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	<title>EcoloTech Ing&#233;nierie &#233;cologique au service de l'agriculture et du d&#233;veloppement durable</title>
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	<description>Ce site, cr&#233;&#233; par Yvan Besson, est d&#233;di&#233; &#224; la recherche et au conseil en ing&#233;nierie &#233;cologique (Ecological Engineering). Les domaines privil&#233;gi&#233;s sont l'&#233;tude des diff&#233;rentes techniques de l'agriculture &#233;cologique, la planification territoriale du d&#233;veloppement &#233;cologique, ainsi que les processus technologiques et sociaux favorisant un d&#233;veloppement technique durable (biod&#233;gradation des mat&#233;riaux et produits, &#233;cologie industrielle, recyclage).</description>
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		<title>EcoloTech Ing&#233;nierie &#233;cologique au service de l'agriculture et du d&#233;veloppement durable</title>
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		<title>Conclusions de la troisi&#232;me partie</title>
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		<description>Aux origines de l'agriculture biologique, l'agrochimie n'est pas consid&#233;r&#233;e comme un v&#233;ritable progr&#232;s agricole. Progresser en agriculture, c'est, pour les fondateurs, viser quantit&#233; et qualit&#233; des r&#233;coltes tout en s'assurant que l'on travaille la terre en faisant droit aux g&#233;n&#233;rations futures de pouvoir ind&#233;finiment se nourrir de ses fruits. Or, suivant Howard, l'agrochimie a initi&#233; une rupture entre les deux moiti&#233;s de la t&#226;che agricole, &#224; savoir cultiver la terre, d'un c&#244;t&#233;, en r&#233;colter les fruits, de (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-L-ensemble-technique-agrobiologique-une-approche-centree-.html" rel="directory"&gt;L'ensemble technique agrobiologique : une approche centree sur le sol&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Aux origines de l'agriculture biologique, l'agrochimie n'est pas consid&#233;r&#233;e comme un v&#233;ritable progr&#232;s agricole. Progresser en agriculture, c'est, pour les fondateurs, viser quantit&#233; et qualit&#233; des r&#233;coltes tout en s'assurant que l'on travaille la terre en faisant droit aux g&#233;n&#233;rations futures de pouvoir ind&#233;finiment se nourrir de ses fruits. Or, suivant Howard, l'agrochimie a initi&#233; une rupture entre les deux moiti&#233;s de la t&#226;che agricole, &#224; savoir cultiver la terre, d'un c&#244;t&#233;, en r&#233;colter les fruits, de l'autre. Malgr&#233; des rendements souvent bas, l'agriculture traditionnelle parvenait &#224; maintenir le potentiel de productivit&#233; de ses sols, en proc&#233;dant &#224; une fertilisation toute empirique, et &#224; d'autres exp&#233;dients culturaux, comme la rotation des cultures et la jach&#232;re altern&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec la R&#233;volution industrielle, la pression sur la fertilit&#233; des sols europ&#233;ens s'est accrue. On a pris l'habitude de recourir &#224; des importations de denr&#233;es agricoles ou de mati&#232;res fertilisantes &#233;trang&#232;res (comme le guano) tout en multipliant, au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les tentatives de r&#233;cup&#233;ration des r&#233;sidus urbains et industriels pour entretenir la productivit&#233; des champs. La chimie agricole a permis de d&#233;couvrir l'importance de certains min&#233;raux dans l'alimentation des plantes, ainsi que de nouveaux proc&#233;d&#233;s pour produire des fertilisants dou&#233;s d'une efficacit&#233; r&#233;guli&#232;rement impressionnante. Mais les fondateurs de l'agrobiologie ont point&#233; l'envers de la m&#233;daille des rendements et de la biomasse produites aux engrais NPK. Ils furent conscients de la tendance progressive &#224; la mise sous d&#233;pendance industrielle des paysans entra&#238;n&#233;s dans la logique des produits de synth&#232;se. Hans M&#252;ller, Hans Peter Rusch, et Masanobu Fukuoka d&#233;plor&#232;rent la tendance culturelle accompagnant le repli des agriculteurs sur un travail &#171; m&#233;canique &#187; &#224; base de plan de fumure et traitements chimiques : au-del&#224; de sa p&#233;nibilit&#233;, ce que le travail et la vie de paysan pouvaient avoir d'&#233;panouissant pour l'homme, au niveau de sa connaissance de la nature et de sa vie philosophique et spirituelle, semblait d&#233;valoris&#233; et d&#233;pass&#233;. Comme si la &#171; mentalit&#233; NPK &#187; marquait une sorte de fin du progr&#232;s agricole. Ainsi, il n'est sans doute pas d&#233;plac&#233; d'interpr&#233;ter la r&#233;action des fondateurs vis-&#224;-vis de l'agrochimie comme l'expression d'un sentiment de mal &#224; l'aise par rapport &#224; une explication de la fertilit&#233; ramenant l'essentiel des sols a du min&#233;ral et du gazeux. L'intuition traditionnelle d'un lien entre compos&#233;s vivants dans les sols et fertilit&#233; &#8211; comme dans le principe de similitude &#8211;, trouva sa confirmation avec les travaux des biologistes et microbiologistes de la seconde moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Les fondateurs de la bio avaient d&#233;sormais une base solide pour rendre plausible leur th&#232;se du primat des facteurs biologiques dans la compr&#233;hension des m&#233;canismes de la fertilit&#233;. Le th&#232;me de la carence, ou de la susceptibilit&#233; aux maladies des plantes agricoles cultiv&#233;es aux engrais chimiques, pouvait alors &#234;tre plus facilement pr&#233;sent&#233; sous l'angle de &#171; l'artifice &#187;, au sens p&#233;joratif, c'est-&#224;-dire comme une cons&#233;quence d'une fumure trop &#233;loign&#233;e des r&#233;alit&#233;s de la physiologie des plantes &lt;em&gt;dans leur milieu naturel&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, une bonne partie des critiques des fondateurs converge-t-elle sur la th&#232;se de l'oubli agrochimique du sol, en tant que milieu vivant, ensemble de processus permettant, comme chez Rusch, un potentiel de productivit&#233; plus ou moins important, pour les v&#233;g&#233;taux de surface. Une autre partie des critiques, chez Rusch, et de mani&#232;re un peu moins pr&#233;gnante chez Howard, tend &#224; insister, voire &#224; survaloriser, face aux tenants de la nutrition min&#233;rale, le r&#244;le de la nutrition organique des plantes. Sans doute ces attaques &#233;taient-elles le fruit de plusieurs motivations, mais la recherche g&#233;n&#233;rale d'une compr&#233;hension d'abord biologique des questions agricoles y a certainement jou&#233; un r&#244;le majeur. Tel un leitmotiv souterrain, ces fondateurs auraient voulu trouv&#233; quel engrais &#171; biologique &#187; correspondait le mieux aux processus vivants entretenant la fertilit&#233; des sols et la productivit&#233; des plantes. Mais il faut conclure en redisant que le th&#232;me de l'oubli du sol est seul vraiment central et transversal dans la critique de l'agrochimie men&#233;e par les fondateurs. Oublier le sol et produire des denr&#233;es d&#233;finissables comme &#171; une synth&#232;se &#187;, un &#171; m&#233;lange d'aliments artificiels, de produits chimiques et d'hormones &#187; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, op. cit., p. (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;] ? La qualit&#233; moindre, en g&#233;n&#233;ral, des produits issus de l'agrochimie, n'est pas, historiquement, le premier probl&#232;me que l'agrochimie, dans le contexte de l'agriculture moderne, a r&#233;v&#233;l&#233; au grand public. Tous les fondateurs, sans exception, r&#233;fl&#233;chissent au probl&#232;me de la d&#233;sertification. Depuis le Dust Bowl am&#233;ricain des ann&#233;es 1920-1930, jusqu'au rappel des chutes de civilisations en insistant sur le r&#244;le de l'&#233;rosion des sols, les fondateurs ont des arguments de poids pour mettre en garde contre le manque d'attention &#224; la fragilit&#233; des sols. Faire pousser partout des plantes selon les lois de la chimie agricole &lt;em&gt;uniquement&lt;/em&gt;, c'est s'exposer, &#224; terme, &#224; devoir &#233;tablir de co&#251;teuses installations hydroponiques &#224; la place des sols plus ou moins fertiles ant&#233;rieurs. Masanobu Fukuoka rapporte des situations contemporaines s'approchant de cette caricature, dans des cultures fruiti&#232;res de Californie [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 29-37.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, d'une seule voix, les fondateurs reconnaissent que le destin agricole de l'oubli du sol est sa disparition. Mais ils ne s'accordent qu'imparfaitement sur la nature des actes &#224; mettre en &#339;uvre pour entretenir la terre et ainsi r&#233;pondre &#224; leur principe &#171; Nourris ton sol et tu nourriras tes plantes &#187; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Pfeifffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 85.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Sir Albert Howard se penche effectivement, et fondamentalement, sur la dynamique des sols, en pointant l'importance d&#233;cisive de l'humus dans la p&#233;dologie. Mais Hans Peter Rusch privil&#233;gie son cycle de la substance vivante. Ce dernier semble un peu se r&#233;fugier dans une d&#233;fense abstraite de la moindre intervention, en demeurant assez peu sensible &#224; la relative autonomie du fonctionnement du syst&#232;me sol-plante. Tandis que Masanobu Fukuoka place la nature au centre de sa m&#233;ditation : la complexit&#233;, au-del&#224; du sol, caract&#233;riserait le tout et interdirait une v&#233;ritable intelligibilit&#233;. Le mieux serait alors de pratiquer une agriculture semi-sauvage, sans plus pr&#233;tendre &#171; cultiver &#187; la terre, en aspirant presque seulement &#224; une insertion discr&#232;te de nos plantes domestiques dans les logiques des &#233;cosyst&#232;mes spontan&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne revenons pas ici sur la diff&#233;rence entre l'apport d'humus par compostage en tas ou &#233;pandage des d&#233;chets sans pr&#233;paration particuli&#232;re, si ce n'est un broyage, sur la surface des champs. Soulignons plut&#244;t l'&#233;cart entre la volont&#233; de faire de l'humus, pour combler les exportations de fertilit&#233; op&#233;r&#233;es par les r&#233;coltes, et la volont&#233; de faire participer directement la nature et ses processus spontan&#233;s &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration des sols de la ferme. Entre proposition d'une fertilisation &#224; base d'humus et investigation des m&#233;canismes de la fertilit&#233; et de la p&#233;dog&#233;n&#232;se, des fondateurs comme Howard, et surtout M. Fukuoka, ont r&#233;-ouvert la voie d'un mod&#232;le forestier de l'agriculture. Cette piste, nettement diff&#233;renci&#233;e de la perspective de la chimie agricole, offre l'occasion de poser, &#224; nouveaux frais, la recherche d'un point de vue rationnel et scientifique plus large et plus harmonieux sur les probl&#232;mes de la fertilit&#233; des sols et de la fertilisation agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre quatri&#232;me et derni&#232;re partie, apr&#232;s un essai de bilan pour chacune des &#339;uvres fondatrices, s'attachera aux nouvelles perspectives agronomiques envisageables aujourd'hui &#224; la suite d'une reprise comparative de ces d&#233;marches. Ce sera aussi l'heure de revenir sp&#233;culativement sur l'actualit&#233; du projet agrobiologique concernant une agriculture proche de la nature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, op. cit., p. 122.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 29-37.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Cf. Pfeifffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 85.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'agriculture biologique et la fertilit&#233; dans la probl&#233;matique scientifique complexe de l'agriculture</title>
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		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>On ne saurait trop insister sur la complexit&#233; du probl&#232;me de l'agronomie et de son histoire. D'une certaine fa&#231;on, l'agriculture pose l'ensemble des questions du rapport de l'homme &#224; la nature. Bernard Palissy disait que nul autre art n'avait plus besoin de philosophie. L'agronomie est, en effet, un objet hybride, dot&#233; d'une ambigu&#239;t&#233; essentielle que l'on ne peut pas lui &#244;ter. Elle est une &#171; &#233;tude scientifique des probl&#232;mes (physiques, chimiques, biologiques) que pose la pratique de l'agriculture &#187;. Il s'agit (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-L-ensemble-technique-agrobiologique-une-approche-centree-.html" rel="directory"&gt;L'ensemble technique agrobiologique : une approche centree sur le sol&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On ne saurait trop insister sur la complexit&#233; du probl&#232;me de l'agronomie et de son histoire [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette complexit&#233; est rappel&#233;e &#224; l'envie par Jan Dessau et Yves Le Pape (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. D'une certaine fa&#231;on, l'agriculture pose l'ensemble des questions du rapport de l'homme &#224; la nature. Bernard Palissy disait que nul autre art n'avait plus besoin de philosophie. L'agronomie est, en effet, un objet hybride, dot&#233; d'une ambigu&#239;t&#233; essentielle que l'on ne peut pas lui &#244;ter. Elle est une &#171; &#233;tude scientifique des probl&#232;mes (physiques, chimiques, biologiques) que pose la pratique de l'agriculture &#187;. Il s'agit donc d'une science humaine, puisqu'elle &#233;tudie l'agriculture, une invention de l'homme. Or, &#224; la diff&#233;rence d'autres objets des sciences humaines, par exemple l'&#233;tude des mentalit&#233;s religieuses, l'agriculture est en prise directe avec la nature (sols, climats, plantes, animaux&#8230;) [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Avec Delatouche, on peut dire que l'agriculture est &#171; l'activit&#233; la imbriqu&#233;e (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]. L'agronomie, rang&#233;e dans le domaine des sciences humaines, appel&#233;es aussi sciences de la culture, m&#233;rite donc tout autant d'&#234;tre rang&#233;e dans les sciences de la nature. Ce double aspect de l'agronomie lui conf&#232;re sa nature hybride et son ambigu&#239;t&#233; : quel est l'ordre logique de l'&#233;tude scientifique de l'agriculture ? Doit-on d'abord &#233;tudier l'origine ainsi que l'histoire de l'agriculture, ainsi que les raisons d'agir des agriculteurs ? Ou bien doit-on consid&#233;rer que l'&#233;tude scientifique de la nature, sur laquelle agit l'agriculture, est prioritaire ? Ou bien encore, faut-il &#233;tudier directement les formations agricoles, v&#233;g&#233;tales ou animales, en consid&#233;rant que ces parcelles et ces &#234;tres vivants, domestiqu&#233;s pour certains depuis presque 10 000 ans, ont acquis une stabilit&#233; suffisante