et m&#233;diumnit&#233;&lt;/em&gt;. Ce qui s'y lit particuli&#232;rement, entre les interpr&#233;tations m&#233;dicales et pathologistes de l'hypnose, d'une part, et, d'autre part, l'appr&#233;hension de ces faits comme &#233;tant tout &#224; fait du registre des &#233;tats et effets &#233;tudi&#233;s ou pratiqu&#233;s par les amateurs du magn&#233;tisme ou du spiritisme de l'&#233;poque, c'est que l'on retrouve, &#224; l'&#233;vidence, cette h&#233;sitation et ce mouvement de balancier au niveau de l'institution de la science l&#233;gitime.
&lt;br /&gt;Mais revenons au fil conducteur du spiritisme lui-m&#234;me. A la m&#234;me &#233;poque, s'appuyant sur les travaux du physicien anglais Sir Williams Crookes, de plus en plus de praticiens et de personnes int&#233;ress&#233;es par le spiritisme demandent &#224; la science de se pencher sur ces ph&#233;nom&#232;nes. Il faut, d&#232;s lors, envisager deux postures possibles chez les personnes ouvertes aux &#171; faits &#187; spirites : &#171; Parmi les adeptes du spiritisme, on peut sommairement distinguer deux cat&#233;gories : les &#171; croyants &#187; inconditionnels, qui &#233;taient absolument s&#251;rs de l'intervention des &#171; esprits &#187;, et les adeptes &#171; scientifiques &#187;, qui esp&#233;raient d&#233;couvrir l'existence de forces naturelles jusqu'ici inconnues &#187; [&lt;a href='#nb6-102' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier P., Le spiritisme et la science de l'inconscient, in D'Archim&#232;de &#224; (...)' id='nh6-102'&gt;102&lt;/a&gt;]. Ainsi, quand ils sont d'orientation scientifique, les spirites cherchent, &#171; dans leur lutte contre le mat&#233;rialisme &#187;, &#224; utiliser les armes de celui-ci en proposant &#171; une approche exp&#233;rimentale des ph&#233;nom&#232;nes spirites &#187; [&lt;a href='#nb6-103' class='spip_note' rel='footnote' title='Blondel C. Eusapia Palladino : la m&#233;thode exp&#233;rimentale et la &#171; diva des (...)' id='nh6-103'&gt;103&lt;/a&gt;]. Ces exp&#233;riences nombreuses sont relat&#233;es dans la &lt;em&gt;Revue spirite&lt;/em&gt; et dans divers ouvrages, publi&#233;s par exemple dans la &lt;em&gt;Biblioth&#232;que de philosophie spiritualiste moderne et des sciences psychiques&lt;/em&gt;. On peut donner succinctement une id&#233;e de leur contenu en se r&#233;f&#233;rant, &#224; la suite de Pierre Thuillier, &#224; un article &#171; fameux &#187; de Crookes. Le texte, paru en 1874 dans le &lt;em&gt;Quaterly journal of science&lt;/em&gt;, distingue treize classes de ph&#233;nom&#232;nes. L'auteur pr&#233;cise qu'il a contr&#244;l&#233; s&#233;rieusement les conditions exp&#233;rimentales des faits qu'il rapporte. Les exp&#233;riences qu'il rapporte ont eu lieu dans sa maison, &#224; la lumi&#232;re, en pr&#233;sence de quelques amis et du m&#233;dium. Il consid&#233;rait comme une &#171; l&#226;chet&#233; morale &#187; de ne pas rapporter ses observations. La premi&#232;re classe de ph&#233;nom&#232;nes comprend les &#171; mouvements de corps pesants avec contact, mais sans effort m&#233;canique &#187;. L'exp&#233;rience typique consiste &#171; &#224; &#233;lever dans l'air des corps lourds quand la main est plac&#233;e dessus &#187;. Crookes pr&#233;cise que la contradiction des lois physiques &#233;l&#233;mentaires ici rapport&#233;e s'accompagne d'autres ph&#233;nom&#232;nes &#233;tranges mais p&#233;riph&#233;riques au ph&#233;nom&#232;ne, au moins selon la classification qu'il a tent&#233;e : ces mouvements seraient &#171; g&#233;n&#233;ralement pr&#233;c&#233;d&#233;s par un rafra&#238;chissement de l'air, s'&#233;levant parfois jusqu'&#224; produire du vent &#187;. Les classes suivantes distinguent des bruits divers, jusqu'&#224; des &#171; esp&#232;ces de ricanements d'oiseaux moqueurs &#187;, l'alt&#233;ration du poids des corps, des mouvements d'objets pesants situ&#233;s &#224; distance du m&#233;dium, jusqu'aux classiques &#233;l&#233;vations d'une lourde table ou de chaises. On pense &#224; l'expression connue qui r&#233;sume un des aspects du spiritisme en langue fran&#231;aise : &#171; faire tourner les gu&#233;ridons &#187;. Crookes mentionne ensuite des formes de l&#233;vitations humaines : &#171; Je vis une fois une chaise, sur laquelle une dame &#233;tait assise, s'&#233;lever &#224; quatre pouces du sol ; dans une autre occasion, pour &#233;viter tout soup&#231;on, cette dame s'agenouilla sur la chaise, de fa&#231;on que ses quatre pieds soient compl&#232;tement visibles ; alors cette chaise s'&#233;leva &#224; environ trois pouces, demeura suspendue &#224; peu pr&#232;s pendant dix secondes et redescendit lentement&#8230; &#187;. L'article de William Crookes distingue encore des accord&#233;ons jouant seuls de la musique, mais aussi des mains lumineuses, la &#171; forme d'un fant&#244;me &#187;&#8230;
&lt;br /&gt;Comme le rappelle Thuillier, du point de vue du spiritisme orthodoxe, la douzi&#232;me classe cr&#233;&#233;e par Crookes est sp&#233;cialement int&#233;ressante. Rejoignant les raisonnements que l'on peut faire &#224; partir de l'affaire Pigeaire, elle regroupe &#171; diff&#233;rents cas prouvant l'intervention d'une intelligence ext&#233;rieure &#187;. Ainsi le physicien anglais vit &#171; une petite latte &#187; venir &#224; lui en plein jour et lui des coups sur la main &#224; chaque fois qu'il pronon&#231;ait certaines lettres. Un message pouvait &#234;tre transmis de cette mani&#232;re. Sur sa demande, le message fut poursuivi en morse. Cet &#233;chantillonnage donne une assez bonne id&#233;e de la nature des &#171; faits &#187; spirites. Mais, &#171; malgr&#233; les efforts de l'illustre physicien, le bilan &#171; scientifique &#187; peut para&#238;tre bien d&#233;cevant &#187;. Quel homme de science &#171; digne de ce nom &#187; aujourd'hui, demande Pierre Thuillier, prendrait au s&#233;rieux ces pr&#233;tendues exp&#233;riences ? On pr&#233;f&#232;re penser que les m&#233;diums, avec qui &#171; exp&#233;rimentait &#187; Crookes, ont r&#233;ussi &#224; le mystifier de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e. Mais il vaut la peine de pousser un peu plus loin. Crookes n'a pas &#233;tudi&#233; sp&#233;cialement le ph&#233;nom&#232;ne de &#171; l'&#233;criture automatique &#187; mais il mentionne, dans sa neuvi&#232;me classe, &#171; l'&#233;criture directe &#187;, ce qui semble bien proche. Dans le fatras des pr&#233;tendus faits spirites ou m&#233;diumniques, &#171; des hommes de science peu suspects d'irrationalisme &#187; ont su en rep&#233;rer quelques-uns susceptibles de faire avancer les connaissances. Dans l'interpr&#233;tation spirite, l'&#233;criture automatique consiste &#224; ce que l'op&#233;rateur, ayant pris le crayon en main, s'abstienne de faire intervenir sa volont&#233;. Il n'a &#171; m&#234;me pas conscience du contenu des messages qu'il r&#233;dige &#187;, tout se passe comme s'il mettait seulement sa main &#171; &#224; la disposition d'une force ext&#233;rieure afin que celle-ci puisse tenir un discours &#187;.
&lt;br /&gt;A partir de l&#224; les observateurs les plus critiques admettaient, que, ind&#233;pendamment de toute fraude, c'est-&#224;-dire lorsqu'il &#233;tait patent que les sujets ne contr&#244;laient pas leurs gestes, &#171; quelque chose d'&#233;trange se passait &#187;. Avec des cas du style Pigeaire ou &#233;criture automatique, nous comprenons clairement que l'int&#233;r&#234;t pour les ph&#233;nom&#232;nes occultes n'&#233;tait pas &#171; &#233;videmment &#187; antiscientifique. Il concerne des scientifiques reconnus pour leur s&#233;rieux et m&#234;me r&#233;compens&#233; pour leurs travaux, &#224; l'enseigne des c&#233;l&#232;bres Pierre et Marie Curie. Tout le monde sait que les plus c&#233;l&#232;bres physiciens fran&#231;ais ont obtenu le prix Nobel de physique, mais ce que l'on sait nettement moins, car on le tait la plupart du temps dans les &#339;uvres livresques ou cin&#233;matographiques qui leur sont consacr&#233;s, c'est que leur curiosit&#233; scientifique les a men&#233; &#224; assister &#224; plusieurs s&#233;ances avec des m&#233;diums. Ainsi, pour eux, la d&#233;marche spirite &#233;tait si peu antiscientifique qu'ils d&#233;clar&#232;rent &lt;em&gt;ne pas voir de contradiction entre leurs recherches de physique nucl&#233;aire et leurs recherches spirites. &lt;/em&gt;N&#233;anmoins, malgr&#233; Charcot, il faut certainement plut&#244;t regarder du c&#244;t&#233; des d&#233;veloppements de la psychologie de la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et du d&#233;but du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; pour d&#233;couvrir les influences les plus remarquables des controverses spirites.
&lt;br /&gt;A partir d'une reconnaissance des faits d'&#233;criture automatique, les psychologues interviennent en cherchant des causes ext&#233;rieures au sujet volontaire et conscient mais cependant internes aux personnes : &#171; Ne fallait-il pas les rapprocher, par exemple, de certains cas de somnambulisme, de suggestion ou d'hypnose ? Quels m&#233;canismes psychologiques pouvaient rendre compte du contenu des &#171; messages &#187; ainsi obtenus ? &#187; L'int&#233;r&#234;t des psychologues pour ce ph&#233;nom&#232;ne nourrit une bonne partie des d&#233;buts du d&#233;veloppement de cette science humaine. Des auteurs comme le comte de Gasparin, Frederick Myers, William James, Jules H&#233;ricourt, Pierre Janet &#233;laborent les notions de &#171; subconscient &#187;, d'&#171; inconscient &#187;, de &#171; soi subliminal &#187; ou de &#171; personnalit&#233; multiple &#187; pour expliquer l'&#233;criture automatique. En 1890, l'allemand Max Dessoir pousse l'id&#233;e, qui se r&#233;pand un peu partout, &#171; d'une dualit&#233; des instances psychiques &#187;, jusqu'&#224; intituler un livre &lt;em&gt;Le double-moi&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Das Doppel-ich&lt;/em&gt;). Mentionnons, pour m&#233;moire, que c'est &#224; cette &#233;poque que est publi&#233; le roman de Robert Louis Stevenson &lt;em&gt;The strange case of D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Jekyll and Mr Hyde&lt;/em&gt; (1886). Nous constatons ainsi qu'un grand nombre de notions g&#233;n&#233;ralement connues &#224; travers l'&#339;uvre de Freud avaient pris forme auparavant, dans un contexte intriguant. A l'encontre de ces r&#233;ductions psychologisantes &#224; l'inconscient, Crookes tentera d'&#233;laborer des exp&#233;rimentations pour montrer le r&#244;le secondaire de l'esprit du m&#233;dium et l'impossibilit&#233; de l'influence des personnes pr&#233;sentes dans les manifestations spirites. Le cas est pour nous exemplaire car il colle de tr&#232;s pr&#232;s au cas Pigeaire. Le physicien anglais met son doigt au hasard sur une page du &lt;em&gt;Times&lt;/em&gt; puis demande quel &#233;tait le mot d&#233;sign&#233; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Par l'interm&#233;diaire du m&#233;dium, la r&#233;ponse parvint : &#171; however &#187;. Et Crookes, effectivement, constata que le mot &#171; however &#187; se trouvait couvert par le bout de son doigt&#8230; N'&#233;tait-ce pas l&#224; la preuve cherch&#233;e ? De toute &#233;vidence, le m&#233;dium lui-m&#234;me n'avait pu voir ce qui se trouvait couvert par le doigt : c'&#233;tait donc un &#171; Esprit &#187; qui &#233;tait intervenu. Crookes parle d'un &#171; &#234;tre invisible &#187;, lequel &#233;tait capable de se servir du syst&#232;me c&#233;r&#233;bral du m&#233;dium exactement comme d'un instrument de musique&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contre les rationalistes &#233;troits qui consident &lt;em&gt;a priori&lt;/em&gt; que de tels faits sont impossibles, Crookes admettait en g&#233;n&#233;ral la pluralit&#233; des interpr&#233;tations th&#233;oriques possibles : fraudes des m&#233;diums, illusions des participants, actions inconscientes. Mais il d&#233;fendait &#233;galement que ces trois points de vue ne pouvaient expliquer la totalit&#233; des faits. D&#232;s lors, il acceptait de prendre en compte les th&#233;ories proprement spirituelles, lesquelles se r&#233;f&#232;rent, entre autres, &#224; l'action des &#171; mauvais esprits &#187; ou &#171; diables &#187;, ou bien &#224; celles de Gnomes et de F&#233;es, ou bien encore &#224; celles des d&#233;funts. A la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, dans une culture europ&#233;enne &#171; o&#249; l'existence de Dieu et du D&#233;mon &#233;tait largement admise, o&#249; il &#233;tait souvent question des anges et de l'immortalit&#233; de l'&#226;me &#187;, les th&#232;mes spirites semblaient pouvoir &#234;tres interpr&#233;t&#233;s en termes chr&#233;tiens. Mais selon Pierre Thuillier, &#171; la situation &#233;tait assez confuse &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour le lecteur d'aujourd'hui, nous pr&#233;senterons rapidement une interpr&#233;tation chr&#233;tienne d&#233;pendante de l'histoire longue de cette religion, susceptible d'aider au discernement sur ces ph&#233;nom&#232;nes. Auparavant, apr&#232;s toutes ces d&#233;stabilisations de l'image courante de la science, il nous faut poser un point clair sur l'id&#233;al m&#233;thodologique des sciences de la nature. Nous verrons, ensuite, que celui-ci est incompatible avec la variation personnelle des r&#233;sultats impliqu&#233;e par le recours &#224; des m&#233;diums diff&#233;rents, dans les exp&#233;riences de type spirite. Parall&#232;lement, nous serons oblig&#233;s de constater que les sciences humaines, malgr&#233; plusieurs &#233;v&#233;nements signifiant la reconnaissance de faits emb&#234;tants, demeurent dans l'h&#233;sitation sur les moyens propres &#224; leur prise en charge. Une telle h&#233;sitation facilite la continuation d'une attitude institutionnelle dominante d'&#233;vitement, &#233;thiquement douteuse. Nous rappellerons alors que la science moderne peut se pratiquer et se d&#233;velopper, dans les libres directions qu'elle souhaite, sans expliciter ses &lt;em&gt;a priori&lt;/em&gt; m&#233;taphysiques. Ancr&#233;e dans l'unique motif clair de l'op&#233;ratoire, nous noterons incidemment que l'intention de Rudolf Steiner ne trahit pas l'intention de la science moderne. Puis, en guise d'exemple int&#233;ressant de d&#233;passement interpr&#233;tatif de cette rationalit&#233; scientifique instrumentale, nous recourons &#224; l'explication, au sens &#233;tymologique, de la nature &lt;em&gt;cosmique&lt;/em&gt; de la raison occidentale, pour, confront&#233;s aux aspects type Pigeaire de l'&#233;pais dossier spirite, montrer que la question de Dieu y semble in&#233;vitablement &#233;merger au regard de tout authentique rationaliste. Apr&#232;s ce r&#233;sultat, pour le moins parlant s'il s'agit de donner des exemples du &#171; choc dans la culture &#187; constitu&#233; par ce dossier, nous entamerons notre retour &#224; l'&#233;tude directe de l'anthroposophie. Motiv&#233;e, premi&#232;rement, par les enjeux et probl&#232;mes soulev&#233;s par le dossier occultiste, de l'&#233;pist&#233;mologie physicienne &#224; la th&#233;ologie en passant par la psychologie ; deuxi&#232;mement, par des indications de Rudolf Steiner lui-m&#234;me sur la gen&#232;se id&#233;ologique de sa th&#233;orie anthroposophique, et troisi&#232;mement par le r&#244;le de la pens&#233;e orientale dans la gen&#232;se de l'agriculture biologique, &#233;vident chez Masanobu Fukuoka et Rudolf Steiner, sensible chez Albert Howard, une mise au point sur l'histoire et la structure de la raison s'av&#232;rera utile sinon n&#233;cessaire. C'est pourquoi la derni&#232;re &#233;tape du travail pr&#233;paratoire &#224; notre &#171; plong&#233;e anthroposophique &#187; nous conduira &#224; questionner fondamentalement la d&#233;marche rationnelle elle-m&#234;me, en vue de d&#233;couvrir une r&#233;ponse plus satisfaisante quant &#224; la saisie correcte du probl&#232;me occulte : d'o&#249; vient l'ambition d'une observation selon la raison ? Quels sont ses objectifs et crit&#232;res ? Comment se situent les diff&#233;rentes sciences &#224; l'int&#233;rieur du projet rationnel ? Quelle place fait-il aux questions qui nous concernent ici ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rep&#232;res sur l'id&#233;al &#233;pist&#233;mologique des sciences de la nature
&lt;br /&gt;Vers la d&#233;finition de la science comme m&#233;thode sp&#233;cifique et efficace d'&#233;laboration de savoirs&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les extraits de d&#233;finitions suivantes, issus du Robert, nous trouvons d&#233;j&#224; des indications essentielles pour comprendre ce qu'est la science. Les sens anciens et les moins sp&#233;cifiques du mot science sont d'une part, plus ou moins &#233;quivalents de ceux des mots &lt;em&gt;savoir&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;connaissance&lt;/em&gt;, avec un accent sur l'approfondissement et l'exactitude ; d'autre part, ils sont relatifs &#224; l'id&#233;e de technique, au sens d'une connaissance qui donne la ma&#238;trise d'un savoir-faire. Les d&#233;finitions modernes du mot science, que nous utilisons dans ce travail, sont plus sp&#233;cifiques et relatives &#224; la pratique particuli&#232;re des sciences modernes. D&#232;s le XIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, science peut d&#233;signer un &#171; domaine organis&#233; du savoir &#187; et, plus pr&#233;cis&#233;ment, un &#171; Corps de connaissances ayant un objet d&#233;termin&#233; et reconnu, et une m&#233;thode propre &#187;. Au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, appara&#238;t la d&#233;finition courante de la science, celle &#224; partir de laquelle travaille l'&#233;pist&#233;mologie : &#171; Ensemble de connaissances, d'&#233;tudes d'une valeur universelle, caract&#233;ris&#233;es par un objet (domaine) et une m&#233;thode d&#233;termin&#233;s, fond&#233;es sur des relations objectives v&#233;rifiables &#187;. Enfin, corollairement, la science d&#233;signe aussi le r&#233;sultat, le corpus, l'accumulation de savoirs issus du travail scientifique, l'ensemble des &#171; travaux des sciences &#187;, l'ensemble de la &#171; connaissance exacte, universelle et v&#233;rifiable exprim&#233;e par des lois &#187;.
&lt;br /&gt;D&#232;s le sens ancien de science, on note le souci de la pr&#233;cision et de l'exactitude pour caract&#233;riser le savoir scientifique. La science s'oppose d&#233;j&#224; &#224; la superficialit&#233;, et elle doit permettre des r&#233;alisations pratiques. Le sens moderne du mot prolonge ces aspects anciens de l'id&#233;e de science. Il y ajoute l'id&#233;e d'organisation du savoir, sur l'horizon d'une totalisation inspir&#233;e par la recherche des grecs de l'Antiquit&#233; classique - conna&#238;tre tout ce qui est universel-. Mais le sens de la science moderne est encore plus pr&#233;cis. La science moderne est d&#233;finie par un objet ou domaine et une m&#233;thode d&#233;termin&#233;s. La connaissance, pour &#234;tre dite scientifique, doit &#234;tre v&#233;rifiable et exprim&#233;e par des lois.
&lt;br /&gt;Cependant, &lt;em&gt;le c&#339;ur de la d&#233;finition de la science moderne&lt;/em&gt;, si l'on se concentre, en &#233;pist&#233;mologue, sur son &#233;laboration ou sur l'&#233;valuation des propositions qui s'en r&#233;clament, &lt;em&gt;r&#233;side dans sa m&#233;thodologie&lt;/em&gt;. D&#232;s la fin du Moyen Age, dans l'ordre de la connaissance, comme le note Jean Ladri&#232;re, nous voyons &#171; se former &lt;em&gt;une m&#233;thode&lt;/em&gt; qui donne &#224; la pens&#233;e et &#224; l'action humaine une prise effective sur la r&#233;alit&#233; et qui est au principe d'un processus cumulatif [&lt;a href='#nb6-104' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J. La Foi chr&#233;tienne et le Destin de la raison, Cerf, 2004, op. (...)' id='nh6-104'&gt;104&lt;/a&gt;]. Le passage suivant montre, qu'en derni&#232;re analyse, c'est la m&#233;thode, identifi&#233;e, accept&#233;e, et correctement suivie, qui constitue le crit&#232;re d&#233;cisif de la validation des hypoth&#232;ses en science moderne :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Prenons [&#8230;] l'exemple d'un fait scientifique, plus pr&#233;cis&#233;ment m&#234;me d'un fait exp&#233;rimental. Dans ce qu'on appelle un fait exp&#233;rimental, il y a toujours forc&#233;ment un moment d'interpr&#233;tation. Le r&#233;sultat d'une exp&#233;rience ne se pr&#233;sente jamais sous la forme d'une sorte d'&#233;vidence absolue, d&#233;finitive et irr&#233;cusable. L'effet observ&#233; ne prend son sens que moyennant une interpr&#233;tation, qui met en jeu tout un appareil conceptuel et tout un ensemble de conceptions th&#233;oriques. Mais l'interpr&#233;tation propos&#233;e n'appara&#238;t comme &#233;tant suffisamment fond&#233;e que si elle peut faire l'objet d'un accord effectif entre experts. Il y a donc intervention d'un crit&#232;re de validit&#233;. Et on pourrait dire que, en l'occurrence, &lt;em&gt;en ce qui concerne les faits exp&#233;rimentaux, le crit&#232;re de validit&#233; est la conformit&#233; &#224; une m&#233;thodologie &#233;prouv&#233;e&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb6-105' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J., op. cit., p. 109. Je souligne.' id='nh6-105'&gt;105&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Max Scheler compl&#232;te l'approche de Jean Ladri&#232;re en situant cette forme de savoir vis-&#224;-vis de la logique sociale et id&#233;ologique qui l'a fait &#233;merg&#233; et vis-&#224;-vis du questionnement humain en g&#233;n&#233;ral [&lt;a href='#nb6-106' class='spip_note' rel='footnote' title='L'ensemble du chapitre 3 de la troisi&#232;me partie de La sociologie de la (...)' id='nh6-106'&gt;106&lt;/a&gt;]. L'auteur s'exprime ici &#224; propos du &lt;em&gt;m&#233;canisme&lt;/em&gt;, qui est le premier mod&#232;le th&#233;orique de la science physique moderne, celle des Galil&#233;e, Newton, Copernic, etc. ; l'&#233;pist&#233;mologie de notre science exp&#233;rimentale tire ses principes de production du savoir acceptable de cette science physique. Dans l'extrait suivant, Scheler met bien en lumi&#232;re que cette m&#233;thodologie des sciences modernes r&#233;sulte d'un choix orient&#233; par une volont&#233; d'articuler strictement savoir et efficacit&#233; pratique. Il souligne d'autre part que toutes les questions ne sont susceptibles d'&#234;tres trait&#233;es dans le cadre de la m&#233;thode des sciences. Le sch&#233;ma du &#171; m&#233;canisme formel &#187; est ainsi&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; le produit de la logique pure (ainsi que de la math&#233;matique pure) et d'une pure valorisation de la puissance dans le choix de ce que l'on peut observer au sein de la nature. Et c'est dans ce second facteur, li&#233; &#224; la puissance, que r&#233;side aussi ce qui rel&#232;ve du conditionnement sociologique de ce principe de choix parmi les ph&#233;nom&#232;nes naturels. C'est pourquoi simplement, pour la science positive, il n'y a aucun sens &#224; poser une question dont la r&#233;ponse, affirmative ou n&#233;gative, ne se peut d&#233;velopper sous la forme de cons&#233;quences logiques fournissant, &#224; l'int&#233;rieur de ce sch&#233;ma et de ses possibilit&#233;s math&#233;matiques, des indications mesurables susceptibles d'&#234;tre observ&#233;es par le sujet &#187; [&lt;a href='#nb6-107' class='spip_note' rel='footnote' title='Scheler M., Sociologie de la connaissance, op. cit., p. 193.' id='nh6-107'&gt;107&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, on peut discuter, et ces discussions semblent parfois difficiles &#224; clore, sur les d&#233;limitations de tel ou tel domaine scientifique. On sait les difficult&#233;s rencontr&#233;es par certains chercheurs pour d&#233;limiter avec certitude le domaine de l'&#233;tude du vivant (la biologie) et celui de la mati&#232;re (physique, chimie,&#8230;). Ces questions de d&#233;limitation des objets sont encore plus ouvertes dans les sciences de l'homme. En revanche, la compr&#233;hension de la science comme m&#233;thode d&#233;finie pour la construction d'une connaissance exacte fait moins d&#233;bat. Il est donc pr&#233;f&#233;rable d'aborder la question de la scientificit&#233; ou la connaissance d'une science particuli&#232;re par le probl&#232;me de la m&#233;thode plut&#244;t que par celui de l'objet vis&#233;. C'est gr&#226;ce &#224; une m&#233;thode pr&#233;cise que la science met &#224; jour des faits r&#233;currents et des relations de cause &#224; effet que l'on nomme lois scientifiques. C'est &#224; ce point de vue &lt;em&gt;m&#233;thodologique&lt;/em&gt; que nous nous tiendrons dans ce travail &#224; chaque fois qu'il s'agira de &lt;em&gt;validit&#233; scientifique. &lt;/em&gt;Certes, les m&#233;thodes varient plus ou moins d'une science &#224; l'autre, mais il existe n&#233;anmoins un consensus sur les r&#232;gles minimales &#224; respecter pour atteindre &#224; la scientificit&#233; dans les sciences de la nature. R&#233;sumons maintenant les traits essentiels de ladite m&#233;thode scientifique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La m&#233;thode scientifique et l'objectivit&#233; faible : les r&#232;gles minimales de la scientificit&#233;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le principe g&#233;n&#233;ral de la connaissance scientifique r&#233;side dans la recherche de moyens de justification des jugements que l'on porte sur le r&#233;el. Il va s'agir de d&#233;finir comment on regarde le r&#233;el. On va d&#233;terminer avec autant de pr&#233;cision que possible les conditions d'observation de la r&#233;alit&#233; pour d&#233;gager les conditions de validit&#233; des &#233;nonc&#233;s. La d&#233;finition de ces conditions d'observations d&#233;termine en grande partie ce que l'on observe dans le donn&#233;.
&lt;br /&gt;Pour m&#233;riter le label de scientifique, une discipline doit r&#233;pondre &#224; certains crit&#232;res m&#233;thodologiques dans l'organisation de l'observation. L'objectivit&#233; dite &#171; faible &#187; constitue un de ces crit&#232;res. L' &#187;objectivit&#233; faible &#187; [&lt;a href='#nb6-108' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., L'Exp&#233;rience interdite, Saint Paul, Versailles, 1998, 288 p., (...)' id='nh6-108'&gt;108&lt;/a&gt;] exige que tout exp&#233;rimentateur appliquant le m&#234;me protocole d'observation, c'est-&#224;-dire effectuant les m&#234;mes op&#233;rations de mesure dans les m&#234;mes circonstances, obtienne les m&#234;mes r&#233;sultats. Un protocole exp&#233;rimental ayant &#233;t&#233; d&#233;fini, tout exp&#233;rimentateur doit pouvoir obtenir les m&#234;mes r&#233;sultats au terme des m&#234;mes d&#233;marches, des m&#234;mes exp&#233;riences. En r&#233;sum&#233;, pour parler de connaissance objective ou scientifique, l'&#233;pist&#233;mologie classique demande, de mani&#232;re minimale, que les points suivants soient satisfaits :
&lt;br /&gt;D&#233;finition pr&#233;cise d'un protocole d'observation.
&lt;br /&gt;Lecture des r&#233;sultats.
&lt;br /&gt;R&#233;p&#233;titions de l'exp&#233;rimentation par quiconque.
&lt;br /&gt;Lecture par chacun des m&#234;mes r&#233;sultats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La science exp&#233;rimentale est d&#233;finie au minimum par l'objectivit&#233; faible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les r&#233;sultats demeurent identiques, le savoir obtenu est objectif au sens scientifique. Bien-s&#251;r, comme nous l'avons not&#233; dans le paragraphe pr&#233;c&#233;dent, l'interpr&#233;tation et la validation des r&#233;sultats d&#233;pendent, dans une certaine mesure, de l'accord des scientifiques reconnus comp&#233;tents et honn&#234;tes sur la question. Cependant, plut&#244;t qu'&#224; ces dimensions subjectives, en accord avec Jean Ladri&#232;re, nous pensons plus conforme &#224; la vis&#233;e de la science d'accorder le primat &#224; la reconnaissance de l'importance de l'acceptation du protocole pour d&#233;finir l'objectivit&#233; scientifique. Jean Ladri&#232;re remarque ainsi qu'il y a des cas o&#249; l'exp&#233;rience &#171; n'a &#233;t&#233; faite qu'une seule fois &#187;. Ces exp&#233;riences non reproduites sont pourtant utilis&#233;es comme r&#233;f&#233;rence dans des th&#233;ories et exp&#233;riences ult&#233;rieures. Si, &#171; dans un cas pareil, on accorde cr&#233;dit au r&#233;sultat &#233;nonc&#233;, c'est dans la mesure o&#249; on a la garantie que l'exp&#233;rience a &#233;t&#233; conduite selon ce qui est reconnu, dans le domaine consid&#233;r&#233;, comme une m&#233;thodologie correcte &#187; [&lt;a href='#nb6-109' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J., op. cit., p. 109.' id='nh6-109'&gt;109&lt;/a&gt;]. Ce qu'il faut bien consid&#233;rer comme un b&#233;mol, dans cette d&#233;finition d'une &#171; loi des sciences &#187;, ne doit pas cependant &#234;tre pris pour une acceptation de la subjectivit&#233; dans l'admission des r&#233;sultats scientifiques. &lt;em&gt;Admettre, ici, que le crit&#232;re de r&#233;p&#233;tition des r&#233;sultats n'est pas toujours satisfait, n'a &#233;t&#233; fait qu'au nom d'un renforcement de l'importance de l'acceptation du protocole&lt;/em&gt;. Si, dans un domaine donn&#233;, un protocole a d&#233;j&#224; fourni plusieurs r&#233;sultats r&#233;p&#233;t&#233;s et reconnus, on peut comprendre et accepter que certaines exp&#233;riences, fid&#232;les &#224; ce m&#234;me protocole, ne soient pas reproduites, sans pour autant que leurs r&#233;sultats soient invalid&#233;es.
&lt;br /&gt;En aucun cas il ne s'agit de lier la v&#233;rit&#233; scientifique plus &#224; une d&#233;cision collective [&lt;a href='#nb6-110' class='spip_note' rel='footnote' title='Par exemple, selon Jean-Philippe Bouilloud, dans le conventionnalisme de (...)' id='nh6-110'&gt;110&lt;/a&gt;] qu'&#224; &#171; une appr&#233;ciation s&#233;par&#233;e de toute subjectivit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb6-111' class='spip_note' rel='footnote' title='Bouilloud J.-P., L'&#233;pist&#233;mologie des sciences sociales aujourd'hui, in (...)' id='nh6-111'&gt;111&lt;/a&gt;]. Pour un scientifique, prouver que ses hypoth&#232;ses ne sont pas que de l'opinion, montrer qu'il y a, dans ses hypoth&#232;ses, des d&#233;signations de &lt;em&gt;ph&#233;nom&#232;nes qui r&#233;sistent &#224; toutes les mises en doute [&lt;a href='#nb6-112' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur cette question de la lutte du scientifique contre la subjectivit&#233; et (...)' id='nh6-112'&gt;112&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;, cela est un but essentiel de son travail exp&#233;rimental [&lt;a href='#nb6-113' class='spip_note' rel='footnote' title='Proposer des explications argument&#233;es desdits ph&#233;nom&#232;nes mis en lumi&#232;re rel&#232;ve (...)' id='nh6-113'&gt;113&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Comprenons-nous bien : mettre en valeur la science comme m&#233;thode pertinente d'&#233;laboration d'un savoir critique sur le r&#233;el n'est pas pr&#233;tendre que la science serait une &#339;uvre humaine exceptionnelle en produisant des r&#233;sultats d&#233;barrass&#233;s des limites humaines. Non, il s'agit de rappeler que la m&#233;thodologie scientifique peut produire des savoirs justes, pertinents, permettant des actions efficaces. Ces savoirs permettent une prise efficace sur le r&#233;el mais il repr&#233;sente le r&#233;el, m&#234;me dans sa dimension physique, bien imparfaitement. On peut cependant supposer une unification possible des r&#233;sultats scientifiques, une unification au-del&#224; de la m&#233;thode. Elle s'est d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;e plusieurs fois dans l'histoire des sciences. Une telle unification est-elle pour autant un progr&#232;s dans la repr&#233;sentation vraie de notre univers ? Ce serait sans doute trop affirmer. L'unification des r&#233;sultats scientifiques est un progr&#232;s dans la f&#233;condit&#233; d'un certain mod&#232;le scientifique d'une partie du r&#233;el. Chercher &#224; &#233;valuer le rapport entre, d'une part, des r&#233;sultats scientifiques tenus, &#224; un moment donn&#233;, pour les plus justes dans une grande optique donn&#233;e (physique, biologie), et la v&#233;rit&#233; du r&#233;el, d'autre part, correspond &#224; une attitude de recherche de savoir relevant de la philosophie ou de la m&#233;taphysique. D&#233;j&#224; l'id&#233;e de savoir scientifique le plus juste n'est peut-&#234;tre pas pertinente : il advient parfois, dans un m&#234;me domaine, des th&#233;ories scientifiques concurrentes d'une f&#233;condit&#233; non &#233;puis&#233;e, qui permettent chacune de nouvelles d&#233;couvertes et applications, par exemple en biologie, avec la concurrence de la biologie mol&#233;culaire et de l'&#233;cologie. Cette derni&#232;re remarque renforce la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;flexion m&#233;taphysique dans le traitement approfondie de tout probl&#232;me &#233;pist&#233;mologique, &#224; moins de s'en tenir &#224; l'&#233;valuation de la pertinence et de l'efficacit&#233; des th&#233;ories en termes de quantit&#233;s de r&#233;sultats significatifs et d'applications efficaces, sans jamais demander ce qu'il en advient de l'image de l'humain et du monde o&#249; il vit quotidiennement avec tel ou tel &#171; perspective-r&#233;sultats-applications &#187; issues des sciences. Pour nous, la recherche &#233;pist&#233;mologique est ins&#233;parable d'une r&#233;flexion m&#233;taphysique et &#233;thique. La remarque suivante, de Karl Popper, exprime une compr&#233;hension &#224; la fois m&#233;thodique et ouverte de la science, dans laquelle nous nous retrouvons :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Nos proc&#233;dures scientifiques ne sont jamais fond&#233;es enti&#232;rement sur des r&#232;gles [&#8230;] il n'y a pas de proc&#233;dures routini&#232;res, pas de m&#233;canisme automatique pour r&#233;soudre le probl&#232;me de l'attribution de la falsification &#224; une partie sp&#233;cifique d'un syst&#232;me de th&#233;ories, tout comme il n'y a pas de proc&#233;dure routini&#232;re pour inventer de nouvelles th&#233;ories. Le fait que tout n'est pas logique dans notre recherche sans fin de la v&#233;rit&#233; n'est cependant pas une raison pour ne pas utiliser la logique pour &#233;clairer autant que nous le pouvons cette recherche, indiquant &#224; la fois o&#249; nos arguments ne marchent plus et jusqu'o&#249; ils vont &#187; [&lt;a href='#nb6-114' class='spip_note' rel='footnote' title='Popper K., Realism and the Aim of Science, cit&#233; in Boyer A., Introduction &#224; (...)' id='nh6-114'&gt;114&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parvenu &#224; ce point de notre expos&#233;, nous sommes en mesure de situer les exp&#233;riences occultes et leurs r&#233;sultats par rapport &#224; cette compr&#233;hension traditionnelle de la science moderne. Une fois que nous aurons saisi les raisons qui font que les r&#233;sultats &#233;sot&#233;riques ne sont pas conformes &#224; l'&#233;pist&#233;mologie des sciences de la nature, et donc qu'ils semblent logiquement inadmissibles au titre de &#171; faits scientifiques &#187;, nous poserons &#224; nouveaux frais la question des faits &#233;sot&#233;riques. L'abondance de t&#233;moignages, issus de personnes r&#233;put&#233;es fiables, attestant de l'existence de l'occulte, nous obligera &#224; admettre nous-m&#234;mes, comme hypoth&#232;se de recherche, qu'il existe des faits occultes. Ceci nous am&#232;nera, en conclusion, &#224; relativiser le r&#244;le et l'ad&#233;quation de l'&#233;pist&#233;mologie des sciences de la nature dans l'appr&#233;hension ad&#233;quate de ces ph&#233;nom&#232;nes. Ne pouvant alors &#171; laisser ces faits en plan &#187;, nous nous tournerons du c&#244;t&#233; des efforts de rationalisation produits &#224; leur &#233;gard par les sciences humaines. La confirmation des faits occultes que nous en obtiendrons nous poussera ensuite &#224; revenir sur la question de la scientificit&#233;. En effet, au risque de butter sur une aporie, il nous faudra d&#233;passer l'apparente contradiction entre un rejet des faits occultes par les sciences de la nature et la tendance &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de leur acceptation par les sciences humaines. Il nous faudra aller sur le terrain d'une r&#233;flexion sur la rationalit&#233;, pour envisager une perspective qui puisse articuler sans contradiction deux r&#233;gimes de scientificit&#233;, et rendre ainsi justice aux faits sans quitter la pens&#233;e rationnelle. Ce moment philosophique sera cependant l'occasion de d&#233;couvrir une interpr&#233;tation chr&#233;tienne de l'&#233;sot&#233;risme, ouverture d&#233;fendue au pr&#233;alable lors d'une confrontation de la diversit&#233; des faits occultes avec l'esprit de la rationalit&#233; h&#233;rit&#233;e de l'Antiquit&#233; grecque et transmise partiellement &#224; nos sciences actuelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre inad&#233;quation avec l'&#233;pist&#233;mologie des sciences de la nature et h&#233;sitations des sciences humaines, la recherche d'une prise en charge ad&#233;quate des ph&#233;nom&#232;nes apparent&#233;s occultes&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des ph&#233;nom&#232;nes d'observation au statut &#233;pist&#233;mologique incertain&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on admet l'ambigu&#239;t&#233; originelle des travaux sur le ph&#233;nom&#232;ne spirite, on a du mal &#224; accepter que l'on ait pu se justifier en esp&#233;rant trouver des explications simplement &lt;em&gt;naturelles&lt;/em&gt;, li&#233;s par exemple &#224; une &#171; force physique, m&#233;canique et inintelligente &#187; [&lt;a href='#nb6-115' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier P., Le spiritisme et la science de l'inconscient, p. 363. Il (...)' id='nh6-115'&gt;115&lt;/a&gt;]. Pourtant cette posture motive de nombreuses exp&#233;riences sur les m&#233;diums au tournant des XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles : &#171; Si les ph&#233;nom&#232;nes mettent en jeu des forces, des objets, des mouvements, des lumi&#232;res, et non des esprits insaisissables, pourquoi ne pas les soumettre &#224; une &#233;tude scientifique ? A l'&#233;poque, la science elle-m&#234;me ne manque pas de myst&#232;res, en particulier dans ce domaine des relations entre la mati&#232;re et les rayonnements, o&#249; excelle notamment le couple Pierre et Marie Curie. Au tournant du si&#232;cle, un terrain d'enqu&#234;te commun semble pouvoir se constituer entre la science et le spiritisme. Apr&#232;s une longue p&#233;riode de condamnation puis d'indiff&#233;rence vis-&#224;-vis de ces ph&#233;nom&#232;nes, &#224; partir des ann&#233;es 1890, le spiritisme devient une question qui touche les scientifiques aussi bien que toutes les classes de la soci&#233;t&#233; &#187; [&lt;a href='#nb6-116' class='spip_note' rel='footnote' title='Blondel C., Eusapia Palladino : la m&#233;thode exp&#233;rimentale et la &#171; diva des (...)' id='nh6-116'&gt;116&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La volont&#233; de faire science.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Allan Kardec, le fondateur du spiritisme fran&#231;ais, &#171; le spiritisme proc&#232;de exactement de la m&#234;me mani&#232;re que les sciences positives, c'est-&#224;-dire en suivant la &#171; m&#233;thode exp&#233;rimentale &#187;. Un peu plus tard, en 1891, l'astronome et &#233;crivain Camille Flammarion fait partie du comit&#233; de r&#233;daction d'une nouvelle revue, les &lt;em&gt;Annales de sciences psychiques&lt;/em&gt;, fond&#233;e par Darieix et Charles Richet, futur prix Nobel de physiologie (1913). D'autres personnages c&#233;l&#232;bres du spiritisme europ&#233;en figurent au comit&#233; de r&#233;daction : Sir William Crookes, Cesare Lombroso [&lt;a href='#nb6-117' class='spip_note' rel='footnote' title='Auteur notamment de Hypnotisme et Spiritisme, Flammarion, Paris, 1910, 308 (...)' id='nh6-117'&gt;117&lt;/a&gt;], Marcel Mangin, Joseph Maxwell, Enrico Morselli, Julian Ochorowicz, Francesco Porro, Albert de Rochas, Albert de Schrenk Notzing. Cette revue veut se d&#233;marquer des anciennes revues de spiritisme, en affirmant son objectif de &#171; faire passer certains ph&#233;nom&#232;nes myst&#233;rieux, inconnus, dans le cadre des sciences positives &#187; [&lt;a href='#nb6-118' class='spip_note' rel='footnote' title='Fuent&#232;s P., Camille Flammarion et les forces naturelles inconnues, in (...)' id='nh6-118'&gt;118&lt;/a&gt;]. Mais, apr&#232;s les &#233;checs tels ceux du docteur Pigeaire, que valent encore ces ambitions ou ces esp&#233;rances, que l'on retrouve dans le projet britannique de la Society for Psychical Research, fond&#233;e en 1882, ou au sein de sa s&#339;ur am&#233;ricaine, fond&#233;e deux ans plus tard, l'American Society for Psychical Research ? [&lt;a href='#nb6-119' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour ces rep&#232;res et l'identification d'autres personnages c&#233;l&#232;bres de la (...)' id='nh6-119'&gt;119&lt;/a&gt;] Malgr&#233; de multiples efforts, les protagonistes vont devoir admettre progressivement que le hiatus entre ces ph&#233;nom&#232;nes et la m&#233;thode usit&#233;e en sciences physiques &#233;tait trop important pour esp&#233;rer &#234;tre r&#233;duit. Effectivement, le comit&#233; &#233;ditorial des &lt;em&gt;Annales de sciences psychiques&lt;/em&gt; reconnaissait la difficult&#233; &#224; laquelle il s'attaquait : &#171; Ce qui est vraiment difficile, c'est de bien pr&#233;ciser un fait, quelque simple qu'il soit, surtout quand ce fait n'est pas une exp&#233;rience, mais une observation &#187; [&lt;a href='#nb6-120' class='spip_note' rel='footnote' title='Fuent&#232;s P., Camille Flammarion et les forces naturelles inconnues, in Des (...)' id='nh6-120'&gt;120&lt;/a&gt;]. A d&#233;faut d'exp&#233;riences, Flammarion esp&#233;rait que des &#171; observations s&#233;rieuses &#187; permettraient &#171; &#224; l'occultisme d'&#233;tablir des faits suffisamment pr&#233;cis pour que la contestation devienne impossible &#187; [&lt;a href='#nb6-121' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.112.' id='nh6-121'&gt;121&lt;/a&gt;]. Une des grandes ambigu&#239;t&#233;s de cette affaire r&#233;side l&#224;. Autant cette revue annonce son projet d'une r&#233;duction des ph&#233;nom&#232;nes occultes &#224; la science positive, autant elle semble reconna&#238;tre que ce que l'on observe en mati&#232;re d'occultisme ne semble pouvoir satisfaire aux exigences fondamentales de la m&#233;thode exp&#233;rimentale. On a bien affaire &#224; certains faits qui semblent, comme leurs traces mat&#233;rielles, ind&#233;niables, mais on se trouve incapable de les traduire et expliquer comme des faits scientifiques &#171; classiques &#187;. Comment r&#233;soudre le paradoxe ? En choisissant la science, aur&#233;ol&#233;e de grands succ&#232;s au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les protagonistes d'une investigation m&#233;thodique des cas m&#233;tapsychiques ont sans doute choisi un recours trop r&#233;ducteur &#224; la raison. De plus, il y avait alors, &#224; n'en pas douter, un flou plus grand qu'aujourd'hui sur ce qu'il en &#233;tait des limites pr&#233;cises de la d&#233;marche scientifique. L'&#233;pist&#233;mologie n'&#233;tait pas encore n&#233;e. Certains ont probablement raison de consid&#233;rer que ces controverses ont contribu&#233; &#224; &#233;claircir la nature, la port&#233;e, et les limites de pertinence de la m&#233;thode exp&#233;rimentale. Quoi qu'il en soit, face &#224; ces ph&#233;nom&#232;nes, l'espoir &#171; physicien &#187; va peu &#224; peu s'essouffler, au cours des trois premi&#232;res d&#233;cennies du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. D&#233;j&#224;, au tournant du si&#232;cle, les spirites admettent &#171; que cette m&#233;thode exp&#233;rimentale, telle qu'elle est d&#233;finie par les scientifiques, ne peut s'appliquer aux ph&#233;nom&#232;nes m&#233;diumniques. Pour que ces ph&#233;nom&#232;nes surviennent, il faut de multiples pr&#233;cautions &#8211; des conditions mat&#233;rielles comme l'obscurit&#233;, et psychologiques comme la bienveillance des observateurs &#8211; et surtout les effets ne se produisent pas syst&#233;matiquement, m&#234;me lorsque les conditions sont identiques et favorables. En outre, ils peuvent &#234;tres fugitifs, il faut les saisir &#171; au passage &#187;, et m&#234;me accepter leur caract&#232;re &#171; capricieux &#187; &#187; [&lt;a href='#nb6-122' class='spip_note' rel='footnote' title='Blondel, C., Eusapia Palladino : la m&#233;thode exp&#233;rimentale et la &#171; diva des (...)' id='nh6-122'&gt;122&lt;/a&gt;]. Autour des notions d&#233;cisives de subjectivit&#233; et de contingence, pr&#233;cisons maintenant l'inad&#233;quation de la m&#233;thode exp&#233;rimentale au traitement des ph&#233;nom&#232;nes du dossier occultiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le subjectivisme occulte ou l'impossibilit&#233; de traiter ces ph&#233;nom&#232;nes en sciences de la nature&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; l'engouement pour les ph&#233;nom&#232;nes occultes depuis le dernier tiers du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent, la premi&#232;re guerre mondiale semble marquer le d&#233;but d'un d&#233;tachement progressif mais peut-&#234;tre d&#233;finitif de la part de la majorit&#233; des scientifiques. Pourtant, c'est en 1919 qu'un Institut M&#233;tapsychique International (IMI) est fond&#233; &#224; Paris, gr&#226;ce au financement d'un riche n&#233;gociant, Jean Meyer. Cet homme, &#233;galement fondateur de l'Union spirite fran&#231;aise, la m&#234;me ann&#233;e, souhaiter que l'IMI aborde les faits m&#233;tapsychiques &#171; par des m&#233;thodes exp&#233;rimentales et en dehors de tout syst&#232;me philosophique ou moral &#187;. Avec l'aide de cette structure, Richet publiera son &#339;uvre de soutien &#224; la &#171; nouvelle science &#187;, le &lt;em&gt;Trait&#233; de m&#233;tapsychique&lt;/em&gt;, en 1922. En 1923, &#233;galement, des exp&#233;riences avec des m&#233;diums &#224; ectoplasmes, d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233;s avec succ&#232;s par l'IMI, sont organis&#233;es au sein du laboratoire de psychologie physiologique de la Sorbonne, alors dirig&#233; par Henri Pi&#233;ron. Cependant, dans tous les cas, on se heurte &#224; des obstacles insurmontables. D'une part, les ph&#233;nom&#232;nes spirites ou m&#233;diumniques sont d'occurrences al&#233;atoires, d'autre part ils sont fondamentalement tributaires de personnes singuli&#232;res, g&#233;n&#233;ralement appel&#233;e &#171; m&#233;diums &#187;, depuis le milieu du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : &#171; L'irr&#233;gularit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes justifie la n&#233;cessit&#233; d'un grand nombre de s&#233;ances, dont certaines sont improductives. Comme les autres m&#233;diums, Eusapia revendique cette irr&#233;gularit&#233;. [&#8230;] La sp&#233;cificit&#233; du spiritisme est de mettre en avant la singularit&#233; de quelques &#234;tres exceptionnels, m&#234;me si leurs capacit&#233;s existent &#224; l'&#233;tat plus ou moins latent chez la plupart des &#234;tres, alors que la science cherche la r&#233;gularit&#233;. Comment &#233;tablir des lois pour les &#171; exceptions &#187; ? &#187; [&lt;a href='#nb6-123' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-123'&gt;123&lt;/a&gt;] Ainsi tel ou tel m&#233;dium n'aura pas les m&#234;mes &#171; capacit&#233;s &#187; ou &#171; dons &#187; m&#233;diumniques : l'un produira des effets physiques, comme des mouvements d'objets lourds &#224; distance, l'autre produira des ectoplasmes, sortes de &#171; fant&#244;mes &#187;, quand d'autres &#233;criront &#171; automatiquement &#187;, ou recevront des messages, etc&#8230; Fondamentalement la subjectivit&#233; humaine entre en jeu dans les exp&#233;riences et observations des chercheurs en m&#233;tapsychique. Or c'est l&#224; un des crit&#232;res r&#233;dhibitoires de l'objectivit&#233; scientifique, comme nous l'avons rappel&#233; plus haut : pour &#234;tre reconnue comme scientifique, une exp&#233;rimentation doit pouvoir &#234;tre reproduite et lue &#224; l'identique par &lt;em&gt;n'importe qui&lt;/em&gt;. Les controverses m&#233;tapsychiques ont contribu&#233; &#224; rendre cette condition de scientificit&#233; encore plus &#233;vidente.
&lt;br /&gt;D&#232;s lors, nous pouvons articuler le rejet scientifique du dossier &#233;sot&#233;rique et de la m&#233;tapsychique avec un changement de paradigme survenu dans la psychologie, dont le &lt;em&gt;Trait&#233; de psychologie&lt;/em&gt;, ouvrage collectif paru en 1923, constitue un jalon essentiel. Henri Wallon y d&#233;nonce l'emploi de la suggestion et de l'hypnotisme comme m&#233;thodes d'investigation de la &lt;em&gt;personnalit&#233; et des facult&#233;s&lt;/em&gt;. Il met aussi en garde contre &#171; la fascination de l'hyst&#233;rie comme mod&#232;le de la subconscience &#187;. Le nouveau paradigme qu'il explicite &#171; &lt;em&gt;repose sur l'exp&#233;rimentation&lt;/em&gt; qui cherche &#224; &#233;valuer toutes les variables, &lt;em&gt;plut&#244;t que sur l'exp&#233;rience v&#233;cue&lt;/em&gt;. Face &#224; ce d&#233;fi, la m&#233;tapsychique, qui revendiquait la possibilit&#233; de &lt;em&gt;non-reproductibilit&#233;&lt;/em&gt; dans ses exp&#233;riences, ne pouvait r&#233;pondre. D'une certaine fa&#231;on, en se voulant science, elle s'illusionnait sur son objet et ses m&#233;thodes, et &#171; Richet lui-m&#234;me en avait pris conscience dans une certaine mesure &#187; [&lt;a href='#nb6-124' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Mal&#233;fan P., Richet chasseur de fant&#244;mes : l'&#233;pisode de la villa Carmen, in (...)' id='nh6-124'&gt;124&lt;/a&gt;]. Au III&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s international des sciences psychiques, &#224; Paris, en 1927, il notait la difficult&#233; &#171; terrible &#187;, &#171; essentielle &#187; qu'il y a &#224; travailler avec des m&#233;diums. Richet relevait encore une autre difficult&#233;, &#224; savoir le lien de la m&#233;tapsychique avec le spiritisme : le fondateur de l'IMI &#233;tait un spirite convaincu, et le directeur de l'IMI, le D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Geley, &#171; pr&#244;nait la survivance apr&#232;s la mort et en voyait des preuves dans la t&#233;l&#233;kin&#233;sie et la crypesth&#233;sie (lucidit&#233;) &#187; lors des &#171; controverses sur les exp&#233;riences de la Sorbonne &#187;. Richet rejeta l'amalgame en arguant que la m&#233;tapsychique, selon lui, ne &#171; faisait aucune hypoth&#232;se sur l'existence d'esprits ind&#233;pendants de la mati&#232;re &#187; [&lt;a href='#nb6-125' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 197-198.' id='nh6-125'&gt;125&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Aujourd'hui, Bertrand M&#233;heust convient toujours, en plusieurs passages de sa somme sur le sujet, que l'appr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes sur lesquels la m&#233;tapsychique porte son attention, et que vivent les &#171; sujets psi &#187;, ne peut &#234;tre ramen&#233;e aux crit&#232;res de l'&#233;pist&#233;mologie des sciences de la nature. Il rappelle, &#233;galement, que plusieurs, parmi ceux qui voulurent &#171; serrer &#187; au plus pr&#232;s les ph&#233;nom&#232;nes occultes en recourant &#224; la science, doutaient de pouvoir y parvenir : &#171; Au risque de nous r&#233;p&#233;ter, nous rappellerons que certains th&#233;oriciens, comme Sudre ou Osty, tout en essayant de dresser le fait m&#233;tapsychique &#224; se produire plus ou moins r&#233;guli&#232;rement en laboratoire, ne se faisaient gu&#232;re d'illusions sur la possibilit&#233; de le r&#233;duire au statut de l'objectivit&#233; classique &#187; [&lt;a href='#nb6-126' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#233;heust B., Somnambulisme et m&#233;diumnit&#233;, tome 2, p. 494.' id='nh6-126'&gt;126&lt;/a&gt;]. Alors que firent-ils ? D'une part, beaucoup abandonn&#232;rent &#224; l'horizon des ann&#233;es 1930. D'autre part, d'autres, malgr&#233; la fin de la m&#233;diatisation de ces recherches, continu&#232;rent le combat visant &#224; rendre justice &#224; ces ph&#233;nom&#232;nes. Rendre justice : nous tenons peut-&#234;tre l&#224; une image nous permettant de comprendre comment une &#233;tude plus r&#233;aliste, peut-&#234;tre encore scientifique, mais en un sens diff&#233;rent, a pu &#234;tre envisag&#233;e apr&#232;s que l'occulte eut &#233;t&#233; refoul&#233; par l'&#233;pist&#233;mologie instrumentale des sciences de la nature. Plus proche des m&#233;thodes de l'enqu&#234;te polici&#232;re ou judiciaire, les sciences de la culture ou sciences humaines ont connu leur mont&#233;e en puissance au cours du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Moins fascinante que la m&#233;thode exp&#233;rimentale, la m&#233;thode des sciences humaines n'a peut-&#234;tre rien &#224; lui envier en ce qui concerne l'&#233;claircie des questions situ&#233;es en amont de la d&#233;marche scientifique. D'autre part, c'est en provenance de chercheurs de ces disciplines que nous parvient encore aujourd'hui le rappel cr&#233;dible de l'histoire des rapports sociaux &#224; l'occulte. Le dossier m&#233;tapsychique, aujourd'hui &#233;pais, permet sans doute, apr&#232;s l'&#233;chec des confrontations &#224; la science auxquelles nous avons fait r&#233;f&#233;rence, de comprendre diff&#233;remment les enjeux. Si l'accumulation de t&#233;moignages fiables et concordants peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une approximation de la v&#233;rit&#233; selon le paradigme &#233;pist&#233;mologique instrumental, alors il devient possible de &lt;em&gt;penser raisonnablement&lt;/em&gt; le probl&#232;me occulte. Ne serait-ce d&#233;j&#224; pas un progr&#232;s sensible face &#224; l'abandon injustifiable de faits, m&#234;me capricieux ? Pour nous, l'acc&#232;s &#224; une telle posture de rationalit&#233; au moins &lt;em&gt;logique&lt;/em&gt; repr&#233;sentait une condition &lt;em&gt;sine qua non&lt;/em&gt; &#224; l'investigation pouss&#233;e de l'anthroposophie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Controverses sur l'occulte et affinement de la th&#233;orie &#233;pist&#233;mologique : l'&#233;mergence d'une rationalit&#233; judiciaire dans les sciences humaines&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face au dossier occulte, nous avons admis que l'on ne pouvait pas r&#233;duire &#171; la pratique des grands clairvoyants &#224; la s&#233;rie des hypoth&#232;ses alternatives &#187; telles que &#171; captage d'indices, reprise dialogu&#233;e, trucage, projections, interpr&#233;tation r&#233;troactive du hasard, etc. &#187;. M&#234;me si l'on fait abstraction du probl&#232;me de la subjectivit&#233;, on reste sans solution devant l'inconstance des exp&#233;riences faites avec ces personnes apparemment dot&#233;es de pouvoirs extraordinaires. Ces &#171; sujets d'exception peuvent difficilement r&#233;sister &#224; l'&#233;preuve du laboratoire &#187;. On peut bien faire cr&#233;dit &#224; Rudolf Steiner d'avoir trouv&#233;, de mani&#232;re occulte, des recettes au moins ponctuellement efficaces en agriculture, mais on ne peut d&#233;fendre que difficilement l'id&#233;e de l'efficacit&#233; r&#233;guli&#232;re de ses proc&#233;d&#233;s bio-dynamiques [&lt;a href='#nb6-127' class='spip_note' rel='footnote' title='A l'heure actuelle, on ne conna&#238;t gu&#232;re que l'essai DOK, men&#233; sur une longue (...)' id='nh6-127'&gt;127&lt;/a&gt;]. Pour Bertrand M&#233;heust, la &#171; question d&#233;cisive na&#238;t de la confrontation &#224; ces deux constats &#187;. La nature des ph&#233;nom&#232;nes paranormaux se situe ainsi entre &lt;em&gt;l'objectivit&#233; exp&#233;rimentale&lt;/em&gt;, recherch&#233;e par la science, et &lt;em&gt;l'objectivit&#233; de faits attest&#233;s par de nombreux t&#233;moignages et exp&#233;riences ou observations&lt;/em&gt; que l'on ne saurait &#233;carter d'un revers de main.
&lt;br /&gt;La recherche historique sur la d&#233;limitation du statut de ces ph&#233;nom&#232;nes a engendr&#233;, et engendre encore, une critique justifi&#233;e du prestige scientiste accord&#233; &#224; l'objectivation scientifique, que ce soit du c&#244;t&#233; des scientifiques qui ne voudraient voir de v&#233;rit&#233; que scientifique, ou bien du c&#244;t&#233; de certains tenants de la parapsychologie, qui, certainement trop influenc&#233; par la domination culturelle de la scientificit&#233;, cherchent &#224; tout prix &#224; obtenir pour &#171; leurs &#187; ph&#233;nom&#232;nes le label &#171; scientifique &#187;. On peut peut-&#234;tre r&#233;sumer le dilemme avec la formulation suivante : &#171; Suffisamment attest&#233;s pour r&#233;sister &#224; la r&#233;duction totale, les ph&#233;nom&#232;nes paranormaux qualitatifs ne sont pas assez solides pour subir l'&#233;preuve du laboratoire &#187;, qui peut aussi se dire, selon Bertrand M&#233;heust, dans l'autre sens : &#171; Insuffisamment attest&#233;s pour r&#233;sister &#224; l'&#233;preuve du laboratoire, les ph&#233;nom&#232;nes paranormaux qualitatifs le sont assez pour r&#233;sister &#224; la r&#233;duction &#187;. Pour ce philosophe et sociologue, la r&#233;versibilit&#233; de la formule abaisse les pr&#233;tentions de &#171; toutes les parties en lice, la pr&#233;tention de la physique &#224; statuer sur tout le r&#233;el, comme le d&#233;sir d'une parapsychologie &#224; tendance scientiste &#224; pr&#233;tendre au niveau d'objectivit&#233; de la physique &#187;. Cette synth&#232;se les invite ensemble &#224; r&#233;fl&#233;chir sur &#171; cette esp&#232;ce d'&#233;charde dans la connaissance &#187;. Elle nous oblige &#171; &#224; envisager une pluralit&#233; des niveaux du r&#233;el, et &lt;em&gt;une pluralit&#233; des modes d'objectivation&lt;/em&gt; qui leur correspondent &#187; [&lt;a href='#nb6-128' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#233;heust B., Devenez savants : d&#233;couvrez les sorciers, Lettre &#224; Georges (...)' id='nh6-128'&gt;128&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Ainsi, les controverses sur l'occulte ont-elles pouss&#233; des scientifiques &#224; d&#233;couvrir les limites de la m&#233;thode exp&#233;rimentale. Elles ont ouvert l'esprit de personnes travaillant dans le champ de la r&#233;f&#233;rence culturelle la plus embl&#233;matique de la modernit&#233; sur des ph&#233;nom&#232;nes d&#233;fiant la m&#233;thode scientifique &#171; dure &#187;. Ces controverses ont r&#233;-ouvert le domaine du savoir rationnel et rigoureux &#224; &lt;em&gt;des m&#233;thodes plus clairement entach&#233;es de subjectivit&#233;&lt;/em&gt; que ne le sont, par principe, les sciences de la nature. Ces controverses ont ainsi particip&#233; au d&#233;veloppement de &lt;em&gt;sciences humaines&lt;/em&gt;, comme la psychologie et la sociologie, &#224; c&#244;t&#233; des sciences exp&#233;rimentales.
&lt;br /&gt;Au tournant du si&#232;cle, l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes occultes &#171; a fait &#233;voluer la &#171; m&#233;thode exp&#233;rimentale &#187; au nom de laquelle le magn&#233;tisme animal avait &#233;t&#233; condamn&#233; par la commission acad&#233;mique &#224; la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#187; [&lt;a href='#nb6-129' class='spip_note' rel='footnote' title='Bensaude-Vincent B. et Blondel C., Introduction, in Des savants face &#224; (...)' id='nh6-129'&gt;129&lt;/a&gt;]. Des techniques diverses d'observation et d'enregistrements de ph&#233;nom&#232;nes presque immat&#233;riels ont &#233;t&#233; invent&#233;es et test&#233;es, dont la photographie. Mais les difficult&#233;s r&#233;currentes rencontr&#233;es pour faire se produire de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;es et anonymes ces ph&#233;nom&#232;nes occultes en laboratoire ont introduit dans la science de nouveaux modes d'administration de la preuve, comme &lt;em&gt;la m&#233;thode indiciaire&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb6-130' class='spip_note' rel='footnote' title='Ginzburg C., Traces. Racines d'un paradigme indiciaire, in Mythes, embl&#232;mes, (...)' id='nh6-130'&gt;130&lt;/a&gt;]. Carlo Ginzburg a ainsi r&#233;cemment rappel&#233; que les &#171; rapports entre histoire et droit ont toujours &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;troits, depuis, voil&#224; deux mille cinq cents ans, que le genre litt&#233;raire que nous nommons &#171; histoire &#187; apparut en Gr&#232;ce &#187;. Comme nous le verrons dans notre section consacr&#233;e &#224; la gen&#232;se de la raison occidentale, celle-ci a partie li&#233;e, dans le mouvement m&#234;me de sa naissance, avec les codes d'action et d'expression qui se mettent en place avec l'av&#232;nement des d&#233;mocraties grecques. L'&lt;em&gt;enqu&#234;te&lt;/em&gt;, qu'elle soit sur les diverses opinions concernant la politique &#224; mener dans la cit&#233;, sur la culpabilit&#233; pr&#233;sum&#233;e d'un homme, ou sur les causes de l'&#233;tat de souffrance de tel patient, ou encore sur les raisons de telle ou telle disposition des choses et des astres, l'enqu&#234;te, disons-nous, constitue une attitude et un travail commun &#224; toutes les d&#233;marches cherchant le savoir. L'investigation visant &#224; une information &#233;tay&#233;e par des faits et des raisonnements logiques, afin de d&#233;passer l'ignorance ou l'impr&#233;cision des id&#233;es ant&#233;rieures, voil&#224; bien un trait commun aux comportements th&#233;oriques rationnels. L'exemple des rapports entre histoire, droit et m&#233;decine le montre bien. Si le mot &#171; &#171; histoire &#187; d&#233;rive du langage m&#233;dical, la capacit&#233; d'argumentation qu'elle suppose provient pour sa part du milieu juridique. L'histoire en tant qu'activit&#233; intellectuelle sp&#233;cifique se constitue [&#8230;] au croisement de la m&#233;decine et de la rh&#233;torique : elle examine cas et situations, en recherchant leurs causes naturelles selon l'exemple de la premi&#232;re, et les expose en suivant les r&#232;gles de la seconde &#8211; un art de la persuasion n&#233; devant les tribunaux &#187; [&lt;a href='#nb6-131' class='spip_note' rel='footnote' title='Ginzburg C., Le juge et l'historien, Consid&#233;rations en marge du proc&#232;s Sofri, (...)' id='nh6-131'&gt;131&lt;/a&gt;]. Mais d&#233;j&#224;, &#224; l'&#233;poque des controverses qui nous ont occup&#233;es ici, le philosophe Henri Bergson d&#233;fendait le recours &#224; la m&#233;thode judiciaire &#224; l'encontre de la fascination d&#233;plac&#233;e vis-&#224;-vis de la m&#233;thode exp&#233;rimentale. Le passage suivant, &#224; propos de la recherche sur la t&#233;l&#233;pathie, est tir&#233;e d'une conf&#233;rence qu'il fit lorsque les anglais de la Society for Psychical Research lui confi&#232;rent la pr&#233;sidence de leur institution :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Voil&#224; donc un ph&#233;nom&#232;ne qui semblerait, en raison de sa nature, devoir &#234;tre &#233;tudi&#233; &#224; la mani&#232;re du fait physique, chimique, ou biologique. Or, ce n'est pas ainsi que vous vous y prenez : force vous est de recourir &#224; une m&#233;thode toute diff&#233;rente, qui tient le milieu entre celle de l'historien et celle du juge d'instruction. L'hallucination v&#233;ridique remonte-t-elle au pass&#233; ? vous &#233;tudiez les documents, vous les critiquez, vous &#233;crivez une page d'histoire. Le fait est-il d'hier ? vous proc&#233;dez &#224; une esp&#232;ce d'enqu&#234;te judiciaire ; vous vous mettez en rapport avec les t&#233;moins, vous les confrontez entre eux, vous vous renseignez sur eux. Pour ma part, quand je repasse dans ma m&#233;moire les r&#233;sultats de l'admirable enqu&#234;te poursuivie inlassablement par vous pendant plus de trente ans, quand je pense aux pr&#233;cautions que vous avez prises pour &#233;viter l'erreur, quand je vois comment, dans la plupart des cas que vous avez retenus, le r&#233;cit de l'hallucination avait &#233;t&#233; fait &#224; une ou plusieurs personnes, souvent m&#234;me not&#233; par &#233;crit, avant que l'hallucination e&#251;t &#233;t&#233; reconnue v&#233;ridique, quand je tiens compte du nombre &#233;norme des faits et surtout de leur ressemblance entre eux, de leur air de famille, de la concordance de tant de t&#233;moignages ind&#233;pendants les uns des autres, tous analys&#233;s, contr&#244;l&#233;s, soumis &#224; la critique, je suis port&#233; &#224; croire &#224; la t&#233;l&#233;pathie de m&#234;me que je crois, par exemple, &#224; la d&#233;faite de l'Invincible Armada. Ce n'est pas la certitude math&#233;matique que me donne la d&#233;monstration du th&#233;or&#232;me de Pythagore ; ce n'est pas la certitude physique que m'apporte la v&#233;rification de la loi de Galil&#233;e. C'est du moins toute la certitude qu'on obtient en mati&#232;re historique ou judiciaire &#187; [&lt;a href='#nb6-132' class='spip_note' rel='footnote' title='Bergson H., &#171; Fant&#244;mes de vivants &#187; et &#171; recherche psychique &#187;, Conf&#233;rence (...)' id='nh6-132'&gt;132&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, aujourd'hui, sur le strict point de vue scientifique, o&#249; nous nous pla&#231;ons bien-s&#251;r du c&#244;t&#233; des sciences physiques, mais aussi des sciences humaines, on ne peut pas dire qu'il y ait quelque chose de nouveau et de d&#233;cisif sur les ph&#233;nom&#232;nes occultes : &#171; Il y a effectivement, [&#8230;], devant la question paranormale, un certain pi&#233;tinement de la connaissance. Nous avons une masse de donn&#233;es qu'il est difficile de rejeter en bloc, mais nous attendons toujours celui ou celle qui saura proposer la th&#233;orie d'o&#249; viendra la perc&#233;e &#187; [&lt;a href='#nb6-133' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#233;heust B., Devenez savants : d&#233;couvrez les sorciers, Lettre &#224; Georges (...)' id='nh6-133'&gt;133&lt;/a&gt;]. En effet, le &#171; dossier bis&#233;culaire de la m&#233;tapsychique a atteint une consistance suffisante pour que nous ne puissions plus nous en d&#233;barrasser. Il n'est plus possible, aujourd'hui, d'affirmer [&#8230;] qu'il n'y a aucun r&#233;sultat, que tout ce qu'a accumul&#233; la m&#233;tapsychique rel&#232;ve de l'illusion collective. Le ver est dans le fruit ; la science devra vivre avec, la philosophie devra, un jour ou l'autre, &#171; penser avec &#187;, comme elle l'a d'ailleurs d&#233;j&#224; fait dans le pass&#233;. Mais, d'autre part, il est vrai que les ph&#233;nom&#232;nes m&#233;tapsychiques &#8211; du moins les ph&#233;nom&#232;nes qualitatifs et microscopiques &#8211; ne r&#233;sistent pas aux exigences de r&#233;p&#233;tabilit&#233;, de standardisation, de purification, d'homog&#233;n&#233;it&#233;, etc., qui sont celles de la Big science &#187; [&lt;a href='#nb6-134' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 127-128.' id='nh6-134'&gt;134&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Pour conclure, rappelons avec force que les efforts en direction de l'&#233;laboration &#171; d'une science positive de l'occulte &#187; [&lt;a href='#nb6-135' class='spip_note' rel='footnote' title='Bensaude-Vincent B. et Blondel C., Introduction, in Des savants face &#224; (...)' id='nh6-135'&gt;135&lt;/a&gt;] ont stimul&#233; l'innovation scientifique, par les controverses suscit&#233;es, et enrichit la pratique des sciences. La m&#233;thode indiciaire devient, au-del&#224; du canon de la science physique, d'usage g&#233;n&#233;ral dans d'autres disciplines scientifiques. Comme l'on s'en rend compte dans le passage cit&#233; ci-dessus par Bergson, il y a eu, notamment &#224; la Belle Epoque, un bouillonnement culturel qui a accouch&#233; de la plupart des probl&#233;matiques avec lesquelles nous nous battons encore un si&#232;cle apr&#232;s. Les d&#233;buts du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle voient aussi l'apparition de la th&#233;orie de la relativit&#233; d'Einstein. Bouleversements de la R&#233;volution industrielle, r&#233;volution m&#233;dicale de Pasteur et Claude Bernard, ma&#238;trise de l'&#233;lectricit&#233;, d&#233;couverte de la radioactivit&#233;, r&#233;volution de la th&#233;orie physique, recherches occultes, d&#233;veloppement de la psychologie et de la psychanalyse, etc&#8230; Le bouillonnement culturel d&#233;boucha aussi sur une crise de la rationalit&#233; occidentale, sans oublier son influence sur le d&#233;clenchement de la premi&#232;re Guerre Mondiale. L'&#339;uvre d'un Bergson, qui a &#233;tudi&#233; et critiqu&#233; aussi bien les d&#233;marches et r&#233;sultats psychiques que la psychologie, la biologie ou la physique einsteinienne, constitue un exemple de tentative, &#224; c&#244;t&#233; de celles d'autres grand philosophes de l'&#233;poque, tels Edmund Husserl et Alfred North Whitehead, pour &#171; reconstruire le fondement du vrai rationalisme &#187;. Ainsi, son acceptation courageuse de la r&#233;alit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes occultes comme objet de science impliquait d'&#233;largir la rationalit&#233; scientifique, pr&#233;c&#233;demment confin&#233;e au seul mod&#232;le instrumental physicien. L'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes occultes a historiquement partie li&#233;e avec un nouveau d&#233;veloppement du recours critique &#224; l'&#233;coute de la subjectivit&#233; en sciences : un tel enrichissement des types de preuves acceptables en science a favoris&#233; l'expansion des &lt;em&gt;sciences humaines&lt;/em&gt;, o&#249; &lt;em&gt;le r&#244;le des t&#233;moignages &#233;crits ou oraux est souvent d&#233;cisif pour administrer la preuve d'un fait.
