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	<title>EcoloTech Ing&#233;nierie &#233;cologique au service de l'agriculture et du d&#233;veloppement durable</title>
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	<description>Ce site, cr&#233;&#233; par Yvan Besson, est d&#233;di&#233; &#224; la recherche et au conseil en ing&#233;nierie &#233;cologique (Ecological Engineering). Les domaines privil&#233;gi&#233;s sont l'&#233;tude des diff&#233;rentes techniques de l'agriculture &#233;cologique, la planification territoriale du d&#233;veloppement &#233;cologique, ainsi que les processus technologiques et sociaux favorisant un d&#233;veloppement technique durable (biod&#233;gradation des mat&#233;riaux et produits, &#233;cologie industrielle, recyclage).</description>
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		<title>EcoloTech Ing&#233;nierie &#233;cologique au service de l'agriculture et du d&#233;veloppement durable</title>
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		<title>Le projet fondateur de l'agriculture biologique : un effort philosophique concr&#233;tise</title>
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		<dc:date>2007-11-03T00:46:54Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>Critique de la coherence interne des &#339;uvres des fondateurs Dans cette partie, nous allons tenter deux bilans, l'un pour le mouvement organo-biologique du couple M&#252;ller et d'Hans Peter Rusch, l'autre pour Albert Howard, fondateur du mouvement organique. On ne s'&#233;tonnera pas que nous ne revenions pas sur le mouvement bio-dynamique de Rudolf Steiner et Ehrenfried Pfeiffer, vu que nous avons presque focalis&#233; notre &#233;tude sur son aspect essentiel et original par rapport aux autres mouvements, &#224; savoir (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-Le-projet-fondateur-de-l-agriculture-biologique-un-effort,14-.html" rel="directory"&gt;Le projet fondateur de l'agriculture biologique : un effort philosophique concr&#233;tise&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Critique de la coherence interne des &#339;uvres des fondateurs&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Dans cette partie, nous allons tenter deux bilans, l'un pour le mouvement organo-biologique du couple M&#252;ller et d'Hans Peter Rusch, l'autre pour Albert Howard, fondateur du mouvement organique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne s'&#233;tonnera pas que nous ne revenions pas sur le mouvement bio-dynamique de Rudolf Steiner et Ehrenfried Pfeiffer, vu que nous avons presque focalis&#233; notre &#233;tude sur son aspect essentiel et original par rapport aux autres mouvements, &#224; savoir l'&#233;sot&#233;risme de Rudolf Steiner. Si coh&#233;rence il y a dans la bio-dynamie, c'est, selon nous, dans le n&#233;o-spiritisme de l'anthroposophie qu'il faut la chercher. En guise de conclusion sur la bio-dynamie, rappelons n&#233;anmoins les positions de Howard et des M&#252;ller et de Rusch vis-&#224;-vis de Steiner, et soulignons deux remarques d'observateurs contemporains de l'histoire de l'agrobiologie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard, d&#232;s la &lt;em&gt;Pr&#233;face&lt;/em&gt; de son &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;, affirme son scepticisme face &#224; la valeur de la bio-dynamie : &#171; J'ai pu consacrer quelque attention aux proc&#233;d&#233;s de culture bio-dynamiques en Hollande et en Grande-Bretagne, mais je n'ai cependant pas pu acqu&#233;rir la conviction que les disciples de Rudolf Steiner soient en mesure de fournir une explication valable des lois naturelles ou de rassembler des exemples pratiques qui prouveraient la valeur de leurs th&#233;ories &#187;. Egalement, comme bien d'autres apr&#232;s lui, Howard n'envisageait pas qu'une explication rationnelle puisse pousser les anthroposophes derri&#232;re &#171; Rudolf Steiner, qui pr&#233;tend que l'usage de l'engrais humain est nuisible pour l'agriculture &#187; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 14.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Du c&#244;t&#233; des M&#252;ller et de Rusch, nous avons soulign&#233; les difficult&#233;s, pour se mouvement, &#224; se d&#233;tacher de l'influence anthroposophique. Mais il ne fait pas de doute que l'agriculture organo-biologique a eu pour objectif de rompre avec l'&#233;sot&#233;risme steinerien, comme en t&#233;moignent plusieurs pages de &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt;, o&#249; Rusch affirme sa volont&#233; de sortir l'agriculture biologique du &#171; myst&#232;re &#187; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 119.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;] et de la &#171; m&#233;taphysique et de l'occultisme &#187; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 53.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. N&#233;anmoins, comme nous l'avons montr&#233;, Rusch a estim&#233; n&#233;cessaire d'user &#171; de concepts biologiques qui vont au-del&#224; de l'horizon limit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes mat&#233;riels &#187; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]. L'ouverture sp&#233;culative de Rusch, loin d'&#234;tre toujours rationnellement fond&#233;e, peut d&#233;boucher sur la m&#233;ditation du &#171; miracle &#187; de l'agriculture biologique. Dans cette perspective incertaine, il n'est d&#232;s lors pas surprenant outre mesure de voir Rusch prendre ses distances avec le subjectivisme de la m&#233;thode de Pfeiffer, tout en appelant &#224; plus s'int&#233;resser &#224; cette approche : &#171; La m&#233;thode des cristallisations sensibles d'E. Pfeiffer donne fr&#233;quemment, d'apr&#232;s notre exp&#233;rience, des r&#233;sultats d'une pr&#233;cision &#233;tonnante, mais elle demeure tr&#232;s subjective et pas suffisamment s&#251;re pour un travail de routine, encore que nous recommandions de prendre ces m&#233;thodes davantage en consid&#233;ration qu'on ne l'a fait jusqu'&#224; pr&#233;sent &#187; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 224.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]. Ces remarques montrent encore &#224; quel point un travail &#233;pist&#233;mologique est n&#233;cessaire &#224; l'&#233;tude historique de l'agriculture biologique. Si tous les fondateurs ont eu plus ou moins de mal &#224; discerner et &#224; articuler les plans de l'approche scientifique et les autres plans de la r&#233;flexion ou du rapport au monde, il se trouve cependant que les &#339;uvres de Howard et M. Fukuoka se pr&#234;tent plus facilement &#224; la critique rationnelle que celles de Steiner et de Rusch. Cette rationalit&#233; plus &#233;vidente rejoint l'opinion dominante, laquelle donne le primat &#224; la raison et &#224; la science dans la recherche agricole. Rappeler que l'histoire de l'agriculture biologique n'&#233;chappe pas &#224; l'aventure rationnelle est sans doute important pour faciliter son accueil et sa reconnaissance. On comprend alors que les auteurs r&#233;cents s'efforcent de souligner la sp&#233;cificit&#233; d&#233;cal&#233;e de l'agriculture bio-dynamique dans l'histoire de l'agrobiologie. Philipp Conford, tout en reconnaissant l'influence &#171; consid&#233;rable &#187; de Steiner, consid&#232;re comme hautement probable qu'il aurait exist&#233;, &#224; partir du travail d'Howard, un mouvement d'agriculture biologique en Grande Bretagne, m&#234;me si la bio-dynamie n'eut jamais &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Conford P., The Origins of the Organic Movement, p. 80.' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]. De son c&#244;t&#233;, Gunter Vogt souligne la n&#233;cessit&#233;, pour une compr&#233;hension plus juste de l'agriculture biologique, de prendre des distances avec l'influence de la version anthroposophique de l'histoire de l'agriculture biologique [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Vogt G., Entstehung und Entwicklung&#8230;, op. cit.' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]. D'autre part, nous doutons que des &#233;tudes sur l'agronomie de Pfeiffer, m&#234;me fouill&#233;es, puissent d&#233;gager des perspectives nettement originales par rapport au travail du couple Howard, et, a fortiori, vis-&#224;-vis du travail de Masanobu Fukuoka. Ajoutons qu'il est probable que, au regard des innovations contemporaines, le compostage en tas, pr&#233;conis&#233; par Howard et Steiner, recommand&#233; par les cahiers des charges actuels de l'agriculture biologique, voit son importance diminuer. De m&#234;me, les id&#233;es steineriennes sur la ferme comme &#171; organisme &#187; semblent aujourd'hui d&#233;su&#232;tes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En ce qui concerne ce Masanobu Fukuoka, nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; tirer un bilan de sa d&#233;marche dans la section suivante, consacr&#233;e au &#171; primat de la nature &#187;, tant cette question semble le concerner pleinement et constituer le n&#339;ud de son travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rappelons d'abord ici le hiatus qui a exist&#233; dans la r&#233;ception de la biologie de Rusch aupr&#232;s du couple M&#252;ller, ainsi que, positivement, le renouvellement significatif que les pistes de Rusch ont apport&#233; au niveau du d&#233;bat sur les pratiques culturales.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La biologie de Rusch et le mouvement paysan des M&#252;ller : entre l'&#233;chec relatif d'une collaboration et l'ouverture de pistes culturales innovantes&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le concept de la substance vivante, et sa d&#233;fense, incertaine, par Hans Peter Rusch, tout le temps de sa collaboration avec Hans M&#252;ller, et jusqu'&#224; sa mort, a offert de multiples points d'attaque, qui ont &#233;t&#233; utilis&#233;s par des agronomes ou des adversaires de l'agriculture biologique, en vue de discr&#233;diter le mouvement de M&#252;ller. Mais les incertitudes du travail de Rusch n'ont pas seulement facilit&#233; les attaques venant de l'ext&#233;rieur du mouvement agrobiologique. Elles ont &#233;galement favoris&#233; les controverses avec &lt;em&gt;d'autres orientations de l'agriculture &#233;cologique&lt;/em&gt;, au moins en Suisse et en Allemagne. Non seulement, mais encore, la complexit&#233; de la th&#233;orie du cycle de la substance vivante a &#233;galement g&#234;n&#233; la dynamique interne du mouvement M&#252;ller-Rusch. Le concept de Rusch a, en effet, &#233;t&#233; controvers&#233; au sein m&#234;me du mouvement. Ainsi, Hans M&#252;ller a repris le terme de &#171; substance vivante &#187;, mais lui a donn&#233; un sens nouveau, celui &#171; d'amino-acides &#187;, en s'appuyant sur d'autres r&#233;f&#233;rences scientifiques que celles de son coll&#232;gue microbiologiste. De son c&#244;t&#233;, Maria M&#252;ller a tout simplement ignor&#233; ce concept dans ses publications [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Vogt G., Entstehung und Entwicklung&#8230;, op. cit., p. 215.' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du coup, devant des analyses biologiques de sol incertaines et des th&#233;ories sur le vivant controvers&#233;es, il est l&#233;gitime de se demander le r&#244;le r&#233;el qu'a jou&#233; le travail de Rusch dans le d&#233;veloppement de l'agriculture organo-biologique [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='D'autant plus que la position centrale du concept de substance vivante chez (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]. Pourquoi, dans des conditions aussi floues, le mouvement de M&#252;ller s'est-il durablement appuy&#233; sur les th&#233;ories de Hans Peter Rusch et ses analyses de laboratoire ? L'hypoth&#232;se que nous risquons, avec d'autres, tient &#224; l'influence forte de la r&#233;f&#233;rence &#224; la science dans la soci&#233;t&#233; moderne. Le fait que Rusch soit m&#233;decin, qu'il travaille en laboratoire, et qu'il s'appuie sur des scientifiques reconnus, tels Vernadsky, Bertalanffy, Kubiena, Liebig, Tha&#235;r, Mitscherlich, ou m&#234;me Schr&#246;dinger, aurait jou&#233; comme une caution, vis-&#224;-vis de l'ext&#233;rieur, pour les paysans du mouvement d'Hans M&#252;ller. Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, les coll&#232;gues des agrobiologistes travaillant en agriculture conventionnelle ont &#233;t&#233; de plus en plus habitu&#233;s &#224; collaborer avec des scientifiques, via la pr&#233;sence croissance des conseillers agricoles sur les fermes. Il est alors facile de comprendre que les &#233;tudes de sol produites par Hans Peter Rusch aient pu jouer, au-del&#224; de leur int&#233;r&#234;t discutable pour l'orientation des choix culturaux, un r&#244;le d&#233;complexant pour les agriculteurs du mouvement organo-biologique, vis-&#224;-vis des critiques qu'ils subissaient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la soci&#233;t&#233; se repr&#233;sente le discours des scientifiques et des &#171; experts &#187; comme celui qui est le plus fiable, et m&#234;me comme celui qui prime sur tous les autres, il peut sembler logique que les agriculteurs biologiques veuillent montrer la scientificit&#233; de leur d&#233;marche. Sans forc&#233;ment aboutir &#224; des r&#233;sultats scientifiquement prouv&#233;s, ni m&#234;me &#224; des recommandations agricoles tr&#232;s utiles, le fait de travailler avec un scientifique a donn&#233; confiance en eux-m&#234;mes aux agriculteurs biologiques [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Hans Peter Rusch avait conscience d'assumer un tel r&#244;le : les donn&#233;es (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;], qui, il ne faut pas l'oublier, ont travaill&#233; alors dans une compl&#232;te marginalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, la collaboration du microbiologiste Rusch avec les agriculteurs du mouvement M&#252;ller n'a pas &#233;t&#233; d&#233;cisive pour d&#233;finir pr&#233;cis&#233;ment une approche agrobiologique originale. La discussion des paysans agrobiologistes entre eux, leurs savoir-faire h&#233;rit&#233;s, l'exercice de leur intelligence et de leur ing&#233;niosit&#233; ont contribu&#233; tout autant que les indications de Rusch, traduites par les M&#252;ller, &#224; red&#233;finir l'ensemble technique organo-biologique. On pourrait encore marquer le hiatus de la collaboration Rusch-M&#252;ller en soulignant la distance entre le holisme ruschien et celui des Howards en Inde. A la diff&#233;rence des Howards en Inde, Rusch ne s'est gu&#232;re investi au-del&#224; de ses t&#226;ches laborantines. Sans doute sa mission s'est-elle limit&#233;e &#224; cela, tandis que Hans M&#252;ller s'est charg&#233;e de la dimension politique et commerciale. A part quelques critiques &#171; classiques &#187; des institutions &#233;conomiques et politiques [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Notamment aux pages 23-25 de La f&#233;condit&#233; du sol.' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;], l'approche globale de Rusch s'est limit&#233;e &#224; la biologie, tandis que les &#233;crits de M&#252;ller n'ont concern&#233; presqu'exclusivement que les aspects spirituels, politiques, et &#233;conomiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, et plus g&#233;n&#233;ralement, n'oublions pas que le travail de Rusch a contribu&#233; &#224; faire &#233;voluer les techniques culturales agrobiologiques et, au-del&#224;, &#224; casser deux grands mythes de l'agriculture, le compost et le labour. On a peine &#224; prendre la mesure de la r&#233;volution qu'il a contribu&#233; ainsi &#224; introduire en agriculture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au compostage en tas, nous avons vu quelle importance il a eu, depuis l'agriculture traditionnelle d'Orient ou d'Europe jusqu'au proc&#233;d&#233; Indore d'Howard. Il faudrait aussi rappeler l'importance du tas de fumier traditionnel et le d&#233;veloppement contemporain des plate-formes de compostage urbain, si l'on veut envisager un peu mieux ce qu'implique l'id&#233;e que ce proc&#233;d&#233; soit plus ou moins inutile, dans l'optique d'une fertilisation d'envergure et efficace. Nous pouvons aussi nous rendre compte un peu des conflits que la critique du compost par Rusch a d&#251; d&#233;clencher chez les adeptes de l'agrobiologie, en lisant cette charge v&#233;h&#233;mente d'Ehrenfried Pfeiffer : &#171; Il y a des personnes qui pr&#244;nent la fumure organique, mais qui ne veulent pas prendre la peine de pr&#233;parer soigneusement un compost. Derni&#232;rement, on a pr&#233;conis&#233; un proc&#233;d&#233; qui s'appelle en anglais &#171; sheet composting &#187;. On jette les d&#233;tritus directement dans la campagne. Pour le reste, on s'en remet &#224; la nature ou plut&#244;t au hasard. Un pareil proc&#233;d&#233; est encore pire que l'emploi du compost cru. Ce que nous avons dit du dernier s'applique a fortiori au premier. Il n'y a pas de moyen plus s&#251;r de propager toutes sortes de maladies, comme en t&#233;moignent les nombreuses lettres de protestation que l'auteur a re&#231;ues &#224; ce sujet. Le &#171; sheet composting &#187; ne repr&#233;sente donc pas un progr&#232;s, bien au contraire ; en outre, il n'est pas une nouveaut&#233; : on l'a pratiqu&#233; de tout temps ! &#187; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 96. N'insistons pas sur l'id&#233;e selon (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me, par rapport au labour, Hans Peter Rusch participe-t-il &#224; la remise en cause d'une pratique que beaucoup voient encore comme centrale dans l'agriculture. Combien d'ouvrages n'ont-ils pas &#233;t&#233;s &#233;crits pour dire le progr&#232;s significatif qui aurait &#233;t&#233; introduit par le passage de l'araire aux diff&#233;rentes am&#233;liorations de la charrue &#224; versoir ? Howard n'est gu&#232;re critique vis-&#224;-vis du labour, pas plus que Pfeiffer, d'ailleurs. Ce dernier a bien conscience que la vie microbiologique est de plus en plus ana&#233;orobie en descendant dans le sol : il souligne l'importance de mettre l'engrais organique &#224; faible profondeur. Mais il invite tout de m&#234;me &#224; &#171; l'enterrer &#187;, tout en voyant certains avantage &#224; un labour plus profond : &#171; Creuser profond&#233;ment avec la charrue peut pr&#233;senter certains avantages : le sol est a&#233;r&#233;, malax&#233;, des couches non utilis&#233;es se trouvent mont&#233;es &#224; la surface &#187; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 129-131.' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]. N&#233;anmoins, Howard comme Pfeiffer s'interrogent sur le travail du sol, le pr&#233;conisant ou proposant m&#234;me qu'il soit pratiqu&#233; intens&#233;ment. Le point de vue &#233;tait incertain. Howard se questionne sur l'utilit&#233; des labours profonds [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. sur la question du labour chez Howard, les pages suivantes du Testament (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;], tandis que Pfeiffer, malgr&#233; les avantages soulign&#233;s du labour, recherche du c&#244;t&#233; d'outils sp&#233;ciaux &#171; ayant l'avantage de ne pas retourner les couches superpos&#233;es &#187; pour ne pas nuire &#224; la vie du sol &#8211; on pense aux &#171; fouilleuses &#187; ou aux &#171; sous-soleuses &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hans Peter Rusch, avec son id&#233;ologie agricole tourn&#233;e vers l'id&#233;al de la moindre intervention, se montre nettement plus cat&#233;gorique. Masanobu Fukuoka renforce le mouvement. Et les mentalit&#233;s et habitudes finissent par changer, si l'on en juge aujourd'hui par le succ&#232;s croissant des techniques culturales simplifi&#233;es aux Etats-Unis, ou bien, en France, le succ&#232;s d'une revue agricole consacr&#233;e sp&#233;cialement &#224; ces TCS [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='La revue TCS, Techniques Culturales Simplifi&#233;es, dirig&#233;e par Fr&#233;d&#233;ric Thomas, (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]. Essayons maintenant de dresser un aper&#231;u de la coh&#233;rence de l'&#339;uvre de Sir Albert Howard.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Entre paysannisme et d&#233;veloppement mesur&#233; : coh&#233;rence culturelle et limites de l'&#339;uvre howardienne&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans son &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;, Howard r&#233;affirme que sa position finale d'agronome consiste &#224; mettre la question de la fertilit&#233; et de son maintien &#224; la base du succ&#232;s durable de l'agriculture. Howard commence ainsi par pr&#233;senter la m&#233;thode qu'il pr&#233;conise pour diriger les recherches sur la f&#233;condit&#233; de la terre : en premier lieu, la recherche sur la fertilit&#233; doit &#233;tudier les processus naturels en la mati&#232;re. Nous reviendrons dans le point &#167;42 sur ce primat de la nature en agriculture, partag&#233;, depuis diff&#233;rentes perspectives, par tous les fondateurs de l'agriculture biologique. En second lieu, Howard appelle &#224; examiner les traditions paysannes, particuli&#232;rement celles de l'Orient :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'&#233;tude de la f&#233;condit&#233; de la terre doit d&#233;buter par [&#8230;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Les proc&#233;d&#233;s de la Nature [&#8230;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. L'agriculture des peuplades disparues ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. La fa&#231;on de travailler de l'Orient, qui s'est &#224; peu pr&#232;s maintenue sans avoir subi l'influence de la science de l'Occident &#187; [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 01.' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La m&#233;thode d'Howard distingue ainsi l'&#233;tude de la nature de la science occidentale, cette derni&#232;re &#233;tant pourtant dite science de la nature. Chez Howard, les proc&#233;d&#233;s scientifiques appliqu&#233;s &#224; l'agriculture renvoient essentiellement &#224; l'agrochimie et &#224; la g&#233;n&#233;tique agricole. Ils ne viennent qu'en derni&#232;re position, dans la liste des sujets que Howard recommande d'&#233;tudier pour avancer en agriculture. En revanche, il plaide pour un autre regard sur la nature, que nous reconnaissons comme plus imm&#233;diat, li&#233; &#224; une exp&#233;rience directe du monde naturel. Ensuite, passant rapidement sur les peuplades disparues, Howard insiste sur l'agriculture traditionnelle orientale. On sait que l'ouvrage de F. King a &#233;t&#233; tr&#232;s t&#244;t un de ses livres de chevets et qu'il y a puis&#233; une inspiration importante. Cependant, Howard ne semble jamais discuter le lien logique qu'il &#233;tablit entre observation de la nature et observation de l'agriculture orientale. Doit-on se r&#233;duire &#224; voir son &#339;uvre comme &#171; un hybride de science occidentale et de sagesse agricole orientale &#187; [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='Perenyi E., Green Thougts, cit&#233; in Gieryn T., p. 234 ; Howard L.-E., Sir (...)' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;] ? Il demeure plut&#244;t, vis-&#224;-vis de son &#339;uvre, la persistance d'un questionnement sur ce qui articule pr&#233;cis&#233;ment, au-del&#224; de la question de l'importance de l'humus, les th&#232;mes &#171; nature &#187;, &#171; for&#234;t &#187;, &#171; compost &#187;, &#171; paysans d'Orient &#187;. Enonc&#233;e de mani&#232;re abrupte, notre th&#232;se consiste &#224; dire que Howard a survaloris&#233; l'importance des connaissances paysannes en vue du progr&#232;s agronomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Relevons simplement, ici, que les critiques adress&#233;es par Howard aux paysans d'Orient, n'avaient aucune commune mesure avec son admiration pour l'ing&#233;niosit&#233; empirique avec laquelle ces cultivateurs auraient su maintenir la fertilit&#233; de leurs sols depuis des mill&#233;naires. Selon Louise Howard, son mari n'aurait jamais &#233;t&#233; aveugle aux faiblesses des cultivateurs indiens : ils n'auraient pas trop de connaissances et produiraient un travail insuffisamment soign&#233;. Face &#224; ces l&#233;g&#232;res critiques, Howard aurait acquis tr&#232;s t&#244;t un respect pour l'ancien savoir-faire empirique qu'il avait observ&#233; chez eux. D&#232;s 1909, il aurait &#233;crit que le cultivateur indien n'avait rien &#224; apprendre des pratiques occidentales. Il appr&#233;ciait aussi, dans les circonstances sociales, &#233;conomiques, et techniques propres au pays, la simplicit&#233; et l'efficacit&#233; des proc&#233;d&#233;s utilis&#233;s, par exemple dans le battage des bl&#233;s et leurs stockages. Dans la logique de sa r&#233;ception favorable de l'&#339;uvre de King, il consid&#233;rait qu'il pouvait apprendre des paysans indiens. Le passage suivant r&#233;sume son sentiment, qu'il qualifie lui-m&#234;me comme &#171; admiration &#187; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; [Devant] les m&#233;thodes du cultivateur hindou, nous devons exprimer notre admiration. Sans l'aide de la science et &lt;em&gt;uniquement par ses propres observations, il a adapt&#233; ses m&#233;thodes durant des si&#232;cles au maintien de la fertilit&#233; d'une fa&#231;on excellente. il n'est nullement le villageois ignorant et retardataire, comme il nous est parfois repr&#233;sent&#233;, mais il fait partie des paysans les plus &#233;conomes de la terre&lt;/em&gt; en ce qui concerne l'&#233;pargne de l'&#233;l&#233;ment essentiel de la fertilit&#233; : l'azote fix&#233;, et l'agriculture tropicale du monde entier peut beaucoup apprendre de lui. Le planteur de canne &#224; sucre de la grande plaine indienne ne peut pas soutirer une trop grande quantit&#233; d'azote. Il n'en dispose que d'une quantit&#233; limit&#233;e, les rentr&#233;es courantes dues aux quantit&#233;s minimes provenant de la fixation d'azote non symbiotique, et du capital de travail, l'humus, qui est indispensable pour maintenir l'&#233;tat meuble et la vie en g&#233;n&#233;ral du sol. Il faut qu'il tire le meilleur parti des rentr&#233;es pour &#233;viter la perte de capital. &lt;em&gt;Il a, au cours des si&#232;cles, d&#233;velopp&#233; instinctivement les m&#233;thodes qui r&#233;pondent &#224; ces exigences. Il travaille le sol sans exc&#232;s, et cela &#224; un moment opportun. Il ne fait rien qui pourrait entamer sa r&#233;serve d'humus pr&#233;cieuse&lt;/em&gt; ou son capital humus. Il obtient probablement plus que tout autre paysan de la terre, except&#233; celui de la Chine, avec si peu d'azote. &#187; [&lt;a href='#nb18' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, Pour une agriculture naturelle, ibid., p. (...)' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce sentiment d'Howard &#233;tait plus profond et plus g&#233;n&#233;ral. L'agronome anglais d&#233;fend le primat du champ sur le laboratoire, et le primat conjoint du paysan sur le scientifique, parce que champs et paysans seraient en contact plus directs avec la nature que ne le sont les dispositifs exp&#233;rimentaux et les questions des scientifiques :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les probl&#232;mes agricoles &lt;em&gt;doivent&lt;/em&gt; &#234;tres &#233;tudi&#233;s &#224; partir du champ [&#8230;]. La r&#233;v&#233;lation des ph&#233;nom&#232;nes importants est d'une tr&#232;s grande aide. Des fermiers et ouvriers observateurs qui ont pass&#233; leur vie en contact &#233;troit avec la nature peuvent &#234;tre d'un tr&#232;s grand secours pour les chercheurs. Il existe toujours des raisons importantes &#224; la base de leurs proc&#233;d&#233;s pratiques &#187; [&lt;a href='#nb19' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., ibid., p. 206.' id='nh19'&gt;19&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut aussi noter dans ce passage, que, pour Howard, les paysans savent les &#171; ph&#233;nom&#232;nes importants &#187;. C'est en ce sens-l&#224; qu'une coop&#233;ration constante, entre les hommes institu&#233;s chercheurs agronomes et les praticiens paysans, pourrait &#233;viter aux premiers de perdre &#171; l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale &#187; [&lt;a href='#nb20' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 182-183.' id='nh20'&gt;20&lt;/a&gt;] de leur recherche. Selon Henri, cette connaissance paysanne des ph&#233;nom&#232;nes importants s'int&#232;gre dans ce que les anciens appelaient, en France, &#171; l'estimative &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour saisir la coh&#233;rence globale de l'approche howardienne, on pourrait dire qu'il envisage des relations coop&#233;ratives entre l'estimative paysanne, la m&#233;thode des sciences modernes, et celles des sciences contemporaines qui s'accordent avec le paradigme holistique de l'&#233;cologie. En effet, les efforts men&#233;s par Sir Albert Howard, pour caract&#233;riser sa m&#233;thode de recherche par rapport &#224; celle des sciences modernes dominantes, font appara&#238;tre celle-ci comme globale et proche de celle des paysans traditionnels. Ainsi, la m&#233;thode d'Howard s'inscrit d'abord dans les pas de la d&#233;marche paysanne [&lt;a href='#nb21' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., pp. 150-151.' id='nh21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Elle consiste ensuite &#224; l'approfondir et &#224; tenter de l'am&#233;liorer par un travail sur ses facteurs clefs, comme celui de la quantit&#233; et de la qualit&#233; d'humus fournie aux champs. &lt;em&gt;Dans la d&#233;marche d'Howard, son savoir scientifique, tant sur la nature que sur l'histoire agricole, vient en position seconde : pour compl&#233;ter et pr&#233;ciser certains d&#233;tails de la justesse d'ensemble de la d&#233;marche paysanne. &lt;/em&gt;Les enjeux des rapports entre connaissance paysanne et connaissance scientifique moderne semblent ne pas pouvoir s'inscrire dans une simple classification binaire entre &#171; pratique &#187; et &#171; th&#233;orie &#187;. C'est ce que l'on pourrait tenter d'approfondir, &#224; l'aide d'une caract&#233;risation sym&#233;trique des connaissances paysannes et scientifiques. Cette pr&#233;sentation ne viserait pas &#224; les opposer, mais pourrait &#234;tre une tentative de faire comprendre &#171; que la connaissance paysanne est pr&#234;te &#224; accueillir et &#224; utiliser la connaissance scientifique, mais qu'il serait folie de l'y subordonner &#187; [&lt;a href='#nb22' class='spip_note' rel='footnote' title='Henri, Le don de la terre, Edition Journ&#233;es Paysannes, Angers, 1995, 49 p., (...)' id='nh22'&gt;22&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, dans ces approches de la &#171; connaissance paysanne &#187; n'y a-t-il pas des relents d'id&#233;alisation de la figure du paysan ? L'image du paysan plein de bon sens et instruit des lois &#233;ternelles de la nature ne remplace-t-elle pas &#224; bon compte le d&#233;sir philosophique d'un savoir absolu ? On retrouve explicitement cette mise en &#233;quivalence entre &#171; paysan &#187; et &#171; philosophe &#187; chez M. Fukuoka. Mais le m&#234;me auteur fustige ailleurs ces m&#234;mes paysans, parce que leur pr&#233;tendue sagesse n'aurait pas pes&#233; lourd dans le d&#233;bat rapide visant &#224; d&#233;terminer s'il fallait ou non recourir aux tracteurs r&#233;cemment mis sur le march&#233;. De m&#234;me Rusch fait-il plusieurs remarques assez confuses sur une certaine sagesse &#171; spirituelle &#187; des paysans. Et ne parlons pas des &#171; instincts d'autrefois &#187; [&lt;a href='#nb23' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Agriculture, Fondements de la m&#233;thode Bio-dynamique, EAR, op. (...)' id='nh23'&gt;23&lt;/a&gt;] des paysans, lesquels feraient de nos anc&#234;tres attach&#233;s &#224; la gl&#232;be, sous la plume de Steiner, des hommes d'une autre &#233;poque cosmique, dou&#233;s d'une &#171; clairvoyance instinctive &#187; [&lt;a href='#nb24' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 332.' id='nh24'&gt;24&lt;/a&gt;], c'est-&#224;-dire d'une &#171; infinie sagesse &#187; [&lt;a href='#nb25' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 38.' id='nh25'&gt;25&lt;/a&gt;], occulte, bien s&#251;r, mais inconsciente&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a fort &#224; parier pour que le mythe du paysan cache ici le d&#233;sir et la croyance humaine profonde en l'accessibilit&#233; de la v&#233;rit&#233; sur l'&#234;tre. Prenant la place d'un savoir rationnel &#224; la fois global [&lt;a href='#nb26' class='spip_note' rel='footnote' title='Un savoir rationnel global est un savoir qui rend compte de mani&#232;re (...)' id='nh26'&gt;26&lt;/a&gt;] et efficace &lt;em&gt;toujours manquant sur l'agriculture&lt;/em&gt;, une pratique pourtant fondatrice de l'histoire de l'humanit&#233; [&lt;a href='#nb27' class='spip_note' rel='footnote' title='L'invention de l'agriculture est &#224; peu pr&#232;s concomitante de celle de (...)' id='nh27'&gt;27&lt;/a&gt;], l'image de la stabilit&#233; de la tradition paysanne viendrait combler un vide intellectuel et existentiel quant &#224; la justification de l'agir humain. D&#232;s lors, le travail, que l'on pourrait dire &#233;pist&#233;mologique au sens large, sur les rapports entre connaissance scientifique agronomique et connaissance paysanne, ne devrait-il pas se mesurer &#224; un troisi&#232;me terme, consistant en un effort philosophique autonome, consacr&#233; &#224; la d&#233;termination de la m&#233;thode de recherche ad&#233;quate appel&#233;e par l'objet agriculture ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette r&#233;flexion ne semble pas pouvoir &#234;tre r&#233;duite &#224; de simples conjectures. Il y a, dans la nostalgie paysanne, une foule de choses qui touchent de pr&#232;s ou de loin &#224; l'identit&#233; de l'homme confront&#233; &#224; la nature, aux processus d'hominisation et aux questions d'humanisation. Nous proposons d'interpr&#233;ter le sentiment paysanniste howardien comme l'&#233;l&#233;ment d'un jeu mal &#233;clairci entre trois termes, &#224; savoir les connaissances paysannes, la d&#233;marche scientifique, et le savoir philosophique comme r&#233;flexion sur l'exp&#233;rience ordinaire et l'approfondissement de la raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, ces limites de l'&#339;uvre howardienne ne doivent pas nous faire perdre de vue qu'il a su propos&#233; une th&#233;orie du d&#233;veloppement mesur&#233;, d'une part, par l'entretien et non la seule exploitation des ressources, d'autre part, par le respect des cultures, en particulier paysannes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sir Albert Howard est ainsi, sans doute, le fondateur qui a le mieux per&#231;u l'enjeu de soci&#233;t&#233; li&#233; &#224; &#171; l'agriculture intensive &#187;, une id&#233;e qu'il reprenait &#224; F. King. Lorsque Howard travaille &#224; am&#233;liorer les proc&#233;d&#233;s de culture et de fertilisation des paysans indiens, il travaille, du m&#234;me coup, &#224; l'intensification agricole et &#224; l'augmentation des exc&#233;dents par rapport aux besoins de l'autosubsistance : il ouvre ainsi la porte &#224; des possibilit&#233;s nouvelles de civilisation, il &lt;em&gt;favorise la libert&#233;&lt;/em&gt; que des hommes se consacrent partiellement ou totalement &#224; des activit&#233;s non agricoles. Encore Howard s'est-il l&#224;, bien &#233;videmment, heurt&#233; au &#171; facteur humain &#187;, autrement dit &#224; la diff&#233;rence des civilisations, mentalit&#233;s, motivations. En effet, comme l'a not&#233; Thomas Gieryn, il fallait encore que les cultivateurs indiens aient &lt;em&gt;envie&lt;/em&gt; d'am&#233;liorer leurs conditions de vie, et, de plus, selon la mani&#232;re propos&#233;e par les Howards. Le succ&#232;s de leur &#171; colonialisme bienveillant &#187; [&lt;a href='#nb28' class='spip_note' rel='footnote' title='Gieryn F. T., Cultural boudaries of science, Credibility on the Line, op. (...)' id='nh28'&gt;28&lt;/a&gt;] ne pouvait passer outre au respect culturel et personnel. Howard, comme bien des cultivateurs indiens, savait que le mode de d&#233;veloppement occidental &#233;tait gros de dangers. L'impact de la colonisation britannique &#233;tait largement suffisant pour le rappeler. Dans l'ouverture, dans la modernisation de la civilisation et de l'&#233;conomie paysanne &lt;em&gt;mill&#233;naire&lt;/em&gt;, il r&#233;side aussi un risque de perte de la mesure de l'expansion de la civilisation par le rythme de d&#233;veloppement de l'agriculture, qui, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; peut conduire &#224; la chute. Il faut donc &lt;em&gt;mesurer&lt;/em&gt; le d&#233;veloppement, ce que le &lt;em&gt;gigantisme&lt;/em&gt; de l'id&#233;ologie &#233;conomique industrielle tend &#224; refuser [&lt;a href='#nb29' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard a propos&#233; la participation du gouvernement et des villes &#224; l'entretien (...)' id='nh29'&gt;29&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le couple Howard a favoris&#233; le progr&#232;s de l'agriculture de subsistance des petits paysans de l'Inde, en rationalisant une m&#233;thode d'agriculture &#233;cologique ; mais il a aussi soutenu le d&#233;veloppement des cultures d'exportations, en veillant bien &#224; leur probl&#233;matique globale, afin qu'elles enrichissent r&#233;ellement les paysans indig&#232;nes, comme il a &#233;galement particip&#233; au progr&#232;s des plantations industrielles de ses coll&#232;gues occidentaux. Il n'a pas condamn&#233; le d&#233;veloppement &#233;conomique marchand de l'Occident moderne, mais il a rappel&#233; qu'il devait rester &lt;em&gt;ench&#226;ss&#233;&lt;/em&gt; dans une culture [&lt;a href='#nb30' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans l'&#233;conomie de march&#233; capitaliste sans fronti&#232;re, le gain pr&#233;vaut sur la (...)' id='nh30'&gt;30&lt;/a&gt;] respectueuse des personnes et des peuples, et dans une agriculture durable, respectueuse de la nature, sous peine d'&#233;chec. Il n'a pas rejet&#233; la m&#233;thodologie de la science moderne, mais il a insist&#233; pour qu'elle reste organis&#233;e par les questions pratiques et une appr&#233;hension globale des enjeux de la recherche, tant du point de vue de la sant&#233; publique, que de son service du bien commun, et non des seuls int&#233;r&#234;ts de la finance. Il n'a pas souhait&#233; un retour &#224; la soci&#233;t&#233; paysanne, un peu &#224; la mani&#232;re de M. Fukuoka, mais il a d&#233;fendu une variante paysanniste de &lt;em&gt;l'approche physiocrate&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb31' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. plus haut, notre &#167; 223, et pour une pr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale, Grandamy R., La (...)' id='nh31'&gt;31&lt;/a&gt;], avec le &lt;em&gt;principe du primat d'une saine agriculture et de l'autosubsistance sur tous les autres d&#233;sirs humains,&lt;/em&gt; et cela en commen&#231;ant par lui-m&#234;me et ses pairs, les chercheurs en agriculture : qu'ils se nourrissent d'abord du produit de leurs recherches !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avan&#231;ons maintenant progressivement vers la partie plus sp&#233;culative de notre travail, en &#233;tudiant la question g&#233;n&#233;rale des rapports entre conception de la nature et agriculture chez les fondateurs de l'agrobiologie.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;L'agriculture biologique ou le primat de la nature.&lt;/h2&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Nature et artifice chez les fondateurs de l'agrobiologie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En travaillant sur le th&#232;me d'une agriculture qui serait une pratique respectueuse de, voire conforme &#224; la nature, les fondateurs abordent, explicitement ou implicitement, les questions ultimes des relations des hommes &#224; la nature. Si la question &#171; qu'est-ce que l'homme ? &#187; n'est pas th&#233;matis&#233;e [&lt;a href='#nb32' class='spip_note' rel='footnote' title='L'emploi de ce n&#233;ologisme est assez courant en philosophie : son usage semble (...)' id='nh32'&gt;32&lt;/a&gt;] comme telle dans leurs ouvrages, des remarques ponctuelles surgissent cependant &#231;a et l&#224;, qui nous permettront d'esquisser une reconstruction de leurs compr&#233;hensions de l'humain. En revanche, la question de la nature habite litt&#233;ralement les travaux des fondateurs de l'agriculture biologique : Howard et Masanobu Fukuoka nous expliquent &#171; l'agriculture naturelle &#187; qu'ils ont invent&#233;e, Hans Peter Rusch nous pr&#233;sente son agriculture biologique comme une imitation de la nature. Dans ces &#233;crits, il est donc possible de cerner, d'une part, des images de l'homme, de sa sant&#233;, et des conditions de possibilit&#233; de son &#233;panouissement [&lt;a href='#nb33' class='spip_note' rel='footnote' title='Voire m&#234;me une vision du &#171; bonheur &#187; de l'humain chez Masanobu (...)' id='nh33'&gt;33&lt;/a&gt;], et, d'autre part, des doctrines sur ce qu'est la nature. Le traitement des questions agricoles nous emm&#232;nent ici jusqu'&#224; des r&#233;flexions philosophiques sur la nature, la nature humaine, et le rapport de la nature humaine &#224; la nature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apparemment, il n'est pas question, pour les fondateurs, de penser et de cultiver la terre dans une optique d'exploitation pure et simple. Pourtant, force est de constater que l'agriculture, en tant que forme sp&#233;cifique du rapport de l'homme &#224; la nature, ne re&#231;oit pas le m&#234;me traitement philosophique que l'homme et surtout la nature. Les fondateurs semblent en savoir beaucoup sur la nature et l'homme mais ils ont tendance, par un &#233;trange paradoxe, &#224; se taire sur ce qui constitue pourtant implicitement la moiti&#233; de leur probl&#233;matique, la &lt;em&gt;nature de l'agriculture&lt;/em&gt; et les questions que posent en soi &lt;em&gt;l'homme comme agriculteur&lt;/em&gt;. En effet, et par exemple, lorsque Howard et Masanobu Fukuoka travaillent sur le th&#232;me de&#171; &lt;em&gt;l'agriculture naturelle&lt;/em&gt; &#187;, ils sortent du cadre conventionnel des divers et nombreux &#171; trait&#233;s d'agriculture &#187; : le titre de ces ouvrages traditionnels ne laisse souvent pas attendre plus que l'expos&#233; d'une m&#233;thode culturale [&lt;a href='#nb34' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans une version de ses derniers &#233;crits, Liebig donnait cependant un (...)' id='nh34'&gt;34&lt;/a&gt;]. En revanche, en creusant des th&#232;mes qui associent la technique agricole &#224; la nature, ces fondateurs se sont impos&#233;s objectivement des d&#233;fis d'une hauteur bien sup&#233;rieure &#224; celle d'une probl&#233;matique uniquement technicienne. En effet, le lecteur qui s'attarde &#224; l'intitul&#233; &#171; l'agriculture naturelle &#187; est en droit d'y lire un &#233;nonc&#233; pour le moins impressionnant : &#171; l'agriculture de la nature &#187; ! Parler de l'agriculture de la nature entra&#238;ne donc sur un sujet qui semble au premier abord difficile &#224; constituer en objet scientifique. Objectiver l'agriculture de la nature suppose en effet de consid&#233;rer au pr&#233;alable que la nature contient en elle-m&#234;me une agriculture [&lt;a href='#nb35' class='spip_note' rel='footnote' title='Au sens strict on ne peut pas dire qu'il y ait de l'agriculture dans la (...)' id='nh35'&gt;35&lt;/a&gt;]&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une telle probl&#233;matique peut appara&#238;tre d'abord comme non-scientifique, du moins tant que l'on croit que l'agriculture est une invention de l'homme. L'agriculture n'est-elle pas concomitante de l'invention de l'&#233;criture et de la fin de la pr&#233;histoire ? Ne constitue-t-elle pas un des premiers &#233;v&#233;nements d&#233;cisifs du progr&#232;s de l'humain vers la civilisation et la culture, et r&#233;ciproquement, le moment de son d&#233;collage par rapport &#224; la &#171; sauvagerie &#187; et &#224; la nature ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est toute une vision de l'histoire et de l'identit&#233; humaine sur le rapport nature/culture qui est d&#233;stabilis&#233;e et interrog&#233;e par le seul accouplement des termes nature-agriculture. Les fondateurs ont-ils explicitement travaill&#233; sur cet enjeu ? Ont-ils expos&#233; leurs visions de la nature afin de nous faire envisager que la nature cultive, &#171; fait l'agricultrice &#187; ? Le corpus documentaire auquel nous avons acc&#233;d&#233; comprend, de l'aveu m&#234;me des auteurs, leurs ouvrages de r&#233;f&#233;rence : il ne semble pas que la question y soit abord&#233;e aussi franchement. Il n'emp&#234;che qu'elle traverse leurs recherches. Sans doute l'id&#233;e de la nature comme fertilit&#233; dit-elle que la vie &#171; cultive &#187; la vie, en mettant en son centre les m&#233;canismes de reproduction et de multiplication. Que les fondateurs en aient eut une conscience claire ou non importe peut-&#234;tre moins que de souligner l'existence et les enjeux d'une telle probl&#233;matique, si l'on se place du point de vue de la compr&#233;hension de leurs d&#233;marches profondes - pour finalement peut-&#234;tre la poursuivre intelligemment - et de leurs r&#233;ceptions par leurs continuateurs. En effet, l'importance de telles questions irr&#233;solues dans l'&#339;uvre des fondateurs pourrait constituer un angle explicatif de leurs positions finales et &#233;galement jeter une lumi&#232;re int&#233;ressante sur certaines des difficult&#233;s et freins du d&#233;veloppement de l'agriculture biologique par la suite.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La nature avec ou sans transcendance&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ce court paragraphe a pour but une simple comparaison des positions fondamentales des fondateurs sur la nature et la transcendance. Selon nous, et sous cet angle, les &#339;uvres des fondateurs se r&#233;partissent en trois cat&#233;gories : immanentisme, dualisme &#171; agapique &#187;, et une situation interm&#233;diaire incertaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'immanentisme, il faut ranger, au final et sans h&#233;sitation, les &#339;uvres de Rudolf Steiner et Masanobu Fukuoka. Malgr&#233; les d&#233;clarations faites parfois en sens contraire, la th&#232;se de fond de ces deux auteurs est de consid&#233;rer qu'il y a une continuit&#233; substantielle entre le corps et l'esprit, entre la nature et la transcendance, entre nature et Dieu. Dans le vocabulaire &#233;sot&#233;rique, on peut trouver l'immanence exprim&#233;e par la th&#232;se de l'existence de degr&#233; entre ce qui est mat&#233;riel et ce qui est spirituel. L'esprit ne serait qu'une forme &#171; plus subtile &#187; de la mati&#232;re. Mais qu'est-ce que de la mati&#232;re subtile si ce n'est, encore et toujours, que de la mati&#232;re ? L'immanentisme, c'est aussi l'affirmation de la th&#232;se du holisme au sens absolu : il n'y aurait que le tout. L'existence de la personne humaine ne rel&#232;verait que d'un tissu de conjonctions cosmiques, historiques et biologiques. La personne humaine n'y est pas un absolu, une identit&#233; unique et transcendante. A ce compte, Masanobu Fukuoka peut d&#233;clarer que &#171; Le monde lui-m&#234;me est une unit&#233; de mati&#232;re &#187;, que Dieu et la nature ne font qu'un, etc. De m&#234;me, chez Steiner, le divin est-il un mouvement cyclique et impersonnel o&#249; les &#234;tres humains ne sont que des &#171; &#233;tincelles divines &#187;, des particules refluant p&#233;riodiquement dans l'unit&#233; du tout cosmique. Dans cette optique, le travail agricole n'a pas vraiment de finalit&#233; autre que la participation &#224; la vie biologique/cosmique. Le cas d'Hans Peter Rusch serait &#224; situer en situation interm&#233;diaire, ind&#233;cise : le biologiste d'Herborn oscille en effet entre la pens&#233;e du tout vivant, &#224; laisser intact autant que possible, et des r&#233;f&#233;rences au Dieu chr&#233;tien transcendant de son coll&#232;gue Hans M&#252;ller [&lt;a href='#nb36' class='spip_note' rel='footnote' title='Rappelons aussi qu'il &#233;tait moins critique que Howard vis-&#224;-vis de la (...)' id='nh36'&gt;36&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une v&#233;ritable transcendance implique la possibilit&#233; d'une perc&#233;e dans l'immanence, d'une sortie des n&#233;cessit&#233;s biologiques ou cosmiques, vers une &lt;em&gt;cr&#233;ation in&#233;dite&lt;/em&gt;, sp&#233;cifiquement humaine. Dans une perspective th&#233;ologique, le Dieu chr&#233;tien ne se confond alors pas avec la nature, il laisse une &lt;em&gt;marge de man&#339;uvre&lt;/em&gt; &#224; l'action de l'homme. On pourrait dire que, dans le r&#233;cit chr&#233;tien de la cr&#233;ation du monde et de l'homme, la Gen&#232;se, Dieu confie la nature &#8211; la cr&#233;ation - aux bons soins de l'homme, tout en lui offrant la possibilit&#233; d'une co-cr&#233;ation avec Lui, c'est-&#224;-dire en offrant &#224; l'homme la possibilit&#233; du d&#233;veloppement d'une cr&#233;ativit&#233; respectueuse de l'ordre et des r&#233;gulations qu'Il a inscrit dans le donn&#233;. N'est-ce pas l&#224; le dessin des grandes lignes d'une perspective &#233;cologique et progressiste ? Mais la tradition biblique ajoute que l'humanit&#233; n'aurait pas su s'y tenir, avec le r&#233;cit de la Chute.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, chez Howard et M&#252;ller, il y a une telle ouverture au-del&#224; de l'agriculture, vers les autres activit&#233;s humaines, artisanat et industrie notamment. L'agriculture n'est pas une finalit&#233; en soi, mais la base n&#233;cessaire de l'alimentation humaine et d'une cr&#233;ation de richesses suppl&#233;mentaires, ouvrant sur une libert&#233; cr&#233;atrice, sur des civilisations originales. M&#252;ller a cr&#233;&#233; un parti politique original, &#171; paysans-artisans-bourgeois &#187; et s'inspire de Grundvigt, l'un des esprits fondateurs de la &lt;em&gt;modernisation&lt;/em&gt; de la Scandinavie, pour d&#233;velopper la lecture et la culture populaire. Dans la mouvance des intellectuels pionniers du mouvement organique [&lt;a href='#nb37' class='spip_note' rel='footnote' title='Des personnages pr&#233;sent&#233;s par Philipp Conford (cf. The Origins of the Organic (...)' id='nh37'&gt;37&lt;/a&gt;], Sir Albert Howard s'int&#233;resse &#224; donner des bases solides au processus de civilisation, plut&#244;t qu'&#224; la seule agriculture. Dans le &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;, il revient souvent sur l'id&#233;e d'un &lt;em&gt;n&#233;cessaire &#233;quilibre&lt;/em&gt; entre l'&#233;tablissement et le soutien d'une agriculture durable, d'une part, et les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et autres, d'autre part, qu'il rassemble sous l'expression &#171; le monde financier, l'industrie, le bien-&#234;tre public &#187; [&lt;a href='#nb38' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A, Testament agricole, p. 204. Cf. p. 09.' id='nh38'&gt;38&lt;/a&gt;]. On pourrait aussi rappeler leur souci du d&#233;veloppement rural en Inde, notamment avec la mise en place de cultures commerciales et de syst&#232;mes agricoles r&#233;ellement enrichissants, sur le plan mon&#233;taire, pour les paysans indig&#232;nes. La disponibilit&#233; mon&#233;taire &#233;tant bien entendue source de libert&#233;s. Nous proposons l'expression de &lt;em&gt;dualisme agapique&lt;/em&gt; pour caract&#233;riser cette position. Agap&#232; veut dire &#171; amour &#187; en grec. Le sens se distingue de &#171; l'eros &#187;, l'amour passionnel et charnel, et vise plut&#244;t l'amour d'amiti&#233;, l'entraide. Sous l'influence chr&#233;tienne &#8211; Howard et M&#252;ller en &#233;taient berc&#233;s &#8211; il peut d&#233;signer plus pr&#233;cis&#233;ment la charit&#233;, et id&#233;alement, l'amour mutuel, la promotion mutuelle des personnes [&lt;a href='#nb39' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous nous inspirons ici librement de Maurice N&#233;doncelle, qui d&#233;crivait (...)' id='nh39'&gt;39&lt;/a&gt;]. Appliqu&#233; ici &#224; des activit&#233;s socio-&#233;conomiques, il vise l'&#233;tablissement d'une synergie entre les parties : promouvoir une agriculture saine, durable, et performante, pour viser, sur les exc&#233;dents d&#233;gag&#233;s, la construction du d&#233;veloppement de la civilisation. Bien-s&#251;r, cette approche est r&#233;ductrice, en omettant les ressources mini&#232;res et min&#233;rales que l'industrie exploite. N&#233;anmoins, la pression de la crise &#233;cologique ne nous invite-t-elle pas &#224; privil&#233;gier les ressources biologiques et renouvelables, afin de faire face &#224; la d&#233;gradation acc&#233;l&#233;r&#233;e de la biosph&#232;re ? Mais continuer cette discussion outrepasserait les limites de notre sujet. Tentons maintenant de faire le point sur la vision de la nature chez Albert Howard.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La nature comme fertilit&#233; et son cycle chez Howard&lt;/h3&gt;
&lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;La nature d&#233;finie comme fertilit&#233;&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Sir Albert Howard essaye d'aborder la question de l'agriculture avec &#171; bon sens &#187; [&lt;a href='#nb40' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A, Testament agricole, p. 187.' id='nh40'&gt;40&lt;/a&gt;]. La premi&#232;re condition de possibilit&#233; de l'agriculture est la nature. La nature dont parle Howard est la nature &#224; son niveau biologique, et non pas la nature simplement physique : les cailloux ne font pas pousser les v&#233;g&#233;taux. Dans ce sens l&#224;, la nature est appel&#233;e aussi bien la terre, la terre comprise comme lieu de vie. La nature ou la terre &#233;tant vivante, cela signifie aussi qu'elle est f&#233;conde, ou bien encore, fertile. La terre est vivante, autrement dit elle s'&#233;tend, se reproduit. Tel est justement l'aspect le plus impressionnant de la vie, sa tendance &#224; toujours s'accro&#238;tre. Ces &#171; v&#233;rit&#233;s &#233;l&#233;mentaires &#187; [&lt;a href='#nb41' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 185.' id='nh41'&gt;41&lt;/a&gt;] sont &#224; la base, mais aussi &#224; l'horizon des recherches et r&#233;sultats d'Howard. Ainsi, son &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;, sous titr&#233; &lt;em&gt;Pour une agriculture naturelle,&lt;/em&gt; fait tr&#232;s souvent r&#233;f&#233;rence &#224; &#171; la nature &#187;, qu'il nomme aussi r&#233;guli&#232;rement &#171; notre &lt;em&gt;m&#232;re&lt;/em&gt; la terre &#187; ou &#171; notre &lt;em&gt;m&#232;re&lt;/em&gt; la Nature &#187;, et parfois aussi &#171; notre &lt;em&gt;m&#232;re nourrici&#232;re&lt;/em&gt;, la terre &#187; [&lt;a href='#nb42' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid. Cf. les pages 58, 105, 169, 176, 184, 205. Je souligne.' id='nh42'&gt;42&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour beaucoup des occidentaux contemporains, ces expressions ont pris, au minimum, un caract&#232;re d'&#233;tranget&#233;, au pire un caract&#232;re fasciste et totalitaire, &#224; travers la volont&#233; d'une absolutisation de &#171; la Nature &#187;. Entre ces deux extr&#234;mes, se d&#233;roule toute une gamme de sentiments de la nature m&#233;lang&#233;s, allant, entre autre, &#224; un extr&#234;me, du romantisme nostalgique, par exemple dans sa d&#233;clinaison Nouvel Age, facilement jug&#233; infantile et r&#233;trograde avec sa tendance fusionnelle, et, &#224; l'autre extr&#234;me, au scientisme relativiste, ayant abandonn&#233; tout espoir d'une compr&#233;hension synth&#233;tique et rationnelle de la nature [&lt;a href='#nb43' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette diversit&#233; et ces ambigu&#239;t&#233;s ne sont pas propres au mouvement (...)' id='nh43'&gt;43&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut donc tout d'abord expliquer et &#233;tudier la coh&#233;rence des motivations intellectuelles et scientifiques qui ont pouss&#233; Howard &#224; se r&#233;f&#233;rer &#224; &#171; la Nature &#187;, si l'on veut faciliter la compr&#233;hension du sens de sa recherche agricole. L'axe de la fertilit&#233; constitue l'id&#233;e centrale de l'approche de la nature chez Howard : il explique pourquoi elle doit servir de mod&#232;le &#224; l'agriculture, laquelle veut profiter de celle-ci. La r&#233;flexion howardienne sur la for&#234;t explique ensuite comment son agriculture se r&#233;fl&#233;chit, pour &#234;tre, en pratique, en phase avec la nature.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;La perspective de la fertilit&#233; ou la Nature souveraine d'agriculture&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'&#339;uvre de naturaliste de Sir Albert Howard ne se laisse ranger sous aucune des &#233;tiquettes que la mentalit&#233; moderne aurait tendance &#224; lui attribuer, en raison de ses r&#233;f&#233;rences appuy&#233;es &#224; la nature de la nature. Nous avons vu, avec Thomas Gieryn, qu'il avait d&#233;velopp&#233; des &#171; cr&#233;dibilit&#233;s hybrides &#187; pour justifier son travail : pertinence scientifique, ad&#233;quation aux souhaits des paysans indig&#232;nes d'Inde, rentabilit&#233; marchande. Mais il ne faudrait pas omettre sa vision g&#233;n&#233;rale typique de l'agrobiologie que nous connaissons, associant la sant&#233; de sols &#224; celle des cheptels puis &#224; celle des hommes. Sur cette base d'une saine agriculture, devrait &#234;tre possible un d&#233;veloppement ouvert de la soci&#233;t&#233;. On a dit ainsi que Howard ne r&#233;sumait pas son ambition &#224; la satisfaction des paysans. Mais la condition de tout d&#233;veloppement durable r&#233;sidait d'abord pour lui dans le maintien de la fertilit&#233; des sols. Albert Howard n'est pas un nostalgique d'&#233;poques peut-&#234;tre plus heureuses du pass&#233;, puisqu'il a travaill&#233; &#224; &#171; la mise au point et l'application du proc&#233;d&#233; Indore aux plantations industrielles &#187; [&lt;a href='#nb44' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. la troisi&#232;me page de sa Pr&#233;face &#224; son Testament agricole, op. (...)' id='nh44'&gt;44&lt;/a&gt;]. Il n'est pas non plus une sorte de fasciste antimoderne et r&#233;actionnaire, qui pourrait vouloir imposer le culte d'une nature sauvage mythifi&#233;e, puisqu'il s'int&#233;resse aux conditions de possibilit&#233; d'une agriculture &#171; intensive &#187;, demand&#233;e par l'industrialisation occidentale :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Une longue exp&#233;rience nous a prouv&#233; que les champs des Indes peuvent satisfaire la faim de l'estomac. Il reste &#224; voir s'ils sont capables de satisfaire les exigences suppl&#233;mentaires dues &#224; la machinerie &#187; [&lt;a href='#nb45' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., ibid., p. 10.' id='nh45'&gt;45&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard a donc d'autres raisons pour se r&#233;f&#233;rer &#224; &#171; la Nature &#187;. Pour aller jusqu'&#224; adjoindre un &#171; N &#187; majuscule &#224; la &#171; nature &#187;, il lui faut de solides motifs qui &#233;chappent &#224; trop d'entre nous aujourd'hui. Il faut tenter ici de les cerner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on rassemble les termes qu'il met en &#233;quivalence de signification, nous obtenons la cha&#238;ne suivante : &#171; Nature &#187;, &#171; terre &#187;, &#171; notre m&#232;re nourrici&#232;re &#187;. Autant dire qu'il parle du ph&#233;nom&#232;ne de la vie. Mais cela n'est pas suffisant. En effet, la notion de vie ne rend pas directement compte des symboles que v&#233;hicule l'image maternelle, ni de la forte accentuation mise sur la &#171; Nature &#187; avec le &#171; N &#187; majuscule. Sir Albert Howard nous parle de quelque chose de presque sacr&#233;, il faut l'avouer. &lt;em&gt;Il nous parle de ce sans quoi nous ne serions pas l&#224;, le r&#232;gne de la vie qui a exist&#233; avant que le premier humain ne soit&lt;/em&gt;. Et il n'y a pas eu besoin des travaux scientifiques de l'&#233;volutionnisme pour que l'intuition commune apprenne la proximit&#233; de l'humanit&#233; d'avec les autres r&#232;gnes du vivant. Cette r&#233;f&#233;rence &#224; la nature biologique, fondamentale pour notre esp&#232;ce humaine, est accentu&#233;e, dans le texte howardien, par la r&#233;f&#233;rence maternelle. Il pourrait s'agir d'une fa&#231;on de toucher le lecteur plus individuellement, plus personnellement, en lui rappelant sa m&#232;re directe, biologique, dans le ventre de laquelle il a commenc&#233; &#224; &#234;tre ici-bas, &#224; exister, et au sein de laquelle il a commenc&#233; &#224; se nourrir et grandir. De la sorte, le lien entre, d'une part, la terre ou la nature &#224; l'ext&#233;rieur de nos corps individuels, et, d'autre part, la nature &#224; l'int&#233;rieur de nos corps, est rappel&#233;. Enfin, dans cet &#233;clairage, il reste &#224; dire deux mots du rapprochement des termes &#171; nourrici&#232;re &#187;, &#171; nature &#187;, et &#171; m&#232;re &#187; chez Howard. La &#171; Nature nourrici&#232;re &#187; comme &#171; m&#232;re nourrici&#232;re &#187; renvoie &#224; l'id&#233;e que, non seulement, sans elle, les humains n'existeraient pas, mais, au-del&#224;, que leurs civilisations ne pourrait pas non plus se d&#233;velopper sans la respecter toujours : sans nourriture, plus d'organisations humaines ni de progr&#232;s possibles, direction la mort. En outre, le rapprochement de &lt;em&gt;nature&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;nourrici&#232;re&lt;/em&gt;, et &lt;em&gt;m&#232;re&lt;/em&gt;, porte un sens plus profond : la nature est m&#232;re, c'est-&#224;-dire qu'elle est &lt;em&gt;f&#233;conde, fertile&lt;/em&gt;. De plus, la nature est nourrici&#232;re, c'est-&#224;-dire qu'elle nous nourrit, &lt;em&gt;telle qu'elle est&lt;/em&gt;. Ceci est tr&#232;s important. Et si l'on entend bien ce qui est rappel&#233; dans ces expressions d'Albert Howard, contenu qui renvoie &#224; &#171; l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale &#187; de sa recherche, il est logique d'en arriver &#224; la conclusion d'apr&#232;s laquelle Howard nous rappelle, aussi, que l'agriculture n'est pas imm&#233;diatement n&#233;cessaire &#224; l'esp&#232;ce humaine. Dans la nature telle qu'elle est donn&#233;e, les humains pourraient fort bien se nourrir sans agriculture ni &#233;levage. C'est d'ailleurs ce qu'ils ont fait aux &#233;poques primitives - premi&#232;res - de l'histoire de l'humanit&#233;. C'est d'ailleurs ce que certaines cultures humaines font encore.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec ce rappel d'une certaine r&#233;alit&#233; de la nature-m&#232;re, c'est la f&#233;condit&#233; ou la fertilit&#233; de la nature, de la terre, qui nous est remise &#224; l'esprit. C'est l&#224; le motif fondamental de la m&#233;ditation et de la r&#233;flexion howardienne. Elle fait le lien entre nature et agriculture. L'agriculture est l' &#171; ensemble des travaux transformant le milieu naturel pour la production de v&#233;g&#233;taux et d'animaux utiles &#224; l'homme &#187;, selon Le Robert. L'agriculture cherche donc, selon l'&#233;quivalence howardienne, &#224; utiliser la fertilit&#233; de la terre - le &#171; milieu naturel &#187; - pour produire des &#234;tres vivants utiles &#224; l'homme. Mais l'agriculture sert aussi &#224; produire des &#234;tres vivants visant &#224; satisfaire des d&#233;sirs secondaires. Quoi qu'il en soit de l'importance des buts de l'agriculture, ce qu'il faut retenir de cette d&#233;finition de l'agriculture, une fois que nous avons pr&#233;sent &#224; l'esprit, avec Howard, que &lt;em&gt;nature signifierait essentiellement fertilit&#233;&lt;/em&gt; ou f&#233;condit&#233;, c'est que le travail agricole&lt;em&gt; transforme la fertilit&#233; &lt;/em&gt;pour produire des &#234;tres vivants voulus par l'homme. Pour Howard, la clef de l'agriculture se trouve dans l'&#233;tude de la nature vivante, dans une certaine biologie, car la nature est &#171; souveraine &#187; de fertilit&#233;, et donc souveraine d'agriculture [&lt;a href='#nb46' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Testament agricole, p. 01.' id='nh46'&gt;46&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et c'est pourquoi Howard peut entamer le bilan de son &#339;uvre, dans son avant-dernier livre, en repla&#231;ant ce travail&lt;em&gt; humain &lt;/em&gt;en sa probl&#233;matique&lt;em&gt; naturelle : la fertilit&#233; de la terre&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb47' class='spip_note' rel='footnote' title='D&#232;s la premi&#232;re phrase de l'Introduction du Testament agricole.' id='nh47'&gt;47&lt;/a&gt;]. Il appara&#238;t maintenant en pleine lumi&#232;re que Sir Albert Howard entend traiter le probl&#232;me agricole &#224; son origine, autrement qu'un probl&#232;me relevant de la technique, ce qui ne va pas de soi, au moins dans la tradition agronomique de la modernit&#233; occidentale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les r&#233;f&#233;rences howardiennes &#224; la nature vont alors perdre une partie de leurs ambigu&#239;t&#233;s, en se trouvant rapproch&#233;es des r&#233;f&#233;rences de l'&#233;cologie en tant que science, laquelle travaille sur les interrelations des &#234;tres vivants, ainsi que sur leurs rapports &#224; l'environnement inorganique. De plus, le recours d'Howard &#224; la cat&#233;gorie de &#171; Nature &#187; fait &#233;cho &#224; l'observation de la nature vivante &lt;em&gt;en g&#233;n&#233;ral&lt;/em&gt;, avec des concepts tels que &#171; l'&#233;volution &#187;, la &#171; biosph&#232;re &#187;, &#171; l'&#233;cosph&#232;re &#187;, voire &#171; Ga&#239;a &#187;. Le travail de Donald Worster, que nous avons &#233;voqu&#233; &#224; propos des origines romantiques de l'agrobiologie, met bien en valeur la continuit&#233; historique qui a exist&#233; entre le sentiment d'amour et d'admiration pour la nature, d'une part, et les premiers &lt;em&gt;travaux de classification et de r&#233;flexion men&#233;s &#224; m&#234;me le terrain&lt;/em&gt;, sur l'ordre r&#233;gissant la diversit&#233; de la faune et de la flore et son articulation avec le milieu p&#233;doclimatique en g&#233;n&#233;ral, d'autre part [&lt;a href='#nb48' class='spip_note' rel='footnote' title='Le livre de Patrick Matagne, Aux origines de l'&#233;cologie, Les naturalistes en (...)' id='nh48'&gt;48&lt;/a&gt;]. Avec Sir Albert Howard, la question de l'agriculture se pose donc ainsi, clairement, comme &#233;tant d'abord une question incluse dans la question plus vaste de la nature biologique terrestre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comment l'auteur propose-t-il ensuite d'&#233;tudier la question de la terre ? Howard aborde cette question en phase avec son temps, qui a vu la naissance de la p&#233;dologie et des premiers d&#233;veloppements qui vont former bient&#244;t la science &#233;cologique [&lt;a href='#nb49' class='spip_note' rel='footnote' title='La d&#233;marche d'Howard est en phase avec l'orientation g&#233;n&#233;rale de l'&#233;cologie (...)' id='nh49'&gt;49&lt;/a&gt;]. Howard aborde la question de la nature biologique en partant de la vie terrestre. Sans doute aussi influenc&#233; par les premiers travaux p&#233;dologiques, qui ont consist&#233; essentiellement en classification de sols, notamment en fonction des types et taux de mati&#232;re organique, Howard se concentre sur ce que l'on appelle &lt;em&gt;l'humus&lt;/em&gt;. D'autre part, son &lt;em&gt;identification de la nature &#224; la fertilit&#233;&lt;/em&gt; va prendre la figure des milieux sauvages terrestres primitivement parmi les plus fertiles : les &lt;em&gt;for&#234;ts. &lt;/em&gt;Nous y reviendrons &#224; la fin de cette quatri&#232;me partie, mais signalons d&#233;j&#224; que Howard n'a pas expliqu&#233; pourquoi il a pris la for&#234;t comme mod&#232;le d'agriculture. Peut-&#234;tre ce choix rel&#232;ve-t-il de l'intuition ou de l'exp&#233;rience ordinaire du r&#244;le des for&#234;ts dans l'entretien et la stabilisation des sols.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;La for&#234;t, fertilit&#233; naturelle optimale&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Howard consid&#232;re donc que l'&#233;tude de l'agriculture doit d&#233;buter par l'&#233;tude des milieux sauvages o&#249; la f&#233;condit&#233; est la plus forte, ind&#233;pendamment de la main de l'homme :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'&#233;tude de la f&#233;condit&#233; de la terre doit d&#233;buter par une revue des divers proc&#233;d&#233;s agricoles qui se sont d&#233;velopp&#233;s jusqu'&#224; nos jours. [..]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1&#232;rement. Les &lt;em&gt;proc&#233;d&#233;s de la Nature, souveraine en la mati&#232;re, tels qu'ils apparaissent dans la for&#234;t vierge&lt;/em&gt;, la prairie et la mer ; [&#8230;] &#187; [&lt;a href='#nb50' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 01. Je souligne. Dans l'&#339;uvre howardienne, (...)' id='nh50'&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sir Albert Howard commence ainsi son ouvrage par un compte rendu d'observation de la dynamique foresti&#232;re et des interactions des &#171; &#233;l&#233;ments &#187; qui la composent, climat, sol, sous-sol, v&#233;g&#233;taux. Il insiste sur les cycles, &#233;quilibres, et synergies qui assurent l'&#233;quilibre de la nature. Voici comment il introduit la question de la fertilisation organique et min&#233;rale naturelle :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La for&#234;t se fertilise elle-m&#234;me. Elle fabrique son propre humus et se suffit en apports min&#233;raux. En observant une for&#234;t, nous constatons l'accumulation progressive sur le sol d'un m&#233;lange de d&#233;chets v&#233;g&#233;taux et animaux, qui sont transform&#233;s en humus par les champignons et les bact&#233;ries. Les transformations qui d&#233;butent sont fonction de l'oxydation ; ensuite, elles peuvent s'accomplir sans air. Elles provoquent un assainissement, il n'y a rien de nocif : pas d'odeur, pas de mouches, pas de poussi&#232;re, pas d'incin&#233;rateurs, pas d'&#233;puration artificielle, pas d'&#233;pid&#233;mie due &#224; l'eau, pas de conseillers municipaux et pas d'imp&#244;ts &#187; [&lt;a href='#nb51' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., ibid., p. 02.' id='nh51'&gt;51&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard constate que la for&#234;t n'a pas de carence min&#233;rale. Les &#171; corps min&#233;raux n&#233;cessaires aux arbres et au sous-bois sont tir&#233;s du sous-sol. [&#8230;] M&#234;me dans les terrains gravement d&#233;pourvus d'acide phosphorique, les arbres n'&#233;prouvent aucune difficult&#233; &#224; s'approvisionner en quantit&#233;s importantes de cet &#233;l&#233;ment &#187;. Ainsi, tandis que l'humus fournit l'engrais organique, le sol et le sous-sol fournissent la substance min&#233;rale. Au niveau min&#233;ral, la &#171; culture naturelle &#187; de la for&#234;t pr&#233;sente deux caract&#233;ristiques : &#171; une circulation continue des compos&#233;s min&#233;raux absorb&#233;s par les arbres &#187; et &#171; un accroissement constant de nouveaux min&#233;raux puis&#233;s dans les immenses r&#233;serves du sous-sol &#187;. L'agronome anglais mentionne ensuite la synergie sanitaire existant entre v&#233;g&#233;taux et animaux, afin de rappeler que la maladie est un ph&#233;nom&#232;ne de faible ampleur dans la nature [&lt;a href='#nb52' class='spip_note' rel='footnote' title='En accord avec Hans Peter Rusch (cf. La f&#233;condit&#233; du sol, p. 44).' id='nh52'&gt;52&lt;/a&gt;]. Au passage, il en profite pour railler des aspects centraux de l'agriculture moderne comme l'arsenal phytosanitaire des &#171; pulv&#233;risateurs &#187; et des &#171; poisons &#187;, et la boutique v&#233;t&#233;rinaire des &#171; vaccins &#187; et &#171; s&#233;rums &#187; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les v&#233;g&#233;taux et les animaux prennent soin r&#233;ciproquement les uns des autres. [&#8230;] Bien entendu, toutes sortes d'esp&#232;ces de maladies peuvent se manifester de temps en temps chez les plantes et les animaux de la for&#234;t, mais elles ne prennent jamais de grandes proportions. La r&#232;gle, c'est que les plantes et les animaux parviennent tr&#232;s bien &#224; se prot&#233;ger contre les parasites qui vivent parmi eux &#187; [&lt;a href='#nb53' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., ibid., p. 03-04.' id='nh53'&gt;53&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard termine alors ce paragraphe sur la for&#234;t en avan&#231;ant une proposition valant pour principe g&#233;n&#233;ral de la nature : &#171; La maxime de la Nature, c'est vivre et laisser vivre &#187;. Il serait int&#233;ressant de comparer son approche avec, d'une part, celle de Darwin, puisqu'il appr&#233;cie un travail relativement peu connu du c&#233;l&#232;bre naturaliste, consacr&#233; aux vers de terre, au point d'avoir r&#233;dig&#233; une pr&#233;face pour une &#233;dition du livre de Darwin sur ce sujet [&lt;a href='#nb54' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Darwin C., La formation de la terre v&#233;g&#233;tale par l'action des vers avec (...)' id='nh54'&gt;54&lt;/a&gt;], et, d'autre part, avec l'&#233;tat des savoirs de l'&#233;cologie scientifique aujourd'hui. Cette comparaison promet d'&#234;tre &#233;clairante puisque l'on ne retient couramment de Darwin que ses d&#233;monstrations sur le ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;volution et son explication de celui-ci par le &lt;em&gt;struggle for life, &lt;/em&gt;une explication &#171; violente &#187; [&lt;a href='#nb55' class='spip_note' rel='footnote' title='Donald Worster d&#233;crit &#171; l'&#233;cologie darwinienne &#187; comme une &#171; science pessimiste (...)' id='nh55'&gt;55&lt;/a&gt;] qui ne colle pas trop avec la dominante coop&#233;rative et pacifique de la vision &#233;cologiste et agrobiologique dominante de la nature. En effet, l'interpr&#233;tation howardienne &#171; vivre et laisser vivre &#187; semble avoir une autre tonalit&#233; que &#171; la lutte pour la vie &#187; pour la vie darwinienne. Autour de cette comparaison, on pourrait aussi revenir sur la question de l'impact ou de l'usage culturel et politique qui est fait de ces maximes sur la nature, d'origine &#171; experte &#187;, au niveau des id&#233;es courantes concernant la nature. Mais ceci constitue un autre sujet. Revenons maintenant au mod&#232;le naturel d'Albert Howard : au c&#339;ur de celui-ci nous trouvons les notions de cycle, d'interaction de toutes les esp&#232;ces, et d'&#233;quilibre entre les processus de croissance et ceux de d&#233;composition.