permettant d'en d&#233;gager les lois propres ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'agriculture biologique n'&#233;chappe pas &#224; cette complexit&#233;. Ses fondateurs, comme ses acteurs contemporains, tentent de comprendre et de pratiquer une agriculture qui soit en harmonie avec la nature. C'est donc l'&#233;tude de la nature qui semble &#234;tre la priorit&#233; logique de l'&#233;tude scientifique de l'agriculture pour les fondateurs de l'agriculture biologique. Mais force est de constater, &#224; l'&#233;tude des &#233;crits des fondateurs, que l'&#233;tude scientifique de la nature n'est pas th&#233;matis&#233;e comme telle. Les fondateurs font bien appel &#224; des travaux et r&#233;sultats des sciences de la nature, mais ils n'ont pas identifi&#233; th&#233;oriquement un processus ou un ensemble de processus naturels &#224; &#233;tudier dans le cadre d'une probl&#233;matique pr&#233;cise, ni d&#233;fini un ou des protocoles exp&#233;rimentaux, susceptibles de confirmer ou d'infirmer leurs hypoth&#232;ses, et de faire des pr&#233;dictions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, le discours des fondateurs multiplie les usages du mot &#171; nature &#187;. Howard ou Masanobu Fukuoka vont jusqu'&#224; sous-titrer ou titrer leur ouvrage de r&#233;f&#233;rence avec l'expression &#171; agriculture naturelle &#187;. C'est donc que leur ambition est grande, en ce qui concerne la connaissance de la nature. Autrement, comment penser, de mani&#232;re coh&#233;rente, que l'on propose une agriculture naturelle, c'est-&#224;-dire une agriculture qui suit la nature, voire, plus litt&#233;ralement, &#171; l'agriculture de la nature &#187;, &lt;em&gt;l'agriculture que pratique la nature&lt;/em&gt; ? Il faut, ici, reformuler cette id&#233;e &#171; d'agriculture de la nature &#187;, pour cerner de plus pr&#232;s ce que veulent comprendre de la nature les fondateurs. En fait, les fondateurs pensent avoir compris &lt;em&gt;comment la nature se cultive elle-m&#234;me&lt;/em&gt; &#8211; la culture &#233;tant prise, ici, au sens d'agriculture. &lt;em&gt;Le processus naturel qu'ils pensent avoir saisi, c'est le m&#233;canisme de la fertilit&#233; de la nature. &lt;/em&gt;L'&#233;tude critique de la pertinence des propositions des fondateurs de l'agriculture biologique peut - et doit, nous semble-t-il &#8211; s'arr&#234;ter d'abord sur la coh&#233;rence des intentions des fondateurs avec leurs r&#233;alisations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le m&#233;canisme de la fertilit&#233; de la nature est bien l'objet d'&#233;tude des fondateurs, plus ou moins scientifiquement &#233;labor&#233;, on est en droit de s'attendre &#224; une th&#233;orie et &#224; un protocole exp&#233;rimental. Mais il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence, on ne trouve aucun expos&#233;, ni m&#234;me une trace d'une telle d&#233;marche dans les textes &#233;tudi&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a, bien plut&#244;t, un court circuit, lequel va de la question de la fertilit&#233; &lt;em&gt;de la nature &#224; l'humus&lt;/em&gt;, en mentionnant seulement, m&#234;me si c'est &#224; plusieurs reprises, &lt;em&gt;la for&#234;t&lt;/em&gt; comme mod&#232;le et id&#233;al de la production d'humus, ou de l'agriculture, selon les passages. L'&#233;vocation de la for&#234;t n'explique pas les m&#233;canismes de fonctionnement de ses &#233;cosyst&#232;mes. On comprend que, pour les fondateurs, c'est dans les for&#234;ts que l'on observe le mieux les m&#233;canismes de la fertilit&#233; naturelle. Cependant, loin d'entreprendre ou de rapporter les r&#233;sultats d'&#233;ventuelles &#233;tudes scientifiques sur ces m&#233;canismes, les fondateurs nous proposent &lt;em&gt;l'humus&lt;/em&gt; comme objet d'&#233;tude et de r&#233;f&#233;rence pour la fertilisation agricole. Ce que l'on propose d'appeler un &lt;em&gt;saut cognitif&lt;/em&gt;, ou une &lt;em&gt;rupture de raisonnement&lt;/em&gt;, m&#233;rite attention : pourquoi, dans un m&#234;me mouvement, en appeler &#224; la for&#234;t, et aussit&#244;t basculer l'attention sur l'humus ? Notons, tout d'abord, qu'il y a bien un rapport assez &#233;troit entre la for&#234;t et l'humus, si l'on consid&#232;re deux choses : premi&#232;rement, l'humus est n&#233;cessaire &#224; la formation des sols ; deuxi&#232;mement, la plupart des sols ont une origine foresti&#232;re. Mais ces deux propositions n'apparaissent pas dans le travail des fondateurs. D'ailleurs, comme on le verra, ces propositions orientent le questionnement scientifique vers une probl&#233;matique dont les fondateurs ne semblent, tout compte fait, n'avoir eu que l'intuition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lien n'est pas d&#233;velopp&#233; entre la for&#234;t et l'humus. D&#232;s lors, pour les fondateurs, c'est l'humus qui joue le r&#244;le de mod&#232;le de la fertilit&#233; naturelle. Une grande part du travail des fondateurs &lt;em&gt;Howard &lt;/em&gt;et&lt;em&gt; Steiner&lt;/em&gt; va &#234;tre ainsi consacr&#233;e au compostage, envisag&#233; comme technique de fabrication d'humus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'hypoth&#232;se que l'on d&#233;fendra, pour expliquer ce d&#233;crochage cognitif, est que les fondateurs ont subi le poids de la tradition dans la formulation de la probl&#233;matique originaire de l'agriculture biologique. On sait, en effet, de longue date, que l'apport de mati&#232;res organiques, compost&#233;es plus particuli&#232;rement, et de fumier, notamment, influence positivement les rendements. Ainsi, les fondateurs europ&#233;ens auraient cherch&#233; &#224; am&#233;liorer les techniques traditionnelles de fabrication du compost et du fumier. Seul Masanobu Fukuoka aurait tent&#233; une approche bas&#233;e sur l'id&#233;e de l'accroissement naturel de la fertilit&#233; des sols peu perturb&#233;s, rejetant &#224; la fois l'int&#233;r&#234;t des engrais chimiques et ceux de la fumure traditionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t clair, dans un premier mouvement de lecture et de r&#233;flexion des &#339;uvres des fondateurs de l'agriculture biologique, c'est que leur probl&#233;matique est centr&#233;e sur le sol, et plus particuli&#232;rement sur les conditions de sa fertilit&#233;. La probl&#233;matique se d&#233;compose en deux versants, l'une n&#233;gative, l'autre constructive. Sur le versant &#171; n&#233;gatif &#187;, la fertilisation issue de la chimie de synth&#232;se appara&#238;t comme le grand repoussoir des fondateurs de l'agriculture biologique. Pourquoi ? Parce que, outre les aspects sociaux, &#233;conomiques, et cognitifs li&#233;s &#224; la d&#233;possession des paysans, suite &#224; la diffusion de l'agrochimie dans les campagnes, les fondateurs de l'agrobiologie estiment que les proc&#233;d&#233;s de la fertilisation chimique proviennent d'une mauvaise agronomie. Ainsi, sur le versant constructif de leur probl&#233;matique, les fondateurs vont-ils chercher, &#224; la base de l'agriculture, une th&#233;orie de la fertilit&#233; qu'ils consid&#233;reront aussi bien &lt;em&gt;comme plus scientifique, que comme plus naturelle&lt;/em&gt;. Mais leur recherche ne d&#233;marrera pas dans une r&#233;flexion abstraite. Elle sera guid&#233;e par deux axes essentiels, finalement pas toujours nettement distingu&#233;s, comme nous le verrons : la d&#233;fense de l'exp&#233;rience traditionnelle du r&#244;le de l'humus, d'une part, et leurs observations ou th&#233;ories globales sur la nature, d'autre part. Dans cette section de notre travail, le premier objectif consiste &#224; cerner le versant n&#233;gatif de la probl&#233;matique agronomique des fondateurs. Il s'agit de comprendre et &#233;valuer la pertinence de la critique agrobiologique des fondateurs vis-&#224;-vis de l'agrochimie. Pour devenir possible, cette &#233;valuation suppose une compr&#233;hension pr&#233;alable de ce qu'est l'agrochimie. Ce travail va donc d'abord tenter de resituer, bri&#232;vement, l'agrochimie par rapport aux th&#233;ories de la fertilit&#233; et aux pratiques de la fertilisation agricole traditionnelle. Ensuite, lorsque nous nous efforcerons de saisir la r&#233;ception critique de l'agrochimie par les fondateurs de l'agriculture biologique, nous pourrons aussi comprendre, plus pr&#233;cis&#233;ment, comment l'agrobiologie, dans sa posture originelle, se situe vis-&#224;-vis de la tradition agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, les agriculteurs biologiques et les fondateurs de leurs mouvements rejettent-ils les engrais min&#233;raux issus de la chimiosynth&#232;se artificielle pour plusieurs raisons [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Au plan agronomique, on s'attachera, ici, essentiellement, aux raisons qui (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Pour comprendre les principales, il faut retracer les grandes lignes historiques des approches de la nutrition v&#233;g&#233;tale et voir ensuite comment, &#224; travers l'&#233;tude des textes fondateurs, ces derniers se situent par rapport &#224; cette histoire. Si, jusqu'au XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'importance de l'humus domine les approches de la nutrition des plantes, s'ouvre ensuite une p&#233;riode, non encore close, o&#249; le r&#244;le de l'atmosph&#232;re et surtout des min&#233;raux va &#234;tre de plus en plus mis en avant, jusqu'&#224; l'av&#232;nement de l'agrochimie, &#224; partir du milieu du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. N&#233;anmoins contest&#233;e par le virage biologique des sciences agronomiques &#224; la fin de ce m&#234;me si&#232;cle, la th&#233;orie min&#233;rale reprend la premi&#232;re place apr&#232;s la premi&#232;re guerre mondiale. N&#233;s dans cette p&#233;riode, les fondateurs de l'agriculture biologique s'inscrivirent dans cette contestation et essay&#232;rent de rationaliser la tradition de la fertilisation par l'humus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, la probl&#233;matique g&#233;n&#233;tique de l'agriculture biologique s'est aussi &#233;labor&#233;e sur un versant plus explicitement constructif et innovant. Un Howard ou un Masanobu Fukuoka esquiss&#232;rent &#233;galement des vues originales sur la pertinence du rapprochement de l'agriculture d'avec la for&#234;t, en prenant celle-ci pour le mod&#232;le de la fertilit&#233;. Maria M&#252;ller, lisant des travaux d'agronomes ou de p&#233;dologues alors disponibles, insistera sur l'importance de la structure du sol. Hans Peter Rusch, quant &#224; lui, envisagera une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de la circulation de la &#171; substance vivante &#187;, aussi bien pour comprendre la sant&#233; humaine que la fertilit&#233; des sols.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Commen&#231;ons d'abord par quelques rep&#232;res sur l'histoire des conceptions de la fertilit&#233; avant la naissance de l'agriculture biologique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Cette complexit&#233; est rappel&#233;e &#224; l'envie par Jan Dessau et Yves Le Pape (L'agriculture biologique, Critique technologue et syst&#232;me social, Universit&#233; des sciences sociales de Grenoble, 1975) De plus cette complexit&#233; agronomique est accrue, en quelque sorte, par la nature contestataire de l'agriculture biologique en tant que mouvement de critique sociale : comme l'ont rappel&#233; les auteurs du rapport interne INRA intitul&#233; L'INRA et l'agriculture biologique, Vers un programme de recherche (2000), les acteurs des mouvements sociaux minoritaires ont tendance &#171; &#224; outrer leurs positions &#187;. Mais il s'agirait aussi, fondamentalement, d'une complexit&#233; paradoxale si l'on tente, &#224; la mani&#232;re de l'&#233;pist&#233;mologie des sciences modernes, de se d&#233;barrasser de &#171; toutes nos pr&#233;notions &#187; afin de pouvoir poser un regard neuf sur la probl&#233;matique agricole. Ainsi, Gilles Lemieux d&#233;clare, s'interrogeant sur ce que l'homme donne aux sols comme engrais (excr&#233;ments d'animaux, &#233;l&#233;ments du tableau p&#233;riodique de Mend&#233;l&#233;iev&#8230;) : &#171; Nous avons consacr&#233; au sol la somme de nos connaissances doubl&#233;e de celle de notre ignorance &#187;. Alors, en reliant ces propos avec l'id&#233;e que la &#171; reforestisation &#187; de l'agriculture rel&#232;ve du bon sens, la complexit&#233; du probl&#232;me agronomique se dissipe un peu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Avec Delatouche, on peut dire que l'agriculture est &#171; l'activit&#233; la imbriqu&#233;e dans la nature &#187; (cf. Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, Un mod&#232;le de d&#233;veloppement, op. cit., p. 15 et 160).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Au plan agronomique, on s'attachera, ici, essentiellement, aux raisons qui ont trait &#224; la nutrition des plantes et non &#224; celles, plus connues, qui concernent les cons&#233;quences n&#233;gatives de ces engrais sur le fonctionnement &#233;cologique normal des &#233;cosyst&#232;mes (sols, faune, flore), ou celles qui se manifestent sous diff&#233;rentes formes de pollutions (cycle de l'eau et hydrosph&#232;re en g&#233;n&#233;ral, atmosph&#232;re, alimentation). De m&#234;me, nous ne traiterons que la question des engrais de synth&#232;se, et non pas la question des autres produits de synth&#232;se utilis&#233;s en agrochimie, cette question n'occupant qu'une place marginale dans les &#233;crits des fondateurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La pr&#233;dominance historique d'un point de vue biologique sur la fertilit&#233; ou l'insertion de l'agriculture biologique dans la tradition agricole</title>
		<link>http://www.ecolotech.eu/La-predominance-historique-d-un-point-de-vue-biologique-sur.html</link>