&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Cette pluralit&#233; dans l'id&#233;e de science, ou, plus justement, dans la d&#233;finition &#233;pist&#233;mologique du savoir rationnel, &#233;tant maintenant, semble-t-il, bien mise en &#233;vidence historiquement, il nous reste &#224; d&#233;terminer comment elle peut s'articuler efficacement pour favoriser l'avanc&#233;e des connaissances. Mais, auparavant, deux paragraphes vont faire comprendre, dans deux sens oppos&#233;s, comment les m&#233;thodes et r&#233;sultats scientifiques peuvent servir des causes &#233;thiquement contradictoires, appelant, au-del&#224; de cette d&#233;stabilisation, un approfondissement de la connaissance de la raison humaine. Ainsi, avant de voir comment il est possible, et raisonnable, par une confrontation entre, d'un c&#244;t&#233;, le projet de la raison, lorsqu'il n'est pas r&#233;duit &#224; l'aspect op&#233;ratoire du mod&#232;le scientifique physicien, et, de l'autre, le dossier volumineux des recherches consacr&#233;es &#224; l'occulte, de tirer des conclusions tendanciellement bouleversantes pour notre culture, rappelons, &#224; l'oppos&#233; et au pr&#233;alable, que la volont&#233; de puissance peut d&#233;terminer &lt;em&gt;seule&lt;/em&gt; l'aventure scientifique : dans l'arbitraire du possible et de l'op&#233;ratoire, la science moderne et l'occultisme, ici steinerien, peuvent ais&#233;ment converger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En amont de l'efficacit&#233; pratique ext&#233;rieure, sur cultures ou troupeaux, Steiner pr&#233;tend aussi s'&#234;tre livr&#233; &#224; une sorte &lt;em&gt;d'introspection objective&lt;/em&gt;. C'est par un regard &#171; clairvoyant &#187; d&#233;tach&#233; de tout motif personnel qu'il aurait pu d&#233;crire, dans ses ouvrages, une cosmologie &#224; peu pr&#232;s aussi abstruse que celle de la th&#233;osophie d'Helena Blavatsky, qu'il reprenait de mani&#232;re critique. Ce n'est pas le projet m&#234;me d'une introspection objective qui appara&#238;t injustifiable : nous reconnaissons qu'il n'y a gu&#232;re de philosophie ni d'anthropologie satisfaisante sans le recours &#224; un minimum d'auto-observation de l'&#226;me par elle-m&#234;me [&lt;a href='#nb6-136' class='spip_note' rel='footnote' title='Etienne Gilson, d&#233;fendant toujours la soumission de l'effort cognitif au (...)' id='nh6-136'&gt;136&lt;/a&gt;]. Mais ce que peut livrer cette observation attend d'&#234;tre intersubjectivement et socialement confirm&#233; pour parvenir au statut d'une expression consensuelle de la nature humaine. Le recoupement de t&#233;moignages &#171; philosophiques &#187; concordant a permis la proclamation d'id&#233;es aussi fondamentales pour l'image que nous nous faisons de l'homme et de la soci&#233;t&#233;, comme pour l'exercice de la justice, que celle des &lt;em&gt;droits de l'homme&lt;/em&gt;. Non, ce qui ne va pas, avec les diverses doctrines &#233;sot&#233;riques, c'est que, pour la description d'un m&#234;me niveau de r&#233;alit&#233; reconnu, tels les mondes &#233;th&#233;rique, astral, ou &#233;l&#233;mentaire, les analyses et les explications causales varient tr&#232;s sensiblement. Lorsque l'on est d&#233;cid&#233; &#224; ne pas verser dans le syncr&#233;tisme, au-del&#224; d'une parent&#233; &#233;vidente des &#233;sot&#233;rismes, force est de reconna&#238;tre que les plans occultes et les &#234;tres qui les gouvernent changent d'un auteur &#224; l'autre. Autant il nous appara&#238;t possible et l&#233;gitime de d&#233;gager une anthropologie et une cosmologie occultes &#224; partir des invariants qui se d&#233;gage d'un travail de comparaison, autant il est certain que la plupart des aspects particuliers des doctrines &#233;sot&#233;riques sont tributaires de la subjectivit&#233; de leurs auteurs. Nous ne disons absolument pas qu'il s'agit forc&#233;ment d'un subjectivisme volontaire ou de projections inconscientes. Nous reviendrons plus loin sur la caract&#233;risation possible de la subjectivit&#233; en question dans les productions &#233;sot&#233;riques. Pour l'instant, il s'agit simplement de souligner la n&#233;cessit&#233; d'au moins deux niveaux de lecture vis-&#224;-vis des t&#233;moignages livresques et observ&#233;s des occultistes : d'une part, sous l'angle qui d&#233;gage l'unit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne occulte, avec les airs de famille des diff&#233;rentes doctrines qui parlent de l'occulte et l'interrogation sur le caract&#232;re factuel attest&#233; de certains de ses ph&#233;nom&#232;nes, et, d'autre part, avec une perspective qui n'&#233;vacue pas l'omnipr&#233;sence d'une subjectivit&#233; incontr&#244;lable dans ces m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Science moderne et recherches anthroposophiques : la tentation du possible en partage&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En approfondissant notre introduction &#224; une chronique des recherches men&#233;es dans les milieux scientifiques et philosophiques de l'&#233;poque de Rudolf Steiner, nous pensons que nous avons pu confirmer qu'il a exist&#233;, alors, une sorte de double d&#233;veloppement, sinon du savoir, au moins de l'interrogation scientifique, aussi bien en direction de choses devenues banales aujourd'hui (&#233;lectromagn&#233;tisme, radioactivit&#233;&#8230;), que de choses devenues, depuis, taboues (spiritisme, occultisme, t&#233;l&#233;pathie&#8230;). Le tableau de cette situation historique, confront&#233; &#224; celui des origines des sciences modernes, mais aussi &#224; de nombreuses situations r&#233;currentes tout au long de l'histoire des sciences modernes depuis le Moyen-Age [&lt;a href='#nb6-137' class='spip_note' rel='footnote' title='Que nous ne pouvions pas relater ici. Sur ce sujet, voir les r&#233;f&#233;rences (...)' id='nh6-137'&gt;137&lt;/a&gt;], confirme notre hypoth&#232;se d'une compatibilit&#233; partielle non seulement historique (externe) mais bien &#233;galement logique (interne), entre la fa&#231;on moderne de faire de la science et la fa&#231;on dont certains adeptes de l'occultisme tendent &#224; ou esp&#232;rent construire et valider leur savoir. Nous allons revenir une derni&#232;re fois sur cette proximit&#233;, pour en souligner les enjeux &#233;thiques et l'influence chez Rudolf Steiner.
&lt;br /&gt;Au cours du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ceux qui travaillent au nom de la d&#233;marche scientifique &lt;em&gt;cherchent presque dans toutes les directions&lt;/em&gt;. En fait, comme nous l'avons soulign&#233;, cette d&#233;marche n'est pas limit&#233;e &#224; priori par une vision du monde ou de la nature humaine, ou bien par une &#233;thique ou une religion. Ce moment historique constitue sans doute, au plan de la culture, l'ouverture et l'av&#232;nement de notre &#233;poque contemporaine, en tant que l'&#233;pist&#233;mologie &#171; lib&#233;rale &#187; de la science moderne commence &#224; s'y traduire massivement en applications dans le monde quotidien. Nous avons &#233;galement rappel&#233; que la science moderne &#233;tait plus exactement mise en lumi&#232;re lorsque l'on songeait &#224; la d&#233;nommer &#171; technoscience &#187;. Ceux qui, comme Descartes ou Francis Bacon, au XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, vont clamer leurs espoirs de &#171; nous rendre comme ma&#238;tres et possesseurs de la nature &#187;, aussi bien que leurs r&#234;ves de voir l'humanit&#233; trouver, par ses propres moyens, des solutions &#224; tous les probl&#232;mes de l'homme, &lt;em&gt;ne se limitaient pas &#224; la sph&#232;re des outils et inventions&lt;/em&gt; &lt;em&gt;mat&#233;riels&lt;/em&gt;. Dans les esp&#233;rances qui concluent le programme baconien de &lt;em&gt;La Nouvelle Atlantide&lt;/em&gt;, nous identifions, en effet, des choses ressemblant aussi bien &#224; certains r&#233;sultats atteints par notre science actuelle, que des id&#233;es ressemblant aux efforts des magiciens et sorciers, concernant notre vie et notre libert&#233; int&#233;rieure : &#171; Prolonger la vie, rendre, &#224; quelque degr&#233;, la jeunesse. Retarder le vieillissement. Gu&#233;rir des maladies r&#233;put&#233;es incurables. [&#8230;] Augmenter et &#233;lever le c&#233;r&#233;bral. M&#233;tamorphose d'un corps dans un autre. Fabriquer des esp&#232;ces nouvelles. Transplanter une esp&#232;ce dans une autre. Instruments de destruction, comme ceux de la guerre et le poison. Rendre les esprits joyeux, et les mettre dans une bonne disposition. Puissance de l'imagination sur le corps, ou sur le corps d'un autre &#187; [&lt;a href='#nb6-138' class='spip_note' rel='footnote' title='Bacon F., (Sir), La Nouvelle Atlantide, Payot, Paris, 1983, cit&#233; in Bourg (...)' id='nh6-138'&gt;138&lt;/a&gt;]. Francis Bacon assignait ainsi &#224; la science moderne le &lt;em&gt;programme presque sans limite&lt;/em&gt; de &#171; reculer les bornes de l'empire humain &#187; [&lt;a href='#nb6-139' class='spip_note' rel='footnote' title='Bacon F., (Sir), La Nouvelle Atlantide, Payot, Paris, 1983, cit&#233; in Bourg (...)' id='nh6-139'&gt;139&lt;/a&gt;]. Dans son exhortation &#224; l'augmentation des connaissances et des forces de l'homme, il a conscience de vouloir rompre avec le pass&#233; :
&lt;br /&gt;&#171; La fin qui est propos&#233;e &#224; notre science n'est plus la d&#233;couverte d'arguments, mais de techniques, non plus de concordances avec les principes, mais des principes eux-m&#234;mes, non d'arguments probables, mais de &lt;em&gt;dispositions et d'indications op&#233;ratoires&lt;/em&gt; [&#8230;]. C'est pourquoi, d'une intention diff&#233;rente suivra un effet diff&#233;rent. Vaincre et contraindre : l&#224;-bas, un adversaire par la discussion, ici la nature par le travail &#187; [&lt;a href='#nb6-140' class='spip_note' rel='footnote' title='Bacon F., (Sir), Pr&#233;face &#224; l'Instauratio magna, cit&#233;e in M&#233;nard G. et Miquel (...)' id='nh6-140'&gt;140&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En &lt;em&gt;cherchant tous azimuts des ph&#233;nom&#232;nes ma&#238;trisables&lt;/em&gt;, l'&#233;pist&#233;mologie moderne, dans sa logique interne, ne limite absolument pas la science au monde mat&#233;riel. Dans le programme de la technoscience moderne, il y a seulement un &lt;em&gt;appel quasiment illimit&#233; &#224; l'action et &#224; la transformation du monde :&lt;/em&gt; &#171; De Bacon &#224; Hegel, la modernit&#233; technique et scientifique semble n'avoir assign&#233; &#224; l'action humaine d'autre fin que la n&#233;gation du donn&#233;, de ce qui advient naturellement, spontan&#233;ment, &#224; l'existence. Le donn&#233; naturel &#233;tait, par d&#233;finition, promis &#224; une transformation technique et ne pouvait &#234;tre consid&#233;r&#233; qu'&#224; ce titre. Toutes les choses naturelles apparaissaient par principe comme sujettes &#224; manipulation &#187;. Ainsi, originellement comme dans sa m&#233;thode, notre science ne vise pas le r&#233;el en tant que tout unifi&#233; mais seulement des parties du r&#233;el, dont la connaissance permettra une &#171; ma&#238;trise technique &#187; et la production d'objets utiles &#224; notre bien &#234;tre. D&#233;couvrons maintenant que Rudolf Steiner ne s'opposait pas vraiment &#224; cette vis&#233;e. Nous pourrons ainsi comprendre que, bien qu'il s'illusionne sur l'objectivit&#233; de ses observations spirituelles, il puisse croire aussi, pour une autre raison, &#224; la scientificit&#233; de sa d&#233;marche : n'obtenait-il pas des &#171; savoirs &#187; efficaces &#224; partir d'une &#171; technique &#187; d&#233;finie, l'initiation occulte ? Si, effectivement, l'efficacit&#233; op&#233;ratoire caract&#233;rise la science, au moins aussi bien, dans les repr&#233;sentations ordinaires, que les crit&#232;res &#233;pist&#233;mologiques que nous avons soulign&#233;s, on peut d'autant plus ais&#233;ment comprendre la pr&#233;gnance sociale de l'occulte : il y aurait tellement de proc&#233;d&#233;s inexpliqu&#233;s &#171; qui marchent &#187; ! Ainsi, et paradoxalement, une fois qu'il est acquis que les observations occultes ne sont pas reproductibles &#224; l'identique par quiconque, c'est dans cette lumi&#232;re technoscientifique que nous pensons mieux comprendre le projet d&#233;clar&#233; par Rudolf Steiner d'une &#171; science de l'esprit &#187;. Inscrit pas moins de douze fois sur chaque couverture des livres de Steiner publi&#233;s par les Editions Anthroposophiques Romandes, le d&#233;sir d'une &#171; science de l'esprit &#187; ne peut pas &#234;tre r&#233;duit &#224; une simple pr&#233;tention pseudo scientifique. En effet, autant le souci steinerien de prolonger et d'&#233;tendre la m&#233;thode scientifique au monde suprasensible est-il illusoire, autant l'intention de d&#233;couvrir tout ce qui peut se laisser entrevoir, comme tout ce qui peut avoir de l'effet, ne nous appara&#238;t gu&#232;re plus d&#233;routant que la combinaison sereine de physique et de spiritisme dans le travail de Pierre et Marie Curie. Nous en voulons pour preuve la citation ci-dessous, plac&#233;e &lt;em&gt;au d&#233;but&lt;/em&gt; de son livre &lt;em&gt;La science occulte.&lt;/em&gt; Dans cet ouvrage, au titre suspect dans notre culture commune, Rudolf Steiner d&#233;fend sa d&#233;marche en s'appuyant sur un raisonnement &#233;pist&#233;mologique au diapason de l'intentionnalit&#233; op&#233;ratoire de l'&#233;pist&#233;mologie moderne :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Quand &#224; ceux qui consid&#232;rent comme une pr&#233;somption coupable de vouloir p&#233;n&#233;trer dans le domaine de l'invisible, l'occultiste leur r&#233;pond que, du moment que l'homme est capable d'y p&#233;n&#233;trer, c'est un p&#233;ch&#233; contre les facult&#233;s donn&#233;es par la nature que de les laisser s'atrophier, au lieu de les d&#233;velopper et de les utiliser &#187; [&lt;a href='#nb6-141' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., La science occulte, Traduction de Jules Sauerwein, Librairie (...)' id='nh6-141'&gt;141&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comparez maintenant cette invitation de Rudolf Steiner avec la formulation la plus g&#233;n&#233;rale du projet baconien dans La Nouvelle Atlantide :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Notre Fondation, proclame le P&#232;re de la Maison de Salomon, a pour Fin de conna&#238;tre les Causes, et le mouvement secret des choses ; et de reculer les bornes de l'Empire humain en vue de r&#233;aliser &lt;em&gt;toutes les choses possibles&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb6-142' class='spip_note' rel='footnote' title='Bacon F., (Sir), La Nouvelle Atlantide, Payot, Paris, 1983, cit&#233; in Bourg, (...)' id='nh6-142'&gt;142&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La proximit&#233; de vue n'est-elle pas frappante ? De m&#234;me que Bacon accusait de st&#233;rilit&#233; la science du pass&#233;, de m&#234;me Rudolf Steiner double-t-il son injonction &#224; l'exp&#233;rience occulte d'une volont&#233; moralisatrice visant &#224; faire culpabiliser ceux qui n'oseraient pas exercer (toutes) les capacit&#233;s humaines. Dans les deux cas, comme le souligne Dominique Bourg, ce qu'il faut c'est transformer le monde. Le contempler, y reconna&#238;tre un ordre nous pr&#233;c&#233;dant qu'il faudrait respecter ? Non, pas vraiment : puisque, avec Galil&#233;e, le monde est &#233;crit en langage math&#233;matique, o&#249; y lirions-nous un ordre moral ? L'&#233;pist&#233;mologie instrumentale des sciences modernes repr&#233;sente, sans doute au mieux, l'id&#233;al de l'homme d'action qui particularise la civilisation occidentale moderne [&lt;a href='#nb6-143' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ce sujet, voir le beau livre de Ivan P. Kamenarovic, Agir, non-agir en (...)' id='nh6-143'&gt;143&lt;/a&gt;]. Mais la modernit&#233; n'est pas le tout de notre culture. La tentation du possible renvoie &#224; une vision pu&#233;rile de la libert&#233;, celle de la licence et de l'arbitraire. La grossi&#232;ret&#233; de l'affaire, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi, ressemble &#224; une confusion de la libert&#233; et de la r&#233;alit&#233;. Comme si le techniquement possible prouvait que l'on avait compris et respect&#233; l'ordre du r&#233;el. Comme si une prise locale sur le r&#233;el [&lt;a href='#nb6-144' class='spip_note' rel='footnote' title='En accord avec Jean Ladri&#232;re, nous admettons que la formation de la science (...)' id='nh6-144'&gt;144&lt;/a&gt;] signifiait automatiquement une compr&#233;hension de la r&#233;alit&#233;. N'aurait-on pas bien plut&#244;t affaire &#224; un ensemble de simples manipulations, de simples transformations ? Les scientifiques ne feraient-ils que produire de nouvelles recettes d'apprentis sorciers ? Une telle d&#233;nonciation revient fr&#233;quemment. Elle est exag&#233;r&#233;e. Mais il faut cependant souligner que l'&#233;pist&#233;mologie scientifique ne fait rien pour casser ce doute. Jean Ladri&#232;re a raison de reconna&#238;tre le drame qui se joue autour de la science [&lt;a href='#nb6-145' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon Bernard Joly, &#171; La question du fondement de la rationalit&#233; scientifique (...)' id='nh6-145'&gt;145&lt;/a&gt;]. Il pense que nous prenons de plus en plus collectivement &#171; conscience de la limite &#187; qui n'est pas assign&#233;e &#224; la logique scientifique : &#171; La science progresse, mais il est remarquable qu'en ses domaines les plus avanc&#233;s elle soit oblig&#233;e de faire appel &#224; des formalismes de plus en plus &#233;loign&#233;s de l'intuition, que certains consid&#232;rent franchement comme d&#233;pourvus d'intelligibilit&#233;. &lt;em&gt;L'&#233;pist&#233;mologie instrumentaliste, qui renonce au fond &#224; l'id&#233;e classique de v&#233;rit&#233;, se recommande fortement comme exprimant tr&#232;s ad&#233;quatement ce qui se passe effectivement dans la pratique scientifique&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb6-146' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J., op. cit., p. 158. Je souligne.' id='nh6-146'&gt;146&lt;/a&gt;]. Du coup, avec le d&#233;veloppement tous azimut de la science, nous entrons de plus en plus de plain pied dans le monde technoscientifique. Nous sommes ainsi de plus en plus emport&#233;s et sollicit&#233;s par une &#171; d&#233;rive cr&#233;ative &#187; [&lt;a href='#nb6-147' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J., ibid., p.157.' id='nh6-147'&gt;147&lt;/a&gt;], une &#171; gigantesque d&#233;rive &#187; [&lt;a href='#nb6-148' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.155.' id='nh6-148'&gt;148&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Cependant, les th&#233;ories et r&#233;sultats des physiciens ou des chimistes, comme les produits qui en d&#233;coulent, ne sont pas de m&#234;me nature que les ph&#233;nom&#232;nes occultes et les r&#233;sultats obtenus, par exemple, par les agriculteurs bio-dynamistes. Les uns et les autres cr&#233;ent de nouvelles choses ou &#233;tats, transformant ainsi le donn&#233; qui pr&#233;existait &#224; leurs actions. Mais, tandis que la cr&#233;ativit&#233; scientifique est le r&#233;sultat d'une projection sur le sensible de mod&#232;les et sch&#233;mas math&#233;matiques &#233;labor&#233;s par les raisonnements des chercheurs, confront&#233;s aux r&#233;sultats exp&#233;rimentaux pr&#233;c&#233;dents, la cr&#233;ativit&#233; anthroposophique ne se pr&#233;sente pas comme le r&#233;sultat direct des choix effectu&#233;s par la personne initi&#233;e &#224; cet occultisme. Il est &#233;clairant de caract&#233;riser, au-del&#224; de l'&#233;pist&#233;mologie, cette libert&#233; et cr&#233;ativit&#233; steinerienne, parce qu'elle constitue probablement une cl&#233; de compr&#233;hension essentielle de l'anthroposophie. En effet, on pourrait probablement &#233;crire une th&#232;se enti&#232;re sur Steiner depuis cette perspective : son &#339;uvre &#171; philosophique &#187; n'est-elle pas explicitement intitul&#233;e &lt;em&gt;Philosophie de la libert&#233;&lt;/em&gt; ? Donc, en &#233;claircissant un peu cette th&#233;matique, nous disposerons d'une introduction aux id&#233;es fondamentales anthroposophiques que nous analysons plus loin. Les r&#233;f&#233;rences philosophiques de Steiner sont essentiellement des auteurs de la modernit&#233;, parmi lesquels Descartes, Kant, Hegel, Nietzsche, et surtout Goethe, figurent en bonne place. C'est ainsi &#224; Goethe que Steiner rend un hommage incarn&#233;, en appelant le centre administratif et spirituel de son mouvement &#171; Goetheanum &#187; [&lt;a href='#nb6-149' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Goetheanum, centre mondial de l'anthroposophie, est situ&#233; &#224; Dornach, pr&#232;s (...)' id='nh6-149'&gt;149&lt;/a&gt;]. C'est pourquoi, pour bien comprendre le sens de la cr&#233;ativit&#233; &#8211; et, en fait, de la libert&#233; &#8211; chez Steiner, il est utile de remonter au premier courant de l'id&#233;alisme romantique du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cr&#233;&#233; autour de Goethe et Herder, et nomm&#233; &lt;em&gt;Sturm und Drang&lt;/em&gt;.
&lt;br /&gt;Malgr&#233; les accents triomphalistes de l'id&#233;alisme et du rationalisme des XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, des auteurs tels que les fr&#232;res Schlegel, Novalis, Johann Ludwig Tieck [&lt;a href='#nb6-150' class='spip_note' rel='footnote' title='Ecrivain allemand, (1773-1853) dont les premi&#232;res &#339;uvres font &#233;cho au Sturm (...)' id='nh6-150'&gt;150&lt;/a&gt;], ou encore le premier Schelling, voire Fichte &#224; ses d&#233;buts, ne cachent pas &#171; leur profonde insatisfaction devant l'h&#233;ritage critique kantien, qui barrait l'acc&#232;s &#224; l'Absolu &#187;. Ces auteurs, tout en int&#233;grant la critique rationaliste de la R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne, vont &#234;tre les pr&#233;curseurs du romantisme, en red&#233;finissant &#171; le ph&#233;nom&#232;ne religieux en termes de sentiment de la Nature, pr&#233;parant par le fait m&#234;me l'accueil des mystiques naturalistes &#187;. Cristallisant la nouvelle tendance, le mouvement &lt;em&gt;Sturm und Drang [&lt;a href='#nb6-151' class='spip_note' rel='footnote' title='Orage et &#233;lan, ou Temp&#234;te et assaut, selon les traductions.' id='nh6-151'&gt;151&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt; se forme autour de Goethe et Herder, dans les ann&#233;es 1770-1775. Ces jeunes artistes et philosophes contestaient la r&#233;duction de l'homme &#224; sa rationalit&#233; et revendiquaient &#171; la l&#233;gitimit&#233; de l'imagination lyrique, qui s'alimente dans le sentiment de la nature : c'est par sa sensibilit&#233;, impr&#233;gn&#233;e des traditions et coutumes du groupe humain auquel il appartient, que l'humain s'affirme dans son originalit&#233; &#187;. Contemporain de l'illuminisme, qui, apr&#232;s les Lumi&#232;res, proclame la possibilit&#233; d'une &#171; illumination &#187; int&#233;rieure, telle une sorte de &#171; fulgurance divine &#187; ouvrant sur une &#171; connaissance mystique d'un au-del&#224; bien souvent peupl&#233; d'anges et d'esprits &#187;, le premier romantisme affirme que &#171; l'essence de la nature ne saurait r&#233;sider dans des figures et des nombres &#187;. Une &#171; connaissance &#171; humaine &#187; de la nature &#187; ne pourrait &#234;tre acquise &#171; que par les sens, mais des sens &#233;veill&#233;s, qui parviennent &#224; sonder la profondeur cach&#233;e de l'univers, pour y d&#233;couvrir le divin qui s'y manifeste &#187;.
&lt;br /&gt;Dans les th&#233;ories de ce romantisme, on remarque ais&#233;ment que la distinction entre la cognition et l'action, comme entre la raison et la sensibilit&#233;, tend &#224; s'att&#233;nuer, au profit du rapprochement entre &#171; imagination lyrique &#187; et &#171; sensibilit&#233; &#233;veill&#233; &#187;, cens&#233; ouvrir &#224; la connaissance profonde de la nature et du divin. En disciple de l'&#233;pist&#233;mologie goeth&#233;enne, Rudolf Steiner rappelle r&#233;guli&#232;rement ce d&#233;sir d'acc&#232;s &#224; la &#171; chose en soi &#187;, &#224; la v&#233;rit&#233; du r&#233;el, dans une d&#233;marche ambigu&#235; quant &#224; son statut. Ainsi, dans le passage suivant, alternent les r&#233;f&#233;rences au &#171; sentir &#187; et au &#171; penser &#187;. Egalement on rel&#232;ve, s'il ne s'agit pas simplement de rh&#233;torique, une volont&#233; ou une croyance au d&#233;passement mystique de la distinction subjectif &#8211; objectif. Sur ces ambigu&#239;t&#233;s, qui concernent la th&#233;orie de la connaissance et l'&#233;pist&#233;mologie, nous reviendrons explicitement. Pour l'instant, il s'agit de porter notre attention sur la source de cr&#233;ativit&#233; ici d&#233;sign&#233;e :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Tant que l'homme ne sent pas l'action cr&#233;atrice de l'id&#233;e, sa pens&#233;e demeure coup&#233;e de la nature vivante. Il consid&#232;re n&#233;cessairement la pens&#233;e comme une activit&#233; purement subjective, capable de produire une image abstraite du monde. Mais sit&#244;t qu'il sent vivre et agir l'Id&#233;e au-dedans de soi, il se consid&#232;re, lui et la nature, comme formant un tout, et les &#233;l&#233;ments subjectifs qui apparaissent en lui prennent aussit&#244;t valeur objective ; il sait qu'il ne fait pas face &#224; la nature en &#233;tranger ; il se sent au contraire intimement uni au Tout. Le subjectif est devenu objectif ; l'objectif est enti&#232;rement p&#233;n&#233;tr&#233; par l'esprit. Pour Goethe, l'erreur fondamentale de Kant consiste &#224; consid&#233;rer la facult&#233; subjective de connaissance elle-m&#234;me comme un objet et &#224; discerner, avec acuit&#233;, sinon avec justesse, le point de rencontre du subjectif et avec l'objectif. La facult&#233; de conna&#238;tre appara&#238;t subjective &#224; l'homme tant qu'il ne prend pas garde que c'est la nature m&#234;me qui parle en elle. Subjectif et objectif co&#239;ncident quand le monde objectif des id&#233;es s'anime dans le sujet, et que les forces de la nature vivent dans l'esprit de l'homme. Alors, toute opposition cesse entre subjectif et objectif. Elle n'a de sens que si l'homme la maintient artificiellement, s'il consid&#232;re les id&#233;es comme ses pens&#233;es, qui donnent une image de la nature mais n'en contiennent pas le principe agissant. Kant et les Kantiens ne se doutent pas que, dans les id&#233;es de la raison, l'essence, l'&#171; en soi &#187; des choses est l'objet imm&#233;diat d'une exp&#233;rience vivante &#187; [&lt;a href='#nb6-152' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Goethe et sa conception du monde, EAR, 196 p., 1985, p. (...)' id='nh6-152'&gt;152&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, ce qu'il s'agit de comprendre par &#171; action cr&#233;atrice de l'id&#233;e &#187;, c'est que &#171; la nature m&#234;me [&#8230;] parle &#187; dans l'homme engag&#233; dans l'illumination romantique. Il ne s'agit pas d'une contemplation de la nature mais de l'acc&#232;s &#224; une attitude de r&#233;ceptacle et de moyen, de la part de l'homme &#171; &#233;veill&#233; &#187;, au profit des id&#233;es de la nature : l'homme sentirait alors vivre et agir l'Id&#233;e au-dedans de soi &#187;, le &#171; monde objectif des id&#233;es &#187; s'animerait &#171; dans le sujet &#187;. Evidemment, ce type de discours a de quoi rebuter le lecteur le plus motiv&#233;. Et, de fait, Steiner, &#224; l'instar des autres auteurs vers&#233;s dans l'occultisme, tergiverse sur les mots qu'il emploie, entretenant la confusion sur les r&#233;alit&#233;s d&#233;sign&#233;es. Toujours dans le m&#234;me passage cit&#233;, on d&#233;couvre que, derri&#232;re la voix de &#171; la nature &#187; ou des &#171; id&#233;es &#187;, se tiennent &#171; les forces de la nature &#187;. Pour Steiner, &#171; les forces de la nature vivent dans l'esprit de l'homme &#187;. Donc, la cr&#233;ativit&#233;, dans l'anthroposophie, est le r&#233;sultat de l'action de forces cosmiques &#171; parlantes &#187;.
&lt;br /&gt;Avec ce que nous avons d&#233;j&#224; not&#233; au sujet de la pr&#233;sence &#171; d'anges &#187; dans l'illuminisme et le romantisme de la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et du d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il peut d&#233;j&#224; &#234;tre clair, pour le lecteur, que les forces parlantes all&#233;gu&#233;es renvoient &#224; des esprits. Bien que tout ce c&#244;t&#233; obscur de notre histoire culturelle soit toujours en attente d'un traitement universitaire cons&#233;quent, comme le rappelle Nicole Edelman [&lt;a href='#nb6-153' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Edelman N., Histoire de la voyance et du paranormal, Seuil, Paris, (...)' id='nh6-153'&gt;153&lt;/a&gt;], il est d&#233;j&#224; possible, avec cet auteur, d'&#234;tre plus pr&#233;cis et affirmatif. Une franc-ma&#231;onnerie mystique, n&#233;e en Angleterre &#224; la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, abordait le th&#232;me du &#171; salut de l'homme et de son illumination int&#233;rieure par visions, extases, communication avec les esprits divins &#187; [&lt;a href='#nb6-154' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 36.' id='nh6-154'&gt;154&lt;/a&gt;]. &lt;em&gt;La connaissance en question, fruit d'un long travail initiatique, n'a plus rien &#224; voir avec l'observation&lt;/em&gt;. Au contraire, le &#171; dialogue avec l'invisible cherche une connaissance d'ordre discursif, qui d&#233;passe le d&#233;chiffrage presque hasardeux de la nature. L'homme ne lit plus la parole de Dieu dans le livre du monde, comme aux si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents. Il invoque et re&#231;oit une r&#233;ponse &#187; [&lt;a href='#nb6-155' class='spip_note' rel='footnote' title='Berg&#233; C., L'Au-del&#224; et les Lyonnais, Mages, m&#233;diums et Francs-ma&#231;ons du XVIIIe (...)' id='nh6-155'&gt;155&lt;/a&gt;]. Le passage suivant, extrait d'une pr&#233;sentation r&#233;cente des &#339;uvres du marquis de Puys&#233;gur, le disciple de Mesmer en France, traite de la capacit&#233;, appel&#233;e &#171; sens interne &#187; ici, d&#233;clench&#233;e par l'&#233;tat de &#171; somnambulisme magn&#233;tique &#187;. Il compl&#232;te l'id&#233;e de la &lt;em&gt;communication spirite&lt;/em&gt; de la franc-ma&#231;onnerie mystique avec celle de la m&#233;diumnit&#233;, d&#233;sign&#233;e par le mot &#171; passeur &#187; : &#171; Celui-ci ne peut se manifester chez le sujet que pour autant que le sommeil magn&#233;tique a d&#233;tach&#233; cette personne de tous ses sens ordinaires. Le sens interne prend alors le relais, et mobilise toutes les ressources de l'&#226;me. Il &#233;l&#232;ve le somnambule &#224; la fonction d'une sorte de &#171; passeur &#187; et, ce faisant, l'&#233;tablit comme support actif d'un &#233;change g&#233;n&#233;ralis&#233; entre les hommes, les choses et lui. Perception cosmique. Gr&#226;ce &#224; cette ouverture soudaine, le sujet se s&#233;pare lui-m&#234;me dans son esprit et dans son corps &#187; [&lt;a href='#nb6-156' class='spip_note' rel='footnote' title='Peter J.-P., Un somnambule d&#233;sordonn&#233; ?, Pr&#233;sentation aux &#339;uvres du Marquis de (...)' id='nh6-156'&gt;156&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Ceci &#233;tant dit, nous estimons avoir une r&#233;ponse maintenant claire &#224; la question pos&#233;e : la cr&#233;ativit&#233; scientifique est une production qui trouve son origine dans les choix personnels de l'homme de science, dans une confrontation m&#233;thodique, et/ou m&#233;diatis&#233;e par des instruments, aux th&#233;ories et r&#233;sultats &#233;tablies vis-&#224;-vis de telle ou telle r&#233;alit&#233;. La cr&#233;ativit&#233; anthroposophique serait, quant &#224; elle et de mani&#232;re primordiale, le r&#233;sultat de l'action d'esprits cosmiques. La subjectivit&#233; de l'homme, dans cette affaire, n'aurait que peu &#224; faire, si ce n'est s'effacer peu &#224; peu, au cours de l'initiation, pour devenir un canal, un m&#233;dium plus parfait, un &#171; messager du monde spirituel &#187; [&lt;a href='#nb6-157' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., La th&#233;osophie, Introduction &#224; la connaissance suprasensible du (...)' id='nh6-157'&gt;157&lt;/a&gt;] et des actions de ses &#171; entit&#233;s cr&#233;atrices &#187; [&lt;a href='#nb6-158' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 117.' id='nh6-158'&gt;158&lt;/a&gt;], des &#171; &#234;tres vivants qui cr&#233;ent et qui forment &#187; [&lt;a href='#nb6-159' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 126.' id='nh6-159'&gt;159&lt;/a&gt;] le monde&#8230;
&lt;br /&gt;Mais l'aspect technoscientifique n'est pas le tout de l'&#233;pist&#233;mologie moderne, m&#234;me si l'&#233;pist&#233;mologie instrumentale abandonne, au fond, l'id&#233;e classique de v&#233;rit&#233;. De question de la v&#233;rit&#233; il n'y aurait plus dans la mentalit&#233; moderne, lib&#233;r&#233;e de cette pr&#233;tendue chim&#232;re. Finalement le ramen&#233; op&#233;ratoire, malgr&#233; les intelligibilit&#233;s partiels qu'il d&#233;voile, ne converge-t-il pas avec le scepticisme oriental sur l'intelligibilit&#233; v&#233;ritable ? Selon Emile Namer, Aristote voulait un savoir absolu [&lt;a href='#nb6-160' class='spip_note' rel='footnote' title='Namer E., L'affaire Galil&#233;e, Ed. Gallimard/Julliard, Paris, 1975, 266 p., p. (...)' id='nh6-160'&gt;160&lt;/a&gt;]. Jean Ladri&#232;re a bien reconnu que le d&#233;fi de la totalit&#233; devait rester un horizon pour la raison int&#233;grale, m&#234;me s'il devait &#234;tre &#233;galement express&#233;ment reconnu comme &#233;thiquement non souhaitable dans l'incarnation des lois pratiques d'une soci&#233;t&#233; [&lt;a href='#nb6-161' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, op. (...)' id='nh6-161'&gt;161&lt;/a&gt;]. N'allons-nous pas finir par croire que le r&#233;el comme tout ordonn&#233; soit illusion ? Mais l'homme, comme le note Herv&#233; Barreau, n'abandonne pas facilement le r&#234;ve d'un savoir unifi&#233; [&lt;a href='#nb6-162' class='spip_note' rel='footnote' title='Barreau H., S&#233;parer et rassembler, Quand la philosophie dialogue avec les (...)' id='nh6-162'&gt;162&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Diversit&#233; &#233;sot&#233;rique et lecture sans les yeux : de l'hypoth&#232;se raisonnable des &#171; esprits &#187; &#224; la question de Dieu&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jusqu'&#224; la th&#233;ologie ? Dossier &#233;sot&#233;rique et raisonnement &#171; rationnel &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis deux si&#232;cles, le nombre de cas de ph&#233;nom&#232;nes paranormaux impliquant des personnes apparemment dou&#233;es de capacit&#233;s m&#233;diumniques, d&#251;ment &#233;tudi&#233;s et rapport&#233;s par des t&#233;moignages &#233;crits et recoup&#233;s, est plus que suffisant pour que l'on r&#233;fl&#233;chisse &#224; leurs significations pour l'existence humaine. Outre les divers ph&#233;nom&#232;nes physiques que nous avons pu signal&#233;s, et dont l'imagerie populaire du spiritisme, avec les tables ou gu&#233;ridons qui bougent ou tournent, repr&#233;sente un bon exemple, nous avons rapport&#233; ou mentionn&#233; des exp&#233;riences qui interrogent plus directement l'image agnostique du monde qui r&#232;gne chez les scientifiques et, au moins au premier abord, chez beaucoup de nos contemporains occidentaux. Face au monde envisag&#233; comme divis&#233; en monde physique et aspects inconnaissables, quand il n'est pas r&#233;duit p&#233;remptoirement &#224; la mati&#232;re, les cas comme Pigeaire, l'&#233;criture automatique, ou les pratiques de &#171; communication avec les esprits &#187; gr&#226;ce &#224; une grille alphab&#233;tique et un pendule, par exemple, viennent d&#233;ranger d&#233;finitivement la paix de l'esprit conformiste.
&lt;br /&gt;Reprenons. Si L&#233;onide Pigeaire lit sans ses yeux, il y a un gros probl&#232;me. Tout le monde admet que la lecture implique les yeux. Or, m&#234;me un physicien tel Edouard Branly, notait, dans un rapport, prim&#233; par l'Acad&#233;mie des sciences en 1911, r&#233;dig&#233; suite aux s&#233;ries d'exp&#233;riences men&#233;es &#224; l'Institut g&#233;n&#233;ral psychologique &#8211; quarante trois s&#233;ances effectu&#233;es de 1905 &#224; 1907 &#8211; les conclusions suivantes : &#171; Effets rares : &lt;em&gt;vue sans le secours des yeux&lt;/em&gt;, proph&#233;tisation, divination, d&#233;termination de la nature et du traitement de diverses maladies, facult&#233; de lire dans la pens&#233;e du magn&#233;tiseur ou des personnes en rapport. Le magn&#233;tiseur peut paralyser &#224; volont&#233; toutes les parties du corps &#187; [&lt;a href='#nb6-163' class='spip_note' rel='footnote' title='Branly E., Archives Branly, Archives nationales 522AP, 4244, cite in (...)' id='nh6-163'&gt;163&lt;/a&gt;]. Prenons donc pour hypoth&#232;se que les faits sont av&#233;r&#233;s. Et mettons-nous en qu&#234;te d'une th&#233;orie explicative. Si l'on excepte que des &#171; martiens &#187; lisent &#224; la place du m&#233;dium et lui transmettent par &#171; t&#233;l&#233;pathie &#187; le d&#233;chiffrement du texte, force est de supposer l'intervention et la m&#233;diation d'autres types d'intelligences dans ces affaires. Stoppons ici notre approche p&#233;riph&#233;rique : les traditions religieuses de l'humanit&#233; rapportent r&#233;guli&#232;rement l'existence, &#224; c&#244;t&#233; des &#234;tres humains, de purs esprits, appel&#233;s, dans les traditions monoth&#233;istes, des &#171; anges &#187;. Prenons donc pour point de d&#233;part de ce raisonnement hypoth&#233;tique que des esprits lisent le texte et communiquent leur lecture au m&#233;dium. D&#232;s maintenant, donnons-nous un peu de recul. Demandons-nous &#224; quoi cela peut bien servir ? Quel est le sens de ces ph&#233;nom&#232;nes extraordinaires ? A quoi rime, tout sp&#233;cialement, ces cas de lectures sans les yeux, ces tables qui bougent, ou encore ces ectoplasmes blanch&#226;tres, r&#233;guli&#232;rement sortis de la bouche des m&#233;diums de la Belle Epoque ? A part nous impressionner et nous d&#233;ranger profond&#233;ment, quelle peut bien &#234;tre l'utilit&#233; sociale de ces &#233;tranges ph&#233;nom&#232;nes ? Ce sera le premier &#233;l&#233;ment de notre raisonnement : il existerait des intelligences non-humaines capables, avec l'homme, de produire des manifestations clinquantes ou intrigantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notons, d'autre part, et &#224; l'image de la diversit&#233; sans cesse renouvel&#233;e des id&#233;ologies &#233;sot&#233;riques, pourtant toujours appliqu&#233;es &#224; d&#233;crire une m&#234;me r&#233;alit&#233; occulte et les &#234;tres cens&#233;s la gouverner, qu'il y a une multitude de ph&#233;nom&#232;nes sensibles pouvant se produire dans les exp&#233;riences avec des m&#233;diums, dont la classification de William Crookes donnait une petite id&#233;e. Ce sera notre deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment : il y aurait une diversit&#233; ind&#233;finie de ph&#233;nom&#232;nes paranormaux et d'&#234;tres spirituels impliqu&#233;s dans leur production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre troisi&#232;me &#233;l&#233;ment ne ressort pas des faits &#233;sot&#233;riques envisag&#233;s dans ce travail. Il provient de la nature m&#234;me de la &lt;em&gt;raison&lt;/em&gt;, autrement dit des sp&#233;cificit&#233;s de l'exigence d'intelligibilit&#233; qui p&#232;se sur toute pr&#233;tention occidentale au savoir, selon une tradition qui remonte aux fondations grecques de la philosophie et de la science. Nous nous attardons plus loin sur la raison. Il ne s'agit pas d'expliquer et justifier maintenant une position sur la raison mais seulement de la mentionner pour servir de rep&#232;re sur le dossier occulte &#233;tudi&#233;. Le regard sur le monde selon la raison admet que le monde est un, unifi&#233;. Le monde est cosmos, &#233;tymologiquement ordre et beaut&#233;. L'unit&#233; existante dans le monde est m&#234;me consubstantielle de la possibilit&#233; de l'intelligibilit&#233; des choses. Les formes que nous distinguons, les r&#233;gularit&#233;s naturelles, sont articul&#233;es entre elles jusqu'&#224; une forme g&#233;n&#233;rale, une organisation coh&#233;rente du monde. Telle est du moins la perspective rationnelle occidentale : le passage des stabilit&#233;s diverses observ&#233;es dans la vie ordinaire &#224; l'hypoth&#232;se que tout est organis&#233;, de mani&#232;re dominante, sur un mod&#232;le stable et ordonn&#233;. Le hasard, l'al&#233;atoire, le d&#233;sordre, le mal, le surnaturel auront d&#233;sormais, dans la perspective de la raison, une importance secondaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le quatri&#232;me point de notre raisonnement est la simple constatation que la diversit&#233; &#233;sot&#233;rique a quelque chose de chaotique et donc qu'elle heurte la raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cinqui&#232;me et dernier point consiste &#224; d&#233;passer la contradiction. Si l'on maintient, &#224; titre hypoth&#233;tique, d'une part, la diversit&#233; ind&#233;finie des &#234;tres spirituels et des ph&#233;nom&#232;nes m&#233;diumniques, et, d'autre part, la validit&#233; de la perspective rationnelle sur un ordre du monde &#171; un &#187;, alors il faut supposer que la diversit&#233; &#233;sot&#233;rique est encadr&#233;e par une unit&#233;. Quelle peut &#234;tre cette unit&#233; ? Face &#224; des &#234;tres purement spirituels mais dot&#233;s d'intelligence et de volont&#233; libre, quelle autre figure, &#224; part celle d'un &#202;tre spirituel &#233;minent et supr&#234;me, peut donner sens &#224; la multiplicit&#233; chaotique spirite ? Autrement dit, si la raison vaut pour rassembler et relier le divers du monde sensible sous un ensemble unifi&#233; de lois coh&#233;rentes entre elles, comme dans la cosmologie antique ou moderne [&lt;a href='#nb6-164' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ce sujet, voir le travail pr&#233;cis de Jean-Michel Maldam&#233;, intitul&#233; Le (...)' id='nh6-164'&gt;164&lt;/a&gt;], il n'y a pas de raison pour qu'elle ne vaille pas pour ce qui exc&#232;de le sensible. Et comme nous avons accept&#233; la diversit&#233; des esprits intelligents, au moins &#224; titre d'hypoth&#232;se, alors nous devons postuler l'Esprit intelligent qui les encadre, explique et donne sens &#224; leurs activit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On voit donc, par l&#224;, que le dossier &#233;sot&#233;rique moderne, analys&#233; rationnellement &#224; partir de ses nombreux documents historiques, m&#232;ne aux questions th&#233;ologiques. La diversit&#233; &#233;sot&#233;rique, toujours en attente d'explication pour la majorit&#233; du public, fait signe vers le probl&#232;me de l'existence et du sens de Dieu pour l'homme. Il ne s'agit pas, on s'en doute, d'un des plus minces r&#233;sultats de cette affaire. On comprend d'autant mieux, avec Bertrand M&#233;heust, que cela cr&#233;&#233; un &#171; choc dans la culture &#187;. L'agriculture biologique, parmi d'autres pratiques contemporaines, fond&#233;e dans l'agriculture anthroposophique, selon un discours encore dominant chez les agrobiologistes, m&#232;nerait ainsi largement au-del&#224; de l'agronomie et de l'&#233;conomie, puisque, via la compr&#233;hension des faits surnaturels all&#233;gu&#233;s par l'anthroposophie, il faudrait r&#233;apprendre &#224; consid&#233;rer s&#233;rieusement la th&#233;ologie et les discours religieux sur l'existence &#171; d'un autre monde &#187;. Nous n'en dirons pas plus, estimant avoir suffisamment suivi cet axe d'interpr&#233;tation essentiel de l'agriculture biologique pour que d'autres chercheurs en tire de nouveaux travaux. Nous nous contenterons, pour finir, et parce que Rudolf Steiner se r&#233;clamait d'un &#171; &#233;sot&#233;risme chr&#233;tien &#187;, d'indiquer quelques points clefs d'une interpr&#233;tation chr&#233;tienne traditionnelle de l'&#233;sot&#233;risme. Ce sera notre mani&#232;re d'&#234;tre fid&#232;le au raisonnement expos&#233; ci-dessus : si la question de Dieu et des esprits est pos&#233;e par l'&#233;sot&#233;risme, ne devient-il pas l&#233;gitime, voire m&#234;me intellectuellement judicieux, d'aller interroger les principales formations religieuses sur ce sujet ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;sot&#233;risme : exemple d'une interpr&#233;tation chr&#233;tienne&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce paragraphe nous nous appuierons sur les travaux d'un sp&#233;cialiste contemporain de la question &#233;sot&#233;rique, Joseph-Marie Verlinde, g&#233;n&#233;ralement reconnu par ses pairs chr&#233;tiens, quant ce n'est pas par des chercheurs universitaires agnostiques travaillant sur ces m&#234;mes sujets [&lt;a href='#nb6-165' class='spip_note' rel='footnote' title='En toile de fond de ce paragraphe nous pouvons nous r&#233;f&#233;rer au point de vue (...)' id='nh6-165'&gt;165&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Selon l'anthropologie &#233;sot&#233;ro-occulte notre corps physique est entour&#233; d'enveloppes &#233;nerg&#233;tiques. La deuxi&#232;me de ces enveloppes porte le nom d'astral. Chacun d'entre nous se trouve en rapport, par le biais de son double &#171; astral &#187;, avec le plan du m&#234;me nom dans son ensemble, et par l'interm&#233;diaire de celui-ci, avec l'ensemble des corps astraux individuels. Le plan de l'&#233;nergie astral permet la plupart des actions magiques. Il est un &#171; invisible oc&#233;an &#224; la fois plastique et dynamique, qui interp&#233;n&#232;tre l'ensemble du domaine physique humain, animal, v&#233;g&#233;tal et min&#233;ral &#187; et &#171; constitue l'instrument commun de toutes les magies &#187; [&lt;a href='#nb6-166' class='spip_note' rel='footnote' title='Jagot P.-C., Science occulte et magie pratique, Drouin, Paris, 1924, cit&#233; in (...)' id='nh6-166'&gt;166&lt;/a&gt;]. Le plan astral est divers. Il est un domaine o&#249; la pens&#233;e humaine peut s'exprimer d'une mani&#232;re originale, tout en &#233;tant comme un niveau de r&#233;alit&#233; o&#249; l'on peut rencontrer des &#234;tres spirituels vari&#233;s. Au niveau du contenu de l'astral qui serait produit par l'homme, il faudrait comprendre que la &lt;em&gt;plasticit&#233;&lt;/em&gt; de l'astral permettrait &#224; nos pens&#233;es de s'y inscrire, d'y prendre forme, en y laissant une trace durable et ind&#233;l&#233;bile. L'astral enregistre et garde en m&#233;moire, mais il &#171; propage &#224; travers l'espace les ondes qui r&#233;sultent de la vie psychique et permet ainsi les communications de pens&#233;es &#224; distance, les suggestions mentales et les diverses formes de mancies &#187;. Les pens&#233;es &#171; sculptent, &#224; m&#234;me la substance astrale, des images, des entit&#233;s &#224; leur ressemblance &#187;.
&lt;br /&gt;Mais l'astral n'est pas peupl&#233; que d'entit&#233;s produites et entretenues par notre propre psychisme. Voici venir les fameux esprits et anges de l'&#233;sot&#233;risme. Tout le c&#244;t&#233; &#171; fleur bleu &#187; de l'&#233;sot&#233;risme, que peut v&#233;hiculait le New Age aujourd'hui, et au moins depuis une certaine ambiance li&#233;e &#224; la contestation sociale des ann&#233;es 1960-1970 [&lt;a href='#nb6-167' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut penser &#224; l'exemple de l'ambiance du festival musical de Woodstock en (...)' id='nh6-167'&gt;167&lt;/a&gt;], s'en trouve rapidement d&#233;figur&#233;. Dans l'astral se trouve aussi des choses peu accueillantes. Il semblerait que ce plan de r&#233;alit&#233; occulte &#171; charrie d'innombrables germes d'existence, d&#233;vi&#233;s de toute filiation ontologique et qui cherchent obscur&#233;ment &#224; s'affirmer : quelque chose comme des foetus &#224; l'&#233;tat de monstrueuse &#233;bauche en cours de gestation &#187;. Cette description, &#233;trange sinon repoussante, avance l'existence d'&#234;tres larvaires cherchant &#224; se d&#233;velopper &#224; partir &#171; d'un potentiel sustentateur &#187;. Les rites de la magie leur fourniraient l'&#233;nergie n&#233;cessaire pour que leur forme se pr&#233;cise et que leur puissance s'accroisse. Ces &#234;tres, d&#233;sign&#233;s sous le nom de &lt;em&gt;l&#233;mures&lt;/em&gt;, se mettraient alors &#224; la disposition de ceux qui leur ont permis de se d&#233;velopper pour accomplir diverses actions. Il y aurait aussi dans l'astral, toujours selon l'&#233;sot&#233;ro-occultisme, des &#233;l&#233;mentaux, les esprits des &#233;l&#233;ments, de v&#233;ritables individualit&#233;s, &#171; dou&#233;es d'un degr&#233; d'intelligence variable, mais parfois rival de l'entendement humain &#187;. Ils r&#232;gnent &#171; hyperphysiquement sur les quatre &#233;tats de la mati&#232;re, ou, selon la donn&#233;e traditionnelle, sur les quatre &#233;l&#233;ments &#8211; le feu, l'air, la terre, l'eau &#187; [&lt;a href='#nb6-168' class='spip_note' rel='footnote' title='La th&#233;orie qui voit le monde sensible r&#233;git par l'interaction de ces quatre (...)' id='nh6-168'&gt;168&lt;/a&gt;]. On apparente aux &#233;l&#233;mentaux les &#171; elfes, djins, trolls, nixes, farfadets, koldods, f&#233;es, nymphes, sylvains, faunes, egypan &#187;&#171; &lt;br /&gt;Du coup le plan astral semble dangereux &#224; fr&#233;quenter : &#171; L'astral v&#233;hicule &#224; la fois des Esprits de lumi&#232;re descendus pour quelque mission de leur radieux s&#233;jour et des Intelligences subversives dont l'activit&#233; d&#233;moniaque se met volontiers au service de toute &#339;uvre de t&#233;n&#232;bres, de haine et d'immoralit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb6-169' class='spip_note' rel='footnote' title='Jagot P.-C., Science occulte et magie pratique, cite in Verlinde J.-M., op. (...)' id='nh6-169'&gt;169&lt;/a&gt;]. Nous comprenons alors la mise en garde et l'interdit des Ecritures bibliques vis-&#224;-vis de toute pratique occulte ou magique. Il s'agit de prot&#233;ger les croyants au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob des dangers inh&#233;rents &#224; &#171; la fr&#233;quentation pr&#233;somptueuse de ces milieux o&#249; l'homme n'est plus &#171; chez lui &#187; &#187;. Ainsi, nous trouvons dans le livre du Deut&#233;ronome : &#171; On ne trouvera chez toi personne qui fasse passer au feu son fils ou sa fille, qui pratique divination, incantation, mantique ou magie, personne qui use de charmes, qui interroge les spectres et devins, qui invoque les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination au Seigneur ton Dieu, et c'est &#224; cause de ces abominations que le Seigneur ton Dieu chasse ces nations devant toi. Tu seras sans tache vis-&#224;-vis du Seigneur ton Dieu. Car ces nations que tu d&#233;poss&#232;des &#233;coutaient enchanteurs et devins, mais tel n'a pas &#233;t&#233; pour toi le don du Seigneur ton Dieu &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Saint Thomas d'Aquin, &#224; la suite de Saint Augustin, mettait d&#233;j&#224; en garde vis-&#224;-vis du proc&#233;d&#233; utilis&#233; dans l'action magique. Pour nous, &#234;tres humains, des proc&#233;d&#233;s non mat&#233;riels ne sauraient &lt;em&gt;normalement&lt;/em&gt; avoir d'efficacit&#233; mat&#233;rielle. Saint Thomas nous pr&#233;venait &#171; contre l'emploi de proc&#233;d&#233;s qui, d&#233;pourvus d'efficacit&#233; naturelle, ne peuvent &#234;tres consid&#233;r&#233;s que comme des symboles du r&#233;sultat &#224; obtenir &#8211; que ce soit le port d'un objet, l'&#233;nonciation d'une parole rituelle ou l'op&#233;ration d'un geste symbolique &#187;. Son discernement &#233;tait bas&#233; sur l'observation commune de ce qu'un homme normal peut faire : &#171; Dans les proc&#233;d&#233;s employ&#233;s pour obtenir certains effets corporels, il faut examiner s'ils peuvent produire naturellement ces effets. Si tel est le cas, ils ne sont pas illicites ; il est permis d'employer des causes naturelles pour produire les effets qui leur sont propres. Mais si l'on voit qu'ils ne peuvent causer naturellement de tels effets, il s'ensuit qu'ils ne doivent pas &#234;tre employ&#233;s &#224; produire ces effets comme des causes, mais pour leur valeur symbolique &#187;. Un symbole ne peut &#234;tre op&#233;ratoire par lui-m&#234;me ; son action &#233;ventuelle doit d&#232;s lors &#234;tre attribu&#233;e &#224; une influence spirituelle, &#224; l'action d'une intelligence. En cons&#233;quence, Saint Thomas conclut que les proc&#233;d&#233;s magiques appartiennent &#171; aux pactes symboliques conclus avec les d&#233;mons &#187;. La mise en relation avec les d&#233;mons vari&#233;s se fait par des charmes et rituels divers. Les d&#233;mons sont attir&#233;s &#171; non comme des animaux all&#233;ch&#233;s par des aliments, mais comme des esprits s&#233;duits par des signes qui conviennent au go&#251;t de chacun, par toute une vari&#233;t&#233; de pierres, d'herbes, d'arbres, d'enchantements et de rites &#187; [&lt;a href='#nb6-170' class='spip_note' rel='footnote' title='Il s'agit d'une citation de Saint Augustin, cit&#233; par Saint Thomas d'Aquin, (...)' id='nh6-170'&gt;170&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;M&#234;me si ce vocabulaire n'est sans doute pas parfaitement stabilis&#233; dans l'Eglise, on peut risquer la classification suivante, car elle semble confortable &#224; la raison. Il s'agit de distinguer la cat&#233;gorie du naturel, celle du surnaturel, et celle du pr&#233;ternaturel. Ce qui rel&#232;ve de la nature est tout ce qui se produit r&#233;guli&#232;rement et s'explique par le simple fonctionnement &#171; m&#233;canique &#187; des choses, en vertu d'un ensemble de lois internes que la science peut mettre &#224; jour. Que j'arrive &#224; lever ce verre de la table avec mon bras s'explique naturellement.
&lt;br /&gt;Pour ce qui est du surnaturel, ce serait tr&#232;s simple : il s'agit uniquement de l'intervention de Dieu dans le monde d'ici-bas. On parle alors g&#233;n&#233;ralement de miracles. Dans la r&#233;alisation de ces ph&#233;nom&#232;nes, l'homme n'y est pour rien, tandis que les lois naturelles semblent ponctuellement d&#233;pass&#233;es. Dans cette cat&#233;gorie du surnaturel, on peut aussi placer le seul type d'action ang&#233;lique authentique identifiable par les hommes que les chr&#233;tiens semblent reconna&#238;tre. Rappelons d'abord, que &#171; La vocation des anges est avant tout de contempler la splendeur de la face de Dieu et de chanter sans cesse sa louange. Mais selon les Ecritures, le Seigneur leur a confi&#233; aussi la mission d'assurer pr&#232;s des hommes une pr&#233;sence fraternelle. C'est ce que nous rappelle la m&#233;moire des Anges gardiens &#187; [&lt;a href='#nb6-171' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., 100 questions sur les nouvelles religiosit&#233;s, Saint Paul, (...)' id='nh6-171'&gt;171&lt;/a&gt;]. Pr&#233;cisons ensuite que l'assistance ang&#233;lique aux hommes n'a absolument pas pour mission de leurs fournir des renseignements sur la connaissance de la nature, la m&#233;decine, ou l'avenir, ou que sais-je encore. Ainsi, se fondant sur Saint Jean, lequel donnait comme crit&#232;re de discernement de l'origine et de la nature des esprits l'annonce explicite du Christ Seigneur et Sauveur (1Jn 4, 1-4), J.-M. Verlinde peut-il expliquer : &#171; L'Ange v&#233;ritable, comme son nom l'indique, ne peut &#234;tre qu'un messager de Dieu ; sa mission est de prolonger le mouvement de la Parole incarn&#233;e en qui Dieu s'est fait conna&#238;tre. Autrement dit, un Ange qui n'annoncerait pas le salut en J&#233;sus-Christ serait pour moi suspect &#187; [&lt;a href='#nb6-172' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 152.' id='nh6-172'&gt;172&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Quant &#224; la cat&#233;gorie du pr&#233;ternaturel, elle est celle qui englobe les actions et ph&#233;nom&#232;nes &#233;sot&#233;riques attribu&#233;s explicitement ou non &#224; de pr&#233;tendus anges. Par des signes divers [&lt;a href='#nb6-173' class='spip_note' rel='footnote' title='Outre des dessins, des lettres, des paroles, des sons, il pourrait s'agir de (...)' id='nh6-173'&gt;173&lt;/a&gt;], effectu&#233;s par l'homme et reconnus par des anges d&#233;chus, l'homme obtiendrait que ces derniers agissent plus ou moins selon sa demande, via des niveaux de r&#233;alit&#233; occulte &lt;em&gt;sur lesquels l'homme ne peut pas naturellement agir&lt;/em&gt;. Ainsi, la personne par qui devient possible le d&#233;placement autonome &lt;em&gt;naturellement incompr&#233;hensible&lt;/em&gt; d'un verre sur une table serait une personne engag&#233;e dans une action pr&#233;ternaturelle. La plupart des &#171; pouvoirs &#187; occultes seraient, non le r&#233;sultat de dons personnels inn&#233;s, mais le r&#233;sultat d'une ouverture favorable [&lt;a href='#nb6-174' class='spip_note' rel='footnote' title='Ou m&#234;me parfois simplement suite &#224; une attitude &#171; neutre &#187;,' id='nh6-174'&gt;174&lt;/a&gt;] de la conscience et de la libert&#233; int&#233;rieure &#224; l'action d'esprits, parfois malgr&#233; des apparences de soins, fondamentalement homicides.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En conclusion, et globalement, nous pouvons convenir que les doctrines de l'&#233;sot&#233;risme ne contredisent pas Saint Thomas, lorsqu'il explique que l'efficacit&#233; des rites tient au recours qu'ils tentent aupr&#232;s d'intelligences spirituelles. La divergence r&#233;side au niveau de l'interpr&#233;tation de la nature des esprits invoqu&#233;s : &#171; des d&#233;mons selon saint Thomas, des &lt;em&gt;devas&lt;/em&gt; &#8211; c'est-&#224;-dire des esprits divins en voie d'involution &#8211; pour l'&#233;sot&#233;ro-occultisme &#187; [&lt;a href='#nb6-175' class='spip_note' rel='footnote' title='Verlinde J.-M., Le christianisme au d&#233;fi des nouvelles religiosit&#233;s, ibid., (...)' id='nh6-175'&gt;175&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir montr&#233; que l'&#233;sot&#233;risme, steinerien ou non, n'&#233;tait pas compr&#233;hensible par les sciences exp&#233;rimentales mais qu'il relevait d'un dossier de fait appelant une r&#233;flexion du c&#244;t&#233; des sciences humaines et de la philosophie, apr&#232;s avoir signal&#233; que le sujet n'&#233;tait sans doute pas aussi neutre qu'un banal d&#233;sir de la connaissance pour la connaissance, comme les choses &#233;tranges du dossier paranormal pouvait le laissait pressentir, et comme le christianisme le pr&#233;tend fermement, nous allons tenter de montrer, que, au-del&#224; du probl&#232;me d'une connaissance scientifique, c'est l'id&#233;e m&#234;me du processus cognitif qui est malmen&#233;e dans l'&#339;uvre de Rudolf Steiner. Mais, pour montrer finalement qu'il n'y a pas de connaissance dans l'anthroposophie, il faut s'accorder sur ce que l'entend par connaissance. Cette &#233;tape va nous mener aux origines de la raison occidentale, en Gr&#232;ce antique. Lorsque nous &#233;tudierons, ensuite, les id&#233;es clefs de l'anthroposophie, le lecteur pourra &#234;tre saisi, particuli&#232;rement autour de l'interpr&#233;tation steinerienne de la &lt;em&gt;g&#233;om&#233;trie&lt;/em&gt;, d&#233;cisive pour sa doctrine, par le contraste existant entre l'approche philosophique rationnelle et l'attitude initiatique &#233;sot&#233;rique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;S'accorder sur la nature de la raison pour comprendre la &#171; connaissance &#187; chez Steiner&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Nous consid&#233;rerons que la question de l'identit&#233; actuelle d'une chose est incompr&#233;hensible hors de la compr&#233;hension de sa gen&#232;se [&lt;a href='#nb6-176' class='spip_note' rel='footnote' title='Aristote peut ici encore servir de r&#233;f&#233;rence : &#171; Car, sans doute, en toutes (...)' id='nh6-176'&gt;176&lt;/a&gt;]. Dans la synth&#232;se qui va suivre, ce point de vue est redoubl&#233; dans la mise au jour de l'originalit&#233; de l'objet &#171; raison &#187; : la raison se d&#233;couvrira non seulement comme une instauration in&#233;dite, mais aussi comme l'&#171; histoire de son av&#232;nement &#187; [&lt;a href='#nb6-177' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique&#8230;, in La Foi chr&#233;tienne et le Destin (...)' id='nh6-177'&gt;177&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;La notion de raison est d'origine gr&#233;co-latine. Les auteurs s'accordent &#224; situer son &#233;mergence culturelle dans la Gr&#232;ce classique, &#224; l'&#233;poque de la naissance de la d&#233;mocratie ath&#233;nienne. En vue de pr&#233;ciser la gen&#232;se de la raison, certains penchent pour une &#233;mergence li&#233;e au fonctionnement m&#234;me de la vie d&#233;mocratique, &#224; travers la pratique des dialogues contradictoires. D'autres accordent &#224; l'intersubjectivit&#233; et au dialogue contradictoire en g&#233;n&#233;ral, &#224; travers l'accord possible sur les formes per&#231;ues, et sans r&#233;f&#233;rence particuli&#232;re &#224; la politique, la capacit&#233; d'avoir fait &#233;merger la cat&#233;gorie de l'universel et la notion de raison, qui lui est intimement li&#233;e. D'autres, enfin, sans exclusive du r&#244;le de l'horizon de la socialit&#233; constitutive humaine, insistent plus sur l'&#233;v&#233;nement et les cons&#233;quences de la th&#233;matisation, dans le champ de la conscience personnelle, de l'autocompr&#233;hension constitutive de l'&#234;tre humain. A cette voie r&#233;flexive de la personne appartient sans doute aussi l'&#233;merveillement devant la beaut&#233; de la nature, incluant l'&#233;tonnement devant un tel ordre et son intelligibilit&#233;, devant cette rationalit&#233; esth&#233;tique de l'&#234;tre.