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;La nature, un cycle cultural autonome, mixte, et &#233;quilibr&#233; entre croissance et d&#233;composition&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Le p&#232;re de l'agriculture organique r&#233;sume son propos sur la &#171; culture &#187; naturelle, c'est-&#224;-dire &#224; peu pr&#232;s &lt;em&gt;l'agriculture de la nature&lt;/em&gt;, en quelques phrases. Devant le passage suivant, qui illustre une id&#233;e qui revient souvent dans l'&#339;uvre d'Howard, nous avons &#233;t&#233; surpris pr&#233;cocement par le m&#233;lange d'observation de la nature sauvage et de r&#233;f&#233;rence &#224; l'agriculture. En effet, pour d&#233;crire ad&#233;quatement les synergies entre faune et flore dans la for&#234;t, il n'y a gu&#232;re besoin de faire appel au &#171; b&#233;tail &#187; : la microfaune du sol et les insectes, dans leurs relations avec la flore, sont bien plus importants que les grands animaux pour la dynamique de l'&#233;cosyst&#232;me, surtout pour l'humification et le d&#233;veloppement du sol. De m&#234;me avec le vocabulaire de la &#171; mixit&#233; &#187; : nous avons vu que Howard a aussi pour mod&#232;le &lt;em&gt;l'agriculture mixte&lt;/em&gt;, c'est-&#224;-dire la polyculture-&#233;levage ayant exist&#233; au cours de l'histoire agricole anglaise, notamment de la fin du Moyen-Age au XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. De plus, nous avons lu aussi que Howard ne r&#233;siste pas toujours &#224; exprimer une nostalgie du &lt;em&gt;bon vieux temps de l'agriculture mixte&lt;/em&gt;. De ces remarques nous tirons que le regard du &#171; naturaliste &#187; Howard a sans doute &#233;t&#233; trop influenc&#233; par ses id&#233;es et son travail sur l'agriculture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, on pourrait d&#233;j&#224; demander si l'id&#233;e de l'&#233;quilibre entre processus de croissance et d&#233;composition n'est pas un peu contradictoire avec de la constitution de &#171; r&#233;serves abondantes &#187;. Enfin, on notera l'harmonie qui r&#232;gne dans la nature howardienne entre plantes et animaux :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Notre m&#232;re, la terre, ne cherche jamais &#224; cultiver sans la pr&#233;sence du b&#233;tail ; elle r&#233;alise toujours des cultures mixtes ; il est pris grand soin pour prot&#233;ger le sol et emp&#234;cher l'&#233;rosion. Les d&#233;chets v&#233;g&#233;taux et animaux m&#233;lang&#233;s sont transform&#233;s en humus ; rien n'est perdu ; les ph&#233;nom&#232;nes de la croissance et la d&#233;cr&#233;pitude se tiennent en &#233;quilibre ; des r&#233;serves abondantes sont constitu&#233;es pour sauvegarder la fertilit&#233; ; le plus grand soin est apport&#233; &#224; la mise en r&#233;serve de l'eau de pluie ; les plantes et animaux doivent se prot&#233;ger r&#233;ciproquement des maladies &#187; [&lt;a href='#nb56' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., op. cit., p. 04' id='nh56'&gt;56&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fort de cette pr&#233;paration, Sir Albert Howard peut aborder la question de la fertilit&#233; du sol en elle-m&#234;me. Mais pour aborder la nature de la fertilit&#233;, l'auteur avance qu'il faut garder pr&#233;sent &#224; l'esprit la r&#233;alit&#233; toute li&#233;e et cyclique de l'ensemble de la nature vivante. Il sait qu'il s'oppose en cela &#224; la fa&#231;on moderne courante d'aborder les probl&#232;mes agricoles. Il s'oppose au primat de la m&#233;thode analytique, qui veut qu'il faille d&#233;composer un probl&#232;me complexe en ses &#233;l&#233;ments pour acc&#233;der &#224; la compr&#233;hension, et affirme que la m&#233;thode conforme au sujet de la recherche, la fertilit&#233; du sol, doit &#234;tre synth&#233;tique. Voici une critique en r&#232;gle de la m&#233;thode analytique et une justification, par l'objet biologique &#233;tudi&#233;, de la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre &lt;em&gt;holiste&lt;/em&gt; devant la nature [&lt;a href='#nb57' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut appr&#233;cier cette d&#233;marche comme une preuve du souci r&#233;aliste d'Howard, (...)' id='nh57'&gt;57&lt;/a&gt;] :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; On ne peut concevoir la nature de la fertilit&#233; du sol que si l'on a pr&#233;sente &#224; l'esprit sa relation avec le cycle de la nature. Dans cette &#233;tude, il nous faudra, d&#232;s le d&#233;part, nous affranchir de la fa&#231;on conventionnelle de traiter les probl&#232;mes agricoles en utilisant des techniques s&#233;par&#233;es et, par dessus tout, de tenir pour &#233;videntes les statistiques apport&#233;es par le champ habituel d'exp&#233;riences. Au lieu de d&#233;monter le sujet en &#233;l&#233;ments et d'&#233;tudier l'agriculture en pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es par les m&#233;thodes analytiques de la science, propres seulement &#224; la d&#233;couverte des faits nouveaux, nous devrons adopter une m&#233;thode de recherche synth&#233;tique et consid&#233;rer le cycle de la vie comme un tout et non comme un assemblage de choses sans relations entre elles. Toutes les phases du cycle de la vie sont en &#233;troite corr&#233;lation ; toutes sont int&#233;gr&#233;es &#224; l'activit&#233; de la Nature ; on ne peut en oublier aucune, car elles sont d'une &#233;gale importance. Nous devrons ainsi &#233;tudier la fertilit&#233; du sol en relation avec un syst&#232;me de travail naturel, et adopter des m&#233;thodes de recherche en stricte relation avec le sujet. &#187; [&lt;a href='#nb58' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., ibid., p. 24.' id='nh58'&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Observateur de l'agriculture des Antilles britanniques et de l'Inde, Howard a peut-&#234;tre &#233;t&#233; particuli&#232;rement influenc&#233; par sa vision de l'&#233;cologie de cette zone climatique, lorsqu'il d&#233;clare que dans &#171; l'&#233;volution agricole de la Nature, l'&#233;quilibre est &#233;tabli et maintenu entre ces deux processus compl&#233;mentaires &#187; [&lt;a href='#nb59' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh59'&gt;59&lt;/a&gt;] que sont la croissance et la d&#233;composition. En effet, dans la zone intertropicale, les processus de croissance et de d&#233;composition des v&#233;g&#233;taux peuvent sembler &#171; &#233;quilibr&#233;s &#187; et apparaissent rapides [&lt;a href='#nb60' class='spip_note' rel='footnote' title='Colinvaux P., Invitation &#224; la science de l'&#233;cologie, Seuil, p. (...)' id='nh60'&gt;60&lt;/a&gt;]. Mais signalons-le une premi&#232;re fois : &#224; proprement parler, et d'un point de vue &#233;volutionniste, il n'y a pas vraiment de cycle de la vie. Aux origines de la vie, la faune n'est pas n&#233;cessaire &#224; la flore : elle n'existe pas ! Ainsi, que ce soit sous l'influence d'un certain paysannisme &#8211; la r&#233;f&#233;rence &#224; l'agriculture mixte &#8211; ou sous celle des id&#233;es de cycle en g&#233;n&#233;ral, et de &#171; roue de la vie &#187; orientale, en particulier, le regard de Howard sur le milieu sauvage semble significativement d&#233;form&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, c'est avec ces &#171; observations &#187; du terrain naturel que Howard peut conclure que l'agriculture humaine saine est celle qui copie la nature en mettant au c&#339;ur de sa d&#233;marche la fertilit&#233; comme r&#233;sultante d'un cycle serr&#233; entre la croissance des v&#233;g&#233;taux et leur d&#233;composition. En Orient, o&#249; il a men&#233; des recherches pendant plus de vingt ans, il a d&#233;couvert un syst&#232;me cultural qui s'est maintenu pendant des mill&#233;naires en suivant la nature ainsi comprise. La meilleure approche de la loi naturelle de la fertilit&#233; serait le compost. S'&#233;carter du maintien de la fertilit&#233; du sol par l'&#233;quilibre constant entre processus de croissance et processus de d&#233;composition serait d&#233;vier de la nature et se transformer en bandit :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les proc&#233;d&#233;s agricoles humains (ceux que l'on rencontre en Orient) qui ont surv&#233;cu &#224; l'&#233;preuve du temps ont fid&#232;lement copi&#233; cette r&#232;gle de la Nature ; il s'ensuit qu'une relation correcte entre les processus de croissance et de d&#233;composition est le premier principe d'une agriculture prosp&#232;re. Celle-ci doit toujours &#234;tre &#233;quilibr&#233;e : si nous acc&#233;l&#233;rons la croissance, nous devons &#233;galement acc&#233;l&#233;rer la d&#233;composition. Si, d'un c&#244;t&#233;, les r&#233;serves du sol sont &#233;puis&#233;es, la production de r&#233;coltes cesse d'&#234;tre une &#339;uvre saine : le fermier se transforme en bandit &#187; [&lt;a href='#nb61' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 24.' id='nh61'&gt;61&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, pour terminer cet expos&#233; du lien qu'a &#233;tabli Howard entre nature et agriculture authentique, voici une conclusion de l'auteur qui reprend tous les aspects de cette probl&#233;matique : nature, fertilit&#233;, cycle ordonn&#233; de la vie, &#233;quilibre croissance-d&#233;composition, humus, agriculture prosp&#232;re :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La fertilit&#233; du sol est le r&#233;sultat du cycle de la Nature qui se base sur le cycle ordonn&#233; de la vie, en adoptant et ex&#233;cutant loyalement ce principe essentiel de l'agriculture : il doit toujours y avoir &#233;quilibre entre les processus de croissance et ceux de d&#233;composition. De telles conditions engendrent un sol vivant, des r&#233;coltes abondantes et de qualit&#233;, un cheptel qui respire la sant&#233;. La clef d'un sol fertile et d'une agriculture prosp&#232;re est l'humus &#187; [&lt;a href='#nb62' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 29.' id='nh62'&gt;62&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceci &#233;tant acquis, le travail d'Howard sera d&#233;sormais bas&#233; sur l'humus et la teneur en masse organique des sols, sans plus discuter son interpr&#233;tation du fonctionnement de la biosph&#232;re en g&#233;n&#233;ral, ni de la logique de l'humification et de l'apparition de la fertilit&#233; en particulier. Que ce soit pour r&#233;tablir la sant&#233; des cultures ou pour intensifier une m&#233;thode traditionnelle &#171; &#233;quilibr&#233;e &#187; mais &#224; faible rendements, il s'agira de maintenir l'attention des recherches sur le r&#244;le central de la mati&#232;re organique des sols, que ce soit du c&#244;t&#233; &#171; l'alimentation &#187; de la vie du sol, de la fixation ou de l'acc&#232;s des plantes aux min&#233;raux, ou du c&#244;t&#233; de l'a&#233;ration, du drainage, et de la protection des sols vis-&#224;-vis des intemp&#233;ries et du soleil.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Venons-en maintenant ci-dessous &#224; un bilan de l'&#339;uvre de Masanobu Fukuoka, le fondateur qui a mis le plus la nature sauvage au centre de sa m&#233;ditation et de sa pratique des champs.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La nature dans l'&#339;uvre bouddhiste de Masanobu Fukuoka : entre coh&#233;rence agronomique et contradictions philosophiques&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans cette partie, nous allons partir du paysannisme immobiliste de Masanobu Fukuoka, puis nous allons montrer que sa vision de la nature est d&#233;chir&#233;e entre le bouddhisme et sa conscience de la biologie comme &#233;volution, avant de terminer en revenant sur la vision progressiste qui soutient son engagement dans la lutte contre la d&#233;sertification.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Masanobu Fukuoka, voit la vie du paysan traditionnel comme philosophie incarn&#233;e [&lt;a href='#nb63' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 32 : &#171; Le village &#233;tait avant tout une (...)' id='nh63'&gt;63&lt;/a&gt;]. Il voit cette vie comme bonheur [&lt;a href='#nb64' class='spip_note' rel='footnote' title='A.N., ibid., p. 296.' id='nh64'&gt;64&lt;/a&gt;], comme accomplissement spirituel. Il est plus radical que Hans M&#252;ller, et voit dans l'agriculture naturelle &lt;em&gt;le&lt;/em&gt; chemin pour &#233;chapper &#224; la &#171; culture mat&#233;rialiste &#187;, laquelle a tu&#233; &#171; la joie de vivre &#187;. Son agriculture voudrait renouer avec le &#171; pr&#233;cieux noyau de la v&#233;rit&#233; qui se tient enfoui au tr&#233;fonds de chacun &#187; [&lt;a href='#nb65' class='spip_note' rel='footnote' title='A.N., ibid. M&#252;ller et Fukuoka s'accordent &#224; reconna&#238;tre tous deux la qualit&#233; et (...)' id='nh65'&gt;65&lt;/a&gt;]. Hans M&#252;ller et Masanobu Fukuoka ont d&#233;fendu chacun une th&#232;se &#171; paysanniste &#187; plus marqu&#233;e que celle d'Howard [&lt;a href='#nb66' class='spip_note' rel='footnote' title='J'emprunte le n&#233;ologisme &#171; paysanniste &#187; &#224; Henri Mendras qui l'utilise &#224; propos (...)' id='nh66'&gt;66&lt;/a&gt;]. Pour ces deux fondateurs, il ne s'agit pas seulement de proposer une agriculture &#171; &#233;cologiquement correcte &#187;, il s'agit d'abord de d&#233;fendre une agriculture paysanne en tant que mode de vie ouvrant sur une grande libert&#233;, une vie spirituelle riche, et finalement l'ouverture sur une forme de bonheur terrestre : car maintenir la &lt;em&gt;possibilit&#233; de l'existence des paysans&lt;/em&gt;, c'est maintenir vivante la m&#233;moire d'une vie moins d&#233;pendante [&lt;a href='#nb67' class='spip_note' rel='footnote' title='Avec Emile Guillaumin, parmi d'innombrables exemples, on pr&#233;cisera que (...)' id='nh67'&gt;67&lt;/a&gt;], plus autonome, plus simple, moins complexe et moins sophistiqu&#233;e que celle du monde dit moderne, &lt;em&gt;via un quotidien&lt;/em&gt; plus proche de la nature, plus proche de celle qu'ils appellent notre &#171; m&#232;re nourrici&#232;re, la terre &#187; [&lt;a href='#nb68' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 41.' id='nh68'&gt;68&lt;/a&gt;]. Citons ici Chantal de Crisenoy, dans un passage particuli&#232;rement explicite quant &#224; la compr&#233;hension de la lutte radicale que l'on peut discerner entre logique paysanne et ordre industriel :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Depuis plus d'un si&#232;cle maintenant, au nom de l'efficacit&#233;, de la rationalit&#233; de l'&#233;conomie ou du n&#233;cessaire d&#233;veloppement des forces productives, bref au nom du progr&#232;s, les id&#233;ologues de la bourgeoisie mais aussi la plupart des marxistes, pr&#233;disent un monde sans paysans. Un m&#234;me point de vue guide ces discours : celui de l'accumulation du capital. Une m&#234;me limite les borne : celle de la grande industrie. L'on doit alors se poser une question : ne s'agit-il pas d'une m&#234;me conception th&#233;orique du travailleur ? L'homme d&#233;qualifi&#233;, d&#233;structur&#233;, normalis&#233;, l'homme tayloris&#233;, l'homme au travail bris&#233; en de multiples gestes identiques [&#8230;]. Le paysan est bien &#224; l'oppos&#233; de ce r&#234;ve. Il repr&#233;sente le d&#233;sordre car il se situe en dehors des normes du monde capitaliste et il en est au fond le perturbateur &#187; [&lt;a href='#nb69' class='spip_note' rel='footnote' title='Crisenoy C. (de), L&#233;nine face aux moujiks, Seuil, Paris, p. 13, cit&#233; in (...)' id='nh69'&gt;69&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, tandis que pour Masanobu Fukuoka l'agriculture sauvage est un but en soi, Hans M&#252;ller est ouvert au d&#233;veloppement et fait des concessions &#224; la modernit&#233; : il organise la dimension marchande de l'agriculture (cr&#233;ation d'une coop&#233;rative), soutient la mise en place d'une caisse mutuelle d'assurance maladie et de retraite, d&#233;veloppe une &#233;ducation populaire autog&#233;r&#233;e par les ruraux [&lt;a href='#nb70' class='spip_note' rel='footnote' title='Il initia et soutint des groupes ruraux d'&#233;changes et de formation g&#233;n&#233;rale (...)' id='nh70'&gt;70&lt;/a&gt;]&#8230; Tous les fondateurs s'accordent &#224; reconna&#238;tre que la R&#233;volution industrielle moderne, initi&#233;e en Angleterre au XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, a fait entrer les agricultures et la civilisation europ&#233;enne, puis d'autres peuples du monde, dans la plus grande crise que l'humanit&#233; ait jamais connu [&lt;a href='#nb71' class='spip_note' rel='footnote' title='Chacun &#224; leur fa&#231;on, ils nous voient &#171; Au plus proche de l'issue fatale &#187; (...)' id='nh71'&gt;71&lt;/a&gt;]. Ils admettent, d'une seule voix, que la tendance au m&#233;pris et &#224; l'abandon de l'agriculture, et surtout de son sens fondamental, forment la premi&#232;re &#233;tape d'une catastrophe pour l'ensemble de l'humanit&#233;. Pour l'essentiel, ils convergent aussi pour r&#233;p&#233;ter que l'agriculture saine est le r&#233;sultat d'une observation et d'un accompagnement de la nature. Mais ils divergent sur la question philosophique de l'homme : ils n'ont pas la m&#234;me vision du &#171; progr&#232;s &#187;. L'&#233;cart le plus significatif r&#233;side entre Howard et M&#252;ller, d'un c&#244;t&#233;, et Masanobu Fukuoka, de l'autre. L'agriculture biologique doit suivre la nature, certes, mais l'agriculteur biologique devrait-il s'en tenir &#224; sa ferme, &#171; attach&#233; &#224; la gl&#232;be &#187; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est certain que tous les fondateurs de l'agriculture biologique ont produit chacun plus qu'un trait&#233; d'agronomie. Il est clair &#233;galement qu'ils ne se sont pas content&#233;s d'appeler &#224; un retour r&#233;actionnaire &#224; la soci&#233;t&#233; paysanne pr&#233;industrielle. M&#234;me si leurs discours contiennent effectivement de tels accents pass&#233;istes, il faut plut&#244;t retenir qu'il s'agit d'une &lt;em&gt;nostalgie utopique&lt;/em&gt;, se r&#233;f&#233;rant au pass&#233; pour inventer l'avenir [&lt;a href='#nb72' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. L&#246;wy M. et Sayre R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, Le romantisme &#224; contre courant (...)' id='nh72'&gt;72&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Masanobu Fukuoka fait cependant exception. Il a produit une &#339;uvre qui pr&#233;sente une contradiction interne nette sur ce probl&#232;me &lt;em&gt;nature et progr&#232;s&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb73' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous faisons ici une allusion libre au nom d'une des plus importantes (...)' id='nh73'&gt;73&lt;/a&gt;]. Pour aller droit au but, il faut d&#233;m&#234;ler, d'une part, sa vision cosmique de la nature, et, de l'autre, sa compr&#233;hension biologique de la nature. Emprunt&#233; au bouddhisme, sa vision de la nature en totalit&#233;, sa vision de l'univers, est celle d'un mouvement immobile [&lt;a href='#nb74' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour &#171; la voie immobile &#187; de la &#171; forme v&#233;ritable et originelle de (...)' id='nh74'&gt;74&lt;/a&gt;]. L'univers &#171; se d&#233;veloppe en volume selon un mouvement &lt;em&gt;centrifuge&lt;/em&gt; et doit, &#224; l'extr&#234;me limite, se rompre, se diviser, s'&#233;crouler et dispara&#238;tre. Mais, en un point au-del&#224; de cette limite, ce qui aura disparu renversera son cours et r&#233;appara&#238;tra, se mouvant maintenant &lt;em&gt;vers le centre, se contractant et se condensant&lt;/em&gt;. Ce qui a une forme se vaporise dans le vide &#224; la limite de son d&#233;veloppement, et le vide se condense en une forme et r&#233;appara&#238;t, &lt;em&gt;en cycle sans fin de contraction et d'expansion&lt;/em&gt;. &#187; [&lt;a href='#nb75' class='spip_note' rel='footnote' title='A.N., ibid., p. 156. Je souligne.' id='nh75'&gt;75&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nature fukuokienne est l'alternance cyclique d'un mouvement centrifuge et d'un mouvement centrip&#232;te sans fin, que l'on peut dire, pour cela, et au-del&#224; du principe de contradiction, fondamentalement immobile. La nature, &#171; laiss&#233;e seule, est en parfait &#233;quilibre &#187; [&lt;a href='#nb76' class='spip_note' rel='footnote' title='R.B.P., op. cit., p. 61.' id='nh76'&gt;76&lt;/a&gt;]. Et, dans la nature bouddhiste de Fukuoka, l'humanit&#233; est &lt;em&gt;int&#233;gr&#233;e&lt;/em&gt;. L'humanit&#233; fait fondamentalement partie de la nature, elle n'en est pas, par aucun aspect, diff&#233;rente. Il s'en suit, logiquement, que l'humanit&#233; ne devrait que suivre ce mouvement fixe de la nature. Pr&#233;tendre le contraire ferait partie des illusions de l'homme. L'homme ne peut pas cultiver et transformer la nature en un sens positif. Comme l'univers, un &#171; vide-forme &#187; [&lt;a href='#nb77' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir L'agriculture naturelle, p. 283, o&#249; M. Fukuoka cite Bouddha.' id='nh77'&gt;77&lt;/a&gt;] s'effondrant et renaissant sans cesse et sans jamais changer, le &#171; &lt;em&gt;progr&#232;s&lt;/em&gt; humain s'achemine aussi vers l'effondrement &#187;. Voil&#224; pourquoi Masanobu Fukuoka pr&#233;conise le cheminement vers l'agriculture &#171; sauvage &#187;, en cherchant toujours plus &#224; se d&#233;barrasser des gestes et des pens&#233;es inutiles. Elle serait l'agriculture qui rapproche le plus l'homme de la nature, celle qui &lt;em&gt;intervient le moins&lt;/em&gt; et obtient paradoxalement de beaux rendements. Il ne s'agit pas de &lt;em&gt;progresser&lt;/em&gt; dans la compr&#233;hension et la pratique de l'agriculture, pour &#233;ventuellement pouvoir faire autre chose gr&#226;ce &#224; ces gains d'efficacit&#233;, il faut, tout au contraire, se vider de toute vell&#233;it&#233; de savoir, pour, en quelque sorte &lt;em&gt;tenter une fusion&lt;/em&gt; avec la nature immobile, en &#171; parfait &#233;quilibre &#187;. Mais, comme l'homme pense, la &lt;em&gt;nature&lt;/em&gt; vis&#233;e par l'agriculture naturelle semble finalement impossible &#224; atteindre : il est alors &#171; n&#233;cessaire d'arracher l'accoutrement dont l'a rev&#234;tu l'action humaine, et de la d&#233;pouiller de toutes les nippes de la subjectivit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb78' class='spip_note' rel='footnote' title='A.N., ibid., p. 155-156.' id='nh78'&gt;78&lt;/a&gt;]. L'accomplissement agricole et spirituel fukuokien passe donc par la n&#233;gation de la subjectivit&#233;. L'&#234;tre fondamental de l'univers est le vide. Le but de l'homme est de comprendre et de vivre cela, et ainsi de se trouver en harmonie avec l'univers : c'est le sens du &lt;em&gt;N&#238;rvana&lt;/em&gt;, le salut bouddhiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour un occidental qui croit &#224; la possibilit&#233; du progr&#232;s, ce cheminement vers le vide est choquant. Pourtant, telle est bien la conception du destin de l'homme que propose le bouddhisme. Ainsi &#233;veill&#233; &#224; l'unit&#233; essentielle mais vide du monde, lui-m&#234;me y compris, l'homme pourra exprimer sa compassion pour les autres, livr&#233;s, comme lui, &#224; un destin illusoire, tant qu'ils n'ont pas atteint la &lt;em&gt;d&#233;livrance dans le vide. &lt;/em&gt;Cette d&#233;livrance recoupe &#171; la mise &#224; mort &#187; de la capacit&#233; &#224; exister personnellement, et donc la cessation du pouvoir dire &#171; Je &#187;, et donc encore, toujours logiquement, l'incapacit&#233; profonde d'assumer une quelconque responsabilit&#233; personnelle. Cette r&#233;ponse bouddhique au probl&#232;me humain est une r&#233;ponse par en dessous, par retrait du dilemme humain. L'humain, confront&#233; &#224; son appartenance &#224; la vie biologique et &#224; une dimension int&#233;rieure qui exc&#232;de la premi&#232;re, semble ainsi diminu&#233;, r&#233;prim&#233; dans sa nature propre [&lt;a href='#nb79' class='spip_note' rel='footnote' title='Masanobu Fukuoka se contredit plusieurs fois sur la nature humaine. Tant&#244;t (...)' id='nh79'&gt;79&lt;/a&gt;]. La s&#233;v&#233;rit&#233; de plusieurs jugements de Masanobu Fukuoka sur l'homme, qu'il traite parfois de &#171; niais arrogant &#187;, ou son traitement d&#233;daigneux de la vie - int&#233;rieure - de sa subjectivit&#233; [&lt;a href='#nb80' class='spip_note' rel='footnote' title='Commentant la naissance de son &#339;uvre, il d&#233;clare : &#171; Mon point d&#233;part (...)' id='nh80'&gt;80&lt;/a&gt;], l'attestent suffisamment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut appr&#233;cier le grand int&#233;r&#234;t de son travail agronomique [&lt;a href='#nb81' class='spip_note' rel='footnote' title='Des personnes de toutes tendances philosophiques ou religieuses trouvent de (...)' id='nh81'&gt;81&lt;/a&gt;], mais il semble impossible de concilier sa philosophie avec la perspective progressiste [&lt;a href='#nb82' class='spip_note' rel='footnote' title='O&#249; l'agriculture est une base sociale et/ou existentielle mais pas un but en (...)' id='nh82'&gt;82&lt;/a&gt;] adopt&#233;e par les fondateurs europ&#233;ens