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		<dc:date>2007-11-03T00:47:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>D&#232;s que l'homme a cess&#233; de se nourrir principalement de simple pr&#233;dation, &#224; travers la chasse, la p&#234;che, et la cueillette, c'est-&#224;-dire &#224; partir du moment o&#249; il a privil&#233;gi&#233; l'agriculture pour se nourrir, il s'est interrog&#233; sur les moyens les plus efficaces pour faire pousser les plantes. Au cours des si&#232;cles d'observations accumul&#233;es de la croissance des plantes, l'homme a ainsi remarqu&#233; que les sols riches en mati&#232;re organique permettaient souvent les meilleurs rendements. Cette observation ancestrale (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-L-ensemble-technique-agrobiologique-une-approche-centree-.html" rel="directory"&gt;L'ensemble technique agrobiologique : une approche centree sur le sol&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s que l'homme a cess&#233; de se nourrir principalement de simple pr&#233;dation, &#224; travers la chasse, la p&#234;che, et la cueillette, c'est-&#224;-dire &#224; partir du moment o&#249; il a privil&#233;gi&#233; l'agriculture pour se nourrir, il s'est interrog&#233; sur les moyens les plus efficaces pour faire pousser les plantes. Au cours des si&#232;cles d'observations accumul&#233;es de la croissance des plantes, l'homme a ainsi remarqu&#233; que les sols riches en mati&#232;re organique permettaient souvent [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Il y a bien s&#251;r des exceptions, tels les sols de tourbi&#232;res. N&#233;anmoins, encore (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;] les meilleurs rendements. Cette observation ancestrale fondait la vision organique de la fertilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;L'Antiquit&#233; et le principe de similitude&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;L'observation traditionnelle de la fertilit&#233; biologique se marqua dans le langage usuel, particuli&#232;rement dans le mot &#171; engrais &#187;. Dans le passage suivant, Jean Boulaine revient sur l'&#233;tymologie de ce mot : &#171; Le mot &#171; engrais &#187; vient de la vieille croyance que la partie de la terre qui est utilis&#233;e par les plantes pour leur nourriture est constitu&#233;e de substances grasses. Les sols fertiles &#233;taient, pour les Grecs et les Romains, ceux qui sont riches en ce que nous appelons aujourd'hui humus, et ces substances donnent aux sols un caract&#232;re onctueux, qui s'apparente &#224; celui des graisses animales, ces derni&#232;res capables de br&#251;ler notamment sur les autels de sacrifices religieux, et dont la fum&#233;e, montant au ciel, apportait aux divinit&#233;s l'hommage des hommes&#8230; En bref, la graisse &#233;tait la partie noble des nourritures pour les dieux, pour les hommes et pour les plantes. D'ailleurs, si les animaux ont de la graisse, ils se nourrissent de plantes qui doivent en contenir&#8230; Le raisonnement a les apparences de la logique. &#187; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Boulaine J., Quatre si&#232;cles de fertilisation, Premi&#232;re partie, in Etude et (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le champ lexical du mot &#171; engrais &#187; est donc celui de &#171; gras &#187; et &#171; engraisser &#187;. Vers 1050, &#171; engraisser &#187; signifie &#171; rendre gras &#187; mais aussi, sp&#233;cialement, &#171; enrichir une terre &#187;. Et l'auteur de l'article &#171; Graisse &#187;, dans le &lt;em&gt;Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise&lt;/em&gt;, a cette remarque compl&#233;mentaire, pour l'id&#233;e d'enrichir la terre, qui nous renvoie &#224; la connotation positive qu'a pu avoir l'id&#233;e d'&#234;tre gras, en des &#233;poques o&#249; la disette n'&#233;tait pas rare : &#171; comme les animaux rendus gras, la terre doit produire des substances comestibles &#187;. Mais, d'autre part, pointe aussi dans cette remarque la permanence de l'association fertilisation organique (engraisser)-production de nourritures (grasses), comme en un cycle du vivant toujours associ&#233; aux substances grasses. Ce n'est seulement qu'&#224; partir de 1690 que le mot engrais, utilis&#233; seul, a commenc&#233; &#224; prendre son sens contemporain de &#171; substance pour fertiliser le sol &#187;. Les valeurs du mot ont ensuite fortement &#233;volu&#233; avec les techniques agricoles. Aujourd'hui souvent associ&#233; &#224; un produit chimique, le mot &#171; tend &#224; se d&#233;tacher de son origine &#187; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Rey A., (dir.), Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise, article &#171; (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais revenons &#224; l'Antiquit&#233;. Pour les Romains, on trouve confirmation chez Varron ou chez Columelle [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Columelle, De l'agriculture, Livre X, De l'horticulture, Belles Lettres / (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;] de cette association entre &lt;em&gt;gras&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;fertilit&#233;&lt;/em&gt;. Varron identifie trois grands types de terres, maigre, grasse ou moyenne, et affirme qu'une &#171; terre grasse est plus favorable &#224; la polyculture &#187; qu'une terre maigre. Il cite un certain Stolon, qui lui-m&#234;me s'inspire d'un autre, pour &#233;clairer son opinion. On voit notamment que ce point de vue associe le caract&#232;re &#171; gras &#187; &#224; la facilit&#233; du travail de la terre : &#171; Je trouve excellent, pour savoir quelle terre est propre ou non &#224; la culture, ce qu'&#233;crit Diophane de Bithynie : qu'on en peut trouver des signes soit en elle-m&#234;me soit dans la v&#233;g&#233;tation : en elle-m&#234;me, si c'est une terre blanche, ou noire, ou l&#233;g&#232;re, telle que, quand on laboure, elle se laisse facilement d&#233;sagr&#233;ger, si elle n'est pas naturellement cendreuse ni extr&#234;mement dense ; dans la v&#233;g&#233;tation d'autre part, si elle a bonne mine et produit abondamment ses fruits normaux &#187; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Varron, Economie rurale, Livre I, 9, Belles Lettres / Bud&#233;, Collection des (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]. En ce qui concerne les grecs, on peut citer cette remarque faite par Platon, dans le &lt;em&gt;Critias&lt;/em&gt;, lorsqu'il s'inqui&#233;tait de la d&#233;forestation d&#233;raisonn&#233;e qui touchait d&#233;j&#224; son pays : &#171; une fois que ce que la terre a de gras et de mou eut coul&#233; de dessus ses os &#187;, il ne reste plus que &#171; son corps d&#233;charn&#233; &#187; [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Platon, Critias, 111, cit&#233; in Drouin J.-M., L'&#233;cologie et son histoire, (...)' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'est finalement Aristote [&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Une remarque semble ici s'imposer, &#224; propos de l'influence d'Aristote sur (...)' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;] qui est le plus souvent cit&#233; comme d&#233;positaire exemplaire de la th&#233;orie antique de la fertilit&#233;. Le point central de cette approche &#233;tait la consid&#233;ration selon laquelle les plantes se nourriraient de substances qui leur sont analogues. Ainsi, selon Jean Boulaine, Aristote d&#233;fendait le &lt;em&gt;principe de similitude,&lt;/em&gt; selon lequel les &lt;em&gt;&#234;tres vivants se nourrissaient de leurs semblables&lt;/em&gt;. Ce principe sera pr&#233;sent dans toute l'antiquit&#233;, par exemple, &#224; travers l'adage latin &#171; &lt;em&gt;similia similibus courantur&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Boulaine, J., Quatre si&#232;cles de fertilisation, Premi&#232;re partie, op. cit., p. (...)' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt;]. L'id&#233;e clef est alors que seule la vie peut engendrer la vie. Les plantes poussant g&#233;n&#233;ralement dans le sol, on consid&#233;rait alors que c'&#233;tait la mati&#232;re &lt;em&gt;organique&lt;/em&gt; du sol qui nourrissait les plantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, si l'on tient compte du recours fr&#233;quent aux d&#233;jections animales, on peut estimer que, depuis les temps les plus recul&#233;s de l'histoire agricole, les mati&#232;res organiques furent pratiquement toujours et partout consid&#233;r&#233;es comme les premiers des fertilisants. Les cas de la Chine et l'Europe m&#233;di&#233;vale vont le confirmer et pr&#233;ciser les choses.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Compostage et amendements en Chine et en Europe, avant l'agrochimie&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Dans les limites de ses connaissances, &#171; l'agriculture traditionnelle &#187; vise essentiellement, d'une part, &#224; favoriser au mieux l'action des agents naturels - soleil, eau, gel, air, vie microbienne&#8230;-, et, d'autre part, &#224; mettre en valeur les richesses renouvelables que la nature met, p&#233;riodiquement ou continuellement, &#224; notre disposition, &#224; travers l'amendement. C'est &#171; une m&#233;thode parcimonieuse, &#233;conomique au sens vulgaire [courant] du mot, qui fr&#233;mit d'&#234;tre accoupl&#233;e au gaspillage &#187; [&lt;a href='#nb2-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Delatouche R., op. cit., p. 52.' id='nh2-9'&gt;9&lt;/a&gt;]. On retrouve ses principes chez les agronomes anciens ou m&#233;di&#233;vaux, occidentaux ou arabes, jusqu'au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. En 1804, l'acad&#233;mie d'agriculture de France ne pense pas pouvoir mieux aider les praticiens qu'en r&#233;&#233;ditant Olivier de Serres [&lt;a href='#nb2-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 42 et 52.' id='nh2-10'&gt;10&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au c&#339;ur de l'agriculture traditionnelle, il y a ainsi le souci de l'entretien et de l'am&#233;lioration de la fertilit&#233; [&lt;a href='#nb2-11' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; La m&#233;thode traditionnelle, variable suivant les lieux, n'est pas (...)' id='nh2-11'&gt;11&lt;/a&gt;]. Il semblerait que les hommes aient consid&#233;r&#233;, depuis l'aube de l'agriculture, et selon l'attitude empiriste du &#171; ceci ou cela marche &#187;, qu'il y avait int&#233;r&#234;t &#224; rapporter toutes sortes de mati&#232;res organiques, ainsi que quelques substances min&#233;rales [&lt;a href='#nb2-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Les hommes ont eut recours &#224; divers produits ou r&#233;sidus min&#233;raux tels, par (...)' id='nh2-12'&gt;12&lt;/a&gt;], aux sols agricoles, afin d'en pr&#233;server ou d'en am&#233;liorer la fertilit&#233;. On peut supposer qu'ils ont observ&#233; le ph&#233;nom&#232;ne, quasiment universel, de la limitation de la fertilit&#233; naturelle des sols suite &#224; leur mise en culture, apr&#232;s une d&#233;friche. En effet, apr&#232;s quelques ann&#233;es de bons rendements obtenus sur la parcelle d&#233;frich&#233;e, on constate la baisse des rendements et leur &#233;volution vers la m&#233;diocrit&#233;, si l'on ne proc&#232;de pas &#224; des apports de mati&#232;res fertilisantes, ou si l'on ne les remet pas en jach&#232;re plus ou moins longtemps. Ce constat est sans doute &#224; l'origine de la pratique traditionnelle de la fumure. La fumure est, ainsi, une restitution au sol des &#233;l&#233;ments export&#233;s [&lt;a href='#nb2-13' class='spip_note' rel='footnote' title='En analysant les critiques de la version liebigienne de cette th&#233;orie des (...)' id='nh2-13'&gt;13&lt;/a&gt;] par les r&#233;coltes, &#233;tant donn&#233; que les v&#233;g&#233;taux cultiv&#233;s puisent, au moins en partie dans le sol, des &#233;l&#233;ments pour construire leur propre substance. Traditionnellement, la fumure est constitu&#233;e, de mani&#232;re principale, par le compost, et, de mani&#232;re secondaire, par des apports directs de mati&#232;res fertilisantes, le plus souvent par &#233;pandage manuel ou par des inondations temporaires [&lt;a href='#nb2-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, Un mod&#232;le de d&#233;veloppement, op. (...)' id='nh2-14'&gt;14&lt;/a&gt;] des parcelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Chine, une tradition de grande culture s'est maintenue durant 4000 ans, jusqu'au d&#233;but du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle au moins. Il y a encore cent ans, &#171; la population rurale chinoise pratiquait l'agriculture selon les m&#234;mes traditions, celles qu'elle connaissait depuis des si&#232;cles et des mill&#233;naires &#187;. On utilisait les excr&#233;ments humains, et, comme en Flandres, ou en France jusqu'au milieu de la seconde moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, on organisait les vidanges et les transports des fosses d'aisance urbaines. &#171; On ramassait aussi soigneusement les excr&#233;ments animaux pour ensuite les m&#233;langer &#224; du tr&#232;fle avant de les composter. Les l&#233;gumineuses &#233;taient aussi cultiv&#233;es comme engrais verts, les tiges des crucif&#232;res et d'autres plantes ligneuses &#233;taient utilis&#233;es comme combustible dont les cendres &#233;taient m&#233;lang&#233;es aux composts. La vase des canaux &#233;tait soit compost&#233;e avec du tr&#232;fle soit &#233;pandue directement sur les champs [&#8230;]. Le long des c&#244;tes, le varech &#233;tait utilis&#233; comme mulch. Apr&#232;s la mar&#233;e haute, les poissons morts qui gisaient sur le sable &#233;taient ramass&#233;s pour &#234;tre utilis&#233;s comme engrais. Le compost &#233;tait &#233;pandu &#224; la main, les excr&#233;ments &#233;taient apport&#233;s &#224; chaque plante en plusieurs petites doses au moyen de petites louches &#187; [&lt;a href='#nb2-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Berner A., Quatre mille ans d'agriculture durable, Bio actualit&#233;s, IRAB/FIBL, (...)' id='nh2-15'&gt;15&lt;/a&gt;]. Comme Howard, qui appr&#233;ciait particuli&#232;rement l'agriculture chinoise, qu'il m&#233;dita notamment &#224; travers le livre du p&#233;dologue King [&lt;a href='#nb2-16' class='spip_note' rel='footnote' title='King est m&#234;me la principale source cit&#233;e par Howard dans la partie de (...)' id='nh2-16'&gt;16&lt;/a&gt;], Pfeiffer parle en terme &#233;logieux de la tradition du compostage de ce pays : &#171; La culture chinoise, tr&#232;s intense, repose sur un art religieux presque fanatique du compost et de l'entretien de l'humus. Tout ce qui est capable de se transformer en terre est utilis&#233; : plantes, d&#233;chets, vase des fleuves, terre. On en fait des couches entass&#233;es dans des fosses, qu'on emplit d'eau, et en peu de temps, on a de l'humus. Tout le travail est fait &#224; la main. Pr&#233;cieuse tradition, qui m&#233;nage le sol, lui fournit une excellente a&#233;ration, et entretient le m&#233;lange intime de ses &#233;l&#233;ments &#187; [&lt;a href='#nb2-17' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 42.' id='nh2-17'&gt;17&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus pr&#232;s de nous, en Europe, &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale, on trouve des textes officiels de Charlemagne invitant les populations de ses domaines &#224; bien &lt;em&gt;composter&lt;/em&gt; leurs terres :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Dans le capitulaire &lt;em&gt;de Villis&lt;/em&gt; consacr&#233; &#224; la gestion de ses domaines, Charlemagne ins&#232;re cette recommandation : &lt;em&gt;ut campos et culturas nostras bene componant&lt;/em&gt;. Du Cange, lexicographe du XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, comprend encore componere : de ce verbe, &#233;crit-il, d&#233;rive &#171; compost &#187;. On ne sait plus l'expliquer aujourd'hui. Les derni&#232;res &#233;ditions traduisent la sentence : &#171; Qu'ils tiennent nos champs en bon &#233;tat &#187;. C'est vider le texte de son sens technique &#187; [&lt;a href='#nb2-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Delatouche R., op. cit., p. 53.' id='nh2-18'&gt;18&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour faire le compost, est utilis&#233;e