&lt;br /&gt;Toutes ces sources av&#233;r&#233;es de la gen&#232;se de la raison occidentale se rejoignent dans la volont&#233; de r&#233;pondre &#224; l'appel en vue d'un savoir authentique, un savoir certain. Mais une telle vis&#233;e restera un horizon situ&#233; dans un futur chronologiquement ind&#233;terminable et logiquement bivalent, structur&#233; entre, d'une part, le mod&#232;le d'une math&#233;matisation parfaite, et, d'autre part, le mod&#232;le d'une sagesse humaine globalement signifiante, incluant le non math&#233;matisable et la mise en &#339;uvre pratique des r&#233;sultats de l'exercice de la raison comme facult&#233; intellectuelle. Cependant, l'apport essentiel de cette analyse g&#233;n&#233;tique de la raison r&#233;side dans la mise au jour de &lt;em&gt;l'invariant empirique&lt;/em&gt; qui la d&#233;termine. Ainsi, contre toute imagination de la possibilit&#233; d'une origine purement intellectuelle de la raison, ce parcours confirmera que l'on ne saurait se passer de l'homme comme esprit &lt;em&gt;incarn&#233;&lt;/em&gt; ou comme &lt;em&gt;animal &lt;/em&gt;capable de se conna&#238;tre, lorsque l'on souhaite comprendre l'&#233;mergence et le fonctionnement de la raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'intersubjectivit&#233; et la gen&#232;se de la raison
&lt;br /&gt;D&#233;mocratie antique et &#233;mergence dialogu&#233;e de la raison
&lt;br /&gt;Face aux diff&#233;rentes formes de r&#233;gime politique o&#249; un seul homme ou groupe d'hommes gouvernent sans terme de d&#233;lai fix&#233;, la d&#233;mocratie &#233;merge pour remplacer, dans les d&#233;cisions, une forte dose d'arbitraire, par une repr&#233;sentation th&#233;oriquement &#233;galitaire des citoyens. La d&#233;mocratie ath&#233;nienne, en permettant aux ayants droit politiques de la cit&#233; de gouverner &#224; tour de r&#244;le, de fa&#231;on circulaire, instaure une &lt;em&gt;isonomie&lt;/em&gt; de fait entre les hommes : nul n'est cens&#233; &#234;tre &#233;cart&#233; durablement du pouvoir. Une telle isonomie a favoris&#233; la prise de conscience d'une universalit&#233; citoyenne au sein de la diversit&#233; et de la multitude des habitants. Mais elle a sans doute aussi &#233;t&#233;, plus ou moins consciemment, l'id&#233;e directrice de l'&#233;mergence d&#233;mocratique. Face &#224; l'arbitraire de la parole autocratique qui ne se discute pas, susceptible, de la sorte, d'engendrer violences symboliques et physiques, l'instauration d&#233;mocratique s'appuie sur la parole commune, le dialogue entre &#233;gaux. Plusieurs dialogues de Platon montrent que la discussion publique, en faisant &#233;merger l'accord au terme d'un processus contradictoire, est susceptible, quant &#224; elle, d'apporter la paix dans la vie collective de la cit&#233;. A la qu&#234;te d'un savoir authentique commun correspond l'espoir d'une communaut&#233; authentique [&lt;a href='#nb6-178' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, ibid., p. (...)' id='nh6-178'&gt;178&lt;/a&gt;]. L'accord issu des dialogues adviendra par la mise au jour de l'essence ou de l'universel en chaque question (justice, &#233;conomie, beaut&#233;&#8230;). Malgr&#233; l'interrogation persistante quant &#224; l'ad&#233;quation de la dimension universelle du r&#233;el avec le r&#233;el total, un chemin &#233;tait ouvert pour que l'humanit&#233; occidentale se pense et s'organise selon ce crit&#232;re. La raison &#233;merge ici avec son double sens, &#224; savoir ce qui est intelligible dans le r&#233;el, d'une part, et la capacit&#233; humaine de le saisir et comprendre, d'autre part. Les termes &#171; universel &#187; et &#171; raison &#187; sont ainsi, d&#232;s l'origine, de signification proche. Pour clore cette approche de la boucle politique de la gen&#232;se de la raison, on peut ajouter que le projet d&#233;mocratique, en s'appuyant sur l'&#233;galit&#233; des hommes [&lt;a href='#nb6-179' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 60-61. L'auteur voit se d&#233;couvrir l&#224; comme une troisi&#232;me figure de (...)' id='nh6-179'&gt;179&lt;/a&gt;], pr&#233;suppose en quelque sorte l'autonomie de chacun, en tant que dou&#233; d'une capacit&#233; constitutive &#224; saisir, comprendre, et exprimer, plus ou moins ais&#233;ment, un m&#234;me ensemble de v&#233;rit&#233;s, nomm&#233; logos, raison, ou universel. Cependant, pour &#233;carter radicalement la crainte du solipsisme, de m&#234;me que pour pr&#233;ciser le degr&#233; de rationalit&#233; de la connaissance avanc&#233;e par un tel &#224; propos de telle chose, une telle autonomie rationnelle de la personne exige sa confirmation de la part d'autrui, l'alter ego rationnel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'appr&#233;hension ordinaire des choses, la confirmation intersubjective, et la gen&#232;se de la raison&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re maintenant l'intersubjectivit&#233; hors du contexte de l'action d&#233;mocratique, seulement du point de vue de l'observation du r&#233;el, on peut aussi reconstruire le cheminement qui fait appara&#238;tre &#224; la conscience la raison dans les choses ou la cat&#233;gorie de l'universel.
&lt;br /&gt;On sait commun&#233;ment ou on suppose souvent un rapport assez direct entre l'activit&#233; du voir et regarder d'un c&#244;t&#233;, et la nature de la connaissance, de l'autre. L'antiquit&#233; grecque classique n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; ce rapprochement. Jacques Brunschwig rappelle qu'il s'agit l&#224; d'une &#171; id&#233;e re&#231;ue &#187;, qu'il ne faudrait cependant pas, pour autant, sous-estimer. A l'origine, &#171; les Grecs ont identifi&#233;, ou presque, le savoir avec la perception sensible, et particuli&#232;rement avec la perception visuelle &#187;. Ce sp&#233;cialiste de l'histoire de la philosophie ancienne argumente en pr&#233;cisant que &#171; leur vocabulaire cognitif [celui des grecs anciens] en porte incontestablement la trace : l'un des verbes les plus communs pour dire &#171; je sais &#187;, par exemple, est &lt;em&gt;oida&lt;/em&gt;, qui se rattache &#224; la m&#234;me racine indo-europ&#233;enne que le latin &lt;em&gt;videre&lt;/em&gt;, voir &#187; [&lt;a href='#nb6-180' class='spip_note' rel='footnote' title='Brunschwig J., La connaissance, in Brunschwig, J. et Lloyd, G., (Dir.), Le (...)' id='nh6-180'&gt;180&lt;/a&gt;]. Notons encore, avec le m&#234;me auteur, que le mod&#232;le visuel de la connaissance est parfois concurrenc&#233; par un &#171; mod&#232;le tactile &#187;. C'est le cas chez les mat&#233;rialistes, que Platon d&#233;crit comme &#171; ne reconnaissant d'&#234;tre qu'&#224; ce qui offre r&#233;sistance et contact &#187;, mais aussi chez Aristote. Le stagirite, dans son trait&#233; &lt;em&gt;De l'Ame&lt;/em&gt;, &#171; ne se cache pas d'&#233;laborer sa th&#233;orie de la pens&#233;e sur la base d'une identit&#233; de rapports entre pens&#233;e et sensation d'une part, objet pens&#233; et objet senti de l'autre &#187; [&lt;a href='#nb6-181' class='spip_note' rel='footnote' title='Brunschwig J., ibid.., p. 117-118.' id='nh6-181'&gt;181&lt;/a&gt;]. Nous pouvons pr&#233;ciser les avantages et les limites de ces deux mod&#232;les sensitifs du conna&#238;tre : &#171; La vue s'exerce &#224; distance, ce qui fait sa force (sa port&#233;e ne se limite pas &#224; l'environnement imm&#233;diat), mais aussi sa faiblesse (&#224; trop longue distance, elle perd de sa pr&#233;cision, et dans l'intervalle peuvent survenir des facteurs de brouillage). Le toucher a un rayon d'action moindre ; mais il compense cette inf&#233;riorit&#233; par l'infaillible imm&#233;diatet&#233; du contact qu'il suppose entre le corps sentant et le corps senti : dans le toucher, le monde cogne directement &#224; notre porte &#187; [&lt;a href='#nb6-182' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 117.' id='nh6-182'&gt;182&lt;/a&gt;]. Mais nous proposons finalement de les unir formellement en assimilant &#171; la vue, qui para&#238;t &#234;tre un sens &#224; distance, &#224; une sorte particuli&#232;re de contact &#187; [&lt;a href='#nb6-183' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 118. L'auteur note que c'&#233;tait la &#171; th&#233;orie d&#233;mocrit&#233;enne des (...)' id='nh6-183'&gt;183&lt;/a&gt;]. Peut-&#234;tre ce mod&#232;le visuel &#233;largi de la connaissance suffit-il &#224; justifier notre choix du terme peu restrictif &#171; appr&#233;hension &#187; (des choses), dans le titre de ce paragraphe. A partir de maintenant nous interpr&#232;terons la gen&#232;se de la raison sur la base de ce mod&#232;le visuel-tactile [&lt;a href='#nb6-184' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean Ladri&#232;re consid&#232;re aussi que la conception de la raison chez les grecs (...)' id='nh6-184'&gt;184&lt;/a&gt;]. Nous recourrons souvent, par la suite, au concept de &lt;em&gt;discernement,&lt;/em&gt; comme &#224; une sorte de &lt;em&gt;m&#233;thode cognitive&lt;/em&gt; regroupant ce qui vient d'&#234;tre dit sur l'analogie voir-conna&#238;tre. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, mais de fa&#231;on d&#233;cisive, car &#233;tablie sur une base factuelle v&#233;rifiable par chacun, nous nous accordons parfaitement avec cette observation d'Etienne Gilson :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'&#233;veil de l'intelligence co&#239;ncide avec l'appr&#233;hension de choses, qui sont, aussit&#244;t que per&#231;ues, class&#233;es selon leurs analogies les plus manifestes. De ce fait, qui n'a rien &#224; voir avec aucune th&#233;orie, la th&#233;orie doit prendre acte. C'est ce que fait le r&#233;alisme, suivant en cela le sens commun ; [c'est pourquoi tout r&#233;alisme est une philosophie du sens commun] &#187; [&lt;a href='#nb6-185' class='spip_note' rel='footnote' title='Gilson E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, T&#233;qui, 1935, op. cit., p. 91.' id='nh6-185'&gt;185&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La raison v&#233;cue par l'homme appara&#238;t &#224; partir de la capacit&#233; humaine &#224; &lt;em&gt;discerner&lt;/em&gt; la raison dans les choses. Les choses, ou bien, dit de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale et plus simple, l'&#234;tre, ce qui est, appara&#238;t comme fondement de la raison. C'est l'&#234;tre qui est structur&#233; de formes, c'est l'&#234;tre qui comporte de l'ordre. Et c'est cet ordre, cette raison, cette rationalit&#233;, ce &lt;em&gt;logos&lt;/em&gt;, que l'homme a capacit&#233; &#224; conna&#238;tre, &#233;tant par l&#224; logiquement d&#233;sign&#233; comme animal &lt;em&gt;rationnel&lt;/em&gt;, animal &lt;em&gt;sujet de la raison&lt;/em&gt;, vivant capable de suivre la raison avec son intelligence et d'en d&#233;duire des comportements dans l'action. Essayons de pr&#233;ciser un peu ce qui se passe dans l'appr&#233;hension ordinaire des choses.
&lt;br /&gt;Dans les regards attentifs, compar&#233;s dans la discussion d'un petit groupe de personnes, advient la prise de conscience d'un &#171; nous commun &#187; et d'un &#171; monde commun &#187;. Les regards dirig&#233;s sur une m&#234;me portion du r&#233;el discernent des formes et choses, ainsi que des causalit&#233;s &#224; celles-ci. L'accord sur l'identit&#233; des choses d&#233;limit&#233;es par ces formes, dans les premiers classements et explications causales, constitue &#224; la fois, et de mani&#232;re indissociablement corr&#233;l&#233;e, une des bases de la constitution d'un langage universel, la base de la prise de conscience d'une identit&#233; partag&#233;e &#224; travers l'objectivation d'un monde commun, et la constitution du monde commun ou objectif lui-m&#234;me, aux premiers degr&#233;s du discernement d'une unit&#233; intelligible g&#233;n&#233;rale, sur l'horizon du r&#233;el encore non repr&#233;sent&#233; dans un langage. Dans le passage suivant, Jacques Derrida commente le travail men&#233; par Husserl sur ce th&#232;me :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; En d'autres termes, si h&#233;t&#233;rog&#232;nes que soient les structures essentielles de plusieurs langues ou de plusieurs cultures constitu&#233;es, la traduction est au principe une t&#226;che toujours possible : deux hommes &lt;em&gt;normaux&lt;/em&gt; auront toujours &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;a priori&lt;/strong&gt; conscience de leur appartenance commune &#224; une seule et m&#234;me humanit&#233;, habitant un seul et m&#234;me monde. Les diff&#233;rences de langue &#8211; et ce qu'elles impliquent &#8211; leur appara&#238;tront sur le fond d'un horizon ou d'une structure aprioriques : la communaut&#233; de langage, c'est-&#224;-dire l'imm&#233;diate certitude d'&#234;tre tous deux des sujets parlants, qui ne peuvent jamais d&#233;signer que des choses appartenant &#224; l'horizon de leur monde comme horizon irr&#233;ductiblement commun de leur exp&#233;rience. Ce qui implique qu'ils puissent toujours, imm&#233;diatement ou non, se trouver ensemble devant un m&#234;me &#233;tant naturel, qu'on aura toujours pu d&#233;pouiller des superstructures et des cat&#233;gories culturelles fond&#233;es en lui, et dont l'unit&#233; fournirait toujours l'ultime instance arbitrale de tout &lt;em&gt;malentendu&lt;/em&gt;. La conscience d'&#234;tre devant la &lt;em&gt;m&#234;me &lt;/em&gt;chose, objet per&#231;u comme tel, est la conscience d'un nous pur et pr&#233;-culturel. Ici le retour &#224; une pr&#233;-culture n'est pas la r&#233;gression vers une &lt;em&gt;primitivit&#233;&lt;/em&gt; culturelle, mais la r&#233;duction d'une culture d&#233;termin&#233;e, op&#233;ration th&#233;or&#233;tique qui est une des plus hautes formes de la culture en g&#233;n&#233;ral. Cet &#233;tant objectif purement naturel est l'&#233;tant du monde sensible qui devient le premier fondement de la communication, la chance permanente d'une r&#233;invention du langage &#187; [&lt;a href='#nb6-186' class='spip_note' rel='footnote' title='Derrida J., Introduction &#224; Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, PUF, Paris, (...)' id='nh6-186'&gt;186&lt;/a&gt;]. Eugen Fink confirme qu'Husserl avait rep&#233;r&#233; une corr&#233;lation entre d&#233;couverte de notre &#171; nous pur &#187; ou de notre commune humanit&#233;, et &#233;mergence / confirmation du monde objectif dans les consciences. Ainsi, Husserl &#171; ne comprend pas la diversit&#233; des hommes &#224; partir de l'objectivit&#233; du monde pr&#233;suppos&#233;, mais au contraire il d&#233;signe l'objectivit&#233; du monde comme corr&#233;lat de sens d'une donation de sens communautis&#233;e intersubjectivement &#187; [&lt;a href='#nb6-187' class='spip_note' rel='footnote' title='Fink E., La philosophie tardive de Husserl, in Proximit&#233; et distances, (...)' id='nh6-187'&gt;187&lt;/a&gt;]. C'est bien ce que l'on comprend, &#224; la r&#233;flexion, dans ce passage [&lt;a href='#nb6-188' class='spip_note' rel='footnote' title='Bien qu'il n'y soit pas fait allusion au p&#244;le de la constitution de notre &#171; (...)' id='nh6-188'&gt;188&lt;/a&gt;] : &#171; Le monde objectif est de prime abord monde pour tous, le monde que &#171; tout-le-monde &#187; a comme horizon de monde. Son &#234;tre objectif pr&#233;suppose les hommes en tant qu'hommes [sujets] de leur langage universel &#187; [&lt;a href='#nb6-189' class='spip_note' rel='footnote' title='Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, ibid., p. 183.' id='nh6-189'&gt;189&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au cours de cette analyse, la cat&#233;gorie de l'universel a &#233;merg&#233; pour ainsi dire &lt;em&gt;d'un coup&lt;/em&gt;, des deux p&#244;les du &#171; nous pur &#187; et du &#171; monde commun &#187;, qui apparaissent dans l'appr&#233;hension spontan&#233;e et commune des choses. L'universel ou l'ordre ou la raison r&#233;sulte, pour l'homme, de la confirmation r&#233;p&#233;t&#233;e, intersubjective dans sa plus grande force, d'une m&#234;me appr&#233;hension des choses. La constitution des langages et des cultures, en tant que fa&#231;on symbolique g&#233;n&#233;rale d'habiter la nature, et donc d'avoir prise sur elle, trouve ici une de ses racines.
&lt;br /&gt;D'autre part, l'&#233;tude historique a montr&#233; que l'ordre - ou la raison - est pratiquement la notion repr&#233;sentant le fondement le plus essentiel des cultures des peuples : &#171; C'est l&#224; une des notions cardinales de l'univers juridique et aussi religieux et moral des Indo-Europ&#233;ens : c'est l'&#171; Ordre &#187; qui r&#232;gle aussi bien l'ordonnance de l'univers, le mouvement des astres, la p&#233;riodicit&#233; des saisons et des ann&#233;es que les rapports des hommes et des dieux, enfin des hommes entre eux. Rien de ce qui touche &#224; l'homme, au monde, n'&#233;chappe &#224; l'empire de l'&#171; Ordre &#187;. C'est donc le fondement tant religieux que moral de toute soci&#233;t&#233; ; sans ce principe, tout retournerait au chaos &#187; [&lt;a href='#nb6-190' class='spip_note' rel='footnote' title='Benv&#233;niste E., Le vocabulaire des institutions indo-europ&#233;ennes, Tome 2, (...)' id='nh6-190'&gt;190&lt;/a&gt;]. De plus, la comparaison des philosophies occidentales fait appara&#238;tre la notion d'ordre comme fondamentalement li&#233;e &#224; l'intelligence ou &#224; la raison humaine. Le caract&#232;re laconique et sobre du d&#233;but de la d&#233;finition du mot &#171; ordre &#187; par Lalande accentue, selon nous, le sens anthropologique tr&#232;s fort de l'id&#233;e qu'il d&#233;signe, notamment dans l'&#233;troite parent&#233; des notions d'ordre et d'intelligence, ou d'ordre et de raison. &lt;em&gt;L'ordre est ainsi &#171; L'une des id&#233;es fondamentales de l'intelligence. On n'en peut donner de d&#233;finition qui la rende plus claire &#187;&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb6-191' class='spip_note' rel='footnote' title='Lalande A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, (...)' id='nh6-191'&gt;191&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;D&#232;s lors, il semble assez ais&#233; de comprendre que la dimension et la cat&#233;gorie de l'universel, que le sens commun peut toujours retrouver dans l'&#234;tre, puisse historiquement en venir, peu &#224; peu, &#224; &#234;tre &#233;rig&#233;e en &lt;em&gt;norme&lt;/em&gt; de la connaissance objective et en r&#233;f&#233;rence de la vie sage. Toute r&#233;f&#233;rence &#224; un savoir rationnel authentique impliquera une vis&#233;e explicite de l'universel, une vis&#233;e de l'ordre commun dans le r&#233;el, que ce soit hors de nous ou en nous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les deux paragraphes ci-dessus, nous avons vu comment la mise en commun de la parole, livr&#233;e quant &#224; des questionnements concernant le vivre ensemble dans la cit&#233;, puis quant aux traits de la nature o&#249; nous avons &#224; nous &#233;tablir, pouvait produire l'&#233;mergence des notions d'universel et de raison dans les consciences. Maintenant, il est loisible de consid&#233;rer un parcours semblable &#224; partir du point de vue d'une conscience individuelle, &#233;tant bien entendu que celle-ci sp&#233;cule sur l'horizon donn&#233; de la vie sociale, et donc qu'elle peut retrouver en elle l'orientation, sinon la trame compl&#232;te et les r&#233;sultats, des r&#233;flexions pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'autocompr&#233;hension humaine et l'&#233;mergence des rationalit&#233;s occidentales et orientales&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'homme assoiff&#233; de connaissance et de sens&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est dans la constitution de l'homme d'&#234;tre capable de se comprendre lui-m&#234;me [&lt;a href='#nb6-192' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, in La foi (...)' id='nh6-192'&gt;192&lt;/a&gt;]. La prise en charge de cette soif de sens et de cette capacit&#233; autonome de l'&#233;pancher a &#233;t&#233; th&#233;matis&#233;e, dans l'histoire de l'humanit&#233;, dans diverses formes de recherche de la sagesse. Ce que l'on appelle en Occident &#171; philosophie &#187;, &#233;tymologiquement &#171; amour de la sagesse &#187; se retrouve de diverses mani&#232;res dans toutes les cultures. Partout l'on a voulu savoir en profondeur ce qu'&#233;tait l'homme, ce vivant original capable de se comprendre, partout les hommes se sont affront&#233;s aux questions du sens ultime des choses, au probl&#232;me de la nature de la mort et de l'existence &#233;ventuelle d'un au-del&#224;, etc. A peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque, on retrouve pos&#233;es, en diverses parties de la terre, marqu&#233;es par des cultures diff&#233;rentes, les questions de fond qui caract&#233;risent le cheminement de l'existence humaine : Qui suis-je ? D'o&#249; est-ce que je viens et o&#249;-vais-je ? Pourquoi la pr&#233;sence du mal ? Qu'y aura-t-il apr&#232;s cette vie ? En effet, ces interrogations sont pr&#233;sentes dans les &#233;crits sacr&#233;s d'Isra&#235;l, dans les V&#233;das ainsi que dans l'Avesta, dans les &#233;crits de Confucius et de Lao Tseu, comme dans les pr&#233;dications des Tirthankaras et de Bouddha ; on peut les reconna&#238;tre dans les po&#233;sies d'Hom&#232;re et dans les trag&#233;dies d'Euripide et de Sophocle, comme dans les trait&#233;s philosophiques de Platon et Aristote. Ces questions ont pour source commune la qu&#234;te de sens, une qu&#234;te qui est naturellement, depuis toujours, pressante dans le c&#339;ur de l'homme, parce que de la r&#233;ponse &#224; ces questions d&#233;pend l'orientation &#224; donner &#224; l'existence.
&lt;br /&gt;Dans la culture occidentale, la naissance de la philosophie marque l'engagement sur le chemin d'une prise en charge de l'&#171; autocompr&#233;hension &#187; [&lt;a href='#nb6-193' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 57-58.' id='nh6-193'&gt;193&lt;/a&gt;] de l'homme selon le concept. C'est-&#224;-dire que l'intelligibilit&#233; de l'homme est pos&#233;e comme une possibilit&#233; d'acc&#233;der &#224; un savoir authentique sur ce qu'est l'homme et ce qu'il doit faire, autrement dit dans un savoir critique, conscient de ses modalit&#233;s de justification. L'intelligibilit&#233; est accueillie comme un appel, une chance, et un destin. Cette fa&#231;on d'aborder les questions existentielles de toujours de l'humanit&#233; est originale. En effet, dans le contexte de la philosophie grecque, non seulement ces questions furent prises en charge mais encore furent-elles d'embl&#233;e &#233;tudi&#233;es &#224; la lumi&#232;re de l'hypoth&#232;se selon laquelle elles pouvaient, voire devaient recevoir des r&#233;ponses exactes. Cette esp&#233;rance d'un savoir vrai atteignable rel&#232;ve d'un parti pris qui, &#224; la diff&#233;rence des questions existentielles quasi-universelles susmentionn&#233;es, marque d'une fa&#231;on fondamentale l'histoire culturelle de l'Occident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le parti pris occidental de l'intelligibilit&#233; du r&#233;el&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les discours les plus anciens nous restant accessibles portent la trace de la compr&#233;hension de l'homme par lui-m&#234;me. Mais l'id&#233;e de la philosophie qui s'est forg&#233;e dans notre tradition culturelle est apparue &#224; partir du moment o&#249; s'est affirm&#233;e en toute clart&#233; la possibilit&#233; d'un discours produisant un savoir authentique, un savoir conforme &#224; la v&#233;rit&#233;. Et d'embl&#233;e, il en va de l'homme s'interrogeant sur lui-m&#234;me et &lt;em&gt;sur le monde&lt;/em&gt;, car l'un ne va pas sans l'autre : &#171; Comme l'existence ne peut s'&#233;veiller &#224; elle-m&#234;me qu'en se reconnaissant immerg&#233;e dans un monde, comme moment d'une vie universelle, la lumi&#232;re qui la r&#233;v&#232;le &#224; elle-m&#234;me est en m&#234;me temps lumi&#232;re qui lui r&#233;v&#232;le son appartenance au monde et ce monde lui-m&#234;me &#187; [&lt;a href='#nb6-194' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 57.' id='nh6-194'&gt;194&lt;/a&gt;]. Ce concept de savoir authentique ou de savoir vrai a &#233;merg&#233; &#224; un certain moment de l'histoire : il s'agit donc d'une institution, non d'un fait naturel. Ce concept indique un pouvoir et une t&#226;che : le pouvoir humain de conna&#238;tre le vrai, et l'exigence d'y travailler, puisque si le vrai est atteignable il devient aussit&#244;t une valeur, un devoir, quelque chose &#224; conqu&#233;rir sur l'opinion, le doute, le mensonge, afin d'acc&#233;der &#224; une forme de vie plus digne de l'homme.
&lt;br /&gt;Il est fort plausible que la probl&#233;matique de la raison occidentale s'origine explicitement ici. Quel est le fondement de cette pr&#233;tention &#224; saisir et comprendre la v&#233;rit&#233; de l'homme et du r&#233;el ? Est-ce la v&#233;rit&#233; qui se manifeste spontan&#233;ment &#224; l'homme [&lt;a href='#nb6-195' class='spip_note' rel='footnote' title='Intuitivement, m&#234;me tr&#232;s approximativement&#8230;' id='nh6-195'&gt;195&lt;/a&gt;] ? Est-ce l'homme qui comprend imm&#233;diatement la v&#233;rit&#233; avec sa raison ? Ni l'une ni l'autre de ces r&#233;ponses ne sont absolument d&#233;fendables. Il faut aller plus loin pour d&#233;couvrir un fondement de la raison non rationnel ou pr&#233;-rationnel, une origine o&#249; la raison n'&#233;tait pas encore &#233;tablie. R&#233;mi Brague nous introduit &#224; ce fondement de la raison de nature pr&#233;-rationnelle. Ainsi, par rapport au concept neutre de &#171; l'ordre &#187;, que l'on retrouve pratiquement dans toutes les cultures [&lt;a href='#nb6-196' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#234;me dans les attitudes magico-mythiques, comme le rappelle Gilles-Gaston (...)' id='nh6-196'&gt;196&lt;/a&gt;], avec des contenus variables, pour dire la structure fondamentale de la r&#233;alit&#233; et de l'homme, le recours grec au terme de &lt;em&gt;kosmos&lt;/em&gt; marque une inflexion d&#233;cisive de l'&#233;tat d'esprit. En effet, le terme &lt;em&gt;kosmos&lt;/em&gt;, &#233;tymologiquement &#171; ordre et beaut&#233; &#187;, et m&#234;me plus pr&#233;cis&#233;ment &lt;em&gt;la beaut&#233; r&#233;sultant de l'ordre&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb6-197' class='spip_note' rel='footnote' title='Brague R., La sagesse du monde, p. 31.' id='nh6-197'&gt;197&lt;/a&gt;], exprime le passage &lt;em&gt;d'une attitude ind&#233;cise, voire craintive, &#224; une attitude engag&#233;e positivement vis-&#224;-vis de la nature profonde du r&#233;el&lt;/em&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Ainsi donc, &#171; monde &#187; n'a jamais d&#233;sign&#233; une simple description de la r&#233;alit&#233; : il a, depuis toujours, traduit un jugement de valeur, fruit d'une sorte d'acte de foi, positif ou n&#233;gatif. La science grecque avait conscience d'&#234;tre non seulement une connaissance du &lt;em&gt;kosmos&lt;/em&gt;, mais quasiment une constitution de celui-ci comme tel, comme &lt;em&gt;kosmos&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb6-198' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 36. Le parti pris du kosmos semble donc correspondre, en tant que (...)' id='nh6-198'&gt;198&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette citation, l'auteur d&#233;crit le mouvement en deux temps, qui va, d'abord du jugement de valeur vers le r&#233;el pour le d&#233;clarer cosmos, puis revient, ensuite, vers les hommes de la culture grecque qui fondent leur science, et donc leur rationalit&#233;, la raison grecque, sur un tel point de vue personnel sur le r&#233;el [&lt;a href='#nb6-199' class='spip_note' rel='footnote' title='Pr&#233;cisons simplement, sur le plan logique, que le mot cosmos entre en (...)' id='nh6-199'&gt;199&lt;/a&gt;]. En disant que l'ordre du r&#233;el est beaut&#233; les grecs ont affirm&#233; que le r&#233;el leur plaisait et qu'il &#233;tait connaissable comme tel. L'acte fondateur de la raison occidentale serait donc un acquiescement au r&#233;el [&lt;a href='#nb6-200' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce qu'a reconnu &#233;galement Max Scheler (Voir Scheler M., Probl&#232;mes de (...)' id='nh6-200'&gt;200&lt;/a&gt;], motiv&#233; par la consid&#233;ration que la r&#233;alit&#233; soit intelligible, intelligible comme beaut&#233; ordonn&#233;e. L'instauration de la philosophie grecque repr&#233;sente un &#233;v&#232;nement o&#249; se marque une volont&#233; de croire le monde habitable pour l'homme. C'est une premi&#232;re &lt;em&gt;affirmation du r&#233;el comme notre monde, comme monde fait pour l'homme&lt;/em&gt;. Ce que traduit cet engagement, au niveau de l'&#233;tat d'esprit de ceux qui le prennent, c'est le choix confiant de la vie dans ce monde. Ce choix se joue contre l'h&#233;sitation devant le poids du bien et du mal dans l'homme et dans le monde. Egalement, l'engagement pour le cosmos-logos produit une rupture avec des mentalit&#233;s ant&#233;rieures, celles qui imaginaient la vie humaine jouet de l'humeur des dieux, ou bien encore &#233;cras&#233;e par les myst&#232;res du monde et un destin incompr&#233;hensible. En d&#233;clarant le r&#233;el comme cosmos, le sage grec y aurait vu &#171; le miroir de sa sagesse &#224; lui &#187;, l'image de sa volont&#233; de &#171; regarder la vie du bon c&#244;t&#233; &#187;, si l'on peut dire.
&lt;br /&gt;Du coup, on ne passerait pas du &lt;em&gt;kosmos&lt;/em&gt;, au dehors, au logos, &#224; l'int&#233;rieur du sage observateur, mais on aurait fait, bien plut&#244;t, le parcours inverse. C'est en tout cas ce que sugg&#232;re ce passage de Platon, o&#249; l'id&#233;e de cosmos-logos est exprim&#233;e par le terme &#171; Intellect &#187; : &#171; le ch&#339;ur unanime des sages affirme en effet que l'Intellect est pour nous roi du ciel et de la terre, et, ce faisant, c'est en r&#233;alit&#233; d'eux-m&#234;mes qu'ils font un objet de v&#233;n&#233;ration &#187; [&lt;a href='#nb6-201' class='spip_note' rel='footnote' title='Platon, Phil&#232;be, 28c6-8, in Brague R., La sagesse du monde, op. cit., p. 37. (...)' id='nh6-201'&gt;201&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Par la suite, on ne se souviendra pas trop de cette origine subjective de la rationalit&#233;. Le monde sera g&#233;n&#233;ralement &#171; le cas par excellence de l'ordre et de la rationalit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb6-202' class='spip_note' rel='footnote' title='Brague R., La sagesse du monde, ibid., p. 37.' id='nh6-202'&gt;202&lt;/a&gt;]. Un tel oubli ne favorisera ni la compr&#233;hension de notre propre tradition culturelle, ni la compr&#233;hension des autres cultures. On aura trop souvent tendance &#224; croire &#224; l'universalit&#233; de la raison occidentale, et, du coup, &#224; consid&#233;rer p&#233;jorativement les cultures proposant d'autres id&#233;es pour parler de l'ordre du monde et de la sagesse humaine. Mais laissons, pour l'instant, ce probl&#232;me, et approfondissons l'explicitation des implications de l'option rationnelle occidentale. L'instauration philosophique en Occident est caract&#233;ris&#233;e par l'affirmation de la possibilit&#233; du savoir vrai. Celle-ci est elle-m&#234;me tributaire d'une institution symbolique du r&#233;el comme cosmos. Affirmer la possibilit&#233; du savoir authentique &#233;tait donc l'affirmation que toute pr&#233;tention au savoir authentique devait pouvoir s'accorder avec l'authenticit&#233; du r&#233;el pr&#233;&#233;tablie, sa nature ou sa logique de cosmos. Ceci &#233;tant dit, nous pouvons pr&#233;ciser maintenant, avec Jean Ladri&#232;re, comment la philosophie, visant originellement, dans le concept d'&lt;em&gt;&#233;pist&#232;m&#232;&lt;/em&gt;, le savoir authentique, se r&#233;fl&#233;chissait elle-m&#234;me comme un projet d&#233;j&#224; assur&#233; de lui-m&#234;me :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Cette r&#233;flexion n'est pas simple constatation d'un &#233;tat de choses, ou enregistrement d'une possibilit&#233;, elle est une d&#233;cision, dans laquelle s'effectue un partage, et par laquelle d&#233;sormais la pens&#233;e s'engage sur ce chemin &#171; riche en r&#233;v&#233;lation &#187; qu'indiquait la d&#233;esse dans le Po&#232;me de Parm&#233;nide. Or en ce moment inaugural ne s'est pas encore effectu&#233;e la s&#233;paration propre aux Temps modernes entre ce que nous appelons philosophie et ce que nous appelons science. Ce qui est pos&#233;, c'est l'id&#233;e d'une compr&#233;hension universelle capable non seulement de saisir et de dire le logos de l'existence et du monde mais de se donner &#224; elle-m&#234;me la garantie de sa validit&#233;, de s'accompagner par cons&#233;quent de la conscience explicite de son pouvoir &#233;lucidant. L'instauration du projet philosophique est donc en r&#233;alit&#233; bien plus que la proposition d'un programme de recherche, c'est l'instauration d'une forme de vie. Au discours vacillant de l'opinion, qui se contente d'affirmer sans savoir vraiment pourquoi et sans &#234;tre capable d'all&#233;guer d'authentiques raisons, se substitue le discours fond&#233; qui se redouble de sa propre &#233;valuation, et dans lequel s'exprime un savoir qui sait qu'il sait, dans quel mesure il sait, et pourquoi il sait &#187; [&lt;a href='#nb6-203' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, op. cit., p. (...)' id='nh6-203'&gt;203&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le projet th&#233;orique de la raison n'est pas simplement donn&#233; avec l'existence humaine. Il est &#171; institu&#233;, par une d&#233;cision qui rel&#232;ve d'une &lt;em&gt;libre initiative&lt;/em&gt; et qui se pose &#224; elle-m&#234;me un immense d&#233;fi, celui de s'&#233;galer &#224; l'ampleur de son projet &#187;. Finalement, l'instauration de la raison est &#171; la mise en mouvement du processus de son autoconstitution, sous la double forme de la construction du monde des intelligibles et de l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; de la r&#233;ciprocit&#233;, selon la double r&#233;gulation de l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; et de l'id&#233;e de libert&#233; [&#8230;] &#187; [&lt;a href='#nb6-204' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 61.' id='nh6-204'&gt;204&lt;/a&gt;]. Chaque tentative de conna&#238;tre et d'agir selon la raison ne doit pas &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme un d&#233;roulement naturel ou historique. Le devenir de la raison doit &#234;tre interpr&#233;t&#233; sur le mode de l'instauration [&lt;a href='#nb6-205' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 71.' id='nh6-205'&gt;205&lt;/a&gt;]. L'instauration de la raison &#171; n'est pas d'un seul moment &#187;, comme si l'origine de la raison marquait l'invention d'une technique que les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s dans l'histoire permettraient de raffiner. Non, l'instauration de la raison est bien plut&#244;t &#171; un processus continu&#233;, ou plus exactement perp&#233;tuellement recommen&#231;ant : l'initiative n'est pas le simple prolongement d'une action commenc&#233;e ant&#233;rieurement, qui continuerait &#224; se d&#233;rouler en vertu de son &#233;nergie interne, c'est une action vraiment nouvelle, en laquelle la pens&#233;e doit se r&#233;assumer enti&#232;rement elle-m&#234;me, dans la r&#233;effectuation r&#233;solue des d&#233;cisions originaires, par une mise en jeu de la libert&#233; instituante aussi radicale qu'au premier jour &#187; [&lt;a href='#nb6-206' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 60.' id='nh6-206'&gt;206&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais la th&#232;se de l'intelligibilit&#233; du r&#233;el est-elle seulement un parti pris ? Pour les fondateurs de la philosophie occidentale, il ne le semble pas. On reconnait en effet, plus volontiers, qu'ils s'appuient sur une premi&#232;re r&#233;flexion dirig&#233;e sur la constitution de l'homme. Aristote entame le trait&#233; v&#233;ritablement fondateur de la tradition philosophique occidentale en reconnaissant que &#171; L'homme a naturellement la passion de conna&#238;tre &#187;. Sur l'architrave sculpt&#233;e du temple de Delphes la culture grecque manifeste qu'elle attribue une importance fondamentale &#224; la qu&#234;te du savoir. Dans le fameux &#171; Connais-toi toi-m&#234;me &#187; il y a plus qu'une invitation, il y a l'affirmation presque sacralis&#233;e de la confiance dans la capacit&#233; de la raison &#224; d&#233;couvrir des r&#233;sultats int&#233;ressants. C'est donc qu'il y a de la v&#233;rit&#233;, de l'authenticit&#233;, et de la solidit&#233;, &#224; trouver dans cet appel &#224; l'int&#233;rieur de l'homme. Plus tard on pourra consid&#233;rer que l'appel int&#233;rieur au savoir est radical : &#171; notre pens&#233;e porte en elle l'exigence de l'inconditionn&#233; &#187;, la raison &#171; est la possibilit&#233; de la pens&#233;e de la totalit&#233; &#187;. Du coup, par analogie avec cette th&#232;se de Franz Werfel reprise par Viktor Frankl &#8211; &#171; La soif est la preuve comme quoi il doit y avoir quelque chose comme de l'eau &#187; [&lt;a href='#nb6-207' class='spip_note' rel='footnote' title='Frankl V., R&#233;flexions sur la pathologie de l'esprit contemporain, (...)' id='nh6-207'&gt;207&lt;/a&gt;] -, il faudrait reconna&#238;tre, avec le philosophe Karol Wojtyla, qu'il serait irrationnel d'envisager la soif de v&#233;rit&#233; humaine comme mensong&#232;re et vaine :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Il n'est pas pensable qu'une recherche aussi profond&#233;ment enracin&#233;e dans la nature humaine puisse &#234;tre compl&#232;tement inutile et vaine. La capacit&#233; m&#234;me de chercher la v&#233;rit&#233; et de poser des questions implique d&#233;j&#224; une premi&#232;re r&#233;ponse. L'homme ne commencerait pas &#224; chercher ce qu'il ignorerait compl&#232;tement ou ce qu'il estimerait impossible &#224; atteindre. Seule la perspective de pouvoir arriver &#224; une r&#233;ponse peut le pousser &#224; faire le premier pas. De fait, c'est bien ce qui arrive normalement dans la recherche scientifique &#187; [&lt;a href='#nb6-208' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean-Paul II, Foi et raison, op. cit., p. 40.' id='nh6-208'&gt;208&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'approche occidentale de la soif universelle de conna&#238;tre d&#233;bouche sur l'affirmation de l'intelligibilit&#233; du r&#233;el et sur le choix de la confiance dans un processus de connaissance m&#233;thodiquement guid&#233;. Ce choix de la raison se justifie en tant que n&#233;cessit&#233; existentielle, comme une prise de parti pour la vie et son am&#233;lioration, fond&#233;e sur l'audace selon laquelle le &lt;em&gt;sens&lt;/em&gt; est intelligible. Comme une initiative pour &#233;viter la d&#233;raison [&lt;a href='#nb6-209' class='spip_note' rel='footnote' title='Parmi ceux qui ont d&#233;fendu la gen&#232;se de la raison comme moyen de lutte contre (...)' id='nh6-209'&gt;209&lt;/a&gt;], la violence, et l'isolement dans les opinions, le parti de l'intelligibilit&#233; universelle vient essayer de prot&#233;ger l'&#233;tablissement et l'&#233;panouissement de la vie au sein de la commune humanit&#233;. C'est que, sans doute, jamais l'homme ne pourrait fonder son existence sur le doute, sur l'incertitude, ou sur le mensonge, parce qu'une telle vie serait constamment menac&#233;e par la peur et par l'angoisse. Nous avons donc montr&#233; &#224; la fois le caract&#232;re singulier de la raison occidentale, en remontant &#224; son instauration originelle, et sa pr&#233;sentation culturelle post&#233;rieure comme une r&#233;ponse &#224; une n&#233;cessit&#233; existentielle ou anthropologique. Du coup, on ne sait plus tr&#232;s bien si la raison est un choix ou bien une r&#233;ponse ad&#233;quate aux exigences de la r&#233;alit&#233; humaine [&lt;a href='#nb6-210' class='spip_note' rel='footnote' title='Etienne Gilson semble avoir lui aussi rencontr&#233; ce paradoxe : &#171; Tout se passe (...)' id='nh6-210'&gt;210&lt;/a&gt;]. C'est peut-&#234;tre une r&#233;ponse choisie et ad&#233;quate &#224; l'objet profond de son questionnement, &#224; savoir le d&#233;sir de d&#233;fendre l'homme, et donc sa vie, en tant que r&#233;alit&#233; privil&#233;gi&#233;e au sein de l'ensemble du r&#233;el. Dans ce cas, il n'y a plus &#224; h&#233;siter : l'instauration de la raison occidentale a &#233;t&#233; entreprise dans un but humaniste.
&lt;br /&gt;Il reste alors &#224; &#233;claircir l'autre de la raison occidentale, l'inintelligible, ainsi que ses enjeux anthropologiques. Ce double aspect de la r&#233;alit&#233; devra &#234;tre soulign&#233; pour &#233;tablir que toute perspective s&#233;rieuse sur la raison ne saurait ignorer sa bipolarit&#233;. Puis, &#224; partir de l&#224;, on pourra mettre en lumi&#232;re la raison orientale et la sym&#233;trie invers&#233;e qu'elle pr&#233;sente avec le mod&#232;le rationnel de notre tradition culturelle. Il sera alors temps de faire le bilan en d&#233;gageant les &#233;l&#233;ments commun de la raison lorsqu'elle se veut vraiment universelle, et aussi afin, plus sp&#233;cifiquement pour notre propos, pour &#234;tre ensuite en mesure de discerner avec s&#251;ret&#233; les seuils en-dessous desquels un discours ne peut plus &#234;tre admis comme rationnel et intelligible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La limite permanente de l'intelligibilit&#233; du r&#233;el&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de la Gr&#232;ce antique, la raison devient une valeur morale positive essentielle de la culture occidentale et de son optimisme. Mais il s'agit bien d'un parti pris. En effet, l'intelligibilit&#233; du r&#233;el quant &#224; ses formes n'est pas imm&#233;diatement l'intelligibilit&#233; du r&#233;el &lt;em&gt;quant au sens de la vie humaine&lt;/em&gt;, et, a fortiori et &#224; l'int&#233;rieur du sens de la vie de l'humanit&#233;, &lt;em&gt;quant au sens de chaque vie personnelle et unique&lt;/em&gt;. Consid&#233;rer que l'intelligibilit&#233; du r&#233;el puisse satisfaire l'homme ne concerne que la tendance gnostique de la philosophie, qui voit la connaissance comme perfection de l'homme. Plus pr&#232;s de nous, le scientisme est comme un prolongement de cette tendance philosophique gnostique, en voyant dans la ma&#238;trise accrue sur la nature, permise par les sciences modernes, l'&#233;talon conditionnant le bonheur humain. La raison n'est pas le tout du r&#233;el. La violence, la souffrance, l'incompr&#233;hensible, etc. sont aussi l&#224; qui malm&#232;nent l'homme. Face au projet de la raison, l'adversit&#233; p&#232;se bien plus lourd [&lt;a href='#nb6-211' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean Ladri&#232;re exprime ainsi cette tension tragique : &#171; L'exp&#233;rience historique (...)' id='nh6-211'&gt;211&lt;/a&gt;]. De cette tension dans le r&#233;el G&#252;nther Anders a tir&#233; l' &#187;irr&#233;futabilit&#233; du nihilisme &#187;. Il a constat&#233; que la question &#171; Pourquoi devons-nous devoir ? &#187; n'a de sens &#171; qu'&#224; l'int&#233;rieur d'une vie que l'individu approuve pleinement, quand la vie approuve la vie et qu'elle le fait sur la base d'arguments extra-moraux, ou plut&#244;t ne l'approuve plus sur la base d'aucun argument. Autrement dit : ce qu'exigent moralement le monde et l'homme ne peut lui-m&#234;me &#234;tre fond&#233; moralement &#187; [&lt;a href='#nb6-212' class='spip_note' rel='footnote' title='Anders G., L'obsolescence de l'homme, Sur l'&#226;me &#224; l'&#233;poque de la deuxi&#232;me (...)' id='nh6-212'&gt;212&lt;/a&gt;]. C'est bien l&#224; une autre fa&#231;on de rappeler que l'on ne saurait confondre rationalisme et humanisme. Il y a bien dans l'existence humaine, m&#234;me dans &#171; l'humanit&#233; normale et adulte &#187; [&lt;a href='#nb6-213' class='spip_note' rel='footnote' title='J'emprunte cette expression &#224; Husserl, qui l'emploie dans L'origine de la (...)' id='nh6-213'&gt;213&lt;/a&gt;], quelque chose qui exc&#232;de la raison. Le non-respect social et institutionnel de cette dimension est une violence au moins symbolique [&lt;a href='#nb6-214' class='spip_note' rel='footnote' title='Mais que serait l'homme sans le symbolique ?' id='nh6-214'&gt;214&lt;/a&gt;] faite &#224; chaque &#234;tre humain. L'ordre industriel dominant en Occident et ailleurs constitue un bon exemple d'une telle impasse humaniste. Certes, il est sans doute proche de la v&#233;rit&#233; de consid&#233;rer que les philosophes grecs ont puis&#233; l'efficacit&#233; sociale de leur discours rationnel dans les r&#233;sultats qui ont pu &#234;tre atteint sur le terrain en coh&#233;rence avec le projet de la raison, que ce soit dans le pari d&#233;mocratique contre la violence et l'arbitraire, ou bien dans l'image d'une rassurante harmonie du monde et de la vie humaine que pouvait offrir les lunettes de la raison. Dans la m&#234;me veine, avec une raison rendue encore plus conqu&#233;rante gr&#226;ce au renfort du transcendantalisme et de l'espoir du salut jud&#233;o-chr&#233;tien, bien plus tard, les succ&#232;s des applications concr&#232;tes de la science moderne ont pu faire croire, un temps, que cette institution de la raison disait le vrai compl&#232;tement. Que cette option rationnelle de l'intelligibilit&#233; se soit renforc&#233;e au fur et &#224; mesure des succ&#232;s qu'elle a permis n'enl&#232;ve rien au fait originel selon lequel une autre option rationnelle demeure toujours possible. On peut, en effet et sans conteste, reconna&#238;tre que le r&#233;el est ordonn&#233;, tout en sp&#233;cifiant ensuite, au choix [&lt;a href='#nb6-215' class='spip_note' rel='footnote' title='Par souci de simplification de l'argumentaire nous n'avons pas cherch&#233; &#224; (...)' id='nh6-215'&gt;215&lt;/a&gt;], ou bien qu'il est avant tout cosmos, traduisant ainsi un parti pris optimiste, ou bien qu'il est essentiellement quelque chose, par exemple, comme la vacuit&#233; bouddhique, traduisant un parti pris pessimiste.
&lt;br /&gt;D&#232;s lors le parti pris de la raison n'est plus justifiable par des arguments rationnels ou &#233;thiques. Il rel&#232;ve d'un autre niveau de la r&#233;alit&#233; humaine, celui de la motivation. Il rel&#232;ve du plan le plus profond de l'homme, celui de la volont&#233;, de l'&#226;me ou du c&#339;ur, - notions pouvant &#234;tre &#224; peu pr&#232;s &#233;quivalentes dans les diverses traditions de pens&#233;e ou de religion. Et &#224; ce niveau-l&#224;, ce qui explique une d&#233;cision, ce ne sont pas d'abord des arguments, mais bien plut&#244;t des forces ou des contraintes. Qu'il y ait en l'homme un appel &#224; la signifiance compl&#232;te de l'existence est sans doute vrai. Mais qui pourra nier qu'il y a aussi en lui une attirance pour une sorte de puissant d&#233;sengagement ? Ce qui fait pencher la balance d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre est le poids ou l'obstacle ou la main qui contraint un des deux plateaux au d&#233;s&#233;quilibre par rapport &#224; l'autre. Maintenant, &#224; la lumi&#232;re des travaux de Pierre Legendre, nous allons voir que cette tension irr&#233;ductible, au c&#339;ur de l'homme, appelle, en Occident, une force institutionnelle qui contraint l'homme, le pousse &#224; choisir la vie plut&#244;t que le retrait.
&lt;br /&gt;Lorsque l'humanit&#233; &#233;coute et prend en charge l'appel int&#233;rieur au sens, c'est bien de questionnement qu'il s'agit. Au-del&#224; de la diversit&#233; des r&#233;ponses apport&#233;es aux questions ultimes de l'homme, on d&#233;couvre un noyau de principes ou de notions qui forment comme une sorte de patrimoine spirituel de l'humanit&#233;, alimentant du m&#234;me coup la confiance en la capacit&#233; humaine de saisir la raison ou l'universel des choses. Mais, encore par-del&#224;, il n'est pas plus ind&#233;niable que l'exercice individuel et collectif de la raison, m&#234;me potentiellement toujours renforc&#233; de ses succ&#232;s, &#224; travers une prise accrue sur le r&#233;el, et &#233;ventuellement par une vie plus sage et heureuse, demeure toujours ouvert &#224; un d&#233;passement qui peut sembler infini. Le questionnement humain ne rencontre pas que la raison dans le r&#233;el. La raison dans le r&#233;el permet au questionnement humain de trouver des r&#233;ponses. Il y a l&#224; une satisfaction certaine qui explique, en partie, la joie de comprendre et la fascination pour les performances des sciences modernes. Cependant, que ce soit en direction du monde sensible, ou bien, en radicalisant le questionnement &#224; la r&#233;alit&#233; tout enti&#232;re, ou encore, r&#233;flexivement, en prenant l'interrogation humaine elle-m&#234;me pour th&#232;me d'&#233;tude, il appara&#238;t que la soif de conna&#238;tre butte sur une dimension myst&#233;rieuse. Et il ne semble pas d&#233;raisonnable d'envisager que cette dimension myst&#233;rieuse puisse &#234;tre d&#233;finitivement irr&#233;ductible. En effet, le regard tourn&#233; vers l'horizon du ciel, et peut-&#234;tre plus sp&#233;cialement sur un ciel nocturne &#233;toil&#233;, ne rencontre pas de borne. L'immensit&#233; cosmique semble illimit&#233;e, l'homme ne &lt;em&gt;per&#231;oit&lt;/em&gt; pas de limite [&lt;a href='#nb6-216' class='spip_note' rel='footnote' title='Wittgenstein le notait ainsi : &#171; notre champ de vision est sans fronti&#232;re &#187; (...)' id='nh6-216'&gt;216&lt;/a&gt;] lorsqu'il l&#232;ve le regard de sa Terre natale [&lt;a href='#nb6-217' class='spip_note' rel='footnote' title='Etudiant la cosmologie contemporaine, science qui utilise les th&#233;ories (...)' id='nh6-217'&gt;217&lt;/a&gt;]. A partir de cette perception, l'id&#233;e de l'infini peut lui venir &#224; la conscience. Au moins, il fait ainsi l'exp&#233;rience d'un aspect du myst&#232;re du monde, qui peut lui sembler irr&#233;ductible [&lt;a href='#nb6-218' class='spip_note' rel='footnote' title='Wittgenstein affirmait encore &#224; la fin du Tractatus : &#171; Il y a assur&#233;ment de (...)' id='nh6-218'&gt;218&lt;/a&gt;]. Du c&#244;t&#233; du savoir en tant que tel, la philosophie moderne occidentale a but&#233; sur plusieurs questions, dont celle-ci, formul&#233;e par Leibniz : &#171; pourquoi il y a plut&#244;t quelque chose que rien ? &#187; [&lt;a href='#nb6-219' class='spip_note' rel='footnote' title='Leibniz, G. W., Principes de la Nature et de la Gr&#226;ce, in Leibniz, G. W, (...)' id='nh6-219'&gt;219&lt;/a&gt;] Il s'agit bien, en effet, lorsque l'on demande pourquoi il y a le r&#233;el ou l'&#234;tre plut&#244;t que rien, d'une &lt;em&gt;question sens&#233;e mais litt&#233;ralement abyssale&lt;/em&gt;. Quelles que soient les tentatives de r&#233;ponse formul&#233;e, elle demeure. M&#234;me la r&#233;ponse monoth&#233;iste, qui attribue l'origine de la r&#233;alit&#233; &#224; un Dieu Tout puissant et Tout aimant, ne r&#233;pond pas compl&#232;tement : il demeure toujours que l'on peut demander pourquoi Dieu existe plut&#244;t que rien. Argumenter la th&#232;se que Dieu soit la r&#233;ponse ultime ne satisfait pas le d&#233;sir de conna&#238;tre. C'est ainsi aussi, que, du c&#244;t&#233; de la personne se r&#233;fl&#233;chissant, il appara&#238;t que le questionnement humain, quelles que soient le nombre et la richesse des r&#233;ponses trouv&#233;es, demeure et perdure inlassablement. La personne qui questionne ce fait d&#233;couvre que l'interrogation est une dimension fondatrice de l'humanit&#233;, en tant qu'elle est universelle et &lt;em&gt;insatiable&lt;/em&gt;. Dans la rencontre d'autrui, dans la rencontre du visage, on per&#231;oit aussi chez les autres cette soif de connaissance partiellement inextinguible. Emmanuel L&#233;vinas ajoutait que, dans le visage d'autrui, c'est aussi un &lt;em&gt;appel infini&lt;/em&gt; &#224; la responsabilit&#233;, pour lui et pour les autres, qui nous touche. Voyons maintenant les cons&#233;quences de cette limite de l'intelligibilit&#233; pour l'organisation de l'existence humaine, et, en conclusion, pour la juste appr&#233;hension de la raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aspects anthropologiques du myst&#232;re r&#233;el et cons&#233;quence pour la compr&#233;hension de la raison&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, o&#249; que nous portions notre regard, jamais les r&#233;ponses ne sont parfaitement compl&#232;tes ni d&#233;finitives. Or un tel insondable, pour peu que nous l'admettions substantiel, c'est-&#224;-dire, ici, r&#233;el et d&#233;finitif, est comme l'envers ou l'autre logique de la raison [&lt;a href='#nb6-220' class='spip_note' rel='footnote' title='Je parle ici de &#171; l'autre logique de la raison &#187; en compl&#233;ment de l'&#171; autre (...)' id='nh6-220'&gt;220&lt;/a&gt;]. Avant d'&#234;tre &#233;tudi&#233; explicitement dans sa dimension soci&#233;tale et psychologique par Pierre Legendre, cette autre source de la raison, cette question de l'ab&#238;me anthropologique, a &#233;t&#233; relev&#233;e et/ou d&#233;crite par d'autres, notamment par des juristes [&lt;a href='#nb6-221' class='spip_note' rel='footnote' title='Plusieurs ouvrages de Pierre Legendre, auxquels nous nous permettons de (...)' id='nh6-221'&gt;221&lt;/a&gt;], des po&#232;tes [&lt;a href='#nb6-222' class='spip_note' rel='footnote' title='Citons par exemple Ren&#233; Char.' id='nh6-222'&gt;222&lt;/a&gt;], et des philosophes [&lt;a href='#nb6-223' class='spip_note' rel='footnote' title='Par exemple Marc Richir, dans Lieu et non-lieux de la philosophie (in (...)' id='nh6-223'&gt;223&lt;/a&gt;]. Pierre Legendre y voit le &#171; point faible &#187; de l'homme. On ne &#171; peut &#233;liminer de la vie humaine &#171; le myst&#232;re et la trag&#233;die &#187; [&lt;a href='#nb6-224' class='spip_note' rel='footnote' title='Legendre P., La fabrique de l'homme occidental, Ed. Mille et une nuits / (...)' id='nh6-224'&gt;224&lt;/a&gt;]. L'homme est habit&#233; par un &#171; Pourquoi ? &#187; radical qui constitue &#171; un vide, le gouffre, l'Ab&#238;me de l'existence humaine &#187; [&lt;a href='#nb6-225' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 30.' id='nh6-225'&gt;225&lt;/a&gt;]. En cons&#233;quence, il faut s'organiser pour r&#233;pondre &#224; &#171; l'effroi de vivre &#187; [&lt;a href='#nb6-226' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 11.' id='nh6-226'&gt;226&lt;/a&gt;]. C'est un des r&#244;les des repr&#233;sentations culturelles de toutes les soci&#233;t&#233;s. Fondamentalement les cultures organisent et stabilisent, instituent un ensemble de r&#233;ponses aux questions existentielles des hommes, dont celle-ci, qui d&#233;bouche sur un &#171; rien &#187; persistant et angoissant. Ainsi, pour rendre la vie humaine r&#233;guli&#232;rement supportable, et sans exclusive des autres cadrages juridiques de la libert&#233; humaine, il a fallu poser des cadres culturels qui font barrage au d&#233;sir finalement insatiable de connaissance [&lt;a href='#nb6-227' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous nous cantonnons ici au d&#233;sir de savoir, mais il est bien entendu que (...)' id='nh6-227'&gt;227&lt;/a&gt;]. On ne peut pas laisser les personnes livr&#233;es &#224; l'angoisse d'exister, c'est humainement irresponsable [&lt;a href='#nb6-228' class='spip_note' rel='footnote' title='Si le lecteur a pris ici une conscience actualis&#233;e de ce th&#232;me de l'ab&#238;me qui (...)' id='nh6-228'&gt;228&lt;/a&gt;]. Si l'humanit&#233; a pu se reproduire et se multiplier jusqu'ici, malgr&#233; ce probl&#232;me cognitif, c'est parce qu'elle a su, dans la diversit&#233; de ses traditions, produire des r&#233;ponses vivables. C'est pouquoi Pierre Legendre peut voir, dans l'instauration culturelle des cadres institutionnels, la manifestation &#171; d'un geste de survie &#187; pour l'humanit&#233; [&lt;a href='#nb6-229' class='spip_note' rel='footnote' title='Legendre P., La fabrique de l'homme occidental, op. cit., p. (...)' id='nh6-229'&gt;229&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Mais ces r&#233;ponses culturelles et institutionnelles ne sont pas sp&#233;cialement des r&#233;ponses de &lt;em&gt;connaissance&lt;/em&gt;, puisque l'homme bute, partiellement mais partout, sur le myst&#232;re. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il a fallu, plut&#244;t qu'un barrage infranchissable, &#233;tablir un filtre, un cadre o&#249; il faut obligatoirement passer, une porte pouvant s'ouvrir uniquement sur n&#233;gociation. Le but &#233;tant &#171; que l'humain s'accorde avec l'Ab&#238;me &#187; [&lt;a href='#nb6-230' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-230'&gt;230&lt;/a&gt;]. Nous avons appris, dans un travail ant&#233;rieur, &#224; appr&#233;cier l'&#233;tude du tableau de Ren&#233; Magritte, intitul&#233; &lt;em&gt;La lunette d'approche&lt;/em&gt;, pour illustrer cet aspect anthropologique de la raison. On y voit une fen&#234;tre &#224; demi ouverte dont le battant tir&#233; emporte avec lui le paysage, un ciel et des nuages. Par l'entreb&#226;illement on ne voit pas le m&#234;me paysage mais du noir, le vide, le rien, le gouffre de l'existence humaine. Toute culture a &#224; fabriquer une telle &#171; lunette d'approche &#187; pour que les hommes qu'elle nourrit spirituellement soient d&#233;sireux de construire leurs vies dans le monde tangible, celui auquel ils appartiennent par leur corpor&#233;it&#233; et leur vie biologique. Mais la culture doit aussi favoriser le travail d'humanisation du monde, elle doit favoriser une vie authentiquement humaine, o&#249; ce qui exc&#232;de en l'homme la corpor&#233;it&#233; est promu, comme dimension propre de la dignit&#233; humaine. Ainsi les r&#233;f&#233;rents culturels doivent-ils proposer du sens et un mod&#232;le d'organisation de la vie, visant &#224; ce que la tension inh&#233;rente &#224; la condition humaine &#233;volue vers une communion f&#233;conde plut&#244;t que vers une schizophr&#233;nie d&#233;-structurante.
&lt;br /&gt;La fabrique institutionnelle de l'homme a pour objet l'installation de l'homme dans une situation de compromis o&#249; &#171; le pourquoi &#187; cesse d'avoir une emprise illimit&#233;, en &#233;tant plac&#233; et reconnu comme l'autre de l'&#233;vidence des n&#233;cessit&#233;s de la vie et des &#233;merveillements qu'elle peut procurer. Elle vise &#224; faire tenir debout l'homme, entre, d'une part, les raisons plus ou moins nombreuses d'optimisme [&lt;a href='#nb6-231' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon les v&#233;cus personnels.' id='nh6-231'&gt;231&lt;/a&gt;] et les &#233;vidences vitales &#224; assumer, et, d'autre part, le questionnement infini, tout aussi &#233;vident, finalement, lequel peut, bien appliqu&#233;, rendre la vie plus ais&#233;e [&lt;a href='#nb6-232' class='spip_note' rel='footnote' title='A travers les arts, les philosophies, les institutions, les sciences et les (...)' id='nh6-232'&gt;232&lt;/a&gt;], mais qui peut, d&#233;sordonn&#233; ou omnipr&#233;sent de fa&#231;on tyrannique, dans sa dimension abyssale, la rendre, &#224; force, impossible ou destructrice. Formellement, ce travail institutionnel vise &#224; &lt;em&gt;s&#233;parer [&lt;a href='#nb6-233' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Pierre Legendre, La fabrique de l'homme occidental, op. cit., p. 23-24 : (...)' id='nh6-233'&gt;233&lt;/a&gt;] les registres de la raison afin qu'ils ne se t&#233;lescopent pas&lt;/em&gt;. La raison appara&#238;t ici dans cette reconnaissance de la n&#233;cessit&#233; de s&#233;parer, d'une part, le questionnement, de l'autre, les &lt;em&gt;&#233;vidences&lt;/em&gt; biologiquement ou spirituellement vitales. La raison humaine parvient &#224; reconna&#238;tre la raison qui habite le monde. Mais l'intelligence, lorsqu'elle fait retour sur elle-m&#234;me, reconna&#238;t aussi la raison dans la structure de son humanit&#233;. Elle d&#233;couvre alors les conditions minimales pour que l'homme ainsi fait choisisse d'avancer selon la connaissance de la raison, &lt;em&gt;plut&#244;t que de c&#233;der &#224; l'imaginaire&lt;/em&gt;, au moins partiellement angoissant, de l'autre logique de la raison, le questionnement d&#233;sindex&#233;, &lt;em&gt;d&#233;croch&#233; de l'ordre vital de la r&#233;alit&#233; humaine&lt;/em&gt;. Cet ordre humain, la raison le reconna&#238;t soumis, ordinairement, au primat de la vie biologique, d&#232;s lors que la volont&#233; de vivre longtemps est prise pour point de d&#233;part, comme dans le proverbe italien &#171; Primo vivere, dopo filosofare &#187;. Et dans cette prise de conscience de la b&#233;ance de la raison sur quelque chose qu'elle ne peut r&#233;duire fondamentalement, c'est aussi le rapport entre libert&#233; et v&#233;rit&#233; qui est soulign&#233;.