de l'agriculture biologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lecteur qui s'en tiendrait &#224; cette impression d'une id&#233;ologie humaine plut&#244;t r&#233;actionnaire pourrait &#234;tre d&#233;courag&#233; d'approfondir l'&#233;tude des pistes agricoles ouvertes par le chercheur japonais. Ce serait une erreur. M. Fukuoka oscille, dans son &#339;uvre, entre la vision pessimiste de la nature, de l'univers et de l'homme, telle que l'on vient de l'esquisser, et une autre approche de la nature, biologique celle-l&#224;. La nature est alors caract&#233;ris&#233;e par sa fertilit&#233; croissante : &#171; La terre s'enrichit d'elle-m&#234;me du premier au dernier jour de l'ann&#233;e sans que l'homme n'ait &#224; lever le petit doigt &#187; [&lt;a href='#nb83' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, op. cit., p. 15.' id='nh83'&gt;83&lt;/a&gt;]. A la place de la vision cyclique et r&#233;p&#233;titive bouddhique que l'on vient d'&#233;voquer, on est alors en droit de proposer une interpr&#233;tation &lt;em&gt;lin&#233;aire&lt;/em&gt; &lt;em&gt;et &#233;volutionniste&lt;/em&gt; de l'univers fukuokien. La nature est alors vie, une f&#233;condit&#233; croissante [&lt;a href='#nb84' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette vision de la Nature est-elle partielle ? Doit-on faire remarquer que (...)' id='nh84'&gt;84&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du point de vue physicien, la vie habite au moins partiellement la mati&#232;re du cosmos, c'est l&#224; un donn&#233; brut, une &#233;vidence que l'on constate en regardant les choses &#224; partir de la Terre. La cosmologie, rassemblant les donn&#233;es des sciences physiques et astrophysiques du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, vient confirmer, bien qu'elle ne soit pas science exp&#233;rimentale comme la physique [&lt;a href='#nb85' class='spip_note' rel='footnote' title='On ne peut pas mettre au laboratoire le cosmos&#8230;' id='nh85'&gt;85&lt;/a&gt;], que l'univers semble id&#233;alement construit pour que la vie apparaisse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Situ&#233; maintenant dans la biosph&#232;re, le point de vue le plus logique serait de rester &#171; finaliste &#187;, c'est-&#224;-dire tourn&#233; vers la d&#233;couverte d'un but, le but que veut atteindre la vie. Ce but, sans faire de m&#233;taphysique, semble &#234;tre au moins la croissance, l'expansion de la vie, sous des formes toujours plus multiples (&#171; biocroissance &#187; et &#171; biodiversification &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et l'homme fait partie int&#233;grante de la biosph&#232;re : il est donc pouss&#233; par la vie en lui, comme le reste de la biosph&#232;re, &#224; cro&#238;tre, &#224; se multiplier. Il doit, pour cela, composer, coop&#233;rer, avec le reste de la nature [&lt;a href='#nb86' class='spip_note' rel='footnote' title='Et pour cela, il doit utiliser ses sens et sa raison, sa capacit&#233; de (...)' id='nh86'&gt;86&lt;/a&gt;] : il semble que, en vue de cet objectif, il soit plus ou moins forc&#233;, au fil de la croissance historique de la population mondiale, d'am&#233;liorer son agriculture. Il ne semble pas que l'humanit&#233; en croissance puisse s'en tenir &#224; un mode de vie primitif de simple pr&#233;dation. En effet, ce mode d'existence &lt;em&gt;extensif&lt;/em&gt; exige, en fait, de grands territoires [&lt;a href='#nb87' class='spip_note' rel='footnote' title='Bonfils M., Entretien avec l'auteur, Ambazac, 2001.' id='nh87'&gt;87&lt;/a&gt;]. Pour rem&#233;dier &#224; cela, l'agriculture a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e : on cherche &#224; &lt;em&gt;intensifier&lt;/em&gt;, sur un territoire donn&#233;, la fertilit&#233; et la production de r&#233;coltes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De fait, Masanobu Fukuoka avoue parfois qu'il a conscience de la contradiction qui habite sa vision de la nature. En ce sens, le passage le plus remarquable se trouve sans doute dans &lt;em&gt;La Voie du Retour &#224; la Nature&lt;/em&gt;, car il y souligne lui-m&#234;me l'opposition de &#171; son &#187; bouddhisme et de l'&#233;volutionnisme. Il faut ici le citer longuement. Ce passage intervient suite &#224; sa constatation de la pauvret&#233; de la terre africaine des Bochimans, &#171; une nature d&#233;sol&#233;e &#187; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Lorsqu'il existe un r&#233;el &#233;quilibre &#233;cologique, la nature s'oriente vers une plus grande abondance qui enrichit la vie de l'homme. Par vie enrichie, j'entends une vie microbienne importante, une forte croissance v&#233;g&#233;tale et un sol fertile, un lieu vivifiant o&#249; la vie animale se multiplie et o&#249; toute vie se d&#233;veloppe et abonde. [&#8230;] Fondamentalement, la nature est une perfection. [&#8230;] Que ce soit sur le plan spirituel ou sur le plan mat&#233;riel, la nature est pleine de munificence. La nature c'est l&#224; o&#249; les fleurs s'&#233;panouissent et o&#249; les oiseaux chantent, un lieu de po&#232;mes et de chansons. Elle est un tout qui contient tout. C'est un paradis o&#249; r&#232;gnent la joie et le contentement. Toute nature qu'elle soit, elle est progr&#232;s et progression jamais nonchalante, jamais en retard. Elle est mouvement libre, lib&#233;r&#233; en toute innocence selon la volont&#233; de Dieu. D'un certain c&#244;t&#233;, je dois dire, la nature n'avance ni ne recule. Il semble l&#224; que je me contredise moi-m&#234;me mais si on veut bien se placer dans la perspective au-del&#224; de l'espace et du temps, on conviendra qu'avancer et reculer revient au m&#234;me. La nature, disais-je, est toujours absolument parfaite. Elle &#233;volue en permanence de perfection en perfection. Son aspect, ses contours externes se modifient avec le temps mais la nature elle-m&#234;me est immuable, inamovible. En Dieu et dans la nature, il n'y a ni inf&#233;riorit&#233; ni sup&#233;riorit&#233; car la dichotomie entre perfection et imperfection n'y existe pas. A vue scientifique, relativiste, myopique, la nature peut appara&#238;tre comme &#233;voluant du simple au complexe, elle peut donner l'impression d'avancer sa progression &#224; partir d'une imperfection vers une perfection. C'est l&#224;, en tout cas, ce qu'implique la th&#233;orie de Darwin sur l'&#233;volution. Bien s&#251;r, fondamentalement, il n'en est rien, c'est tout au plus, une vision externe, ext&#233;rieure &#187; [&lt;a href='#nb88' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, op. cit., p. 250-251.' id='nh88'&gt;88&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La contradiction philosophique est donc claire. Si nous n'acceptons pas de mettre les lunettes bouddhistes du point de vue &lt;em&gt;abstrait&lt;/em&gt; &#171; au-del&#224; de l'espace et du temps &#187; nous demeurons dans le point de vue ordinaire et concret de la vie qui conquiert la mati&#232;re et se multiplie, lorsque l'on la laisse faire. Du moindre morceau de b&#233;ton abandonn&#233; aux montagnes toutes de roches sorties des entrailles de la Terre, en passant par les prairies agricoles gagn&#233;es par la friche [&lt;a href='#nb89' class='spip_note' rel='footnote' title='Et dont la fertilit&#233; se renouvelle ainsi naturellement&#8230;' id='nh89'&gt;89&lt;/a&gt;], la biosph&#232;re tend &#224; habiller et animer tous les milieux inorganiques ou non parvenus au climax. Le point de vue scientifique &#233;volutionniste, dans la continuit&#233;, raconte cette expansion et cette complexification temporelle du vivant, vraisemblablement en partant des oc&#233;ans, en commen&#231;ant par des sortes d'algues photosynth&#233;tiques primitives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Faisons une remarque parall&#232;le. L'antihumanisme bouddhique, au sens d'un silence sur l'histoire [&lt;a href='#nb90' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Breton S., Christianisme et bouddhisme, Le compatible et l'incompatible, (...)' id='nh90'&gt;90&lt;/a&gt;] et la possibilit&#233; du progr&#232;s, correspond bien &#224; l'apologie fukuokienne de la simple vie paysanne. Mais disons-le clairement : la vision du paysan selon Masanobu Fukuoka est emplie d'immobilisme. Et l'&#233;ternel retour du m&#234;me, peut-&#234;tre inspir&#233; du cycle des saisons, n'est qu'une vision superficielle. La r&#233;p&#233;tition ne colle pas avec l'id&#233;e de l'&#233;volution et de la multiplication du vivant. Lorsque Masanobu Fukuoka croit &#234;tre en harmonie avec la th&#232;se des physiocrates, c'est alors qu'il se distancie de &lt;em&gt;ses influences culturelles&lt;/em&gt; orientales pour se fier &#224; la &lt;em&gt;r&#233;alit&#233; biologique&lt;/em&gt; qu'il exp&#233;rimente dans sa ferme ou dans les zones d&#233;sertiques, &#224; savoir les m&#233;canismes de p&#233;dogen&#232;se et d'augmentation de la fertilit&#233;. C'est sur cet enrichissement de la vie que les physiocrates voulaient fonder l'enrichissement de la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, Masanobu Fukuoka, et surtout le mouvement de permaculture qu'il a contribu&#233; &#224; inspirer, semblent avoir choisi l'option de l'admiration de la dynamique de la biosph&#232;re plut&#244;t que le pessimisme oriental. La permaculture vise, en s'appuyant autant que possible sur des m&#233;canismes et des compl&#233;mentarit&#233;s botaniques spontan&#233;es, &#224; am&#233;liorer au maximum la fertilit&#233; d'un petit lieu ou de toute ferme pour qu'elle nourrisse un maximum de personnes [&lt;a href='#nb91' class='spip_note' rel='footnote' title='L'histoire de l'agriculture orientale, pour des raisons climatiques, mais (...)' id='nh91'&gt;91&lt;/a&gt;]. M. Fukuoka a travaill&#233; sur la fa&#231;on de relancer la vie dans les d&#233;serts. Il s'appuie, dans cette d&#233;marche sur le principe que la vie attire les nuages et la pluie, et donc la croissance de la fertilit&#233;, en une dynamique vertueuse [&lt;a href='#nb92' class='spip_note' rel='footnote' title='L'expression &#171; Where there is green, water comes. &#187; est, ainsi, une des belles (...)' id='nh92'&gt;92&lt;/a&gt;]. Creuser des puits n'est durablement efficace qu'une fois la &#171; rev&#233;g&#233;talisation &#187; bien avanc&#233;e. Mais cette d&#233;marche fukuokienne ne lui est pas propre, elle appartient plut&#244;t au &lt;em&gt;patrimoine de la sagesse humaine&lt;/em&gt;. Avec &lt;em&gt;L'homme qui plantait des arbres&lt;/em&gt;, un court texte que Jean Giono d&#233;signait comme son &#233;crit &#171; le plus humain &#187;, on peut se rendre compte de cela. Il s'agit de l'histoire romanesque d'un simple berger, ayant relanc&#233;, &#224; lui seul, la vie d'un village en ruine de la zone m&#233;diterran&#233;enne fran&#231;aise, devenue presque d&#233;sertique, et cela en s&#233;lectionnant des glands et en plantant de magnifiques ch&#234;naies&#8230; Avec les millions d'arbres plant&#233;s par les femmes kenyanes motiv&#233;es par Wangari Maathai, la fable de notre Giono devient un peu plus r&#233;alit&#233;. Mais nous arrivons-l&#224; &#224; la limite de l'approche de Masanobu Fukuoka.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;For&#234;t et agriculture : un aper&#231;u sur la recherche et une innovation contemporaines&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Bien souvent les produits de l'entretien des haies ou les restes d'exploitation foresti&#232;re sont encore consid&#233;r&#233;s comme des d&#233;chets encombrants ou des produits sans valeur. Trop souvent encore, les for&#234;ts ne valent pour l'agriculture que si l'on les d&#233;friche. Des exp&#233;riences et des recherches r&#233;centes viennent prouver que, bien au contraire, l'arbre et la sylviculture pourraient devenir les meilleurs alli&#233;s d'une agroforesterie &#233;cologique, performante, et tout &#224; fait m&#233;canisable. Le souci des fondateurs de l'agrobiologie, pour un mod&#232;le forestier de l'agriculture et un paysage rural combinant harmonieusement agrosyst&#232;mes et &#233;cosyst&#232;mes, trouve ici une r&#233;ponse qui, sans &#234;tre la panac&#233;e, pr&#233;sente n&#233;anmoins une incontestable dimension enthousiasmante.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une d&#233;couverte empirique r&#233;cente : le Bois Ram&#233;al Fragment&#233;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En 1978, au Canada, immense pays forestier, &#171; en pleine crise &#233;nerg&#233;tique, Edouard Guay, Lionel Lachance et Alban Lapointe ont l'id&#233;e d'utiliser des &#171; d&#233;chets &#187; tant forestiers qu'agricoles pour requinquer les productions, la qualit&#233; et la rentabilit&#233; de l'agriculture &#187; [&lt;a href='#nb93' class='spip_note' rel='footnote' title='Lemieux G. et Lapointe A., Le bois ram&#233;al et la p&#233;dog&#233;n&#232;se : une influence (...)' id='nh93'&gt;93&lt;/a&gt;]. Ils vont s'int&#233;resser &#224; deux sources principales de r&#233;sidus ligneux : d'une part, de grandes quantit&#233;s de dr&#232;ches de thuyas, rejet&#233;es comme d&#233;chets par des entreprises proc&#233;dant &#224; l'extraction d'huiles essentielles, en recourant &#224; l'utilisation de la vapeur ; d'autre part, l'&#233;norme stock de d&#233;chets forestiers produits lors des &#233;lagages pratiqu&#233;s sous les lignes &#224; haute tension traversant les for&#234;ts du pays. Pour imaginer une nouvelle m&#233;thode de valorisation de ces d&#233;chets, ils vont notamment &#233;tudier le compostage de broussailles d&#233;velopp&#233; par Jean Pain dans les ann&#233;es 1960 [&lt;a href='#nb94' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Pain I. et J., Les m&#233;thodes Jean Pain ou Un autre jardin, 1981, (1re &#233;d. (...)' id='nh94'&gt;94&lt;/a&gt;] : &#171; Jean Pain, empila les &#171; broussailles &#187; en tas apr&#232;s les avoir fragment&#233;es. Il obtint ainsi de la chaleur par &#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature lors de la fermentation et un terreau noir, qu'il mit sur le march&#233; avec succ&#232;s &#187; [&lt;a href='#nb95' class='spip_note' rel='footnote' title='Lemieux G. et Lapointe A., op. cit., p. 02.' id='nh95'&gt;95&lt;/a&gt;]. Par rapport au compost traditionnel, l'originalit&#233; de la m&#233;thode Pain, d&#233;velopp&#233;e dans la r&#233;gion m&#233;diterran&#233;enne fran&#231;aise, est double : le recours aux broussailles et r&#233;sidus ligneux r&#233;colt&#233;s dans les environs [&lt;a href='#nb96' class='spip_note' rel='footnote' title='Jean Pain r&#233;coltait le tout venant en consid&#233;rant que &#171; l'essentiel &#187; &#233;tait &#171; (...)' id='nh96'&gt;96&lt;/a&gt;] et l'absence de r&#233;sidus animaux, d'une part, et le broyage de ces mati&#232;res premi&#232;res, avant leur compostage en tas, d'autre part. N&#233;anmoins la m&#233;thode Pain pr&#233;sente les m&#234;mes inconv&#233;nients que tout compostage. Gilles Lemieux en fait ici un bilan :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Si cette m&#233;thode a l'avantage d'utiliser un mat&#233;riau abondant dans les r&#233;gions foresti&#232;res et tout &#224; fait m&#233;connu pour des fins agricoles, il n'en reste pas moins qu'il y a quelques observations &#224; faire. Ainsi la fermentation thermophile, principalement &#224; base de bact&#233;ries et d'actinomyc&#232;tes, provoque une perte d'&#233;nergie importante par la d&#233;gradation des sucres, polysaccharides de toutes sortes et plus encore des nombreuses prot&#233;ines et acides amin&#233;s pr&#233;sents dans la partie des arbres et arbustes o&#249; se fait la photosynth&#232;se et o&#249; s'&#233;laborent les produits les plus complexes du m&#233;tabolisme. Il faut ici reconna&#238;tre des pertes de l'ordre de 50% et plus lors de la fermentation. Toutefois, comme l'ont d&#233;montr&#233; certains, il est possible de r&#233;cup&#233;rer une partie de l'&#233;nergie thermique ainsi produite. Il faut aussi ajouter la n&#233;cessit&#233; de retourner m&#233;caniquement les empilements pour assurer l'homog&#233;n&#233;it&#233; du processus d'humification, ajoutant ainsi aux co&#251;ts de fabrication &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gilles Lemieux note aussi une autre limite du compostage : &#171; la non participation au processus de la p&#233;dog&#233;n&#232;se &#187;. L'humus produit par compostage est incorpor&#233; au sol par m&#233;lange m&#233;canique : il ne se forme pas dans le sol par des processus proches de ceux de l'humification naturelle des sols. En ce sens, on peut supposer que le taux d'humus relev&#233; par compostage ne sera pas de la m&#234;me qualit&#233; que celui obtenu par une technique o&#249; les m&#233;canismes p&#233;dologiques eux-m&#234;mes produiront l'humification [&lt;a href='#nb97' class='spip_note' rel='footnote' title='Ainsi, ce que le BRF &#233;pandu directement apporte en plus par rapport &#224; du BRF (...)' id='nh97'&gt;97&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Retenant le broyage et rejetant le compostage en raison de ses limites, E. Guay, L. Lachance et A. Lapointe en viennent &#171; &#224; imaginer une autre strat&#233;gie pour utiliser &#224; bon escient l'abondance de mati&#232;re que nous poss&#233;dons au Qu&#233;bec. Ainsi, mettent-ils au point ce qu'il est convenu d'appeler la m&#233;thode &#171; Sylvagraire &#187; &#187;. Toujours selon Gilles Lemieux et Alban Lapointe, on peut dire qu'il s'agit d'une m&#233;thode &#171; qui en combine deux plus anciennes, soit celle de Jean Pain et une autre connue sous le nom de compostage de surface. Le but de l'exercice est d'obtenir les r&#233;sultats de Jean Pain en &#233;vitant les pertes et les frais encourus par les travaux m&#233;caniques de retournement des empilements &#187; [&lt;a href='#nb98' class='spip_note' rel='footnote' title='Lemieux G. et Lapointe A., op. cit.,' id='nh98'&gt;98&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des essais sont ainsi r&#233;alis&#233;s chez des agriculteurs soucieux d'augmenter le taux d'humus de leurs terres : &#171; Suite &#224; l'incorporation superficielle de grandes quantit&#233;s de r&#233;sidus ligneux, des r&#233;sultats aussi surprenants que spectaculaires sont observ&#233;s tant sur les propri&#233;t&#233;s du sol que sur les cultures elles-m&#234;mes : les sols trait&#233;s r&#233;sistent &#224; la s&#233;cheresse et aux ravageurs, la fertilit&#233; du sol est restaur&#233;e et les ann&#233;es suivantes, les rendements sont nettement sup&#233;rieurs &#224; ceux observ&#233;s sur les parcelles non trait&#233;es &#187; [&lt;a href='#nb99' class='spip_note' rel='footnote' title='No&#235;l B., Le bois ram&#233;al fragment&#233;, Plus de carbone pour nos sols et un outil (...)' id='nh99'&gt;99&lt;/a&gt;]. Ainsi, &#171; les &#171; copeaux de broussaille &#187; sont &#233;pandus sur le sol &#224; des &#233;paisseurs variables dont seule l'exp&#233;rimentation donnera la juste mesure par apr&#232;s. Ce faisant, Guay, Lachance et Lapointe reconstituaient artificiellement la m&#233;thode naturelle de fabrication de mull dans tous les peuplements climaciques feuillus du sud du Qu&#233;bec. Ils allaient donc devoir aboutir &#224; former des sols forestiers pour des fins agricoles, ce qui laisse d&#233;j&#224; poindre une petite r&#233;volution &#224; l'horizon qui pourrait en devenir une grande &#187; [&lt;a href='#nb100' class='spip_note' rel='footnote' title='Lemieux G. et Lapointe A., op. cit.,' id='nh100'&gt;100&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Suite aux conclusions des essais sur la fertilisation agricole par &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; men&#233;s par Beno&#238;t No&#235;l au Centre des Technologies Agronomiques de Str&#233;e, on peut aussi montrer que les &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; d&#233;passent l'id&#233;e agrobiologique d'une fertilisation par l'humus ou les mati&#232;res organiques. La notion d'humus a toujours &#233;t&#233; plus ou moins obscure, et les fondateurs de l'agriculture biologique ne l'ont pas sp&#233;cialement &#233;clair&#233;e. L'incertitude demeure. Les structures de l'humus propos&#233;es au cours des derni&#232;res d&#233;cennies seraient en contradiction avec les donn&#233;es les plus r&#233;centes. Les diff&#233;rentes fractions d'humus (humiques, fulviques) ne seraient que des artefacts produits lors de l'extraction qui pr&#233;side &#224; leur analyse &#8211; au moyen de bases et d'acides forts. Aujourd'hui, on a de plus en plus tendance &#224; consid&#233;rer une d&#233;finition vague de &#171; l'humus &#187;, du type &#171; mati&#232;res organiques int&#233;gr&#233;es &#224; la matrice du sol et dont l'origine n'est plus reconnaissable &#187;. L'accent de la recherche se porterait alors sur des &#171; bilans de masse &#187; [&lt;a href='#nb101' class='spip_note' rel='footnote' title='D'apr&#232;s Beno&#238;t No&#235;l, Communication personnelle, 11 2006.' id='nh101'&gt;101&lt;/a&gt;]. C'est ici qu'une autre force des &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; appara&#238;t. Dans les apports organiques classiques, le carbone et l'azote sont g&#233;n&#233;ralement associ&#233;s. Mais il faut temp&#233;rer ces apports organiques si l'on veut &#233;viter d'importantes pollutions aux nitrates : le probl&#232;me est alors que l'on a du mal &#224; apporter assez de carbone pour augmenter le taux d'humus des sols d&#233;grad&#233;s. Le &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; r&#233;sout le probl&#232;me : il apporte de grandes quantit&#233;s de mati&#232;res organiques, son azote n'est pas ou peu lessivable, et il permet, en prime, de fixer l'azote lessivable provenant d'autres sources d'amendement [&lt;a href='#nb102' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh102'&gt;102&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rappelons que jusque l&#224; on n'attendait rien de bon de l'utilisation du bois pour la fertilisation agricole, bien au contraire : &#171; Durant les ann&#233;es 30, des essais avaient &#233;t&#233; tent&#233;s pour utiliser &#224; des fins d'amendements agricoles des sciures et des copeaux de rabotage. Ces essais furent de v&#233;ritables catastrophes en provoquant une r&#233;tention de l'azote disponible par les bact&#233;ries, une baisse du pH, causant une acidification marqu&#233;e et l'apparition, durant plusieurs ann&#233;es, de nombreux carpophores de champignons. Dans ces conditions non seulement la culture devenait impossible mais la germination m&#234;me des plantules l'&#233;tait et pour plusieurs ann&#233;es &#187; [&lt;a href='#nb103' class='spip_note' rel='footnote' title='Lemieux G. et Lapointe A., op. cit., p. 02-03.' id='nh103'&gt;103&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, avec la focalisation sur les petites branches, un nouveau champ de recherche scientifique s'ouvre : il faut comprendre les raisons de l'efficacit&#233; des branches broy&#233;es, la pr&#233;ciser en fonction de divers param&#232;tres &#8211; sp&#233;cificit&#233; des mat&#233;riaux ligneux, essences foresti&#232;res, diam&#232;tres, contenus en &#233;nergie et nutriments &#8211; mais aussi d&#233;finir les quantit&#233;s &#224; &#233;pandre sur les champs, les moments &#224; pr&#233;f&#233;rer, les probl&#232;mes agronomiques et techniques pos&#233;s, etc. Dans le paragraphe suivant, nous envisageons quelques-unes de ces questions abord&#233;es par la recherche, engag&#233;e maintenant depuis une bonne vingtaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;A la recherche d'explications scientifiques de la puissance fertilisante des petites branches&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;A la suite de leur d&#233;couverte empirique, Edouard Guay, Lionel Lachance et Alban Lapointe se tournent vers les scientifiques pour approfondir la question. Parmi ceux qui se penchent sur le probl&#232;me, le professeur Gilles Lemieux, du D&#233;partement de Foresterie et de G&#233;omatique de l'Universit&#233; de Laval, au Qu&#233;bec, est sans doute celui qui, jusqu'&#224; aujourd'hui, a le plus contribu&#233; &#224; l'avanc&#233;e de la recherche et &#224; la diffusion de ses r&#233;sultats. Entre les ann&#233;es 1980 et aujourd'hui, il cr&#233;e le terme de Bois Ram&#233;al Fragment&#233; (&lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;), et initie une &#233;quipe de recherche, le Groupe de Coordination sur les Bois Ram&#233;aux [&lt;a href='#nb104' class='spip_note' rel='footnote' title='Que nous abr&#233;geons en GCBR dans la bibliographie.' id='nh104'&gt;104&lt;/a&gt;], lequel diffuse l'information, via plus de deux cents publications et quatre colloques [&lt;a href='#nb105' class='spip_note' rel='footnote' title='Un grand nombre de ces publications sont disponibles sur Internet &#224; (...)' id='nh105'&gt;105&lt;/a&gt;]. Ce paragraphe d'ouverture n'a aucunement la pr&#233;tention de remplacer la lecture attentive de la litt&#233;rature sp&#233;cialis&#233;e. Il ne vise qu'&#224; donner une petite id&#233;e des questionnements que rencontre la probl&#233;matique &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Signalons