une diversit&#233; de produits tels les pailles et d&#233;bris v&#233;g&#233;taux, les excr&#233;ments, les boues, coupes de landes, etc. Le compost est ainsi constitu&#233; &#171; du fumier des &#233;tables, des pailles dont on tapisse la cour de la ferme pour recueillir les d&#233;jections animales, des vidanges &#187; ; mais aussi &#171; des feuilles des arbres, des tailles jeunes des haies, des herbes folles sarcl&#233;es ; des v&#233;g&#233;taux spontan&#233;es, de l'humus &#171; &#233;tr&#233;p&#233; &#187; sur les talus, dans la lande ; des cendres du foyer et des br&#251;lis d'&#233;pines ; de la boue des chemins, des curures des foss&#233;s, de la vase des mares et des &#233;tangs. On y ajoute de la marne l&#224; o&#249; l'on en trouve &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec tous ces mat&#233;riaux, &#171; on fait un amoncellement allong&#233;, une &#171; tombe &#187;, qui pourrit sous la pluie ; que l'on &#171; coupe &#187; et &#171; recoupe &#187; pour l'a&#233;rer, y favoriser l'action microbienne, jusqu'&#224; ce qu'il soit &#171; dig&#233;r&#233; &#187; suivant le mot de Pierre de Crescens, pulv&#233;rulent, pour &#234;tre r&#233;pandu sur le champ avant le labour &#187; [&lt;a href='#nb2-19' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh2-19'&gt;19&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour engraisser les terres, le d&#233;veloppement urbain va aussi &#234;tre mis &#224; profit. Dans cette perspective, dans une association ville-campagne, &#171; la ville voisine devient fabrique d'engrais &#187;. Les agriculteurs des environs ou des compagnies sp&#233;cialis&#233;es dans la vidange, &#171; viennent vider les fosses d'aisances des citadins : c'est le fameux engrais flamand &#8211; expression devenue g&#233;n&#233;rique &#8211; qui fait la fortune des campagnes flamandes &#187; [&lt;a href='#nb2-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh2-20'&gt;20&lt;/a&gt;]. Mais l'usage de &#171; l'engrais humain &#187; produit dans les villes ne se limitera pas au nord de la Belgique actuel. En France, des villes comme Paris et Lyon conna&#238;tront cette association avec leurs p&#233;riph&#233;ries rurales, jusqu'aux ann&#233;es 1880 [&lt;a href='#nb2-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur cette histoire, voir l'ouvrage de Sabine Barles, L'invention des d&#233;chets (...)' id='nh2-21'&gt;21&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous pouvons donc conclure, que, jusqu'au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il est assez ais&#233; de d&#233;fendre une interpr&#233;tation &#171; continuiste &#187; et r&#233;p&#233;titive de l'histoire de la fertilisation des sols agricoles. L'&#171; Ordre &#233;ternel des champs &#187; pr&#233;valut, aussi bien pour l'intensification du travail que pour les proc&#233;d&#233;s d'amendement [&lt;a href='#nb2-22' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Delatouche R., op. cit., p. 42 : &#171; Avant le XIXe si&#232;cle, aucune invention (...)' id='nh2-22'&gt;22&lt;/a&gt;]. Au fond, de la naissance de l'agriculture au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, on conv&#238;nt g&#233;n&#233;ralement que les plantes croissent au mieux lorsque les sols ont un fort taux de mati&#232;re organique. Rappelons maintenant que l'agrobiologie part d'une inscription dans cette tradition, avant d'introduire la controverse qui l'oppose &#224; la r&#233;volution agrochimique, pour laquelle des &#233;l&#233;ments inorganiques ou des min&#233;raux, et non quelque processus biologique li&#233; &#224; l'humus, seraient d&#233;cisif dans la fertilit&#233;. Il sera alors temps de pr&#233;parer une compr&#233;hension aussi juste que possible de cette tension fondatrice, en &#233;tudiant d'abord la gen&#232;se et les arguments de la fa&#231;on &#171; chimique &#187; de faire de l'agriculture.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;L'agriculture biologique contre le rejet de l'exp&#233;rience paysanne&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;De l'agriculture chinoise plurimill&#233;naire [&lt;a href='#nb2-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Berner A., Quatre mille ans d'agriculture durable, op. cit. Selon Louise (...)' id='nh2-23'&gt;23&lt;/a&gt;] &#224; celle de l'Europe pr&#233;industrielle, l'id&#233;e d'entretenir le taux de mati&#232;re organique des champs pour pr&#233;server leur fertilit&#233; est demeur&#233;e un principe essentiel. Le recours au compostage, dans le travail paysan, est alors une pratique courante. A la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'id&#233;e de la fertilisation organique re&#231;oit pour la premi&#232;re fois une formulation savante et &#233;labor&#233;e, sous le nom de &#171; th&#233;orie de l'humus &#187;. Au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et jusqu'&#224; la premi&#232;re guerre mondiale, les agronomes chimistes fran&#231;ais, notamment, m&#234;me s'ils reconnaissent l'efficacit&#233; des nouveaux engrais chimiques, d&#233;fendront toujours le primat du fumier : avant de recourir aux engrais chimiques co&#251;teux, il valait mieux faire des recherches pour apprendre &#224; bien tenir un fumier, celui-ci &#233;tant consid&#233;r&#233; comme la base de la fertilit&#233; des sols et facilement disponible sur les fermes. Au XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &lt;em&gt;les fondateurs europ&#233;ens de l'agriculture biologique s'inscriront dans cette tradition universelle de la fertilisation organique, &lt;/em&gt;avec pour objectif principal sa justification mais aussi son optimisation, face aux tenants de l'agrochimie. Faisons d'abord le point sur ces convergences des fondateurs de l'agrobiologie avec la tradition agricole &#171; d&#233;j&#224; organique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steiner, anticipant certaines th&#233;ories &#233;cologiques comparant la plan&#232;te enti&#232;re &#224; un organisme vivant, baptis&#233; &#171; Ga&#239;a &#187;, et Rusch, plus tard, parleront de la &#171; terre vivante &#187; [&lt;a href='#nb2-24' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode Bio-dynamique, (...)' id='nh2-24'&gt;24&lt;/a&gt;]. Steiner dira aussi que le sol est un &#171; v&#233;ritable organe &#187;. A son tour, Pfeiffer d&#233;fendra que le sol est un &#171; organisme vivant &#187; ou qu'un &#171; champ est aussi un &#234;tre vivant &#187; [&lt;a href='#nb2-25' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre. Le th&#232;me du sol &#171; organisme vivant &#187; (...)' id='nh2-25'&gt;25&lt;/a&gt;]. Dans l'agriculture bio-dynamique, la vision biologique tendra &#224; d&#233;passer les aspects mesurables localement pour devenir une id&#233;e holiste sans limite assign&#233;e : &#171; On ne saurait jamais aller trop loin dans la connaissance de l'&#234;tre vivant, de l'ensemble organique &#187;. L'ambigu&#239;t&#233;, quant &#224; savoir si l'on &#233;tudie&lt;em&gt; un&lt;/em&gt; &#234;tre vivant du point de vue de son individualit&#233;, ou bien le syst&#232;me &#233;cologique dans ses interrelations d'ensemble, n'est jamais vraiment lev&#233;e. M&#234;me, l'id&#233;e de biosph&#232;re, comme concept d&#233;fini, semble &#233;cart&#233;e, au profit d'une m&#233;taphore totalement biologisante, en &#233;cho avec la th&#233;orie Ga&#239;a : &#171; La plante, par cet air qui l'entoure et la nourrit, d&#233;passe donc le coin o&#249; elle pousse, et se rattache &#224; l'organisme terrestre tout entier &#187; [&lt;a href='#nb2-26' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 26.' id='nh2-26'&gt;26&lt;/a&gt;]. En &#233;voquant une continuit&#233; &lt;em&gt;serr&#233;e&lt;/em&gt; de la plante &#224; la plan&#232;te, sans doute cette vue de la Terre comme un tout vivant est-elle pr&#233;paratrice au souci d'int&#233;grer le &#171; savoir &#187; agricole dans la &#171; perspective cosmique &#187; [&lt;a href='#nb2-27' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode Bio-dynamique, (...)' id='nh2-27'&gt;27&lt;/a&gt;] de l'anthroposophie : &#171; Par les influences auxquelles le climat les soumet, les champs sont rattach&#233;s &#224; un vaste domaine terrestre. De m&#234;me pour la for&#234;t, les prairies, les landes, les lacs, les mar&#233;cages. Tous ces &#233;l&#233;ments ne sont que les membres d'un &#234;tre vivant, pays ou continent, dont la f&#233;condit&#233; d&#233;pend de tous. Entre eux, ils sont unis par des liens &#233;troits d'influences r&#233;ciproques. Un changement quelconque provoqu&#233; &#224; un endroit am&#232;ne une transformation de l'ensemble &#187; [&lt;a href='#nb2-28' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 27.' id='nh2-28'&gt;28&lt;/a&gt;]. Cependant, sur le plan plus concret, Pfeiffer reconna&#238;t, faisant r&#233;f&#233;rence &#224; la Chine, que les &#171; antiques proc&#233;d&#233;s de culture &#187;, au premier rang desquels le compostage, &#171; ont pu garder au sol sa fertilit&#233; originelle &#187; [&lt;a href='#nb2-29' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 42.' id='nh2-29'&gt;29&lt;/a&gt;]. Il invitait &#224; ne pas sous-estimer &#171; l'importance des processus de la vie dans le sol &#187; [&lt;a href='#nb2-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 53.' id='nh2-30'&gt;30&lt;/a&gt;], et se rangeait au point de vue commun &#224; tous les fondateurs et &#224; la tradition, selon lequel &#171; c'est la quantit&#233; et la qualit&#233; de cet humus qui d&#233;terminent la f&#233;condit&#233; du sol &#187; [&lt;a href='#nb2-31' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 49.' id='nh2-31'&gt;31&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la fin de son ouvrage rassemblant l'essentiel de sa recherche sur l'agriculture biologique, en rendant hommage aux agriculteurs du mouvement M&#252;ller et &#224; l'importance de leurs champs pour la r&#233;alisation de son travail, Hans Peter Rusch, malgr&#233; sa th&#233;orie originale sur l'humus [&lt;a href='#nb2-32' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Rusch, H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, notamment p. 139-149.' id='nh2-32'&gt;32&lt;/a&gt;], rappelle cette insertion de l'agrobiologie dans la tradition paysanne, associ&#233;e ici, au-del&#224; de la pratique de la fumure organique, &#224; l'attitude g&#233;n&#233;rale d'une &lt;em&gt;pens&#233;e biologique&lt;/em&gt; : &#171; Nous disposions de l'instrument dont les sciences naturelles de demain auront besoin pour appr&#233;hender la v&#233;rit&#233; : une exp&#233;rience biologique globale dont les savants peuvent rarement disposer, un champ d'exp&#233;rience impossible &#224; r&#233;aliser artificiellement, constitu&#233; par des exploitations qui font de l'agriculture biologique non pas dans un but de recherche scientifique mais pour l'av&#232;nement d'une culture humaine d&#233;barrass&#233;e des erreurs du pass&#233;, une communaut&#233; de travail comprenant les plus sages parmi les paysans, ceux qui ont su interpr&#233;ter les signes des temps et qui sont encore capables de penser biologiquement &#187; [&lt;a href='#nb2-33' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 308.' id='nh2-33'&gt;33&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard, quant &#224; lui, inscrit explicitement, mais de mani&#232;re critique, sa &#171; th&#233;orie humique &#187; [&lt;a href='#nb2-34' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 58.' id='nh2-34'&gt;34&lt;/a&gt;] dans la &#171; th&#233;orie de l'humus &#187; [&lt;a href='#nb2-35' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 172.' id='nh2-35'&gt;35&lt;/a&gt;], &#224; laquelle s'attaqu&#232;rent les fondateurs de l'agrochimie. Mais il a soin de resituer son souci de l'humus non dans une th&#233;orie sur l'humus, laquelle peut &#234;tre fausse, mais dans l'observation des &#171; paysans &#187;, selon laquelle les fruits et l&#233;gumes &#171; pouss&#233;s sur un terrain riche en humus sont toujours sup&#233;rieurs en qualit&#233; et en go&#251;t, et ils sont plus &#233;nerg&#233;tiques que ceux obtenus d'une autre fa&#231;on &#187; [&lt;a href='#nb2-36' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 27.' id='nh2-36'&gt;36&lt;/a&gt;]. Ce qui fait que la fertilit&#233; du sol, c'est &#171; la condition d'un sol riche en humus &#187; [&lt;a href='#nb2-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 24.' id='nh2-37'&gt;37&lt;/a&gt;]. Mais la d&#233;finition d'Howard va plus loin, puisqu'elle va de la fertilit&#233; humique &#224; la qualit&#233; des r&#233;coltes pour le consommateur. Cet &#233;tat fertile du sol doit se voir &#224; l'&#339;il dans le processus de croissance des cultures, se go&#251;ter dans la qualit&#233; des produits agricoles, mais aussi s'appr&#233;cier dans la &#171; forme &#187;, dans la sant&#233; qu'ils nous aident &#224; avoir [&lt;a href='#nb2-38' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans le passage cit&#233; ici, l'allusion &#224; la sant&#233; n'est qu'implicite, par (...)' id='nh2-38'&gt;38&lt;/a&gt;] : un sol fertile est riche en humus, les &#171; processus de croissance se d&#233;roulent rapidement sans &#224;-coups et d'une fa&#231;on efficace ; il faut donc entendre par l&#224; l'abondance, la haute qualit&#233; et la r&#233;sistance &#224; l'appauvrissement. Le sol qui permet d'obtenir une moisson de c&#233;r&#233;ales parfaites pour l'alimentation de l'homme est consid&#233;r&#233; comme fertile. Un p&#226;turage sur lequel une viande et un lait de premi&#232;re qualit&#233; sont produits rentre dans la m&#234;me cat&#233;gorie. Un terrain de culture sur lequel on arrive &#224; faire cro&#238;tre des l&#233;gumes de la plus haute qualit&#233; a atteint un maximum en ce qui concerne la fertilit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb2-39' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 24-25.' id='nh2-39'&gt;39&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur un plan g&#233;n&#233;ral, Masanobu Fukuoka s'inscrit dans une perspective biologique. Mais, &#224; la diff&#233;rence d'un Rusch et surtout d'un Howard, chez qui la perspective biologique reste susceptible de critique scientifique et de critique philosophique &#233;cologique, l'approche fukuokienne, comme l'approche steinerienne, m&#234;le arguments traitables par la science et id&#233;es philosophiques plus ou moins inaccessibles &#224; une critique rationnelle qui chercherait &#224; &#234;tre universelle, ind&#233;pendante des cultures et des id&#233;ologies particuli&#232;res. Ainsi, Masanobu Fukuoka consid&#232;re la nature comme un &#171; tout organique &#187;, ou bien la Terre comme une &#171; communaut&#233; organiquement et &#233;troitement unie de plantes, d'animaux, de micro-organismes &#187;. Cependant s'il cite, avec &#224; propos, le concept de &#171; biosph&#232;re &#187;, c'est aussit&#244;t pour critiquer la pr&#233;tention scientifique &#171; &#224; analyser et &#233;tudier ces ph&#233;nom&#232;nes &#187; et d&#233;clarer qu'ils &#171; ne peuvent &#234;tre per&#231;us que par intuition directe &#187; [&lt;a href='#nb2-40' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 