&lt;br /&gt;Sur le plan de la compr&#233;hension de la raison, il faut donc admettre que, pour &#234;tre conforme au r&#233;el, la raison doit reconna&#238;tre sa bipolarit&#233;, entre l'intelligible et le myst&#232;re, entre l'intelligible et tout ce que fait l'homme sans s'en soucier vraiment. D&#232;s lors, proposer un discours rationnel exige de renoncer &#224; la pr&#233;tention de la compr&#233;hension totale : &#171; Tout est donc plus compliqu&#233; qu'on avait pu le croire. Le projet de la raison garde sa validit&#233;, en tout cas &#224; la condition qu'il assume r&#233;solument la critique n&#233;cessaire de l'id&#233;e de totalisation &#187; [&lt;a href='#nb6-234' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, op. cit., p. (...)' id='nh6-234'&gt;234&lt;/a&gt;]. D&#232;s lors, la raison, dans sa d&#233;clinaison occidentale, comme dans son autor&#233;flexion, ne peut plus &#234;tre pens&#233;e hors du choix existentiel qui la pr&#233;c&#232;de, qui a pr&#233;sid&#233;, et qui pr&#233;side au moment o&#249; l'on s'engage &#224; consid&#233;rer les choses dans sa lumi&#232;re. Avec l'ensemble de ces r&#233;sultats nous allons pouvoir pr&#233;senter, en comparaison, les grands traits caract&#233;ristiques de la raison orientale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pens&#233;e orientale et le renoncement &#224; la connaissance th&#233;orique&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme dans le cas de l'Occident, o&#249; l'h&#233;ritage commun de la philosophie grecque et de la religion juive, de l'Europe &#224; l'Am&#233;rique du Nord, et, dans une mesure plus complexe, dans le monde arabe, autorise la r&#233;flexion sur la raison occidentale, plusieurs traits caract&#233;ristiques se retrouvent dans les diff&#233;rentes philosophies et religiosit&#233;s de l'Orient, ce qui permet de r&#233;fl&#233;chir sur la pens&#233;e ou la raison orientale &lt;em&gt;au singulier&lt;/em&gt;. Notre comparaison se construira &#224; partir d'&#233;l&#233;ments pris dans l'hindouisme, le bouddhisme, le confucianisme, et le tao&#239;sme. Une premi&#232;re justification de ce rapprochement nous est donn&#233;e par Ivan P. Kamenarovic, qui conclut ici au sujet de la p&#233;n&#233;tration et de l'installation du bouddhisme en Chine :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; De longs d&#233;bats s'engag&#232;rent alors, fructueux, passionn&#233;s, violents parfois entre ce que les Chinois ont fini par d&#233;signer d'une m&#234;me appellation, les Trois Enseignements, et qui sont le confucianisme, le tao&#239;sme et le bouddhisme. Des &#233;l&#233;ments communs, de farouches oppositions, des influences certaines entre les trois n'ont jamais cess&#233; de jalonner l'histoire de la pens&#233;e chinoise depuis le d&#233;but de leur coexistence jusqu'&#224; nos jours. &lt;em&gt;Soulignons une fois encore ce qu'ont d'artificielles des distinctions que nous sommes parfois tent&#233;s de consid&#233;rer comme infranchissables, entre des courants profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;s les uns par les autres&lt;/em&gt;. Il n'est certes pas faux de souligner les divergences qui existent entre le confucianisme, le tao&#239;sme et le bouddhisme. Elles ne doivent pourtant jamais faire oublier &#224; quel point chacun a servi &#224; l'&#233;laboration de ce que sont devenus les deux autres &#187; [&lt;a href='#nb6-235' class='spip_note' rel='footnote' title='Kamenarovic I.-P., Agir, non-agir en Chine et en Occident, Du Sage immobile (...)' id='nh6-235'&gt;235&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Anton Kielce le confirme : &#171; Atteindre l'&#233;tat de &#171; non-obtention &#187; est un des buts du bouddhisme zen. Cet &#233;tat participe du m&#234;me principe que le wou-wei des tao&#239;stes, le ne pas faire ou le non-agir, qui, selon les circonstances, peut encore s'&#233;noncer comme le non-savoir, le non-d&#233;sir, le non-&#234;tre ou l'oubli de soi &#187; [&lt;a href='#nb6-236' class='spip_note' rel='footnote' title='Kielce A., Le sens du Tao, Le Mail, 1991 (1985), 284 p., p. (...)' id='nh6-236'&gt;236&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous &#233;tudierons successivement les id&#233;es centrales d'une nature unifi&#233;e mais neutre, le th&#232;me de l'alternance perp&#233;tuelle vide-forme cr&#233;atrice de toutes choses, l'immanentisme, le rejet de la conception personnelle de l'existence humaine, et, enfin, la question de l'intelligibilit&#233; du r&#233;el.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une conception organiciste mais acosmique de la nature&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;e de l'ordre de l'univers est importante en Orient. On y consid&#232;re le monde comme un tout organique sans reste. Tout y est un et toutes les formes, tous les &#234;tres, toutes les personnes &#233;mergent temporairement du principe cr&#233;ateur impersonnel qui constitue le c&#339;ur du monde. Mais parler de cosmos pour d&#233;signer la conception orientale du monde [&lt;a href='#nb6-237' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme le fait par exemple Joseph Needham, dans La science chinoise et (...)' id='nh6-237'&gt;237&lt;/a&gt;] semble un peu impropre. Nous avons vu que la notion de &lt;em&gt;kosmos&lt;/em&gt;, apparue chez les grecs, exprime un &lt;em&gt;a priori&lt;/em&gt; favorable &#224; l'ordre de la nature en tant qu'ordre accueillant pour l'homme. Or il n'en va pas de m&#234;me en Orient : &#171; Regardez les choses du point de vue m&#234;me des choses, et vous verrez leur v&#233;ritable nature ; regardez les choses de votre propre point de vue, et vous ne verrez que vos propres sentiments ; car la nature est neutre et &#233;vidente, tandis que vos sentiments ne sont que pr&#233;jug&#233;s et obscurit&#233;s &#187; [&lt;a href='#nb6-238' class='spip_note' rel='footnote' title='Yong S., cit&#233; par Needham, J., op. cit., p. 47. Shao Yong est un auteur (...)' id='nh6-238'&gt;238&lt;/a&gt;]. C'est que le Tao est &#171; vide supr&#234;me &#187;, &#171; sans commencement &#187; [&lt;a href='#nb6-239' class='spip_note' rel='footnote' title='Tchouang-tseu, &#338;uvre compl&#232;te, VI, in Philosophes tao&#239;stes, Gallimard, La (...)' id='nh6-239'&gt;239&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans les paroles de Bouddha, le fond de la r&#233;alit&#233; est non-&#234;tre. Rejoindre l'&#233;tat de non-&#234;tre serait merveilleux, ce serait la d&#233;livrance, l'&#233;tat de Nirv&#226;na : &#171; Aucune faute ne peut &#234;tre rachet&#233;e. L'homme na&#238;t seul, vit seul, meurt seul. Et c'est lui seul qui pioche le chemin qui peut le conduire au Nirv&#226;na, le merveilleux royaume du Non-&#202;tre, du Ne-plus-&#234;tre &#187; [&lt;a href='#nb6-240' class='spip_note' rel='footnote' title='Bouddha, cit&#233; in Percheron M., Le Bouddha et le bouddhisme, Seuil, 1961, 192 (...)' id='nh6-240'&gt;240&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Dans &lt;em&gt;La Triple Corbeille&lt;/em&gt;, Bouddha affirme que le r&#233;el serait une seule entit&#233; organique sans cause ni but, une neutralit&#233; : &#171; Il n'existe dans tous les univers, visibles et invisibles, qu'une seule et m&#234;me puissance, sans commencement, sans fin, sans autre loi que la sienne, sans pr&#233;dilection, sans haine. Elle tue et elle sauve sans autre but que de r&#233;aliser le Destin &#187; [&lt;a href='#nb6-241' class='spip_note' rel='footnote' title='Bouddha, cit&#233; in Percheron M., ibid., p. 35.' id='nh6-241'&gt;241&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Le temps serait constitu&#233; par un flux continu (samt&#226;na). Cette fluidit&#233; ferait que toute &#171; forme &#187; se manifestant serait p&#233;rissable mais aussi &#171; ontologiquement irr&#233;elle &#187;. L'existence et la non existence ne sont alors pas &#171; les diff&#233;rentes apparences d'une chose, mais la &lt;em&gt;chose&lt;/em&gt; en elle-m&#234;me &#187;. La fluidit&#233; et l'instantan&#233;it&#233; du monde sensible, sa continuelle n&#233;antisation, est la formule mahayanique par excellence pour exprimer l'irr&#233;alit&#233; du monde temporel &#187;. L'id&#233;e de &#171; vacuit&#233; &#187; est une autre fa&#231;on de d&#233;signer la vraie r&#233;alit&#233; dans le bouddhisme, en articulant cette id&#233;e avec celle de &#171; forme &#187;. Bouddha d&#233;clarait ainsi que &#171; L&#224; o&#249; il y a la forme, il y a le vide, et l&#224; o&#249; il y a le vide, il y a la forme. Vide et forme ne sont donc pas distincts &#187; [&lt;a href='#nb6-242' class='spip_note' rel='footnote' title='Bouddha, cit&#233; in Percheron M., ibid., p. 117.' id='nh6-242'&gt;242&lt;/a&gt;]. Dans le bouddhisme, &#171; il n'y a pas d'&#234;tre stable, mais tout est con&#231;u comme &lt;em&gt;devenant &lt;/em&gt;et&lt;em&gt; disparaissant&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb6-243' class='spip_note' rel='footnote' title='Kunzmann P., et alii, Atlas de la philosophie, Le livre de poche, 1993 (...)' id='nh6-243'&gt;243&lt;/a&gt;]. Le fond de l'&#234;tre comme le N&#238;rvana ou l'Illumination gardent un aspect ind&#233;fini. Celui-ci participe aussi bien &#224; la multiplication des sous-groupes bouddhistes qu'&#224; l'extension des philosophies orientales gr&#226;ce &#224; ce flou qui autorise de nombreuses convergences et syncr&#233;tismes. Bouddha ne propose cependant pas la n&#233;gation absolue du r&#233;el : &#171; Il existe bien un non-n&#233;, non devenu, non-fait, non compos&#233;, et s'il n'existait pas il n'y aurait pas d'&#233;vasion possible de ce qui est n&#233;, devenu, fait et compos&#233; &#187;. Le bouddhisme interpr&#232;te donc le r&#233;el comme une dualit&#233; entre le monde illusoire qui nous appara&#238;t habituellement et le monde ind&#233;fini du N&#238;rvana, neutre, vide, impersonnel, et pourtant al&#233;atoirement &#171; formateur de forme &#187;. Par rapport &#224; la r&#233;alit&#233; ultime qui demeure toujours peu ou prou &lt;em&gt;une&lt;/em&gt; mais apparemment impossible &#224; circonscrire, Maya, &#171; la relativit&#233; des r&#233;alit&#233;s, le monde illusoire des ph&#233;nom&#232;nes que r&#233;git, avec un d&#233;terminisme rigoureux, la loi des causes et des effets &#187; semble paradoxalement le &#171; seul terrain solide &#187; de la doctrine bouddhique [&lt;a href='#nb6-244' class='spip_note' rel='footnote' title='Percheron M., op. cit., p. 61.' id='nh6-244'&gt;244&lt;/a&gt;]. Le tao&#239;sme ne propose pas plus de prise quant &#224; son approche de la r&#233;alit&#233; ultime. La voie, le Tao n'est pas d&#233;signable par un terme affirmatif ni par un contenu explicite, pas plus que le N&#238;rvana bouddhique. Le Tao &#233;tant &#171; sans nom, il n'agit donc pas, et cependant par son non-agir tout se fait &#187; [&lt;a href='#nb6-245' class='spip_note' rel='footnote' title='Tchouang-tseu, &#338;uvre compl&#232;te, VI, in Philosophes tao&#239;stes, Gallimard, La (...)' id='nh6-245'&gt;245&lt;/a&gt;]. Il peut parfois &#234;tre appel&#233; la &#171; Mutation &#187;, l'origine du monde o&#249; &#171; la force ne se manifeste pas encore &#187;, un &#233;tat changeant ne pouvant &#234;tre &#171; saisi sous aucune forme &#187; [&lt;a href='#nb6-246' class='spip_note' rel='footnote' title='Lie-tseu, in Philosophes tao&#239;stes, Gallimard, La Pl&#233;iade, ibid., p. (...)' id='nh6-246'&gt;246&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;L'importance consid&#233;rable, en Extr&#234;me-Orient, des approches du r&#233;el au travers de listing de &lt;em&gt;ce qui ne serait pas &lt;/em&gt;ou de&lt;em&gt; ce qu'il ne faudrait pas faire &lt;/em&gt;(non-agir, non-&#234;tre&#8230;)&lt;em&gt; &lt;/em&gt;contraste de mani&#232;re flagrante avec le souci occidental de parvenir &#224; conna&#238;tre positivement le r&#233;el afin de s'y orienter et de tenter d'accro&#238;tre la puissance humaine sur le monde.
&lt;br /&gt;La r&#233;alit&#233; ultime de la raison orientale est une, immobile, impersonnelle, neutre, infini, sans commencement ni fin, cr&#233;atrice de toutes choses tout en &#233;tant sans forme. Elle est un peu comme une pure capacit&#233; &#224; la puissance sans finalit&#233; autre que son auto-reproduction. Ce mod&#232;le du monde est acosmique ou &#171; anticosmique &#187; [&lt;a href='#nb6-247' class='spip_note' rel='footnote' title='R&#233;mi Brague utilise le terme d'&#171; anticosmisme &#187; &#224; propos de la gnose. Il en (...)' id='nh6-247'&gt;247&lt;/a&gt;]. Nous allons voir maintenant que ce choix fondamental est coh&#233;rent avec cette autre th&#232;se orientale, l'absence d'un moi substantiel en chaque &#234;tre humain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des &#234;tres humains sans r&#233;alit&#233; personnelle : la r&#233;alit&#233; orientale est sans humanisme&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons vu que le r&#233;el &#233;tait con&#231;u neutre et un. La conception orientale du r&#233;el est v&#233;ritablement immanentiste et moniste, au sens ou elle rejette toute v&#233;ritable transcendance et toute v&#233;ritable dualit&#233;. Le r&#233;el est suppos&#233; continu et unifi&#233;. Prise absolument, cette th&#232;se implique logiquement que l'homme ne se diff&#233;rencie pas fondamentalement du monde. Elle implique aussi que les &#233;ventuelles divinit&#233;s et les &#233;ventuels esprits sont aussi en continuit&#233; avec l'ensemble de la r&#233;alit&#233;. Toutes choses seraient prises dans le continuum du tout. Il n'existerait pas non plus de diff&#233;rence fondamentale entre la corpor&#233;it&#233; et la spiritualit&#233;. La raison orientale est-elle alors mat&#233;rialiste ? Ou bien spiritualiste ? Il n'est pas s&#251;r que la question ait du sens pour un indien ou un chinois. Pour eux les distinctions se pensent plut&#244;t en terme de virtuel et de manifeste plut&#244;t qu'en terme d'immanence et de transcendance ou de corpor&#233;it&#233; et de spiritualit&#233;. Il s'agit d'une pens&#233;e du processus &#8211; continu, alternant, ou cyclique &#8211; alors que la raison occidentale est une pens&#233;e de l'&#234;tre ou de la substance. Pour parler de la diff&#233;rence corpor&#233;it&#233;-spiritualit&#233; la raison orientale aura plut&#244;t recours &#224; l'id&#233;e de subtilit&#233; : il n'y aurait qu'une seule r&#233;alit&#233;, aux manifestations plus ou moins subtiles. La mati&#232;re serait une expression peu subtile du r&#233;el, tandis que l'esprit serait une manifestation du m&#234;me r&#233;el, mais de fa&#231;on subtile.
&lt;br /&gt;Dans ces conditions il est tout &#224; fait logique que l'on ne trouve pas d'&#233;quivalent, en Extr&#234;me-Orient, &#224; nos id&#233;es occidentales concernant l'existence d'une &#226;me individuelle ou d'une r&#233;alit&#233; de chaque personne unique. Au-del&#224; des contingences h&#233;r&#233;ditaires, familiales et culturelles, au-del&#224; de la m&#233;moire de chacun et des traits de son corps, il n'y aurait rien de subsistant dans l'&#234;tre humain. Finalement il appara&#238;t clair, aussi bien dans la tradition indienne, avec le brahmanisme, l'hindouisme, le bouddhisme, ou dans la tradition chinoise, avec le confucianisme et le tao&#239;sme, quelles ques soient les nuances de ces philosophies entre elles et &#224; l'int&#233;rieur de chacune d'elles, qu'elles ont pour point commun de consid&#233;rer la r&#233;alit&#233; sans accorder le moindre privil&#232;ge ou statut d'exception &#224; l'homme. Comme le dit Anne Cheng &#224; propos de la pens&#233;e chinoise, il s'agit d'une pens&#233;e de &#171; plain pied &#187; o&#249; l'homme appara&#238;t comme presque totalement immerg&#233; dans le r&#233;el [&lt;a href='#nb6-248' class='spip_note' rel='footnote' title='Avec cette id&#233;e d'une totale immersion de l'homme dans le r&#233;el on comprend que (...)' id='nh6-248'&gt;248&lt;/a&gt;]. Krishnamurti dira ainsi qu'il faudrait &#233;vacuer la pens&#233;e, et donc l'homme, en tant que la pens&#233;e est la marque distinctive de son humanit&#233;, lorsque l'on veut comprendre ce qu'est vraiment la r&#233;alit&#233; : &#171; Pour voir [la v&#233;rit&#233;, ce qui est], il faut &#234;tre libre de toute autorit&#233;, des traditions, de la peur, ainsi que de la pens&#233;e et de l'artifice des mots &#187; [&lt;a href='#nb6-249' class='spip_note' rel='footnote' title='Krishnamurti, cit&#233; in Saiman J., Les fronti&#232;res de la philosophie : n'y (...)' id='nh6-249'&gt;249&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'essence universelle de la raison et le diff&#233;rent Orient-Occident&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Peut-on d&#233;passer l'alternative de la raison occidentale et la raison orientale alors qu'elles semblent diam&#233;tralement oppos&#233;es ? Un tel objectif implique d'abord de d&#233;caler l&#233;g&#232;rement notre regard, en rappelant que nous postulons l'universalit&#233; du genre humain, l'&#233;galit&#233; de tous les &#234;tres humains composant &#171; l'humanit&#233; normale et adulte &#187; [&lt;a href='#nb6-250' class='spip_note' rel='footnote' title='Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, PUF, op. cit., p.182.' id='nh6-250'&gt;250&lt;/a&gt;], du point de vue de l'int&#233;grit&#233; formelle de la personne, et donc, y inclut, du point de vue de la conscience et de la raison. Si la structure anthropologique de l'exp&#233;rience du r&#233;el est fondamentalement la m&#234;me chez chacun(e), c'est donc que les variations culturelles se produisent en aval de ce que l'on peut appeler la nature humaine universelle. La philosophie comme discours vise &#171; &#224; instaurer une vision vraie, et par ce fait m&#234;me elle vise aussi &#224; instaurer une communaut&#233; d'esprits, en principe sans fronti&#232;res, fond&#233;e dans la reconnaissance de l'essence, de ce qui appartient &#224; l'&#234;tre m&#234;me de l'homme et &#224; l'&#234;tre m&#234;me de la r&#233;alit&#233; en tant que telle &#187; [&lt;a href='#nb6-251' class='spip_note' rel='footnote' title='Ladri&#232;re J., La Foi chr&#233;tienne et le Destin de la raison, op. cit., p. 349. (...)' id='nh6-251'&gt;251&lt;/a&gt;]. D'un point de vue objectivant, il est logique d'admettre la nature humaine comme &#233;l&#233;ment de la raison des choses, de l'ordre ou de la forme du r&#233;el en g&#233;n&#233;ral. Mais la raison d&#233;signe aussi la capacit&#233; humaine de saisir la raison dans les choses. Ainsi la capacit&#233; rationnelle s'exerce, pour ainsi dire, en se remplissant de la raison intelligible pr&#233;sente dans, ou &#224; m&#234;me le r&#233;el. Mais cet exercice de la raison n'a pas de terme assignable. La connaissance du r&#233;el s'offre sans cesse &#224; l'approfondissement. D'autre part, la raison dans les choses, m&#234;me postul&#233;e unifi&#233;e, pr&#233;sente diff&#233;rentes facettes ou niveaux de r&#233;alit&#233; par o&#249; l'appr&#233;hender. Du coup, l'exercice humain de la raison peut se mener sur la m&#234;me et unique raison du r&#233;el, sans forc&#233;ment obtenir des connaissances dont l'articulation logique et harmonieuse apparaisse imm&#233;diatement [&lt;a href='#nb6-252' class='spip_note' rel='footnote' title='L'intellect ne saisit pas infailliblement la chose telle qu'elle est. Ce &#171; (...)' id='nh6-252'&gt;252&lt;/a&gt;]. Entre la raison occidentale et orientale il se pourrait qu'il s'agisse bien plus d'une affaire de point de vue et de mode d'explication du r&#233;el que d'une opposition en termes de rationalit&#233; et d'irrationalit&#233;.
&lt;br /&gt;Une fa&#231;on d'avancer dans ce questionnement est de rappeler la poign&#233;e de crit&#232;res qui ont &#233;t&#233; d&#233;gag&#233;s pour d&#233;finir l'exercice authentique d'un regard rationnel. En se concentrant sur les principes cadres ou les bornes logiques de l'exercice de la raison nous pourrons nous rendre compte que la rationalit&#233; existe &#224; partir du moment o&#249; l'on raisonne en suivant ces principes. Pour un philosophe r&#233;aliste, &#171; la pens&#233;e n'a d'autre contenu que celui que ses facult&#233;s lui permettent d'abstraire des choses et qu'elle &#233;labore gr&#226;ce &#224; ses principes &#187; [&lt;a href='#nb6-253' class='spip_note' rel='footnote' title='Gilson E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, ibid., p. 64.' id='nh6-253'&gt;253&lt;/a&gt;]. La d&#233;marche rationnelle est donc &#224; distinguer de la connaissance du r&#233;el. C'est-&#224;-dire que l'on peut partir d'une pseudo-connaissance du r&#233;el et raisonner avec une logique rigoureuse &#224; partir de pr&#233;mices fausses. Mais la connaissance est toujours partielle, une abstraction dans la totalit&#233; infinie du r&#233;el. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de se r&#233;signer &#224; reconna&#238;tre la dimension de choix dans toute connaissance, d'une part, et le besoin, d'autre part, d'exprimer comment ces connaissances partielles ont prise effective sur les choses et comment elles peuvent s'ins&#233;rer dans une vision globale du r&#233;el et de la vie humaine : c'est &#224; l'aune d'une telle vision du monde que les hommes peuvent &#233;valuer vraiment si ces connaissances contribuent &#224; leur donner, non seulement un pouvoir d'action accrue et du bien-&#234;tre, mais aussi un sens satisfaisant &#224; leurs vies.
&lt;br /&gt;Finalement assez simplement, les principes essentiels de la raison sont articul&#233;s avec le principe central de &#171; non-contradiction &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le principe de non contradiction, crit&#232;re minimum de la consistance rationnelle universelle&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aristote a formul&#233;, dans &lt;em&gt;La m&#233;taphysique&lt;/em&gt;, le principe de non-contradiction, lequel est au c&#339;ur de la reconnaissance d'un discours rationnel. C'est en s'interrogeant sur l'objet du savoir de la m&#233;taphysique ou philosophie premi&#232;re, alors non distingu&#233;e de ce que nous nommons aujourd'hui la &#171; science &#187;, qu'il signale le principe de non-contradiction comme un objet probl&#233;matique, mais secondaire, de la connaissance du r&#233;el. Il se demandait si la m&#233;taphysique devait &#171; consid&#233;rer seulement les premiers principes de la substance, ou bien [&#8230;] embrasser aussi les principes g&#233;n&#233;raux de la d&#233;monstration, tel que celui-ci : est-il possible, ou non, d'affirmer et de nier, en m&#234;me temps, une seule et m&#234;me chose, et tous autres principes semblables ? &#187;. Aristote cherchait &#224; d&#233;terminer quels probl&#232;mes doit se poser la m&#233;taphysique pour bien aborder l'&#234;tre. Mais c'est de l'exp&#233;rience ordinaire du r&#233;el et de la vie sociale qu'il tira ses observations. Il convient que les principes &#171; sont connus par une exp&#233;rience imm&#233;diate et [que] chaque science en use comme de v&#233;rit&#233;s bien connues &#187; et donc qu'&#171; aucune des sciences particuli&#232;res n'en a le privil&#232;ge exclusif et il n'appartient &#224; aucune d'elles en particulier de traiter de ces v&#233;rit&#233;s &#187;. Toutes les sciences qui pr&#233;c&#232;dent la m&#233;taphysique (&lt;em&gt;meta&lt;/em&gt; = apr&#232;s [&lt;a href='#nb6-254' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#233;taphysique est un mot form&#233; &#224; partir de la locution grecque meta ta phusika (...)' id='nh6-254'&gt;254&lt;/a&gt;]) ont validement us&#233; du premier principe ou principe de non-contradiction, et pour Aristote, elles ont bien fait d'agir ainsi [&lt;a href='#nb6-255' class='spip_note' rel='footnote' title='Toutes les sciences utilisent ce principe mais il n'ya gu&#232;re que la (...)' id='nh6-255'&gt;255&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Il y a ainsi trois premiers principes ins&#233;parables et rattach&#233;s au premier principe qui permettent de distinguer un discours logique des autres types de discours : &#171; le principe d'identit&#233; A est A, le principe de non-contradiction A n'est pas non-A, le principe du tiers exclu, impossibilit&#233; de trouver un troisi&#232;me terme entre A et non-A &#187; [&lt;a href='#nb6-256' class='spip_note' rel='footnote' title='Magnin T., Entre science et religion, Qu&#234;te de sens dans le monde pr&#233;sent, (...)' id='nh6-256'&gt;256&lt;/a&gt;]. Le premier est le principe dit de non-contradiction. Aristote l'expose au &lt;em&gt;Livre K, Chapitre V&lt;/em&gt; de &lt;em&gt;La M&#233;taphysique&lt;/em&gt; : &#171; Il y a, dans les choses, un principe, un principe sur lequel on ne peut se tromper jamais [&#8230;]. Ce principe, c'est qu'une seule et m&#234;me chose ne peut jamais, en un seul et m&#234;me moment donn&#233;, &#234;tre et n'&#234;tre pas &#187;. Comme Aristote pr&#233;cise que &#171; cette v&#233;rit&#233; s'applique &#224; tout ce qui pr&#233;sente des oppositions de cette forme &#187; [&lt;a href='#nb6-257' class='spip_note' rel='footnote' title='Aristote, La M&#233;taphysique, Livre K, Chapitre V, 1061b- 1062 a.' id='nh6-257'&gt;257&lt;/a&gt;], il est loisible de d&#233;cliner le principe de non-contradiction, par exemple comme suit, avec Thierry Magnin : &#171; Il est impossible que le m&#234;me attribut appartienne et n'appartienne pas &#224; un m&#234;me sujet, en m&#234;me temps et sous le m&#234;me rapport &#187; [&lt;a href='#nb6-258' class='spip_note' rel='footnote' title='Magnin T., Entre science et religion, Qu&#234;te de sens dans le monde pr&#233;sent, (...)' id='nh6-258'&gt;258&lt;/a&gt;]. Parfois, comme le rappelle et le d&#233;nonce cet auteur, certains font r&#233;f&#233;rence &#224; ce principe en omettant &#171; en m&#234;me temps et sous le m&#234;me rapport &#187; : il s'agit d'une lourde erreur, source de bien des contresens ou de contestations d&#233;plac&#233;es du principe.
&lt;br /&gt;Quant &#224; la gen&#232;se de la prise de conscience de ce principe, on peut faire allusion, &#224; nouveau, &#224; ce que nous avons d&#233;velopp&#233; plus haut sur le discernement perceptif de formes dans le r&#233;el et sur l'apparition de la g&#233;om&#233;trie formelle. Regardant ensemble tel paysage et souhaitant partager ce qu'il nous inspire, nous nous accordons &#224; discerner des formes, des plans, des textures, des couleurs, objets, &#234;tres, sons, odeurs, plus ou moins complexes. Et nous nous entendons aussi &#224; d&#233;nommer de mots d&#233;finis les formes et &#233;l&#233;ments de ce tableau. Sans cet accord sur la mani&#232;re de voir, m&#233;diatis&#233; par un langage partag&#233;, il n'y a pas d'&#233;changes ni de dialogues possibles. Et c'est bien ce que notait aussi Aristote : &#171; Or, quand on cherche &#224; tomber d'accord sur quelque raisonnement commun, il faut bien qu'on se comprenne mutuellement en un certain point ; car, sans cette condition, comment serait-il possible de se communiquer r&#233;ciproquement ce qu'on pense ? Ainsi, il faut d'abord que chacun des mots dont on se sert ait un sens connu, que ce mot exprime une seule et unique chose, et non plusieurs &#224; la fois, au lieu d'une seule ; et que, s'il a par hasard plusieurs sens, on sache pr&#233;cis&#233;ment celui dont on entend se servir. Or, celui qui soutient que telle chose est et n'est pas &#224; la fois, celui-l&#224; nie pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il affirme ; et, par cons&#233;quent, il nie que le mot qu'il emploie signifie ce qu'il signifie ; ce qui est compl&#232;tement impossible et absurde &#187; [&lt;a href='#nb6-259' class='spip_note' rel='footnote' title='Aristote, La M&#233;taphysique, Livre K, Chapitre V, 1061b- 1062 a.' id='nh6-259'&gt;259&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Appuy&#233;e sur le principe de non-contradiction, la raison dans l'homme, l'intellect en action peut &#234;tre compris comme un &lt;em&gt;simple point d'interrogation sujet du r&#233;el&lt;/em&gt;. Dans une approche basique, le r&#233;el &#233;tant form&#233;, la connaissance sera le r&#233;sultat d'une saisie logique, non-contradictoire, des formes du r&#233;el. La consistance rationnelle implique au minimum seulement la non-contradiction. La connaissance implique en plus l'ad&#233;quation de l'intellect au r&#233;el, &#224; la raison qu'il porte, &#224; ses formes intelligibles [&lt;a href='#nb6-260' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour une introduction &#224; l'histoire de cette conception de la connaissance (...)' id='nh6-260'&gt;260&lt;/a&gt;]. Voyons maintenant ce qu'il en est du rapport de la rationalit&#233; ainsi consid&#233;r&#233;e avec les invariants de la culture orientale, puis de ce m&#234;me rapport quant &#224; l'id&#233;e de connaissance ou savoir vrai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rationalit&#233; et Orient : un bref aper&#231;u&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nombre d'auteurs consid&#232;rent encore que la pens&#233;e orientale serait non rationnelle, quand ce n'est pas irrationnelle. La culture orientale n'aurait qu'&#224; s'occidentaliser ou &#224; irr&#233;m&#233;diablement p&#233;ricliter, dans un monde ouvert &#224; des &#233;changes toujours croissants. D'autres pensent que la culture d'Orient peut se r&#233;former, surtout &#224; l'heure o&#249; l'Occident ressentirait &#171; le besoin de sortir du logocentrisme de son h&#233;ritage grec &#187; [&lt;a href='#nb6-261' class='spip_note' rel='footnote' title='Cheng A., Histoire de la pens&#233;e chinoise, Seuil, 1997, 704 p., p. (...)' id='nh6-261'&gt;261&lt;/a&gt;], ce qui permettrait qu'un vrai dialogue s'instaure. Dans les deux cas, le postulat sous-jacent est que l'Orient constitue une tout autre culture par rapport &#224; l'Occident. L'Orient serait &#171; une culture radicalement diff&#233;rente &#187; et &#171; une pens&#233;e qui nous est v&#233;ritablement &#233;trang&#232;re &#187; [&lt;a href='#nb6-262' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 29.' id='nh6-262'&gt;262&lt;/a&gt;]. On peut se demander alors comment une compr&#233;hension de la culture orientale nous est possible, et vice-versa. Celles et ceux qui pensent que la pens&#233;e orientale est r&#233;tive, r&#233;calcitrante, ou imp&#233;n&#233;trable au principe de non-contradiction, tendent en fait &#224; consid&#233;rer que le dialogue et l'accord sont impossibles entre occidentaux et orientaux. L'histoire d&#233;j&#224; longue des &#233;changes interculturels atteste du contraire. Bien qu'ils n'argumentent pas suffisamment leurs th&#232;ses, &#224; notre go&#251;t, Julien Saiman ou Stanislas Breton d&#233;fendent que la pens&#233;e orientale respecte le principe de non-contradiction. Donc qu'elle est au moins partiellement rationnelle. Essayons de le montrer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque le moine Malunkyaputta est troubl&#233;, devant Siddhartha Bouddha qui pr&#234;che en m&#234;me temps &#171; que le monde est &#233;ternel et que le monde n'est pas &#233;ternel, que le monde est fini et qu'il est infini, que l'&#226;me et le corps sont identiques et qu'ils ne sont pas identiques &#187; [&lt;a href='#nb6-263' class='spip_note' rel='footnote' title='Eliade M., et Couliano I.-P., Dictionnaire des religions, Plon/Pocket, (...)' id='nh6-263'&gt;263&lt;/a&gt;], il faut certainement revenir &#224; la d&#233;finition du principe de non-contradiction pour y voir clair. Ici, il est pr&#233;cis&#233; que Bouddha pr&#234;che ces antith&#232;ses &#171; en m&#234;me temps &#187;. Mais il n'est aucunement pr&#233;cis&#233; qu'il les affirme sous le m&#234;me rapport ! R&#233;fl&#233;chissons. Pour finitude/infinitude du monde et pour &#233;ternit&#233;/fugacit&#233;, il suffit d'ajouter, d'un c&#244;t&#233;, la prise en compte de l'homme pour que le propos soit rationnel. L'univers peut &#234;tre dit infini &#224; nos regards et &#224; nos t&#233;lescopes et sondes spatiales, mais le monde inclut l'homme, l'&#234;tre qui nous int&#233;resse normalement le plus dans le monde. Or l'homme est marqu&#233; du joug de la finitude : il ne peut pas faire tout ce qu'il veut, il n'est pas tout-puissant. Finitude du monde humain, infini du monde cosmique. De m&#234;me pour &#233;ternit&#233;/fugacit&#233; : malgr&#233; les th&#233;ories du Big Bang, on ne voit ni ne trouve de d&#233;but et de fin &#224; l'univers ; il peut sembler &#233;ternel. Mais l'homme actuel, sous sa forme actuelle, meurt. Il dispara&#238;t. Fugacit&#233; du monde humain, fugacit&#233; du monde actuel v&#233;cu par l'homme, qui n'est pas incompatible avec le gigantisme du temps cosmique hypostasi&#233; comme &#233;ternit&#233;. Mais peut-&#234;tre l'apparente antith&#232;se &#226;me-corps identiques/dualit&#233; &#226;me-corps est elle la plus facile &#224; d&#233;passer. Si je dis qu'&#224; la mort le corps de l'homme n'est plus anim&#233;, tandis que pendant la vie une volont&#233; pouvait s'y exprimer et l'agir, alors je constate une dualit&#233; &#226;me-corps. Mais si je constate que les hommes vivants expriment par leurs attitudes ce qu'ils vivent dans leurs &#226;mes, ou bien si j'affirme que je suis mon corps &#8211; m&#234;me si je l'exc&#232;de, ne retrouvons-nous pas une certaine identit&#233; &#226;me-corps, que la notion de personne unique exprime ? Certains trouveront sans doute notre interpr&#233;tation exag&#233;r&#233;e. Nous r&#233;pondrons que nous ne nous laissons pas prendre &#224; au moins un des pi&#232;ges du langage. En effet, dans la mesure o&#249; le &lt;em&gt;sens pr&#233;cis&lt;/em&gt; des mots n'est pas donn&#233;, rien n'interdit de les employer dans un sens permettant, en l'englobant sous un sens plus large, de d&#233;passer les contradictions apparentes. De plus, il faut bien reconna&#238;tre les limitations intrins&#232;ques de tout langage &#224; vocation descriptive : l'expression de l'&#234;tre, aussi m&#233;ticuleuse et rigoureuse soit-elle, n'atteint jamais le niveau d'une description parfaite du r&#233;el. Ceci permet aussi de comprendre, non seulement le lien &#233;tabli par Aristote entre existence d'une contradiction et d&#233;finition plus ou moins pr&#233;cise des mots et points de vues adopt&#233;s, mais encore le souci scientifique d'&#233;tablir des langages aussi univoques que possibles, dans le but d'obtenir des th&#233;ories critiquables et des savoirs exp&#233;rimentaux. Ce qui nous am&#232;ne maintenant &#224; une seconde mani&#232;re de relativiser le manque de prise offert par la culture orientale &#224; la raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si on admet, par hypoth&#232;se, l'existence du voile de maya obstruant l'acc&#232;s du sujet &#224; l'&#234;tre, d'une part, et, d'autre part, le fond de l'&#234;tre comme vide, selon la vision orientale, on peut comprendre que la culture orientale respecte le principe de non-contradiction, entre A qui serait maya, et la vraie r&#233;alit&#233; B, qui serait autre chose. Ce qui nous appara&#238;t est jug&#233; en Orient diff&#233;rent de ce qui est vraiment. Nous serions victimes d'illusions. Or, quand nous disons que la connaissance peut atteindre la r&#233;alit&#233; mais seulement partiellement, ne disons-nous point quelque chose de &lt;em&gt;logiquement&lt;/em&gt; similaire ? Peut-&#234;tre, mais ce n'est absolument pas &lt;em&gt;ontologiquement&lt;/em&gt; similaire ! Ainsi, l'id&#233;e de l'intelligibilit&#233; globale et partielle de l'univers s'exprime sur deux plans : intelligibilit&#233; globale &lt;em&gt;de principe&lt;/em&gt; et dans les grandes lignes ; intelligibilit&#233; partielle parce que progressive, parce que infinit&#233;simale dans le d&#233;tail et l'extension spatiale et temporelle, parce que tributaire d'un point de vue, parce que toujours confront&#233;e au myst&#232;re&#8230; De son c&#244;t&#233;, la pens&#233;e d'Orient pr&#233;tend ne pas pouvoir se prononcer fondamentalement sur l'&#234;tre. Et pourtant elle dit que l'&#234;tre est comme une alternance de vide et de forme. Ou bien que &#171; tout est souffrance &#187;. Il y a l&#224; comme une contradiction insurmontable que l'on retrouvera telle quelle chez Masanobu Fukuoka : affirmer la non intelligibilit&#233; tout en proposant une doctrine de l'&#234;tre. A moins que la doctrine ontologique soit une cons&#233;quence logique de la certitude de l'inintelligibilit&#233; postul&#233;e ! Dans lequel cas la culture orientale, &#224; l'instar de la culture grecque, comme nous l'avons montr&#233; plus haut, s'&#233;rigerait depuis une attitude humaine subjective et personnelle avant de se projeter sur l'ensemble du r&#233;el. L'oubli de ce point de d&#233;part tout humain g&#234;nerait nos efforts de compr&#233;hension.
&lt;br /&gt;La r&#233;alit&#233; est &#171; crypto-phanique &#187; [&lt;a href='#nb6-264' class='spip_note' rel='footnote' title='Je reprends cette expression &#224; Mircea Eliade.' id='nh6-264'&gt;264&lt;/a&gt;] et nous nous satisfaisons de l'aspect intelligible et de pouvoir progresser dans la connaissance. Le ph&#233;nom&#233;nisme oriental, quant &#224; lui, juge que le fond de l'&#234;tre reste un myst&#232;re sans raison ni valeur. Il ne serait pas intelligible par l'homme. Dans les deux cultures on peut trouver des points d'appuis dans le r&#233;el de ces visions du monde. On peut cependant s'attacher &#224; montrer que la raison occidentale semble permettre une prise sur le r&#233;el bien plus efficace, v&#233;rifiable, et explicable que la &#171; raison &#187; orientale. Tout comme rappeler que la culture orientale ne cherche pas du tout &#224; affirmer l'homme mais &#224; le faire participer harmonieusement &#224; l'&#234;tre. Et c'est dans le cadre de ces options fondamentales nettement divergentes que l'on peut ensuite appliquer ou retrouver le principe de non-contradiction. Comment les orientaux pourraient-ils se comprendre entre eux sans un tel minimum de logique binaire ? Ils ont leurs couple de notions, tels Ciel/Terre, Vide/plein, p&#232;re/fils, mais leur pens&#233;e n'est pas disjonctive ou substantialiste, elle est ternaire, &#171; en ce qu'elle int&#232;gre la circulation du souffle qui relie les deux termes &#187; [&lt;a href='#nb6-265' class='spip_note' rel='footnote' title='Cheng A., Histoire de la pens&#233;e chinoise, op. cit., p. 41.' id='nh6-265'&gt;265&lt;/a&gt;]. Pour conclure cette mise au point sur le rationalisme, montrons enfin que la th&#232;se de l'origine pr&#233;-rationnelle des visions du monde semble solide, en tant qu'elle permet de d&#233;passer l'alternative raison occidentale / &#233;tranget&#233; orientale, en acc&#233;dant &#224; un point de vue o&#249; la divergence culturelle d&#233;rive d'un choix devant deux options &#233;galement pr&#233;sentes dans le r&#233;el : la diff&#233;rence Orient-Occident n'est pas r&#233;duite mais l'enjeu du dialogue appara&#238;t plus &#233;videmment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Optimisme occidental, pessimisme oriental&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mircea Eliade a sans doute raison lorsqu'il avance que le &#171; paradoxe de n'importe quelle philosophie &#8211; activit&#233; par excellence universelle et impersonnelle &#8211; c'est qu'on peut toujours la r&#233;duire &#224; une exp&#233;rience pr&#233;cise, concr&#232;te, personnelle &#187; [&lt;a href='#nb6-266' class='spip_note' rel='footnote' title='Eliade M., Oc&#233;anographie, Livre de poche, 250 p., p.217. Dans l'observation (...)' id='nh6-266'&gt;266&lt;/a&gt;]. D&#232;s lors, la pens&#233;e occidentale, d'abord tributaire de l'av&#232;nement grecque de sa raison, doit toujours garder pr&#233;sente &#224; l'esprit que le choix de l'intelligibilit&#233; du r&#233;el se doublait d'une injonction morale &#224; conna&#238;tre, pour &#234;tre conforme &#224; sa dignit&#233;, et s'appuyait sur un regard optimiste sur le monde [&lt;a href='#nb6-267' class='spip_note' rel='footnote' title='Aristote, La M&#233;taphysique, Livre A, Chap. II, 982 b.' id='nh6-267'&gt;267&lt;/a&gt;]. Les philosophes grecs &#233;taient g&#233;n&#233;ralement des citadins [&lt;a href='#nb6-268' class='spip_note' rel='footnote' title='Scheler g&#233;n&#233;ralise cette observation &#224; la quasi-totalit&#233; de la tradition (...)' id='nh6-268'&gt;268&lt;/a&gt;] dont la subsistance &lt;em&gt;et m&#234;me l'agr&#233;ment&lt;/em&gt; &#233;taient acquis : &#171; Tous les besoins, ou peu s'en faut, &#233;taient d&#233;j&#224; satisfaits, en ce qui concerne la commodit&#233; de la vie et m&#234;me son agr&#233;ment, quand survint la pens&#233;e de ce genre d'investigations &#187; [&lt;a href='#nb6-269' class='spip_note' rel='footnote' title='Aristote, La M&#233;taphysique, ibid.' id='nh6-269'&gt;269&lt;/a&gt;]. On comprend mieux qu'ils aient eu le sourire et envie de voir la vie et le monde du bon c&#244;t&#233;. Que leur soit venue l'id&#233;e que le monde soit ordonn&#233; et beau, qu'il soit &lt;em&gt;kosmos&lt;/em&gt;, &#233;tonne maintenant bien moins. M&#234;me l'id&#233;e de l'intelligibilit&#233; peut venir de l&#224; : si le monde est ordonn&#233; cela veut dire qu'il est sens&#233;. Sans doute ces philosophes &#233;taient-ils int&#233;rieurement en paix pour sp&#233;culer. Ils voulaient croire que leur mode de vie &#233;tait viable, la conscience culturelle grecque antique s'est ressentie elle-m&#234;me comme un sommet dans l'histoire des civilisations. N'a-t-elle pas forg&#233;e la cat&#233;gorie du &#171; barbare &#187; ?
&lt;br /&gt;Il y avait cependant comme un envers de la m&#233;daille. A l'&#233;poque flamboyante de l'Ath&#232;nes des P&#233;ricl&#232;s (-495 -429), Socrate (-470 -399) et autres Platon (-428 -348) et Aristote (-384 -322), les esclaves &#233;taient l&#233;gions, peu de citoyens avaient des droits civiques, et les &#233;trangers, artisans, et paysans &#233;taient g&#233;n&#233;ralement peu consid&#233;r&#233;s. D'autres &#171; philosophes &#187; auraient pu voir cette situation n&#233;gativement et projeter sur le monde entier l'id&#233;e que le fondement de toutes choses &#233;tait l'injustice. Sommes-nous encore loin de la pens&#233;e de l'Orient et de ces mots de Bouddha :
&lt;br /&gt;&#171; Il n'y a que Souffrance, il n'y a pas de souffrant.
&lt;br /&gt;Il n'y a pas d'agent, il n'y a que l'acte.
&lt;br /&gt;Le N&#238;rvana est, mais non pas celui ou celle qui le cherche.
&lt;br /&gt;La Voie existe, mais non pas celui ou celle qui y marche &#187; [&lt;a href='#nb6-270' class='spip_note' rel='footnote' title='Bouddha, Visuddhi Magga, 16, cit&#233; in Eliade M., et Couliano I.-P., (...)' id='nh6-270'&gt;270&lt;/a&gt;] ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour notre part, nous ne le croyons pas. L'attitude culturelle fondamentale de l'Orient devant le r&#233;el consiste &#224; minorer les aspects positifs et plaisants de la vie humaine et du monde d'ici-bas. Et nous ne comprenons pas, &#224; moins de donner un tout autre sens aux mots, ceux qui veulent d&#233;fendre, tels Mircea Eliade [&lt;a href='#nb6-271' class='spip_note' rel='footnote' title='Eliade M., et Couliano I.-P., Dictionnaire des religions, ibid., p. (...)' id='nh6-271'&gt;271&lt;/a&gt;] ou, aujourd'hui, Fr&#233;d&#233;ric Lenoir [&lt;a href='#nb6-272' class='spip_note' rel='footnote' title='Lenoir F., La rencontre du bouddhisme et de l'Occident, Fayard, 1999, 393 (...)' id='nh6-272'&gt;272&lt;/a&gt;], pourtant conscients d'aller contre une tradition d'interpr&#233;tation savante bien &#233;tablie, que l'Orient ne soit pas pessimiste [&lt;a href='#nb6-273' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon le philosophe chinois Liang Shuming, il faudrait nuancer l'opposition (...)' id='nh6-273'&gt;273&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vouloir que le monde soit sens&#233; est donc tout aussi important que d'en d&#233;couvrir des indices ou des preuves. Comme l'Orient qui ne croit pas &#224; l'intelligibilit&#233;, d&#233;couvrons maintenant l'&#233;sot&#233;risme anthroposophique qui ne croit pas &#224; l'intelligibilit&#233; humaine spontan&#233;e des choses : dans tout &#233;sot&#233;risme, il en faut passer par une &lt;em&gt;initiation&lt;/em&gt; pour acc&#233;der &#224; la connaissance, car celle-ci serait cach&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Les id&#233;es fondamentales de l'anthroposophie&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;D'apr&#232;s l'anthroposophie, qu'est-ce que le monde occulte ?&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le monde selon l'anthroposophie est d'abord fondamentalement non visible pour la conscience ordinaire et le sens commun. Nous reconnaissons-l&#224; une des positions constitutives de toutes les th&#233;ories occultistes : la vraie r&#233;alit&#233; proc&#232;de &#171; du monde occulte, dont le manifest&#233; n'est que l'expression &#187; [&lt;a href='#nb6-274' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., La science occulte, p. 26.' id='nh6-274'&gt;274&lt;/a&gt;]. Nous avons vu plus haut que, sans abus de vocabulaire, en rappelant simplement le r&#244;le des pratiques alchimiques et magiques dans l'&#233;laboration m&#233;di&#233;vale de la d&#233;marche de la science moderne, il &#233;tait possible de rapprocher &#171; le monde occulte &#187; et &#171; les lois scientifiques &#187;. Dans les deux cas l'homme est &#224; la recherche d'une causalit&#233; d'abord invisible ou cach&#233;e pour expliquer les ph&#233;nom&#232;nes mat&#233;riels visibles. Mais les lois scientifiques concernant le domaine empirique ne sont que des rapports r&#233;gl&#233;s entre diff&#233;rents ph&#233;nom&#232;nes appr&#233;hendables mat&#233;riellement. Elles ne sont rien de mat&#233;riel, elles ont le m&#234;me statut que les id&#233;alit&#233;s math&#233;matiques qui les expriment : celui de produits de la recherche, par l'intelligence humaine, d'une description &lt;em&gt;formelle&lt;/em&gt; plus pr&#233;cise des choses, en vue d'un agir plus efficace. Dans la perspective scientifique, l'intellect saisit des formes du r&#233;el, en les exprimant de mani&#232;re aussi peu &#233;quivoque que possible, en recourant aux principes logiques et au d&#233;veloppement du langage math&#233;matique. Peut-on dire qu'il en va ainsi dans l'occultisme steinerien ? Non, indiscutablement. D'abord, le monde occulte ou cach&#233; en question ici ne saurait se r&#233;duire &#224; l'abstraction formelle. Il d&#233;signe des &#171; r&#233;alit&#233;s spirituelles &#187; : &#171; L'affaire de l'occultiste est de ne pas s'en tenir aux ph&#233;nom&#232;nes mat&#233;riels, mais de consid&#233;rer les r&#233;alit&#233;s spirituelles qui sont derri&#232;re ces ph&#233;nom&#232;nes &#187; [&lt;a href='#nb6-275' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 109. Pour expliquer son point de vue, Steiner prend l'exemple d'un (...)' id='nh6-275'&gt;275&lt;/a&gt;]. On ne saurait confondre les formes intelligibles avec des r&#233;alit&#233;s spirituelles. Ensuite, chez Steiner, il n'y a pas simplement, comme dans la perspective scientifique, un rapport explicatif &lt;em&gt;structurel&lt;/em&gt; entre les formes et les ph&#233;nom&#232;nes &#8211; c'est parce que tels ph&#233;nom&#232;nes sont articul&#233;s comme cela qu'il se produit la r&#233;action ou tel &#233;v&#233;nement observable. En effet, il y a bien plut&#244;t, entre le monde cach&#233; et le monde ph&#233;nom&#233;nal, un rapport de &lt;em&gt;manipulation&lt;/em&gt; du premier sur le second : &#171; tout ph&#233;nom&#232;ne mat&#233;riel ne s'explique que par l'esprit qui agit en lui par l'interm&#233;diaire des forces &#187; [&lt;a href='#nb6-276' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., 5e conf&#233;rence, f&#233;vrier 1924, Dornach, in Anthroposophie, une (...)' id='nh6-276'&gt;276&lt;/a&gt;]. Enfin, la s&#233;paration entre lois scientifiques et monde occulte est presque consomm&#233;e avec l'affirmation steinerienne du caract&#232;re &lt;em&gt;actif, vivant, et m&#234;me cr&#233;ateur&lt;/em&gt; du monde occulte vis-&#224;-vis de notre monde ph&#233;nom&#233;nal. Le contraste est saisissant avec le caract&#232;re stable, neutre, formel et impersonnel des lois scientifiques : &#171; Dans le monde spirituel tout est en activit&#233; continuellement mobile, en incessant agir cr&#233;ateur. L'immobilit&#233;, l'arr&#234;t en un lieu comme ils existent dans le monde physique ne s'y rencontrent pas. Car les images primordiales sont des &lt;em&gt;entit&#233;s cr&#233;atrices&lt;/em&gt;. Ce sont les ma&#238;tres d'&#339;uvre de tout ce qui na&#238;t dans les mondes physique et psychique. Leurs formes changent promptement &#187; [&lt;a href='#nb6-277' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., La th&#233;osophie, op. cit., p. 117. Je souligne.' id='nh6-277'&gt;277&lt;/a&gt;]. L'affaire est d&#233;finitivement entendue lorsque l'on a enfin compris que le monde occulte n'est en fait compos&#233; d'autre chose que d'&lt;em&gt;esprits cr&#233;ateurs &lt;/em&gt;du monde visible [&lt;a href='#nb6-278' class='spip_note' rel='footnote' title='Et aussi d'un esprit originel, comme nous le verrons au paragraphe (...)' id='nh6-278'&gt;278&lt;/a&gt;] : &#171; Vues du monde spirituel, les qualit&#233;s, forces, substances, etc. du monde sensible disparaissent ; elles se r&#233;v&#232;lent de simples apparences. En regardant de ce monde on n'a plus devant soi que des &#234;tres. Dans ces &#234;tres r&#233;side la vraie r&#233;alit&#233;. [&#8230;] L'assimilation des mondes suprasensibles consiste essentiellement dans le fait que des &lt;em&gt;&#234;tres&lt;/em&gt; prennent la place des ph&#233;nom&#232;nes et des qualit&#233;s qui s'imposent &#224; la conscience dans le monde sensible. Le monde suprasensible finit par se r&#233;v&#233;ler comme un monde constitu&#233; par des &#234;tres et, pour ce qui existe en dehors de ces &#234;tres, comme l'expression de leurs volont&#233;s. Mais le monde sensible et le monde &#233;l&#233;mentaire apparaissent aussi comme cr&#233;&#233;s par l'activit&#233; d'&#234;tres spirituels &#187; [&lt;a href='#nb6-279' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Le seuil du monde spirituel, Aphorismes, Ed. Alice (...)' id='nh6-279'&gt;279&lt;/a&gt;]. Ceci &#233;tant dit, essayons maintenant de saisir la logique fondamentale du r&#233;el selon Rudolf Steiner, la dynamique de ce cosmos apparemment avant tout spirituel.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le cosmos cr&#233;ateur et &#233;volutif de Rudolf Steiner&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;&#202;tres et choses mat&#233;riels en tant qu'&#233;manations cycliques de l'esprit originel&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le cosmos, selon le fondateur de l'anthroposophie, aurait pour source de l'esprit, de l'esprit en &#233;volution qui se serait condens&#233; partiellement pour donner naissance &#224; des &#234;tres et ph&#233;nom&#232;nes mat&#233;riels :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Mais &#224; force de remonter toujours plus loin dans les annales de la vie terrestre, l'occultiste arrive au point o&#249; toute autre mati&#232;re a commenc&#233; d'exister : c'est-&#224;-dire au point o&#249; cette mati&#232;re s'est, par l'&#233;volution, d&#233;gag&#233;e de la spiritualit&#233;. Avant ce moment l'esprit seul existe. La perception spirituelle saisit cet esprit, et voit comment dans la suite il s'est partiellement condens&#233; jusqu'au point de donner naissance &#224; de la mati&#232;re. C'est, en plus subtil bien entendu, comme si l'eau contenue dans un vase se congelait partiellement. De m&#234;me que l'on voit en pareil cas le corps qui &#233;tait auparavant liquide se solidifier et devenir de la glace, de m&#234;me la perception spirituelle peut suivre le processus par lequel un &#233;l&#233;ment, auparavant purement spirituel, se condense et donne naissance &#224; des objets, des ph&#233;nom&#232;nes, et des &#234;tres de nature mat&#233;rielle. [&#8230;] Mais il ne faut pas s'imaginer qu'&#224; un moment donn&#233; tout esprit s'est transform&#233; en mati&#232;re : non, la mati&#232;re repr&#233;sente seulement des parties condens&#233;es de la substance spirituelle originelle. L'esprit demeure, m&#234;me pendant le stade mat&#233;riel de l'&#233;volution, le principe directeur et souverain des choses &#187; [&lt;a href='#nb6-280' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., La science occulte, p. 109-110.' id='nh6-280'&gt;280&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne discutons pas pour l'instant s'il est rationnel d'imaginer que de l'esprit puisse se condenser en mati&#232;re. Remarquons, dans ce passage, une certaine h&#233;sitation de Steiner sur la nature &lt;em&gt;une&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;plurielle &lt;/em&gt;de l'esprit originel. Il d&#233;signe ainsi l'esprit originel soit de fa&#231;on assez neutre et impersonnelle comme &#171; tout esprit &#187;, ou un &#171; &#233;l&#233;ment &#187; spirituel, ou encore &#171; la spiritualit&#233; &#187;, &#224; c&#244;t&#233; d'expressions plus courantes, dont la tonalit&#233; peut plus facilement &#234;tre interpr&#233;t&#233;e dans le sens du Dieu monoth&#233;iste &lt;em&gt;un&lt;/em&gt; : &#171; L'esprit &#187;, &#171; cet esprit &#187;. Quelques lignes plus loin l'&#233;quivoque n'est pas lev&#233;e, bien au contraire. Steiner y parle successivement de &#171; le spirituel &#187;, &#171; Cet &#233;tat spirituel &#187; puis, sans transition explicative, il &#233;voque &#171; les forces spirituelles &#187; et &#171; l'essence-m&#232;re du Cosmos &#187;. Il faut citer deux phrases sur les soit-disant forces spirituelles cr&#233;atrices de la mati&#232;re, afin que le lecteur se rende ais&#233;ment compte de la diff&#233;rence qu'il y a avec la fable cosmogonique que nous venons juste de citer, o&#249; c'est &#171; l'esprit &#187; &#8211; figure qui donne plut&#244;t l'impression d'&#234;tre unique - qui s'est condens&#233; : &#171; les forces spirituelles ne disparaissent pas de la m&#234;me mani&#232;re, elles qui sont la source et l'origine de l'existence mat&#233;rielle. Elles laissent leurs traces, leurs empreintes pr&#233;cises dans l'essence-m&#232;re du Cosmos &#187;. Pour renforcer une &#233;quivoque que la lecture des multiples textes steineriens ne semble pas en mesure de lever, remarquons aussi que les expressions qui d&#233;signent l'esprit originel sont orthographi&#233;es sans majuscule. En revanche, lorsque &#171; l'esprit &#187; est d&#233;sign&#233; par &#171; l'essence-m&#232;re du Cosmos &#187;, avec une majuscule &#224; &#171; Cosmos &#187; , tandis que l'on a not&#233;, par ailleurs, que Steiner assimilait le fondement dynamique du r&#233;el &#224; &#171; Dieu &#187;, on comprend que sa vision fondamentale du r&#233;el est un panth&#233;isme (tout est dieu). Avant d'en venir &#224; sa description imaginative de l'apparition de la Terre et de l'humanit&#233;, &#233;tablissons fermement, &#224; travers le rep&#233;rage des th&#232;mes trait&#233;s dans un de ses ouvrages de base, &lt;em&gt;La th&#233;osophie&lt;/em&gt;, que l'anthroposophie est un panth&#233;isme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une th&#233;osophie sans un dieu transcendant : le panth&#233;isme anthroposophique&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour la culture &#233;tablie, une th&#233;osophie est normalement une &#171; Doctrine impr&#233;gn&#233;e de magie et de mysticisme, qui vise &#224; la connaissance de Dieu par l'approfondissement de la vie int&#233;rieure et &#224; l'action sur l'univers par des moyens surnaturels &#187;. Le c&#339;ur de cette d&#233;finition renvoie, comme l'&#233;tymologie de th&#233;osophie l'indique, &#224; une recherche de la connaissance de Dieu. On est donc en droit d'attendre de tout ouvrage portant sur ce sujet un plan et des d&#233;veloppements essentiels sur Dieu. Or &lt;em&gt;La th&#233;osophie&lt;/em&gt; de Rudolf Steiner ne r&#233;pond pas du tout &#224; cette exigence minimale de coh&#233;rence rationnelle entre un titre et un contenu d'ouvrage. Le plan de ce livre ne mentionne pas le terme de Dieu, pas m&#234;me l'adjectif divin. Plus intriguant encore, nous n'avons relev&#233; que deux occurrences du substantif Dieu, et encore, en prenant en compte le fait qu'une de ces deux occurrences se trouve dans l'un des quatre (!) &#171; Avant propos &#187; de cette &#233;dition d'un ouvrage qui compte, tout de m&#234;me, pr&#232;s de 200 pages. Passons sur cette contradiction fondamentale et &#233;vidente pour demander maintenant quel est l'objectif de ce livre et si son contenu y r&#233;pond. Pour Raymond Burlotte, qui a r&#233;alis&#233; la traduction sur laquelle nous avons travaill&#233;, Steiner aurait cherch&#233;, pourtant, &#224; fonder &#171; une vraie Th&#233;osophie &#187; c'est-&#224;-dire &#171; une connaissance suprasensible du monde et de la destination de l'homme, mais non &#224; la mani&#232;re des cercles &#171; th&#233;osophiques &#187; d'alors qui, pour fuir la rigueur de l'intellect, se r&#233;fugient dans les traditions mystiques m&#233;di&#233;vales ou orientales &#187;. En premi&#232;re analyse de cette d&#233;finition, on remarquera que le sujet &#171; Dieu &#187;, de la d&#233;finition du Robert, est ici remplac&#233; par le sujet &#171; le monde et la destination de l'homme &#187;. Si l'on admet que la th&#233;osophie, au sens courant, vise &#224; rapprocher l'homme de Dieu ou &#224; le conna&#238;tre par des moyens surnaturels, pour, suppos&#233;ment, agir selon sa volont&#233;, on comprend que la mention, dans la d&#233;finition de Raymond Burlotte, de l'&#233;tude de &#171; la destination de l'homme &#187; soit inutile. Il est en effet implicite que la connaissance de Dieu soit comprise comme cheminement id&#233;al de l'homme, si Dieu est bien, au moins, le Parfait, le Cr&#233;ateur de l'homme, et, dans un sens &#224; pr&#233;ciser, la finalit&#233; de l'homme. D&#232;s lors, si l'on compare &#224; nouveau les deux d&#233;finitions en question ici, c'est bien la connaissance du &#171; monde &#187;, dans la th&#233;osophie steinerienne, qui prendrait la place de la connaissance de &#171; Dieu &#187;, dans la th&#233;osophie au sens ordinaire. Nulle part dans le texte il n'est fait allusion &#224; une quelconque transcendance de Dieu. La r&#233;f&#233;rence &#224; Dieu semble bien anecdotique. Le propos du livre n'aborde que l'anthropologie occulte, les &#234;tres qui composent et agissent le monde, et la fa&#231;on pour l'homme de trouver la sagesse avec eux. En toute rigueur, ce remplacement de Dieu par le monde, dans un ouvrage qui, selon son titre, pr&#233;tend pourtant parler de Dieu, ressemble fort &#224; l'adoption mal assum&#233;e d'un point de vue panth&#233;iste. Reprenant maintenant le fil de l'expos&#233; du contenu et de l'histoire de ce cosmos, examinons la pr&#233;sentation steinerienne de l'apparition de la Terre et des humains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'apparition de la Terre et de l'humanit&#233; selon Steiner&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; En remontant par l'exploration occulte le cours de l'&#233;volution terrestre, on arrive &#224; un &#233;tat spirituel de notre plan&#232;te &#187;. Mais l'investigation encore approfondie r&#233;v&#232;lerait que notre terre serait d&#233;j&#224;, avant cet &#233;tat spirituel, pass&#233;e par deux autres phases altern&#233;es de spiritualisation-condensation. Ainsi, &#171; Notre terre a donc pass&#233; par trois phases plan&#233;taires, s&#233;par&#233;es par une sorte de halte dans le monde spirituel &#187;. Quant &#224; l'humanit&#233;, elle ne serait apparue qu'&#224; la quatri&#232;me de ces condensations plan&#233;taires, qui correspondrait &#224; &#171; la terre proprement dite &#187;, donc notre plan&#232;te actuelle. L'anthropologie anthroposophique suppute l'&#234;tre humain comme compos&#233; de quatre dimensions : &#171; les corps physiques, &#233;th&#233;rique et astral, et le Moi &#187;. Or il y aurait une construction en parall&#232;le de l'&#234;tre humain, vers &#171; sa forme actuelle &#187; ou &#171; compl&#232;te &#187; [&lt;a href='#nb6-281' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur seulement trois phrases successives Rudolf Steiner d&#233;crit l'homme (...)' id='nh6-281'&gt;281&lt;/a&gt;],&lt;em&gt; &lt;/em&gt;et de la Terre actuelle, au cours de l'&#233;volution par condensation-spiritualisation successives. Et cette &#233;volution est dirig&#233;e par l'esprit ou les esprits - selon les passages des textes et les interpr&#233;tations divergentes qu'ils autorisent : &#171; Mais cette forme compl&#232;te n'aurait pu surgir sans &#234;tre pr&#233;par&#233;e par toute l'&#233;volution ant&#233;rieure. Pour accomplir cette &#339;uvre de pr&#233;paration, il exista sur les incarnations plan&#233;taires pr&#233;c&#233;dentes des &#234;tres qui au lieu de quatre parties constituantes n'en poss&#233;daient que trois, &#224; savoir les corps physiques, &#233;th&#233;rique et astral. Ces &#234;tres, que l'on peut appeler les anc&#234;tres de l'humanit&#233;, [&#8230;] &#233;volu&#232;rent [&#8230;] pour recevoir plus tard le Moi &#187;. L'&#233;tat plan&#233;taire pr&#233;-humain &#171; se r&#233;sorba dans l'essence spirituelle &#187; avant que de nouvelles &#171; vibrations primitives &#187; donnent naissance &#171; aux &#233;tats de mati&#232;re &#187; de notre Terre contemporaine et de nos corps humains. Steiner avance ensuite que l'homme actuel est toujours en &#233;volution, suppos&#233;ment vers la manifestation de son identit&#233; : &#171; Il ne serait pas plus difficile de prouver que le noyau propre de l'&#234;tre humain, le Moi, n'est actuellement qu'&#224; l'aurore de son &#233;volution. Sa t&#226;che est de transformer les autres parties de l'&#234;tre humain, de fa&#231;on &#224; y manifester sa propre nature &#187;.