tout d'abord que toutes les exp&#233;riences men&#233;es jusqu'ici confirment qu'il n'y a pas besoin de composter les &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; pour obtenir de bons r&#233;sultats. Ce serait plut&#244;t l'inverse : l'effet sur les sols des &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; non compost&#233;s appara&#238;t sup&#233;rieur &#224; celui des m&#234;mes &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; compost&#233;s [&lt;a href='#nb106' class='spip_note' rel='footnote' title='No&#235;l B., &#201;tude comparative de l'apport au sol en conditions contr&#244;l&#233;es de Bois (...)' id='nh106'&gt;106&lt;/a&gt;]. On peut risquer une explication grossi&#232;re, en avan&#231;ant que les processus de fermentation du compostage modifie leur aspect et favorise alors dans le sol, une fois &#233;pandu, plut&#244;t des bact&#233;ries, tandis que le &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; non manufactur&#233; favorisent le d&#233;veloppement de populations de champignons. Dans l'optique d'une reproduction des m&#233;canismes p&#233;dog&#233;n&#233;tiques des sols forestiers dans les champs, le d&#233;veloppement des populations de champignons est pr&#233;f&#233;rable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re question que l'on peut se poser est celle de la diff&#233;rence d'efficacit&#233; fertilisante des petites branches et du bois de tronc (sciure, copeaux). Gilles Lemieux a propos&#233;, en 1986, les termes de bois ram&#233;al et de bois caulinaire pour les d&#233;signer respectivement [&lt;a href='#nb107' class='spip_note' rel='footnote' title='Lemieux G., L'origine foresti&#232;re des sols agricoles : la diversification (...)' id='nh107'&gt;107&lt;/a&gt;]. Beno&#238;t No&#235;l r&#233;sume ici les diff&#233;rences entre les bois ram&#233;aux et le bois de tronc : &#171; Le bois ram&#233;al est compos&#233; de cellulose, d'h&#233;micellulose et de lignine tout comme le bois de tronc et des branches principales. Toutefois, les rameaux sont plus riches en prot&#233;ines, acides amin&#233;s, sucres et min&#233;raux (azote, phosphore, potassium, calcium, magn&#233;sium&#8230;) n&#233;cessaires &#224; la croissance des plantes. La lignine est moins polym&#233;ris&#233;e et les plus facilement d&#233;gradable dans les jeunes rameaux &#187;. D'autre part, en Wallonie, le &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; a g&#233;n&#233;ralement un C/N inf&#233;rieur &#224; 50 alors que le bois de tronc a un C/N souvent sup&#233;rieur &#224; 500 [&lt;a href='#nb108' class='spip_note' rel='footnote' title='No&#235;l B., Le bois ram&#233;al fragment&#233;, Plus de carbone pour nos sols et un outil (...)' id='nh108'&gt;108&lt;/a&gt;]. Mais ces ordres de grandeurs semblent valables en g&#233;n&#233;ral. Dans un autre travail, le m&#234;me Beno&#238;t No&#235;l donne plus d'explications sur l'int&#233;r&#234;t des &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; et la pr&#233;f&#233;rence pour des rameaux de moins de 7 cm environ : &#171; On broiera les branches de diam&#232;tre inf&#233;rieur &#224; 7 cm, de pr&#233;f&#233;rences sans les feuilles, ceci doit &#234;tre expliqu&#233; et relativis&#233; : suite &#224; l'&#233;tude de Hendrickson (1987) on sait que, dans les essences Nord am&#233;ricaines, les nutriments essentielles aux plantes (N, P, K, Ca, Mg) se retrouvent dans les rameaux &#224; des concentrations inversement proportionnelles au diam&#232;tre. Ces concentrations atteignent un taux minimum dans les branches de plus de 7 cm, ce qui les rend peu fertilisantes ; 75 % des nutriments de l'arbre se trouvent dans les rameaux de moins de 7 cm de diam&#232;tre &#187; [&lt;a href='#nb109' class='spip_note' rel='footnote' title='No&#235;l B., M&#233;morandum de l'usage du BRF, Le comment et le pourquoi, Publication (...)' id='nh109'&gt;109&lt;/a&gt;]. Sym&#233;triquement, il indique le faible int&#233;r&#234;t biologique du bois de tronc : &#171; Par contre les sciures de scierie, issues du tronc de l'arbre, ne peuvent convenir, compost&#233;es avec des r&#233;sidus animaux elles peuvent donner de bons r&#233;sultats, mais m&#233;lang&#233;es au sol elles ne peuvent susciter que des m&#233;canismes d&#233;l&#233;t&#232;res tel que faim d'azote et autres blocages. Ici le probl&#232;me n'est pas seulement une question d'&#233;nergie d'activation, c'est aussi une question de nutriments : le tronc de l'arbre est un tissu de soutient essentiellement mort, il ne contient plus les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la vie qui lui permettraient de s'int&#233;grer et de profiter &#224; la vie du sol. La for&#234;t traite le tronc de l'arbre mort comme un d&#233;chet, il est attaqu&#233; par l'ext&#233;rieur, il se transforme en &lt;abbr title=&quot;CO2, Dioxyde de carbone, O=C=O&quot;&gt;CO&lt;sub&gt;2&lt;/sub&gt;&lt;/abbr&gt; et ne profite presque pas au sol &#187; [&lt;a href='#nb110' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 06-07.' id='nh110'&gt;110&lt;/a&gt;]. L'agronome Daniel Henry fait une observation similaire : dans les rameaux, l'association &#171; de prot&#233;ines et de lignine, voire d'autres compos&#233;s, y modifient radicalement les possibilit&#233;s d'utilisation par la bioc&#233;nose. Ce n'est pas seulement parce que le bois caulinaire est plus compact si la transformation dans le sol est plus lente que celles des branchages : l'exp&#233;rience montre que le bois de tronc r&#233;duit en copeaux fins et &#233;pandu en paillis est transform&#233; plus lentement que des branchages en fragments de m&#234;me calibre &#187; [&lt;a href='#nb111' class='spip_note' rel='footnote' title='Henry D., Sol et &#233;cosyst&#232;me : manifeste pour un nouveau regard, Publication (...)' id='nh111'&gt;111&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La seconde question qui nous semble essentielle porte sur la diff&#233;rence entre les v&#233;g&#233;taux ligneux et les autres. Les r&#233;sidus v&#233;g&#233;taux utilis&#233;s jusqu'ici comme engrais proveniennent principalement de plantes constitu&#233;es de cellulose. La lignine des &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; serait donc une des clefs de l'explication de leur efficacit&#233;, &#224; condition de prendre en compte que cette lignine &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; est associ&#233;e avec d'autres &#233;l&#233;ments peu pr&#233;sents dans le bois de tronc. Un ph&#233;nom&#232;ne de grande ampleur se r&#233;v&#232;le ici : les diff&#233;rents types d'humus, m&#234;me dans les sols fertiles, n'ont pas les m&#234;mes qualit&#233;s. Un humus constitu&#233; surtout &#224; partir de lignine donne un sol beaucoup plus stable qu'un autre form&#233; &#224; partir de v&#233;g&#233;taux cellulosiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons l&#224; une piste pour comprendre la fragilit&#233; des sols de la grande plaine des Etats-Unis, une fragilit&#233; suffisamment d&#233;montr&#233;e par la catastrophe du &lt;em&gt;Dust Bowl&lt;/em&gt; : &#224; la diff&#233;rence de beaucoup d'autres sols issus de la for&#234;t, par exemple ceux de l'Europe temp&#233;r&#233;e, les sols de la plaine nord am&#233;ricaine sont issus de la prairie. Les substances humiques ont ainsi des dur&#233;es de vie nettement variables : &#171; Il faut savoir qu'il existe des substances humiques &#224; courte dur&#233;e de vie et d'autres &#224; longue dur&#233;e de vie (plus de 1000 ans), de telles substances sont susceptibles de jouer un r&#244;le important dans les &#233;quilibres du sol. Durant des si&#232;cles la fertilit&#233; des sols europ&#233;ens a &#233;t&#233; maintenue par des apports r&#233;guliers en mati&#232;re organique. Durant cette p&#233;riode, les micro-organismes du sol ayant d'autres sources de carbone &#224; disposition, ils ne se sont pas attaqu&#233;s aux mol&#233;cules les plus stables. Il faut savoir que la plupart des sols agricoles actuels sont d'origine foresti&#232;re &#187; [&lt;a href='#nb112' class='spip_note' rel='footnote' title='No&#235;l B., M&#233;morandum de l'usage du BRF, Le comment et le pourquoi, op. cit., p. (...)' id='nh112'&gt;112&lt;/a&gt;]. Soulignons cette id&#233;e : &#171; La majorit&#233; des terres les plus fertiles vou&#233;es &#224; l'agriculture sont d'origine foresti&#232;re &#187; [&lt;a href='#nb113' class='spip_note' rel='footnote' title='Germain, D. et Lemieux, G., Le Bois Ram&#233;al Fragment&#233; : la cl&#233; de la fertilit&#233; (...)' id='nh113'&gt;113&lt;/a&gt;]. Cette derni&#232;re remarque est fondamentale et elle est de nature &#224; faire grandement r&#233;fl&#233;chir sur toutes les limites de nos th&#233;ories agronomiques et pratiques agricoles ant&#233;rieures : l'arbre nous donnerait la clef de la fertilit&#233; la plus durable. Quand les conditions climatiques le permettent, c'est la for&#234;t qui occupe le dernier stade de l'&#233;volution naturelle des syst&#232;mes v&#233;g&#233;taux. En tenant compte de cette restriction, selon laquelle le climax forestier n'est pas toujours atteint, nous pouvons aussi m&#233;diter l'optimum vis&#233; par ce proverbe africain : &#171; La fertilit&#233; vient de l'arbre &#187; [&lt;a href='#nb114' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce proverbe africain accueille le visiteur du site internet cr&#233;&#233; par Beno&#238;t (...)' id='nh114'&gt;114&lt;/a&gt;]. Nous sommes ici au c&#339;ur de la r&#233;flexion sur un mod&#232;le forestier pour l'agriculture. L'enjeu de la recherche est centr&#233; sur les m&#233;canismes de l'&#233;volution, le questionnement de la p&#233;dologie est d&#233;plac&#233; vers la p&#233;dogen&#232;se, les conditions de l'apparition et de l'&#233;volution des sols. Il ne s'agit plus de classer les diff&#233;rents sols mais de mettre l'accent avant tout sur les m&#233;canismes biologiques et biochimiques qui ont pr&#233;sid&#233; &#224; leur apparition, et non plus, comme traditionnellement, d'abord sur les ph&#233;nom&#232;nes physico-climatiques (alt&#233;ration de la roche m&#232;re, alternance gel-d&#233;gel, etc.) [&lt;a href='#nb115' class='spip_note' rel='footnote' title='Paradoxalement, le biologiste Hans Peter Rusch partageait cette vision (...)' id='nh115'&gt;115&lt;/a&gt;]. Les fondateurs de l'agrobiologie ont insist&#233; sur le primat des facteurs biologiques dans la fertilit&#233;. Il faut sans doute poursuivre leur intuition en approfondissant les recherches en biologie de l'&#233;volution et &#233;cologie botanique, afin de d&#233;velopper de nouveaux syst&#232;mes d'agriculture durable et plus performante. La puissance p&#233;dog&#233;n&#233;tique du v&#233;g&#233;tal semble ainsi avoir augment&#233; tout au long de l'&#233;volution, depuis les microorganismes photosynth&#233;tiques jusqu'aux arbres feuillus, en passant par les mousses et lichens, les arbustes et les r&#233;sineux, etc. La perspective &#233;volutionniste rejoint aussi la question des essences &#224; privil&#233;gier dans l'usage agricole du &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les fondateurs de l'agrobiologie &#233;voquent un mod&#232;le forestier sans discerner parmi les essences. Pourtant, l'observation ordinaire r&#233;v&#232;le que les sous bois de r&#233;sineux sont bien plus pauvres que ceux des feuillus. Il se trouve que, au cours de l'&#233;volution, les r&#233;sineux sont apparus avant les feuillus. Ils sont plus primitifs que les feuillus, et sous plusieurs angles, que ce soit au niveau de leur mode de reproduction ou sous celui de la biodiversit&#233; qu'ils tol&#232;rent : &#171; Certaines essences sont dig&#233;r&#233;es tr&#232;s rapidement par le sol (quelques mois) ; certaines mettent un temps moyen (quelques ann&#233;es) &#224; se d&#233;grader ; d'autres engendrent des m&#233;canismes de blocages de la p&#233;dogen&#232;se (les conif&#232;res en climat froid et temp&#233;r&#233;). L'impact du &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;B.R.F.&lt;/abbr&gt; sur le sol est li&#233; &#224; la strat&#233;gie de peuplement des arbres dont il est issu : les conif&#232;res sont &#233;go&#239;stes, ils stockent les nutriments dans l'arbre et &#233;liminent la concurrence en rendant le sol inhospitalier ; les feuillus sont plus &#233;volu&#233;s, ils stockent une part des nutriments dans le sol et favorisent la biodiversit&#233;. Cette strat&#233;gie permet aux feuillus de supplanter les conif&#232;res partout o&#249; les conditions climatiques le permettent. Les for&#234;ts de feuillus sont beaucoup plus stables et durables, tandis que les for&#234;ts de conif&#232;res suivent des cycles cataclysmiques : lorsque tous les nutriments sont bloqu&#233;s, les arbres envoient des messagers olfactifs aux ravageurs qui viennent d&#233;truire le peuplement, ensuite le feu prend et nettoie tout, ce qui lib&#232;re les nutriments &#187; [&lt;a href='#nb116' class='spip_note' rel='footnote' title='No&#235;l B., M&#233;morandum de l'usage du BRF, Le comment et le pourquoi, op. cit, p. (...)' id='nh116'&gt;116&lt;/a&gt;]. Les exp&#233;riences men&#233;es jusqu'ici ont ainsi conclu qu'il faut pr&#233;f&#233;rer les feuillus pour constituer un bon amendement de &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;. On conseille ainsi de ne pas trop d&#233;passer une proportion de 20 % de r&#233;sineux dans le &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; [&lt;a href='#nb117' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid. ; cf. aussi No&#235;l B., Le bois ram&#233;al fragment&#233;, Plus de carbone pour nos (...)' id='nh117'&gt;117&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En conclusion, on peut dire que l'on se trouve, avec la piste &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;, en face d'une r&#233;volution &#224; venir dans l'agriculture. Et cela, parce que, plus que jamais, la recherche s'approche ici des v&#233;ritables m&#233;canismes de la p&#233;dogen&#232;se et de la fertilit&#233; optimale que l'on puisse trouver dans la nature. Le r&#233;ductionnisme de l'agrochimie comme les impr&#233;cisions de l'agrobiologie sont d&#233;pass&#233;es et int&#233;gr&#233;es dans une approche syst&#233;mique prometteuse. Au-del&#224; de l'am&#233;lioration des param&#232;tres du sol (stimulation de la vie du sol, structure du sol, porosit&#233;, r&#233;tention de l'eau, lutte contre l'&#233;rosion) le &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; aide les plantes &#224; lutte contre les maladies et la s&#233;cheresse, et il peut apporter des hausses de rendements significatives. Apr&#232;s quelques ann&#233;es de traitement, des exp&#233;riences canadiennes ont obtenu des r&#233;sultats de rendement positifs : par rapport au t&#233;moin, 180 % avec des c&#233;r&#233;ales, 260 % avec des prairies, 290 % sur des cultures de fraises [&lt;a href='#nb118' class='spip_note' rel='footnote' title='No&#235;l B., Le bois ram&#233;al fragment&#233;, Plus de carbone pour nos sols et un outil (...)' id='nh118'&gt;118&lt;/a&gt;]. Mais il est aussi tr&#232;s int&#233;ressant de d&#233;couvrir que sa pertinence scientifique puisse se manifester par la mise au jour de nouvelles lois agronomiques. Les preuves commencent &#224; venir. Citons cet exemple remarquable. On sait que, malgr&#233; leurs efforts, les partisans de l'agriculture raisonn&#233;e ne parviennent pas &#224; bien g&#233;rer les &#233;pandages d'azote. La raison en est que l'&#233;volution de l'azote dans un sol est tr&#232;s fluctuante. Avec le &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;, nous disposons d'une solution &#224; ce probl&#232;me. Sur des parcelles trait&#233;es au &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;, Beno&#238;t No&#235;l a r&#233;alis&#233; des exp&#233;riences concluantes qui aboutissent &#224; une &lt;em&gt;m&#233;thode de pr&#233;diction quantitative de l'&#233;volution de l'azote des sols&lt;/em&gt;. Du coup, une gestion contr&#244;l&#233;e des apports d'azote devient possible. Ne serait-ce pas, en outre, un exemple montrant que le &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; contribue &#224; redonner au sol une stabilit&#233; proche des conditions naturelles ? Pour ce qui est des quantit&#233;s [&lt;a href='#nb119' class='spip_note' rel='footnote' title='Les chiffres propos&#233;s tournent autour d'un &#233;pandage d'une couche de 1,5 &#224; 3 cm, (...)' id='nh119'&gt;119&lt;/a&gt;], des techniques de broyages, des modes et de la p&#233;riodicit&#233; d'&#233;pandage et d'incorporation superficielle au sol, mais aussi vis-&#224;-vis du probl&#232;me de l'immobilisation de l'azote en premi&#232;re ann&#233;e [&lt;a href='#nb120' class='spip_note' rel='footnote' title='Il semble qu'en agriculture biologique, une bonne solution pour ne pas &#171; (...)' id='nh120'&gt;120&lt;/a&gt;], nous pr&#233;f&#233;rons renvoyer le lecteur &#224; la recherche sp&#233;cialis&#233;e [&lt;a href='#nb121' class='spip_note' rel='footnote' title='Le document le plus accessible sur le BRF (tr&#232;s bien fait) et &#224; destination (...)' id='nh121'&gt;121&lt;/a&gt;], laquelle attend aussi beaucoup de la multiplication des exp&#233;riences chez les agriculteurs pour d&#233;gager un ensemble plus pr&#233;cis de recommandations et d'itin&#233;raires culturaux adapt&#233;s aux terroirs et aux diff&#233;rentes cultures. Terminons sur cet extrait d'un &#233;change entre Daniel Henry et Fran&#231;ois Gardey de Sos, un agrobiologiste int&#233;grant la perspective &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; dans le d&#233;veloppement de son syst&#232;me en agroforesterie :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'agroforesterie prend tout son sens et toute sa valeur si on l'analyse dans une perspective syst&#232;me, telle qu'&#233;labor&#233;e par M. Lemieux sous les vocables d'aggradation des sols et de p&#233;dogen&#232;se. Cela veut dire que la &#171; boussole &#187; n'est pas l'augmentation du stock de nutriments, au sens ou l'entend l'agronome dans sa vision lin&#233;aire et statique, o&#249; le milieu exploit&#233; attend tout de l'intervention ext&#233;rieure pour demeurer productif, mais qu'elle doit &#234;tre la r&#233;g&#233;n&#233;ration d'un syst&#232;me qui s'enrichit et s'adapte par lui-m&#234;me, avec le seul apport de l'&#233;nergie solaire et d'un peu d'eau, un syst&#232;me qui est autostable. Si nous concevons et examinons nos pratiques d'exploitation du milieu sous cette angle, on se dirige vers des solutions qui r&#233;pondent aux exigences d'un d&#233;veloppement respectueux des besoins des g&#233;n&#233;rations futures &#187; [&lt;a href='#nb122' class='spip_note' rel='footnote' title='Henry D., Courriel &#224; De Soos F., 07 02 2006.' id='nh122'&gt;122&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusion de la quatrieme partie&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;La recherche de l'origine des constituants chimiques des plantes a pu et peut encore appara&#238;tre comme un questionnement &#233;trange aux yeux de l'agriculteur. Le sens commun agricole s'est toujours essentiellement pr&#233;occup&#233; de &lt;em&gt;l'entretien des sols&lt;/em&gt; pour am&#233;liorer ses r&#233;coltes de plantes &lt;em&gt;terrestres&lt;/em&gt;. Jusqu'&#224; la r&#233;volution agrochimique, le rapprochement empirique du sol fertile et de &#171; l'humus &#187; suffit &#224; guider le gros des d&#233;marches d'amendements. Bien que les amendements fussent aussi &#233;clectiques, guid&#233;s par un pragmatisme incertain, prendre au sol et lui rendre les restes de ce qu'on lui avait pris, ou des produits que d'autres sols avaient fait cro&#238;tre &#8211; dans les for&#234;ts ou sur les bords des parcelles et chemins &#8211; pouvait constituer une r&#232;gle d'ensemble de l'entretien paysan de la fertilit&#233;. Howard, mais aussi Rusch, semblent avoir mis leurs pas dans la prolongation de cette vision cyclique assez grossi&#232;re de l'entretien de la fertilit&#233;. Mais, &#224; la diff&#233;rence de l'agrochimie, qui a encore simplifi&#233; le &#171; cycle &#187;, en se focalisant sur les substances min&#233;rales export&#233;es par les r&#233;coltes et rendues au &#171; r&#233;servoir &#187; sol, les fondateurs de l'agrobiologie ont gard&#233; une attirance, une intuition pour une r&#233;flexion plus globale sur la fertilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour proposer maintenant une vision simplifi&#233;e de notre interpr&#233;tation, il faudrait mettre en &#233;quivalence de signification, dans le champ th&#233;matique des fondateurs, les termes &#171; nature &#187;, &#171; fertilit&#233; &#187;, et &#171; biologie &#187; dans l'expression &#171; agriculture biologique &#187;. La focalisation sur la fertilit&#233; de la terre dissimule l'envie de comprendre comment la vie est venue dans les sols. Le souci de l'humus rejoint la symbolique ancestrale qui rapproche &#171; sol &#187; et &#171; vie &#187; &#224; la surface de la terre. L'omnipr&#233;sence sym&#233;trique de la peur de la d&#233;sertification ou de la &lt;em&gt;min&#233;ralisation&lt;/em&gt; de la surface du globe atteste de la pr&#233;sence de cette m&#234;me id&#233;e du &lt;em&gt;primat du biologique&lt;/em&gt; dans la question de la fertilit&#233;, question de base de l'agriculture, quand celle-ci ne peut pas se penser autrement que &lt;em&gt;li&#233;e au sol&lt;/em&gt; [&lt;a href='#nb123' class='spip_note' rel='footnote' title='Ainsi que l'agriculture biologique est d&#233;finie dans ses cahiers des charges (...)' id='nh123'&gt;123&lt;/a&gt;]&lt;em&gt;.&lt;/em&gt; Derri&#232;re les &#339;uvres des fondateurs de l'agriculture biologique il y a ainsi des questionnements de la science biologique. Confront&#233;s &#224; la pluralit&#233; de la biologie, elle-m&#234;me frontali&#232;re des autres sciences de la nature, les fondateurs n'ont pas toujours insist&#233; sur les m&#234;mes aspects de la biologie. Rusch s'est focalis&#233; sur une perspective microbiologique, mais la tendance dominante, chez Howard, Pfeiffer, et Masanobu Fukuoka, est de privil&#233;gier le regard du naturaliste ou de l'&#233;cologue : la lecture du paysage, l'observation des &#233;cosyst&#232;mes &#224; l'&#339;il nu. Il y a ainsi, dans la d&#233;marche cognitive agrobiologique, une &#233;vidente continuit&#233; avec ce que peuvent d&#233;couvrir la conscience ordinaire et l'observation paysanne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, malgr&#233; leur insistance sur la nature comme mod&#232;le de l'agriculture, malgr&#233; leur volont&#233; d'&#233;tablir les agrosyst&#232;mes en proximit&#233;, voire &#224; l'int&#233;rieur, chez M. Fukuoka, des logiques spontan&#233;es des &#233;cosyst&#232;mes, les fondateurs de l'agrobiologie ne sont pas parvenus &#224; d&#233;finir une agriculture v&#233;ritablement capable d'imiter la nature, capable d'imiter les m&#233;canismes naturels d'apparition et d'entretien de la fertilit&#233; dans les sols. Sans doute fallait-il en passer par un d&#233;veloppement du savoir sur l'histoire de la formation des sols naturels et des sols agricoles pour innover. Sans doute fallait-il se distancier plus des routines de la tradition paysanne, sans pour autant se laisser absorber par le r&#233;ductionnisme scientifique, en particulier celui de l'agrochimie. D'autres sciences, plus soucieuse du terrain, de l'&#233;volutionnisme &#224; l'&#233;cologie, en passant par l'arch&#233;ologie et la pal&#233;obotanique nous ont appris bien des choses nouvelles sur l'apparition de la vie sur Terre, mais aussi, plus particuli&#232;rement pour notre sujet, sur la formation des sols et le rapport entre flore et faune. Coupons-l&#224; sur les limites de l'&#339;uvre des fondateurs au plan de leurs r&#233;f&#233;rences au savoir biologique. Proposons plut&#244;t des faits et des pistes qui permettent d'aller plus loin et de resituer les efforts de recherche pour comprendre les enjeux, la pertinence et les limites des &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premi&#232;re chose, qui peut aider &#224; mettre un terme au dogme polyculture-&#233;levage de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration des fondateurs : le v&#233;g&#233;tal est apparu sur Terre avant l'animal. La grande originalit&#233; de la flore par rapport &#224; la faune, peu discut&#233;e par les fondateurs, est bien s&#251;r la photosynth&#232;se. Le primat du v&#233;g&#233;tal dans le d&#233;veloppement &lt;em&gt;&#233;nerg&#233;tique&lt;/em&gt; de la biosph&#232;re devrait faire plus r&#233;fl&#233;chir. De m&#234;me faut-il sans doute pr&#234;ter une attention soutenue aux diff&#233;rences entre les plantes en g&#233;n&#233;ral et les v&#233;g&#233;taux ligneux, au sommet &#233;volutif desquels se trouvent les arbres, et ceci au niveau de l'&#233;nergie solaire capt&#233;e et apport&#233;e aux sols [&lt;a href='#nb124' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans la for&#234;t d'Abies amabilis de la c&#244;te du Pacifique, 70 &#224; 80 % des produits (...)' id='nh124'&gt;124&lt;/a&gt;], par les racines, les radicelles, et les rameaux tomb&#233;s notamment : les arbres semblent ainsi la source la plus &#224; m&#234;me d'alimenter des cha&#238;nes alimentaires riches, complexes et diversifi&#233;es, dans les sols et au-del&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;me chose, la p&#233;dogen&#232;se. On a trop l'habitude de commencer la description de ce processus par les facteurs climatiques de l'alt&#233;ration de la roche-m&#232;re [&lt;a href='#nb125' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous avons rappel&#233; que Rusch lui-m&#234;me proc&#233;dait ainsi.' id='nh125'&gt;125&lt;/a&gt;]. Alors qu'il serait plus judicieux de commencer par les v&#233;g&#233;taux, tels les mousses et les lichens lanc&#233;s &#224; la conqu&#234;te des roches, avant d'encha&#238;ner par une vision de l'&#233;volution botanique vers les arbres, la complexit&#233; floristique et faunistique, et la formation parall&#232;le des sols.