27-28.' id='nh2-40'&gt;40&lt;/a&gt;]. Corr&#233;lativement, sa nostalgie de la tradition et de la &#171; philosophie paysanne &#187;, des paysans &#171; ignorants &#187; mais non pas sots, renvoie &#224; des hommes vivant, par exemple &#171; tranquillement dans un vallon retir&#233; &#187;, et ne s'encombrant pas &#171; de questions sur le pourquoi de la venue de l'homme sur terre et sur la mani&#232;re dont il devrait vivre &#187; [&lt;a href='#nb2-41' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.,p. 31-32.' id='nh2-41'&gt;41&lt;/a&gt;]. Son attachement au pass&#233; agricole est donc bien plus un attachement au regard culturel oriental fondamental devant les choses, plut&#244;t qu'une d&#233;fense critique, comme chez Howard ou Pfeiffer, des antiques techniques agricoles. Il faut m&#234;me reconna&#238;tre que Masanobu Fukuoka propose, en fait, un retour aux sources spirituelles de l'Orient qui permettrait, notamment, de renouveler la tradition agricole elle-m&#234;me. Techniquement parlant, pour ce qui est de l'humus et de la fertilit&#233;, Masanobu Fukuoka souhaite que l'on retrouve &#171; l'attitude respectueuse et le soin avec lesquels les paysans japonais ont trait&#233; leurs sols nagu&#232;re &#187; [&lt;a href='#nb2-42' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 245.' id='nh2-42'&gt;42&lt;/a&gt;], mais il relativise grandement l'importance de la fumure et du compostage, donc l'agriculture traditionnelle de l'Orient, et la tradition agrobiologique occidentale, qui n'en est, selon lui, que la reprise [&lt;a href='#nb2-43' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 142-143.' id='nh2-43'&gt;43&lt;/a&gt;]. D&#232;s lors, m&#234;me s'il associe &#233;troitement humus et fertilit&#233;, dans sa perspective, il n'y a qu'&#224; cr&#233;er un sol fertile &lt;em&gt;au d&#233;part de l'exploitation agricole&lt;/em&gt;, et non &#224; amender r&#233;guli&#232;rement, par la suite, avec de l'humus ou des produits humifiants. Ainsi, pour atteindre &#171; &#224; une r&#233;ussite durable des cultures naturelles, sans aucun fertilisant, l'objectif de base est de cr&#233;er un sol fertile, profond &#187;. Et, quelques soient les moyens employ&#233;s pour y parvenir, l'agriculteur japonais stipule que &#171; l'agriculteur naturel doit s'assurer de la proximit&#233; d'une r&#233;serve d'humus qui puisse &#234;tre la source de la fertilit&#233; du sol &#187; [&lt;a href='#nb2-44' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 160-161. Sur l'importance de l'humus, (...)' id='nh2-44'&gt;44&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les grands traits de la tradition agricole et les convergences de la mouvance agrobiologique avec celle-ci &#233;tant soulign&#233;s, nous pouvons maintenant aborder les &#233;v&#233;nements du champ de la connaissance qui vont &#233;branler la premi&#232;re et susciter l'&#233;mergence de la seconde. La tradition paysanne de la fertilit&#233; et de la fertilisation organique a commenc&#233;e &#224; &#234;tre critiqu&#233;e &#224; partir du XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, en Europe, dans le contexte du d&#233;veloppement de la science moderne, soucieuse de recherches et d'exp&#233;rimentations ma&#238;trisables, susceptibles d'&#233;tablir des corr&#233;lations pr&#233;cises et quantifiables, parmi les facteurs naturels de la croissance des v&#233;g&#233;taux. Si l'on trouve quelques pr&#233;curseurs au XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ce n'est n&#233;anmoins qu'&#224; partir du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que l'histoire occidentale de l'agronomie et de l'agriculture est progressivement marqu&#233;e par une &#233;volution, qui peu &#224; peu, tend &#224; renverser la repr&#233;sentation organique ou biologique de la terre fertile. D'abord en Europe, puis dans les autres pays occidentaux, et ensuite dans les zones g&#233;ographiques des autres pays o&#249; l'influence occidentale devient pr&#233;gnante, une approche de la fertilit&#233; des sols bas&#233;e sur les &#233;l&#233;ments min&#233;raux contenus dans celui-ci, puis plus tard dans l'atmosph&#232;re, se fait jour et gagne du terrain, aussi bien dans les raisonnements des agronomes que dans ceux des agriculteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'agriculture biologique, contestataire de nombreux aspects de la modernit&#233;, &#233;merge, sur le plan agronomique, sur la toile de fond de la lutte entre tradition paysanne et th&#233;orie de l'humus, relay&#233;es par les d&#233;veloppements de la biologie apr&#232;s 1860 [&lt;a href='#nb2-45' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Mumford, L., Technique et civilisation, op. cit., p. 50.' id='nh2-45'&gt;45&lt;/a&gt;], d'un c&#244;t&#233;, et adeptes de l'agrochimie montante, de l'autre. On peut d&#233;j&#224; poser une premi&#232;re d&#233;limitation grossi&#232;re de la controverse comme suit. Comme partisan de l'agrochimie, Jean Boulaine semble avoir du mal &#224; se d&#233;faire, en plusieurs passages de ses travaux touchant l'histoire de l'agronomie, d'une certaine ironie vis-&#224;-vis des observations et savoirs traditionnels sur l'agriculture. Le lecteur a du mal &#224; se d&#233;partir de l'id&#233;e que Jean Boulaine interpr&#232;te cette histoire d'un point de vue &#171; moderne &#187;, au sens o&#249; le mouvement de fond de l'histoire des sciences et des techniques serait un progr&#232;s continuel, entrecoup&#233;s de quelques p&#233;riodes de stagnation. L'agrochimie, pr&#233;par&#233;e par la conqu&#234;te de l'agronomie par la chimie agricole, serait un progr&#232;s indiscutable dans l'histoire des sciences. Mais elle serait aussi un ind&#233;niable progr&#232;s dans l'histoire de l'alimentation humaine en g&#233;n&#233;ral, via les diff&#233;rentes formes de &#171; R&#233;volutions vertes &#171; ayant fait reculer les disettes, en augmentant parfois assez fortement les rendements. De l'autre c&#244;t&#233;, le point de vue de celles et ceux qui d&#233;noncent l'encensement de l'agrochimie, tels les fondateurs de l'agrobiologie, est &#233;videmment diff&#233;rent. Ils ne rejettent pas le pass&#233; des savoirs et pratiques dans le cloaque des superstitions d&#233;pass&#233;es. Mais g&#233;n&#233;ralement, ils ne nient pas non plus une certaine efficacit&#233; agrochimique. Plut&#244;t que de rejeter l'&#233;vidence des succ&#232;s agrochimiques, ils pr&#233;f&#232;rent plut&#244;t en rappeler les limites et en appeler, &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;vidence traditionnelle, &#224; &lt;em&gt;prendre le probl&#232;me agricole autrement, en consid&#233;rant d'abord l'autre &#233;vidence, l'efficacit&#233; humique [&lt;a href='#nb2-46' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir par exemple Rusch, H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 309-310.' id='nh2-46'&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. Il nous a sembl&#233; int&#233;ressant de formuler la controverse en termes de &lt;em&gt;qualit&#233; rationnelle [&lt;a href='#nb2-47' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous r&#233;utilisons cette approche de la qualit&#233; rationnelle ou des degr&#233;s de (...)' id='nh2-47'&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt; des perspectives en pr&#233;sence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'agrochimie est issue des travaux de chimistes qui se sont int&#233;ress&#233;s au probl&#232;me de la nutrition des plantes. D&#233;j&#224; &lt;em&gt;ils ont r&#233;duit le probl&#232;me&lt;/em&gt;, en passant de la question g&#233;n&#233;rale de la fertilit&#233; au probl&#232;me sp&#233;cifique de l'alimentation v&#233;g&#233;tale. Ils ont montr&#233; que des plantes pouvaient pousser [&lt;a href='#nb2-48' class='spip_note' rel='footnote' title='En ne posant pas trop la question de la qualit&#233; des plantes ou de leur (...)' id='nh2-48'&gt;48&lt;/a&gt;] avec un ensemble de facteurs plus petit que celui que l'on rencontre dans la nature, et notamment &lt;em&gt;qu'elles pouvaient se passer du facteur mati&#232;re organique&lt;/em&gt;. L'observation et l'exp&#233;rience plurimill&#233;naire de l'agriculture ont forg&#233; une tradition culturale dans laquelle l'apport de mati&#232;res organiques a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme facteur de rendements. Si les deux observations sont &#233;galement justes, on en d&#233;duit qu'elles sont compl&#233;mentaires ; ici, en l'occurrence, que les mati&#232;res organiques, &#224; d&#233;faut de les nourrir directement, favorisent la nutrition des plantes, d'une part, et que certains min&#233;raux y contribuent aussi, d'autre part. La &lt;em&gt;diff&#233;rence pourrait se dire en terme de longueur ou de largeur de rationalit&#233; [&lt;a href='#nb2-49' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous sommes redevables &#224; Dominique Bourg de cette perspective.' id='nh2-49'&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt; : l'approche organique, li&#233;e &#224; l'exp&#233;rience aux champs, &lt;em&gt;in vivo&lt;/em&gt;, est une approche qui tient compte d'une plus grande quantit&#233; de facteurs, &#233;tant men&#233;e plus directement dans la &#171; nature &#187;, au plus pr&#234;t des conditions r&#233;elles. L'approche min&#233;rale, issue d'une &lt;em&gt;exp&#233;rimentation&lt;/em&gt; sur les plantes plut&#244;t que d'une &lt;em&gt;exp&#233;rience&lt;/em&gt; du terrain, tient compte de moins de facteurs. On peut la dire plus r&#233;ductrice que l'optique organique. Sa rationalit&#233; est moins englobante, moins longue [&lt;a href='#nb2-50' class='spip_note' rel='footnote' title='On pourrait peut-&#234;tre parler de rationalit&#233;s &#224; plus ou moins courte (...)' id='nh2-50'&gt;50&lt;/a&gt;]. En compl&#233;ment, on voudrait poser l'hypoth&#232;se que le r&#233;ductionnisme des approches est peut-&#234;tre, &#224; la fois court au plan spatial, vis-&#224;-vis du r&#233;el physique (champ / laboratoire), et court temporellement, vis-&#224;-vis des cons&#233;quences justes ou bonnes &#224; plus ou moins longue &#233;ch&#233;ance des applications issues d'approches plus ou moins r&#233;ductionnistes (ici, la fertilit&#233; organique sur le moyen terme / la fertilisation min&#233;rale sur le court terme) [&lt;a href='#nb2-51' class='spip_note' rel='footnote' title='De plus, en avan&#231;ant dans ce travail, on cherchera &#224; d&#233;placer la probl&#233;matique (...)' id='nh2-51'&gt;51&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En gardant pr&#233;sente &#224; l'esprit la diff&#233;rence que nous essayons de discerner, retra&#231;ons maintenant les principales &#233;tapes qui m&#232;nent de l'abandon de la th&#233;orie de l'humus &#224; la relativisation de la th&#233;orie min&#233;rale en passant, bien s&#251;r, par l'av&#232;nement de l'agrochimie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Il y a bien s&#251;r des exceptions, tels les sols de tourbi&#232;res. N&#233;anmoins, encore aujourd'hui, on exploite parfois des tourbi&#232;res on vendant leur sol, en m&#233;lange ou non, comme une sorte de terreau, donc comme amendement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Boulaine J., Quatre si&#232;cles de fertilisation, Premi&#232;re partie, in Etude et Gestion des Sols, 1995, p. 203.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Rey A., (dir.), Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise, article &#171; Graisse &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-4' id='nb2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Columelle, De l'agriculture, Livre X, De l'horticulture, Belles Lettres / Bud&#233;, Collection des universit&#233;s de France, 2002.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-5' id='nb2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Varron, Economie rurale, Livre I, 9, Belles Lettres / Bud&#233;, Collection des universit&#233;s de France, 1978.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-6' id='nb2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Platon, Critias, 111, cit&#233; in Drouin J.-M., L'&#233;cologie et son histoire, Flammarion, p. 32-33.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-7' id='nb2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Une remarque semble ici s'imposer, &#224; propos de l'influence d'Aristote sur l'histoire intellectuelle, depuis l'Antiquit&#233; jusqu'&#224; la formation de la philosophie et de la science moderne. L'&#339;uvre de Saint Thomas d'Aquin a largement contribu&#233; &#224; faire d'Aristote la plus grande autorit&#233; intellectuelle occidentale. De la fin du Moyen-Age jusqu'&#224; l'&#233;poque de la naissance des sciences modernes, au XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cette autorit&#233; va de plus en plus &#234;tre remise en cause. Aujourd'hui, l'influence intellectuelle d'Aristote est minoritaire. La d&#233;monstration de ses erreurs en physique a souvent servi de pr&#233;texte pour rejeter peu &#224; peu l'ensemble de son &#339;uvre, jusqu'&#224; sa philosophie morale et politique, avec une rectitude logique que l'on peut remettre en cause. La philosophie m&#233;di&#233;vale scolastique, construite en partie sur son &#339;uvre, faisait alors figure d'obscurantisme st&#233;rile. N&#233;anmoins, l'histoire des sciences et des techniques ne peut faire l'&#233;conomie d'un examen critique de l'&#339;uvre aristot&#233;licienne, signifiant ainsi son importance, malgr&#233; ses erreurs (cf. Br&#233;hier E., 1993, cit&#233; in Robin P., in Horticulture sans sol : histoire et actualit&#233;, p. 101). Le cas de son &#339;uvre de biologiste illustre cette pr&#233;sence historique tut&#233;laire d'Aristote. En effet, les historiens de la fertilisation agricole s'accordent &#224; dire que l'approche Aristot&#233;licienne de celle-ci a constitu&#233; un frein &#224; l'innovation et &#224; l'originalit&#233; dans les th&#233;ories et recherches agronomiques. Etienne Gilson, tout en reconnaissant la st&#233;rilit&#233; scientifique de la scolastique, ainsi que la &#171; biologisation &#187; d&#233;plac&#233;e de l'inorganique op&#233;r&#233;e par Aristote et les philosophes m&#233;di&#233;vaux, invitait toutefois &#224; comprendre et approfondir la m&#233;thode r&#233;aliste de la d&#233;marche. Il voyait ainsi la m&#233;thode aristot&#233;licienne et scolastique, pouss&#233;e plus vers son essence, compatible avec l'&#233;pist&#233;mologie des sciences modernes, mais incompatible avec l'id&#233;alisme de la philosophie moderne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-8' id='nb2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Boulaine, J., Quatre si&#232;cles de fertilisation, Premi&#232;re partie, op. cit., p. 206.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-9' id='nb2-9' class='spip_note' title='Notes 2-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Delatouche R., op. cit., p. 52.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-10' id='nb2-10' class='spip_note' title='Notes 2-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Ibid., p. 42 et 52.