&lt;br /&gt;Nous avons pr&#233;sent&#233; une premi&#232;re vision d'ensemble du r&#233;el selon Rudolf Steiner. Tout en retenant qu'il n'y a pas, dans cette perspective &#224; tendance moniste, de v&#233;ritable c&#233;sure entre les parties du r&#233;el, nous allons maintenant d&#233;couvrir un peu plus l'homme et sa destin&#233;e cognitive-spirituelle selon l'&#233;sot&#233;risme anthroposophique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le probl&#232;me de l'homme et de la connaissance chez Rudolf Steiner&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pr&#233;cis&#233; l'id&#233;al ici propos&#233; de la relation de l'humain au Cosmos, &#224; savoir la fusion, nous nous pencherons sur le probl&#232;me de la connaissance chez Steiner. Ce sera l'occasion de d&#233;couvrir maintes difficult&#233;s et contradictions de sa posture-proposition de sagesse : d'abord au niveau de l'articulation de la d&#233;marche de connaissance avec l'exp&#233;rience sensible d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, avec l'acte du contact de l'homme avec une chose ext&#233;rieure ; ensuite, au sujet du th&#232;me plus g&#233;n&#233;ral mati&#232;re-esprit, et, enfin, en ce qui concerne la question de Dieu et des esprits. Une fois ces probl&#232;mes expos&#233;s, il sera temps de souligner la rationalit&#233; intermittente de Steiner. Nous conclurons alors, avec lui, sur les dangers psychopathologiques qui guette l'adepte, une fois bien not&#233; que tous les garde-fous d'une telle exp&#233;rience occulte, indiscutablement compliqu&#233;e, sont assur&#233;ment d&#233;clar&#233;s r&#233;sider dans sa t&#234;te, dans sa pens&#233;e. Mais partons d'abord en qu&#234;te de l'anthropologie steinerienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les bases de l'anthropologie anthroposophique&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la derni&#232;re citation de Steiner que nous avons donn&#233; ci-dessus, l'homme appara&#238;t &#224; l'aurore de son &#233;volution, en chemin vers la r&#233;v&#233;lation de sa propre nature. C'est donc que l'anthroposophie ne sait pas ce qu'est l'homme. Etrange, encore, avec le nom qu'elle porte. Nous avons bien compris que son Cosmos est soumis &#224; &#171; l'&#233;volution universelle &#187;. Celle-ci aurait pour contenu l'exaltation des essences propres. Mais l'homme semble promis &#224; un d&#233;passement surhumain de lui-m&#234;me. C'est que l'humain ne serait pas l'esp&#233;rance de l'homme [&lt;a href='#nb6-282' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous reprenons cette id&#233;e de l'humanisation de l'homme comme id&#233;al de son (...)' id='nh6-282'&gt;282&lt;/a&gt;]. Tous les &#234;tres seraient en &#233;volution, et, parmi les &#234;tres cosmiques, il y en aurait dont la dignit&#233; serait plus &#233;lev&#233;e que celle de l'homme : devenir &lt;em&gt;autrement qu'humain&lt;/em&gt; semble une promesse faite par Steiner aux explorateurs anthroposophes. Voici comment Steiner, en s'appuyant sur sa volont&#233; gnostique de pr&#233;f&#233;rer le suprasensible au sensible, abandonne, du m&#234;me coup, l'humanisme occidental h&#233;rit&#233; du jud&#233;o-christianisme, au profit des esprits. Jusqu'&#224; un certain degr&#233;, ces &#234;tres seraient semblables &#224; l'homme, mais sans &#234;tres sujets des lois du monde sensible. Ils &#171; sont devenus dans le monde supra sensible ce [que l'homme] peut devenir dans le monde des sens &#187; : &#224; cet &#233;gard, &#171; le rang de ces &#234;tres dans le monde cosmique est d'un degr&#233; plus &#233;lev&#233; que celui de l'homme &#187;. Ils forment un &#171; r&#232;gne d'&#234;tres au-dessus de l'homme, une hi&#233;rarchie d'un &#233;chelon plus &#233;lev&#233; dans la succession des &#234;tres &#187; [&lt;a href='#nb6-283' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Le seuil du monde spirituel, op. cit., p. 74' id='nh6-283'&gt;283&lt;/a&gt;]. Mais finalement, au terme de son &#233;volution, ou/et au terme de ses r&#233;incarnations successives, l'homme parviendrait &#224; la &#171; B&#233;atitude en Dieu &#187;. Comme si chacun savait de quoi il s'agit, ou bien comme s'il voulait permettre &#224; chacun d'y mettre ce qui lui pla&#238;t, Steiner se garde d'esquisser ne serait-ce qu'une vague id&#233;e du bonheur ultime : &#171; Il n'est ni possible, ni utile de d&#233;crire cet &#233;tat : il implique des exp&#233;riences qu'aucune parole humaine ne saurait exprimer &#187;. Mais pour en arriver l&#224;, peut-&#234;tre sans passer par toute l'&#233;volution &#8211; mais Steiner ne le pr&#233;cise pas -, il y a tout un parcours initiatique dont les &#233;tapes se r&#233;sumeraient ainsi :
&lt;br /&gt;1 L'&lt;em&gt;Etude&lt;/em&gt; de l'occultisme, au moyen des forces logiques &#233;volu&#233;es dans le monde physique ;
&lt;br /&gt;2 L'acquisition de la &lt;em&gt;connaissance imaginative&lt;/em&gt; ;
&lt;br /&gt;3 La &lt;em&gt;lecture de l'&#233;criture cach&#233;e&lt;/em&gt;, qui correspond &#224; l'inspiration ;
&lt;br /&gt;4 Le &lt;em&gt;travail par la pierre philosophale&lt;/em&gt;, qui correspond &#224; l'intuition ;
&lt;br /&gt;5 La connaissance des &lt;em&gt;Correspondances entre le macrocosme et le microcosme&lt;/em&gt; ;
&lt;br /&gt;6 L'&lt;em&gt;Union avec le macrocosme &lt;/em&gt; ;
&lt;br /&gt;7 La &lt;em&gt;b&#233;atitude en Dieu&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb6-284' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., La science occulte, op. cit., p. 336-337. Le soulignement a &#233;t&#233; (...)' id='nh6-284'&gt;284&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, nous avons une d&#233;signation simplement verbale, creuse, de la b&#233;atitude finale, de l'autre nous avons de multiples descriptions du Cosmos et de l'union humaine avec lui comme but de l'&#233;volution. L'homme devrait se sacrifier sur l'autel du &#171; grand agir universel &#187; [&lt;a href='#nb6-285' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., La th&#233;osophie, op. cit., p. 158&#8230;' id='nh6-285'&gt;285&lt;/a&gt;]. Voici d&#233;j&#224; un exemple de la vraie libert&#233; steinerienne : le sacrifice de soi-m&#234;me. Notons que cela n'a rien &#224; voir avec la critique de la tentation de la libert&#233; de s'&#233;riger en absolu dans le repli narcissique et la promotion contraire de la cr&#233;ativit&#233; libre de l'homme dans le cadre de la reconnaissance et de l'acceptation du r&#233;el : non, il n'est pas question ici de probl&#233;matiser la libert&#233; mais de l'&#233;vacuer. Nous ne sommes pas loin de consid&#233;rer avoir suffisamment d'indices concordant pour conclure que la b&#233;atitude steinerienne ne serait que l'&#233;tat r&#233;sultant de la fusion avec le cosmos. Le propos de l'ouvrage &lt;em&gt;La th&#233;osophie&lt;/em&gt; confirme amplement cette interpr&#233;tation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner et la question de l'esprit&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au cours de la premi&#232;re partie de ce travail de recherche sur l'agriculture anthroposophique nous avons &#233;t&#233; induit en erreur quant aux points de d&#233;parts les plus pertinents pour cette analyse. Aussi bien deux personnes reconnues du milieu anthroposophique que plusieurs remarques de Rudolf Steiner lui-m&#234;me nous ont pouss&#233; &#224; consid&#233;rer que l'introduction fondamentale &#224; l'anthroposophie passait par l'&#233;tude de &lt;em&gt;La philosophie de la libert&#233;&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;V&#233;rit&#233; et science&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;V&#233;rit&#233; et science&lt;/em&gt;, texte du doctorat de Steiner en philosophie, est plus un essai, sous-titr&#233; &lt;em&gt;Pr&#233;lude &#224; une philosophie de la libert&#233;&lt;/em&gt;, qu'une production r&#233;pondant aux exigences de l'exercice universitaire en question. Quant &#224; &lt;em&gt;La philosophie de la libert&#233;&lt;/em&gt;, publi&#233;e peu apr&#232;s &lt;em&gt;V&#233;rit&#233; et science&lt;/em&gt;, il s'agit d'un texte du m&#234;me acabit, magnant un jargon philosophique abondant en &#8211;ismes, passant d'une id&#233;e &#224; une autre en omettant r&#233;guli&#232;rement leur justification approfondie et la caract&#233;risation des rapports unissant les th&#232;ses entre elles. Sans compter que l'on ne parvient pas, malgr&#233; plusieurs lectures, ni &#224; d&#233;couvrir une conception stabilis&#233;e de la libert&#233; steinerienne, ni le v&#233;ritable objectif de l'ouvrage, ni, fermement, la position qu'il cherche peut-&#234;tre &#224; d&#233;fendre. Ces deux ouvrages laissent une d&#233;sagr&#233;able impression de doute, sans compter les nombreuses contradictions qu'ils rec&#232;lent. En aucun cas nous n'y avons trouv&#233; une quelconque clef explicite pouvant permettre d'introduire &#224; la compr&#233;hension de la gen&#232;se, des m&#233;canismes, et de la finalit&#233; de la bio-dynamie. La tentation &#233;tait grande de vouloir abandonner toute tentative de saisie fondamentale de l'anthroposophie, en se rangeant &#224; l'opinion de celles et ceux qui y voient une production r&#233;tive &#224; l'analyse rationnelle. Pourtant le probl&#232;me de l'efficacit&#233; concr&#232;te aux champs, au moins ponctuellement av&#233;r&#233;e, de pratiques bio-dynamiques, entretenait toujours la pression de l'exigence d'intelligibilit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne. Ce n'est que plus tard, en confrontant, d'une part, des &#233;crits bio-dynamiques, des r&#233;sultats d'entretiens avec des agriculteurs amateurs de cette d&#233;marche, mais aussi les principaux &#233;crits directement occultistes de Steiner, avec, d'autre part, un effort de remise en contexte de la bio-dynamie, &#224; travers une incursion patiente dans l'histoire de l'&#233;sot&#233;risme, sous plusieurs angles, - celui de ses rapports avec la science, celui de ses rapports avec le christianisme, mais aussi avec les pens&#233;es et religiosit&#233;s orientales, et, enfin, avec l'histoire et la structure de la raison en g&#233;n&#233;ral -, qu'a commenc&#233; &#224; se dessiner une piste. Pour comprendre ce qu'&#233;tait l'anthroposophie il fallait remonter aux motivations profondes de son auteur. En quelque sorte c'est une chance que Steiner ait r&#233;dig&#233; une autobiographie. D&#233;j&#224; le premier chapitre donne des &#233;claircissements, selon nous, fondamentaux sur les causes et les sp&#233;cificit&#233;s du projet et de la d&#233;marche de l'id&#233;ologie anthroposophique. Le lecteur ne sera peut-&#234;tre pas &#233;tonn&#233; de d&#233;couvrir que le d&#233;ficit de rationalit&#233; de l'anthroposophie est finalement fondamentalement li&#233; &#224; des options existentielles prises par Steiner bien avant les ann&#233;es de ses premi&#232;res publications, d&#232;s son enfance. Deux tendances du jeune Steiner semblent avoir converg&#233; pour qu'il devienne le p&#232;re de l'anthroposophie : premi&#232;rement, une croyance &#224; la r&#233;alit&#233; du monde de l'esprit et un go&#251;t pour le myst&#232;re religieux, secondement un app&#233;tit de connaissances surd&#233;termin&#233; par un imaginaire intellectualiste. Apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; ces deux points, nous &#233;voquerons comment l'influence solipsiste de l'id&#233;alisme philosophique moderne est venue d&#233;finitivement confirmer Steiner dans son choix malheureux de s'enfermer dans sa pens&#233;e. D&#233;sormais sans garde-fous authentiquement objectifs, la perspective steinerienne n'aura plus aucun mal &#224; se transformer en une doctrine &#233;sot&#233;rique banale, seulement peut-&#234;tre mieux mise en mots, et par l&#224; plus s&#233;duisante pour le public moderne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une croyance au &#171; monde spirituel &#187; et une attirance pour les aspects cryptiques de la religion chr&#233;tienne&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A neuf ans, Rudolf Steiner rencontrait souvent, au cours de ses promenades, les moines d'un couvent des environs. Il fut d&#233;&#231;u qu'ils ne lui parlent pas. Pourtant Steiner consid&#233;ra d&#232;s cet &#226;ge que les connaissances qui l'attiraient &#233;taient li&#233;es &#224; l'exp&#233;rience religieuse : &#171; J'avais neuf ans quand l'id&#233;e s'implanta en moi que de grandes choses que j'avais &#224; d&#233;couvrir se rattachaient &#224; la mission des moines. L&#224; encore j'aurais eu &#224; poser mille questions qui rest&#232;rent sans r&#233;ponse &#187;. Le grand nombre de questions sans r&#233;ponse donnait plus qu'un sentiment de solitude au jeune Steiner : &#171; Toutes ces questions sur tant de sujets faisaient de moi un &#234;tre bien solitaire &#187;. Aupr&#232;s de ses parents il ne trouve pas plus de r&#233;ponse. Son p&#232;re ne consid&#233;rait les questions religieuses qu'&#224; distance, il &#233;tait, selon Steiner, &#171; libre penseur &#187;. A tel point qu'&#224; cet &#233;gard il se sentait &#171; un &#233;tranger dans la maison de mes parents &#187;. Et cette solitude durera quasiment toute sa vie, si l'on en croit cette remarque de Xavier Florin, nous apprenant que Rudolf Steiner aurait pass&#233; sa vie &#224; chercher un milieu social le comprenant. Cependant, il en aurait fallu plus pour d&#233;tourner &#233;ventuellement ce jeune gar&#231;on de son attirance pour le suprasensible. En effet, pour lui, &#171; la r&#233;alit&#233; du monde spirituel &#233;tait [&#8230;] aussi certaine que celle du monde sensible &#187;. Convaincu de la sorte, il fr&#233;quente et participe aux offices catholiques de sa bourgade : &#171; Je participai activement au service de l'&#233;glise jusqu'&#224; ma dixi&#232;me ann&#233;e &#187;. Mais son attirance pour la religion est marqu&#233;e par le go&#251;t des aspects cryptiques de la liturgie et du culte : &#171; Voici ce que j'ai gard&#233; au fond de mon &#226;me de mes ann&#233;es de Neudorfl : la c&#233;l&#233;bration du culte et la solennit&#233; de la musique avaient fortement pos&#233; devant mon esprit les &#233;nigmes de l'existence. L'enseignement de l'histoire sainte et du cat&#233;chisme donn&#233; par le cur&#233; agissait bien moins fortement sur mon &#226;me que la c&#233;l&#233;bration du culte qui me paraissait &#234;tre l'interm&#233;diaire entre le monde sensible et le monde suprasensible. D&#232;s le d&#233;but cela n'&#233;tait pas une simple image mais bien une exp&#233;rience intime et profonde &#187;. Remarquons aussi, dans cette citation, qu'il ne fait pas mention du &#171; Corps du Christ &#187; ou de l'eucharistie pour d&#233;signer le sommet de la messe. Il s'agit pourtant l&#224; de l'aspect concret et personnel de l'office catholique. Au lieu de cela, Rudolf Steiner se contente d'une lecture formaliste et neutre, en termes d'articulation du monde sensible et du monde suprasensible. Et encore le fait-il, si l'on en juge par le placement des expressions &#171; monde sensible &#187; / &#171; monde suprasensible &#187; [&lt;a href='#nb6-286' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous n'avons pas v&#233;rifi&#233; dans le texte original allemand cet ordre des (...)' id='nh6-286'&gt;286&lt;/a&gt;], en interpr&#233;tant la messe comme un mouvement de la terre vers le ciel, alors que, pour les chr&#233;tiens, c'est Dieu qui appelle les fid&#232;les &#224; Lui rendre gr&#226;ce et &#224; venir se ressourcer dans la communion. De m&#234;me, les chr&#233;tiens parleront plus volontiers de &#171; miracle de la messe &#187; plut&#244;t que de voir en la messe un simple &#171; interm&#233;diaire &#187; entre les hommes et Dieu : c'est Dieu qui vient, &lt;em&gt;de fa&#231;on surnaturelle&lt;/em&gt;, &#224; la rencontre des fid&#232;les et s'offre en nourriture. Les mots choisis par Steiner, la priorit&#233; de l'initiative du mouvement donn&#233; au monde sensible et l'impression de&lt;em&gt; continuit&#233;&lt;/em&gt; avec l'autre monde, le formalisme de la description, tout cela trahit sans doute la tournure &#233;sot&#233;rique du regard de Steiner sur le culte chr&#233;tien, lorsqu'il r&#233;dige cette autobiographie, au soir de sa vie. Dans le m&#234;me chapitre, il revient deux fois sur l'importance de l'&#233;glise &lt;em&gt;et du cimeti&#232;re&lt;/em&gt; pendant sa jeunesse : &#171; Le voisinage de l'&#233;glise et du cimeti&#232;re qui l'entourait exer&#231;a [&#8230;] une profonde influence sur ma vie de petit gar&#231;on &#187; ; &#171; Toutes ces impressions enrichissaient mon enfance pass&#233;e aupr&#232;s de l'&#233;glise et du cimeti&#232;re &#187;. N'est-il pas &#233;trange qu'un enfant attache autant d'importance au cimeti&#232;re ? Et finalement, dans cette autobiographie, lorsqu'il &#233;voque, au d&#233;but, sa fr&#233;quentation et ses interrogations religieuses, Steiner ne dit pas un mot de sa relation au contenu du message &#233;vang&#233;lique. Ou plut&#244;t, comme nous l'avons remarqu&#233; dans une pr&#233;c&#233;dente citation, il avoue &#234;tre bien moins sensible &#224; cette dimension &#233;thique et sapientielle qu'aux aspects surnaturels et existentiels situ&#233;s au-del&#224; ce que peuvent saisir la raison naturelle et la conscience morale. Pourtant, encore une fois, il est clair que le c&#339;ur du message chr&#233;tien est autant concret que tourn&#233; vers Dieu : les deux commandements qui r&#233;sument la Bible invitent l'un &#224; aimer Dieu, l'autre &#224; aimer le prochain comme soi-m&#234;me. Et le second est dit &#233;quivalent au premier. Par rapport &#224; l'approche assez froide et intellectualiste du christianisme par Steiner, il est bon de rappeler que ni la connaissance, ni le myst&#232;re ne sont au centre de la foi chr&#233;tienne. Ce n'est pas la connaissance qui constitue le salut chr&#233;tien, mais l'amour. La mystique chr&#233;tienne &#171; franchit la fronti&#232;re de la nescience non par &#233;vasion hors de l'enracinement charnel de la connaissance mais par la m&#233;diation de l'amour &#187; [&lt;a href='#nb6-287' class='spip_note' rel='footnote' title='Maldam&#233; J.-M., Le Christ et le cosmos, Vrin, op. cit.' id='nh6-287'&gt;287&lt;/a&gt;]. De m&#234;me, avec des variantes, les liturgies chr&#233;tiennes ne sont-elles pas ax&#233;es sur le myst&#232;re divin et les complexit&#233;s rituelles [&lt;a href='#nb6-288' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Le Goff J., A la recherche du Moyen-&#194;ge, Seuil, 2006.' id='nh6-288'&gt;288&lt;/a&gt;]. Tout cela porte &#224; croire que le jeune Steiner &#233;tait d&#233;j&#224; fascin&#233; par le myst&#232;re, mais aussi par la dynamique de son imaginaire et sa propre interrogation, au d&#233;triment de la r&#233;alit&#233; authentique du ph&#233;nom&#232;ne religieux qu'il fr&#233;quentait. L'analyse du deuxi&#232;me trait d&#233;terminant de l'enfance steinerienne va venir confirmer de fa&#231;on encore plus flagrante l'orientation pr&#233;coce subjectiviste et m&#233;diumnique du personnage. Ce deuxi&#232;me trait, c'est, de fa&#231;on un peu surprenante, la d&#233;couverte, l'interpr&#233;tation, et l'usage que va faire Steiner de la g&#233;om&#233;trie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;couverte, interpr&#233;tation et usage id&#233;ologique justificatif de la g&#233;om&#233;trie pour l'anthroposophie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Certes l'autobiographie de Steiner n'est qu'une autobiographie intellectuelle. Mais on est tout de m&#234;me un peu surpris, &#224; c&#244;t&#233; de l'admiration qu'il a pu &#233;prouver, et des apprentissages divers qu'il a pu recevoir de son cur&#233;, de ses instituteurs, de divers professeurs, &#224; c&#244;t&#233;, &#233;galement, de ses lectures scientifiques, litt&#233;raires, ou philosophiques, de trouver la g&#233;om&#233;trie &#233;rig&#233;e en objet d&#233;cisif de la vie futur du fondateur de l'anthroposophie. D&#233;couvrons cette originalit&#233;, une interpr&#233;tation &#233;trange de la g&#233;om&#233;trie, avant de montrer qu'elle ne tient ni devant l'histoire des sciences, ni devant une r&#233;flexion philosophique r&#233;aliste, puis de conclure sur l'usage justificatif de l'anthroposophie qu'en fit malgr&#233; tout Steiner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une illusion de Rudolf Steiner : l'origine et la nature immat&#233;rielle de la g&#233;om&#233;trie&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;couverte de la g&#233;om&#233;trie fut pour Steiner un &#233;v&#233;nement d&#233;cisif : &#171; Pendant des semaines mon &#226;me fut absorb&#233;e par la co&#239;ncidence, la similitude des triangles, des carr&#233;s, des polygones ; je me creusais la t&#234;te en me demandant o&#249; les parall&#232;les pouvaient bien se couper ; le th&#233;or&#232;me de Pythagore m'enchanta &#187;. Il appara&#238;t manifeste que l'enfance de Steiner fut marqu&#233;e par un app&#233;tit intellectuel fort. Mais cette soif de savoir fut marqu&#233;e par une forte tendance intellectualiste, c'est-&#224;-dire par un penchant &#224; consid&#233;rer l'existence d'une efficacit&#233; cognitive autonome de l'intellect, ce qui ne laisse pas d'interroger. De plus, dans le passage suivant, on remarque &lt;em&gt;l'association affective&lt;/em&gt;, faite par Steiner lui-m&#234;me, entre, d'un c&#244;t&#233;, sa d&#233;ception devant l'absence ou la faiblesse des r&#233;ponses de son entourage, et, de l'autre, sa d&#233;couverte enthousiaste de la g&#233;om&#233;trie interpr&#233;t&#233;e comme production immat&#233;rielle, comme s'il avait commenc&#233; de compenser par l&#224;, sur le plan psychologique, son sentiment de solitude par une volont&#233; de croire conna&#238;tre intellectuellement et solitairement. Peut-&#234;tre le petit Rudolf s'est-il dit que son isolement pouvait devenir une chance, s'il se r&#233;v&#233;lait que la m&#233;ditation et la r&#233;flexion &#171; pure &#187; &#233;taient &#224; m&#234;me d'&#233;clairer l'ordre du r&#233;el et la vie humaine&#8230; En tout cas, tr&#232;s jeune, il &#171; part dans sa t&#234;te &#187;, convaincu, en raison d'une observation partielle de la g&#233;om&#233;trie, que la pens&#233;e pouvait par elle-m&#234;me &#171; saisir quelque chose &#187; de la v&#233;rit&#233; du r&#233;el : &#171; Que l'&#226;me puisse vivre dans la contemplation et l'&#233;tude de formes purement int&#233;rieures sans &#234;tre reli&#233;es au dehors par les sens, cela me satisfaisait au plus haut point. J'y trouvais une consolation &#224; ma peine de ce que toutes ces questions fussent rest&#233;es sans r&#233;ponse. &lt;em&gt;J'&#233;prouvais un intime bonheur &#224; saisir quelque chose par l'esprit seul. C'est par la g&#233;om&#233;trie que j'ai connu le bonheur pour la premi&#232;re fois&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb6-289' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Une autobiographie, Ed. Alice Sauerwein/PUF, Paris, 524 p., p. (...)' id='nh6-289'&gt;289&lt;/a&gt;]. Il appara&#238;t primordial de bien comprendre ce que Steiner rapporte ici de sa fa&#231;on de penser, parce que cet &#233;v&#233;nement, comme nous le soulignerons plus loin, fut &#224; l'origine de sa conception ult&#233;rieure et achev&#233;e de l'homme. Le c&#339;ur du rapport de Steiner &#224; l'&#233;tude de la g&#233;om&#233;trie r&#233;side dans son interpr&#233;tation de la g&#233;om&#233;trie comme une production purement intellectuelle ne devant rien &#224; l'exp&#233;rience sensible. Dans le passage suivant, qui m&#233;rite d'&#234;tre cit&#233; dans son enti&#232;ret&#233;, tellement il condense d'aspects sp&#233;cifiques de l'approche steinerienne, concentrons-nous d'abord sur l'articulation de la croyance de Steiner au monde spirituel, &#224; ses choses et &#224; ses &#234;tres, avec son interpr&#233;tation de la g&#233;om&#233;trie comme production intellectuelle endog&#232;ne :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Je me disais : les objets et les &#233;v&#233;nements que les sens per&#231;oivent se situent dans l'espace. Mais, de m&#234;me que cet espace est au dehors de l'homme, il y a, au-dedans de lui, une sorte d'enclos psychique, un th&#233;&#226;tre d'&#233;v&#233;nements spirituels que peuplent les entit&#233;s de l'esprit. Je pouvais consid&#233;rer la pens&#233;e non comme des images, des choses cr&#233;&#233;es par l'homme, mais comme des r&#233;v&#233;lations d'un monde spirituel sur cette sc&#232;ne psychique. La g&#233;om&#233;trie me semblait &#234;tre un savoir qui, selon les apparences, est invent&#233; par l'homme mais qui garde n&#233;anmoins une signification enti&#232;rement autonome. Etant enfant, je sentais d&#233;j&#224;, quoique ne pouvant &#233;videmment le formuler clairement, qu'il fallait porter en soi la connaissance du monde spirituel comme une g&#233;om&#233;trie ; car la r&#233;alit&#233; du monde spirituel &#233;tait pour moi aussi certaine que celle du monde sensible. J'avais besoin cependant de justifier d'une certaine fa&#231;on cette mani&#232;re de voir. Je voulais pouvoir me dire que l'exp&#233;rience du monde spirituel n'est pas plus illusoire que celle du monde sensible. On a le droit, me disais-je, d'accepter en g&#233;om&#233;trie des r&#233;sultats que l'&#226;me seule a con&#231;us par sa propre force ; ce sentiment me permit de justifier mon exp&#233;rience du monde spirituel et d'en parler comme du monde sensible. Et j'en parlais ainsi. Je me repr&#233;sentais deux id&#233;es qui, bien que vagues, jouaient d&#233;j&#224; un grand r&#244;le dans mon &#226;me avant ma huiti&#232;me ann&#233;e. Je distinguais les choses et les &#234;tres &#171; que l'on voit &#187; de ceux &#171; que l'on ne voit pas &#187; &#187; [&lt;a href='#nb6-290' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 20. On voit, aussi, dans cette citation, que Steiner commence par (...)' id='nh6-290'&gt;290&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi Steiner croit d'abord &#234;tre habit&#233; par &#171; les entit&#233;s de l'esprit &#187;. Ensuite il cro&#238;t que ces &#234;tres spirituels r&#233;v&#232;lent des choses &#224; l'homme. Mais, en fait, ces esprits ne font pas que transmettre certaines id&#233;es &#224; l'homme, ils pensent compl&#232;tement &#224; sa place. Voici une id&#233;e proprement impensable, irrationnelle, folle. Et pourtant Steiner &#233;crit bien que la pens&#233;e ne d&#233;signe pas &#171; des images &#187;, des repr&#233;sentations du r&#233;el, &#171; des choses cr&#233;&#233;es par l'homme &#187;, mais &#171; des r&#233;v&#233;lations d'un monde spirituel &#187;&#8230; Avec le vocabulaire de la &lt;em&gt;r&#233;v&#233;lation&lt;/em&gt;, nous sommes ici dans le monde du surnaturel et du paranormal, donc &#224; mille lieux de la science et de la g&#233;om&#233;trie. Mais ce qui est particuli&#232;rement inqui&#233;tant, c'est cette id&#233;e d'une d&#233;possession totale de la libert&#233; de penser de l'homme. Nous y reviendrons. Pour l'instant, bornons-nous &#224; constater que c'est sur l'horizon de cette esp&#232;ce de th&#233;orie de la connaissance extravagante qu'intervient le r&#244;le de la g&#233;om&#233;trie. Ce ne serait qu'en apparence que la g&#233;om&#233;trie aurait &#233;t&#233; invent&#233;e par l'homme. En fait la g&#233;om&#233;trie porterait une signification extra-humaine (&#171; enti&#232;rement autonome &#187;), c'est-&#224;-dire cosmique. Avec le commentaire que nous venons de faire du fonctionnement de la pens&#233;e selon Steiner, nous comprenons plus profond&#233;ment que la signification de la g&#233;om&#233;trie renverrait aux esprits qui l'auraient r&#233;v&#233;l&#233;e aux hommes ! En somme, la g&#233;om&#233;trie, mod&#232;le de la pens&#233;e en g&#233;n&#233;ral, aurait une origine divinatoire. L&#224;-dessus Steiner greffe plusieurs rapprochements douteux que nous avons essay&#233; de distinguer en six points qui sont autant de th&#232;ses. Seule la premi&#232;re est compl&#232;tement vraie. L'anthroposophie partage la quatri&#232;me avec l'id&#233;alisme philosophique, cart&#233;sien particuli&#232;rement. Les quatre autres sont de purs produits de l'id&#233;ologie anthroposophique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1 - &lt;em&gt;En g&#233;om&#233;trie &lt;/em&gt;les r&#233;sultats&lt;em&gt; sont tributaires des seuls axiomes et principes pos&#233;s par la pens&#233;e&lt;/em&gt;. En parlant des r&#233;sultats de la g&#233;om&#233;trie comme production purement intellectuelle, Steiner dit vrai - &#224; partir du moment o&#249; l'on envisage, comme il l'a fait, la g&#233;om&#233;trie toute pr&#234;te des manuels [&lt;a href='#nb6-291' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner a d&#233;couvert la g&#233;om&#233;trie hors de la probl&#233;matique de sa gen&#232;se : &#171; Peu (...)' id='nh6-291'&gt;291&lt;/a&gt;]. C'est pour cette raison que l'on appelle les math&#233;matiques et la logique des &#171; sciences formelles &#187; : elles ne sont pas tributaires de l'exp&#233;rience du r&#233;el, elles sont quasiment de pures productions de l'esprit humain. Leur lien au r&#233;el est probl&#233;matique, que ce soit du c&#244;t&#233; de leur gen&#232;se, o&#249; il faut sans doute remonter &#224; l'abstraction m&#233;taphysique et aux conditions de possibilit&#233; de tout langage commun [&lt;a href='#nb6-292' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans la mesure o&#249; la possibilit&#233; de la communication passe par la n&#233;cessit&#233; (...)' id='nh6-292'&gt;292&lt;/a&gt;], ou du c&#244;t&#233; de leur applicabilit&#233; : comment justifier que le r&#233;el se plie &#224; la logique, comment comprendre la prise offerte sur le r&#233;el par les langages math&#233;matiques, une prise sans cesse confirm&#233;e par le d&#233;veloppement technologique ?
&lt;br /&gt;2 - &lt;em&gt;La g&#233;om&#233;trie&lt;/em&gt; tout enti&#232;re &lt;em&gt;est le r&#233;sultat de la&lt;/em&gt; pens&#233;e : il s'agit de la premi&#232;re th&#232;se fausse, difficile &#224; d&#233;gager car elle n'est qu'implicite dans le texte de Steiner. D'une part cette supputation est incorrecte sur le strict plan logique, car on ne peut conclure du fonctionnement d'une chose (th&#232;se 1) &#224; son origine. Du coup &lt;em&gt;l'origine&lt;/em&gt; de la g&#233;om&#233;trie reste un probl&#232;me en suspend et l'on ne peut pas attribuer &#224; la &lt;em&gt;totalit&#233; &lt;/em&gt;de la g&#233;om&#233;trie une nature intellectuelle.
&lt;br /&gt;3 &#8211; &lt;em&gt;La g&#233;om&#233;trie, &#224; l'instar de la pens&#233;e, serait un don des esprits&lt;/em&gt;. Sans commentaire.
&lt;br /&gt;4 - &lt;em&gt;La g&#233;om&#233;trie engendre des r&#233;sultats pr&#233;cis et irr&#233;futables [&lt;a href='#nb6-293' class='spip_note' rel='footnote' title='Voyez l'admiration, compr&#233;hensible, de Steiner pour les th&#233;or&#232;mes et savoirs (...)' id='nh6-293'&gt;293&lt;/a&gt;], son champ d'application dans le monde quotidien est immense, elle peut &#234;tre prise pour mod&#232;le de la pens&#233;e [&lt;a href='#nb6-294' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. sa croyance personnelle au caract&#232;re prometteur de &#171; porter en soi la (...)' id='nh6-294'&gt;294&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. La coh&#233;rence th&#233;orique et les performances dans l'application des math&#233;matiques en g&#233;n&#233;ral ne sont plus &#224; d&#233;montrer. Mais l'&#233;rection d'une science particuli&#232;re en mod&#232;le de la pens&#233;e rel&#232;ve d'un parti-pris discutable.
&lt;br /&gt;5 - Ainsi, &lt;em&gt;si l'&#226;me a con&#231;u de fa&#231;on autonome l'impressionnante g&#233;om&#233;trie, alors elle doit pouvoir produire d'autres pens&#233;es int&#233;ressantes. Or l'autonomie de la pens&#233;e serait une illusion.
&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;6 &#8211; &lt;em&gt;Cependant la beaut&#233; et la coh&#233;rence de la g&#233;om&#233;trie &#171; r&#233;v&#233;l&#233;e &#187; demeure. Ceci devrait nous inciter &#224; faire confiance aux r&#233;v&#233;lations du monde spirituel&lt;/em&gt;, &#224; prendre le chemin de &lt;em&gt;l'initiation&lt;/em&gt;, pour nous mettre &#224; l'&#233;coute des pens&#233;es cosmiques&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous ne pouvons pas dire grand-chose d'utile sur la th&#232;se de l'origine r&#233;v&#233;l&#233;e de la g&#233;om&#233;trie. Nous ne pouvons que la r&#233;futer. Mais notons-bien que nous allons la r&#233;futer &#224; un niveau &#171; inf&#233;rieur &#187;, si l'on peut dire. En effet, c'est l'id&#233;e m&#234;me d'une origine intellectuelle autonome de la &lt;em&gt;g&#233;o-m&#233;trie&lt;/em&gt; que nous allons maintenant d&#233;l&#233;gitimer : peu importe alors de savoir qui, de notre imaginaire et de nos raisonnements humains, ou bien des esprits, a mis la g&#233;om&#233;trie dans nos t&#234;tes, puisque c'est l'origine &lt;em&gt;empirique&lt;/em&gt; de celle-ci qu'il s'agit de rappeler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'origine concr&#232;te et la gen&#232;se de la g&#233;om&#233;trie formelle&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;L'origine de la g&#233;om&#233;trie&lt;/em&gt;, Husserl a propos&#233; une r&#233;flexion radicalement contraire aux imaginations steineriennes. Il a envisag&#233; la production des objets id&#233;aux de la g&#233;om&#233;trie par abstraction et id&#233;alisation &#224; partir des mat&#233;riaux sensibles du monde-de-la vie ordinaire [&lt;a href='#nb6-295' class='spip_note' rel='footnote' title='On emploie aussi souvent, en fran&#231;ais, directement le concept allemand (...)' id='nh6-295'&gt;295&lt;/a&gt;]. Pour expliquer l'origine et la nature de la g&#233;om&#233;trie, le p&#232;re d'un des courants majeurs de la philosophie du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avance trois r&#233;flexions clefs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premi&#232;rement, la nature de la g&#233;om&#233;trie ne saurait &#234;tre ramen&#233;e &#224; la &#171; g&#233;om&#233;trie toute pr&#234;te &#187; [&lt;a href='#nb6-296' class='spip_note' rel='footnote' title='Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, p. 175.' id='nh6-296'&gt;296&lt;/a&gt;] des manuels, ce que l'on fait trop souvent, une erreur reproduite par Steiner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la proto-origine de la g&#233;om&#233;trie r&#233;side dans des pratiques diverses de g&#233;om&#232;tres techniciens et dans la structure (anthropologique) &lt;em&gt;a priori&lt;/em&gt; de notre rapport au monde, en tant que celui-ci est marqu&#233; par la mati&#232;re, la forme, l'espace-temps, ces vocables incertains n'ayant ici de valeur qu'&#224; viser et d&#233;signer la mat&#233;rialit&#233; de notre &#234;tre au monde. La g&#233;om&#233;trie ne saurait &#234;tre donc d'origine purement mentale, comme l'affirme Steiner. M&#234;me dans ce domaine des sciences formelles, comprenant la logique et les math&#233;matiques, Husserl pouvait trouver confirmation de son approche dans l'histoire des faits. On ne saurait raisonnablement d&#233;tacher compl&#232;tement un seul savoir scientifique d'une ext&#233;riorit&#233; objective : &#171; L'histoire des sciences montre, m&#234;me en math&#233;matiques, qu'il y a toujours quelque nature qui correspond &#224; l'objet que nous exp&#233;rimentons &#187; [&lt;a href='#nb6-297' class='spip_note' rel='footnote' title='Ferrari J., L'objet de la th&#233;orie physique et r&#233;alit&#233;, Les nouveaux enjeux (...)' id='nh6-297'&gt;297&lt;/a&gt;]. Wilbur Knorr confirme l'acceptation raisonnable aujourd'hui de la th&#232;se de la d&#233;rivation des math&#233;matiques de diverses exp&#233;riences sensibles : &#171; Dans la conception moderne, des modalit&#233;s pratiques comme l'arithm&#233;tique commerciale et l'arpentage sont consid&#233;r&#233;es seulement comme un pr&#233;lude aux formes essentielles des math&#233;matiques. La progression de telles formes appliqu&#233;es aux domaines abstraits correspondants peut &#234;tre envisag&#233;e soit comme p&#233;dagogique, soit comme conceptuelle. Mais il est tout aussi raisonnable d'y voir un &#233;l&#233;ment chronologique : les formes les plus anciennes d'activit&#233; math&#233;matique, dans quelque culture que ce soit, ont d&#251; relever de cette esp&#232;ce pratique, et se d&#233;velopper seulement plus tard en th&#233;orie &#187;. Plus g&#233;n&#233;ralement, &#171; l'opinion selon laquelle la th&#233;orie se d&#233;veloppe &#224; partir de la pratique semble raisonnable &#187; [&lt;a href='#nb6-298' class='spip_note' rel='footnote' title='Knorr W., Math&#233;matiques, in Brunschwig J. et Lloyd G., (dir.), Le savoir (...)' id='nh6-298'&gt;298&lt;/a&gt;]. En fait, sur ce point, beaucoup d'auteurs convergent. Aussi bien Etienne Gilson, qui admet une continuit&#233; sens commun-sciences-philosophie, qu'un autre grand philosophe, Alfred North Whitehead, lui aussi, comme Husserl, int&#233;ress&#233; par les math&#233;matiques. Ainsi, Whitehead &#233;galement, dans ses &lt;em&gt;Recherches sur les principes de la connaissance naturelle&lt;/em&gt;, &#171; d&#233;finit les abstractions g&#233;om&#233;triques, telles le point, comme des notions-limites que l'on obtient &#224; partir des donn&#233;es de l'espace concret &#187; [&lt;a href='#nb6-299' class='spip_note' rel='footnote' title='L'ouvrage de Whitehead en question n'existe qu'en anglais sous le titre An (...)' id='nh6-299'&gt;299&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;Fort de ce consensus, nous proposons maintenant de suivre les passages o&#249; Husserl parle de cette &lt;em&gt;mat&#233;rialit&#233;&lt;/em&gt; &#224; l'origine de la g&#233;om&#233;trie th&#233;orique, histoire de rendre quasiment palpable la d&#233;connexion de Steiner vis-&#224;-vis de la simple r&#233;alit&#233; des choses. Le monde environnant des premiers g&#233;om&#232;tres &#233;tait, comme aujourd'hui, un monde de choses ayant corpor&#233;it&#233;, m&#234;me si les hommes, compris dans cet horizon, &#171; ne s'&#233;puisent pas, en tout cas, dans leur &#234;tre corporel &#187;. Ces corps avaient des formes et des qualit&#233;s (couleur, chaleur, poids, duret&#233;, etc.), et, dans les &#171; n&#233;cessit&#233;s de la vie pratique &#187;, certaines &#171; sp&#233;cifications se sont d&#233;coup&#233;es dans les formes &#187;. Une &#171; praxis technique a toujours d&#233;j&#224; vis&#233; &#224; la restauration des formes chaque fois privil&#233;gi&#233;es et au perfectionnement des m&#234;mes formes &#187; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Enlev&#233;es sur les formes de chose, il y a d'abord les surfaces &#8211; surfaces plus ou moins &#171; polies &#187;, plus ou moins parfaites ; il y a les ar&#234;tes, plus ou moins grossi&#232;res ou, en leur fa&#231;on, plus ou moins &#171; lisses &#187; ; en d'autres termes, des lignes, des angles plus ou moins purs &#8211; des points plus ou moins parfaits ; puis, de nouveau, parmi les lignes, les lignes droites, par exemple, sont particuli&#232;rement privil&#233;gi&#233;es, parmi les surfaces, les surfaces planes : par exemple, &#224; des fins pratiques, des planches circonscrites par des plans, des droites, des points, alors que dans l'ensemble ou pour des usages particuliers, les surfaces courbes sont ind&#233;sirables en raison de multiples pr&#233;occupations pratiques. Ainsi la restauration des plans et leur perfectionnement (le polissage) jouent-ils toujours leur r&#244;le dans la praxis. Il en va de m&#234;me pour l'intention d'&#233;quit&#233; dans le partage. Ici, l'appr&#233;ciation grossi&#232;re des grandeurs se convertit en mesure des grandeurs dans la num&#233;ration des parties &#233;gales. (L&#224; aussi, &#224; partir de la facticit&#233;, une forme essentielle se laissera reconna&#238;tre par la m&#233;thode de variation.) La mesure appartient &#224; toute culture, mais &#224; des degr&#233;s de perfection qui vont du primitif au sup&#233;rieur &#187; [&lt;a href='#nb6-300' class='spip_note' rel='footnote' title='Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, op. cit., p. 210-211.' id='nh6-300'&gt;300&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De plus, dans la r&#233;alit&#233; historique, le d&#233;veloppement de la culture assure une certaine technique de la mesure. On peut donc toujours pr&#233;supposer &#171; un art du dessin architectural, de l'arpentage des champs et des distances routi&#232;res, etc. &#187; [&lt;a href='#nb6-301' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 211.' id='nh6-301'&gt;301&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Troisi&#232;mement, le passage de la g&#233;om&#233;trie empirique &#224; la g&#233;om&#233;trie comme science formelle d&#233;pend d'un choix culturel et intellectuel pour l'int&#233;r&#234;t et la production cons&#233;cutive de savoirs universellement valide. Cette d&#233;marche trouve son soutien dans la conscience et / ou la reconnaissance de traits invariants de la vie humaine. Ces traits invariants constat&#233;s serviraient de support &#224; une audace de l'imagination, laquelle s'exercerait alors sur les techniques de mesures et le rapport formel &#224; la mati&#232;re pour en abstraire un savoir formel de math&#233;matiques presque pures. Husserl identifie donc la fondation de la g&#233;om&#233;trie en tant que science formelle avec l'engagement de quelques savants-philosophes dans le projet d'&#233;tablir des savoirs universellement valides en tous domaines [&lt;a href='#nb6-302' class='spip_note' rel='footnote' title='Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, notamment p. 211.' id='nh6-302'&gt;302&lt;/a&gt;]. Et il relie ce projet avec l'histoire de la raison. Aux antipodes d'une telle analyse, Steiner se prend &#224; vouloir consid&#233;rer que la g&#233;om&#233;trie &#171; toute faite &#187; fasse signe vers la confirmation de la th&#233;orie qu'il r&#234;ve, selon laquelle l'esprit pourrait conna&#238;tre quelque chose &lt;em&gt;sans &#234;tre reli&#233; au dehors par les sens [&lt;a href='#nb6-303' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Une autobiographie, op. cit., p. 19.' id='nh6-303'&gt;303&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet av&#232;nement de la g&#233;om&#233;trie, on pourrait se demander pourquoi Husserl s'y est int&#233;ress&#233;. Mais ce n'est pas l'objet de notre travail. Avan&#231;ons seulement l'hypoth&#232;se selon laquelle Husserl aurait pris cet objet pour th&#232;me en raison de son exemplarit&#233; comme objet interm&#233;diaire entre les pratiques techniciennes de mesure diverses et l'alg&#232;bre comme science formelle pure. Un tel travail aura pu servir de socle m&#233;ditatif au probl&#232;me du fondement et du devenir de la rationalit&#233; chez Husserl. Quant &#224; l'&#233;v&#233;nement de la rencontre de Steiner avec la g&#233;om&#233;trie, il semble certain qu'il s'agit de quelque chose de d&#233;terminant dans son parcours intellectuel. Mais, au lieu de r&#233;fl&#233;chir profond&#233;ment sur la nature de la g&#233;om&#233;trie et les crit&#232;res de la validation de ses propositions comme scientifiques, Steiner en est rest&#233; superficiellement &#224; une fascination pour la rigueur rationnelle des encha&#238;nements de ses propositions, axiomes, et formes dessin&#233;es ou calcul&#233;es. Il est vrai qu'&#224; l'int&#233;rieur de la g&#233;om&#233;trie &#171; toute pr&#234;te &#187; on peut avoir l'impression &#171; d'un penser &#171; pur &#187; &#187; [&lt;a href='#nb6-304' class='spip_note' rel='footnote' title='Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, op. cit., p. 212. Notons bien que (...)' id='nh6-304'&gt;304&lt;/a&gt;]. Mais en rester &#224; cette na&#239;ve impression c'est risquer de confondre le pens&#233; &#8211; ici la g&#233;om&#233;trie constitu&#233;e - et la pens&#233;e. Peut-&#234;tre ce th&#232;me rejoint-il la critique gilsonienne de l'id&#233;alisme : &#171; l'id&#233;aliste confond toujours &#171; &#234;tre donn&#233; dans la pens&#233;e &#187; et &#171; &#234;tre donn&#233; par la pens&#233;e &#187; [&lt;a href='#nb6-305' class='spip_note' rel='footnote' title='Gilson E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, op. cit., p. 89.' id='nh6-305'&gt;305&lt;/a&gt;]. Mais ce qui est certain, c'est que face &#224; tous ceux et toutes celles qui r&#234;vent d'un &#171; chiffre &#187; de l'univers, face &#224; ceux qui supputent un langage secret et essentiel pour l'homme derri&#232;re les id&#233;alit&#233;s math&#233;matiques, ou bien face &#224; un Steiner oublieux de la capacit&#233; de l'homme &#224; produire des langages formels esth&#233;tiques et pratiques, Edmund Husserl r&#233;pondait d&#233;j&#224;, en 1936, par un r&#233;alisme r&#233;confortant : &#171; Pour des esprits romantiques, le mythico-magique peut &#234;tre particuli&#232;rement attrayant en fait d'histoire et de pr&#233;histoire des math&#233;matiques ; mais s'abandonner &#224; cette facticit&#233; historique pure quand il s'agit de math&#233;matiques, c'est justement s'&#233;garer dans une romantique et passer par-dessus le probl&#232;me sp&#233;cifique, le probl&#232;me intrins&#232;quement historique, le probl&#232;me &#233;pist&#233;mologique &#187; [&lt;a href='#nb6-306' class='spip_note' rel='footnote' title='Husserl E., op. cit., p. 214.' id='nh6-306'&gt;306&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fondamentalement, pour Husserl, le probl&#232;me de l'origine de la g&#233;om&#233;trie, &#224; l'instar du probl&#232;me des sciences en g&#233;n&#233;ral, voire de celui de l'ensemble des produits culturels, renvoie &#224; la probl&#233;matique essentielle de la raison. Cette question, &#171; la plus haute &#187;, &#171; celle d'une t&#233;l&#233;ologie universelle de la Raison &#187;, se d&#233;couvre sous-jacente &#224; la question de l'origine des sciences en tant que la fondation de celles-ci suppose une sorte de rupture par rapport aux techniques appliqu&#233;es pr&#233;existantes. La rupture est celle d'un regard de savant-philosophe, lequel prend le parti du th&#233;or&#233;tique pour aller au-del&#224; de la finitude des divers domaines de la pratique, o&#249; s'exer&#231;ait, auparavant, de mani&#232;re exclusive, l'activit&#233; concr&#232;te. De ces activit&#233;s concr&#232;tes, le philosophe abstrait des aspects susceptibles de se rassembler en un corpus bas&#233; sur des axiomes parfaitement &#233;claircis, et ainsi former, en quelque sorte, un corpus inconditionn&#233;, transmissible en tout temps et tout peuple. Cette rupture rel&#232;ve d'un parti pris original qui peut sembler illustrer un effort vers l'extension d'un savoir ou d'une science qui serait p&#233;renne, un savoir selon la raison. Il peut alors appara&#238;tre piquant de voir Steiner, tout &#224; l'oppos&#233;, essayer de fonder sa &#171; philosophie &#187;, son anthroposophie, sur une interpr&#233;tation fausse de la g&#233;om&#233;trie, tout en renvoyant la rationalit&#233; &#224; une position tr&#232;s secondaire, loin derri&#232;re &lt;em&gt;l'exp&#233;rience&lt;/em&gt; intime de la fusion cosmique. Comme si la g&#233;om&#233;trie, en tant que premi&#232;re &#233;laboration des math&#233;matiques, &#233;tait un sujet de r&#233;flexion exemplaire mais paradoxal, susceptible de nous aider &#224; d&#233;velopper, ou bien notre connaissance de la raison, ou bien des cheminements erratiques de travestissement id&#233;aliste ou subjectif de la connaissance humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'anthroposophie justifi&#233;e par une erreur&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;sumons-nous. Souligner l'oubli de la question d'origine a permis de mieux comprendre la sorte de fascination platonisante qui touche Steiner devant les id&#233;alit&#233;s g&#233;om&#233;triques. Il s'agit de distinguer l'origine sensible de la g&#233;om&#233;trie de son &#233;tablissement fonctionnel sur des axiomes ou postulats chiffr&#233;s &#224; partir desquels des r&#232;gles de mesure et des lois de correspondances entre formes g&#233;om&#233;triques, des th&#233;or&#232;mes, vont permettre au corpus de la science g&#233;om&#233;trique de se d&#233;velopper. Le passage de l'arpentage &#224; la g&#233;om&#233;trie pure, qui a peut-&#234;tre eu lieu pour la premi&#232;re fois en Gr&#232;ce, marque cette diff&#233;rence entre les origines et la r&#233;ception de la g&#233;om&#233;trie comme corps de savoir permettant son auto-d&#233;veloppement, ainsi que des actions techniques possibles nouvelles sur le terrain, en parall&#232;le. Ainsi, Rudolf Steiner s'est-il focalis&#233; sur les correspondances, les probl&#232;mes, et les d&#233;ductions que l'on peut d&#233;gager en &#233;tudiant les diverses formes et th&#233;or&#232;mes g&#233;om&#233;triques. Mais cette attention port&#233;e sur l'&#233;tat effectif de la g&#233;om&#233;trie &#224; un moment donn&#233;, tel qu'il a pu la d&#233;couvrir dans un manuel, n'a pas &#233;t&#233; compl&#233;t&#233;e par le questionnement sur l'origine de cette production culturelle. Or, le traitement r&#233;aliste de la question de l'identit&#233; d'un fait ne saurait &#234;tre s&#233;par&#233; de celle de sa gen&#232;se. Steiner s'est tromp&#233; dans son approche trop personnelle de la g&#233;om&#233;trie. Peut-&#234;tre cette erreur, due &#224; un oubli de la question des origines, fut-elle en partie conditionn&#233;e par la projection des pr&#233;occupations particuli&#232;res de Steiner sur l'objet &#171; g&#233;om&#233;trie &#187; : &#171; je justifiais par la g&#233;om&#233;trie ma conception d'un monde &#171; que l'on ne voit pas &#187; [&lt;a href='#nb6-307' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner, R., Une autobiographie, op. cit., p. 21.' id='nh6-307'&gt;307&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me si Rudolf Steiner estime, une fois et un peu paradoxalement, comme &#171; gauchement enfantine &#187; la mani&#232;re dont il justifiait &#171; par la g&#233;om&#233;trie [sa] conception d'un monde &#171; que l'on ne voit pas &#187; &#187; [&lt;a href='#nb6-308' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-308'&gt;308&lt;/a&gt;], nous tenons malgr&#233; tout, ici, un &#233;l&#233;ment clef de la gen&#232;se et de la signification profonde de l'anthroposophie : &#171; Dans l'&#233;tude de la g&#233;om&#233;trie je dois chercher en effet le germe d'une conception qui, peu &#224; peu, s'est d&#233;velopp&#233;e. Je la portais en moi pendant mon enfance plus ou moins inconsciemment, je devais la r&#233;aliser pleinement et d&#233;finitivement vers ma vingti&#232;me ann&#233;e &#187; [&lt;a href='#nb6-309' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 19-20.' id='nh6-309'&gt;309&lt;/a&gt;]. Nous tenons-l&#224; une clef de compr&#233;hension de la doctrine steinerienne parce que son regard sur la g&#233;om&#233;trie, un objet empirique, est d&#233;termin&#233; par une &lt;em&gt;conception&lt;/em&gt; personnelle ant&#233;rieure. C'est-&#224;-dire qu'il a observ&#233; un objet r&#233;el et pr&#233;eexistant &#224; son observation en projetant sur lui des id&#233;es pr&#233;con&#231;ues. Nous sommes ici aux antipodes de l'id&#233;al m&#233;thodologique des sciences. Mais nous sommes, en revanche, en consonance avec l'&lt;em&gt;id&#233;alisme&lt;/em&gt; de la philosophie moderne, laquelle va &lt;em&gt;des id&#233;es aux choses&lt;/em&gt;, du penser &#224; l'&#234;tre. Pour justifier pleinement cette interpr&#233;tation, il nous reste &#224; montrer que, outre le fait qu'il recourt &#224; des r&#233;f&#233;rences multiples aux penseurs modernes, Rudolf Steiner, partout o&#249; il le peut, pr&#234;che le primat des id&#233;es dans l'abord du r&#233;el. En guise de transition avec la confrontation livr&#233;e ci-dessus autour de la g&#233;om&#233;trie, peut-&#234;tre le lecteur sera-t-il aussi frapp&#233; que nous en d&#233;couvrant, ou en se rem&#233;morant ici, que Descartes, l'un des deux p&#232;res de la philosophie moderne avec Kant, &#233;tait aussi et d'abord un math&#233;maticien. Plus m&#234;me, car Descartes appliqua la m&#233;thode math&#233;matique, axiomatique, pour &#233;difier sa philosophie. D'autre part, vers les origines de la philosophie occidentale, souvenons-nous que le p&#232;re de la th&#233;orie des Id&#233;es, Platon, avait fait grav&#233; sur le fronton de son &#233;cole la mention suivante : &#171; Que nul n'entre ici s'il n'est g&#233;om&#232;tre &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le primat steinerien des id&#233;es&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La r&#233;flexion a amen&#233; l'auteur &#224; consid&#233;rer qu'il fallait donner la priorit&#233; aux &#233;l&#233;ments intellectuels sur ceux de l'affectivit&#233; [&lt;a href='#nb6-310' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., La philosophie de la libert&#233;, Observations de l'&#226;me conduites (...)' id='nh6-310'&gt;310&lt;/a&gt;] et de la volont&#233; [&lt;a href='#nb6-311' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 30.' id='nh6-311'&gt;311&lt;/a&gt;] dans la th&#233;orie de la connaissance. A la page 32 de sa &lt;em&gt;Philosophie de la libert&#233;&lt;/em&gt;, Steiner identifie un double niveau de conscience du r&#233;el dans l'&#234;tre humain. L'homme &#233;prouverait le sentiment d'appartenir &#224; l'univers et de demeurer en lui. Cependant, d&#232;s l'&#233;veil de la conscience, l'homme verrait aussi l'univers dans l'opposition &#171; le moi et le monde &#187;. Steiner justifie ce dualisme anthropologique en arguant que &#171; Nous ne sommes jamais satisfaits de ce que la nature offre &#224; nos sens. Partout nous cherchons ce que nous appelons l'explication des ph&#233;nom&#232;nes &#187;. Pour Rudolf Steiner, le d&#233;calage entre la perception imm&#233;diate et ponctuelle des choses du monde, d'une part, et la soif humaine universelle de connaissance, de l'autre, serait la source de la conscience dualiste du monde. Le d&#233;calage deviendrait division, opposition.
&lt;br /&gt;Steiner attribue une importance certaine &#224; cette conscience dualiste. Mais il attribue une importance plus grande encore au sentiment humain d'appartenir au monde. A tel point qu'il fait de cette conscience d'unit&#233; le moteur de toute aspiration spirituelle : &#171; L'histoire de la vie spirituelle refl&#232;te cette inlassable recherche d'unit&#233;. La religion, l'art et la science poursuivent tous ce m&#234;me but &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le dualiste pense que l'esprit (moi) et la mati&#232;re (monde) sont deux entit&#233;s essentiellement diff&#233;rentes. D&#232;s lors, il n'arrive pas &#224; expliquer leurs actions r&#233;ciproques &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ensuite, Steiner conclut h&#226;tivement de l'exp&#233;rience interne d'une double polarit&#233;, en consid&#233;rant que chacun ram&#232;ne son identit&#233; personnelle profonde &#224; de l'esprit : &#171; Faisant l'exp&#233;rience de son &#171; moi &#187;, l'homme situe in&#233;vitablement ce moi du c&#244;t&#233; de l'esprit &#187;. En s'illusionnant de la sorte, Steiner m&#233;conna&#238;t la probl&#233;matique ordinaire de la personne humaine. Il ne songe pas un instant que le moi de chacun puisse d&#233;signait &#224; la fois son esprit et son corps, mais &#233;galement le lien myst&#233;rieux qui les unit, myst&#233;rieux dans sa nature mais pourtant &#233;vident dans son action, et que l'on nomme souvent &#226;me. Steiner op&#232;re donc une double r&#233;duction du concept de la personne humaine. Ne fait-il pas ainsi le jeu du dualisme qu'il pr&#233;tend critiquer ? Sans compter que nous ne sommes absolument pas oblig&#233;s d'appr&#233;hender l'homme comme dualit&#233; de substances, quand la porte de l'unicit&#233; personnelle nous demeure ouverte. En ramenant l'homme &#224; son esprit, Rudolf Steiner affirme une premi&#232;re fois le caract&#232;re orient&#233; et r&#233;ducteur de son approche. Bien s&#251;r, dans le contenu de cette r&#233;duction, il nous montre aussi qu'il consid&#232;re que ses id&#233;es, son imaginaire finalement, passent avant l'accueil de la r&#233;alit&#233; telle qu'elle est.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus loin, Steiner nous le confirme, en consid&#232;rant l'observation de la pens&#233;e comme la chose la plus importante qu'un homme puisse faire : &#171; il observe alors une chose qu'il a cr&#233;&#233;e lui-m&#234;me ; il ne rencontre plus un objet &#233;tranger, mais bien sa propre activit&#233; &#187;. Comment Steiner peut-il ne voir en le monde qu'un objet &#233;tranger alors que quelques pages plus t&#244;t il a reconnu le sentiment d'unit&#233; homme-monde comme une perspective de conscience normale et m&#234;me d&#233;cisive pour comprendre l'&#233;lan &lt;em&gt;spirituel&lt;/em&gt; humain ? Il semble qu'il s'agisse l&#224; d'une contradiction importante du texte steinerien. Quoi qu'il en soit, de cette croyance en la ma&#238;trise de l'homme sur la pens&#233;e, en tant que sa propre production, Steiner fait de la pens&#233;e, &#224; la suite de Descartes, le point de d&#233;part d'un processus rigoureux de la construction des sciences : avec la pens&#233;e, serait donc trouv&#233; &#171; un point d'appui solide, &#224; partir duquel il nous est permis d'esp&#233;rer une explication solide de tous les ph&#233;nom&#232;nes de l'univers &#187; [&lt;a href='#nb6-312' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 47.' id='nh6-312'&gt;312&lt;/a&gt;]. Steiner rappelle le postulat de Descartes, puis s'installe dans le cart&#233;sianisme. D'abord, &#171; Ce sentiment de poss&#233;der un support bien assur&#233; a dict&#233; &#224; Descartes, fondateur de la philosophie moderne, son principe de toutes les connaissances humaines : Je pense, donc je suis. &#8211; Tout le reste de l'univers existe sans moi et je ne sais si je dois le consid&#233;rer comme r&#233;alit&#233;, illusion ou r&#234;ve. Mais il y a une chose dont je suis s&#251;r, parce que je lui donne moi-m&#234;me une existence certaine : ma pens&#233;e. [&#8230;] je sais &#224; coup s&#251;r qu'elle existe, parce que je l'ai engendr&#233;e moi-m&#234;me &#187; [&lt;a href='#nb6-313' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 48.' id='nh6-313'&gt;313&lt;/a&gt;]. Suit le moment de l'installation steinerienne dans l'id&#233;alisme proprement dit : &#171; lorsque nous consid&#233;rons notre pens&#233;e elle-m&#234;me, aucun &#233;l&#233;ment inobserv&#233; ne subsiste. Car ce qui est &#224; l'arri&#232;re-plan, c'est encore et toujours de la pens&#233;e &#187; [&lt;a href='#nb6-314' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 49. Comme l'a fait remarqu&#233; Gilson, l'expression du type &#171; un (...)' id='nh6-314'&gt;314&lt;/a&gt;]. Enfin, Steiner pose &#224; son tour le pseudo-probl&#232;me de l'id&#233;alisme : &#171; Soit un objet ext&#233;rieur &#224; moi que j'introduis dans le r&#233;seau de mes pens&#233;es ; [&#8230;] Comment ma pens&#233;e peut-elle &#233;tablir un rapport avec l'objet ? &#187; [&lt;a href='#nb6-315' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., op. cit., p. 49. Gilson a propos&#233; de nommer &#171; probl&#232;me du pont &#187; (...)' id='nh6-315'&gt;315&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;tape suivante de l'illusion id&#233;aliste de Steiner consiste sans doute &#224; imaginer un r&#244;le concret de la pens&#233;e dans l'&#233;volution cosmique : &#171; Aucun doute que quand nous pensons, nous prenons part au devenir universel, lequel ne serait jamais accompli sans notre participation &#187;. Stricto sensu, on ne voit pas ce que changent les pens&#233;es des hommes au monde. Seuls les effets mat&#233;riels de certaines pens&#233;es, mais aussi de certains gestes spontan&#233;es, modifient les choses. Mais bon, le pi&#232;ge id&#233;aliste est ainsi fait que celui qui suit sa fa&#231;on initiale d'aborder le r&#233;el a peu de chances d'en sortir : &#171; En raisonnant ainsi, on ne remarque pas combien il est impossible de sortir de la pens&#233;e. Je ne peux pas m'en d&#233;gager lorsque je d&#233;sire l'observer &#187;. N&#233;anmoins Steiner d&#233;cide de prendre la pens&#233;e pour point de d&#233;part non seulement de la question de la connaissance, mais de l'ensemble de sa &#171; philosophie &#187; : &#171; Je consid&#232;re ainsi comme suffisamment fond&#233; de placer la pens&#233;e au point de d&#233;part de ma conception philosophique &#187; [&lt;a href='#nb6-316' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., La philosophie de la libert&#233;, ibid., p. 52.' id='nh6-316'&gt;316&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ensuite, Steiner entame un ensemble de commentaires en introduisant des mots nouveaux cens&#233;s d&#233;signer des &#171; caract&#233;ristiques de la pens&#233;e &#187; et des r&#233;alit&#233;s supports de la pens&#233;e : la conscience, la connaissance, les concepts, les id&#233;es, les images per&#231;ues&#8230;
&lt;br /&gt;C'est bien l'activit&#233; pensante que Steiner pense avoir mis au d&#233;part de sa conception, et &#171; non point les concepts et id&#233;es qui ne sont que le r&#233;sultat de cette activit&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Mon auto-perception m'enferme dans certaines limites ; ma pens&#233;e les ignore. En ce sens je suis un &#234;tre double. Enferm&#233; dans un domaine que je per&#231;ois comme &#233;tant celui de ma personnalit&#233;, je suis n&#233;anmoins porteur d'une activit&#233; qui, du haut d'une sph&#232;re sup&#233;rieure, d&#233;termine les limites de mon existence. Notre pens&#233;e n'est pas individuelle comme le sont notre sensibilit&#233; et nos sentiments. Elle est universelle. Si elle prend dans chaque &#234;tre un aspect individuel, c'est uniquement parce qu'elle se rapporte toujours &#224; la sensibilit&#233; et aux sentiments personnels. Les hommes se distinguent les uns des autres gr&#226;ce &#224; ces nuances particuli&#232;res que prend la pens&#233;e universelle. Il n'existe qu'un seul concept du triangle &#187; [&lt;a href='#nb6-317' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 88-89.' id='nh6-317'&gt;317&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;&#171; Avec la pens&#233;e nous disposons de l'&#233;l&#233;ment qui unit notre individualit&#233; particuli&#232;re au cosmos, pour former un tout. Tant que nous restons dans le domaine des sensations, des sentiments (et de l'acte de perception), nous sommes des &#234;tres isol&#233;s ; mais lorsque nous pensons, nous sommes l'&#234;tre un et total qui p&#233;n&#232;tre toutes choses. Telle est la raison profonde de notre double nature : nous voyons na&#238;tre en nous une force absolue, une force qui est universelle ; cependant nous n'en prenons pas connaissance &#224; sa source, au centre de l'univers, mais seulement &#224; un point de la p&#233;riph&#233;rie &#187;.
&lt;br /&gt;Il faudrait nous servir &#171; de cette pens&#233;e qui, du fond de l'univers, vient nous p&#233;n&#233;trer &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les consid&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes auraient soit-disant &#171; prouv&#233; qu'il est insens&#233; de chercher chez les individus un &#233;l&#233;ment commun autre que le contenu id&#233;el fourni par la pens&#233;e &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Il n'existe aucune chose en tant que s&#233;par&#233;e du tout universel. Toute s&#233;paration n'a de valeur que subjective et n'existe qu'au sein de notre observation &#187; [&lt;a href='#nb6-318' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 93.' id='nh6-318'&gt;318&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En imaginant, plut&#244;t qu'en comprenant la g&#233;om&#233;trie, Rudolf Steiner a trahit explicitement son penchant intellectualiste, parce qu'il a livr&#233; sa mani&#232;re subjectiviste d'envisager le monde &#224; partir d'un objet connu de tous. En consid&#233;rant que l'intellect peut acqu&#233;rir du savoir sans le recours des sens Steiner s'est pos&#233; en rupture avec le sens commun et l'&#233;pist&#233;mologie des sciences modernes. Il se trouve finalement souvent proche de croire qu'il n'y a &#171; pour le sujet pensant d'autre r&#233;alit&#233; que lui-m&#234;me &#187; [&lt;a href='#nb6-319' class='spip_note' rel='footnote' title='Dictionnaire Le Robert, article &#171; solipsisme &#187;.' id='nh6-319'&gt;319&lt;/a&gt;]. En conclusion de sa &lt;em&gt;Philosophie de la libert&#233;&lt;/em&gt; il qualifie sa propre perspective de &#171; monisme de la pens&#233;e &#187;. Si l'on &#233;carte l'affirmation connexe, dans d'autres ouvrages du leader anthroposophe, de l'existence des &#234;tres spirituels, nous voyons qu'il y a un voisinage id&#233;ologique &#233;troit entre l'id&#233;e que l'intellect peut conna&#238;tre seul le r&#233;el, la th&#232;se solipsiste de la solitude cosmique du sujet pensant, et la th&#232;se du monisme de la pens&#233;e. La premi&#232;re tend &#224; d&#233;nier que nous puissions avoir un contact perceptif authentique et donc aussit&#244;t une esquisse intelligente de la connaissance du r&#233;el : elle met en doute l'existence d'un au-del&#224; de la pens&#233;e. La seconde ne voit plus que la pens&#233;e des sujets, elle tend &#224; ramener les &#233;changes humains au commerce ang&#233;lique. La troisi&#232;me n'exclut pas la possibilit&#233; d'autres activit&#233;s de pens&#233;e en dehors des &#234;tres humains. C'est en cela que Steiner n'est pas strictement solipsiste.