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Troisi&#232;me chose, la puissance p&#233;dog&#233;n&#233;tique de l'arbre et le fait que &lt;em&gt;la plupart des sols agricoles fertiles de la plan&#232;te viennent de la for&#234;t&lt;/em&gt;. Cette derni&#232;re id&#233;e frappe souvent ceux qui d&#233;couvrent la probl&#233;matique &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;. Elle a, en effet, le m&#233;rite d'attirer notre attention sur les raisons qui font que la fertilit&#233; des sols la plus haute, et surtout la plus durable, soit le produit des m&#233;canismes forestiers. L'approfondissement du mod&#232;le forestier de l'agriculture se trouve ainsi d&#233;plac&#233; de &#171; l'humus &#187; &#224; la &lt;em&gt;question de l'humification&lt;/em&gt; et de la &lt;em&gt;p&#233;dogen&#232;se foresti&#232;re&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; de ces consid&#233;rations sur la logique biologique des sols, l'approche &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; propose un bouleversement dans le principe de la fertilisation - une agriculture purement v&#233;g&#233;tale - et dans le travail agricole &#8211; au-del&#224; des haies, le d&#233;veloppement de la sylviculture. Celui-ci ne semble pr&#233;senter que des avantages, tant pour un approfondissement des m&#233;thodes de l'agriculture biologique, que pour relever &lt;em&gt;le d&#233;fi d'une agriculture intensive et durable&lt;/em&gt;, et ainsi participer au renforcement de la th&#233;orie agrobiologique du d&#233;veloppement, bas&#233;e sur le progr&#232;s agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est temps maintenant de nous acheminer vers la conclusion g&#233;n&#233;rale de ce travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 14.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 119.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Ibid., p. 53.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Ibid., p. 224.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Conford P., The Origins of the Organic Movement, p. 80.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Vogt G., Entstehung und Entwicklung&#8230;, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Vogt G., Entstehung und Entwicklung&#8230;, op. cit., p. 215.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] D'autant plus que la position centrale du concept de substance vivante chez Rusch l'a men&#233; &#224; n&#233;gliger d'autres aspects de la ferme agrobiologique. Il a ainsi sous estim&#233; l'importance de l'engrais vert et n'a pas propos&#233; un traitement pr&#233;cis de l'humus et de sa formation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Hans Peter Rusch avait conscience d'assumer un tel r&#244;le : les donn&#233;es statistiques de son travail n'&#233;taient pas essentielles &#224; ses yeux et avaient pour but &#171; de donner courage et confiance dans l'agriculture biologique aux agriculteurs qui se sont lib&#233;r&#233;s des modes de pens&#233;es propre &#224; notre &#233;poque et qui cherchent dans les nouvelles voies qui sont celles de la biologie de demain &#187; (cf. La f&#233;condit&#233; du sol, op. cit.,. 297).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Notamment aux pages 23-25 de La f&#233;condit&#233; du sol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 96. N'insistons pas sur l'id&#233;e selon laquelle on aurait toujours pratiqu&#233; le compostage de surface : Pfeiffer savait tr&#232;s bien que ce n'&#233;tait pas vrai puisqu'il fait r&#233;f&#233;rence, comme Howard, &#224; la tradition du compostage en tas en Orient (&#224; la page 42 du m&#234;me ouvrage).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Cf. Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 129-131.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh14' id='nb14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Cf. sur la question du labour chez Howard, les pages suivantes du Testament agricole : 01, 15, 17, 213, ainsi que la Postface de Raymond Lauti&#233;, p. 235.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh15' id='nb15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] La revue TCS, Techniques Culturales Simplifi&#233;es, dirig&#233;e par Fr&#233;d&#233;ric Thomas, compte plus de trois mille abonn&#233;s aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh16' id='nb16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 01.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh17' id='nb17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] Perenyi E., Green Thougts, cit&#233; in Gieryn T., p. 234 ; Howard L.-E., Sir Albert Howard in India, p. 52.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh18' id='nb18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, Pour une agriculture naturelle, ibid., p. 196.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh19' id='nb19' class='spip_note' title='Notes 19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] Howard A., ibid., p. 206.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh20' id='nb20' class='spip_note' title='Notes 20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Ibid., p. 182-183.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh21' id='nb21' class='spip_note' title='Notes 21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Ibid., pp. 150-151.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh22' id='nb22' class='spip_note' title='Notes 22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] Henri, Le don de la terre, Edition Journ&#233;es Paysannes, Angers, 1995, 49 p., p. 14.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh23' id='nb23' class='spip_note' title='Notes 23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] Steiner R., Agriculture, Fondements de la m&#233;thode Bio-dynamique, EAR, op. cit., p. 38.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh24' id='nb24' class='spip_note' title='Notes 24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] Ibid., p. 332.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh25' id='nb25' class='spip_note' title='Notes 25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] Ibid., p. 38.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh26' id='nb26' class='spip_note' title='Notes 26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] Un savoir rationnel global est un savoir qui rend compte de mani&#232;re justifi&#233;e et coh&#233;rente des grandes lignes du r&#233;el en pr&#233;cisant la place d&#233;volue &#224; l'homme. De cette mani&#232;re il rassure l'homme en lui indiquant le sens et des rep&#232;res pour son agir. Or l'agriculture, bien que parmi les fondements de l'histoire humaine, est toujours en attente de sa justification scientifique et philosophique. A l'&#233;chelle des soci&#233;t&#233;s, on ne sait toujours pas faire une agriculture durable fond&#233;e sur une compr&#233;hension d'ensemble et un respect de la dynamique globale de la biosph&#232;re. Dans ce sens, l'agriculture peut &#234;tre encore aujourd'hui un sujet inqui&#233;tant pour l'homme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh27' id='nb27' class='spip_note' title='Notes 27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] L'invention de l'agriculture est &#224; peu pr&#232;s concomitante de celle de l'&#233;criture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh28' id='nb28' class='spip_note' title='Notes 28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] Gieryn F. T., Cultural boudaries of science, Credibility on the Line, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh29' id='nb29' class='spip_note' title='Notes 29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] Howard a propos&#233; la participation du gouvernement et des villes &#224; l'entretien du taux d'humus des sols, il a d&#233;fendu l'existence d'une &#171; population rurale heureuse et satisfaite &#187; comme pilier du d&#233;veloppement des nations, et invit&#233; &#224; &#171; &#233;cologiser &#187;, avec d'autres, les centres urbains, avec son concept de &#171; villes-jardins &#187;. On pourrait aussi proposer la d&#233;croissance des m&#233;galopoles, jusqu'&#224; ce qu'elles retrouvent une taille humaine, en s'inspirant de l'id&#233;e m&#233;di&#233;vale selon laquelle il y a une mesure dans les choses (&#171; Est modus in rebus &#187;), toujours selon le principe d'une croissance urbaine mesur&#233;e par l'exc&#233;dent agricole, de sorte que la ville demeure fille du village (Cf. Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, Un mod&#232;le de d&#233;veloppement, op. cit.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh30' id='nb30' class='spip_note' title='Notes 30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] Dans l'&#233;conomie de march&#233; capitaliste sans fronti&#232;re, le gain pr&#233;vaut sur la survie. Voir Polanyi K., La Grande Transformation, Aux origines politiques et &#233;conomiques de notre temps, Gallimard, NRF, 1983.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh31' id='nb31' class='spip_note' title='Notes 31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] Cf. plus haut, notre &#167; 223, et pour une pr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale, Grandamy R., La Physiocratie, th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement &#233;conomique, Mouton, Paris &#8211; La Haye, 1973, 148 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh32' id='nb32' class='spip_note' title='Notes 32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] L'emploi de ce n&#233;ologisme est assez courant en philosophie : son usage semble ad&#233;quat ici vu qu'il va s'agir d'exposer et de discuter les pr&#233;suppos&#233;s et la d&#233;marche philosophiques des fondateurs. N&#233;anmoins, &#171; th&#233;matis&#233; &#187; pourrait &#234;tre remplac&#233; par &#171; abord&#233; &#187; sans grosse perte de sens. Pour une meilleure compr&#233;hension du sens de la &#171; th&#233;matisation &#187; d'une question, voir le Lalande, &#224; l'article &#171; th&#232;me &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh33' id='nb33' class='spip_note' title='Notes 33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] Voire m&#234;me une vision du &#171; bonheur &#187; de l'humain chez Masanobu Fukuoka.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh34' id='nb34' class='spip_note' title='Notes 34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] Dans une version de ses derniers &#233;crits, Liebig donnait cependant un contre-exemple, en proposant une publication intitul&#233;e Lois naturelles de l'agriculture (cf. Blondel-M&#233;grelis M., Agriculture et &#233;quilibres au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, op. cit.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh35' id='nb35' class='spip_note' title='Notes 35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] Au sens strict on ne peut pas dire qu'il y ait de l'agriculture dans la nature. Tout au plus y trouve-t-on de l'&#233;levage st&#233;r&#233;otyp&#233;, si l'on r&#233;serve, &#224; la diff&#233;rence des auteurs suivants, le terme d'agriculture &#224; la culture des champs, selon l'&#233;tymologie : &#171; Chaque esp&#232;ce de fourmi ou de termite cultivatrice ou &#233;leveuse est en effet associ&#233;e &#224; une seule esp&#232;ce domestique domestique, qu'elle &#233;l&#232;ve ou cultive toujours de la m&#234;me mani&#232;re, &#224; l'aide d'outils anatomiques (mandibules et pattes ant&#233;rieures) et selon une organisation immuables. A la diff&#233;rence de ces esp&#232;ces cultivatrices ou &#233;leveuses directement produites par l'Evolution, l'homme n'est pas n&#233; agriculteur : quand il est apparu, Homo sapiens sapiens &#233;tait chasseur-cueilleur. Quand il a commenc&#233; de pratiquer la culture et l'&#233;levage, il n'a trouv&#233; dans la nature aucune esp&#232;ce pr&#233;alablement domestiqu&#233;e, mais il en a domestiqu&#233; un grand nombre. Il ne disposait pas non plus d'outils anatomiques adapt&#233;s au travail agricole, mais il en a fabriqu&#233; de toutes sortes et de plus en plus puissants. Enfin, aucun savoir inn&#233; ou r&#233;v&#233;l&#233; ne lui dictait l'art et la mani&#232;re de pratiquer l'agriculture, gr&#226;ce &#224; quoi il a pu mettre au point des syst&#232;mes de culture et d'&#233;levage extraordinairement vari&#233;s, adapt&#233;s aux diff&#233;rents milieux de la plan&#232;te et changeants avec ses besoins et avec son outillage. [&#8230;] les soci&#233;t&#233;s humaines de cultivateurs et d'&#233;leveurs ne sont pas le produit immuable de l'&#233;volution des esp&#232;ces, elles sont le produit changeant, avec le temps et selon le lieu, d'une incessante Histoire &#187; (cf. Mazoyer M. et Roudart L., Histoire des agricultures du monde, p. 40-41).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh36' id='nb36' class='spip_note' title='Notes 36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] Rappelons aussi qu'il &#233;tait moins critique que Howard vis-&#224;-vis de la bio-dynamie (cf. La f&#233;condit&#233; du sol, p. 224) et qu'il se r&#233;f&#233;rait abondamment aux id&#233;es compliqu&#233;es et gu&#232;re scientifiques de Goethe sur la biologie, une source importante de l'anthroposophie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh37' id='nb37' class='spip_note' title='Notes 37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] Des personnages pr&#233;sent&#233;s par Philipp Conford (cf. The Origins of the Organic Movement, op. cit.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh38' id='nb38' class='spip_note' title='Notes 38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] Howard A, Testament agricole, p. 204. Cf. p. 09.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh39' id='nb39' class='spip_note' title='Notes 39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;] Nous nous inspirons ici librement de Maurice N&#233;doncelle, qui d&#233;crivait l'amour, dans Vers une philosophie de l'amour et de la personne, comme &#171; la volont&#233; de promotion mutuelle &#187; existant entre deux personnes (cf. N&#233;doncelle M., Vers une philosophie de l'amour et de la personne, Ed. Aubier-Montaigne, 1957).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh40' id='nb40' class='spip_note' title='Notes 40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;] Howard A, Testament agricole, p. 187.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh41' id='nb41' class='spip_note' title='Notes 41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;] Ibid., p. 185.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh42' id='nb42' class='spip_note' title='Notes 42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;] Ibid. Cf. les pages 58, 105, 169, 176, 184, 205. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh43' id='nb43' class='spip_note' title='Notes 43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;] Cette diversit&#233; et ces ambigu&#239;t&#233;s ne sont pas propres au mouvement agrobiologique. La r&#233;f&#233;rence &#224; la nature implique une critique de l'id&#233;e de totalit&#233; si l'on veut faire droit &#224; la libert&#233; humaine. Ces questions exigent un approfondissement philosophique et scientifique qui n'est pas ais&#233;. Du coup, si l'on s'en tient &#224; une &#233;tude des tendances politiques que l'on trouve dans l'agrobiologie, mais encore plus &#233;videmment dans l'&#233;cologie politique, nous sommes moins surpris de voir toutes les couleurs de l'&#233;chiquier politique successivement ou parall&#232;lement repr&#233;sent&#233;es. Pour la compr&#233;hension des d&#233;rives totalitaires de l'id&#233;e darwinienne de nature, on pourra voir Pichot A., La soci&#233;t&#233; pure, De Darwin &#224; Hitler, et Pois R. A., La religion de la nature et le national-socialisme. Sur le lien entre id&#233;ologie de la nature, occultisme, et nazisme, on lira l'ouvrage essentiel de Nicholas Goodrick-Clarke, Les racines occultistes du nazisme, Les Aryosophistes en Autriche et en Allemagne, 1890-1935, o&#249; l'on d&#233;couvre notamment l'importance de la th&#233;osophie dans la catastrophe du III&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich &#8211; sans jeter l'anath&#232;me, n'oublions pas que l'anthroposophie d&#233;rive de la th&#233;osophie. Sur la diversit&#233; politique de l'&#233;cologie politique, on verra notamment Bennahmias J.-L. et Roche A., Des Verts de toutes les couleurs, Histoire et sociologie du mouvement &#233;colo, et Jacob J., Histoire de l'&#233;cologie politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh44' id='nb44' class='spip_note' title='Notes 44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;] Cf. la troisi&#232;me page de sa Pr&#233;face &#224; son Testament agricole, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh45' id='nb45' class='spip_note' title='Notes 45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;] Howard A., ibid., p. 10.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh46' id='nb46' class='spip_note' title='Notes 46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;] Cf. Testament agricole, p. 01.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh47' id='nb47' class='spip_note' title='Notes 47' rev='footnote'&gt;47&lt;/a&gt;] D&#232;s la premi&#232;re phrase de l'Introduction du Testament agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh48' id='nb48' class='spip_note' title='Notes 48' rev='footnote'&gt;48&lt;/a&gt;] Le livre de Patrick Matagne, Aux origines de l'&#233;cologie, Les naturalistes en France de 1800 &#224; 1914, offre aussi une &#233;tude &#233;clairante sur le passage entre botanique d'amateur et l'&#233;cologie en tant que science institu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh49' id='nb49' class='spip_note' title='Notes 49' rev='footnote'&gt;49&lt;/a&gt;] La d&#233;marche d'Howard est en phase avec l'orientation g&#233;n&#233;rale de l'&#233;cologie scientifique mais il ne semble pas l'avoir mentionn&#233; lui-m&#234;me. L'expression &#171; agriculture &#233;cologique &#187;, une des trois appellations actuellement reconnue par l'Union Europ&#233;enne pour d&#233;signer l'agriculture biologique, indique que le rapprochement reste aujourd'hui vivant dans les d&#233;bats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh50' id='nb50' class='spip_note' title='Notes 50' rev='footnote'&gt;50&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 01. Je souligne. Dans l'&#339;uvre howardienne, l'absence de d&#233;veloppements sur la prairie et la mer, pourtant annonc&#233;s ici comme m&#233;thodiquement n&#233;cessaires, nous semble constituer un indice en vue d'une interpr&#233;tation des limites de la pertinence cette recherche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh51' id='nb51' class='spip_note' title='Notes 51' rev='footnote'&gt;51&lt;/a&gt;] Howard A., ibid., p. 02.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh52' id='nb52' class='spip_note' title='Notes 52' rev='footnote'&gt;52&lt;/a&gt;] En accord avec Hans Peter Rusch (cf. La f&#233;condit&#233; du sol, p. 44).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh53' id='nb53' class='spip_note' title='Notes 53' rev='footnote'&gt;53&lt;/a&gt;] Howard A., ibid., p. 03-04.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh54' id='nb54' class='spip_note' title='Notes 54' rev='footnote'&gt;54&lt;/a&gt;] Cf. Darwin C., La formation de la terre v&#233;g&#233;tale par l'action des vers avec des observations sur leurs habitudes, Ed. Syllepse, Paris, 2001, 179 p. ; Blanchart E. et alii, Perception et popularit&#233; des vers de terre avant et apr&#232;s Darwin, in Etude et gestion des sols, 2005, 12, 2, p. 145-151.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh55' id='nb55' class='spip_note' title='Notes 55' rev='footnote'&gt;55&lt;/a&gt;] Donald Worster d&#233;crit &#171; l'&#233;cologie darwinienne &#187; comme une &#171; science pessimiste &#187;. Il montre bien que la vision de Darwin sur la logique g&#233;n&#233;rale de la nature repose &#171; en grande partie sur la pens&#233;e de Thomas Malthus &#187;. En simplifiant, rappelons que Malthus imaginait que les populations augmentaient fatalement plus vite que les ressources alimentaires, condamnant les &#234;tres vivant &#224; lutter de plus en plus les uns contre les autres pour se nourrir (Cf. Worster D., Les pionniers de l'Ecologie, p. 135-208, particuli&#232;rement p. 171-177).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh56' id='nb56' class='spip_note' title='Notes 56' rev='footnote'&gt;56&lt;/a&gt;] Howard A., op. cit., p. 04&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh57' id='nb57' class='spip_note' title='Notes 57' rev='footnote'&gt;57&lt;/a&gt;] On peut appr&#233;cier cette d&#233;marche comme une preuve du souci r&#233;aliste d'Howard, du moins dans la perspective du r&#233;alisme gilsonien, o&#249; c'est toujours de l'objet d'&#233;tude que doit &#234;tre tir&#233;e la m&#233;thode : il n'y aurait donc point de m&#233;thode passe-partout. Comprend-t-on un peu ici que la philosophie devrait toujours pr&#233;c&#233;der la science, si efficace et op&#233;ratoire que soit la m&#233;thodologie des sciences modernes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh58' id='nb58' class='spip_note' title='Notes 58' rev='footnote'&gt;58&lt;/a&gt;] Howard A., ibid., p. 24.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh59' id='nb59' class='spip_note' title='Notes 59' rev='footnote'&gt;59&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh60' id='nb60' class='spip_note' title='Notes 60' rev='footnote'&gt;60&lt;/a&gt;] Colinvaux P., Invitation &#224; la science de l'&#233;cologie, Seuil, p. 79-86.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh61' id='nb61' class='spip_note' title='Notes 61' rev='footnote'&gt;61&lt;/a&gt;] Ibid., p. 24.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh62' id='nb62' class='spip_note' title='Notes 62' rev='footnote'&gt;62&lt;/a&gt;] Ibid., p. 29.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh63' id='nb63' class='spip_note' title='Notes 63' rev='footnote'&gt;63&lt;/a&gt;] Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 32 : &#171; Le village &#233;tait avant tout une soci&#233;t&#233; de philosophes qui n'avaient pas besoin de philosophie. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh64' id='nb64' class='spip_note' title='Notes 64' rev='footnote'&gt;64&lt;/a&gt;] A.N., ibid., p. 296.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh65' id='nb65' class='spip_note' title='Notes 65' rev='footnote'&gt;65&lt;/a&gt;] A.N., ibid. M&#252;ller et Fukuoka s'accordent &#224; reconna&#238;tre tous deux la qualit&#233; et la place de la joie dans la vie paysanne pr&#233;industrielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh66' id='nb66' class='spip_note' title='Notes 66' rev='footnote'&gt;66&lt;/a&gt;] J'emprunte le n&#233;ologisme &#171; paysanniste &#187; &#224; Henri Mendras qui l'utilise &#224; propos d'auteurs russes tels Tchayanov qui ont montr&#233; que la logique de l'&#233;conomie paysanne &#233;tait aussi &#171; rationnelle &#187; que celle de l'&#233;conomie industrielle. (Mendras H., La fin des paysans, Actes Sud, 1984, 439 p., p. 367). Dans ce travail, je donne &#224; ce mot une acception allant au-del&#224; de l'&#233;conomie, en d&#233;signant ainsi toute perspective qui ne se r&#233;sout pas &#224; voir, dans les logiques paysannes, des modes de vie appel&#233;s irr&#233;vocablement &#224; la disparition, sous les coups r&#233;p&#233;t&#233;s et appliqu&#233;s de la version capitaliste et industrielle de l'id&#233;ologie du progr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh67' id='nb67' class='spip_note' title='Notes 67' rev='footnote'&gt;67&lt;/a&gt;] Avec Emile Guillaumin, parmi d'innombrables exemples, on pr&#233;cisera que l'ind&#233;pendance paysanne est d'abord morale, int&#233;rieure, alors que&#171; par ailleurs, la terre et les b&#234;tes soumettent l'homme &#224; une suj&#233;tion sans tr&#234;ve aucune &#187; (Guillaumin E., Paysans par eux-m&#234;mes, Stock, 1980, (1953), 319 p., p. 314). Le paysan qui aime son travail ou qui conna&#238;t l'ali&#233;nation du travail industriel r&#233;p&#233;titif, (Cf. Charlie Chaplin dans Les Temps modernes) prend sagement son parti des exigences quotidiennes de son labeur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh68' id='nb68' class='spip_note' title='Notes 68' rev='footnote'&gt;68&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 41.