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-11' id='nb2-11' class='spip_note' title='Notes 2-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &#171; La m&#233;thode traditionnelle, variable suivant les lieux, n'est pas consommatrice, mais productrice de capital foncier. Elle &#171; fait de la terre &#187; suivant la belle formule canadienne. Ce mot de &#171; faire &#187;, facere, se retrouve dans l'&#233;tymologie de factus, factura, facheria qui d&#233;signe des tenures m&#233;ridionales ; dans l'hacienda de l'Am&#233;rique espagnole &#187; (cf. Delatouche R., ibid., p. 60).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-12' id='nb2-12' class='spip_note' title='Notes 2-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Les hommes ont eut recours &#224; divers produits ou r&#233;sidus min&#233;raux tels, par exemple, des poudres de roches ou des restes d'ossements, mais le marnage et le chaulage &#233;taient &#233;galement connu depuis l'Antiquit&#233;. Ils semblent avoir &#233;t&#233; oubli&#233;s dans plusieurs r&#233;gions de France au cours de l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale. Le chaulage et le marnage traditionnels invitent &#224; nuancer la th&#232;se d'une dominante d'apports organiques dans l'histoire de la fertilisation, mais cela ne devrait pas conduire &#224; la renverser. M&#234;me si le marnage &#233;tait important dans la tradition agricole europ&#233;enne, il ne faut pas oublier qu'il s'agissait d'un apport d'argile calcaire : l'argile est une roche terreuse qui contient des min&#233;raux et des d&#233;bris organiques. Ceci est important car certains auteurs, tel Dominique Poulain, font du marnage, depuis les Gaulois, le premier moyen d'entretien de la fertilit&#233; des sols, au point que cette op&#233;ration &#171; figure de fa&#231;on quasi-r&#233;guli&#232;re dans les contrats de location avec force d&#233;tails, comme, par exemple, la fr&#233;quence impos&#233;e de 6 &#224; 9 ans &#187; (Cf. Poulain D., Histoires et chronologies de l'agriculture fran&#231;aise, Ellipses, 2004, 426 p., p. 114 ; Clout H.D. et Phillips, A.D.M., Fertilisants min&#233;raux en France au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, in Etudes Rurales, 1972, 42, p. 09-28).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-13' id='nb2-13' class='spip_note' title='Notes 2-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] En analysant les critiques de la version liebigienne de cette th&#233;orie des exportations, esquiss&#233;es par Hans Peter Rusch et Masanobu Fukuoka, nous nous attacherons &#224; montrer que ces fondateurs y critiquent aussi la fumure traditionnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-14' id='nb2-14' class='spip_note' title='Notes 2-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Delatouche R., La chr&#233;tient&#233; m&#233;di&#233;vale, Un mod&#232;le de d&#233;veloppement, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-15' id='nb2-15' class='spip_note' title='Notes 2-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Berner A., Quatre mille ans d'agriculture durable, Bio actualit&#233;s, IRAB/FIBL, 10/2004, p. 06-07. Alfred Berner s'appuie ici sur le recensement effectu&#233; en Chine par le p&#233;dologue am&#233;ricain F. H. King, en 1909. Les descriptions de King sont consign&#233;es dans son livre de 1911 intitul&#233; &#171; 4000 d'agriculture en Chine, Cor&#233;e et Japon &#187;. Lors de son voyage, King a vu les petites louches, les m&#234;mes que celles repr&#233;sent&#233;es dans les vieux livres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-16' id='nb2-16' class='spip_note' title='Notes 2-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] King est m&#234;me la principale source cit&#233;e par Howard dans la partie de l'introduction de son Testament agricole consacr&#233;e aux m&#233;thodes de culture de l'Orient. Par rapport &#224; ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit du compostage chinois, Howard ajoute que les chinois &#171; ont observ&#233; depuis des temps imm&#233;moriaux l'importance de l'urine animale et des d&#233;chets des animaux pour le compostage &#187; (Testament agricole, p. 13).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-17' id='nb2-17' class='spip_note' title='Notes 2-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 42.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-18' id='nb2-18' class='spip_note' title='Notes 2-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Delatouche R., op. cit., p. 53.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-19' id='nb2-19' class='spip_note' title='Notes 2-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-20' id='nb2-20' class='spip_note' title='Notes 2-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-21' id='nb2-21' class='spip_note' title='Notes 2-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Sur cette histoire, voir l'ouvrage de Sabine Barles, L'invention des d&#233;chets urbains, France 1790-1970, Ed. Champ Vallon, Seyssel, 2005, 301 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-22' id='nb2-22' class='spip_note' title='Notes 2-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] Cf. Delatouche R., op. cit., p. 42 : &#171; Avant le XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, aucune invention mat&#233;rielle n'a eu de cons&#233;quences r&#233;volutionnaires, bouleversant les ordres de grandeur. Un d&#233;tail le symbolise, s'il ne le prouve : l'outil le plus simple, le plus primitif, la houe, don des dieux dans la mythologie m&#233;sopotamienne, est encore l'outil de l'intensification la plus pouss&#233;e, le jardinage. En plein si&#232;cle des Lumi&#232;res, Turbilly pr&#233;conise le b&#234;chage &#224; la main. En 1787-1789, le progressiste Arthur Young admire la m&#233;thode flamande en termes qu'illustreraient un dessin du Viel Rentier d'Audenarde (1275) et telles miniatures carolingiennes soit-disant imit&#233;es de l'antique, et encore en 1984, la photographie de paysans du Rwanda, maniant la houe pour nourrir, convenablement, plusieurs centaines d'habitants au km2 en certaines r&#233;gions &#187;. La c&#233;l&#232;bre expression &#171; ordre &#233;ternel des champs &#187;, parfois associ&#233;e au r&#233;gime p&#233;tainiste r&#233;trograde, n'en reste pas moins un r&#233;sum&#233; saisissant, au moins dans les grandes lignes, de l'histoire agricole jusqu'au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. L'auteur de l'expression est Roland Masp&#233;tiol, dans L'Ordre &#233;ternel des champs, Ed. De M&#233;dicis, Paris, 1946, 589 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-23' id='nb2-23' class='spip_note' title='Notes 2-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] Cf. Berner A., Quatre mille ans d'agriculture durable, op. cit. Selon Louise Howard, l'ouvrage de King, Fermiers de quarante si&#232;cles, &#233;tait un livre de chevet de son mari.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-24' id='nb2-24' class='spip_note' title='Notes 2-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] Steiner R., Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode Bio-dynamique, EAR, p. 223 ; Rusch, H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 94, 161. Pour des passages o&#249; Rusch emploie encore ce vocabulaire de la terre &#171; organisme vivant &#187;, voir, par exemple, les pages 19, 25, 121.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-25' id='nb2-25' class='spip_note' title='Notes 2-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre. Le th&#232;me du sol &#171; organisme vivant &#187; couvre un chapitre, p. 47-78, et l'id&#233;e du champ comme &#171; &#234;tre vivant &#187; se rencontre notamment &#224; la page 25.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-26' id='nb2-26' class='spip_note' title='Notes 2-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] Ibid., p. 26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-27' id='nb2-27' class='spip_note' title='Notes 2-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] Steiner R., Agriculture, Fondements spirituels de la m&#233;thode Bio-dynamique, EAR, p. 39 (Voir aussi p. 107).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-28' id='nb2-28' class='spip_note' title='Notes 2-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 27.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-29' id='nb2-29' class='spip_note' title='Notes 2-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] Ibid., p. 42.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-30' id='nb2-30' class='spip_note' title='Notes 2-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] Ibid., p. 53.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-31' id='nb2-31' class='spip_note' title='Notes 2-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] Ibid., p. 49.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-32' id='nb2-32' class='spip_note' title='Notes 2-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] Cf. Rusch, H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, notamment p. 139-149.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-33' id='nb2-33' class='spip_note' title='Notes 2-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] Ibid., p. 308.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-34' id='nb2-34' class='spip_note' title='Notes 2-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 58.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-35' id='nb2-35' class='spip_note' title='Notes 2-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] Ibid., p. 172.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-36' id='nb2-36' class='spip_note' title='Notes 2-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] Ibid., p. 27.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-37' id='nb2-37' class='spip_note' title='Notes 2-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] Ibid., p. 24.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-38' id='nb2-38' class='spip_note' title='Notes 2-38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] Dans le passage cit&#233; ici, l'allusion &#224; la sant&#233; n'est qu'implicite, par l'insistance sur la &#171; qualit&#233; &#187; des nourritures. Mais n'oublions pas que Howard a &#233;crit un livre sur cette corr&#233;lation (Farming and gardening for health or disease), un chapitre de son Testament agricole sur Fertilit&#233; du sol et sant&#233; nationale, et qu'il conclut son ma&#238;tre ouvrage en &#171; proph&#233;tisant qu'au moins la moiti&#233; de toutes les maladies de l'humanit&#233; dispara&#238;tront quand la nourriture sera produite par un sol fertile et quand elle sera consomm&#233;e &#224; l'&#233;tat frais &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-39' id='nb2-39' class='spip_note' title='Notes 2-39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 24-25.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-40' id='nb2-40' class='spip_note' title='Notes 2-40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;] Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 27-28.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-41' id='nb2-41' class='spip_note' title='Notes 2-41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;] Ibid.,p. 31-32.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-42' id='nb2-42' class='spip_note' title='Notes 2-42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;] Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 245.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-43' id='nb2-43' class='spip_note' title='Notes 2-43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;] Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 142-143.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-44' id='nb2-44' class='spip_note' title='Notes 2-44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;] Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 160-161. Sur l'importance de l'humus, voir aussi p. 122.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-45' id='nb2-45' class='spip_note' title='Notes 2-45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;] Cf. Mumford, L., Technique et civilisation, op. cit., p. 50.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-46' id='nb2-46' class='spip_note' title='Notes 2-46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;] Voir par exemple Rusch, H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 309-310.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-47' id='nb2-47' class='spip_note' title='Notes 2-47' rev='footnote'&gt;47&lt;/a&gt;] Nous r&#233;utilisons cette approche de la qualit&#233; rationnelle ou des degr&#233;s de rationalit&#233; lorsque nous proposons, dans notre derni&#232;re partie, un nouvel &#233;largissement de la probl&#233;matique centrale de l'agronomie, au-del&#224; de l'alternative organique-min&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-48' id='nb2-48' class='spip_note' title='Notes 2-48' rev='footnote'&gt;48&lt;/a&gt;] En ne posant pas trop la question de la qualit&#233; des plantes ou de leur croissance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-49' id='nb2-49' class='spip_note' title='Notes 2-49' rev='footnote'&gt;49&lt;/a&gt;] Nous sommes redevables &#224; Dominique Bourg de cette perspective.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-50' id='nb2-50' class='spip_note' title='Notes 2-50' rev='footnote'&gt;50&lt;/a&gt;] On pourrait peut-&#234;tre parler de rationalit&#233;s &#224; plus ou moins courte vue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-51' id='nb2-51' class='spip_note' title='Notes 2-51' rev='footnote'&gt;51&lt;/a&gt;] De plus, en avan&#231;ant dans ce travail, on cherchera &#224; d&#233;placer la probl&#233;matique de la fertilisation vers celle de la fertilit&#233;, en accord avec les fondateurs de l'agrobiologie, avant de la pousser vers une intuition des fondateurs non d&#233;velopp&#233;e, celle de la for&#234;t comme origine de la plupart des sols agricoles fertiles, pour terminer &#224; la question des m&#233;canismes naturels de cette fertilit&#233;, ceux de la p&#233;dogen&#232;se foresti&#232;re. A ce niveau de l'analyse, on pourra proposer un contenu technique, d'application agricole exp&#233;rimentale aujourd'hui, &#224; l'id&#233;e des fondateurs de la for&#234;t comme mod&#232;le de l'agriculture (la technique d'amendement aux Bois Ram&#233;aux Fragment&#233;s).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une rupture historique de la fertilit&#233; des sols ? L'av&#232;nement de l'agrochimie et ses critiques</title>
		<link>http://www.ecolotech.eu/Une-rupture-historique-de-la-fertilite-des-sols-L-avenement.html</link>