&lt;br /&gt;Un contre point final doit rappeler que la pens&#233;e, aux antipodes de son remplissage imaginaire par Steiner, n'est qu'une capacit&#233; de conna&#238;tre, pas une &#171; chose &#187;. Avec Jean Ladri&#232;re ou Etienne Gilson, rappelons sereinement que la raison n'est qu'un &#171; pouvoir vide &#187;, qui, appuy&#233; sur quelques principes, abstrait la connaissance du r&#233;el. Mais Steiner n'a en cure. D'ailleurs, le mot m&#234;me de raison est tr&#232;s peu pr&#233;sent dans ses &#233;crits, &#224; l'inverse de la litt&#233;rale profusion du terme &#171; pens&#233;e &#187;. Du coup, ce qu'il propose ne rel&#232;ve ne peut plus &#234;tre dit relever de la connaissance. Serait-ce po&#233;sie ? Malheureusement non. Steiner propose une voie de salut qui est une exp&#233;rience fait au niveau de notre libert&#233; int&#233;rieure. Mais, d&#233;tach&#233; de tout principe objectif et explicite permettant de critiquer son &#339;uvre, renvoyant toujours l'adepte embarrass&#233; &lt;em&gt;&#224; des fa&#231;ons de diriger son &#226;me&lt;/em&gt; pour franchir les obstacles, le p&#232;re de l'anthroposophie se voit bien oblig&#233; d'avouer parfois qu'il propose &#224; l'homme de jouer avec sa sant&#233;, au moins mentale.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Contradictions et remise en cause de l'utilit&#233; de la raison : l'anthroposophie au risque de la folie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En plusieurs passages de ses &#339;uvres, Rudolf Steiner quitte le ton du professeur d'occultisme pour signaler les risques de la d&#233;marche qu'il propose. Remarquons d'embl&#233;e qu'il n'est pas courant qu'une voie de connaissance ou de salut soit pr&#233;sent&#233;e comme comportant des risques. Mais le lecteur a d&#233;j&#224; compris, certainement, que l'initiation anthroposophique &#171; jouait &#187; sur l'&#233;quilibre psychique de l'homme, notamment en remettant en cause le sens commun, les v&#233;cus que nous livre l'exp&#233;rience ordinaire des choses, au profit d'un enfermement dans la pens&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour introduire &#224; ce dernier point de notre &#233;tude de l'&#233;sot&#233;risme anthroposophique, nous allons commencer par rappeler [reprendre] quelques situations, envisag&#233;es par Rudolf Steiner dans sa proposition de parcours initiatique, o&#249; la dimension de &lt;em&gt;contradiction&lt;/em&gt; semble difficilement surmontable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reprenons d'abord l'image de la goutte et de l'oc&#233;an. En y r&#233;fl&#233;chissant bien, peut-on vraiment, en Occident, se satisfaire d'une comparaison de l'homme et du divin d'apr&#232;s cette image, ne f&#251;t-ce qu'&#224; titre d'esquisse grossi&#232;re ? La goutte et l'oc&#233;an sont de m&#234;me nature : des mol&#233;cules d'eau, H2O. Il n'y a qu'une diff&#233;rence de taille entre la goutte et l'oc&#233;an. La diff&#233;rence est &#233;norme, et, entre autres, par des effets de seuils quantitatifs et de place occup&#233;e sur le globe terrestre, l'oc&#233;an est dot&#233; de propri&#233;t&#233;s incommensurables avec celle de la goutte. Mais si la goutte va &#224; s'agr&#233;ger &#224; d'autres milliers de milliards de gouttes, elle peut participer &#224; la formation d'un autre oc&#233;an. Dans l'image de la goutte et de l'oc&#233;an il n'y a pas de place pour la libert&#233;. Une concentration oc&#233;anique de mol&#233;cules d'eau a des effets nettement plus sensibles, &lt;em&gt;du m&#234;me point d'&#233;valuation&lt;/em&gt;, qu'une concentration de mol&#233;cules d'eau dans une goutte. Nous n'avons affaire ici qu'&#224; des effets de taille et de forces physiques. Un oc&#233;an r&#233;el n'est pas plus libre de choisir ses actes qu'une goutte. Steiner, comparant le divin &#224; l'oc&#233;an, le r&#233;duit &#224; une force certes impressionnante mais aveugle. Nous sommes &#224; l'oppos&#233; d'un Dieu bon et personnel. Qui voudrait s'approcher d'une telle brute ? Rudolf Steiner, en prenant l'image de la goutte &#233;chapp&#233;e de l'oc&#233;an pour parler de l'homme, oublie de pr&#233;ciser qu'il n'y a pas de n&#233;cessit&#233; pour que ladite goutte retourne &#224; l'oc&#233;an. Tandis qu'il d&#233;crit, de multiples fa&#231;ons, les d&#233;marches que devrait entreprendre l'homme pour retrouver sa soit-disant essence divine. En fait, il y aurait ici un c&#244;t&#233; parlant de l'image : ni la goutte, ni l'homme, ne sont contraints de retrouver l'oc&#233;an et le divin. Mais ce n'est qu'apparence de proximit&#233;. Si nulle force ext&#233;rieure n'entra&#238;ne la goutte &#224; la mer, elle n'ira point. Tandis que l'homme ne cheminera vers le divin que &lt;em&gt;par ses propres choix&lt;/em&gt;, la gr&#226;ce &#233;tant exclue de l'anthroposophie. Au final, il appara&#238;t que cette image oc&#233;anique ne m&#233;nage aucune place pour le libre arbitre humain. L'oc&#233;an comme m&#233;taphore divine ne dessine aucune alt&#233;rit&#233; susceptible de dire pr&#233;sentement &#171; oui &#187;, &#171; non &#187;, ou &#171; peut-&#234;tre &#187; au divin. L'oc&#233;an ne cr&#233;&#233; pas la goutte, il ne dialogue pas avec elle. L'oc&#233;an pourrait m&#234;me &#234;tre la somme, la r&#233;sultante d'une quantit&#233; &#233;norme de gouttes agglutin&#233;es [&lt;a href='#nb6-320' class='spip_note' rel='footnote' title='Except&#233;, encore et sans exclusive, les propri&#233;t&#233;s &#233;mergentes des grandes (...)' id='nh6-320'&gt;320&lt;/a&gt;], plut&#244;t qu'une entit&#233; leur pr&#233;existant. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; point&#233;, peut-&#234;tre l'id&#233;ologie anthroposophique ne veut-elle, au fond, ne consid&#233;rait que des esprits en &#233;volution (gouttes), en admettant l'esprit originel (l'oc&#233;an) uniquement comme le principe d'&#233;volution des esprits. D'autre part, l'esprit originel, uniquement esprit comme nous disons qu'une r&#232;gle math&#233;matique est une id&#233;alit&#233;, est &#233;galement dou&#233;, chez Steiner, d'une sorte de pulsation interne qui d&#233;termine ses phases et ses degr&#233;s de condensation-spiritualisation. Nous aurions affaire &#224; une r&#232;gle cosmique sans sens ni but autre qu'une &#233;volution cr&#233;atrice ind&#233;finie. Nul ne pourrait savoir qui a cr&#233;&#233; une telle r&#232;gle cosmique. Le jeu cosmique n'aurait pas le bien pour objectif mais seulement la cr&#233;ativit&#233;. On trouvera des justifications tr&#232;s abondantes pour &#233;tayer cette interpr&#233;tation de l'&#233;quation steinerienne comme mise en &#233;quivalence de la libert&#233; et de la cr&#233;ativit&#233;. Comment ne pas se rendre compte que l'application ici-bas d'une telle maxime de cr&#233;ativit&#233; sans borne ressemble &#224; une invitation &#224; la fausse libert&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; l'action arbitraire et &#224; la licence ? Un activisme absolument d&#233;sordonn&#233; est d&#233;j&#224; pure folie. Mais la d&#233;fense de la cr&#233;ativit&#233; sans r&#233;gulation est aussi une d&#233;fense de la dispersion, de l'atomisation. Quand l'homme n'a pas de projet unificateur s'&#233;panouit-il ? Quand il multiplie les actes divers, parvient-il &#224; se sentir membre d'une communaut&#233; humaine ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la suite de cette premi&#232;re r&#233;flexion sur la contradiction de l'&#171; oc&#233;anisme &#187; steinerien avec la possibilit&#233; d'un humanisme, examinons cet autre propos de notre auteur o&#249; il pr&#233;tend possible une fusion de l'homme avec le cosmos o&#249; l'homme garderait son autonomie. Dans le passage suivant, Steiner d&#233;crit l'avant-derni&#232;re &#233;tape du salut anthroposophique [&lt;a href='#nb6-321' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous avons sugg&#233;r&#233; plus haut qu'il se pourrait que cette &#233;tape produise (...)' id='nh6-321'&gt;321&lt;/a&gt;] :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si j'adopte le monisme, je n'ai pas d'identit&#233; propre. Je n'ai donc point de libre arbitre. Je ne sais donc pas si c'est moins qui d&#233;cide de mes actes ou les influences cosmiques. Or je souhaite parfois agir librement. Et je me rends compte que c'est l&#224; un id&#233;al que je ch&#233;ris quand je suis bien. Donc je suis en contradiction avec moi-m&#234;me si j'essaye de penser le monde en moniste tout en souhaitant au fond ne pas me confondre avec le monde. Cette situation est psychiquement p&#233;nible et g&#234;nante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'homme est le produit de tout le milieu o&#249; il na&#238;t : et chaque d&#233;tail de sa constitution r&#233;pond &#224; un ph&#233;nom&#232;ne, &#224; un &#234;tre de l'ambiance cosmique. A une certaine &#233;tape de son d&#233;veloppement le disciple comprend ce rapport de son &#234;tre avec le Cosmos. L'occultisme nomme cette &#233;tape perception des correspondances entre le microcosme, ou homme, et le macrocosme ou univers. Parvenu &#224; ce niveau, le disciple conna&#238;t une exp&#233;rience nouvelle. Il se sent partie int&#233;grante de l'univers, tout en gardant sa parfaite autonomie. C'est comme une ascension dans le Cosmos, une fusion avec lui, mais sans rien perdre de son individualit&#233;. Cette &#233;tape est pour l'occultisme &#171; l'union avec le macrocosme &#187;. L'important est de bien consid&#233;rer que dans cette fusion la conscience individuelle demeure intacte et que l'&#234;tre humain ne se disperse pas dans l'univers. Le penser serait le fruit d'un jugement erron&#233; &#187; [&lt;a href='#nb6-322' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., La science occulte, op. cit., p. 336.' id='nh6-322'&gt;322&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi donc l'homme pourrait fusionner avec le cosmos sans modifier sa conscience individuelle. Nous avons vu que le principe de non contradiction &#233;tait valide pour exclure de la raison une affirmation et son contraire faites sur le m&#234;me niveau de r&#233;alit&#233; ou du m&#234;me point de vue. Mais Rudolf Steiner ne prend pas la peine de distinguer des points de vue diff&#233;rents pour &#171; faire avaler &#187; sa contradiction. Se fondre veut bien dire s'unir, se confondre, s'int&#233;grer dans une r&#233;alit&#233;. Il s'agit bien d'une absorption du sujet dans la r&#233;alit&#233; en question. Et Steiner voudrait que la conscience individuelle perdure malgr&#233; tout ? Cela est inconcevable, d&#233;raisonnable. C'est sans doute parce qu'il a une vague conscience de l'&#233;normit&#233; de ce qu'il avance que Steiner insiste, par deux fois dans ce passage, pour dire que cette fusion-distinction serait possible. Il nous dit que B se fond dans A mais que B demeure : vous trouvez cela contradictoire ? Que n&#233;ni ! Vous vous trompez ! Si, si, je vous l'assure&#8230; Comme par hasard, dans le passage sur l'image de l'oc&#233;an et de la goutte, Steiner reprend la m&#234;me strat&#233;gie : &#171; On pourrait ais&#233;ment se m&#233;prendre sur notre pens&#233;e et croire que l'occultisme consid&#232;re le Moi comme &#171; un &#187; avec Dieu. Il ne dit pas que ce Moi est Dieu, mais qu'il est de m&#234;me essence que Dieu &#187;. Vous croyez comprendre que Steiner est moniste, qu'il d&#233;clare que l'homme et Dieu ne font qu'un ? Vous vous trompez : Dieu et l'homme sont de m&#234;me nature, ils ne sont pas &#171; un &#187;. Mais qui ne voit que la diff&#233;rence est infime ? Si Dieu et l'homme sont de m&#234;me nature ils existent de la m&#234;me fa&#231;on. Ou bien alors les mots n'ont plus de sens. En effet, l'essence ou la nature d'une chose ou d'un &#234;tre renvoie bien &#224; &#171; Ce qui fait qu'une chose est ce qu'elle est et ce sans quoi elle ne serait pas &#187;. Si Dieu et l'homme ont, &lt;em&gt;en propre,&lt;/em&gt; le m&#234;me, alors ils sont fondamentalement identiques. En conclusion il faut reconna&#238;tre que Rudolf Steiner joue sur les mots. Il affirme des choses contradictoires, tout en s'empressant d'essayer de rassurer le lecteur, en tentant de le persuader que ce qu'il avance est vrai tout en &#233;tant, d'&#233;vidence, au-del&#224; du principe de non contradiction. Et Rudolf Steiner n'a pas autre chose que l'argument d'autorit&#233; pour tenter de faire accepter cela. Consid&#233;rer la fusion avec le cosmos comme contradictoire avec le maintien de l'int&#233;grit&#233; humaine &#171; serait le fruit d'un jugement erron&#233; &#187;. Le p&#232;re de l'anthroposophie se garde bien de nous dire pourquoi il y aurait l&#224; &#171; un jugement erron&#233; &#187;. Et pour cause ! Si le principe de raison, de non contradiction, est universel, cela signifie que l'&#233;ventuel argument de Steiner, non d&#233;voil&#233; ici, rel&#232;ve de la &lt;em&gt;d&#233;raison&lt;/em&gt;. Ce qu'il fallait d&#233;montrer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du point de vue le plus g&#233;n&#233;ral nous convenons que Rudolf Steiner a cherch&#233; &#224; pr&#233;senter l'occultisme d'une mani&#232;re nouvelle, susceptible de g&#233;n&#233;raliser l'initiation dans le monde moderne. L'occultisme ne serait plus r&#233;serv&#233; &#224; une &#233;lite, la vraie modernit&#233; passerait par une m&#233;thode initiatique accessible &#224; la raison commune. C'est pourquoi Steiner s'est efforc&#233; de d&#233;crire dans un vocabulaire accessible le monde suprasensible, afin que chaque disciple puisse s'armer d'une sorte de savoir pr&#233;tendu objectif, pr&#233;alablement &#224; son engagement dans l'exp&#233;rience occulte. Mais pourquoi l'exp&#233;rience occulte exigerait-elle une instruction pr&#233;alable ? A cette question, Rudolf Steiner h&#233;site &#224; r&#233;pondre. Nous en voulons pour preuve le fait qu'il n'y r&#233;pond, une premi&#232;re fois, dans son ma&#238;tre manuel d'occultisme, &lt;em&gt;La science occulte&lt;/em&gt;, qu'&#224; la page 113. De m&#234;me, dans l'ouvrage compl&#233;mentaire intitul&#233; &lt;em&gt;Le seuil du monde spirituel&lt;/em&gt;, il n'&#233;voque ce probl&#232;me qu'&#224; mi-parcours du texte. Dans un troisi&#232;me ouvrage compl&#233;mentaire, &lt;em&gt;La th&#233;osophie&lt;/em&gt;, le probl&#232;me n'est m&#234;me pas &#233;voqu&#233;. Si Steiner h&#233;site &#224; avouer pourquoi ses livres pr&#233;paratoires seraient n&#233;cessaires &#224; la bonne marche de l'initiation c'est sans doute parce que la r&#233;ponse constitue une arme &#224; double tranchant pour son &#171; fond de commerce &#187; : l'initiation occulte est dangereuse ! D'un c&#244;t&#233; cela constitue une bonne publicit&#233; pour ses livres, cens&#233;s &#233;viter aux disciples les emb&#251;ches, de l'autre, trop clairement annonc&#233;s, les dangers risqueraient de faire reculer celles et ceux qui demeurent m&#233;fiants vis-&#224;-vis de ces sujets. Mais ici nous importe la r&#233;alit&#233; de l'anthroposophie, non son succ&#232;s. Voyons d'abord une premi&#232;re mise en garde g&#233;n&#233;rale, dans &lt;em&gt;La science occulte&lt;/em&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Mais on ne saurait assez affirmer &#224; quel point il est utile d'acqu&#233;rir par l'entendement une vue d'ensemble du monde supra-sensible, avant de tenter d'y p&#233;n&#233;trer pour l'observer par soi-m&#234;me, et combien il est pr&#233;cieux d'avoir reconnu que le monde sensible devient intelligible dans tous les domaines pour quiconque admet les enseignements de l'occultisme. &lt;em&gt;Toute exp&#233;rience des mondes sup&#233;rieurs n'est qu'un t&#226;tonnement hasardeux, dangereux m&#234;me, si l'on m&#233;prise cette discipline pr&#233;paratoire&lt;/em&gt;. C'est pourquoi dans cet ouvrage nous commen&#231;ons par pr&#233;senter les r&#233;alit&#233;s supra-sensibles qui sont cach&#233;es derri&#232;re l'&#233;volution terrestre, avant de nous &#233;tendre sur les moyens d'acqu&#233;rir les connaissances sup&#233;rieures &#187; [&lt;a href='#nb6-323' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 113. Je souligne.' id='nh6-323'&gt;323&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lecteur se souvient que l'initiation anthroposophique au monde suprasensible pr&#233;tend ouvrir l'homme &#224; autre chose qu'une connaissance ordinaire, puisqu'il s'agit plut&#244;t d'une &lt;em&gt;exp&#233;rience&lt;/em&gt; et d'une &lt;em&gt;rencontre avec d'autres &#234;tres&lt;/em&gt; dou&#233;s de personnalit&#233;, de volont&#233;, de libert&#233;&#8230; Mais la relation juste &#224; &#233;tablir avec ces &#234;tres ne serait pas &#233;vidente. Or, comme la rencontre avec ces esprits ne peut se vivre d'abord que dans l'esprit humain, il faudrait bien distinguer la conscience ordinaire de la conscience initiatique. Tenir fermement cette distinction &#233;viterait que certains esprits ne profitent de notre ouverture occulte pour agir hors de leur sph&#232;re d'action normale. Si l'adepte &#171; n'observe pas la limite entre le monde des sens et le monde suprasensible, il peut arriver que des images suprasensibles qui n'expriment pas v&#233;ritablement la nature de ces &#234;tres s'insinuent dans sa conscience physique sensible &#187; [&lt;a href='#nb6-324' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Le seuil du monde spirituel, op. cit., p. 75-76.' id='nh6-324'&gt;324&lt;/a&gt;]. Ce qui est dit l&#224;, en filigrane, c'est que des images peu ragoutantes peuvent perturber psychologiquement l'adepte de l'occultisme. La suite du texte le confirme. En effet, nous pouvons avoir affaire &#224; des &#234;tres arhimaniens et &lt;em&gt;lucif&#233;riens&lt;/em&gt; : inutile de s'&#233;tendre sur la signification ordinaire des &#234;tres lucif&#233;riens. Tout le monde sait qu'ils sont, pour ceux qui croient en leur existence, associ&#233;s au mal. Lucifer est m&#234;me un des noms du prince du mal. Mais Rudolf Steiner n'est pas &#224; une surprise pr&#232;s : pour lui, les &#234;tres lucif&#233;riens ne sont pas mauvais en eux-m&#234;mes. D'ailleurs, selon &lt;em&gt;La science occulte&lt;/em&gt;, le mal n'existe pas en soi, il ne s'agit que d'un d&#233;s&#233;quilibre entre les forces cosmiques. Dans cette optique, les &#234;tres lucif&#233;riens ne deviennent mauvais que s'ils d&#233;bordent de leur sph&#232;re d'action l&#233;gitime. Ainsi il serait tr&#232;s important de ne pas c&#233;der sur la distinction conscience ordinaire et conscience clairvoyante. Non seulement des &#234;tres pourraient alors devenir mauvais, mais, peut-&#234;tre plus grave pour l'adepte ayant failli, celui-ci serait partiellement responsable d'une influence cosmique n&#233;gative. Ainsi, les &#234;tres arhimaniens et lucif&#233;riens, &#224; la diff&#233;rence des autres &#234;tres suprasensibles &#171; qui sont rest&#233;s dans le champ d'action correspondant &#224; leur nature &#187;, ont &#171; transf&#233;r&#233; leur demeure et leur champ d'action dans le monde que l'homme per&#231;oit comme monde sensible &#187;, alors que leur champ d'action appropri&#233; est le monde &#233;l&#233;mentaire [&lt;a href='#nb6-325' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh6-325'&gt;325&lt;/a&gt;]. Si l'&#226;me humaine ne respecte pas la limite des deux mondes, si elle &#171; introduit dans le monde physique sensible la vie qu'elle ne devrait d&#233;ployer &lt;em&gt;que&lt;/em&gt; dans le monde &#233;l&#233;mentaire &#187;, alors &#171; l'&#234;tre lucif&#233;rien acquiert par cette &#226;me une influence qui s'oppose &#224; l'ordre cosmique g&#233;n&#233;ral &#187; [&lt;a href='#nb6-326' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 77.' id='nh6-326'&gt;326&lt;/a&gt;].
&lt;br /&gt;A ce premier niveau de risque psychologique li&#233; &#224; la pratique de l'occultisme, on remarque aussi, en amont du contenu th&#233;orique &#233;sot&#233;rique, que Steiner demande au disciple de diviser sa conscience en deux, entre sa &#171; conscience physique sensible &#187; et sa &#171; conscience clairvoyante &#187;. Sans nous interroger pour savoir si une &#171; conscience physique sensible &#187; peut d&#233;signer une r&#233;alit&#233;, il ne faut pas &#234;tre tr&#232;s perspicace pour remarquer que l'invitation &#224; la division de la conscience humaine pr&#233;sente une analogie avec l'&#233;tat psychologique que l'on nomme &#171; schizophr&#233;nie &#187; en psychiatrie. Mais Steiner ne se pose plus ce genre de question. Bien au contraire, il affirme, dans le m&#234;me ouvrage, que chaque &#234;tre humain poss&#232;de un double de lui-m&#234;me, qu'il appelle &#171; Gardien du Seuil &#187;. Et comme tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes occultes &#8211; celui de Steiner -, le p&#232;re de l'anthroposophie se trouve satisfait de constater que l'humanit&#233; est bien faite, jusqu'en la r&#233;gulation naturelle de son cheminement sur la voie du salut suprasensible. Rudolf Steiner observe ainsi &#171; la sagesse des instincts humains qui emp&#234;che l'&#226;me d'entrer dans le monde spirituel aussi longtemps qu'elle n'est pas &#224; m&#234;me d'acqu&#233;rir l'exp&#233;rience de sa propre maturit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb6-327' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 53.' id='nh6-327'&gt;327&lt;/a&gt;]. Il est satisfait de faire comme premi&#232;re rencontre dans le suprasensible celle de son propre &#234;tre dans sa r&#233;alit&#233;, &#171; cet &#234;tre qu'il s'agit de d&#233;velopper &#224; travers l'&#233;volution de l'humanit&#233; &#187;. Ce &#171; Gardien du Seuil &#187; serait notre &#234;tre suprasensible ; pendant le sommeil, l'&#226;me s'&#233;l&#232;verait vers lui, bien que nous ne prenions pas alors conscience de lui [&lt;a href='#nb6-328' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 54.' id='nh6-328'&gt;328&lt;/a&gt;]. Dans le passage suivant, Rudolf Steiner avoue clairement le risque de &#171; troubles mentaux &#187; attach&#233; &#224; ce qu'il propose : &#171; Si l'&#226;me est trop faible pour faire des exp&#233;riences conscientes dans le monde &#233;l&#233;mentaire, alors, en y entrant, elle voit dispara&#238;tre son autonomie [..]. Elle est repouss&#233;e dans le monde sensible par cet &#234;tre suprasensible que nous avons appel&#233; le &#171; Gardien du Seuil &#187; [&#8230;]. Et au cas o&#249; [&#8230;] elle aurait tout de m&#234;me, en replongeant dans le monde physique, su retenir dans sa conscience quelque exp&#233;rience du monde suprasensible, un tel accaparement peut souvent devenir la cause de troubles mentaux &#187; [&lt;a href='#nb6-329' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 58-59.' id='nh6-329'&gt;329&lt;/a&gt;]. Face &#224; la d&#233;raison qui guette l'occultiste, Steiner ne proposera gu&#232;re autre chose, prisonnier qu'il fut de son intellectualisme, que des appels au discernement, au renforcement de l'&#226;me, aux distinctions des niveaux de conscience&#8230; En somme, rien de tangible. Mais la solution steinerienne est sans doute plus radicale : abandonner la conscience ordinaire pour adopter compl&#232;tement la conscience initiatique. Et m&#234;me, par ce biais, se m&#233;tamorphoser. Ainsi, pour &#233;viter &#171; absolument &#187; le danger psychiatrique, Steiner nous assure qu'il faut user de notre discernement. Mais l'anthroposophe en chef nous donne une bien surprenante d&#233;finition du discernement qu'il demande : il s'agit de discerner la nature du monde suprasensible pour y d&#233;couvrir que l'attitude juste de l'homme face &#224; celui-ci consisterait en un &lt;em&gt;abandon &lt;/em&gt;&#224; sa dynamique, duquel surgirait notre &lt;em&gt;m&#233;tamorphose&lt;/em&gt;, but de l'exp&#233;rience occulte. Il semble ici n&#233;cessaire de citer longuement Steiner, afin de bien se rendre compte &#224; quoi il nous invite, et cela justement au moment d'un de ses textes o&#249; il vient de reconna&#238;tre les risques psychopathologiques des exp&#233;riences occultes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Un danger de ce genre est absolument &#233;cart&#233; si l'on cultive avec un soin particulier la facult&#233; du discernement normal, telle qu'elle s'acquiert dans le monde sensible. Gr&#226;ce au renforcement de cette facult&#233;, l'&#226;me arrive &#224; &#233;tablir un juste rapport entre elle et les ph&#233;nom&#232;nes et &#234;tres des mondes suprasensibles. Car pour vivre consciemment dans ces mondes, l'&#226;me doit poss&#233;der une force qui ne peut se d&#233;ployer avec la m&#234;me intensit&#233; dans le monde sensible que dans les mondes sup&#233;rieurs. Il s'agit de la force qui pousse &#224; s'abandonner &#224; ce qu'on &#233;prouve. Il faut se plonger dans l'exp&#233;rience occulte ; il faut pouvoir devenir un avec elle, et cela &#224; un degr&#233; tel qu'on se contemple soi-m&#234;me en dehors de son propre &#234;tre et qu'on se sent entr&#233; dans l'autre &#234;tre. Il faut que le propre &#234;tre se m&#233;tamorphose en l'autre &#234;tre, objet de l'exp&#233;rience occulte. Si l'on ne poss&#232;de pas cette facult&#233; de transformation, on ne peut pas faire d'exp&#233;riences v&#233;ridiques dans les mondes sup&#233;rieurs. Car toutes ces exp&#233;riences sont bas&#233;es sur le fait que l'homme se rend compte maintenant de cette transformation sp&#233;ciale, par laquelle sa vie est m&#234;l&#233;e &#224; un &#234;tre qui, de par sa nature, modifie celle de l'observateur. C'est dans cette m&#233;tamorphose, dans cette mani&#232;re de se sentir un avec d'autres &#234;tres que consiste la vie dans les mondes sup&#233;rieurs. C'est ainsi qu'on apprend &#224; conna&#238;tre les &#234;tres et les ph&#233;nom&#232;nes de ces mondes &#187; [&lt;a href='#nb6-330' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 59.' id='nh6-330'&gt;330&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En fait, on pourrait avoir l'impression d&#233;fendable que le risque psychiatrique d&#233;pend d'une h&#233;sitation de la conscience entre sa vie dans l'exp&#233;rience clairvoyante et sa vie normale dans le monde de l'exp&#233;rience ordinaire. La solution steinerienne pour parer au risque consisterait &#224; choisir pleinement la vie clairvoyante, &#233;tant entendu qu'elle se rapprocherait de notre vie authentique, au del&#224; des illusions du monde sensible. Une telle solution n'appara&#238;t gu&#232;re convaincante quand on sait la difficult&#233; pour l'exp&#233;rimentateur occulte &#224; garder son autonomie, face aux &#234;tres spirituels divers, dans les mondes dits sup&#233;rieurs. Mais peu importe finalement &#224; Steiner. Tout d&#233;pendrait de l'acquisition pr&#233;alable d'un savoir sur ce &#224; quoi s'attendre pour que l'initiation se passe bien. Ce passage rassemble un bon nombre des &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;roclites que l'adepte devrait avoir compris avant de s'engager : &#171; Si l'on a compris d'abord la loi de Karma, on ne sera pas particuli&#232;rement &#233;mu de reconna&#238;tre sa propre destin&#233;e sous les traits de son double. Si l'on s'est logiquement rendu compte de l'&#233;volution humaine et cosmique, si l'on sait qu'&#224; un moment pr&#233;cis, les forces de Lucifer ont fait irruption dans l'&#226;me humaine, on ne chancellera pas en contemplant dans l'image de son &#234;tre propre l'action multiple de ces entit&#233;s lucif&#233;riennes &#187; [&lt;a href='#nb6-331' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., La science occulte, p. 325.' id='nh6-331'&gt;331&lt;/a&gt;]. Nous croyons en avoir largement assez dit pour que le lecteur ait de quoi se positionner vis-&#224;-vis de l'anthroposophie. Terminons en nous demandant s'il peut &#234;tre, ne serait-ce que temporairement, humainement supportable de vivre avec jusqu'&#224; sept esprits sous son chapeau ? Rudolf Steiner semblait le croire : &#171; Mais quand le d&#233;veloppement du disciple a suivi la bonne voie, c'est pour lui un progr&#232;s r&#233;el que d'&#234;tre ainsi multipli&#233; dans sa vie int&#233;rieure, tout en restant par le Moi ma&#238;tre souverain des entit&#233;s diverses qui d&#233;ploient leur activit&#233; en lui. Dans le cours de l'entra&#238;nement occulte, la dissociation se poursuit et s'affirme. [&#8230;] Ainsi &#224; un certain degr&#233; de son &#233;volution l'homme se trouve en pr&#233;sence de sept &#234;tres int&#233;rieurs, qu'il lui faut gouverner et diriger &#187; [&lt;a href='#nb6-332' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 319-320.' id='nh6-332'&gt;332&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous pouvons donc conclure, au moins, que l'id&#233;ologie anthroposophique est une sorte de spiritisme. Les pr&#233;parations bio-dynamiques forment la sp&#233;cificit&#233; premi&#232;re de l'agriculture bio-dynamique. L'origine des r&#232;gles de leur composition et des proc&#233;dures ( telle la &#171; dynamisation &#187;) &#224; mettre en &#339;uvre pour les rendre efficace est inaccessible au savoir scientifique. Dans la conclusion de l'ouvrage qu'il a consacr&#233; &#224; l'anthroposophie, Paul Ari&#232;s demande : &#171; L'occultisme pourrait-il &#234;tre, encore, une force progressiste au 21&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ? Est-ce de ces fictions que nous avons besoin pour r&#233;humaniser le monde ? &#187; [&lt;a href='#nb6-333' class='spip_note' rel='footnote' title='Ari&#232;s P., Anthroposophie : enqu&#234;te sur un pouvoir occulte, p. (...)' id='nh6-333'&gt;333&lt;/a&gt;]. A la premi&#232;re question, nous proposons un &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse en soulignant que le choc culturel de l'occultisme permet de maintenir vivante la r&#233;flexion sur aux moins trois enjeux importants : sur la d&#233;marche scientifique et ses limites ; sur la difficult&#233; &#233;pist&#233;mologique &#224; appr&#233;hender les nombreux t&#233;moignages d'exp&#233;riences ou de faits &#171; &#233;tranges &#187; qui ne peuvent &#234;tre tous r&#233;duits &#224; des chim&#232;res, bien qu'ils ne puissent gu&#232;re &#234;tres s&#233;par&#233;s strictement de la subjectivit&#233; ; et aussi sur l'int&#233;r&#234;t des discours rationnels th&#233;ologiques et philosophiques sur ce qui touche et d&#233;passe notre exp&#233;rience ordinaire. Quant &#224; la seconde question, nous ne pouvons d&#233;sormais accepter sa formulation. Renvoyer l'ensemble de l'occultisme au rang des fictions n'est plus gu&#232;re d&#233;fendable aux yeux de qui m&#232;ne une enqu&#234;te historique ou sociologique sur ses productions et ses praticiens. Un &#171; agnosticisme &#187; m&#233;thodologique semble de rigueur en ces mati&#232;res. N&#233;anmoins, il est sans doute sage de se demander s&#233;rieusement si les agriculteurs et chercheurs investis dans l'approfondissment du progr&#232;s agronomique ont besoin de se tourner vers l'&#233;sot&#233;risme ou le spiritisme. La perspective de la rationalit&#233; occidentale admet que le monde sensible est structur&#233; par un ordre dont nous pouvons saisir l'essentiel, ou du moins ce qui est n&#233;cessaire &#224; notre d&#233;veloppement, par notre intelligence ordinaire et sa prolongation en instruments d'observation scientifiques. L'agriculture est fond&#233;e sur des lois de la nature. Nous appr&#233;hendons ces derni&#232;res avec une efficacit&#233; certaine, quoique progressive et partielle, au cours du d&#233;veloppement scientifique, et gr&#226;ce, &#233;galement, &#224; des observations empiriques. Pour nous, un des r&#244;les de l'&#233;pist&#233;mologie est de critiquer les savoirs scientifiques et de discuter leurs coh&#233;rences, par rapport aux perspectives et mod&#232;les choisis, mais aussi entre eux, ainsi que vis-&#224;-vis d'une philosophie explicit&#233;e de la nature et de l'humanit&#233;. Nous verrons plus loin comment, au-del&#224; - ou en de&#231;&#224; - de Steiner, les autres fondateurs de l'agrobiologie ont esquiss&#233; des fa&#231;ons nettement plus mat&#233;rialistes d'envisager le progr&#232;s agronomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;sumons, pour terminer, l'hypoth&#232;se, emprunt&#233;e &#224; la th&#233;ologie augustinienne et thomasienne, que nous proposons pour expliquer le point clef du fonctionnement des pr&#233;parations bio-dynamiques. Les agitations sp&#233;cificifiques ou les &#171; dynamisations &#187; des pr&#233;parations, leurs manipulations, tel le fait d'enterrer une recette mise dans une corne de vache, &#224; telle profondeur, &#224; tel solstice, puis de la d&#233;terrer au solstice suivant, seraient comme des signes. L'agriculteur biodynamiste, endossant une posture de &#171; pr&#234;tre &#187;, ou le confectionneur des pr&#233;parats, effectuerait notamment, ainsi, des &#171; rituels &#187;. Ces rituels ou gestes codifi&#233;s, ces signes seraient reconnus par des esprits. L'efficacit&#233; possible des produits ne tiendrait pas d'abord aux substances mat&#233;rielles des pr&#233;parations, mais bien &#224; l'action des esprits &#171; invoqu&#233;s &#187; par les rituels agricoles magiques en question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-1' id='nb6-1' class='spip_note' title='Notes 6-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Cf. Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 37-40 et 52-54.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-2' id='nb6-2' class='spip_note' title='Notes 6-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] L'&#233;sot&#233;risme steinerien, comme la th&#233;sophie de Blavatsky, est aussi largement tributaire des conceptions de la culture orientale, comme l'a bien montr&#233; Aur&#233;lie Chon&#233; (cf. Chon&#233; A., Discours &#233;sot&#233;riques et savoirs sur l'Inde &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Analyse de la r&#233;ception de quelques notions et doctrines indiennes par Helena Blavatsky et Rudolf Steiner, in Maillard C., (dir.), Recherches Germaniques , Num&#233;ro hors s&#233;rie n&#176; 01, Sciences, sciences occultes et litt&#233;rature (1890-1935), Strasbourg, 2002, p. 27-58 ; Chon&#233; A., La r&#233;ception de l'Inde chez les &#233;sot&#233;ristes occidentaux de la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, in Revue fran&#231;aise de Yoga, Ed. Dervy, n&#176; 27, 166 p.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-3' id='nb6-3' class='spip_note' title='Notes 6-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Cf. par exemple Ullrich H., Rudolf Steiner (1861-1925), in Perspectives, Revue trimestrielle d'&#233;ducation compar&#233;e Paris, UNESCO, Bureau international d'&#233;ducation, vol. XXIV, n&#176; 3/4, 1994 (91/92), p. 577-595.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-4' id='nb6-4' class='spip_note' title='Notes 6-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Sur les cristallisations sensibles, avec plusieurs photos, on pourra voir Pfeiffer E., Les forces &#233;th&#233;riques en biologie humaine et v&#233;g&#233;tale, Ed. Imprimerie du palais, Extrait du Bulletin du centre hom&#233;opathique de France, Fascicule 1, Paris, 1934, 32 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-5' id='nb6-5' class='spip_note' title='Notes 6-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Autant dans l'origine des recettes que dans la vision occulte du monde qui est pr&#233;suppos&#233;e pour comprendre l'efficacit&#233; agricole qu'elles peuvent avoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-6' id='nb6-6' class='spip_note' title='Notes 6-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, Triades, Paris, 1975, 348 p., p. 122. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-7' id='nb6-7' class='spip_note' title='Notes 6-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Comment aborder le travail d'apr&#232;s les directives donn&#233;es dans le cours aux agriculteurs, Note des &#233;diteurs, in Steiner R., Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode bio-dynamique, Editions anthroposophiques Romandes, p. 306-314, p. 309.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-8' id='nb6-8' class='spip_note' title='Notes 6-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Steiner R., Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode bio-dynamique, op. cit., p. 11.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-9' id='nb6-9' class='spip_note' title='Notes 6-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Ibid.., p. 34.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-10' id='nb6-10' class='spip_note' title='Notes 6-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Ibid.., p. 10.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-11' id='nb6-11' class='spip_note' title='Notes 6-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Ibid., p. 25 et 27.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-12' id='nb6-12' class='spip_note' title='Notes 6-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Ibid., p. 25.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-13' id='nb6-13' class='spip_note' title='Notes 6-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Ibid., p. 25.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-14' id='nb6-14' class='spip_note' title='Notes 6-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Ibid., p. 18.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-15' id='nb6-15' class='spip_note' title='Notes 6-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Ibid., p. 336.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-16' id='nb6-16' class='spip_note' title='Notes 6-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., Postace &#224; Steiner, R., (1999), Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode bio-dynamique, ibid., p. 332.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-17' id='nb6-17' class='spip_note' title='Notes 6-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] Steiner R., Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode bio-dynamique, ibid., p. 304.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-18' id='nb6-18' class='spip_note' title='Notes 6-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-19' id='nb6-19' class='spip_note' title='Notes 6-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] Ibid., p. 74-75.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-20' id='nb6-20' class='spip_note' title='Notes 6-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Ibid., pp. 14 5-146.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-21' id='nb6-21' class='spip_note' title='Notes 6-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Ibid., p. 148.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-22' id='nb6-22' class='spip_note' title='Notes 6-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] Ibid., p. 146-147.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-23' id='nb6-23' class='spip_note' title='Notes 6-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] Dans ce livre sur l'agriculture, Steiner semble savoir une foule de choses sur les animaux et les plantes, sur les moyens de les soigner, sur leurs effets sur les diff&#233;rentes &#171; dimensions &#187; de l'homme, sur l'existence et le fonctionnement de &#171; correspondances &#187; entre le cosmos et la vie sur terre, etc&#8230; On se donnera une id&#233;e de la m&#233;thode qu'il a utilis&#233;e pour obtenir ces savoirs en lisant La science occulte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-24' id='nb6-24' class='spip_note' title='Notes 6-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] Cf. &lt;a href=&quot;http://www.fse.ulaval.ca/dpt/morale/environ/lex/lexa3.html#Biodynamie&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.fse.ulaval.ca/dpt/morale&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-25' id='nb6-25' class='spip_note' title='Notes 6-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] Jean-Michel Florin est animateur du Mouvement de Culture Bio-Dynamique en France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-26' id='nb6-26' class='spip_note' title='Notes 6-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] Le mot &#171; pr&#233;parat &#187; n'est pas un mot du dictionnaire courant. Est-il sp&#233;cifique &#224; l'anthroposophie ? Aux courants occultistes en g&#233;n&#233;ral ? A l'alchimie ? Ce mot semble assez proche du terme plus connu &#171; pr&#233;paration &#187;, au sens d'une pr&#233;paration pharmaceutique ou d'une pr&#233;paration chimique. Pour cette derni&#232;re, Le Robert nous dit qu'il s'agit d'un &#171; m&#233;lange de diverses substances pr&#233;par&#233;es en laboratoire en vue d'une exp&#233;rience &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-27' id='nb6-27' class='spip_note' title='Notes 6-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] L'&#234;tre humain serait tout &#224; fait diff&#233;rent, car il a une libert&#233;. Apr&#232;s cet entretien, j'avais envoy&#233; la question suivante &#224; Mr Florin : &#171; Quelles pistes de travail pourriez-vous proposer pour &#233;claircir cette libre &#171; d&#233;localisation &#187; de la consommation alimentaire humaine vis-&#224;-vis de l'invitation &#224; &#171; territorialiser &#187; au maximum celle des animaux au sein de la ferme bio-dynamique ? &#187;. Je pourrais la reformuler comme suit : &#171; Du point de vue de l'augmentation des &#171; qualit&#233;s subtiles &#187;, comment peut-on d&#233;fendre le &#171; lien au sol &#187; pour les animaux et pas pour les hommes &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-28' id='nb6-28' class='spip_note' title='Notes 6-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] Florin J.-M., Entretien avec l'auteur, Octobre 2001, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-29' id='nb6-29' class='spip_note' title='Notes 6-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] D'apr&#232;s le sens que le mot &#171; th&#233;orie &#187; a en science (Cf. Le Robert).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-30' id='nb6-30' class='spip_note' title='Notes 6-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] Cf. l'article &#171; Agronomie &#187; de l'Encyclop&#233;dia Universalis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-31' id='nb6-31' class='spip_note' title='Notes 6-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] Que des personnes qui d&#233;fendent la bio-dynamie se chargent, pour le public, de rendre accessible ce qui &#171; int&#233;ressant &#187; et laisse de c&#244;t&#233; ce qui le serait moins, cela ne va pas sans poser des probl&#232;mes &#233;thiques. Comme il se dit, comment peut-on &#234;tre juge et partie ? Cette d&#233;marche semble s'&#233;loigner, en tout cas, du souci de l'objectivit&#233; scientifique ou de celui de l'honn&#234;tet&#233; intellectuelle, lesquels commande de ne pas masquer certains aspects d'un sujet ou d'une situation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-32' id='nb6-32' class='spip_note' title='Notes 6-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] Selon Pfeiffer, les premi&#232;res &#171; instructions &#187; de Steiner concernant &#171; la vie du sol et de l'humus &#187; &#171; remontent &#224; 1922 (La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 85).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-33' id='nb6-33' class='spip_note' title='Notes 6-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] De plus, nous n'avons pas pu, au cours de nos recherches, valider ou infirmer l'id&#233;e selon laquelle, dans les ann&#233;es 1920, il aurait exist&#233; une station de recherche en bio-dynamie tr&#232;s similaire (dans sa configuration, son outillage, une partie de ses m&#233;thodes&#8230;) aux autres stations agronomiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-34' id='nb6-34' class='spip_note' title='Notes 6-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] Pfeiffer, La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 87. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-35' id='nb6-35' class='spip_note' title='Notes 6-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] Je fais r&#233;f&#233;rence ici &#224; Xavier Florin (Entretien avec l'auteur, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-36' id='nb6-36' class='spip_note' title='Notes 6-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] Keyserlingk A., La naissance de l'agriculture bio-dynamique, Traduit de l'allemand par Vincent Choisnel et Jean-Michel Florin, Novalis, Montesson, 2003, 260 p., (d'apr&#232;s Koberwitz 1924, Ed. Hilfswerk Elisabeth, Stuttgart, 1974, 2&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;dition remani&#233;e 1985).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-37' id='nb6-37' class='spip_note' title='Notes 6-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] Ari&#232;s P., Anthroposophie : enqu&#234;te sur un pouvoir occulte, Golias, op. cit., p. 198.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-38' id='nb6-38' class='spip_note' title='Notes 6-38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] Voir par exemple les travaux d'Antoine Faivre, ceux du P&#232;re Verlinde, ou ceux de Mircea Eliade&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-39' id='nb6-39' class='spip_note' title='Notes 6-39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;] Comme dans les spectacles de prestidigitation classique, o&#249; tout peut s'expliquer scientifiquement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-40' id='nb6-40' class='spip_note' title='Notes 6-40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;] Worster D., Les pionniers de l'Ecologie, Sang de la Terre, op. cit., p. 370.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-41' id='nb6-41' class='spip_note' title='Notes 6-41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;] Parall&#232;lement aux id&#233;aux politiques d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-42' id='nb6-42' class='spip_note' title='Notes 6-42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;] Par la r&#233;f&#233;rence au positivisme nous entendons ici le sens d'une id&#233;ologie que profess&#232;rent notamment Condorcet et Auguste Comte, c'est-&#224;-dire une id&#233;ologie &#171; qui attribue &#224; la constitution et au progr&#232;s de la science positive une importance pr&#233;pond&#233;rante pour le progr&#232;s de la connaissance, quelle qu'elle soit, m&#234;me philosophique &#187; (Cf. Lalande A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, article &#171; positivisme &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-43' id='nb6-43' class='spip_note' title='Notes 6-43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;] Thuillier P., La revanche des sorci&#232;res, L'irrationnel et la pens&#233;e scientifique, Belin, Paris, 1997, 159 p., p. 06.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-44' id='nb6-44' class='spip_note' title='Notes 6-44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;] Ceci reste valable, m&#234;me s'il faut conc&#233;der que cette aura a &#233;t&#233; ternie depuis 1945. Hiroschima, et l'apparition dans la conscience collective de la peur d'une apocalypse nucl&#233;aire, ainsi que la prise de conscience d'autres probl&#232;mes post&#233;rieurs li&#233;s au d&#233;veloppement scientifique, des probl&#232;mes de nature &#233;thique et &#233;cologique particuli&#232;rement, constituent les motifs essentiels de cet effritement de l'image positive de la science.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-45' id='nb6-45' class='spip_note' title='Notes 6-45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;] Rey A., (dir.), Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise, Le Robert, article &#171; &#233;pist&#233;mologie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-46' id='nb6-46' class='spip_note' title='Notes 6-46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;] On peut songer au r&#244;le de la d&#233;mocratisation du savoir promu par les Lumi&#232;res comme facteur facilitant de l'apparition publique de telles controverses. Sur les aspects de la d&#233;mocratisation du savoir au XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, voir par exemple l'ouvrage de J&#252;rgen Habermas intitul&#233; L'espace public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-47' id='nb6-47' class='spip_note' title='Notes 6-47' rev='footnote'&gt;47&lt;/a&gt;] Brisson L., Mythe et savoir, in Brunscwig J., Lloyd G., (dir.), Le savoir grec, Paris, Flammarion, 1996, 1095 p., p. 77-88, p. 82.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-48' id='nb6-48' class='spip_note' title='Notes 6-48' rev='footnote'&gt;48&lt;/a&gt;] Ibid., p. 77. L'auteur &#233;voque notamment le cas des entrelacements de la &#171; m&#233;decine des temples &#187; et de la m&#233;decine &#171; rationnelle &#187; (p. 83-84) et le rapport paradoxal de Platon aux mythes traditionnels. Sur cette question, voir &#233;galement la contribution de David Furley intitul&#233;e Cosmologie, dans ce m&#234;me ouvrage, sp&#233;cialement &#224; la page 316.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-49' id='nb6-49' class='spip_note' title='Notes 6-49' rev='footnote'&gt;49&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, in La Foi chr&#233;tienne et le Destin de la raison, Cerf, 2004, p. 60. Disons-le une premi&#232;re fois : la raison n'a pas deux faces, tel un Janus bifront, mais elle est un effort, adoss&#233; au questionnement et &#224; la libert&#233;, pour reconna&#238;tre des formes intelligibles. En situation de fronti&#232;re, elle est cette tentative toujours recommenc&#233;e pour &#233;tendre son empire, au d&#233;triment du doute, du myst&#232;re, de ce qui s'affirme sans fondement ou mal fond&#233;. Mais l'existence de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re demande aussi &#224; &#234;tre &#233;clair&#233; et justifi&#233;. Ainsi que l'articulation des deux registres. Fait-on d&#233;j&#224; un peu apercevoir la dimension probl&#233;matique de l'instauration de la raison ? Entre formes intelligibles sensibles et intelligibilit&#233; d'une nature et d'un sens de l'existence humaine ouverts sur le myst&#232;re, le projet de la raison ne peut devenir facilement celui d'une raison int&#233;grale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-50' id='nb6-50' class='spip_note' title='Notes 6-50' rev='footnote'&gt;50&lt;/a&gt;] &#171; Qui appartient &#224; l'&#171; Ecole &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; l'enseignement philosophique donn&#233; dans les &#233;coles eccl&#233;siastiques et les Universit&#233;s d'Europe du X&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; au XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle environ. Cet enseignement a pour caract&#232;re distinctif, d'une part, d'&#234;tre coordonn&#233; &#224; la th&#233;ologie, de chercher un accord entre la r&#233;v&#233;lation et la lumi&#232;re naturelle de la raison ; de l'autre, d'avoir pour m&#233;thodes principales l'argumentation syllogistique, et la lecture comment&#233;e des auteurs anciens connus &#224; cette &#233;poque, surtout d'Aristote &#187; (Cf. Lalande A., op. cit., p. 961).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-51' id='nb6-51' class='spip_note' title='Notes 6-51' rev='footnote'&gt;51&lt;/a&gt;] M&#233;nard G. et Miquel C., Les ruses de la technique, Le symbolisme des techniques &#224; travers l'histoire, p. 164. Cf. aussi Lalande A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, p. 1274, et Gilson E., La philosophie au Moyen-Age, Tome II.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-52' id='nb6-52' class='spip_note' title='Notes 6-52' rev='footnote'&gt;52&lt;/a&gt;] Thuillier, P., La revanche des sorci&#232;res, p.10.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-53' id='nb6-53' class='spip_note' title='Notes 6-53' rev='footnote'&gt;53&lt;/a&gt;] Nous avons d&#233;j&#224; essay&#233; de montrer, lors d'un court d&#233;veloppement th&#233;ologique dans un pr&#233;c&#233;dent travail, qu'il y avait probablement de gros enjeux culturels dans le rapport que l'on &#233;tablit et d&#233;veloppe entre les attributs divins de la Toute-Puissance et de l'Amour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-54' id='nb6-54' class='spip_note' title='Notes 6-54' rev='footnote'&gt;54&lt;/a&gt;] Roger Bacon (vers 1214-1294) est un personnage repr&#233;sentatif du passage de la domination de la science scolastique &#224; la celle de la science moderne, qui se dessine en Europe d&#232;s le XII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-55' id='nb6-55' class='spip_note' title='Notes 6-55' rev='footnote'&gt;55&lt;/a&gt;] Thuillier P., op. cit., p. 15.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-56' id='nb6-56' class='spip_note' title='Notes 6-56' rev='footnote'&gt;56&lt;/a&gt;] Thuillier P., ibid., p. 15.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-57' id='nb6-57' class='spip_note' title='Notes 6-57' rev='footnote'&gt;57&lt;/a&gt;] Thuillier P., ibid., p. 16. Sous cet &#233;clairage, nous r&#233;fl&#233;chirons plus loin sur toutes les correspondances minutieuses, entre les qualit&#233;s des sols et le cosmos, les aliments et la sant&#233; de l'homme (jusqu'au caract&#232;re), que Rudolf Steiner semble conna&#238;tre dans l'ouvrage Agriculture, Fondements spirituels&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-58' id='nb6-58' class='spip_note' title='Notes 6-58' rev='footnote'&gt;58&lt;/a&gt;] Ibid., p. 18.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-59' id='nb6-59' class='spip_note' title='Notes 6-59' rev='footnote'&gt;59&lt;/a&gt;] Sur &#171; l'affaire Tempier &#187;, voir Stengers I., L'invention des sciences modernes, Flammarion, 1995, 211 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-60' id='nb6-60' class='spip_note' title='Notes 6-60' rev='footnote'&gt;60&lt;/a&gt;] Thuillier P., ibid., p. 18.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-61' id='nb6-61' class='spip_note' title='Notes 6-61' rev='footnote'&gt;61&lt;/a&gt;] Ibid. Sur l'importance de la crise, les auteurs s'accordent. Cf. Stengers I., L'invention des sciences modernes, ibid. ; Bourg D., Modernit&#233; et nature (Postface), in Bourg D., (dir.), Les sentiments de la nature, La d&#233;couverte, 1993, p. 227-246 ; Jean-Pierre Lonchamp, L'affaire Galil&#233;e, Cerf, 1985 ; Jean-Paul II, Foi et raison, Lettre encyclique, Ed. Pierre T&#233;qui, 1998, notamment p. 34 et 62-63.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-62' id='nb6-62' class='spip_note' title='Notes 6-62' rev='footnote'&gt;62&lt;/a&gt;] Lalande A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, op. cit., p. 1274.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-63' id='nb6-63' class='spip_note' title='Notes 6-63' rev='footnote'&gt;63&lt;/a&gt;] Thuillier P., op. cit., p. 26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-64' id='nb6-64' class='spip_note' title='Notes 6-64' rev='footnote'&gt;64&lt;/a&gt;] Ibid., p. 21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-65' id='nb6-65' class='spip_note' title='Notes 6-65' rev='footnote'&gt;65&lt;/a&gt;] Gilson E., La sp&#233;cificit&#233; de l'ordre philosophique, in Le r&#233;alisme m&#233;thodique, T&#233;qui, 1935, p. 51-71. Pour Gilson, sans entrer dans les d&#233;tails, m&#234;me si la st&#233;rilit&#233; scientifique de la pens&#233;e m&#233;di&#233;vale &#233;tait &#171; un fait &#187;, quoique qu'elle ne f&#251;t &#171; pas absolue &#187;, elle n'&#233;tait pas li&#233;e &#224; la d&#233;marche fondamentale de cette pens&#233;e. La scholastique aurait ainsi &#171; simplement &#224; devenir plus compl&#232;tement fid&#232;le &#224; sa propre essence qu'elle ne le fut, pour s'accorder avec la science et l'aider m&#234;me &#224; se d&#233;velopper &#187; (cf. p. 51-53).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-66' id='nb6-66' class='spip_note' title='Notes 6-66' rev='footnote'&gt;66&lt;/a&gt;] Gimpel J., La r&#233;volution industrielle du Moyen-Age, Seuil, 1975 ; Lopez R.-S., The commercial revolution of the Middle-Ages (950-1350), Cambridge University Press, 1976.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-67' id='nb6-67' class='spip_note' title='Notes 6-67' rev='footnote'&gt;67&lt;/a&gt;] Thuillier P., ibid., p. 26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-68' id='nb6-68' class='spip_note' title='Notes 6-68' rev='footnote'&gt;68&lt;/a&gt;] Le Goff J., Pour un autre Moyen-Age, Gallimard, 1977, p. 124-125.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-69' id='nb6-69' class='spip_note' title='Notes 6-69' rev='footnote'&gt;69&lt;/a&gt;] Thuillier P., op. cit., p. 26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-70' id='nb6-70' class='spip_note' title='Notes 6-70' rev='footnote'&gt;70&lt;/a&gt;] Ibid., p. 23.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-71' id='nb6-71' class='spip_note' title='Notes 6-71' rev='footnote'&gt;71&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-72' id='nb6-72' class='spip_note' title='Notes 6-72' rev='footnote'&gt;72&lt;/a&gt;] Ibid., p. 28.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-73' id='nb6-73' class='spip_note' title='Notes 6-73' rev='footnote'&gt;73&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-74' id='nb6-74' class='spip_note' title='Notes 6-74' rev='footnote'&gt;74&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-75' id='nb6-75' class='spip_note' title='Notes 6-75' rev='footnote'&gt;75&lt;/a&gt;] Val&#233;ry P., Tel quel, cit&#233; in Thuillier P., ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-76' id='nb6-76' class='spip_note' title='Notes 6-76' rev='footnote'&gt;76&lt;/a&gt;] Mumford L., Technique et civilisation, Paris, Seuil, 415 p., p. 43.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-77' id='nb6-77' class='spip_note' title='Notes 6-77' rev='footnote'&gt;77&lt;/a&gt;] Ibid., p. 44-45.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-78' id='nb6-78' class='spip_note' title='Notes 6-78' rev='footnote'&gt;78&lt;/a&gt;] Ibid., p. 45.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-79' id='nb6-79' class='spip_note' title='Notes 6-79' rev='footnote'&gt;79&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-80' id='nb6-80' class='spip_note' title='Notes 6-80' rev='footnote'&gt;80&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., Week-end de formation sur le Nouvel Age et l'&#233;sot&#233;risme, Chasselay, 15, 16, 17 / 04/ 2005, (notes personnelles). Rappelons aussi que le projet des alchimistes d&#233;passait la transmutation des m&#233;taux en or. L'id&#233;ologie de fond &#233;tait que la nature visait &#224; faire de l'or. C'est la d&#233;gradation, l'ignorance, qui aurait fait que l'or de l'Eden se serait d&#233;grad&#233;. Tous les m&#233;taux seraient de l'or en esp&#233;rance. L'alchimiste voulait comprendre ces &#171; lois de la nature &#187; non pour faire &#171; simplement &#187; de l'or mais pour se les appliquer &#224; lui-m&#234;me. Le but fondamental de l'alchimie est th&#233;urgique, le praticien vise l'immortalit&#233; par son auto-transformation en Adam Kadmon. La pierre philosophale est cens&#233;e &#234;tre un m&#233;dicament d'immortalit&#233;, permettant de d&#233;passer toute fragilit&#233; naturelle et corporelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-81' id='nb6-81' class='spip_note' title='Notes 6-81' rev='footnote'&gt;81&lt;/a&gt;] Le lecteur qui voudrait poursuivre l'histoire des rapports de l'occulte et de la science entre les XIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles pourra s'y introduire avec l'ouvrage de Pierre Thuillier intitul&#233; La revanche des sorci&#232;res. On pourra aussi lire cet article de Bernard Joly : La rationalit&#233; de l'herm&#233;tisme, La figure d'Herm&#232;s dans l'alchimie &#224; l'&#226;ge classique, (paru dans la revue M&#233;thodos, disponible sur le web &#224; l'adresse //.revues.org/document106.html, visite de 07/2006).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-82' id='nb6-82' class='spip_note' title='Notes 6-82' rev='footnote'&gt;82&lt;/a&gt;] &#171; Ces exp&#233;riences pr&#233;sentent trois caract&#232;res communs : elles sont capricieuses, discontinues, difficiles &#224; contr&#244;ler ; leur production exige des sujets sp&#233;ciaux ; leur signification tout enti&#232;re embrasse le domaine de la vie personnelle &#187; Cf. William James, La volont&#233; de croire, 1916, cit&#233; par M&#233;heust B., Somnambulisme et m&#233;diumnit&#233;, tome 2, p. 279. Voir aussi Christine Blondel, Eusapia Palladino : la m&#233;thode exp&#233;rimentale et la &#171; diva des savants &#187;, in Bensaude-Vincent B. et Blondel C., (dir.), Des savants face &#224; l'occulte, 1870-1914, La d&#233;couverte, Paris, 2002, 233 p., p. 151-152.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-83' id='nb6-83' class='spip_note' title='Notes 6-83' rev='footnote'&gt;83&lt;/a&gt;] Bensaude-Vincent B. et Blondel C., (dir.), Des savants face &#224; l'occulte, 1870-1914, La d&#233;couverte, Paris, 2002, 233 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-84' id='nb6-84' class='spip_note' title='Notes 6-84' rev='footnote'&gt;84&lt;/a&gt;] Nous suivons ici la p&#233;riodisation propos&#233;e par Bertrand M&#233;heust dans Somnambulisme et m&#233;diumnit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-85' id='nb6-85' class='spip_note' title='Notes 6-85' rev='footnote'&gt;85&lt;/a&gt;] Comme nous le verrons dans ces d&#233;veloppements, la question de la d&#233;finition de la science ou du savoir rationnel fait &#233;cho &#224; celle de l'extension des facult&#233;s humaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-86' id='nb6-86' class='spip_note' title='Notes 6-86' rev='footnote'&gt;86&lt;/a&gt;] M&#233;heust B., Epist&#233;mologiquement correct, R&#233;flexions inactuelles sur la mise &#224; l'index de la m&#233;tapsychique, in Alliage, n&#176;28, 1996.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-87' id='nb6-87' class='spip_note' title='Notes 6-87' rev='footnote'&gt;87&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-88' id='nb6-88' class='spip_note' title='Notes 6-88' rev='footnote'&gt;88&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-89' id='nb6-89' class='spip_note' title='Notes 6-89' rev='footnote'&gt;89&lt;/a&gt;] Un professeur &#224; peu pr&#232;s aussi connu &#224; l'&#233;poque qu'un L&#233;on Schwarzenberg aujourd'hui&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-90' id='nb6-90' class='spip_note' title='Notes 6-90' rev='footnote'&gt;90&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-91' id='nb6-91' class='spip_note' title='Notes 6-91' rev='footnote'&gt;91&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-92' id='nb6-92' class='spip_note' title='Notes 6-92' rev='footnote'&gt;92&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-93' id='nb6-93' class='spip_note' title='Notes 6-93' rev='footnote'&gt;93&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-94' id='nb6-94' class='spip_note' title='Notes 6-94' rev='footnote'&gt;94&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-95' id='nb6-95' class='spip_note' title='Notes 6-95' rev='footnote'&gt;95&lt;/a&gt;] Se faire magn&#233;tiser conduit le sujet en &#233;tat d'hypnose. Un m&#233;dium en action est souvent dans un tel &#233;tat hypnotique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-96' id='nb6-96' class='spip_note' title='Notes 6-96' rev='footnote'&gt;96&lt;/a&gt;] Edelman N., Spirites et neurologues face &#224; l'occulte (1870-1890) : une particularit&#233; fran&#231;aise ?, in Bensaude-Vincent B. et Blondel C., (dir.), Des savants face &#224; l'occulte, op. cit., p. 85.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-97' id='nb6-97' class='spip_note' title='Notes 6-97' rev='footnote'&gt;97&lt;/a&gt;] Castellan Y., Le spiritisme, Paris, PUF, 1987 (1954), 127 p., p. 08.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-98' id='nb6-98' class='spip_note' title='Notes 6-98' rev='footnote'&gt;98&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., Week-end de formation sur le Nouvel Age et l'&#233;sot&#233;risme, Chasselay, 2005, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-99' id='nb6-99' class='spip_note' title='Notes 6-99' rev='footnote'&gt;99&lt;/a&gt;] Johann Heinrich Pestalozzi, 1746-1827, p&#233;dagogue suisse, promoteur de l'&#233;ducation populaire. Il consacra la majeure partie de sa vie &#224; fonder et diriger des &#233;coles pour enfants pauvres en milieu rural. Il fut disciple de Rousseau et J.-B. Basedow. Son &#339;uvre la plus connue, un roman intitul&#233; Lienhard und Gertrud, expose ses conceptions p&#233;dagogiques et son id&#233;al humanitaire (cf. Le petit Robert des noms propres, article &#171; Pestalozzi &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-100' id='nb6-100' class='spip_note' title='Notes 6-100' rev='footnote'&gt;100&lt;/a&gt;] Castellan Y., Le spiritisme, op. cit., p. 08 et 42-43. Selon Pierre Thuillier, le Livre des Esprits est encore aujourd'hui un document essentiel pour conna&#238;tre &#171; la doctrine spirite orthodoxe &#187; (Voir Thuillier P., Le spiritisme et la science de l'inconscient, p. 346).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-101' id='nb6-101' class='spip_note' title='Notes 6-101' rev='footnote'&gt;101&lt;/a&gt;] Edelman N., op. cit., p. 86.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-102' id='nb6-102' class='spip_note' title='Notes 6-102' rev='footnote'&gt;102&lt;/a&gt;] Thuillier P., Le spiritisme et la science de l'inconscient, in D'Archim&#232;de &#224; Einstein, Les faces cach&#233;es de l'invention scientifique, Le livre de poche, Paris, 1996, (Fayard, 1988), p. 368.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-103' id='nb6-103' class='spip_note' title='Notes 6-103' rev='footnote'&gt;103&lt;/a&gt;] Blondel C. Eusapia Palladino : la m&#233;thode exp&#233;rimentale et la &#171; diva des savants &#187;, in Bensaude-Vincent B. et Blondel C., (dir.), Des savants face &#224; l'occulte, op. cit., p. 143.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-104' id='nb6-104' class='spip_note' title='Notes 6-104' rev='footnote'&gt;104&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J. La Foi chr&#233;tienne et le Destin de la raison, Cerf, 2004, op. cit., p. 147. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-105' id='nb6-105' class='spip_note' title='Notes 6-105' rev='footnote'&gt;105&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J., op. cit., p. 109. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-106' id='nb6-106' class='spip_note' title='Notes 6-106' rev='footnote'&gt;106&lt;/a&gt;] L'ensemble du chapitre 3 de la troisi&#232;me partie de La sociologie de la connaissance de Max Scheler, consacr&#233; &#224; la Sociologie de la science, de la technique et de l'&#233;conomie, me semble tr&#232;s int&#233;ressant pour comprendre aussi bien la nature de la science que sa gen&#232;se historique, et ses relations aux autres champs sociaux. Accessoirement, notons que l'accumulation d'arguments et de vues p&#233;n&#233;trantes chez Scheler permet de saisir pourquoi il a &#171; largement influenc&#233; des penseurs aussi divers que Heidegger, Gabriel Marcel, Sartre, Merleau-Ponty, Ric&#339;ur &#187; (D'apr&#232;s Huisman, D., Dictionnaire des mille &#339;uvres cl&#233;s de la philosophie, Nathan, 1993, 571 p., Article &#171; L'homme du ressentiment &#187;, p. 229).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-107' id='nb6-107' class='spip_note' title='Notes 6-107' rev='footnote'&gt;107&lt;/a&gt;] Scheler M., Sociologie de la connaissance, op. cit., p. 193.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-108' id='nb6-108' class='spip_note' title='Notes 6-108' rev='footnote'&gt;108&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., L'Exp&#233;rience interdite, Saint Paul, Versailles, 1998, 288 p., p. 49, et Quand le voile se d&#233;chire, Le d&#233;fi de l'&#233;sot&#233;risme au christianisme, Tome 1, Saint Paul, Versailles, 2000, 322 p., p. 39-40.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-109' id='nb6-109' class='spip_note' title='Notes 6-109' rev='footnote'&gt;109&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J., op. cit., p. 109.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-110' id='nb6-110' class='spip_note' title='Notes 6-110' rev='footnote'&gt;110&lt;/a&gt;] Par exemple, selon Jean-Philippe Bouilloud, dans le conventionnalisme de Poincar&#233;, mais aussi dans les relativismes, o&#249; la notion de v&#233;rit&#233; objective scientifique peut tendre &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-111' id='nb6-111' class='spip_note' title='Notes 6-111' rev='footnote'&gt;111&lt;/a&gt;] Bouilloud J.-P., L'&#233;pist&#233;mologie des sciences sociales aujourd'hui, in Blanckaert, C., (dir.), L'histoire des sciences de l'homme, Trajectoire, enjeux et questions vives, L'Harmattan, 1999, 308 p., p. 219-243, p. 230.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-112' id='nb6-112' class='spip_note' title='Notes 6-112' rev='footnote'&gt;112&lt;/a&gt;] Sur cette question de la lutte du scientifique contre la subjectivit&#233; et l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; comme r&#233;sistance aux mises &#224; l'&#233;preuve, voir par exemple ce qu'&#233;crit Isabelle Stengers dans L'invention des sciences modernes (cf. Stengers I., L'invention des sciences modernes, Flammarion, 1995 (1993), 211 p., pp. 102-103. Cet auteur ne tient pas cette conception de la v&#233;rit&#233; scientifique en haute estime : comparer ce qu'elle en dit aux pages indiqu&#233;es avec la page 177.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-113' id='nb6-113' class='spip_note' title='Notes 6-113' rev='footnote'&gt;113&lt;/a&gt;] Proposer des explications argument&#233;es desdits ph&#233;nom&#232;nes mis en lumi&#232;re rel&#232;ve plut&#244;t de la dimension de th&#233;orisation de son travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-114' id='nb6-114' class='spip_note' title='Notes 6-114' rev='footnote'&gt;114&lt;/a&gt;] Popper K., Realism and the Aim of Science, cit&#233; in Boyer A., Introduction &#224; la lecture de Karl Popper, Presses de l'ENS, 1994, p. 144.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-115' id='nb6-115' class='spip_note' title='Notes 6-115' rev='footnote'&gt;115&lt;/a&gt;] Thuillier P., Le spiritisme et la science de l'inconscient, p. 363. Il s'agit d'un propos o&#249; Camille Flammarion s'exprime &#224; propos de la &#171; puissance occulte &#187; nomm&#233;e &#171; Od &#187; en Am&#233;rique, &#224; la m&#234;me &#233;poque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-116' id='nb6-116' class='spip_note' title='Notes 6-116' rev='footnote'&gt;116&lt;/a&gt;] Blondel C., Eusapia Palladino : la m&#233;thode exp&#233;rimentale et la &#171; diva des savants &#187;, in Bensaude-Vincent B. et Blondel C., Des savants face &#224; l'occulte, op. cit., p. 145&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-117' id='nb6-117' class='spip_note' title='Notes 6-117' rev='footnote'&gt;117&lt;/a&gt;] Auteur notamment de Hypnotisme et Spiritisme, Flammarion, Paris, 1910, 308 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-118' id='nb6-118' class='spip_note' title='Notes 6-118' rev='footnote'&gt;118&lt;/a&gt;] Fuent&#232;s P., Camille Flammarion et les forces naturelles inconnues, in Bensaude-Vincent B. et Blondel C., Des savants face &#224; l'occulte, op. cit., p. 111.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-119' id='nb6-119' class='spip_note' title='Notes 6-119' rev='footnote'&gt;119&lt;/a&gt;] Pour ces rep&#232;res et l'identification d'autres personnages c&#233;l&#232;bres de la culture ou des sciences s'&#233;tant engag&#233;s dans la recherche &#171; sur les ectoplasmes et les ph&#233;nom&#232;nes de t&#233;l&#233;kin&#233;sies &#187;, voir M&#233;heust B., Somnambulisme et m&#233;diumnit&#233;, Tome 2, p. 148-149.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-120' id='nb6-120' class='spip_note' title='Notes 6-120' rev='footnote'&gt;120&lt;/a&gt;] Fuent&#232;s P., Camille Flammarion et les forces naturelles inconnues, in Des savants face &#224; l'occulte, op. cit., p. 111.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-121' id='nb6-121' class='spip_note' title='Notes 6-121' rev='footnote'&gt;121&lt;/a&gt;] Ibid., p.112.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-122' id='nb6-122' class='spip_note' title='Notes 6-122' rev='footnote'&gt;122&lt;/a&gt;] Blondel, C., Eusapia Palladino : la m&#233;thode exp&#233;rimentale et la &#171; diva des savants &#187;, ibid., p.151.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-123' id='nb6-123' class='spip_note' title='Notes 6-123' rev='footnote'&gt;123&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-124' id='nb6-124' class='spip_note' title='Notes 6-124' rev='footnote'&gt;124&lt;/a&gt;] Le Mal&#233;fan P., Richet chasseur de fant&#244;mes : l'&#233;pisode de la villa Carmen, in Des savants face &#224; l'occulte, op. cit., p. 198.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-125' id='nb6-125' class='spip_note' title='Notes 6-125' rev='footnote'&gt;125&lt;/a&gt;] Ibid., p. 197-198.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-126' id='nb6-126' class='spip_note' title='Notes 6-126' rev='footnote'&gt;126&lt;/a&gt;] M&#233;heust B., Somnambulisme et m&#233;diumnit&#233;, tome 2, p. 494.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-127' id='nb6-127' class='spip_note' title='Notes 6-127' rev='footnote'&gt;127&lt;/a&gt;] A l'heure actuelle, on ne conna&#238;t gu&#232;re que l'essai DOK, men&#233; sur une longue dur&#233;e par l'IRAB / FIBL, pour d&#233;fendre l'efficacit&#233; r&#233;guli&#232;re des proc&#233;d&#233;s bio-dynamiques. Mais, &#224; l'instar de chercheurs ou d'agriculteurs critiques, il est ais&#233; de remarquer que les protocoles de comparaison mis en place apparaissent insuffisamment rigoureux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-128' id='nb6-128' class='spip_note' title='Notes 6-128' rev='footnote'&gt;128&lt;/a&gt;] M&#233;heust B., Devenez savants : d&#233;couvrez les sorciers, Lettre &#224; Georges Charpak, Ed. Dervy/Ed. Sorel, Paris, 2004, 179 p., p. 129-130. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-129' id='nb6-129' class='spip_note' title='Notes 6-129' rev='footnote'&gt;129&lt;/a&gt;] Bensaude-Vincent B. et Blondel C., Introduction, in Des savants face &#224; l'occulte, op. cit., p. 14.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-130' id='nb6-130' class='spip_note' title='Notes 6-130' rev='footnote'&gt;130&lt;/a&gt;] Ginzburg C., Traces. Racines d'un paradigme indiciaire, in Mythes, embl&#232;mes, traces, Morphologie et histoire, Flammarion, Paris, 1989, p. 139-180. Voir aussi Blondel, C., Eusapia Palladino : la m&#233;thode exp&#233;rimentale et la &#171; diva des savants &#187;, op. cit., p. 151-152.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-131' id='nb6-131' class='spip_note' title='Notes 6-131' rev='footnote'&gt;131&lt;/a&gt;] Ginzburg C., Le juge et l'historien, Consid&#233;rations en marge du proc&#232;s Sofri, Verdier, Lagrasse, 1997, (Giulio Einaudi, Torino, 1991), 190 p., p. 16.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-132' id='nb6-132' class='spip_note' title='Notes 6-132' rev='footnote'&gt;132&lt;/a&gt;] Bergson H., &#171; Fant&#244;mes de vivants &#187; et &#171; recherche psychique &#187;, Conf&#233;rence faite &#224; la Society for psychical Research de Londres, le 28 mai 1913, in L'&#233;nergie spirituelle, PUF, Quadrige, 1996, 214 p., p. 61-84, p. 65-66.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-133' id='nb6-133' class='spip_note' title='Notes 6-133' rev='footnote'&gt;133&lt;/a&gt;] M&#233;heust B., Devenez savants : d&#233;couvrez les sorciers, Lettre &#224; Georges Charpak, op. cit., p. 127.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-134' id='nb6-134' class='spip_note' title='Notes 6-134' rev='footnote'&gt;134&lt;/a&gt;] Ibid., p. 127-128.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-135' id='nb6-135' class='spip_note' title='Notes 6-135' rev='footnote'&gt;135&lt;/a&gt;] Bensaude-Vincent B. et Blondel C., Introduction, in Des savants face &#224; l'occulte, op. cit., p. 11. Remarquons combien purent sembler proches les intentions des chercheurs acad&#233;miques sur l'occulte et celles d'un Rudolf Steiner : il n'y a en effet qu'un petit mot de diff&#233;rence entre le titre du ma&#238;tre ouvrage occultiste de Steiner (La science occulte) et la formulation d'un programme de recherche comme visant une &#171; science positive de l'occulte &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-136' id='nb6-136' class='spip_note' title='Notes 6-136' rev='footnote'&gt;136&lt;/a&gt;] Etienne Gilson, d&#233;fendant toujours la soumission de l'effort cognitif au r&#233;el, argumentait ainsi : &#171; L'introspection ne permet pas de r&#233;duire la psychologie &#224; l'&#233;tat de science exacte ; ce n'est pas une raison pour condamner l'introspection, car il se peut que l'objet de la psychologie soit tel qu'elle ne doive pas devenir une science exacte, si du moins elle veut rester fid&#232;le &#224; son objet &#187; (in Le r&#233;alisme m&#233;thodique, p. 99). Le philosophe et psychologue Paul Diel a d&#233;velopp&#233; toute son &#339;uvre sur cette d&#233;marche. Pour Emmanuel L&#233;vinas, il ne faut pas s'inqui&#233;ter outre mesure de la critique de principe vis-&#224;-vis de l'introspection, car celle-ci est toujours r&#233;fut&#233;e et r&#233;futable : &#171; La critique traditionnellement exerc&#233;e &#224; l'endroit de l'introspection a toujours soup&#231;onn&#233; une modification que subirait la conscience dite spontan&#233;e sous l'&#339;il scrutateur et th&#233;matisant et objectivant et indiscret de la r&#233;flexion, et comme une violation et une m&#233;connaissance de quelque secret. Critique toujours r&#233;fut&#233;e, critique toujours renaissante &#187; (cf. De l'Un &#224; l'autre : transcendance et temps, in Cahier de l'Herne &#171; Emmanuel L&#233;vinas &#187;, Livre de poche, 1991, 627 p., p. 29-49, p. 37).