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh69' id='nb69' class='spip_note' title='Notes 69' rev='footnote'&gt;69&lt;/a&gt;] Crisenoy C. (de), L&#233;nine face aux moujiks, Seuil, Paris, p. 13, cit&#233; in Dupont Y., Pourquoi faut-il pleurer les paysans ?, in Ecologie et politique, 2005, 31 (num&#233;ro intitul&#233; Paysans malgr&#233; tout !), p. 25-40, p. 37-38.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh70' id='nb70' class='spip_note' title='Notes 70' rev='footnote'&gt;70&lt;/a&gt;] Il initia et soutint des groupes ruraux d'&#233;changes et de formation g&#233;n&#233;rale et agricole, en s'inspirant d'un p&#233;dagogue qui a eut une tr&#232;s forte influence sur la formation de la Scandinavie moderne, le danois Nikola&#239; F.S. Grundvigt (1783-1872). Au M&#246;schberg, la biblioth&#232;que de pr&#234;t comptait plusieurs milliers d'ouvrages.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh71' id='nb71' class='spip_note' title='Notes 71' rev='footnote'&gt;71&lt;/a&gt;] Chacun &#224; leur fa&#231;on, ils nous voient &#171; Au plus proche de l'issue fatale &#187; (Jonas H., Une &#233;thique pour la nature, DDB, 2000, 161 p. L'expression cit&#233;e est la traduction du titre de l'&#233;dition allemande de 1993 : Dem b&#246;sem Ende n&#228;her). Pour Howard, &#171; l'empoisonnement de la vie des sols par les engrais min&#233;raux est l'une des plus grandes calamit&#233;s qui s'est abattue sur l'agriculture et l'humanit&#233; &#187; (cf. Testament agricole, op. cit., p. 205). M&#252;ller prend acte de l'incarnation de l'&#233;poque mondiale de l'humanit&#233; avec le rassemblement de tous dans l'angoisse du cataclysme atomique. M. Fukuoka sait que le &#171; principe philosophique &#187; est menac&#233; de disparition par le monde clos des laboratoires et des &#171; n&#233;o-humains &#187; trafiqu&#233;s g&#233;n&#233;tiquement et produits industriellement. Pour lui, cette &#171; trag&#233;die &#187; (L'agriculture naturelle, p. 39-40), anticip&#233;e par Aldous Huxley dans Le meilleur des mondes, ne peut &#234;tre &#233;vit&#233;e que par un &#171; renversement du syst&#232;me de valeurs &#187; dominant et le d&#233;veloppement de l'agriculture naturelle pr&#244;n&#233; par M. Fukuoka, &#171; seul avenir pour l'homme &#187; (cf. L'agriculture naturelle, p. 156-157)..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh72' id='nb72' class='spip_note' title='Notes 72' rev='footnote'&gt;72&lt;/a&gt;] Cf. L&#246;wy M. et Sayre R., R&#233;volte et m&#233;lancolie, Le romantisme &#224; contre courant de la modernit&#233;, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh73' id='nb73' class='spip_note' title='Notes 73' rev='footnote'&gt;73&lt;/a&gt;] Nous faisons ici une allusion libre au nom d'une des plus importantes associations d'agriculture biologique en France et en Belgique, n&#233;e en 1964 : Nature et progr&#232;s. (L'association fut, pour une part non n&#233;gligeable, &#224; l'origine de la cr&#233;ation FNAB en 1978 (F&#233;d&#233;ration Nationale de l'Agriculture Biologique des r&#233;gions de France), aujourd'hui interlocuteur privil&#233;gi&#233; entre l'Etat fran&#231;ais et les agrobiologistes).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh74' id='nb74' class='spip_note' title='Notes 74' rev='footnote'&gt;74&lt;/a&gt;] Pour &#171; la voie immobile &#187; de la &#171; forme v&#233;ritable et originelle de l'agriculture &#187;, voir L'agriculture naturelle, p. 15.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh75' id='nb75' class='spip_note' title='Notes 75' rev='footnote'&gt;75&lt;/a&gt;] A.N., ibid., p. 156. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh76' id='nb76' class='spip_note' title='Notes 76' rev='footnote'&gt;76&lt;/a&gt;] R.B.P., op. cit., p. 61.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh77' id='nb77' class='spip_note' title='Notes 77' rev='footnote'&gt;77&lt;/a&gt;] Voir L'agriculture naturelle, p. 283, o&#249; M. Fukuoka cite Bouddha.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh78' id='nb78' class='spip_note' title='Notes 78' rev='footnote'&gt;78&lt;/a&gt;] A.N., ibid., p. 155-156.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh79' id='nb79' class='spip_note' title='Notes 79' rev='footnote'&gt;79&lt;/a&gt;] Masanobu Fukuoka se contredit plusieurs fois sur la nature humaine. Tant&#244;t l'homme &#171; ne vit pas seulement de pain &#187; (La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 17-24 et p. 73), tant&#244;t il faudrait &#171; Vivre seulement de pain &#187; (La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 162-164). Quand il se risque &#224; d&#233;finir la spiritualit&#233; humaine, c'est aussit&#244;t pour r&#233;v&#233;ler sa m&#233;connaissance de la transcendance. Ce qu'il rapproche du spirituel, ce sont les sentiments et les &#233;motions, ce qui est une approche bien trop r&#233;ductrice : &#171; il semble que nous ayons oubli&#233; que l'homme est un animal spirituel qui ne peut &#234;tre pleinement expliqu&#233; en termes organiques, m&#233;caniques ou physiologiques. Il est un animal dont le corps et la vie sont extr&#234;mement changeants et qui subit d'importantes vicissitudes physiques et mentales. Les choses seraient peut-&#234;tre autres si les cochons d'Inde pouvaient parler, mais les extrapolations &#224; l'homme des r&#233;sultats d'exp&#233;riences d'ordre di&#233;t&#233;tique faites sur les singes et les souris ont des limites. La nourriture que prend l'homme est directement et indirectement li&#233;e &#224; ses &#233;motions, de telle sorte qu'une alimentation faisant abstraction des sentiments est sans valeur &#187; (cf. L'agriculture naturelle, op. cit., p. 289).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh80' id='nb80' class='spip_note' title='Notes 80' rev='footnote'&gt;80&lt;/a&gt;] Commentant la naissance de son &#339;uvre, il d&#233;clare : &#171; Mon point d&#233;part s'appuyait sur la philosophie qui fait fi de l'intellect humain et qui refuse d'accorder aux objets comme aux actes de l'homme la moindre valeur &#187; (cf. Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, op. cit., p. 225). Quant aux niais arrogants que nous serions, il nous l'explique &#224; la page 28 de L'agriculture naturelle : &#171; L'homme n'est qu'un niais arrogant qui, d'une mani&#232;re vaine, croit tout conna&#238;tre de la nature et &#234;tre capable de venir &#224; bout de tout ce &#224; quoi il r&#233;fl&#233;chit &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh81' id='nb81' class='spip_note' title='Notes 81' rev='footnote'&gt;81&lt;/a&gt;] Des personnes de toutes tendances philosophiques ou religieuses trouvent de l'inspiration dans son travail. L'id&#233;e de ne plus ou presque plus intervenir en agriculture pourrait m&#234;me &#234;tre une intuition ou un horizon g&#233;nial des pratiques agronomiques. Ce passage de la Bible porte &#224; la m&#233;ditation sur le sujet : &#171; Regardez les oiseaux du ciel : ils ne s&#232;ment pas, ils ne moissonnent pas, ils n'ont pas de r&#233;serves ni de greniers, mais votre P&#232;re du Ciel les nourrit. Et vous alors ? Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? Qui d'entre vous, &#224; force de s'inqui&#233;ter, pourra prolonger sa vie d'une seule coud&#233;e ? &#187; (Mt 6, 26-27). Le travail, inspir&#233; par M. Fukuoka, de planification du mouvement peu institutionnalis&#233; mais international, de la &#171; permaculture &#187; (&#233;tagement dans l'espace et dans le temps des cultures afin d'avoir une couverture permanente du sol et une production permanente de fruits ou herbes) va dans une telle direction (Cf. Mollison B., et Holmgren D., Permaculture, 2 tomes, Pr&#233;face de Soltner D., Debard, 1986 (1978), 180 p.). De m&#234;me, les travaux de Wes Jackson, que M. Fukuoka conna&#238;t aussi, tentent d'aller dans ce sens : &#171; gr&#226;ce &#224; des croisements exp&#233;rimentaux &#187;, l'Institut agricole de Salinas (Kansas), &#171; cherche &#224; mettre au point des cultures vivaces qui remplaceraient les cultures annuelles, base de notre agriculture &#187;. (Cf. Facteur 4, Editions Terre vivante, p. 122-125)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh82' id='nb82' class='spip_note' title='Notes 82' rev='footnote'&gt;82&lt;/a&gt;] O&#249; l'agriculture est une base sociale et/ou existentielle mais pas un but en soi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh83' id='nb83' class='spip_note' title='Notes 83' rev='footnote'&gt;83&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, op. cit., p. 15.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh84' id='nb84' class='spip_note' title='Notes 84' rev='footnote'&gt;84&lt;/a&gt;] Cette vision de la Nature est-elle partielle ? Doit-on faire remarquer que la vie semble n'exister que sur Terre mais pas dans le reste du cosmos, qui ne serait que mati&#232;re st&#233;rile ? Comment alors expliquer l'origine de la vie &#224; partir de la mati&#232;re ? On pr&#233;f&#233;rera, ici, une hypoth&#232;se cosmologique vitaliste et g&#233;ophysique plut&#244;t que l'hypoth&#232;se astrophysique de la science moderne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh85' id='nb85' class='spip_note' title='Notes 85' rev='footnote'&gt;85&lt;/a&gt;] On ne peut pas mettre au laboratoire le cosmos&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh86' id='nb86' class='spip_note' title='Notes 86' rev='footnote'&gt;86&lt;/a&gt;] Et pour cela, il doit utiliser ses sens et sa raison, sa capacit&#233; de discernement. La permaculture, h&#233;riti&#232;re critique de Masanobu Fukuoka, a abandonn&#233;, ainsi, la d&#233;consid&#233;ration du savoir, propre &#224; l'inspiration bouddhique. A la place, elle propose un effort conscient pour semer et planter une combinatoire d'une grande diversit&#233; afin de maximiser les interactions intersp&#233;cifiques susceptibles d'augmenter fertilit&#233; et biomasse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh87' id='nb87' class='spip_note' title='Notes 87' rev='footnote'&gt;87&lt;/a&gt;] Bonfils M., Entretien avec l'auteur, Ambazac, 2001.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh88' id='nb88' class='spip_note' title='Notes 88' rev='footnote'&gt;88&lt;/a&gt;] Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, op. cit., p. 250-251.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh89' id='nb89' class='spip_note' title='Notes 89' rev='footnote'&gt;89&lt;/a&gt;] Et dont la fertilit&#233; se renouvelle ainsi naturellement&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh90' id='nb90' class='spip_note' title='Notes 90' rev='footnote'&gt;90&lt;/a&gt;] Cf. Breton S., Christianisme et bouddhisme, Le compatible et l'incompatible, in Esprit, 1997, 6, p. 141-148, p. 147.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh91' id='nb91' class='spip_note' title='Notes 91' rev='footnote'&gt;91&lt;/a&gt;] L'histoire de l'agriculture orientale, pour des raisons climatiques, mais peut-&#234;tre aussi pour des raisons culturelles, semble &#234;tre un contexte particuli&#232;rement favorable pour penser cette intensification durable de l'agriculture : au Japon, vers 1974, on compte 20 habitants nourris pour 1 cultiv&#233;, trois fois plus qu'en Chine, et quatorze fois plus qu'en France (d'apr&#232;s Berque A., L'agriculture et la paysannerie sacrifi&#233;e aux imp&#233;ratifs de la croissance, in Le Monde diplomatique, 12/1975).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh92' id='nb92' class='spip_note' title='Notes 92' rev='footnote'&gt;92&lt;/a&gt;] L'expression &#171; Where there is green, water comes. &#187; est, ainsi, une des belles phrases, pleine d'esp&#233;rance, de M. Fukuoka. Dans le r&#233;seau de permaculture, et au-del&#224; aujourd'hui, on a ainsi compris l'int&#233;r&#234;t structurel d'envoyer et d'&#233;changer des semences, plut&#244;t que de s'en tenir &#224; d'autres formes d'aides plus conjoncturelles aux PVD.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh93' id='nb93' class='spip_note' title='Notes 93' rev='footnote'&gt;93&lt;/a&gt;] Lemieux G. et Lapointe A., Le bois ram&#233;al et la p&#233;dog&#233;n&#232;se : une influence agricole et foresti&#232;re directe, Publication GCBR n&#176; 15, 1996 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1990), 35 p., p. 01.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh94' id='nb94' class='spip_note' title='Notes 94' rev='footnote'&gt;94&lt;/a&gt;] Cf. Pain I. et J., Les m&#233;thodes Jean Pain ou Un autre jardin, 1981, (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1972), 88 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh95' id='nb95' class='spip_note' title='Notes 95' rev='footnote'&gt;95&lt;/a&gt;] Lemieux G. et Lapointe A., op. cit., p. 02.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh96' id='nb96' class='spip_note' title='Notes 96' rev='footnote'&gt;96&lt;/a&gt;] Jean Pain r&#233;coltait le tout venant en consid&#233;rant que &#171; l'essentiel &#187; &#233;tait &#171; la vari&#233;t&#233; &#187; : &#171; ch&#234;ne, pin, bruy&#232;re, thym, romarin, lavande, sariette, gen&#235;t, cade, g&#233;&#233;nvrier, lentisque, gen&#235;t &#233;pinuex, filaria, plusieurs vari&#233;t&#233;s de cyste, g&#233;n&#233;vrier de Ph&#233;nicie, foug&#232;re, euphorbe, daphn&#233;e, rue, salspareille, etc. &#187; (Cf. Pain I. et J., op. cit., p. 13).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh97' id='nb97' class='spip_note' title='Notes 97' rev='footnote'&gt;97&lt;/a&gt;] Ainsi, ce que le &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; &#233;pandu directement apporte en plus par rapport &#224; du &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; compost&#233;, c'est de l'&#233;nergie. Le compostage effectu&#233; hors sol induit le d&#233;gagement dans l'atmosph&#232;re de l'&#233;nergie pr&#233;sente au d&#233;part dans les &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;, dans la proportion des deux tiers (sous forme de carbone). Ce qui reste &#224; l'issu du compostage est une sorte d'&#171; humus raffin&#233; &#187;. Alors que l'humification des &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; &#224; m&#234;me le champ permet aux organismes du sol de profiter directement de toute l'&#233;nergie qu'ils contiennent (d'apr&#232;s Beno&#238;t No&#235;l, Communication personnelle, 11 2006).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh98' id='nb98' class='spip_note' title='Notes 98' rev='footnote'&gt;98&lt;/a&gt;] Lemieux G. et Lapointe A., op. cit.,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh99' id='nb99' class='spip_note' title='Notes 99' rev='footnote'&gt;99&lt;/a&gt;] No&#235;l B., Le bois ram&#233;al fragment&#233;, Plus de carbone pour nos sols et un outil pour une agriculture durable respectueuse de l'environnement, Centre des Techniques Agronomiques de Str&#233;e, Direction g&#233;n&#233;rale de l'Agriculture, Minist&#232;re de la R&#233;gion Wallonne, 2005, 38 p., p. 04.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh100' id='nb100' class='spip_note' title='Notes 100' rev='footnote'&gt;100&lt;/a&gt;] Lemieux G. et Lapointe A., op. cit.,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh101' id='nb101' class='spip_note' title='Notes 101' rev='footnote'&gt;101&lt;/a&gt;] D'apr&#232;s Beno&#238;t No&#235;l, Communication personnelle, 11 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh102' id='nb102' class='spip_note' title='Notes 102' rev='footnote'&gt;102&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh103' id='nb103' class='spip_note' title='Notes 103' rev='footnote'&gt;103&lt;/a&gt;] Lemieux G. et Lapointe A., op. cit., p. 02-03.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh104' id='nb104' class='spip_note' title='Notes 104' rev='footnote'&gt;104&lt;/a&gt;] Que nous abr&#233;geons en GCBR dans la bibliographie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh105' id='nb105' class='spip_note' title='Notes 105' rev='footnote'&gt;105&lt;/a&gt;] Un grand nombre de ces publications sont disponibles sur Internet &#224; l'adresse suivante : &lt;a href=&quot;http://forestfeomat.for.ulaval.ca/brf&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://forestfeomat.for.ulaval.ca/brf&lt;/a&gt;. On consultera aussi le site r&#233;alis&#233; par Beno&#238;t No&#235;l : w.aggra.org. Un prochain colloque sur le &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; aura lieu &#224; Lyon en f&#233;vrier 2007. Mentionnons aussi la Journ&#233;e d'&#233;tude intitul&#233;e L'agriculture biologique, ferment du d&#233;veloppement &#233;cologique ? (Universit&#233; de Technologie de Troyes, 23 juin 2005), o&#249; Beno&#238;t No&#235;l et Jean-Claude Tissaux, un autre sp&#233;cialiste du &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;, sont intervenus (DVD de la journ&#233;e disponible aupr&#232;s de l'APHIFAAB, Actes &#224; para&#238;tre en 2007).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh106' id='nb106' class='spip_note' title='Notes 106' rev='footnote'&gt;106&lt;/a&gt;] No&#235;l B., &#201;tude comparative de l'apport au sol en conditions contr&#244;l&#233;es de Bois Ram&#233;aux Fragment&#233;s (&lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;) et de Bois Ram&#233;aux compost&#233;s, appliqu&#233;s en mulch, M&#233;moire pr&#233;sent&#233; pour l'obtention du dipl&#244;me d'Ing&#233;nieur chimiste et des industries agricoles, Universit&#233; Catholique de Louvain, Facult&#233; des Sciences Agronomiques, 1996 (publication &#233;dit&#233;e par le GCBR (n&#176;76)).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh107' id='nb107' class='spip_note' title='Notes 107' rev='footnote'&gt;107&lt;/a&gt;] Lemieux G., L'origine foresti&#232;re des sols agricoles : la diversification microbiologique par aggradation sous l'effet des bois ram&#233;aux fragment&#233;s, Publication GCBR n&#176; 29, Universit&#233; de Laval, 1993, 30 p., p. 04-05.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh108' id='nb108' class='spip_note' title='Notes 108' rev='footnote'&gt;108&lt;/a&gt;] No&#235;l B., Le bois ram&#233;al fragment&#233;, Plus de carbone pour nos sols et un outil pour une agriculture durable respectueuse de l'environnement, op. cit., p. 15.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh109' id='nb109' class='spip_note' title='Notes 109' rev='footnote'&gt;109&lt;/a&gt;] No&#235;l B., M&#233;morandum de l'usage du &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;, Le comment et le pourquoi, Publication GCBR n&#176; 79, 2003 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;d. 1997), 12 p., p. 06.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh110' id='nb110' class='spip_note' title='Notes 110' rev='footnote'&gt;110&lt;/a&gt;] Ibid., p. 06-07.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh111' id='nb111' class='spip_note' title='Notes 111' rev='footnote'&gt;111&lt;/a&gt;] Henry D., Sol et &#233;cosyst&#232;me : manifeste pour un nouveau regard, Publication GCBR n&#176; 208, Universit&#233; de Laval, 2005, 54 p. (+ Bibliographie), p. 32.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh112' id='nb112' class='spip_note' title='Notes 112' rev='footnote'&gt;112&lt;/a&gt;] No&#235;l B., M&#233;morandum de l'usage du &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;, Le comment et le pourquoi, op. cit., p. 02&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh113' id='nb113' class='spip_note' title='Notes 113' rev='footnote'&gt;113&lt;/a&gt;] Germain, D. et Lemieux, G., Le Bois Ram&#233;al Fragment&#233; : la cl&#233; de la fertilit&#233; durable du sol, Publication GCBR n&#176; 129, Universit&#233; Laval, D&#233;partement des Sciences du Bois et de la For&#234;t, Canada, 15 p., 2003, (2001), p. 03&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh114' id='nb114' class='spip_note' title='Notes 114' rev='footnote'&gt;114&lt;/a&gt;] Ce proverbe africain accueille le visiteur du site internet cr&#233;&#233; par Beno&#238;t No&#235;l (Cf. &lt;a href=&quot;http://www.aggra.org/&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.aggra.org&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh115' id='nb115' class='spip_note' title='Notes 115' rev='footnote'&gt;115&lt;/a&gt;] Paradoxalement, le biologiste Hans Peter Rusch partageait cette vision classique de la p&#233;dogen&#232;se (cf. le paragraphe intitul&#233; La formation du sol et les types de sol, in La f&#233;condit&#233; du sol, p. 123-126).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh116' id='nb116' class='spip_note' title='Notes 116' rev='footnote'&gt;116&lt;/a&gt;] No&#235;l B., M&#233;morandum de l'usage du &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;, Le comment et le pourquoi, op. cit, p. 07.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh117' id='nb117' class='spip_note' title='Notes 117' rev='footnote'&gt;117&lt;/a&gt;] Ibid. ; cf. aussi No&#235;l B., Le bois ram&#233;al fragment&#233;, Plus de carbone pour nos sols et un outil pour une agriculture durable respectueuse de l'environnement, op. cit., p. 15. Beno&#238;t No&#235;l consid&#232;re surtout que c'est la prudence qui conduit &#224; se m&#233;fier des r&#233;sineux dans la constitution de l'amendement &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;. Les essais agricoles ne sont pas encore assez nombreux pour avoir des rep&#232;res d&#233;finitifs sur la question (No&#235;l B., Communication personnelle, 11 2006).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh118' id='nb118' class='spip_note' title='Notes 118' rev='footnote'&gt;118&lt;/a&gt;] No&#235;l B., Le bois ram&#233;al fragment&#233;, Plus de carbone pour nos sols et un outil pour une agriculture durable respectueuse de l'environnement, ibid., p. 31.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh119' id='nb119' class='spip_note' title='Notes 119' rev='footnote'&gt;119&lt;/a&gt;] Les chiffres propos&#233;s tournent autour d'un &#233;pandage d'une couche de 1,5 &#224; 3 cm, soit 150 &#224; 250 m&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;3&lt;/sup&gt;/ha, pour un traitement valable au moins trois ans en conditions temp&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh120' id='nb120' class='spip_note' title='Notes 120' rev='footnote'&gt;120&lt;/a&gt;] Il semble qu'en agriculture biologique, une bonne solution pour ne pas &#171; perdre &#187; une saison de r&#233;colte, soit de semer une l&#233;gumineuse suite &#224; l'&#233;pandage de &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh121' id='nb121' class='spip_note' title='Notes 121' rev='footnote'&gt;121&lt;/a&gt;] Le document le plus accessible sur le &lt;abbr title='Bois Ram&#233;al Fragment&#233;'&gt;BRF&lt;/abbr&gt; (tr&#232;s bien fait) et &#224; destination des agriculteurs est actuellement celui que Beno&#238;t No&#235;l a produit au cours de ses exp&#233;rimentations men&#233;es au Centre des Techniques Agricoles de Str&#233;e (Belgique). Cf. No&#235;l B., Le bois ram&#233;al fragment&#233;, Plus de carbone pour nos sols et un outil pour une agriculture durable respectueuse de l'environnement, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh122' id='nb122' class='spip_note' title='Notes 122' rev='footnote'&gt;122&lt;/a&gt;] Henry D., Courriel &#224; De Soos F., 07 02 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh123' id='nb123' class='spip_note' title='Notes 123' rev='footnote'&gt;123&lt;/a&gt;] Ainsi que l'agriculture biologique est d&#233;finie dans ses cahiers des charges contemporains, renvoyant ainsi la culture hydroponique au rang de gadget technologique, d&#233;plac&#233; et ruineux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh124' id='nb124' class='spip_note' title='Notes 124' rev='footnote'&gt;124&lt;/a&gt;] Dans la for&#234;t d'Abies amabilis de la c&#244;te du Pacifique, 70 &#224; 80 % des produits de la photosynth&#232;se sont dirig&#233;s vers les racines et les mycorhizes (cf. Voigt K.A., Grier C.C. et Meir C.E., Mycorrhizal role in net primary products and nutrient cycling in Abies amabilis ecosystems in western Washington, in Ecology, 1982, p. 370-380). Ces hauts chiffres portent Gilles Lemieux &#224; penser que &#171; le sol est tributaire de l'&#233;nergie fournie par la strate &#233;pig&#233;e, mais que la distribution des nutriments, &#224; son tour, est tributaire de la microbiologie du sol dont les mycorhizes forment le cha&#238;non central &#187; (cf. Lemieux G., L'intersuffisance des &#233;cosyst&#232;mes &#233;pig&#233; et hypog&#233;, Publication GCBR n&#176; 16, 1990, 39 p., p. 05).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh125' id='nb125' class='spip_note' title='Notes 125' rev='footnote'&gt;125&lt;/a&gt;] Nous avons rappel&#233; que Rusch lui-m&#234;me proc&#233;dait ainsi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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