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-137' id='nb6-137' class='spip_note' title='Notes 6-137' rev='footnote'&gt;137&lt;/a&gt;] Que nous ne pouvions pas relater ici. Sur ce sujet, voir les r&#233;f&#233;rences indiqu&#233;es en bibliographie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-138' id='nb6-138' class='spip_note' title='Notes 6-138' rev='footnote'&gt;138&lt;/a&gt;] Bacon F., (Sir), La Nouvelle Atlantide, Payot, Paris, 1983, cit&#233; in Bourg D., Nature et technique, Essai sur l'id&#233;e de progr&#232;s, Hatier, 80 p., p. 17.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-139' id='nb6-139' class='spip_note' title='Notes 6-139' rev='footnote'&gt;139&lt;/a&gt;] Bacon F., (Sir), La Nouvelle Atlantide, Payot, Paris, 1983, cit&#233; in Bourg D., Modernit&#233; et nature (Postface), in Bourg D., (dir.), Les sentiments de la nature, op. cit., p. 242.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-140' id='nb6-140' class='spip_note' title='Notes 6-140' rev='footnote'&gt;140&lt;/a&gt;] Bacon F., (Sir), Pr&#233;face &#224; l'Instauratio magna, cit&#233;e in M&#233;nard G. et Miquel C., Les ruses de la technique, p. 187. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-141' id='nb6-141' class='spip_note' title='Notes 6-141' rev='footnote'&gt;141&lt;/a&gt;] Steiner R., La science occulte, Traduction de Jules Sauerwein, Librairie acad&#233;mique Perrin, Paris, 1938, p. 22.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-142' id='nb6-142' class='spip_note' title='Notes 6-142' rev='footnote'&gt;142&lt;/a&gt;] Bacon F., (Sir), La Nouvelle Atlantide, Payot, Paris, 1983, cit&#233; in Bourg, (D.), Nature et technique, op. cit., p. 17.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-143' id='nb6-143' class='spip_note' title='Notes 6-143' rev='footnote'&gt;143&lt;/a&gt;] Sur ce sujet, voir le beau livre de Ivan P. Kamenarovic, Agir, non-agir en Chine et en Occident, Du Sage immobile &#224; l'homme d'action, Cerf, 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-144' id='nb6-144' class='spip_note' title='Notes 6-144' rev='footnote'&gt;144&lt;/a&gt;] En accord avec Jean Ladri&#232;re, nous admettons que la formation de la science moderne s'est traduite par la mise au point d'une m&#233;thode &#171; qui donne &#224; la pens&#233;e et &#224; l'action humaines une prise effective sur la r&#233;alit&#233; &#187;, une m&#233;thode qui est, de plus, &#171; au principe d'un processus cumulatif &#187; (cf. Ladri&#232;re, J., La Foi chr&#233;tienne et le Destin de la raison, op. cit., p.147).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-145' id='nb6-145' class='spip_note' title='Notes 6-145' rev='footnote'&gt;145&lt;/a&gt;] Selon Bernard Joly, &#171; La question du fondement de la rationalit&#233; scientifique est au c&#339;ur de la r&#233;flexion philosophique contemporaine &#187; (cf. Joly B., La rationalit&#233; de l'herm&#233;tisme, La figure d'Herm&#232;s dans l'alchimie &#224; l'&#226;ge classique, op. cit.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-146' id='nb6-146' class='spip_note' title='Notes 6-146' rev='footnote'&gt;146&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J., op. cit., p. 158. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-147' id='nb6-147' class='spip_note' title='Notes 6-147' rev='footnote'&gt;147&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J., ibid., p.157.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-148' id='nb6-148' class='spip_note' title='Notes 6-148' rev='footnote'&gt;148&lt;/a&gt;] Ibid., p.155.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-149' id='nb6-149' class='spip_note' title='Notes 6-149' rev='footnote'&gt;149&lt;/a&gt;] Le Goetheanum, centre mondial de l'anthroposophie, est situ&#233; &#224; Dornach, pr&#232;s de B&#226;le, en Suisse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-150' id='nb6-150' class='spip_note' title='Notes 6-150' rev='footnote'&gt;150&lt;/a&gt;] Ecrivain allemand, (1773-1853) dont les premi&#232;res &#339;uvres font &#233;cho au Sturm und Drang. Il dev&#238;nt un des membres les plus actifs du cercle romantique d'I&#233;na. Son &#339;uvre la plus connue en France est un conte populaire &#224; th&#232;me m&#233;di&#233;val, paru en 1794, Le Chat bott&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-151' id='nb6-151' class='spip_note' title='Notes 6-151' rev='footnote'&gt;151&lt;/a&gt;] Orage et &#233;lan, ou Temp&#234;te et assaut, selon les traductions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-152' id='nb6-152' class='spip_note' title='Notes 6-152' rev='footnote'&gt;152&lt;/a&gt;] Steiner R., Goethe et sa conception du monde, EAR, 196 p., 1985, p. 50-51.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-153' id='nb6-153' class='spip_note' title='Notes 6-153' rev='footnote'&gt;153&lt;/a&gt;] Cf. Edelman N., Histoire de la voyance et du paranormal, Seuil, Paris, 2006, 286 p., p. 36.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-154' id='nb6-154' class='spip_note' title='Notes 6-154' rev='footnote'&gt;154&lt;/a&gt;] Ibid., p. 36.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-155' id='nb6-155' class='spip_note' title='Notes 6-155' rev='footnote'&gt;155&lt;/a&gt;] Berg&#233; C., L'Au-del&#224; et les Lyonnais, Mages, m&#233;diums et Francs-ma&#231;ons du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; au XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt;, Lyon, LUGD, 1995, p. 28, cit&#233; in Edelman N., ibid., p. 37.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-156' id='nb6-156' class='spip_note' title='Notes 6-156' rev='footnote'&gt;156&lt;/a&gt;] Peter J.-P., Un somnambule d&#233;sordonn&#233; ?, Pr&#233;sentation aux &#339;uvres du Marquis de Puys&#233;gur, Journal du traitement magn&#233;tique du jeune H&#233;bert, Ed. Les Emp&#234;cheurs de penser en rond, Paris, 1999, p. 20-21, cit&#233; in Edelman N., ibid., p. 30. Pour montrer &#224; quel point il y a comme un ressassement des m&#234;mes th&#232;mes occultistes de Franz Anton Mesmer &#224; Rudolf Steiner, on pourrait citer en contre point nombre de passages o&#249; notre anthroposophe parle de d&#233;tachement des sens ordinaires, de perception cosmique, de division du sujet initi&#233;, de mise &#224; disposition de soi pour l'expression des forces et &#234;tres cosmiques &#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-157' id='nb6-157' class='spip_note' title='Notes 6-157' rev='footnote'&gt;157&lt;/a&gt;] Steiner R., La th&#233;osophie, Introduction &#224; la connaissance suprasensible du monde et &#224; la destination suprasensible de l'homme, Ed. Novalis, Montesson, 1995, 196 p., p. 123.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-158' id='nb6-158' class='spip_note' title='Notes 6-158' rev='footnote'&gt;158&lt;/a&gt;] Ibid., p. 117.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-159' id='nb6-159' class='spip_note' title='Notes 6-159' rev='footnote'&gt;159&lt;/a&gt;] Ibid., p. 126.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-160' id='nb6-160' class='spip_note' title='Notes 6-160' rev='footnote'&gt;160&lt;/a&gt;] Namer E., L'affaire Galil&#233;e, Ed. Gallimard/Julliard, Paris, 1975, 266 p., p. 23.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-161' id='nb6-161' class='spip_note' title='Notes 6-161' rev='footnote'&gt;161&lt;/a&gt;] Cf. Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-162' id='nb6-162' class='spip_note' title='Notes 6-162' rev='footnote'&gt;162&lt;/a&gt;] Barreau H., S&#233;parer et rassembler, Quand la philosophie dialogue avec les sciences, Ed. Diano&#239;a, Chenevi&#232;res-sur-Marne, 2004, 91 p., p. 75.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-163' id='nb6-163' class='spip_note' title='Notes 6-163' rev='footnote'&gt;163&lt;/a&gt;] Branly E., Archives Branly, Archives nationales 522AP, 4244, cite in Blondel, C., Eusapia Palladino : la m&#233;thode exp&#233;rimentale et la &#171; diva des savants &#187;, op. cit., p. 156.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-164' id='nb6-164' class='spip_note' title='Notes 6-164' rev='footnote'&gt;164&lt;/a&gt;] Sur ce sujet, voir le travail pr&#233;cis de Jean-Michel Maldam&#233;, intitul&#233; Le Christ et le cosmos, Vrin, 2001, 248 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-165' id='nb6-165' class='spip_note' title='Notes 6-165' rev='footnote'&gt;165&lt;/a&gt;] En toile de fond de ce paragraphe nous pouvons nous r&#233;f&#233;rer au point de vue catholique, exprim&#233; dans le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique : &#171; Toutes les formes de la divination sont &#224; rejeter : recours &#224; Satan ou aux d&#233;mons, &#233;vocation des morts ou autres pratiques suppos&#233;es &#224; tort &#171; d&#233;voiler &#187; l'avenir. La consultation des horoscopes, l'astrologie, la chiromancie, l'interpr&#233;tation des pr&#233;sages et des sorts, les ph&#233;nom&#232;nes de voyance, le recours aux m&#233;diums rec&#232;lent une volont&#233; de puissance sur le temps, sur l'histoire et finalement sur les hommes en m&#234;me temps qu'un d&#233;sir de se concilier les puissances cach&#233;es. Elles sont en contradiction avec l'honneur et le respect, m&#234;l&#233; de crainte aimante, que nous devons &#224; Dieu. Toutes les pratiques de magie et de sorcellerie, par lesquelles on pr&#233;tend domestiquer les puissances occultes pour les mettre &#224; son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain &#8212; f&#251;t-ce pour lui procurer la sant&#233; &#8212; sont gravement contraires &#224; la vertu de religion. Ces pratiques sont plus condamnables encore quand elles s'accompagnent d'une intention de nuire &#224; autrui ou qu'elles recourent &#224; l'intervention des d&#233;mons. Le port des amulettes est lui aussi r&#233;pr&#233;hensible. Le spiritisme implique souvent des pratiques divinatoires ou magiques. Aussi l'Eglise avertit-elle les fid&#232;les de s'en garder. Le recours aux m&#233;decines dites traditionnelles ne l&#233;gitime ni l'invocation des puissances mauvaises, ni l'exploitation de la cr&#233;dulit&#233; d'autrui. &#187; (CEC, &#167; 2116-2117).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-166' id='nb6-166' class='spip_note' title='Notes 6-166' rev='footnote'&gt;166&lt;/a&gt;] Jagot P.-C., Science occulte et magie pratique, Drouin, Paris, 1924, cit&#233; in Verlinde J.-M., Le christianisme au d&#233;fi des nouvelles religiosit&#233;s, Presses de la renaissance, Paris, 2002, 249 p., p. 107. Dans la terminologie de Mesmer, dont la th&#233;orie tenait, selon Nicole Edelman, de Newton et de Paracelse, le plan astral &#233;tait d&#233;sign&#233; comme &#171; un fluide &#187; dans lequel baignerait l'univers. Ce fluide permettrait la propagation de courants d'&#233;nergie p&#233;n&#233;trant tous les corps inanim&#233;s et vivants. Le &#171; magn&#233;tisme animal &#187; serait alors la propri&#233;t&#233; des corps vivants susceptibles de cette influence cosmique, capables plus ou moins de la propager, voire de l'augmenter, ou la concentrer, ou l'accumuler. Sant&#233; ou maladie seraient la cons&#233;quence, chez Mesmer, des &#233;tats d'&#233;quilibre ou de d&#233;s&#233;quilibre de ce fluide, dont il faudrait par cons&#233;quent contr&#244;ler la circulation (cf. Edelman N., Histoire de la voyance et du paranormal, op. cit.., p. 27).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-167' id='nb6-167' class='spip_note' title='Notes 6-167' rev='footnote'&gt;167&lt;/a&gt;] On peut penser &#224; l'exemple de l'ambiance du festival musical de Woodstock en 1969, lequel visait &#171; trois jours de musique et de paix &#187; et rassembla 400.000 personnes, mais aussi &#224; l'esprit &#171; Baba cool &#187;, ou encore aux th&#232;mes de la com&#233;die musicale Hair, forte d'un franc succ&#232;s populaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-168' id='nb6-168' class='spip_note' title='Notes 6-168' rev='footnote'&gt;168&lt;/a&gt;] La th&#233;orie qui voit le monde sensible r&#233;git par l'interaction de ces quatre &#233;l&#233;ments remonte &#224; l'Antiquit&#233; grecque. Selon G.E.R. Lloyd, Emp&#233;docle est celui qui la formula la plus clairement, en d&#233;finissant pr&#233;cis&#233;ment, gr&#226;ce &#224; sa doctrine des &#171; racines &#187;, la notion d'&#233;l&#233;ments &#171; au sens de substances simples dans lesquelles d'autres substances peuvent &#234;tre d&#233;compos&#233;es &#187;. Cette th&#233;orie physique pr&#233;vaudra jusqu'au Moyen-Age et m&#234;me jusqu'au XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle (cf. Lloyd G.E.R., Origines et d&#233;veloppement de la science grecque, Flammarion, 488 p., p.48).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-169' id='nb6-169' class='spip_note' title='Notes 6-169' rev='footnote'&gt;169&lt;/a&gt;] Jagot P.-C., Science occulte et magie pratique, cite in Verlinde J.-M., op. cit., p. 115-116.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-170' id='nb6-170' class='spip_note' title='Notes 6-170' rev='footnote'&gt;170&lt;/a&gt;] Il s'agit d'une citation de Saint Augustin, cit&#233; par Saint Thomas d'Aquin, Somme th&#233;ologique, IIa-IIac, q. 96, a. 2., repris dans Verlinde J.-M., Le christianisme au d&#233;fi des nouvelles religiosit&#233;s, ibid., p. 114.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-171' id='nb6-171' class='spip_note' title='Notes 6-171' rev='footnote'&gt;171&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., 100 questions sur les nouvelles religiosit&#233;s, Saint Paul, Versailles, 2002, 187 p., p. 151. L'auteur cite ici l'introduction du br&#233;viaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-172' id='nb6-172' class='spip_note' title='Notes 6-172' rev='footnote'&gt;172&lt;/a&gt;] Ibid., p. 152.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-173' id='nb6-173' class='spip_note' title='Notes 6-173' rev='footnote'&gt;173&lt;/a&gt;] Outre des dessins, des lettres, des paroles, des sons, il pourrait s'agir de gestes rituels, r&#233;p&#233;t&#233;s, ou de postures du corps codifi&#233;s que la personne effectue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-174' id='nb6-174' class='spip_note' title='Notes 6-174' rev='footnote'&gt;174&lt;/a&gt;] Ou m&#234;me parfois simplement suite &#224; une attitude &#171; neutre &#187;,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-175' id='nb6-175' class='spip_note' title='Notes 6-175' rev='footnote'&gt;175&lt;/a&gt;] Verlinde J.-M., Le christianisme au d&#233;fi des nouvelles religiosit&#233;s, ibid., p. 115.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-176' id='nb6-176' class='spip_note' title='Notes 6-176' rev='footnote'&gt;176&lt;/a&gt;] Aristote peut ici encore servir de r&#233;f&#233;rence : &#171; Car, sans doute, en toutes choses, c'est, comme on dit, &#171; le point de d&#233;part qui est le principal &#187;, et qui, pour cette raison, est aussi le plus difficile : plus, en effet, ses possibilit&#233;s sont riches, plus son &#233;tendue actuelle est faible et, par suite, plus il est difficile &#224; voir ; mais une fois d&#233;couvert, on peut plus facilement y ajouter et d&#233;velopper le reste &#187; (R&#233;futations sophistiques, 34, 183b17 &#8211; 184b9, cit&#233; in Funkenstein A., Th&#233;ologie et imagination scientifique, Du Moyen-Age au XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, PUF, 1995 (Princeton University Press, 1986), 478 p., p. 413).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-177' id='nb6-177' class='spip_note' title='Notes 6-177' rev='footnote'&gt;177&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique&#8230;, in La Foi chr&#233;tienne et le Destin de la raison, op. cit. Cet approche de la raison, qui la voie autant comme projet et d&#233;fi que comme capacit&#233; humaine assur&#233;e ou contenu parfaitent explicite semble actuellent dominant dans la philosophie occidentale. C'est en tout cas ce que note Ali Ben Makhlouf , qui a organis&#233;, ces derni&#232;res ann&#233;es, une s&#233;rie de colloques interculturels sur le sujet : &#171; Nous nous sommes notamment rendu compte que la confiance pleine et absolue dans la raison est bien plus du c&#244;t&#233; des praticiens du sud que des praticiens du nord. Il y a un parti pris pour la raison chez les philosophes arabes, alors qu'en Occident, il s'agit beaucoup plus de comprendre la raison dans sa gen&#232;se, ce qu'elle laisse de c&#244;t&#233;, ce qui lui revient, ce avec quoi elle se d&#233;bat, etc. &#187; (cf. &#171; entretien avec Ali Ben Makhlouf &#187;, Ast&#233;rion, Num&#233;ro 1, juin 2003, sur le web : //asterion.revues.org/document19.html, visite de mai 2006).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-178' id='nb6-178' class='spip_note' title='Notes 6-178' rev='footnote'&gt;178&lt;/a&gt;] Cf. Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, ibid., p. 60.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-179' id='nb6-179' class='spip_note' title='Notes 6-179' rev='footnote'&gt;179&lt;/a&gt;] Ibid., p. 60-61. L'auteur voit se d&#233;couvrir l&#224; comme une troisi&#232;me figure de la raison, non plus celle des formes intelligibles, &#171; mais celle d'une intersubjectivit&#233; fond&#233;e sur la r&#233;ciprocit&#233; &#187;. Mais il s'agit bien de la m&#234;me raison : &#171; il n'est pas possible de se vouer au d&#233;chiffrement de l'intelligible sans y d&#233;couvrir l'exigence qui nous enjoint de reconna&#238;tre en tout homme la vocation qui l'appelle &#224; vivre selon le projet de la raison, et d'autre part une &#171; communaut&#233; de vertu &#187;, c'est une communaut&#233; dont les membres, pr&#233;cis&#233;ment, se reconnaissent en cette vocation, et ui s'organise donc selon le projet de rendre possible pour chacun la vie selon la raison et d'am&#233;nager les rapports concrets conform&#233;ment &#224; ce qu'implique une telle possibilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-180' id='nb6-180' class='spip_note' title='Notes 6-180' rev='footnote'&gt;180&lt;/a&gt;] Brunschwig J., La connaissance, in Brunschwig, J. et Lloyd, G., (Dir.), Le savoir grec, Dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1996, 1095 p., p. 112-132, p. 115-116. (J'apporte la pr&#233;cision entre crochets).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-181' id='nb6-181' class='spip_note' title='Notes 6-181' rev='footnote'&gt;181&lt;/a&gt;] Brunschwig J., ibid.., p. 117-118.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-182' id='nb6-182' class='spip_note' title='Notes 6-182' rev='footnote'&gt;182&lt;/a&gt;] Ibid., p. 117.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-183' id='nb6-183' class='spip_note' title='Notes 6-183' rev='footnote'&gt;183&lt;/a&gt;] Ibid., p. 118. L'auteur note que c'&#233;tait la &#171; th&#233;orie d&#233;mocrit&#233;enne des simulacres &#187; qui proposait cette assimilation de la vue &#224; une sorte de toucher. Nous nous en tenons ici classiquement &#224; l'analogie entre voir et conna&#238;tre, sans tenir compte des explications physiciennes d&#233;su&#232;tes qu'ajoutait D&#233;mocrite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-184' id='nb6-184' class='spip_note' title='Notes 6-184' rev='footnote'&gt;184&lt;/a&gt;] Jean Ladri&#232;re consid&#232;re aussi que la conception de la raison chez les grecs rel&#232;ve de ce mod&#232;le : &#171; Le savoir sp&#233;culatif est de l'ordre de la vision &#187; (Cf. Ladri&#232;re J., Les enjeux de la rationalit&#233;, Le d&#233;fi de la science et de la technologie aux cultures, Aubier / Unesco, 1977, 221 p., p. 13).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-185' id='nb6-185' class='spip_note' title='Notes 6-185' rev='footnote'&gt;185&lt;/a&gt;] Gilson E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, T&#233;qui, 1935, op. cit., p. 91.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-186' id='nb6-186' class='spip_note' title='Notes 6-186' rev='footnote'&gt;186&lt;/a&gt;] Derrida J., Introduction &#224; Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, PUF, Paris, 2004 (1962), 219 p., p. 03-171, p. 75-76. Ce beau passage de Jacques Derrida nous semble cependant comporter une extrapolation indue dans la phrase finale. Plac&#233; juste avant la pr&#233;sentation de la terre comme objet de travail des g&#233;om&#232;tres techniciens, travailleurs dont les pratiques sont suppos&#233;es par Husserl avoir inspir&#233; les fondateurs de la g&#233;om&#233;trie math&#233;matique et axiomatique &#171; pure &#187;, ce passage porte sur une g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'&#233;mergence de la connaissance, de la raison, et de la commune humanit&#233; conscientis&#233;e, &#224; laquelle le texte husserlien ne pr&#233;tend pas aussi directement. Husserl limite la port&#233;e de son argumentation aux sciences formelles. S'il envisage, au final, qu'une &#171; t&#233;l&#233;ologie universelle de la Raison &#187; puisse &#234;tre pens&#233;e &#224; partir de la m&#233;thode suivie dans son expos&#233; sur la g&#233;om&#233;trie, il n'en appelle pas, pour autant, &#224; rapporter l'ensemble de la gen&#232;se de la raison au sensible, comme il convient dans le cas de la g&#233;om&#233;trie. C'est pourquoi, dans ce passage de Jacques Derrida, il nous semble indu d'avancer que notre &#171; seul et m&#234;me monde &#187; soit &#171; l'&#233;tant du monde sensible &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-187' id='nb6-187' class='spip_note' title='Notes 6-187' rev='footnote'&gt;187&lt;/a&gt;] Fink E., La philosophie tardive de Husserl, in Proximit&#233; et distances, Essais et conf&#233;rences ph&#233;nom&#233;nologiques, Ed. J&#233;r&#244;me Millon, Grenoble, 1994 (Friburg-M&#252;nchen, Karl Alber Verlag, 1976), 269 p., p.169-187, p. 177. Sur cette question, dans L'origine de la g&#233;om&#233;trie, on se reportera particuli&#232;rement aux pages 181-183.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-188' id='nb6-188' class='spip_note' title='Notes 6-188' rev='footnote'&gt;188&lt;/a&gt;] Bien qu'il n'y soit pas fait allusion au p&#244;le de la constitution de notre &#171; co-humanit&#233; &#187;, lors de l'appr&#233;hension des choses discut&#233;e dans l'intersubjectivit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-189' id='nb6-189' class='spip_note' title='Notes 6-189' rev='footnote'&gt;189&lt;/a&gt;] Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, ibid., p. 183.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-190' id='nb6-190' class='spip_note' title='Notes 6-190' rev='footnote'&gt;190&lt;/a&gt;] Benv&#233;niste E., Le vocabulaire des institutions indo-europ&#233;ennes, Tome 2, Minuit, p. 100.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-191' id='nb6-191' class='spip_note' title='Notes 6-191' rev='footnote'&gt;191&lt;/a&gt;] Lalande A., Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, Article &#171; ordre &#187;. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-192' id='nb6-192' class='spip_note' title='Notes 6-192' rev='footnote'&gt;192&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, in La foi chr&#233;tienne et le destin de la raison, Cerf, p. 57-76, p. 57&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-193' id='nb6-193' class='spip_note' title='Notes 6-193' rev='footnote'&gt;193&lt;/a&gt;] Ibid., p. 57-58.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-194' id='nb6-194' class='spip_note' title='Notes 6-194' rev='footnote'&gt;194&lt;/a&gt;] Ibid., p. 57.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-195' id='nb6-195' class='spip_note' title='Notes 6-195' rev='footnote'&gt;195&lt;/a&gt;] Intuitivement, m&#234;me tr&#232;s approximativement&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-196' id='nb6-196' class='spip_note' title='Notes 6-196' rev='footnote'&gt;196&lt;/a&gt;] M&#234;me dans les attitudes magico-mythiques, comme le rappelle Gilles-Gaston Granger (Cf. Granger G.-G., La raison, PUF, 1993 (1955), 128 p., p. 29).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-197' id='nb6-197' class='spip_note' title='Notes 6-197' rev='footnote'&gt;197&lt;/a&gt;] Brague R., La sagesse du monde, p. 31.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-198' id='nb6-198' class='spip_note' title='Notes 6-198' rev='footnote'&gt;198&lt;/a&gt;] Ibid., p. 36. Le parti pris du kosmos semble donc correspondre, en tant que d&#233;cision incompl&#232;tement justifiable, au type d'attitude humaine traditionnelle qui pose des dieux ou un dieu &#224; l'origine du monde. Le choix du kosmos semble cependant plus facile &#224; &#233;tayer, &#233;tant donn&#233; qu'il pr&#233;tend renvoyer &#224; la seule observation selon la rigueur de la raison humaine, naturelle et commune. La majorit&#233; des d&#233;veloppements des sciences, tributaires de l'exercice de la raison, en renfor&#231;ant l'intuition du r&#233;el comme intelligibilit&#233; unifi&#233;e, donnent du poids &#224; cette assertion. Platon avait conscience que le kosmos &#233;tait une projection du d&#233;sir de sagesse des savants-philosophes. Selon Etienne Gilson, Aristote avait conscience d'op&#233;rer, dans son &#339;uvre, un habillage rationnel des croyances ancestrales aux dieux : pour Aristote, &#171; l'ordre religieux tout entier est mythologique ; c'est sa propre r&#233;flexion qui en fait un syst&#232;me de v&#233;rit&#233;s scientifiques rationnellement d&#233;montr&#233;es &#187; (cf. Gilson E., Plaidoyer pour la servante, in L'ath&#233;isme difficile, Vrin, 1979, 96 p., p. 78). Gilson cite ce passage de La m&#233;taphysique (XII, 8, 1074 b) &#224; l'appui, o&#249; Aristote anticiperait et justifierait par avance Averro&#232;s : &#171; Dans les temps les plus recul&#233;s, nos anc&#234;tres ont transmis &#224; leur post&#233;rit&#233;, sous forme de mythe, la tradition que ces corps c&#233;lestes sont des dieux et que le divin encl&#244;t en soi toute la nature. Le reste de la tradition fut ajout&#233; plus tard sous une forme mythique, en vue de persuader la multitude pour des fins l&#233;gales ou utilitaires&#8230; Mais si on s&#233;parait de ces additions le premier point pour le prendre &#224; part &#8211; savoir l'id&#233;e que les Substances Premi&#232;res sont des dieux &#8211; on devrait tenir cette proposition pour inspir&#233;e. On devrait penser que, pendant que chaque art et chaque science a probablement atteint plusieurs fois son plein d&#233;veloppement et disparu pour rena&#238;tre, ces opinions, avec d'autres, ont &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233;es jusqu'&#224; pr&#233;sent comme des reliques d'un tr&#233;sor perdu &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-199' id='nb6-199' class='spip_note' title='Notes 6-199' rev='footnote'&gt;199&lt;/a&gt;] Pr&#233;cisons simplement, sur le plan logique, que le mot cosmos entre en correspondance directe avec le mot logos (qui devient raison en latin). Le terme cosmos d&#233;signe facilement l'ensemble du r&#233;el, tandis que le terme logos, plus restrictif, renvoie &#224; l'ordre en tant qu'il est intelligible, et aussi &#224; l'homme, en tant que miroir du logos, animal dou&#233; de la capacit&#233; &#224; comprendre le logos, l'homme comme animal rationnel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-200' id='nb6-200' class='spip_note' title='Notes 6-200' rev='footnote'&gt;200&lt;/a&gt;] Ce qu'a reconnu &#233;galement Max Scheler (Voir Scheler M., Probl&#232;mes de sociologie de la connaissance, PUF, 1993 (Leipzig, 1926), 283 p., p. 149).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-201' id='nb6-201' class='spip_note' title='Notes 6-201' rev='footnote'&gt;201&lt;/a&gt;] Platon, Phil&#232;be, 28c6-8, in Brague R., La sagesse du monde, op. cit., p. 37. Dans son interpr&#233;tation, que nous proposons de suivre, R&#233;mi Brague ajoute que le passage est suivi d'un &#171; peut-&#234;tre ont-ils raison &#187;, lequel serait ironique, renfor&#231;ant la th&#232;se selon laquelle Platon avait conscience du parti pris fondateur de l'institution de la raison, que nous rapportons ici.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-202' id='nb6-202' class='spip_note' title='Notes 6-202' rev='footnote'&gt;202&lt;/a&gt;] Brague R., La sagesse du monde, ibid., p. 37.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-203' id='nb6-203' class='spip_note' title='Notes 6-203' rev='footnote'&gt;203&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, op. cit., p. 58.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-204' id='nb6-204' class='spip_note' title='Notes 6-204' rev='footnote'&gt;204&lt;/a&gt;] Ibid., p. 61.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-205' id='nb6-205' class='spip_note' title='Notes 6-205' rev='footnote'&gt;205&lt;/a&gt;] Ibid., p. 71.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-206' id='nb6-206' class='spip_note' title='Notes 6-206' rev='footnote'&gt;206&lt;/a&gt;] Ibid., p. 60.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-207' id='nb6-207' class='spip_note' title='Notes 6-207' rev='footnote'&gt;207&lt;/a&gt;] Frankl V., R&#233;flexions sur la pathologie de l'esprit contemporain, Communication donn&#233;e lors du 9&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; symposium de la psychiatrie, Seefeld, Autriche, 19/09/1992, in Pelicier Y., Pr&#233;sence de Frankl, Actes du colloque autour de l'&#339;uvre de Viktor E. Frankl (Paris, 1992), Ed. du Tricorne, Gen&#232;ve, 1996, 126 p., p. 18. Le passage complet o&#249; Frankl prend cette r&#233;f&#233;rence est le suivant : &#171; Arr&#234;tons-nous un instant &#224; la volont&#233; du sens et interrogeons-nous si le vide de sens dont nous parlions au d&#233;but de l'expos&#233; n'est pas la preuve la plus flagrante de l'existence. Comment des gens dans une proportion aussi grande qu'actuellement pourraient-ils souffrir de cet &#233;tat de fait s'il n'y avait pas dans leur for int&#233;rieur une n&#233;cessit&#233; de croire &#224; un sens ? Mais qu'en est-il du sens lui-m&#234;me, y a-t-il une preuve de son existence ? Je vous retourne la question : la nature, comment eut-elle pu pourvoir la condition humaine avec une n&#233;cessit&#233; de croire &#224; un sens, s'il n'y avait pas des possibilit&#233;s d'un sens enfouies qui ne demandent qu'&#224; &#234;tres transpos&#233;es dans la r&#233;alit&#233; ? Vous remarquerez que je fais r&#233;f&#233;rence aux mots de Franz Werfel : la soif est la preuve comme quoi il doit y avoir quelque chose comme de l'eau (Der veruntreute Himmel) &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-208' id='nb6-208' class='spip_note' title='Notes 6-208' rev='footnote'&gt;208&lt;/a&gt;] Jean-Paul II, Foi et raison, op. cit., p. 40.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-209' id='nb6-209' class='spip_note' title='Notes 6-209' rev='footnote'&gt;209&lt;/a&gt;] Parmi ceux qui ont d&#233;fendu la gen&#232;se de la raison comme moyen de lutte contre la folie, il y a notamment Michel Foucault (Histoire de la folie &#224; l'&#226;ge classique) et Pierre Legendre, comme nous allons le voir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-210' id='nb6-210' class='spip_note' title='Notes 6-210' rev='footnote'&gt;210&lt;/a&gt;] Etienne Gilson semble avoir lui aussi rencontr&#233; ce paradoxe : &#171; Tout se passe comme si, par la science, la pens&#233;e assimilait progressivement l'intelligible d'un monde qui lui est donn&#233;, non comme si elle en cr&#233;ait &#224; la fois l'intelligibilit&#233; et l'existence. Nous sommes donc ici en pr&#233;sence d'une option &#224; la fois libre et n&#233;cessaire. Nous sommes libres de choisir ce que nous voulons, mais, si nous sommes philosophes, nous sommes forc&#233;s de choisir &#187; (cf. Gilson E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, op. cit., p. 75).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-211' id='nb6-211' class='spip_note' title='Notes 6-211' rev='footnote'&gt;211&lt;/a&gt;] Jean Ladri&#232;re exprime ainsi cette tension tragique : &#171; L'exp&#233;rience historique fait voir qu'en d&#233;pit de l'instauration de la raison, de sa r&#233;flexion sur elle-m&#234;me, de son projet d'assumer la dimension socilae de l'existence, la vie collective est le lieu de trag&#233;dies r&#233;p&#233;t&#233;es, que bien souvent l'action engendre des cons&#233;quences qui n'avaient pas &#233;t&#233; voulues, que la force des passions, la rapacit&#233; des int&#233;r&#234;ts et le d&#233;lire de la puissance sont des facteurs historiques bien plus d&#233;cisifs que le projet de la raison [&#8230;]. Le projet de la raison rencontre ici son autre absolu, qui n'est pas simplement la parole obscure &#224; elle-m&#234;me, l'opinion, l'action instinctive qui agit sans raisons, mais l'incompr&#233;hensible et l'irr&#233;cup&#233;rable, sur lesquels viennent buter d'ailleurs l'id&#233;e de progr&#232;s et &#224; partir desquels la pens&#233;e critique se voit contrainte d'entreprendre la d&#233;construction de la mythologie de la raison &#187;. (Cf. Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique&#8230;, op. cit., p. 68).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-212' id='nb6-212' class='spip_note' title='Notes 6-212' rev='footnote'&gt;212&lt;/a&gt;] Anders G., L'obsolescence de l'homme, Sur l'&#226;me &#224; l'&#233;poque de la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle, Ed. EDN / Ivrea, Paris, 2002 (CH Beck Verlag, M&#252;nchen, 1956),363 p., p. 360-361.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-213' id='nb6-213' class='spip_note' title='Notes 6-213' rev='footnote'&gt;213&lt;/a&gt;] J'emprunte cette expression &#224; Husserl, qui l'emploie dans L'origine de la g&#233;om&#233;trie, p. 182.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-214' id='nb6-214' class='spip_note' title='Notes 6-214' rev='footnote'&gt;214&lt;/a&gt;] Mais que serait l'homme sans le symbolique ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-215' id='nb6-215' class='spip_note' title='Notes 6-215' rev='footnote'&gt;215&lt;/a&gt;] Par souci de simplification de l'argumentaire nous n'avons pas cherch&#233; &#224; pr&#233;senter des positions interm&#233;diaires. Cependant, au regard de la rationalit&#233; universellement d&#233;fendue, il semble improbable de trouver des positions culturelles &#8211; constructives - affirmant exactement sur le m&#234;me plan, ici celui du fondement, l'optimisme ontologique et le neutralisme ou le pessimisme ontologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-216' id='nb6-216' class='spip_note' title='Notes 6-216' rev='footnote'&gt;216&lt;/a&gt;] Wittgenstein le notait ainsi : &#171; notre champ de vision est sans fronti&#232;re &#187; (cf. Wittgenstein L., Tractatus logico-philosophicus, Gallimard, 1993, (Routledge et Kegan, 1922), 128 p., p. 111).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-217' id='nb6-217' class='spip_note' title='Notes 6-217' rev='footnote'&gt;217&lt;/a&gt;] Etudiant la cosmologie contemporaine, science qui utilise les th&#233;ories physiques valid&#233;es dans une description de la totalit&#233; accessible du cosmos sensible, Jean-Michel Maldam&#233; propose le terme de &#171; nescience &#187; pour d&#233;signer le halo de myst&#232;re qui entoure toute v&#233;rit&#233; scientifique (Cf. Maldam&#233;, J.-M., Le Christ et le cosmos, L'Univers du Big Bang, Vrin, 2001, 248 p., op. cit., p. 70-73).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-218' id='nb6-218' class='spip_note' title='Notes 6-218' rev='footnote'&gt;218&lt;/a&gt;] Wittgenstein affirmait encore &#224; la fin du Tractatus : &#171; Il y a assur&#233;ment de l'indicible. Il se montre, c'est le Mystique &#187; (cf. Wittgenstein L., op. cit., p. 112). Voir aussi le commentaire de ce passage par Jean Ladri&#232;re, dans La foi chr&#233;tienne et le destin de la raison, p. 341, o&#249; la prise en compte de cette question de l'&#233;nigme fondamentale, qui est aussi perception de l'&#233;cart entre le r&#233;el actualis&#233; et le simplement possible, signale une dimension du r&#233;el prise en compte par la philosophie mais non par la science.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-219' id='nb6-219' class='spip_note' title='Notes 6-219' rev='footnote'&gt;219&lt;/a&gt;] Leibniz, G. W., Principes de la Nature et de la Gr&#226;ce, in Leibniz, G. W, Principes de la Nature et de la Gr&#226;ce, suivi de Monadologie et autres textes 1703-1716, Flammarion, GF, 1996, 322 p., p. 228. Cette question sera reprise par Heidegger, qui la consid&#233;rera comme &#171; la formulation id&#233;ale de la question m&#233;taphysique &#187; (Cf. la 4&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; de couverture de l'&#233;dition des Principes de la Nature et de la Gr&#226;ce cit&#233;e ici).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-220' id='nb6-220' class='spip_note' title='Notes 6-220' rev='footnote'&gt;220&lt;/a&gt;] Je parle ici de &#171; l'autre logique de la raison &#187; en compl&#233;ment de l'&#171; autre absolu &#187; du projet de la raison, le mal, &#233;voqu&#233; par Jean Ladri&#232;re (Cf. Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique&#8230;, op. cit., p. 68).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-221' id='nb6-221' class='spip_note' title='Notes 6-221' rev='footnote'&gt;221&lt;/a&gt;] Plusieurs ouvrages de Pierre Legendre, auxquels nous nous permettons de renvoyer le lecteur, rapporte le travail effectu&#233; sur ce sujet par des juristes du droit romain, par exemple (cf., aux &#233;ditions Fayard, particuli&#232;rement L'inestimable objet de la transmission, Etude sur le principe g&#233;n&#233;alogique en Occident (1985) et La 901&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; conclusion, Etude sur le th&#233;&#226;tre de la Raison (1998)).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-222' id='nb6-222' class='spip_note' title='Notes 6-222' rev='footnote'&gt;222&lt;/a&gt;] Citons par exemple Ren&#233; Char.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-223' id='nb6-223' class='spip_note' title='Notes 6-223' rev='footnote'&gt;223&lt;/a&gt;] Par exemple Marc Richir, dans Lieu et non-lieux de la philosophie (in Autrement, n&#176; 102, 1988), qui parle de la situation de &#171; porte-&#224;-faux &#187; du philosophe, vis-&#224;-vis du sens et vis-&#224;-vis de ce qui est l'&#233;tabli (Voir aussi Richir M., Science et monde de la Vie, la question de l'&#171; &#233;thique &#187; et de la science (cf. http &lt;img alt=&quot;:/&quot; title=&quot;:/&quot; class=&quot;no_image_filtrer format_png&quot; src=&quot;http://www.ecolotech.eu/extensions/indispensables/couteau_suisse/img/smileys/mouais.png&quot; width=&quot;19&quot; height=&quot;19&quot;/&gt;/multitudes.samizdat.net/Science-et-monde-de-la-Vie-la.html). Edith Stein, qui fut assistante de Husserl, travaillait aussi avec cette conscience, explicite dans cette remarque : &#171; L'&#233;tude de la philosophie est une marche constante au bord de l'ab&#238;me &#187; (Cf. Stein, E., cit&#233;e in Weibel, B., Edith Stein, prisonni&#232;re de l'Amour, T&#233;qui, 2002, 141 p., p.19). Etienne Gilson, quant &#224; lui, pouvait le noter ainsi : &#171; Ce que la connaissance saisit de l'objet est r&#233;el, mais le r&#233;el est in&#233;puisable, et quand m&#234;me l'intellect en aurait discern&#233; tous les d&#233;tails, il se heurterait encore au myst&#232;re de son existence m&#234;me &#187; (Le r&#233;alisme m&#233;thodique, p. 97).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-224' id='nb6-224' class='spip_note' title='Notes 6-224' rev='footnote'&gt;224&lt;/a&gt;] Legendre P., La fabrique de l'homme occidental, Ed. Mille et une nuits / Arte, Paris, 1996, 55 p., p. 27&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-225' id='nb6-225' class='spip_note' title='Notes 6-225' rev='footnote'&gt;225&lt;/a&gt;] Ibid., p. 30.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-226' id='nb6-226' class='spip_note' title='Notes 6-226' rev='footnote'&gt;226&lt;/a&gt;] Ibid., p. 11.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-227' id='nb6-227' class='spip_note' title='Notes 6-227' rev='footnote'&gt;227&lt;/a&gt;] Nous nous cantonnons ici au d&#233;sir de savoir, mais il est bien entendu que les institutions du droit visent &#224; interdire ou canaliser des d&#233;sirs exprim&#233;s dans toutes les dimensions de la vie humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-228' id='nb6-228' class='spip_note' title='Notes 6-228' rev='footnote'&gt;228&lt;/a&gt;] Si le lecteur a pris ici une conscience actualis&#233;e de ce th&#232;me de l'ab&#238;me qui habite l'humanit&#233;, il a sans doute plus ou moins ressenti, ou peut-&#234;tre seulement pressenti, le mal &#224; l'aise qui s'en d&#233;gage, et le danger, pour le go&#251;t de vivre et de se battre pour, qui peut en d&#233;couler&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-229' id='nb6-229' class='spip_note' title='Notes 6-229' rev='footnote'&gt;229&lt;/a&gt;] Legendre P., La fabrique de l'homme occidental, op. cit., p. 25.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-230' id='nb6-230' class='spip_note' title='Notes 6-230' rev='footnote'&gt;230&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-231' id='nb6-231' class='spip_note' title='Notes 6-231' rev='footnote'&gt;231&lt;/a&gt;] Selon les v&#233;cus personnels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-232' id='nb6-232' class='spip_note' title='Notes 6-232' rev='footnote'&gt;232&lt;/a&gt;] A travers les arts, les philosophies, les institutions, les sciences et les techniques&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-233' id='nb6-233' class='spip_note' title='Notes 6-233' rev='footnote'&gt;233&lt;/a&gt;] Cf. Pierre Legendre, La fabrique de l'homme occidental, op. cit., p. 23-24 : &#171; Voyez les grands conservatoires d'humanit&#233;, les &#233;coles v&#233;diques, les Yeshivas. L'adolescent apprend que le Veda, la Torah, la R&#233;f&#233;rence ne d&#233;pendent pas de son bon vouloir ; il exp&#233;rimente que d'autres lui ont ouvert le chemin du savoir ; il comprend que lire et &#233;crire supposent qu'il se soumette &#224; la loi. S&#233;parer l'homme humainement, c'est lui enseigner &#224; conna&#238;tre son d&#233;sir, c'est s&#233;parer l'homme de lui-m&#234;me. Chaque civilisation produit son style d'&#233;ducation &#224; la s&#233;paration d'avec soi. L'Occident [moderne] a dissoci&#233; le corps et l'esprit &#8211; immense tradition aux mille variantes selon les pays, allant parfois jusqu'&#224; pr&#233;tendre fabriquer des &#233;coles de purs esprits &#187;. Dans la derni&#232;re phrase, c'est moi qui ajoute la pr&#233;cision &#171; l'Occident [moderne] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-234' id='nb6-234' class='spip_note' title='Notes 6-234' rev='footnote'&gt;234&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J., La perspective eschatologique en philosophie, op. cit., p. 68.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-235' id='nb6-235' class='spip_note' title='Notes 6-235' rev='footnote'&gt;235&lt;/a&gt;] Kamenarovic I.-P., Agir, non-agir en Chine et en Occident, Du Sage immobile &#224; l'homme d'action, Cerf, 2005, 148 p., p. 95.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-236' id='nb6-236' class='spip_note' title='Notes 6-236' rev='footnote'&gt;236&lt;/a&gt;] Kielce A., Le sens du Tao, Le Mail, 1991 (1985), 284 p., p. 136.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-237' id='nb6-237' class='spip_note' title='Notes 6-237' rev='footnote'&gt;237&lt;/a&gt;] Comme le fait par exemple Joseph Needham, dans La science chinoise et l'Occident, notamment aux pages 37 et 241.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-238' id='nb6-238' class='spip_note' title='Notes 6-238' rev='footnote'&gt;238&lt;/a&gt;] Yong S., cit&#233; par Needham, J., op. cit., p. 47. Shao Yong est un auteur chinois du XI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-239' id='nb6-239' class='spip_note' title='Notes 6-239' rev='footnote'&gt;239&lt;/a&gt;] Tchouang-tseu, &#338;uvre compl&#232;te, VI, in Philosophes tao&#239;stes, Gallimard, La Pl&#233;iade, p. 131. Voyez aussi le titre du texte de Lie-Tseu rapport&#233; dans ce m&#234;me ouvrage : &#171; Le vrai classique du vide parfait &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-240' id='nb6-240' class='spip_note' title='Notes 6-240' rev='footnote'&gt;240&lt;/a&gt;] Bouddha, cit&#233; in Percheron M., Le Bouddha et le bouddhisme, Seuil, 1961, 192 p., p. 34.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-241' id='nb6-241' class='spip_note' title='Notes 6-241' rev='footnote'&gt;241&lt;/a&gt;] Bouddha, cit&#233; in Percheron M., ibid., p. 35.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-242' id='nb6-242' class='spip_note' title='Notes 6-242' rev='footnote'&gt;242&lt;/a&gt;] Bouddha, cit&#233; in Percheron M., ibid., p. 117.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-243' id='nb6-243' class='spip_note' title='Notes 6-243' rev='footnote'&gt;243&lt;/a&gt;] Kunzmann P., et alii, Atlas de la philosophie, Le livre de poche, 1993 (Munich, 1991), 279 p., p. 21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-244' id='nb6-244' class='spip_note' title='Notes 6-244' rev='footnote'&gt;244&lt;/a&gt;] Percheron M., op. cit., p. 61.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-245' id='nb6-245' class='spip_note' title='Notes 6-245' rev='footnote'&gt;245&lt;/a&gt;] Tchouang-tseu, &#338;uvre compl&#232;te, VI, in Philosophes tao&#239;stes, Gallimard, La Pl&#233;iade, op. cit., p.291.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-246' id='nb6-246' class='spip_note' title='Notes 6-246' rev='footnote'&gt;246&lt;/a&gt;] Lie-tseu, in Philosophes tao&#239;stes, Gallimard, La Pl&#233;iade, ibid., p. 365.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-247' id='nb6-247' class='spip_note' title='Notes 6-247' rev='footnote'&gt;247&lt;/a&gt;] R&#233;mi Brague utilise le terme d'&#171; anticosmisme &#187; &#224; propos de la gnose. Il en attribue l'invention probable &#224; Simone P&#233;trement, dans Le Dieu s&#233;par&#233;, Les origines du gnosticisme (Cerf, 1984).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-248' id='nb6-248' class='spip_note' title='Notes 6-248' rev='footnote'&gt;248&lt;/a&gt;] Avec cette id&#233;e d'une totale immersion de l'homme dans le r&#233;el on comprend que la pens&#233;e soit consid&#233;r&#233;e comme tendanciellement participante du r&#233;el, tandis que la pens&#233;e occidentale tend &#224; distinguer l'imagination intellectuelle de la r&#233;alit&#233; : par la pens&#233;e nous transcenderions la r&#233;alit&#233; donn&#233;e, nous manifesterions notre appartenance &#224; une dimension quelque peu irr&#233;elle, comme si c'&#233;tait dans le n&#233;ant que se trouvait le lieu den otre cr&#233;ativit&#233; pure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-249' id='nb6-249' class='spip_note' title='Notes 6-249' rev='footnote'&gt;249&lt;/a&gt;] Krishnamurti, cit&#233; in Saiman J., Les fronti&#232;res de la philosophie : n'y a-t-il de philosophie qu'en Occident ? R&#233;f&#233;rence disponible sur le web : &lt;a href=&quot;http://philo.pourtous.free.fr/Articles/Julien/les_frontieres_de_la_philosophie.htm&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://philo.pourtous.free.fr/Artic&#8230;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-250' id='nb6-250' class='spip_note' title='Notes 6-250' rev='footnote'&gt;250&lt;/a&gt;] Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, PUF, op. cit., p.182.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-251' id='nb6-251' class='spip_note' title='Notes 6-251' rev='footnote'&gt;251&lt;/a&gt;] Ladri&#232;re J., La Foi chr&#233;tienne et le Destin de la raison, op. cit., p. 349. L'auteur pr&#233;cise aussit&#244;t : &#171; Mais en m&#234;me temps, elle se pr&#233;sente comme inspiratrice d'une organisation collective concr&#232;te conforme &#224; cette vision vraie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-252' id='nb6-252' class='spip_note' title='Notes 6-252' rev='footnote'&gt;252&lt;/a&gt;] L'intellect ne saisit pas infailliblement la chose telle qu'elle est. Ce &#171; que la connaissance saisit de l'objet est r&#233;el mais le r&#233;el est in&#233;puisable &#187;. Mais il ne faut cependant pas perdre de vue que c'est toujours la question de la connaissance du r&#233;el qui doit d&#233;partager les syst&#232;mes qui pr&#233;tendent le d&#233;crire. (Cf. Gilson E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, op. cit. p. 97).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-253' id='nb6-253' class='spip_note' title='Notes 6-253' rev='footnote'&gt;253&lt;/a&gt;] Gilson E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, ibid., p. 64.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-254' id='nb6-254' class='spip_note' title='Notes 6-254' rev='footnote'&gt;254&lt;/a&gt;] M&#233;taphysique est un mot form&#233; &#224; partir de la locution grecque meta ta phusika &#171; apr&#232;s les choses de la nature &#187;. On rencontre cette expression en t&#234;te du trait&#233; d'Aristote qui fait suite &#224; son trait&#233; de physique ta phusika, pluriel neutre substantiv&#233; de phusikos &#171; qui concerne la nature ou l'&#233;tude de la nature &#187;, qui a donn&#233; notre mot de &#171; physique &#187;. La notion aristot&#233;licienne de m&#233;taphysique a donc seulement une connotation temporelle ou logique, indiquant un travail faisant suite &#224; un autre concernant la physis. Le mot m&#233;taphysique, entendu comme &#171; science de l'au-del&#224; de la nature &#187;, serait un contresens sur le sens de meta, qui a plut&#244;t un sens temporel en grec. Cependant, comme le signale Alain Rey, le contresens n'est pas conceptuel car une telle notion de &#171; science de l'au-del&#224; de la nature &#187; existait d&#232;s Platon (Cf. Rey A., Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise, Articles &#171; m&#233;taphysique &#187; et &#171; m&#233;ta- &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-255' id='nb6-255' class='spip_note' title='Notes 6-255' rev='footnote'&gt;255&lt;/a&gt;] Toutes les sciences utilisent ce principe mais il n'ya gu&#232;re que la philosophie qui soit motiv&#233;e pour en traiter. Nous avons expos&#233; plus haut l'origine de la raison dans la logique de la perception ordinaire des choses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-256' id='nb6-256' class='spip_note' title='Notes 6-256' rev='footnote'&gt;256&lt;/a&gt;] Magnin T., Entre science et religion, Qu&#234;te de sens dans le monde pr&#233;sent, Ed. du rocher, 1998, 266 p., p. 81.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-257' id='nb6-257' class='spip_note' title='Notes 6-257' rev='footnote'&gt;257&lt;/a&gt;] Aristote, La M&#233;taphysique, Livre K, Chapitre V, 1061b- 1062 a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-258' id='nb6-258' class='spip_note' title='Notes 6-258' rev='footnote'&gt;258&lt;/a&gt;] Magnin T., Entre science et religion, Qu&#234;te de sens dans le monde pr&#233;sent, op. cit., p. 79. L'auteur commente ici Aristote. Reprenons aussi l'exemple choisi par l'auteur pour illustrer ce principe de base de notre capacit&#233; &#224; nous rep&#233;rer dans le monde, de notre capacit&#233; &#224; conna&#238;tre et approfondir nos connaissances : un marin, joyeux de retrouver sa vie sur son bateau, est en m&#234;me temps triste (= non joyeux) de quitter son foyer. Il n'y a pas contradiction entre ces deux &#233;tats d'&#226;me car ce n'est pas sous le m&#234;me rapport qu'il est triste et non triste, et qu'il est en puissance et acte &#171; triste &#187; et &#171; non triste &#187; d'autre part. Il est vrai que ce marin est tout &#224; la fois joyeux et non joyeux, en m&#234;me temps, mais pas sous le m&#234;me point de vue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-259' id='nb6-259' class='spip_note' title='Notes 6-259' rev='footnote'&gt;259&lt;/a&gt;] Aristote, La M&#233;taphysique, Livre K, Chapitre V, 1061b- 1062 a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-260' id='nb6-260' class='spip_note' title='Notes 6-260' rev='footnote'&gt;260&lt;/a&gt;] Pour une introduction &#224; l'histoire de cette conception de la connaissance vraie comme &#171; adequatio rei et intellectus &#187; depuis Aristote jusqu'&#224; la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale, on pourra consulter prudemment G&#233;rard Potdevin, La v&#233;rit&#233;, p. 30-34 (Quintette, Paris, 1988, 64 p.). Nous invitons &#224; une lecture attentive car l'auteur s'imagine bizarrement que cette perspective serait d&#233;pendante d'une &#171; vision religieuse et cr&#233;ationniste &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-261' id='nb6-261' class='spip_note' title='Notes 6-261' rev='footnote'&gt;261&lt;/a&gt;] Cheng A., Histoire de la pens&#233;e chinoise, Seuil, 1997, 704 p., p. 645.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-262' id='nb6-262' class='spip_note' title='Notes 6-262' rev='footnote'&gt;262&lt;/a&gt;] Ibid., p. 29.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-263' id='nb6-263' class='spip_note' title='Notes 6-263' rev='footnote'&gt;263&lt;/a&gt;] Eliade M., et Couliano I.-P., Dictionnaire des religions, Plon/Pocket, 1990, 364 p., p. 74.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-264' id='nb6-264' class='spip_note' title='Notes 6-264' rev='footnote'&gt;264&lt;/a&gt;] Je reprends cette expression &#224; Mircea Eliade.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-265' id='nb6-265' class='spip_note' title='Notes 6-265' rev='footnote'&gt;265&lt;/a&gt;] Cheng A., Histoire de la pens&#233;e chinoise, op. cit., p. 41.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-266' id='nb6-266' class='spip_note' title='Notes 6-266' rev='footnote'&gt;266&lt;/a&gt;] Eliade M., Oc&#233;anographie, Livre de poche, 250 p., p.217. Dans l'observation des comportements anthropologiques, on pourrait peut-&#234;tre alors parler d'une r&#232;gle &#224; propos du primat du conatif sur le cognitif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-267' id='nb6-267' class='spip_note' title='Notes 6-267' rev='footnote'&gt;267&lt;/a&gt;] Aristote, La M&#233;taphysique, Livre A, Chap. II, 982 b.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-268' id='nb6-268' class='spip_note' title='Notes 6-268' rev='footnote'&gt;268&lt;/a&gt;] Scheler g&#233;n&#233;ralise cette observation &#224; la quasi-totalit&#233; de la tradition m&#233;taphysique occidentale (Probl&#232;mes de sociologie de la connaissance, p. 140).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-269' id='nb6-269' class='spip_note' title='Notes 6-269' rev='footnote'&gt;269&lt;/a&gt;] Aristote, La M&#233;taphysique, ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-270' id='nb6-270' class='spip_note' title='Notes 6-270' rev='footnote'&gt;270&lt;/a&gt;] Bouddha, Visuddhi Magga, 16, cit&#233; in Eliade M., et Couliano I.-P., Dictionnaire des religions, op. cit. p. 75.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-271' id='nb6-271' class='spip_note' title='Notes 6-271' rev='footnote'&gt;271&lt;/a&gt;] Eliade M., et Couliano I.-P., Dictionnaire des religions, ibid., p. 73.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-272' id='nb6-272' class='spip_note' title='Notes 6-272' rev='footnote'&gt;272&lt;/a&gt;] Lenoir F., La rencontre du bouddhisme et de l'Occident, Fayard, 1999, 393 p., notamment p. 137-141.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-273' id='nb6-273' class='spip_note' title='Notes 6-273' rev='footnote'&gt;273&lt;/a&gt;] Selon le philosophe chinois Liang Shuming, il faudrait nuancer l'opposition entre Orient et Occident : il convient parfaitement que la m&#233;taphysique indienne et le bouddhisme expriment des attitudes perssimistes devant la vie, mais il consid&#232;re que la voie confuc&#233;enne serait optimiste. Mais il reconna&#238;t n&#233;anmoins que cet optimisme diff&#232;re du fond culturel occidental, selon lequel l'homme peut s'affirmer et s'&#233;panouir selon un axe de progr&#232;s quasiment illimit&#233;. Ceci &#233;tant dit, s'il faut restreindre l'&#233;tendu de l'opposition optimisme/pessimisme, nous convenons volontiers qu'elle concerne plus pr&#233;cis&#233;ment le bouddhisme, l'influence orientale ayant le plus &#233;videmment touch&#233; les fondateurs de l'agrobiologie (cf. Shuming L., Les cultures d'Orient et d'Occident et leurs philosophies, PUF, 2000, notamment p. 226).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-274' id='nb6-274' class='spip_note' title='Notes 6-274' rev='footnote'&gt;274&lt;/a&gt;] Steiner R., La science occulte, p. 26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-275' id='nb6-275' class='spip_note' title='Notes 6-275' rev='footnote'&gt;275&lt;/a&gt;] Ibid., p. 109. Pour expliquer son point de vue, Steiner prend l'exemple d'un homme qui remue la main. Il distingue la description physique et m&#233;canique des mouvements &#8211; et biologique ajouterons-nous &#8211; de l'&#233;tude des causes psychiques qui se passe dans l'&#226;me de l'homme. Il en d&#233;duit que &#171; C'est ainsi que derri&#232;re tous les ph&#233;nom&#232;nes physiques, des ph&#233;nom&#232;nes psycho-spirituels apparaissent au chercheur qui a pass&#233; par l'&#233;cole de la perception spirituelle &#187;. L'argument est fallacieux car tributaire d'un anthropocentrisme caricatural. Il est en effet &#233;vident que ce n'est pas parce qu'il y a des causes psychiques &#224; l'origine des mouvements volontaires du corps humain qu'il faut d&#233;duire qu'il y a du psychique &#224; l'origine des mouvements de tous les corps de la &#171; plan&#232;te terrestre &#187; ! De m&#234;me, ne serait-ce que pour le corps humain, va-t-on chercher s&#233;rieusement une causalit&#233; psychique pour un mouvement de rot ou de toux ? Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les occultistes sont obs&#233;d&#233;s par les aspects psychosomatiques de la vie humaine, au d&#233;triment du discernement de la part d'autonomie respective du corps et de l'esprit. Sans cette part d'autonomie, comment expliquer les succ&#232;s de la m&#233;decine occidentale ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-276' id='nb6-276' class='spip_note' title='Notes 6-276' rev='footnote'&gt;276&lt;/a&gt;] Steiner R., 5&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; conf&#233;rence, f&#233;vrier 1924, Dornach, in Anthroposophie, une introduction&#8230; sur le web, ww.ersy.ch/forums (visite du 29 04 2006).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-277' id='nb6-277' class='spip_note' title='Notes 6-277' rev='footnote'&gt;277&lt;/a&gt;] Steiner R., La th&#233;osophie, op. cit., p. 117. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-278' id='nb6-278' class='spip_note' title='Notes 6-278' rev='footnote'&gt;278&lt;/a&gt;] Et aussi d'un esprit originel, comme nous le verrons au paragraphe suivant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-279' id='nb6-279' class='spip_note' title='Notes 6-279' rev='footnote'&gt;279&lt;/a&gt;] Steiner R., Le seuil du monde spirituel, Aphorismes, Ed. Alice Sauerwein/PUF, Paris, 111 p., p. 86-87.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-280' id='nb6-280' class='spip_note' title='Notes 6-280' rev='footnote'&gt;280&lt;/a&gt;] Steiner R., La science occulte, p. 109-110.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-281' id='nb6-281' class='spip_note' title='Notes 6-281' rev='footnote'&gt;281&lt;/a&gt;] Sur seulement trois phrases successives Rudolf Steiner d&#233;crit l'homme d'aujourd'hui comme forme actuelle puis comme ayant sa forme compl&#232;te. On peut bien sp&#233;culer pour envisager que la forme compl&#232;te permette encore une &#233;volution, il n'en reste pas moins plus raisonnable de supposer ici l'affichage d'une contradiction : si l'homme a une forme actuelle, cela implique qu'il soit encore amen&#233; &#224; &#233;voluer ; s'il a une forme compl&#232;te, cela laisse plut&#244;t entendre que l'homme serait d&#233;sormais titulaire d'une identit&#233; d&#233;finitive..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-282' id='nb6-282' class='spip_note' title='Notes 6-282' rev='footnote'&gt;282&lt;/a&gt;] Nous reprenons cette id&#233;e de l'humanisation de l'homme comme id&#233;al de son cheminement &#224; Gabriel Vahanian. Mais on la trouve largement r&#233;pandue. Elle se lit en partie chez Nietzsche (&#171; Deviens ce que tu es &#187;), nettement chez L&#233;vinas. Elle correspond &#224; une id&#233;e fondamentale du christianisme &#8211; comme on peut le lire dans le premier paragraphe de l'encyclique Foi et raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-283' id='nb6-283' class='spip_note' title='Notes 6-283' rev='footnote'&gt;283&lt;/a&gt;] Steiner R., Le seuil du monde spirituel, op. cit., p. 74&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-284' id='nb6-284' class='spip_note' title='Notes 6-284' rev='footnote'&gt;284&lt;/a&gt;] Steiner R., La science occulte, op. cit., p. 336-337. Le soulignement a &#233;t&#233; effectu&#233; par Steiner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-285' id='nb6-285' class='spip_note' title='Notes 6-285' rev='footnote'&gt;285&lt;/a&gt;] Steiner R., La th&#233;osophie, op. cit., p. 158&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-286' id='nb6-286' class='spip_note' title='Notes 6-286' rev='footnote'&gt;286&lt;/a&gt;] Nous n'avons pas v&#233;rifi&#233; dans le texte original allemand cet ordre des expressions. L'ordre orignal fut-il contraire que cela ne p&#232;serait pas lourd face aux multiples affirmations faites ailleurs par Steiner pour affirmer que le suprasensible est connaissable et que ce mouvement de continuit&#233; de l'homme vers le spirituel est presque le fondement de son &#233;sot&#233;risme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-287' id='nb6-287' class='spip_note' title='Notes 6-287' rev='footnote'&gt;287&lt;/a&gt;] Maldam&#233; J.-M., Le Christ et le cosmos, Vrin, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-288' id='nb6-288' class='spip_note' title='Notes 6-288' rev='footnote'&gt;288&lt;/a&gt;] Cf. Le Goff J., A la recherche du Moyen-&#194;ge, Seuil, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-289' id='nb6-289' class='spip_note' title='Notes 6-289' rev='footnote'&gt;289&lt;/a&gt;] Steiner R., Une autobiographie, Ed. Alice Sauerwein/PUF, Paris, 524 p., p. 19. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-290' id='nb6-290' class='spip_note' title='Notes 6-290' rev='footnote'&gt;290&lt;/a&gt;] Ibid., p. 20. On voit, aussi, dans cette citation, que Steiner commence par mettre sur le suprasensible sur le m&#234;me plan d'&#233;vidence ontologique que le sensible, avant que, plus &#233;tabli dans l'occultisme, il ne donne d&#233;finitivement le primat au suprasensible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-291' id='nb6-291' class='spip_note' title='Notes 6-291' rev='footnote'&gt;291&lt;/a&gt;] Steiner a d&#233;couvert la g&#233;om&#233;trie hors de la probl&#233;matique de sa gen&#232;se : &#171; Peu de temps apr&#232;s mon entr&#233;e &#224; l'&#233;cole de Neudorfl je d&#233;couvris dans [la] chambre [du ma&#238;tre adjoint] un livre de g&#233;om&#233;trie. J'&#233;tais en si bons termes avec lui que je pus emporter le livre et l'&#233;tudier. Je m'y plongeai avec enthousiasme &#187; (Cf. Steiner R., Une autobiographie, p. 19).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-292' id='nb6-292' class='spip_note' title='Notes 6-292' rev='footnote'&gt;292&lt;/a&gt;] Dans la mesure o&#249; la possibilit&#233; de la communication passe par la n&#233;cessit&#233; de reconna&#238;tre / poser ensemble les principes fondamentaux du partage de l'intelligibilit&#233;, c'est-&#224;-dire les principes de la raison que nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-293' id='nb6-293' class='spip_note' title='Notes 6-293' rev='footnote'&gt;293&lt;/a&gt;] Voyez l'admiration, compr&#233;hensible, de Steiner pour les th&#233;or&#232;mes et savoirs qu'il d&#233;couvre dans un manuel de g&#233;om&#233;trie, p. 19 de son Une autobiographie&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-294' id='nb6-294' class='spip_note' title='Notes 6-294' rev='footnote'&gt;294&lt;/a&gt;] Cf. sa croyance personnelle au caract&#232;re prometteur de &#171; porter en soi la connaissance du monde spirituel comme une g&#233;om&#233;trie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-295' id='nb6-295' class='spip_note' title='Notes 6-295' rev='footnote'&gt;295&lt;/a&gt;] On emploie aussi souvent, en fran&#231;ais, directement le concept allemand utilis&#233; par Husserl : le Lebenswelt.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-296' id='nb6-296' class='spip_note' title='Notes 6-296' rev='footnote'&gt;296&lt;/a&gt;] Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, p. 175.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-297' id='nb6-297' class='spip_note' title='Notes 6-297' rev='footnote'&gt;297&lt;/a&gt;] Ferrari J., L'objet de la th&#233;orie physique et r&#233;alit&#233;, Les nouveaux enjeux philosophiques, in Schulthess D., (dir.), La nature, Th&#232;mes philosophiques, th&#232;mes d'actualit&#233;s, in Cahiers de la revue de th&#233;ologie et de philosophie, 18, (Actes du XXV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s de l'Association des Soci&#233;t&#233;s de philosophie de langue fran&#231;aise, Lausanne, 25-28/08/1994), Gen&#232;ve-Lausanne-Neuch&#226;tel, 1996, 726 p., p. 19-41, p. 36.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-298' id='nb6-298' class='spip_note' title='Notes 6-298' rev='footnote'&gt;298&lt;/a&gt;] Knorr W., Math&#233;matiques, in Brunschwig J. et Lloyd G., (dir.), Le savoir grec, p. 409-437, p. 409-410.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-299' id='nb6-299' class='spip_note' title='Notes 6-299' rev='footnote'&gt;299&lt;/a&gt;] L'ouvrage de Whitehead en question n'existe qu'en anglais sous le titre An Enquiry concerning the Principles of Natural Knowledge (University Press, Cambridge, 1919). La remarque cit&#233;e ici concerne la troisi&#232;me partie de l'ouvrage et la m&#233;thode d'&#171; abstraction extensive &#187; du philosophe-math&#233;maticien. Cf. Huisman, D., (dir.), Dictionnaire des mille &#339;uvres cl&#233;s de la philosophie, op. cit., p. 442-443.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-300' id='nb6-300' class='spip_note' title='Notes 6-300' rev='footnote'&gt;300&lt;/a&gt;] Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, op. cit., p. 210-211.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-301' id='nb6-301' class='spip_note' title='Notes 6-301' rev='footnote'&gt;301&lt;/a&gt;] Ibid., p. 211.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-302' id='nb6-302' class='spip_note' title='Notes 6-302' rev='footnote'&gt;302&lt;/a&gt;] Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, notamment p. 211.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-303' id='nb6-303' class='spip_note' title='Notes 6-303' rev='footnote'&gt;303&lt;/a&gt;] Steiner R., Une autobiographie, op. cit., p. 19.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-304' id='nb6-304' class='spip_note' title='Notes 6-304' rev='footnote'&gt;304&lt;/a&gt;] Husserl E., L'origine de la g&#233;om&#233;trie, op. cit., p. 212. Notons bien que Husserl utilise avec des guillemets l'id&#233;e de &#171; penser pur &#187;, ce qui atteste bien, selon nous, de ses doutes &#224; l'&#233;gard de la v&#233;racit&#233; ultime possible d'une telle id&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-305' id='nb6-305' class='spip_note' title='Notes 6-305' rev='footnote'&gt;305&lt;/a&gt;] Gilson E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, op. cit., p. 89.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-306' id='nb6-306' class='spip_note' title='Notes 6-306' rev='footnote'&gt;306&lt;/a&gt;] Husserl E., op. cit., p. 214.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-307' id='nb6-307' class='spip_note' title='Notes 6-307' rev='footnote'&gt;307&lt;/a&gt;] Steiner, R., Une autobiographie, op. cit., p. 21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-308' id='nb6-308' class='spip_note' title='Notes 6-308' rev='footnote'&gt;308&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-309' id='nb6-309' class='spip_note' title='Notes 6-309' rev='footnote'&gt;309&lt;/a&gt;] Ibid., p. 19-20.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-310' id='nb6-310' class='spip_note' title='Notes 6-310' rev='footnote'&gt;310&lt;/a&gt;] Steiner R., La philosophie de la libert&#233;, Observations de l'&#226;me conduites selon la m&#233;thode scientifique, Ed. EAR, 1991 (1894), p. 30.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-311' id='nb6-311' class='spip_note' title='Notes 6-311' rev='footnote'&gt;311&lt;/a&gt;] Ibid., p. 30.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-312' id='nb6-312' class='spip_note' title='Notes 6-312' rev='footnote'&gt;312&lt;/a&gt;] Ibid., p. 47.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-313' id='nb6-313' class='spip_note' title='Notes 6-313' rev='footnote'&gt;313&lt;/a&gt;] Ibid., p. 48.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-314' id='nb6-314' class='spip_note' title='Notes 6-314' rev='footnote'&gt;314&lt;/a&gt;] Ibid., p. 49. Comme l'a fait remarqu&#233; Gilson, l'expression du type &#171; un au-del&#224; de la pens&#233;e n'est pas pensable &#187; est &#224; la fois la &#171; formule parfaite et la condamnation de l'id&#233;alisme &#187; (cf. Gilson E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, op. cit.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-315' id='nb6-315' class='spip_note' title='Notes 6-315' rev='footnote'&gt;315&lt;/a&gt;] Steiner R., op. cit., p. 49. Gilson a propos&#233; de nommer &#171; probl&#232;me du pont &#187; ce pseudo-probl&#232;me de la communication des substances, lequel occupera aussi bien Descartes, Leibniz, Malebranche, Spinoza&#8230; Cf. Gilson, E., Le r&#233;alisme m&#233;thodique, p. 04, 54, 56-57.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-316' id='nb6-316' class='spip_note' title='Notes 6-316' rev='footnote'&gt;316&lt;/a&gt;] Steiner R., La philosophie de la libert&#233;, ibid., p. 52.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-317' id='nb6-317' class='spip_note' title='Notes 6-317' rev='footnote'&gt;317&lt;/a&gt;] Ibid., p. 88-89.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-318' id='nb6-318' class='spip_note' title='Notes 6-318' rev='footnote'&gt;318&lt;/a&gt;] Ibid., p. 93.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-319' id='nb6-319' class='spip_note' title='Notes 6-319' rev='footnote'&gt;319&lt;/a&gt;] Dictionnaire Le Robert, article &#171; solipsisme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-320' id='nb6-320' class='spip_note' title='Notes 6-320' rev='footnote'&gt;320&lt;/a&gt;] Except&#233;, encore et sans exclusive, les propri&#233;t&#233;s &#233;mergentes des grandes masses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-321' id='nb6-321' class='spip_note' title='Notes 6-321' rev='footnote'&gt;321&lt;/a&gt;] Nous avons sugg&#233;r&#233; plus haut qu'il se pourrait que cette &#233;tape produise d'elle-m&#234;me l'&#233;tat ultime supput&#233; par Steiner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-322' id='nb6-322' class='spip_note' title='Notes 6-322' rev='footnote'&gt;322&lt;/a&gt;] Steiner R., La science occulte, op. cit., p. 336.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-323' id='nb6-323' class='spip_note' title='Notes 6-323' rev='footnote'&gt;323&lt;/a&gt;] Ibid., p. 113. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-324' id='nb6-324' class='spip_note' title='Notes 6-324' rev='footnote'&gt;324&lt;/a&gt;] Steiner R., Le seuil du monde spirituel, op. cit., p. 75-76.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-325' id='nb6-325' class='spip_note' title='Notes 6-325' rev='footnote'&gt;325&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-326' id='nb6-326' class='spip_note' title='Notes 6-326' rev='footnote'&gt;326&lt;/a&gt;] Ibid., p. 77.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-327' id='nb6-327' class='spip_note' title='Notes 6-327' rev='footnote'&gt;327&lt;/a&gt;] Ibid., p. 53.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-328' id='nb6-328' class='spip_note' title='Notes 6-328' rev='footnote'&gt;328&lt;/a&gt;] Ibid., p. 54.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-329' id='nb6-329' class='spip_note' title='Notes 6-329' rev='footnote'&gt;329&lt;/a&gt;] Ibid., p. 58-59.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-330' id='nb6-330' class='spip_note' title='Notes 6-330' rev='footnote'&gt;330&lt;/a&gt;] Ibid., p. 59.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-331' id='nb6-331' class='spip_note' title='Notes 6-331' rev='footnote'&gt;331&lt;/a&gt;] Steiner R., La science occulte, p. 325.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-332' id='nb6-332' class='spip_note' title='Notes 6-332' rev='footnote'&gt;332&lt;/a&gt;] Ibid., p. 319-320.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-333' id='nb6-333' class='spip_note' title='Notes 6-333' rev='footnote'&gt;333&lt;/a&gt;] Ari&#232;s P., Anthroposophie : enqu&#234;te sur un pouvoir occulte, p. 286.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Conclusions de la deuxi&#232;me partie</title>
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		<dc:date>2007-11-03T00:47:09Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>Envisager les &#339;uvres des fondateurs en tant que critiques de la soci&#233;t&#233; nous a invit&#233; &#224; resituer leurs d&#233;marches dans un effort de compr&#233;hension et de distanciation vis-&#224;-vis des logiques &#224; l'&#339;uvre dans la modernit&#233; occidentale. Ce sont, en effet, les rapports de notre civilisation moderne &#224; la nature, &#224; l'agriculture, aux agriculteurs, qui sont interrog&#233;s, sur au moins deux plans, dans le creuset probl&#233;matique fondateur de l'agrobiologie. D'abord du point de vue d'une philosophie du rapport culturel de (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-L-agriculture-biologique-comme-critique-sociale-.html" rel="directory"&gt;L'agriculture biologique comme critique sociale&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Envisager les &#339;uvres des fondateurs en tant que critiques de la soci&#233;t&#233; nous a invit&#233; &#224; resituer leurs d&#233;marches dans un effort de compr&#233;hension et de distanciation vis-&#224;-vis des logiques &#224; l'&#339;uvre dans la modernit&#233; occidentale. Ce sont, en effet, les rapports de notre civilisation moderne &#224; la nature, &#224; l'agriculture, aux agriculteurs, qui sont interrog&#233;s, sur au moins deux plans, dans le creuset probl&#233;matique fondateur de l'agrobiologie. D'abord du point de vue d'une &lt;em&gt;philosophie du rapport culturel de l'homme et de la soci&#233;t&#233; &#224; nature&lt;/em&gt;. Nature, sph&#232;re du divin, et question de l'agir humain, sont abord&#233;es &#224; travers des discussions relevant du romantisme politique, tel que mis en lumi&#232;re par M. L&#246;wy et R. Sayre : ici sur l'&#233;quilibre social et &#233;cologique (chez Howard et les pionniers du mouvement organique, comme chez M&#252;ller), l&#224; sur le th&#232;me du retour au paradis originel ou de l'harmonie avec la nature biologique premi&#232;re [&lt;a href='#nb7-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Th&#232;me que l'on retrouve aussi dans les mouvements de Lebensreform et du (...)' id='nh7-1'&gt;1&lt;/a&gt;], en critiquant l'intervention technique (chez M. Fukuoka et H.-P. Rusch), &#233;galement chez Rudolf Steiner, avec un appel au r&#233;enchantement occulte de la nature, y compris la nature humaine, gr&#226;ce &#224; une g&#233;n&#233;ralisation de l'initiation &#233;sot&#233;rique. Rappelons ici que la compr&#233;hension difficile et partielle de l'&#233;sot&#233;risme steinerien ouvre n&#233;anmoins, avec un recul historique et philosophique suffisant, au d&#233;passement rigoureux et raisonnable - nous esp&#233;rons l'avoir montr&#233; - du scientisme &#233;troit. Ensuite, c'est une &lt;em&gt;philosophie du rapport mat&#233;riel &#224; la nature&lt;/em&gt; qui sert de support &#224; la critique de la modernit&#233; occidentale. Primat du respect et de l'entretien de la fertilit&#233; du donn&#233; naturel, &#233;thique de l'usage des ressources vis-&#224;-vis des g&#233;n&#233;rations futures, r&#233;flexion sur la place de l'argent et du profit vis-&#224;-vis de l'agriculture de subsistance et de la p&#233;rennit&#233; des sols cultiv&#233;s, qualit&#233; de l'agriculture et qualit&#233; des nourritures produites, constituent quelques-uns des th&#232;mes de th&#233;ories du d&#233;veloppement ou de programmes politiques aux contours d&#233;j&#224; pr&#233;cis&#233;s : Albert Howard a propos&#233; ses services au gouvernement de son pays pendant la seconde guerre mondiale, afin de g&#233;rer l'agriculture et l'alimentation nationale ; Hans M&#252;ller a men&#233; d'abord une carri&#232;re politique, de la fin de la premi&#232;re guerre mondiale &#224; la fin de la seconde, proposant, &#224; contre-courant, des solidarit&#233;s entre paysans et les autres citoyens. Masanobu Fukuoka d&#233;fendait aussi une logique sociale en accord avec l'esprit de son agriculture du salut : un monde de paysans et de villages, o&#249; l'&#233;change commercial mon&#233;taire serait anecdotique. En revanche, et malgr&#233; ses contorsions pour assumer &lt;em&gt;l'homo oeconomicus&lt;/em&gt; sous l'homme &#171; spirituel &#187; et faire de l'anthroposophie une &#171; troisi&#232;me voie &#187; entre communisme et capitalisme [&lt;a href='#nb7-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Avec son projet de &#171; Tripartition sociale &#187;. Cf. Ari&#232;s P., Anthroposophie : (...)' id='nh7-2'&gt;2&lt;/a&gt;], notre analyse a montr&#233; que Steiner &#233;tait l'auteur le moins s&#233;rieusement critique des th&#233;ories de l'&#233;conomie moderne (notamment en acceptant le primat de l'&#233;change) et de l'exploitation capitaliste du monde.
&lt;br /&gt;A une &#233;poque paradoxale pour les mouvements d'agriculture biologique, entre une large et croissante reconnaissance par la population, une marginalit&#233; qui dure en terme de surfaces et d'agriculteurs convertis &#224; sa m&#233;thode et son projet &#233;cologique, et les faiblesses &#171; bien r&#233;elles &#187; de &#171; la r&#233;glementation bio europ&#233;enne sur la taille des fermes, l'autonomie technique ou les actions environnementales &#187;, il est bon de reprendre la ligne des courants fondateurs. Non seulement en mettant plus en &#339;uvre des r&#232;gles de bases inspir&#233;es des principes originels retravaill&#233;s, telles celles de l'IFOAM reconnues par le &lt;em&gt;Codex alimentarius&lt;/em&gt; - &#171; inscription de l'agriculture dans les cycles naturels et dans son environnement, autonomie technique et politique des communaut&#233;s rurales, relocalisation de l'agriculture &#187; [&lt;a href='#nb7-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Caplat J., Paradoxes de l'agriculture biologique en France, in Ecologie (...)' id='nh7-3'&gt;3&lt;/a&gt;] - mais aussi &lt;em&gt;en ravivant l'anticapitalisme essentiel des fondateurs&lt;/em&gt; Howard, M&#252;ller, et M. Fukuoka. L'esprit de lutte, pour l'entretien &#233;cologique de la fertilit&#233; des sols, pour les libert&#233;s paysannes, pour des nourritures de qualit&#233;, pour un d&#233;veloppement &#233;conomique mesur&#233;, et contre la manipulation des lois publiques en faveur des lobbies industriels et financiers, constitue une dimension difficile, exigeante, mais inali&#233;nable de l'identit&#233; agrobiologique. Aujourd'hui, l'un des probl&#232;mes de la reconnaissance l&#233;gislative de l'agriculture biologique est peut-&#234;tre la propension de cette situation &#224; masquer la p&#233;rennit&#233; parall&#232;le d'un antagonisme profond entre le projet agrobiologique et la dynamique du syst&#232;me &#233;tatique, capitaliste, et industriel [&lt;a href='#nb7-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous pourrions presque ici abonder globalement dans le sens de la critique (...)' id='nh7-4'&gt;4&lt;/a&gt;]. Oublier que la reconnaissance publique - en France - s'est enclench&#233;e pour de simples motifs d'&#233;quilibre de la balance commerciale du &#171; secteur &#233;conomique bio &#187; [&lt;a href='#nb7-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme nous l'avait rappel&#233; Claude Aubert, traducteur de H.-P. Rusch et figure (...)' id='nh7-5'&gt;5&lt;/a&gt;], c'est risquer d'imaginer que les pouvoirs publics pourraient v&#233;ritablement finir par engager une politique s&#233;rieuse de d&#233;veloppement de l'agrobiologie, de la production &#224; la commercialisation en passant par l'installation rurale et l'agronomie. A l'heure de l'extension autrement plus importante des chim&#232;res OGM, rappelons avec fermet&#233; que les fondateurs ont d'abord et essentiellement mis&#233;s sur leurs propres forces et celle de &lt;em&gt;l'auto-organisation&lt;/em&gt; pour initier l'agriculture biologique. L'opposition entre, d'un c&#244;t&#233;, la logique d'une agriculture et d'une alimentation &#233;cologique, de l'autre, le primat du profit dans l'ordre industriel &#233;tabli, n'est pas une figure de style. Elle est le fruit d'une longue histoire. Il vaut mieux la comprendre pour en tirer des le&#231;ons claires, en vue d'un positionnement politique plus fid&#232;le des acteurs de l'agrobiologie vis-&#224;-vis de &lt;em&gt;l'identit&#233; culturelle&lt;/em&gt; qu'ils cherchent &#224; assumer. Peut-&#234;tre ce travail historique et r&#233;flexif peut-il aussi d&#233;boucher sur une motivation renforc&#233;e &#224; d&#233;fendre la coh&#233;rence globale de l'esprit du projet agrobiologique aupr&#232;s du public, et ainsi participer au changement du rapport de force social et &#233;conomique en sa faveur, et plus largement, en faveur d'un authentique &#171; pacte &#233;cologique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En vue d'essayer de porter notre niveau d'analyse &#224; la hauteur qui a permis aux fondateurs de l'agrobiologie un tel regard global, il fallait, &#224; notre tour, revenir sur l'histoire du rapport occidental &#224; la nature et &#224; l'agriculture. Dans la perspective de l'histoire longue des cultures humaines, nous avons vu que le rapport occidental &#224; la nature s'est nou&#233; dans le geste de &lt;em&gt;s&#233;paration&lt;/em&gt; de la sph&#232;re du sacr&#233; et du divin d'avec la sph&#232;re de la n&#233;cessit&#233; naturelle. Mais l'affirmation progressive d'une possibilit&#233; de conna&#238;tre et d'utiliser la nature, comme d'organiser la soci&#233;t&#233; hors de la r&#233;f&#233;rence &#224; un Absolu, ou &#224; une crainte ant&#233;rieure d'offenser les dieux, s'est accompagn&#233;e d'une &#233;vacuation du questionnement &#233;thique sur la valeur d'une telle affirmation autonome de l'homme et de la civilisation. Avec l'&#233;vacuation du divin dans la nature, puis la mise &#224; l'&#233;cart de la question de Dieu, c'est l'homme avant tout r&#233;duit &#224; son agir et &#224; l'efficacit&#233; de son agir qui a occup&#233; le premier plan. Un ensemble de facteurs bien connus ont contribu&#233; &#224; faire de &lt;em&gt;l'Occident une civilisation de la puissance&lt;/em&gt;. On peut citer la raison grecque et son autonomisation par rapport aux mythes ; le monoth&#233;isme abrahamique et l'accentuation des distances entre Dieu, nature, et humanit&#233; ; l'humanisme occidental ; la croyance au progr&#232;s ; l'esprit d'entreprise et le capitalisme ; la m&#233;thodologie scientifique et ses succ&#232;s technologiques. Si bien des civilisations du pass&#233; ont pu d&#233;grader leur environnement, l'Occident moderne a acquis, &#224; partir de la R&#233;volution industrielle, une capacit&#233; d'innovation technologique in&#233;dite et impressionnante mais aussi une capacit&#233; de nuire d'une ampleur comparable. Tandis que la culture occidentale s'est d&#233;lest&#233;e du poids des dieux et de la peur d'intervenir dans le cours des choses, &#224; peu pr&#232;s rien, jusqu'&#224; l'or&#233;e du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, n'a &#233;t&#233; tent&#233; pour r&#233;guler cette puissance manipulatrice croissante. Cependant, avec l'extension des usines, de la colonisation, et de l'exploitation des ressources, se sont d&#233;velopp&#233;s des courants de contestation, plus ou moins marqu&#233;s de romantisme, tant&#244;t plus centr&#233;s sur le soulagement de la mis&#232;re sociale, tant&#244;t plus soucieux d'&#233;conomiser les ressources et d'&#233;tablir un &#233;quilibre entre exploitation et entretien de celles-ci. Cette id&#233;e de g&#233;rer les ressources s'appliquent particuli&#232;rement aux biens renouvelables, tels les sols ou les for&#234;ts, au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Des auteurs ont d&#233;nonc&#233;, &#224; partir des ann&#233;es 1830, &#224; la suite du g&#233;ographe Friedrich Ratzel (1844-1904), &#171; l'&#233;conomie de pillage &#187;, la &lt;em&gt;Raubwirtschaft [&lt;a href='#nb7-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Matagne P., Aux origines de l'&#233;cologie, Les naturalistes en France de 1800 &#224; (...)' id='nh7-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. Jusqu'aux ann&#233;es 1880, afin que l'aventure de l'Occident, devenu civilisation industrielle, ne tourne pas court, on se soucie encore, m&#234;me na&#239;vement [&lt;a href='#nb7-7' class='spip_note' rel='footnote' title='En c&#233;dant &#224; une mythologie du sol &#171; myst&#233;rieux &#187; purificateur ou d&#233;sinfectant (...)' id='nh7-7'&gt;7&lt;/a&gt;], de boucler les cycles de mati&#232;res, pour reprendre une expression de l'&#233;cologie industrielle contemporaine [&lt;a href='#nb7-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Barles S., L'invention des d&#233;chets urbains, France : 1790-1970, ibid., p. (...)' id='nh7-8'&gt;8&lt;/a&gt;]. Mais &#224; partir des ann&#233;es 1880, le &lt;em&gt;cloisonnement&lt;/em&gt; s'accentue dans la soci&#233;t&#233; occidentale, aussi bien entre la ville et la campagne, entre les activit&#233;s de r&#233;cup&#233;ration et l'industrie [&lt;a href='#nb7-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Barles S., ibid., p. 137-164.' id='nh7-9'&gt;9&lt;/a&gt;], ou entre disciplines scientifiques [&lt;a href='#nb7-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Matagne P., Aux origines de l'&#233;cologie, Les naturalistes en France de 1800 &#224; (...)' id='nh7-10'&gt;10&lt;/a&gt;], par exemple. Sir Albert Howard nous est cependant apparu comme parfaitement en phase avec ces interrogations et critiques de l'exploitation occidentale du monde, &#224; travers sa d&#233;nonciation du pillage de la fertilit&#233; mondiale. Comme bien d'autres, &#224; l'instar de ce naturaliste bordelais du milieu du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, angoiss&#233;s par le caract&#232;re d&#233;s&#233;quilibr&#233; de la logique industrielle de la modernit&#233; occidentale, Howard, M. Fukuoka, Rusch, craignaient, derri&#232;re la d&#233;gradation de la nature, la fin du progr&#232;s ou la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des hommes : &#171; l'homme a le plus grand int&#233;r&#234;t &#224; m&#233;nager les d&#233;p&#244;ts de combustible min&#233;ral et &#224; planter des for&#234;ts, car s'il d&#233;truit les uns et les autres, et s'il n'invente pas de nouveaux moyens pour condenser les forces in&#233;puisables qui se trouvent dans le soleil, il sera condamn&#233; &#224; une d&#233;gradation sociale rapide &#187; [&lt;a href='#nb7-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Baudrimont A., Dynamique des &#234;tres vivants, Acad&#233;mie des sciences, (...)' id='nh7-11'&gt;11&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, pour comprendre les fondateurs de l'agrobiologie, il ne faudrait pas non plus manquer de tenir compte de l'exp&#233;rience paysanne personnelle des Howard, M&#252;ller, et M. Fukuoka. Dans la critique de l'&#233;conomie et du d&#233;veloppement de la modernit&#233;, ces racines les poussent &#224; souligner l'impact n&#233;gatif sur les sols fertiles mais aussi sur les modes de vie de ceux qui les cultivent, afin d'assouvir les &lt;em&gt;besoins primaires &lt;/em&gt;de la population. Il serait alors dommage de ne pas revenir sur deux causes sans doute plus profondes de la &lt;em&gt;s&#233;paration occidentale entre logique de l'exploitation et logique de la conservation&lt;/em&gt;. La premi&#232;re est sans doute l'origine urbaine perp&#233;tu&#233;e de la tradition philosophique occidentale [&lt;a href='#nb7-12' class='spip_note' rel='footnote' title='En admettant que les philosophies &#233;tablies ont toujours une influence, m&#234;me (...)' id='nh7-12'&gt;12&lt;/a&gt;]. En soulignant ce fait avec Max Scheler, on rel&#232;vera une double opposition, avec les Pr&#233;socratiques et avec la pens&#233;e orientale, les deux clivages ayant le m&#233;rite suppl&#233;mentaire de nous aider &#224; comprendre pourquoi l'&#339;uvre de Masanobu Fukuoka a pu para&#238;tre stimulante aux agrobiologistes europ&#233;ens de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, en invitant &#224; porter la r&#233;flexion au-del&#224; de notre tradition artificialiste : &#171; L'antagonisme de la campagne et de la ville surgit clairement dans l'opposition entre la philosophie pr&#233;socratique de la nature, n&#233;e dans les colonies, et, de l'autre c&#244;t&#233;, Anaxagore ou Socrate, lequel &#171; ne pouvait rien apprendre des arbres &#187; - opposition qui s'exprime dans la th&#233;orie de l'Esprit, du &#171; Nous &#187;, qui &#233;merge avec les Pr&#233;socratiques. La m&#233;taphysique de l'Inde est une &#171; m&#233;taphysique des for&#234;ts &#187; (comme le dit excellemment Tagore dans son livre &lt;em&gt;Sadhana&lt;/em&gt;), et pr&#233;suppose une relation tout &#224; fait imm&#233;diate avec la nature, l'exp&#233;rience d'une union et d'une immersion de l'&#226;me dans tout ce qui est vivant et la conscience presque m&#233;taphysiquement d&#233;mocratique d'une unit&#233; de l'homme m&#234;me avec toute forme de vie infra-humaine (et cela d&#233;j&#224; dans la p&#233;riode ant&#233;rieure au bouddhisme). La quasi-totalit&#233; de la m&#233;taphysique occidentale est en revanche un produit de la pens&#233;e citadine : fait qui permet de comprendre qu'&#224; sa base l'on puisse trouver d'embl&#233;e une mani&#232;re totalement diff&#233;rente, pour la pens&#233;e humaine, d'avoir conscience de soi et de s'interpr&#233;ter, &#224; savoir comme une r&#233;alit&#233; dominant souverainement toute forme de nature &#187; [&lt;a href='#nb7-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Scheler M., Sociologie de la m&#233;taphysique, in Probl&#232;mes de sociologie de la (...)' id='nh7-13'&gt;13&lt;/a&gt;]. Dans cet &#233;clairage, et dans notre civilisation, la domination socio-&#233;conomique mill&#233;naire des paysans europ&#233;ens, en les privant notamment de la libert&#233; de vendre &#224; leur guise, comme le m&#233;pris larv&#233; ou explicite de la vie et du travail des hommes et femmes de la terre, mais aussi l'ignorance r&#233;pandue quant aux enjeux vitaux de l'entretien des sols agricoles, ou la difficult&#233; &#224; garder conscience du primat des besoins primaires (au premier rang desquels se trouve une nourriture suffisante et saine) sur les autres, tout cela devient plus compr&#233;hensible.
&lt;br /&gt;Une deuxi&#232;me cause profonde vient renforcer ce malaise occidental avec le respect de la nature : il s'agit de la faiblesse de la tradition chr&#233;tienne quant &#224; l'attitude &#224; adopter vis-&#224;-vis de la nature. Non pas que la Bible incite &#224; dominer brutalement la nature, ce serait un contresens - qui est loin d'&#234;tre toujours &#233;vit&#233; -, &#224; la fois sur le sens de &#171; dominer &#187; dans la Gen&#232;se, et &#224; la fois vis-&#224;-vis de l'esprit biblique m&#234;me, qui incite essentiellement &#224; admirer dans la nature une multitude de beaut&#233; faisant signe vers son origine divine. Mais plut&#244;t parce que la tradition chr&#233;tienne, depuis les P&#232;res de l'Eglise jusqu'ici, ne s'est gu&#232;re engag&#233;e dans la formulation et l'approfondissement, &#224; la lumi&#232;re de ses textes sacr&#233;s, d'une th&#233;ologie de la cr&#233;ation ou, dans des termes plus contemporains, d'une &#233;cologie chr&#233;tienne. La lutte contre le paganisme ne l'y a pas encourag&#233;. Les vies des missionnaires, &#171; qu'il s'agisse de saint Martin, de saint Germain d'Auxerre et de son pr&#233;d&#233;cesseur, l'&#233;v&#234;que Amator, en Gaule au IV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ou de saint Boniface, &#171; ap&#244;tre des Germains &#187; au VIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, mentionnent, dans des r&#233;cits &#233;logieux et souvent d&#233;taill&#233;s, comment ils s'acquittaient de cette &#339;uvre pie, en faisant abattre ou en abattant eux-m&#234;mes les arbres sacr&#233;s &#187; [&lt;a href='#nb7-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Brosse J., L'aventure des for&#234;ts en Occident, De la pr&#233;histoire &#224; nos jours, (...)' id='nh7-14'&gt;14&lt;/a&gt;]. Ces exemples ont &#233;t&#233; suivis par les souverains, tel Charlemagne, lorsqu'il a voulu convertir les Saxons. D'autre part, les premiers temps de l'extension du monachisme en Europe ont favoris&#233; plut&#244;t une id&#233;ologie du retrait des questions mat&#233;rielles du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;, plut&#244;t qu'un travail sur une th&#233;orie du progr&#232;s ici-bas. Si les monast&#232;res ont &#233;t&#233; ensuite un &#233;l&#233;ment moteur de la dynamique technologique et &#233;conomique m&#233;di&#233;vale, la tendance premi&#232;re au retrait du monde a laiss&#233; le champ libre aux entreprises et &#224; l'installation d'un esprit d'exploitation de la nature en Occident [&lt;a href='#nb7-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Par ailleurs moins pr&#233;sent dans le christianisme orthodoxe, qui cultive (...)' id='nh7-15'&gt;15&lt;/a&gt;]. Enfin, comme la plupart des cultures qui sont entr&#233;es en contact avec lui, le christianisme s'est accultur&#233; &#224; l'Occident moderne [&lt;a href='#nb7-16' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ce point, voir Bastaire J., Pour une &#233;cologie chr&#233;tienne, Cerf, 2004, op. (...)' id='nh7-16'&gt;16&lt;/a&gt;], d'autant plus qu'il a contribu&#233; &#224; le faire &#233;merger. Du coup, le christianisme moderne a souvent pris un tour dualiste, opposant le Ciel et la Terre, alors qu'une grande originalit&#233; de son Dieu est d'&#234;tre venu s'incarner ici-bas et de promettre la r&#233;demption &#224; l'homme &lt;em&gt;et &#224; l'ensemble de la cr&#233;ation&lt;/em&gt;.
&lt;br /&gt;Ces deux grandes causes aident un peu plus &#224; saisir pourquoi la culture occidentale a tant de mal &#224; formuler des philosophies et d&#233;marches scientifiques cr&#233;dibles pour penser un d&#233;veloppement durable. Hans Jonas rappelait le probl&#232;me en ces termes : &#171; Jusqu'&#224; pr&#233;sent, tous les efforts moraux de la philosophie concernaient les relations d'homme &#224; homme. La relation de l'homme vis-&#224;-vis de la nature n'a encore jamais fait l'objet d'une r&#233;flexion &#233;thique. C'est d&#233;sormais le cas, et il s'agit d'une nouveaut&#233; en philosophie. Mais cela ne signifie pas le moins du monde que nous soyons d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale &#224; la hauteur, que nous vouions ou que nous puissions consentir &#224; ce nouvel imp&#233;ratif moral &#187; [&lt;a href='#nb7-17' class='spip_note' rel='footnote' title='Jonas H., Une &#233;thique pour la nature, Ed. DDB, Paris, 2000 (Suhrkamp Verlag, (...)' id='nh7-17'&gt;17&lt;/a&gt;]. En pointant la question de la fertilit&#233; et de son pillage, en pensant positivement le rapport social de la soci&#233;t&#233; aux agriculteurs, en pensant le d&#233;veloppement dans la perspective de la durabilit&#233;, les fondateurs de l'agrobiologie se sont positionn&#233;s &#171; Au-del&#224; de la Tradition et de la Modernit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb7-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Del&#233;age E., Au-del&#224; de la Tradition et de la Modernit&#233; : le R&#233;seau (...)' id='nh7-18'&gt;18&lt;/a&gt;]. Ils ont rappel&#233; le &#171; primat du donn&#233; &#187;, et m&#234;me &#171; de l'archi-concret &#187;, au travers de la n&#233;cessit&#233; de nous nourrir sainement. Les &#233;tudes ne manquent plus pour abonder dans leur sens et souligner le r&#244;le de l'alimentation, et plus g&#233;n&#233;ralement de la qualit&#233; de l'environnement, dans la pr&#233;servation, la d&#233;gradation, ou le recouvrement de la sant&#233;. Mais ces id&#233;es ont parcouru d&#233;j&#224; l'id&#233;ologie du thermalisme et plus tard du naturisme, au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt;, puis dans la premi&#232;re moiti&#233; du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle [&lt;a href='#nb7-19' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Baub&#233;rot A., Histoire du Naturisme, Le mythe du retour &#224; la nature, PUR, (...)' id='nh7-19'&gt;19&lt;/a&gt;]. Dans l'esprit physiocratique, mais aussi dans celui de la bio&#233;conomie [&lt;a href='#nb7-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Georgescu-Roegen N., La d&#233;croissance, Entropie-&#233;cologie-&#233;conomie, Ed. Sang (...)' id='nh7-20'&gt;20&lt;/a&gt;], ils ont voulu casser la s&#233;paration de l'&#233;conomie d'avec l'entretien des ressources, et r&#233;tablir un d&#233;veloppement mat&#233;riel &#171; ench&#226;ss&#233; &#187; (K. Polanyi) dans les logiques naturelles et des logiques culturelles r&#233;gulatrices. Les pistes propos&#233;es par les Howard ou M&#252;ller dessinent ainsi une version de la probl&#233;matique agrobiologique occidentale engag&#233;e dans la recherche d'un d&#233;passement de notre &#171; m&#233;taphysique urbaine &#187;. Si l'on ne go&#251;te pas &#224; l'&#233;sot&#233;risme, qui, n&#233;anmoins &#233;tudi&#233; avec un recul historique et philosophique suffisant, ouvre raisonnablement au d&#233;passement du scientisme &#233;troit, et si l'on ne partage pas plus l'id&#233;ologie du non-agir et de l'immobilit&#233; fukuokienne, c'est du c&#244;t&#233; de ces fondateurs europ&#233;ens que l'on pourrait chercher &#224; creuser les alternatives agricoles et sociales d'aujourd'hui et de demain, pour les bases d'une &#233;conomie &#233;cologique progressiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le d&#233;fi des p&#232;res de l'agrobiologie allait au-del&#224; de leurs critiques de la soci&#233;t&#233; et de l'&#233;conomie occidentale, dans ses rapports &#224; la nature et &#224; l'agriculture. Les fondateurs ont voulu donner une assise scientifique, surtout chez Howard et Rusch, ainsi que mat&#233;rielle, &#224; leurs recherches d'alternatives agricoles et sociales. Il est temps maintenant d'&#233;tudier sous l'angle agronomique les variations, mais aussi l'unit&#233; de la perspective agrobiologique fondatrice sur la fertilit&#233; et la fertilisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-1' id='nb7-1' class='spip_note' title='Notes 7-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Th&#232;me que l'on retrouve aussi dans les mouvements de Lebensreform et du naturisme &#224; partir de la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, par exemple &#224; la communaut&#233; Monte Verita, dans le Tessin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-2' id='nb7-2' class='spip_note' title='Notes 7-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Avec son projet de &#171; Tripartition sociale &#187;. Cf. Ari&#232;s P., Anthroposophie : enqu&#234;te sur un pouvoir occulte, op. cit., p. 119-122.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-3' id='nb7-3' class='spip_note' title='Notes 7-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Cf. Caplat J., Paradoxes de l'agriculture biologique en France, in Ecologie et politique, 31/2005, p. 91-93.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-4' id='nb7-4' class='spip_note' title='Notes 7-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Nous pourrions presque ici abonder globalement dans le sens de la critique de Pierre Thuillier, qui reprenait l'expression de &#171; complexe scientifico-militaro-industriel &#187;. Cf. Thuillier P., Un d&#233;bat fin de si&#232;cle : la &#171; faillite de la science &#187;, in Science et soci&#233;t&#233;, Essai sur les dimensions culturelles de la science, Fayard, Livre de poche, p. 224-242, p. 239.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-5' id='nb7-5' class='spip_note' title='Notes 7-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Comme nous l'avait rappel&#233; Claude Aubert, traducteur de H.-P. Rusch et figure historique de la bio fran&#231;aise (Communication personnelle).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-6' id='nb7-6' class='spip_note' title='Notes 7-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Matagne P., Aux origines de l'&#233;cologie, Les naturalistes en France de 1800 &#224; 1914, p. 168-171.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-7' id='nb7-7' class='spip_note' title='Notes 7-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] En c&#233;dant &#224; une mythologie du sol &#171; myst&#233;rieux &#187; purificateur ou d&#233;sinfectant des &#171; r&#233;sidus dangereux ou incommodes &#187; et des &#171; substances nuisibles &#187; (cf. Barles S., L'invention des d&#233;chets urbains, France : 1790-1970, p. 123).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-8' id='nb7-8' class='spip_note' title='Notes 7-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Cf. Barles S., L'invention des d&#233;chets urbains, France : 1790-1970, ibid., p. 05-131. Sur le bouclage des cycles de mati&#232;res dans l'&#233;cologie industrielle, voir par exemple Erkman S., Vers une &#233;cologie industrielle, Ed. Charles L&#233;opold Mayer, p. 80-83.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-9' id='nb7-9' class='spip_note' title='Notes 7-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Barles S., ibid., p. 137-164.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-10' id='nb7-10' class='spip_note' title='Notes 7-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Matagne P., Aux origines de l'&#233;cologie, Les naturalistes en France de 1800 &#224; 1914, p. 169.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-11' id='nb7-11' class='spip_note' title='Notes 7-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Baudrimont A., Dynamique des &#234;tres vivants, Acad&#233;mie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, 1856, p. 440, cit&#233; in Matagne P., ibid., p. 168.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-12' id='nb7-12' class='spip_note' title='Notes 7-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] En admettant que les philosophies &#233;tablies ont toujours une influence, m&#234;me d&#233;grad&#233;e, sur les fa&#231;ons d'envisager et organiser les activit&#233;s productives et culturelles des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-13' id='nb7-13' class='spip_note' title='Notes 7-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Scheler M., Sociologie de la m&#233;taphysique, in Probl&#232;mes de sociologie de la connaissance, p. 134-143, p.140.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-14' id='nb7-14' class='spip_note' title='Notes 7-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Brosse J., L'aventure des for&#234;ts en Occident, De la pr&#233;histoire &#224; nos jours, Ed. JC Latt&#232;s, 2000, 497 p., p. 270.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-15' id='nb7-15' class='spip_note' title='Notes 7-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Par ailleurs moins pr&#233;sent dans le christianisme orthodoxe, qui cultive parall&#232;lement une spiritualit&#233; de la cr&#233;ation singuli&#232;rement plus riche que celle des traditions catholiques ou protestantes (cf. par exemple, en introduction, Bartholom&#233;e 1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;er&lt;/sup&gt;, Pour une Journ&#233;e de la cr&#233;ation, in l'Ecologiste, 9/2003, p. 61-63). Fran&#231;ois d'Assise fait plus figure d'exception que d'exemple dans la tradition chr&#233;tienne de l'Europe de l'ouest vis-&#224;-vis de la nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-16' id='nb7-16' class='spip_note' title='Notes 7-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] Sur ce point, voir Bastaire J., Pour une &#233;cologie chr&#233;tienne, Cerf, 2004, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-17' id='nb7-17' class='spip_note' title='Notes 7-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] Jonas H., Une &#233;thique pour la nature, Ed. DDB, Paris, 2000 (Suhrkamp Verlag, Frankfurt-am-Main, 1993), 161 p., p. 26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-18' id='nb7-18' class='spip_note' title='Notes 7-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Cf. Del&#233;age E., Au-del&#224; de la Tradition et de la Modernit&#233; : le R&#233;seau Agriculture Durable. Socio-anthropologie d'un mouvement social paysan de l'Ouest de la France, Th&#232;se de doctorat de l'Universit&#233; de Caen, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-19' id='nb7-19' class='spip_note' title='Notes 7-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] Cf. Baub&#233;rot A., Histoire du Naturisme, Le mythe du retour &#224; la nature, PUR, 2004.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-20' id='nb7-20' class='spip_note' title='Notes 7-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Cf. Georgescu-Roegen N., La d&#233;croissance, Entropie-&#233;cologie-&#233;conomie, Ed. Sang de la terre, 1995.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Conclusions de la troisi&#232;me partie</title>
		<link>http://www.ecolotech.eu/Conclusions-de-la-troisieme-partie.html</link>
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		<dc:date>2007-11-03T00:47:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>Aux origines de l'agriculture biologique, l'agrochimie n'est pas consid&#233;r&#233;e comme un v&#233;ritable progr&#232;s agricole. Progresser en agriculture, c'est, pour les fondateurs, viser quantit&#233; et qualit&#233; des r&#233;coltes tout en s'assurant que l'on travaille la terre en faisant droit aux g&#233;n&#233;rations futures de pouvoir ind&#233;finiment se nourrir de ses fruits. Or, suivant Howard, l'agrochimie a initi&#233; une rupture entre les deux moiti&#233;s de la t&#226;che agricole, &#224; savoir cultiver la terre, d'un c&#244;t&#233;, en r&#233;colter les fruits, de (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-L-ensemble-technique-agrobiologique-une-approche-centree-.html" rel="directory"&gt;L'ensemble technique agrobiologique : une approche centree sur le sol&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Aux origines de l'agriculture biologique, l'agrochimie n'est pas consid&#233;r&#233;e comme un v&#233;ritable progr&#232;s agricole. Progresser en agriculture, c'est, pour les fondateurs, viser quantit&#233; et qualit&#233; des r&#233;coltes tout en s'assurant que l'on travaille la terre en faisant droit aux g&#233;n&#233;rations futures de pouvoir ind&#233;finiment se nourrir de ses fruits. Or, suivant Howard, l'agrochimie a initi&#233; une rupture entre les deux moiti&#233;s de la t&#226;che agricole, &#224; savoir cultiver la terre, d'un c&#244;t&#233;, en r&#233;colter les fruits, de l'autre. Malgr&#233; des rendements souvent bas, l'agriculture traditionnelle parvenait &#224; maintenir le potentiel de productivit&#233; de ses sols, en proc&#233;dant &#224; une fertilisation toute empirique, et &#224; d'autres exp&#233;dients culturaux, comme la rotation des cultures et la jach&#232;re altern&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec la R&#233;volution industrielle, la pression sur la fertilit&#233; des sols europ&#233;ens s'est accrue. On a pris l'habitude de recourir &#224; des importations de denr&#233;es agricoles ou de mati&#232;res fertilisantes &#233;trang&#232;res (comme le guano) tout en multipliant, au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les tentatives de r&#233;cup&#233;ration des r&#233;sidus urbains et industriels pour entretenir la productivit&#233; des champs. La chimie agricole a permis de d&#233;couvrir l'importance de certains min&#233;raux dans l'alimentation des plantes, ainsi que de nouveaux proc&#233;d&#233;s pour produire des fertilisants dou&#233;s d'une efficacit&#233; r&#233;guli&#232;rement impressionnante. Mais les fondateurs de l'agrobiologie ont point&#233; l'envers de la m&#233;daille des rendements et de la biomasse produites aux engrais NPK. Ils furent conscients de la tendance progressive &#224; la mise sous d&#233;pendance industrielle des paysans entra&#238;n&#233;s dans la logique des produits de synth&#232;se. Hans M&#252;ller, Hans Peter Rusch, et Masanobu Fukuoka d&#233;plor&#232;rent la tendance culturelle accompagnant le repli des agriculteurs sur un travail &#171; m&#233;canique &#187; &#224; base de plan de fumure et traitements chimiques : au-del&#224; de sa p&#233;nibilit&#233;, ce que le travail et la vie de paysan pouvaient avoir d'&#233;panouissant pour l'homme, au niveau de sa connaissance de la nature et de sa vie philosophique et spirituelle, semblait d&#233;valoris&#233; et d&#233;pass&#233;. Comme si la &#171; mentalit&#233; NPK &#187; marquait une sorte de fin du progr&#232;s agricole. Ainsi, il n'est sans doute pas d&#233;plac&#233; d'interpr&#233;ter la r&#233;action des fondateurs vis-&#224;-vis de l'agrochimie comme l'expression d'un sentiment de mal &#224; l'aise par rapport &#224; une explication de la fertilit&#233; ramenant l'essentiel des sols a du min&#233;ral et du gazeux. L'intuition traditionnelle d'un lien entre compos&#233;s vivants dans les sols et fertilit&#233; &#8211; comme dans le principe de similitude &#8211;, trouva sa confirmation avec les travaux des biologistes et microbiologistes de la seconde moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Les fondateurs de la bio avaient d&#233;sormais une base solide pour rendre plausible leur th&#232;se du primat des facteurs biologiques dans la compr&#233;hension des m&#233;canismes de la fertilit&#233;. Le th&#232;me de la carence, ou de la susceptibilit&#233; aux maladies des plantes agricoles cultiv&#233;es aux engrais chimiques, pouvait alors &#234;tre plus facilement pr&#233;sent&#233; sous l'angle de &#171; l'artifice &#187;, au sens p&#233;joratif, c'est-&#224;-dire comme une cons&#233;quence d'une fumure trop &#233;loign&#233;e des r&#233;alit&#233;s de la physiologie des plantes &lt;em&gt;dans leur milieu naturel&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, une bonne partie des critiques des fondateurs converge-t-elle sur la th&#232;se de l'oubli agrochimique du sol, en tant que milieu vivant, ensemble de processus permettant, comme chez Rusch, un potentiel de productivit&#233; plus ou moins important, pour les v&#233;g&#233;taux de surface. Une autre partie des critiques, chez Rusch, et de mani&#232;re un peu moins pr&#233;gnante chez Howard, tend &#224; insister, voire &#224; survaloriser, face aux tenants de la nutrition min&#233;rale, le r&#244;le de la nutrition organique des plantes. Sans doute ces attaques &#233;taient-elles le fruit de plusieurs motivations, mais la recherche g&#233;n&#233;rale d'une compr&#233;hension d'abord biologique des questions agricoles y a certainement jou&#233; un r&#244;le majeur. Tel un leitmotiv souterrain, ces fondateurs auraient voulu trouv&#233; quel engrais &#171; biologique &#187; correspondait le mieux aux processus vivants entretenant la fertilit&#233; des sols et la productivit&#233; des plantes. Mais il faut conclure en redisant que le th&#232;me de l'oubli du sol est seul vraiment central et transversal dans la critique de l'agrochimie men&#233;e par les fondateurs. Oublier le sol et produire des denr&#233;es d&#233;finissables comme &#171; une synth&#232;se &#187;, un &#171; m&#233;lange d'aliments artificiels, de produits chimiques et d'hormones &#187; [&lt;a href='#nb8-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, op. cit., p. (...)' id='nh8-1'&gt;1&lt;/a&gt;] ? La qualit&#233; moindre, en g&#233;n&#233;ral, des produits issus de l'agrochimie, n'est pas, historiquement, le premier probl&#232;me que l'agrochimie, dans le contexte de l'agriculture moderne, a r&#233;v&#233;l&#233; au grand public. Tous les fondateurs, sans exception, r&#233;fl&#233;chissent au probl&#232;me de la d&#233;sertification. Depuis le Dust Bowl am&#233;ricain des ann&#233;es 1920-1930, jusqu'au rappel des chutes de civilisations en insistant sur le r&#244;le de l'&#233;rosion des sols, les fondateurs ont des arguments de poids pour mettre en garde contre le manque d'attention &#224; la fragilit&#233; des sols. Faire pousser partout des plantes selon les lois de la chimie agricole &lt;em&gt;uniquement&lt;/em&gt;, c'est s'exposer, &#224; terme, &#224; devoir &#233;tablir de co&#251;teuses installations hydroponiques &#224; la place des sols plus ou moins fertiles ant&#233;rieurs. Masanobu Fukuoka rapporte des situations contemporaines s'approchant de cette caricature, dans des cultures fruiti&#232;res de Californie [&lt;a href='#nb8-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 29-37.' id='nh8-2'&gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, d'une seule voix, les fondateurs reconnaissent que le destin agricole de l'oubli du sol est sa disparition. Mais ils ne s'accordent qu'imparfaitement sur la nature des actes &#224; mettre en &#339;uvre pour entretenir la terre et ainsi r&#233;pondre &#224; leur principe &#171; Nourris ton sol et tu nourriras tes plantes &#187; [&lt;a href='#nb8-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Pfeifffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 85.' id='nh8-3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Sir Albert Howard se penche effectivement, et fondamentalement, sur la dynamique des sols, en pointant l'importance d&#233;cisive de l'humus dans la p&#233;dologie. Mais Hans Peter Rusch privil&#233;gie son cycle de la substance vivante. Ce dernier semble un peu se r&#233;fugier dans une d&#233;fense abstraite de la moindre intervention, en demeurant assez peu sensible &#224; la relative autonomie du fonctionnement du syst&#232;me sol-plante. Tandis que Masanobu Fukuoka place la nature au centre de sa m&#233;ditation : la complexit&#233;, au-del&#224; du sol, caract&#233;riserait le tout et interdirait une v&#233;ritable intelligibilit&#233;. Le mieux serait alors de pratiquer une agriculture semi-sauvage, sans plus pr&#233;tendre &#171; cultiver &#187; la terre, en aspirant presque seulement &#224; une insertion discr&#232;te de nos plantes domestiques dans les logiques des &#233;cosyst&#232;mes spontan&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne revenons pas ici sur la diff&#233;rence entre l'apport d'humus par compostage en tas ou &#233;pandage des d&#233;chets sans pr&#233;paration particuli&#232;re, si ce n'est un broyage, sur la surface des champs. Soulignons plut&#244;t l'&#233;cart entre la volont&#233; de faire de l'humus, pour combler les exportations de fertilit&#233; op&#233;r&#233;es par les r&#233;coltes, et la volont&#233; de faire participer directement la nature et ses processus spontan&#233;s &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration des sols de la ferme. Entre proposition d'une fertilisation &#224; base d'humus et investigation des m&#233;canismes de la fertilit&#233; et de la p&#233;dog&#233;n&#232;se, des fondateurs comme Howard, et surtout M. Fukuoka, ont r&#233;-ouvert la voie d'un mod&#232;le forestier de l'agriculture. Cette piste, nettement diff&#233;renci&#233;e de la perspective de la chimie agricole, offre l'occasion de poser, &#224; nouveaux frais, la recherche d'un point de vue rationnel et scientifique plus large et plus harmonieux sur les probl&#232;mes de la fertilit&#233; des sols et de la fertilisation agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre quatri&#232;me et derni&#232;re partie, apr&#232;s un essai de bilan pour chacune des &#339;uvres fondatrices, s'attachera aux nouvelles perspectives agronomiques envisageables aujourd'hui &#224; la suite d'une reprise comparative de ces d&#233;marches. Ce sera aussi l'heure de revenir sp&#233;culativement sur l'actualit&#233; du projet agrobiologique concernant une agriculture proche de la nature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-1' id='nb8-1' class='spip_note' title='Notes 8-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, op. cit., p. 122.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-2' id='nb8-2' class='spip_note' title='Notes 8-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 29-37.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-3' id='nb8-3' class='spip_note' title='Notes 8-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Cf. Pfeifffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 85.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'agriculture biologique et la fertilit&#233; dans la probl&#233;matique scientifique complexe de l'agriculture</title>
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		<dc:date>2007-11-03T00:47:05Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>On ne saurait trop insister sur la complexit&#233; du probl&#232;me de l'agronomie et de son histoire. D'une certaine fa&#231;on, l'agriculture pose l'ensemble des questions du rapport de l'homme &#224; la nature. Bernard Palissy disait que nul autre art n'avait plus besoin de philosophie. L'agronomie est, en effet, un objet hybride, dot&#233; d'une ambigu&#239;t&#233; essentielle que l'on ne peut pas lui &#244;ter. Elle est une &#171; &#233;tude scientifique des probl&#232;mes (physiques, chimiques, biologiques) que pose la pratique de l'agriculture &#187;. Il s'agit (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-L-ensemble-technique-agrobiologique-une-approche-centree-.html" rel="directory"&gt;L'ensemble technique agrobiologique : une approche centree sur le sol&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On ne saurait trop insister sur la complexit&#233; du probl&#232;me de l'agronomie et de son histoire [&lt;a href='#nb9-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette complexit&#233; est rappel&#233;e &#224; l'envie par Jan Dessau et Yves Le Pape (...)' id='nh9-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. D'une certaine fa&#231;on, l'agriculture pose l'ensemble des questions du rapport de l'homme &#224; la nature. Bernard Palissy disait que nul autre art n'avait plus besoin de philosophie. L'agronomie est, en effet, un objet hybride, dot&#233; d'une ambigu&#239;t&#233; essentielle que l'on ne peut pas lui &#244;ter. Elle est une &#171; &#233;tude scientifique des probl&#232;mes (physiques, chimiques, biologiques) que pose la pratique de l'agriculture &#187;. Il s'agit donc d'une science humaine, puisqu'elle &#233;tudie l'agriculture, une invention de l'homme. Or, &#224; la diff&#233;rence d'autres objets des sciences humaines, par exemple l'&#233;tude des mentalit&#233;s religieuses, l'agriculture est en prise directe avec la nature (sols, climats, plantes, animaux&#8230;) [&lt;a href='#nb9-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Avec Delatouche, on peut dire que l'agriculture est &#171; l'activit&#233; la imbriqu&#233;e (...)' id='nh9-2'&gt;2&lt;/a&gt;]. L'agronomie, rang&#233;e dans le domaine des sciences humaines, appel&#233;es aussi sciences de la culture, m&#233;rite donc tout autant d'&#234;tre rang&#233;e dans les sciences de la nature. Ce double aspect de l'agronomie lui conf&#232;re sa nature hybride et son ambigu&#239;t&#233; : quel est l'ordre logique de l'&#233;tude scientifique de l'agriculture ? Doit-on d'abord &#233;tudier l'origine ainsi que l'histoire de l'agriculture, ainsi que les raisons d'agir des agriculteurs ? Ou bien doit-on consid&#233;rer que l'&#233;tude scientifique de la nature, sur laquelle agit l'agriculture, est prioritaire ? Ou bien encore, faut-il &#233;tudier directement les formations agricoles, v&#233;g&#233;tales ou animales, en consid&#233;rant que ces parcelles et ces &#234;tres vivants, domestiqu&#233;s pour certains depuis presque 10 000 ans, ont acquis une stabilit&#233; suffisante permettant d'en d&#233;gager les lois propres ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'agriculture biologique n'&#233;chappe pas &#224; cette complexit&#233;. Ses fondateurs, comme ses acteurs contemporains, tentent de comprendre et de pratiquer une agriculture qui soit en harmonie avec la nature. C'est donc l'&#233;tude de la nature qui semble &#234;tre la priorit&#233; logique de l'&#233;tude scientifique de l'agriculture pour les fondateurs de l'agriculture biologique. Mais force est de constater, &#224; l'&#233;tude des &#233;crits des fondateurs, que l'&#233;tude scientifique de la nature n'est pas th&#233;matis&#233;e comme telle. Les fondateurs font bien appel &#224; des travaux et r&#233;sultats des sciences de la nature, mais ils n'ont pas identifi&#233; th&#233;oriquement un processus ou un ensemble de processus naturels &#224; &#233;tudier dans le cadre d'une probl&#233;matique pr&#233;cise, ni d&#233;fini un ou des protocoles exp&#233;rimentaux, susceptibles de confirmer ou d'infirmer leurs hypoth&#232;ses, et de faire des pr&#233;dictions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, le discours des fondateurs multiplie les usages du mot &#171; nature &#187;. Howard ou Masanobu Fukuoka vont jusqu'&#224; sous-titrer ou titrer leur ouvrage de r&#233;f&#233;rence avec l'expression &#171; agriculture naturelle &#187;. C'est donc que leur ambition est grande, en ce qui concerne la connaissance de la nature. Autrement, comment penser, de mani&#232;re coh&#233;rente, que l'on propose une agriculture naturelle, c'est-&#224;-dire une agriculture qui suit la nature, voire, plus litt&#233;ralement, &#171; l'agriculture de la nature &#187;, &lt;em&gt;l'agriculture que pratique la nature&lt;/em&gt; ? Il faut, ici, reformuler cette id&#233;e &#171; d'agriculture de la nature &#187;, pour cerner de plus pr&#232;s ce que veulent comprendre de la nature les fondateurs. En fait, les fondateurs pensent avoir compris &lt;em&gt;comment la nature se cultive elle-m&#234;me&lt;/em&gt; &#8211; la culture &#233;tant prise, ici, au sens d'agriculture. &lt;em&gt;Le processus naturel qu'ils pensent avoir saisi, c'est le m&#233;canisme de la fertilit&#233; de la nature. &lt;/em&gt;L'&#233;tude critique de la pertinence des propositions des fondateurs de l'agriculture biologique peut - et doit, nous semble-t-il &#8211; s'arr&#234;ter d'abord sur la coh&#233;rence des intentions des fondateurs avec leurs r&#233;alisations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le m&#233;canisme de la fertilit&#233; de la nature est bien l'objet d'&#233;tude des fondateurs, plus ou moins scientifiquement &#233;labor&#233;, on est en droit de s'attendre &#224; une th&#233;orie et &#224; un protocole exp&#233;rimental. Mais il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence, on ne trouve aucun expos&#233;, ni m&#234;me une trace d'une telle d&#233;marche dans les textes &#233;tudi&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a, bien plut&#244;t, un court circuit, lequel va de la question de la fertilit&#233; &lt;em&gt;de la nature &#224; l'humus&lt;/em&gt;, en mentionnant seulement, m&#234;me si c'est &#224; plusieurs reprises, &lt;em&gt;la for&#234;t&lt;/em&gt; comme mod&#232;le et id&#233;al de la production d'humus, ou de l'agriculture, selon les passages. L'&#233;vocation de la for&#234;t n'explique pas les m&#233;canismes de fonctionnement de ses &#233;cosyst&#232;mes. On comprend que, pour les fondateurs, c'est dans les for&#234;ts que l'on observe le mieux les m&#233;canismes de la fertilit&#233; naturelle. Cependant, loin d'entreprendre ou de rapporter les r&#233;sultats d'&#233;ventuelles &#233;tudes scientifiques sur ces m&#233;canismes, les fondateurs nous proposent &lt;em&gt;l'humus&lt;/em&gt; comme objet d'&#233;tude et de r&#233;f&#233;rence pour la fertilisation agricole. Ce que l'on propose d'appeler un &lt;em&gt;saut cognitif&lt;/em&gt;, ou une &lt;em&gt;rupture de raisonnement&lt;/em&gt;, m&#233;rite attention : pourquoi, dans un m&#234;me mouvement, en appeler &#224; la for&#234;t, et aussit&#244;t basculer l'attention sur l'humus ? Notons, tout d'abord, qu'il y a bien un rapport assez &#233;troit entre la for&#234;t et l'humus, si l'on consid&#232;re deux choses : premi&#232;rement, l'humus est n&#233;cessaire &#224; la formation des sols ; deuxi&#232;mement, la plupart des sols ont une origine foresti&#232;re. Mais ces deux propositions n'apparaissent pas dans le travail des fondateurs. D'ailleurs, comme on le verra, ces propositions orientent le questionnement scientifique vers une probl&#233;matique dont les fondateurs ne semblent, tout compte fait, n'avoir eu que l'intuition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lien n'est pas d&#233;velopp&#233; entre la for&#234;t et l'humus. D&#232;s lors, pour les fondateurs, c'est l'humus qui joue le r&#244;le de mod&#232;le de la fertilit&#233; naturelle. Une grande part du travail des fondateurs &lt;em&gt;Howard &lt;/em&gt;et&lt;em&gt; Steiner&lt;/em&gt; va &#234;tre ainsi consacr&#233;e au compostage, envisag&#233; comme technique de fabrication d'humus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'hypoth&#232;se que l'on d&#233;fendra, pour expliquer ce d&#233;crochage cognitif, est que les fondateurs ont subi le poids de la tradition dans la formulation de la probl&#233;matique originaire de l'agriculture biologique. On sait, en effet, de longue date, que l'apport de mati&#232;res organiques, compost&#233;es plus particuli&#232;rement, et de fumier, notamment, influence positivement les rendements. Ainsi, les fondateurs europ&#233;ens auraient cherch&#233; &#224; am&#233;liorer les techniques traditionnelles de fabrication du compost et du fumier. Seul Masanobu Fukuoka aurait tent&#233; une approche bas&#233;e sur l'id&#233;e de l'accroissement naturel de la fertilit&#233; des sols peu perturb&#233;s, rejetant &#224; la fois l'int&#233;r&#234;t des engrais chimiques et ceux de la fumure traditionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t clair, dans un premier mouvement de lecture et de r&#233;flexion des &#339;uvres des fondateurs de l'agriculture biologique, c'est que leur probl&#233;matique est centr&#233;e sur le sol, et plus particuli&#232;rement sur les conditions de sa fertilit&#233;. La probl&#233;matique se d&#233;compose en deux versants, l'une n&#233;gative, l'autre constructive. Sur le versant &#171; n&#233;gatif &#187;, la fertilisation issue de la chimie de synth&#232;se appara&#238;t comme le grand repoussoir des fondateurs de l'agriculture biologique. Pourquoi ? Parce que, outre les aspects sociaux, &#233;conomiques, et cognitifs li&#233;s &#224; la d&#233;possession des paysans, suite &#224; la diffusion de l'agrochimie dans les campagnes, les fondateurs de l'agrobiologie estiment que les proc&#233;d&#233;s de la fertilisation chimique proviennent d'une mauvaise agronomie. Ainsi, sur le versant constructif de leur probl&#233;matique, les fondateurs vont-ils chercher, &#224; la base de l'agriculture, une th&#233;orie de la fertilit&#233; qu'ils consid&#233;reront aussi bien &lt;em&gt;comme plus scientifique, que comme plus naturelle&lt;/em&gt;. Mais leur recherche ne d&#233;marrera pas dans une r&#233;flexion abstraite. Elle sera guid&#233;e par deux axes essentiels, finalement pas toujours nettement distingu&#233;s, comme nous le verrons : la d&#233;fense de l'exp&#233;rience traditionnelle du r&#244;le de l'humus, d'une part, et leurs observations ou th&#233;ories globales sur la nature, d'autre part. Dans cette section de notre travail, le premier objectif consiste &#224; cerner le versant n&#233;gatif de la probl&#233;matique agronomique des fondateurs. Il s'agit de comprendre et &#233;valuer la pertinence de la critique agrobiologique des fondateurs vis-&#224;-vis de l'agrochimie. Pour devenir possible, cette &#233;valuation suppose une compr&#233;hension pr&#233;alable de ce qu'est l'agrochimie. Ce travail va donc d'abord tenter de resituer, bri&#232;vement, l'agrochimie par rapport aux th&#233;ories de la fertilit&#233; et aux pratiques de la fertilisation agricole traditionnelle. Ensuite, lorsque nous nous efforcerons de saisir la r&#233;ception critique de l'agrochimie par les fondateurs de l'agriculture biologique, nous pourrons aussi comprendre, plus pr&#233;cis&#233;ment, comment l'agrobiologie, dans sa posture originelle, se situe vis-&#224;-vis de la tradition agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, les agriculteurs biologiques et les fondateurs de leurs mouvements rejettent-ils les engrais min&#233;raux issus de la chimiosynth&#232;se artificielle pour plusieurs raisons [&lt;a href='#nb9-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Au plan agronomique, on s'attachera, ici, essentiellement, aux raisons qui (...)' id='nh9-3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Pour comprendre les principales, il faut retracer les grandes lignes historiques des approches de la nutrition v&#233;g&#233;tale et voir ensuite comment, &#224; travers l'&#233;tude des textes fondateurs, ces derniers se situent par rapport &#224; cette histoire. Si, jusqu'au XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'importance de l'humus domine les approches de la nutrition des plantes, s'ouvre ensuite une p&#233;riode, non encore close, o&#249; le r&#244;le de l'atmosph&#232;re et surtout des min&#233;raux va &#234;tre de plus en plus mis en avant, jusqu'&#224; l'av&#232;nement de l'agrochimie, &#224; partir du milieu du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. N&#233;anmoins contest&#233;e par le virage biologique des sciences agronomiques &#224; la fin de ce m&#234;me si&#232;cle, la th&#233;orie min&#233;rale reprend la premi&#232;re place apr&#232;s la premi&#232;re guerre mondiale. N&#233;s dans cette p&#233;riode, les fondateurs de l'agriculture biologique s'inscrivirent dans cette contestation et essay&#232;rent de rationaliser la tradition de la fertilisation par l'humus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, la probl&#233;matique g&#233;n&#233;tique de l'agriculture biologique s'est aussi &#233;labor&#233;e sur un versant plus explicitement constructif et innovant. Un Howard ou un Masanobu Fukuoka esquiss&#232;rent &#233;galement des vues originales sur la pertinence du rapprochement de l'agriculture d'avec la for&#234;t, en prenant celle-ci pour le mod&#232;le de la fertilit&#233;. Maria M&#252;ller, lisant des travaux d'agronomes ou de p&#233;dologues alors disponibles, insistera sur l'importance de la structure du sol. Hans Peter Rusch, quant &#224; lui, envisagera une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la circulation de la &#171; substance vivante &#187;, aussi bien pour comprendre la sant&#233; humaine que la fertilit&#233; des sols.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Commen&#231;ons d'abord par quelques rep&#232;res sur l'histoire des conceptions de la fertilit&#233; avant la naissance de l'agriculture biologique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-1' id='nb9-1' class='spip_note' title='Notes 9-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Cette complexit&#233; est rappel&#233;e &#224; l'envie par Jan Dessau et Yves Le Pape (L'agriculture biologique, Critique technologue et syst&#232;me social, Universit&#233; des sciences sociales de Grenoble, 1975) De plus cette complexit&#233; agronomique est accrue, en quelque sorte, par la nature contestataire de l'agriculture biologique en tant que mouvement de critique sociale : comme l'ont rappel&#233; les auteurs du rapport interne INRA intitul&#233; L'INRA et l'agriculture biologique, Vers un programme de recherche (2000), les acteurs des mouvements sociaux minoritaires ont tendance &#171; &#224; outrer leurs positions &#187;. Mais il s'agirait aussi, fondamentalement, d'une complexit&#233; paradoxale si l'on tente, &#224; la mani&#232;re de l'&#233;pist&#233;mologie des sciences modernes, de se d&#233;barrasser de &#171; toutes nos pr&#233;notions &#187; afin de pouvoir poser un regard neuf sur la probl&#233;matique agricole. Ainsi, Gilles Lemieux d&#233;clare, s'interrogeant sur ce que l'homme donne aux sols comme engrais (excr&#233;ments d'animaux, &#233;l&#233;ments du tableau p&#233;riodique de Mend&#233;l&#233;iev&#8230;) : &#171; Nous avons consacr&#233; au sol la somme de nos connaissances doubl&#233;e de celle de notre ignorance &#187;. Alors, en reliant ces propos avec l'id&#233;e que la &#171; reforestisation &#187; de l'agriculture rel&#232;ve du bon sens, la complexit&#233; du probl&#232;me agronomique se dissipe un peu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-2' id='nb9-2' class='spip_note' title='Notes 9-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Avec Delatouche, on peut dire que l'agriculture est &#171; l'activit&#233; la imbriqu&#233;e dans la nature &#187; (cf. Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, Un mod&#232;le de d&#233;veloppement, op. cit., p. 15 et 160).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-3' id='nb9-3' class='spip_note' title='Notes 9-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Au plan agronomique, on s'attachera, ici, essentiellement, aux raisons qui ont trait &#224; la nutrition des plantes et non &#224; celles, plus connues, qui concernent les cons&#233;quences n&#233;gatives de ces engrais sur le fonctionnement &#233;cologique normal des &#233;cosyst&#232;mes (sols, faune, flore), ou celles qui se manifestent sous diff&#233;rentes formes de pollutions (cycle de l'eau et hydrosph&#232;re en g&#233;n&#233;ral, atmosph&#232;re, alimentation). De m&#234;me, nous ne traiterons que la question des engrais de synth&#232;se, et non pas la question des autres produits de synth&#232;se utilis&#233;s en agrochimie, cette question n'occupant qu'une place marginale dans les &#233;crits des fondateurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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