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		<dc:date>2007-11-03T00:46:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>Des id&#233;es nouvelles sur la nutrition v&#233;g&#233;tale &#224; partir du XVIe si&#232;cle : le r&#244;le des min&#233;raux et de l'atmosph&#232;re Entre le XVIe et le XVIIIe si&#232;cle, les recherches portent surtout sur le r&#244;le des min&#233;raux, dans le cadre d'approches qui inaugurent une rupture conceptuelle entre le sol et les plantes. A partir de la fin du XVIIIe si&#232;cle, les recherches chimiques mettent en &#233;vidence le r&#244;le de l'atmosph&#232;re dans la nutrition des plantes, et commencent &#224; identifier et mesurer les min&#233;raux essentiels de la (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-L-ensemble-technique-agrobiologique-une-approche-centree-.html" rel="directory"&gt;L'ensemble technique agrobiologique : une approche centree sur le sol&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Des id&#233;es nouvelles sur la nutrition v&#233;g&#233;tale &#224; partir du XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : le r&#244;le des min&#233;raux et de l'atmosph&#232;re&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Entre le XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et le XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les recherches portent surtout sur le r&#244;le des min&#233;raux, dans le cadre d'approches qui inaugurent une &lt;em&gt;rupture conceptuelle entre le sol et les plantes&lt;/em&gt;. A partir de la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les recherches chimiques mettent en &#233;vidence le r&#244;le de l'atmosph&#232;re dans la nutrition des plantes, et commencent &#224; identifier et mesurer les min&#233;raux essentiels de la croissance v&#233;g&#233;tale. C'est surtout la seconde piste, celle des min&#233;raux, qui va marquer le d&#233;veloppement de la chimie agricole et des industries agrochimiques, au d&#233;triment, notamment, de la probl&#233;matique &lt;em&gt;&#233;nerg&#233;tique&lt;/em&gt; de la photosynth&#232;se v&#233;g&#233;tale.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les premi&#232;res id&#233;es sur l'importance des min&#233;raux pour les v&#233;g&#233;taux&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En 1563, le c&#233;ramiste Bernard Palissy affirma, suite &#224; des observations empiriques, que &lt;em&gt;ce n'&#233;tait pas le fumier&lt;/em&gt; qui faisait pousser les plantes mais &lt;em&gt;seulement les sels&lt;/em&gt; qu'il contenait [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='On sait d&#233;sormais que la notion de &#171; sel &#187; chez Palissy &#233;tait assez floue. A la (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Vers 1600, le bruxellois Van Helmont fait pousser des plantes en pot pendant plusieurs ann&#233;es et constate que la prise de poids des plantes s'est faite sans que le poids du sol ne varie sensiblement. Il avance alors que c'est uniquement l'eau qui nourrit les plantes. A la fin du XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'anglais Woodward remet en cause cette id&#233;e et r&#233;alise les premi&#232;res exp&#233;riences de culture sur eau. En comparant des eaux de diff&#233;rentes provenances, il parvient &#224; montrer que les &#233;l&#233;ments dissous dans ces eaux permettent d'expliquer les variations de croissance des v&#233;g&#233;taux [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Robin P., Horticulture sans sol : histoire et actualit&#233;, in Cahiers (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;em&gt;. &lt;/em&gt;Edm&#233;e Mariotte, en 1676, note &#171; qu'il y a plusieurs principes grossiers et visibles des plantes comme l'eau, le soufre ou huile, le sel commun, le salp&#234;tre, le sel volatil ou armoniac, quelques terres, etc &#187; [&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Mariotte E., cit&#233; dans Robin P., op. cit.' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;]. De m&#234;me, Mayow, dans son &lt;em&gt;Tractatus quinque Medico-physici&lt;/em&gt;, d&#233;fend l'id&#233;e de l'abondance du nitre dans le sol au cours de l'ann&#233;e, celui-ci &#233;tant &lt;em&gt;&#171; suc&#233; par les plantes &#187;&lt;/em&gt;. [&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Robin P., ibid., p. 103.' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;] Enfin, Glauber, en 1656, fait &#171; l'hypoth&#232;se que le salp&#234;tre obtenu &#224; partir des d&#233;jections animales doit &#234;tre contenu dans l'alimentation des animaux, c'est-&#224;-dire dans les plantes&#8230; et constitue donc le principe de v&#233;g&#233;tation &#187;. Dans son &lt;em&gt;Tractatus de Medicina universali &lt;/em&gt;de 1658, il parle de &#171; culture sur sable arros&#233;e d'eau de pluie dans laquelle est dissous &lt;em&gt;&#171; le sel tir&#233; de ces fumiers, et converty en salp&#234;tre qui se laisse transmuer en m&#233;decine universelle &#187; &#187;&lt;/em&gt;. Du salp&#234;tre ou nitre au nitrate il y a une filiation certaine. On comprend alors que les auteurs que nous venons d'&#233;voquer ici, et Glauber en particulier, puissent &#234;tres identifi&#233;s comme des pr&#233;curseurs de la &#171; fertilisation chimique azot&#233;e &#187; [&lt;a href='#nb3-5' class='spip_note' rel='footnote' title='D'apr&#232;s Paul Robin, c'est surtout les historiens de la chimie agricole qui (...)' id='nh3-5'&gt;5&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'&#233;coulera encore un si&#232;cle avant que n'apparaissent de nouvelles exp&#233;riences de nutrition des plantes avec des sels. De plus, ces auteurs resteront encore sceptiques sur les effets de ces sels sur la croissance des plantes, &#171; faute de moyens analytiques sur la composition de la mati&#232;re s&#232;che v&#233;g&#233;tale &#187; [&lt;a href='#nb3-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Robin P., ibid., p. 105.' id='nh3-6'&gt;6&lt;/a&gt;]. Deux questions restent alors pos&#233;es &#224; la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : celle de la cause de l'augmentation de poids de v&#233;g&#233;taux au cours de leur croissance, et celle du r&#244;le des min&#233;raux restant dans les cendres des plantes apr&#232;s que l'on les ait fait br&#251;l&#233;. C'est avec la naissance de la chimie moderne, &#224; la suite d'exp&#233;rimentations sur le ph&#233;nom&#232;ne de&lt;em&gt; la combustion [&lt;a href='#nb3-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Lavoisier (1743-1794), d&#233;montra le caract&#232;re infond&#233; de la th&#233;orie du (...)' id='nh3-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;, gr&#226;ce &#224; la mise au point des premi&#232;res m&#233;thodes de mesure quantitative des &#233;l&#233;ments chimiques, que va pouvoir s'initier l'essor de la chimie agricole.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La naissance de la chimie moderne et son application aux plantes : d&#233;monstration des aspects atmosph&#233;riques et min&#233;raux de la nutrition v&#233;g&#233;tale&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La ma&#238;trise progressive de la manipulation des gaz, celle des mesures de volume et leur caract&#233;risation, jointes au d&#233;veloppement de l'analyse chimique &#233;l&#233;mentaire, vont compl&#232;tement changer la perception de la question. Priestley, comme Cavendish, parvient &#224; mettre au point diff&#233;rents appareils destin&#233;s &#224; recueillir et &#224; &#233;tudier les gaz. Il en d&#233;couvre plusieurs. Egalement, il isole l'azote de l'air &#171; par combustion du carbone dans l'air d'une cloche, et par absorption du gaz carbonique form&#233; par l'eau de chaux &#187; : le gaz restant, incapable d'entretenir la respiration, est &#171; l'air phlogistiqu&#233; &#187; (azote). En 1774, il extrait de l'oxyg&#232;ne, qu'il appelle encore &#171; air d&#233;phlogistiqu&#233; &#187; ou &#171; salubre &#187;. De son c&#244;t&#233;, en 1772, Lavoisier montre que toute combustion se fait avec l'air d&#233;phlogistiqu&#233; (l'oxyg&#232;ne de l'air). Appliqu&#233;e &#224; l'&#233;tude des plantes, les exp&#233;rimentations chimiques am&#232;nent &#224; mettre en &#233;vidence un fait d'une tr&#232;s grande importance, l'id&#233;e d'une &lt;em&gt;respiration chez les plantes&lt;/em&gt;. L'autre fait important sera la d&#233;monstration du r&#244;le des min&#233;raux dans la croissance des plantes.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;La mise en &#233;vidence d'une respiration chez les plantes : l'origine atmosph&#233;rique des mati&#232;res carbon&#233;es des v&#233;g&#233;taux et les pr&#233;misses de la photosynth&#232;se&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les premiers travaux sur les &lt;em&gt;&#233;changes gazeux&lt;/em&gt; des plantes avec l'air sont men&#233;s par les anglais Stephen Hales et Joseph Priestley [&lt;a href='#nb3-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour le type d'exp&#233;rience qu'il mena, voir ci-dessus.' id='nh3-8'&gt;8&lt;/a&gt;]. Cependant, la &lt;em&gt;th&#233;orie de l'humus&lt;/em&gt;, r&#233;gnante &#224; l'&#233;poque [&lt;a href='#nb3-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. ci-dessous.' id='nh3-9'&gt;9&lt;/a&gt;], affirme l'origine humique des mati&#232;res carbon&#233;es des plantes. Les recherches chimiques reprennent cette question &#224; l'aide de dispositifs exp&#233;rimentaux capables de mesurer les &#233;changes gazeux dans le fonctionnement physiologique des plantes. Le m&#233;decin et physicien hollandais Johannes Ingen Housz est le premier, en 1780, &#224; introduire &lt;em&gt;l'id&#233;e de l'origine atmosph&#233;rique des mati&#232;res carbon&#233;es&lt;/em&gt; des plantes. Il d&#233;crit ainsi la respiration des plantes : &lt;em&gt;&#171; Les mati&#232;res carbon&#233;es des plantes proviennent principalement de l'air, l'oxyg&#232;ne est rejet&#233;, le lieu du processus n'est pas la racine, mais les feuilles &#187;. &lt;/em&gt;Jean Senebier &#233;tudia aussi les &#233;changes gazeux des plantes avec l'air, mais en s'int&#233;ressant &#224; l'effet de la lumi&#232;re. Il parvint alors &#224; pr&#233;ciser que la r&#233;duction de l'oxyg&#232;ne se fait &lt;em&gt;&#224; l'aide de la lumi&#232;re [&lt;a href='#nb3-10' class='spip_note' rel='footnote' title='D'apr&#232;s Paul Robin, Senebier affirme aussi en 1782 que &#171; le gaz carbonique est (...)' id='nh3-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. Th&#233;odore de Saussure reprend les travaux Priestley, Ingen Housz, et Senebier. &lt;em&gt;Les recherches chimiques sur la v&#233;g&#233;tation [&lt;a href='#nb3-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Ouvrage publi&#233; &#224; paris en 1804.' id='nh3-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt; pr&#233;sentent ses r&#233;sultats et r&#233;sume sa th&#233;orie : &#171; &lt;em&gt;la respiration de l'oxyg&#232;ne et l'assimilation du dioxyde de carbone sont indispensables &#224; la vie des plantes en m&#234;me temps qu'&#224; l'origine de leur propre chaleur. Pour fabriquer leurs substances organiques, les plantes utilisent du carbone et de l'eau, l'oxyg&#232;ne est rejet&#233;. En comparaison avec la masse des plantes la quantit&#233; de mati&#232;re nutritive qui est prise dans le sol est insignifiante &#187; [&lt;a href='#nb3-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Avec cet ouvrage, De Saussure a pos&#233; les bases de la photochimie. (...)' id='nh3-12'&gt;12&lt;/a&gt;].&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la charni&#232;re du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'id&#233;e d'une &lt;em&gt;respiration&lt;/em&gt; des plantes est donc &#233;tablie. La voie des recherches, sur ce qui sera nomm&#233;e plus tard le ph&#233;nom&#232;ne de la &lt;em&gt;photosynth&#232;se&lt;/em&gt;, est ouverte [&lt;a href='#nb3-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Par Barnes, en 1898.' id='nh3-13'&gt;13&lt;/a&gt;]. Il est alors admis que les plantes respirent comme les animaux mais qu'elles ont, en plus, la capacit&#233; d'&#233;laborer des mati&#232;res organiques &#224; partir de mati&#232;res min&#233;rales lorsqu'elles sont plac&#233;es &#224; la lumi&#232;re. Cette propri&#233;t&#233;, &lt;em&gt;l'autotrophie&lt;/em&gt;, leur permet de vivre sans avoir &#224; se nourrir de mat&#233;riaux organiques issus d'autres &#234;tres vivants. En somme, presque tous les autres &#234;tres vivants (appel&#233;s, sous cet angle, &lt;em&gt;h&#233;t&#233;rotrophes&lt;/em&gt;) en d&#233;pendent, pour leur alimentation, et pour leur approvisionnement en oxyg&#232;ne, puisqu'il est alors prouv&#233; que seules les plantes rejettent de l'oxyg&#232;ne dans l'atmosph&#232;re. Ainsi, il n'y a pas tr&#232;s longtemps que le r&#244;le &#233;nerg&#233;tique primordial jou&#233; par le &lt;em&gt;rayonnement solaire,&lt;/em&gt; dans la nutrition carbon&#233;e des v&#233;g&#233;taux &#224; chlorophylle, a &#233;t&#233; mis en &#233;vidence [&lt;a href='#nb3-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Les auteurs de l'Antiquit&#233; avaient bien remarqu&#233; que l'ombre des grands arbres (...)' id='nh3-14'&gt;14&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;Identification du r&#244;le nutritif des min&#233;raux dans les plantes et l&#233;gitimation scientifique du lien entre chimie et agriculture. Etablissement de la chimie agricole avec la th&#233;orie min&#233;rale&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;A partir de la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les mesures chimiques sur la nutrition des v&#233;g&#233;taux commencent &#224; identifier les min&#233;raux qui rentrent dans la composition des plantes. C'est &#224; cette &#233;poque que la recherche scientifique sur la nutrition des plantes commence &#224; l&#233;gitimer d'une part, le recours &#224; des cultures sur support artificiel (eau, sable, min&#233;raux), et, d'autre part, le recours aux m&#233;thodes de la chimie, comme la &lt;em&gt;combustion&lt;/em&gt; des plantes et &lt;em&gt;l'analyse&lt;/em&gt; des cendres, pour r&#233;soudre des questions agricoles. Ainsi, l'Acad&#233;mie des sciences de Berlin lance une question publique pour savoir si &#171; &lt;em&gt;les mati&#232;res min&#233;rales qui ne se consument pas et trouv&#233;es dans les cendres des v&#233;g&#233;taux sont des sels qui entrent directement en compte dans l'alimentation des plantes &#187; [&lt;a href='#nb3-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Les sciences agricoles en Allemagne. La chimie agricole, des (...)' id='nh3-15'&gt;15&lt;/a&gt;]. &lt;/em&gt;Il y aura quatre r&#233;ponses principales &#224; cette question. Pour les uns, les min&#233;raux des plantes sont des cr&#233;ations des plantes qui leur sont inutiles. Pour les autres, les plantes les absorbent par hasard. D'autres voient ces min&#233;raux comme des &#233;pices qui facilitent l'alimentation &lt;em&gt;organique&lt;/em&gt; des plantes. Enfin, d'autres, tel De Saussure, affirment que les plantes se nourrissent de ces min&#233;raux. Ce dernier, encore dans ses &lt;em&gt;Recherches chimiques sur la v&#233;g&#233;tation, &lt;/em&gt;analyse les constituants min&#233;raux des plantes [&lt;a href='#nb3-16' class='spip_note' rel='footnote' title='De pin, m&#233;l&#232;ze, laurier rose, airelle, et gen&#233;vrier.' id='nh3-16'&gt;16&lt;/a&gt;] et des sols o&#249; elles croissent, selon des protocoles &#171; tr&#232;s &#233;labor&#233;s &#187; [&lt;a href='#nb3-17' class='spip_note' rel='footnote' title='D'apr&#232;s Liebig, 1844, cit&#233; in Paul Robin, ibid., p. 105.' id='nh3-17'&gt;17&lt;/a&gt;]. De plus, il r&#233;alise les &#171; premi&#232;res exp&#233;rimentations contr&#244;l&#233;es sur l'absorption des min&#233;raux par les racines avec des cultures dans l'eau &#187; [&lt;a href='#nb3-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon Steiner, 1985, cit&#233; in Paul Robin, ibid. Il montre que les plantes (...)' id='nh3-18'&gt;18&lt;/a&gt;] Ainsi, il put avancer que&lt;em&gt; &lt;/em&gt;&#171; &lt;em&gt;les sels alcalins de la potasse et de la soude, le phosphate de la chaux ou du mangan&#232;se, le carbone de la chaux, l'acide silicique, l'oxyde de fer ou de mangan&#232;se &#187;&lt;/em&gt; sont les min&#233;raux les plus importants pour la croissance des plantes. Mais il ne put pr&#233;ciser s'il y avait des min&#233;raux &lt;em&gt;sans lesquels&lt;/em&gt; la croissance des v&#233;g&#233;taux &#233;tait impossible, ni d&#233;terminer comment les v&#233;g&#233;taux satisfont leurs besoins en min&#233;raux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est Carl Philip Sprengel, le premier, et non pas Justus Von Liebig, comme on le croit encore aujourd'hui, qui, dans les ann&#233;es 1820-1830, va pr&#233;ciser ce qui va d&#232;s lors &#234;tre nomm&#233;e la &lt;em&gt;th&#233;orie min&#233;rale de la nutrition v&#233;g&#233;tale&lt;/em&gt;. Il affirme ainsi, &#171; avec certitude &#187;, dans &lt;em&gt;Die Lehre vom D&#252;nger [&lt;a href='#nb3-19' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; La th&#233;orie des engrais &#187;.' id='nh3-19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;, publi&#233; en 1839, que&lt;em&gt; &lt;/em&gt;les min&#233;raux&lt;em&gt; &#171; servent de nourriture &#224; tous les v&#233;g&#233;taux et qu'ils sont tout aussi indispensables &#224; leur constitution chimique que l'oxyg&#232;ne, l'hydrog&#232;ne et l'azote des engrais organiques &#187;. &lt;/em&gt;Il formule aussi, clairement, d&#232;s 1828, la&lt;em&gt; loi du minimum : &lt;/em&gt;&#171; &lt;em&gt;Lorsqu'une plante a besoin de douze &#233;l&#233;ments pour sa croissance, elle ne parviendra jamais &#224; maturit&#233; si une de ces substances vient &#224; manquer, et elle sera continuellement rabougrie si une seule est en quantit&#233; insuffisante &#187; [&lt;a href='#nb3-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans un article intitul&#233; Von den Substanzen der Ackerkrume und des (...)' id='nh3-20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. Ces deux id&#233;es sont &#224; la base de la chimie agricole. Justus Von Liebig, utilisant ces travaux, ainsi que ceux de Saussure et de Jean Baptiste Boussinguault, pr&#233;cisera qu'il y a trois &#233;l&#233;ments essentiels, l'azote (N), le phosphore (P), et le potassium (K). Par son engagement dans les pol&#233;miques, m&#234;me &#224; tort, il dynamisera la recherche [&lt;a href='#nb3-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, Les sciences (...)' id='nh3-21'&gt;21&lt;/a&gt;] agricole : son nom va &#234;tre retenu comme celui du p&#232;re de la th&#233;orie min&#233;rale et de l'agrochimie. De plus, Liebig est aussi pr&#233;sent&#233;, dans le m&#234;me mouvement, comme celui qui aurait soit-disant &#171; d&#233;finitivement &#187; d&#233;truit la th&#233;orie de l'humus.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;De la th&#233;orie de l'humus &#224; la fertilisation organique et min&#233;rale&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Reprenant des id&#233;es traditionnelles, la &lt;em&gt;th&#233;orie de l'humus&lt;/em&gt;, &#233;labor&#233;e progressivement dans le troisi&#232;me tiers du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, semble avoir &#233;t&#233; formul&#233;e pour la premi&#232;re fois en 1763, dans les travaux du su&#233;dois Wallerius. Des chimistes reconnus comme J. H. Hassenfratz, Chaptal, Gay Lussac, Berzelius, Lampadius, ou Hermst&#228;dt la d&#233;fendent. Si elle &#233;volue au cours du temps, son principe reste constant depuis l'Antiquit&#233; : les plantes ne peuvent se nourrir que de substances qui leurs sont analogues, aussi l'humus, produit par la d&#233;composition des v&#233;g&#233;taux, est-il consid&#233;r&#233; comme la mati&#232;re principale de la nutrition des plantes, car c'est la mati&#232;re qui leur est le plus proche [&lt;a href='#nb3-22' class='spip_note' rel='footnote' title='D'apr&#232;s Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, ibid., p. (...)' id='nh3-22'&gt;22&lt;/a&gt;]. A l'origine, Wallerius pensait que les &#233;l&#233;ments de l'humus &#233;taient absorb&#233;s directement sans transformation. Plus tard, sur la base d'analyses chimiques, des chimistes comme Hassenfratz ou Hermst&#228;dt ont soutenu que l'efficacit&#233; de l'humus r&#233;sidait en sa capacit&#233; &#224; produire du carbone. Au m&#234;me moment, Davy et Ingenhousz, pourtant tenants de l'assimilation du dioxyde de carbone de l'atmosph&#232;re par les v&#233;g&#233;taux, ont d&#233;crit l'importance de l'humus comme source de carbone : le carbone produit par la d&#233;composition des mati&#232;res organiques se m&#233;langerait &#224; l'eau pour former une solution nutritive absorb&#233;e par les racines, &#224; partir de laquelle les plantes produiraient leurs mati&#232;res organiques. Elle est reprise ensuite par Albrecht Tha&#235;r, l'agronome allemand le plus influent de la premi&#232;re moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Celui-ci affirme que l'humus est &#171; une partie constituante, plus ou moins importante du sol ; la f&#233;condit&#233; du terrain d&#233;pend, &#224; proprement parler, enti&#232;rement de lui. Car, si l'on excepte l'eau, c'est la seule substance qui, dans le sol, fournisse un aliment aux plantes &#187; [&lt;a href='#nb3-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Tha&#235;r n'est pas indiff&#233;rent aux min&#233;raux. Il consid&#232;re que &#171; les min&#233;raux (...)' id='nh3-23'&gt;23&lt;/a&gt;]. Selon cette conception, le carbone, pr&#233;sent en abondance dans toutes les plantes, provenait d'une combinaison de l'acide humique du sol avec diverses bases, la chaux en particulier, et &#233;tait absorb&#233; principalement sous forme d'humate de chaux. Tha&#235;r, dont le nom restera attach&#233; &#224; cette th&#233;orie de l'humus, conclut que l'humus est une &#171; &lt;em&gt;cr&#233;ation &#187;&lt;/em&gt; tr&#232;s d&#233;compos&#233;e, produite seulement par &#171; &lt;em&gt;le pouvoir de la vie v&#233;g&#233;tale et animale &#187;, &lt;/em&gt;une cr&#233;ation qui poss&#232;de les &#233;l&#233;ments suivants : &#171; &lt;em&gt;carbone, hydrog&#232;ne, azote, oxyg&#232;ne, et une petite quantit&#233; de phosphore, de souffre, un peu de terres importantes et diff&#233;rents sels &#187; [&lt;a href='#nb3-24' class='spip_note' rel='footnote' title='Tha&#235;r, A.-D., cit&#233; in Jas, N., Les sciences agricoles en Allemagne&#8230;, M&#233;moire (...)' id='nh3-24'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;/em&gt;Il existe trois raisons au succ&#232;s de la th&#233;orie de l'humus en Allemagne &#224; la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. [&lt;a href='#nb3-25' class='spip_note' rel='footnote' title='Je reprends ici les trois arguments donn&#233;s par Nathalie Jas dans son M&#233;moire (...)' id='nh3-25'&gt;25&lt;/a&gt;]. Premi&#232;rement, contrairement &#224; la th&#233;orie de l'assimilation du dioxyde de carbone de l'air par les plantes, la th&#233;orie de l'humus ne contredit pas la philosophie naturelle de l'&#233;poque : l'organique ne peut &#234;tre engendr&#233; que par l'organique. Elle s'int&#232;gre donc dans son temps, et satisfait les tenants d'un &#171; &lt;em&gt;principe de vie des v&#233;g&#233;taux&lt;/em&gt; &#187;, qui expliquerait tous les processus de transformation de la vie v&#233;g&#233;tale. D'autre part les personnes qui ont admis l'assimilation du dioxyde de carbone de l'air par les v&#233;g&#233;taux, et m&#234;me, dans une certaine mesure, son plus ardent d&#233;fenseur, Th&#233;odore de Saussure, acquiescent &#224; cette th&#233;orie plus conforme &#224; l'esprit du temps [&lt;a href='#nb3-26' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Les sciences agricoles en Allemagne&#8230;, M&#233;moire de ma&#238;trise, (...)' id='nh3-26'&gt;26&lt;/a&gt;]. Deuxi&#232;mement, elle confirme des si&#232;cles de pratiques agricoles qui ont toujours constat&#233; l'am&#233;lioration des cultures par l'apport de mati&#232;res organiques. Elle peut donc facilement &#234;tre transpos&#233;e dans la pratique, et, ainsi, participer &#224; &#171; l'agriculture rationnelle &#187; de Tha&#235;r. Troisi&#232;mement, elle a b&#233;n&#233;fici&#233; du soutien inconditionnel de Tha&#235;r, le grand homme de l'agriculture du d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Parfaitement int&#233;gr&#233;e &#224; son syst&#232;me, qui vise &#224; obtenir le plus de gains possibles, la th&#233;orie de l'humus a l'avantage d'&#234;tre directement productive. La th&#233;orie de l'assimilation du dioxyde de carbone de l'atmosph&#232;re par les v&#233;g&#233;taux ne l'est pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, au cours du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les r&#233;sultats de la chimie agricole sur le r&#244;le des min&#233;raux et sur l'influence primordiale de l'&#233;nergie lumineuse, vont restreindre le r&#244;le de l'humus dans les pratiques agricoles. N&#233;anmoins, &#224; l'encontre de ce que l'on croit encore trop souvent, la th&#233;orie de l'humus n'a pas &#233;t&#233; d&#233;finitivement rejet&#233;e par les r&#233;sultats th&#233;oriques et pratiques de la fertilisation min&#233;rale. En fait, &#171; la th&#233;orie de l'humus ou plut&#244;t l'amendement par l'humus n'a jamais &#233;t&#233; totalement repouss&#233;. Sprengel conseille les deux types d'engrais, car, d'apr&#232;s lui, l'humus poss&#232;de des &#171; acides &#187; et sp&#233;cialement l'azote indispensable &#224; la croissance des v&#233;g&#233;taux. Liebig, lui-m&#234;me, encourage l'humus pour des raisons diff&#233;rentes. Comme Sprengel, il estime que l'atmosph&#232;re est la source du carbone des v&#233;g&#233;taux, mais les jeunes pousses ne poss&#233;dant pas encore [&#8230;] les feuillages n&#233;cessaires, ont recours &#224; leurs racines pour se procurer le carbone qui leur est indispensable &#187; [&lt;a href='#nb3-27' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 37.' id='nh3-27'&gt;27&lt;/a&gt;]. De plus, pour la plupart des agronomes, m&#234;me chimistes, particuli&#232;rement en France, le &#171; fumier reste un objet d'&#233;tude constant tout au long du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#187; [&lt;a href='#nb3-28' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit., p. (...)' id='nh3-28'&gt;28&lt;/a&gt;]. La position dominante consistera &#224; accepter les engrais chimiques comme une &#171; fumure compl&#233;mentaire &#187;. Les partisans du &#171; tout chimique &#187;, tel Georges Ville, resteront largement minoritaires, et ne feront des adeptes, au moins jusqu'&#224; la premi&#232;re guerre mondiale, que chez quelques agriculteurs qui en auront les moyens financiers. Pour voir une premi&#232;re g&#233;n&#233;ralisation, encore modeste, de la fertilisation chimique, il faudra attendre la fin du premier conflit mondial et la reconversion agrochimique des industries des explosifs et des gaz de la guerre, avec une production massive d'engrais chimiques, le renfort d'une publicit&#233;, le d&#233;ficit masculin dans les campagnes, le d&#233;veloppement de la m&#233;canisation. En attendant, comme la plupart des chimistes agricoles s'en sont rapidement aper&#231;u dans leurs essais de culture, les fumures chimiques sont souvent plus efficaces lorsqu'elles sont accompagn&#233;es de fumures organiques [&lt;a href='#nb3-29' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Chimie et agriculture en France et en Allemagne, 1870-1914, M&#233;moire (...)' id='nh3-29'&gt;29&lt;/a&gt;]. Comme le note Howard, les chimistes agricoles, m&#234;me Liebig, selon certains, ne purent longtemps ignorer l'aspect limit&#233; de leur savoir. L'attitude la plus courante consistera &#224; consid&#233;rer les &lt;em&gt;engrais chimiques comme des auxiliaires du fumier&lt;/em&gt;. La th&#233;orie de l'humus, du moins l'int&#233;r&#234;t de la fertilisation organique, n'a, ainsi, presque jamais c&#233;d&#233; le pas &#224; la fertilisation min&#233;rale dans les sciences agronomiques du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Que ce soit au sein des sciences traitant de pr&#232;s ou de loin avec des probl&#232;mes susceptibles d'int&#233;resser les agriculteurs, ou dans les relations des chimistes agricoles avec des agriculteurs les pieds sur terre, il est manifeste que la vision chimique de l'agriculture n'a pas triomph&#233; au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Ce qui a compt&#233; fortement dans son succ&#232;s au XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle est certainement &#224; chercher du c&#244;t&#233; du co&#251;t de fabrication des engrais chimiques et du b&#233;n&#233;fice que les industriels ont pu en tirer, sans oublier, bien-s&#251;r les notables &#8211; mais pas forc&#233;ment durables - am&#233;liorations de rendements qu'il &#233;tait possible d'obtenir avec eux. Mais laissons-l&#224;, pour l'instant, ces consid&#233;rations socio-&#233;conomiques, et revenons au domaine de la recherche agronomique, puisque c'est de l&#224; que d&#233;marre l'axe critique principal des fondateurs de l'agrobiologie.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Aper&#231;us sur le virage biologique des sciences agricoles &#224; la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Certains, tel Georges Ville, ou encore Sachs et Knop, les &#171; p&#232;res fondateurs de l'&#171; hydroculture &#187; &#187; [&lt;a href='#nb3-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Robin P., op. cit., p. 106.' id='nh3-30'&gt;30&lt;/a&gt;] ou culture hydroponique, ont cru &#224; une nutrition uniquement min&#233;rale. Cependant, &#224; partir des ann&#233;es 1880-1890, &#171; les microorganismes prennent de plus en plus d'importance dans la recherche agronomique &#187; [&lt;a href='#nb3-31' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit.., p. (...)' id='nh3-31'&gt;31&lt;/a&gt;]. D&#232;s 1859, Boussinguault avait not&#233; que la terre &#233;tait &#171; un r&#233;ceptacle de micro-organismes &#187; [&lt;a href='#nb3-32' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Chimie et agriculture en France et en Allemagne, 1870-1914, op. (...)' id='nh3-32'&gt;32&lt;/a&gt;]. Si l'on avait compris d&#232;s la fin du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que les v&#233;g&#233;taux absorbaient du carbone de l'atmosph&#232;re, il n'en &#233;tait pas de m&#234;me de l'azote, qui compose 78 % de l'atmosph&#232;re. Les v&#233;g&#233;taux peuvent-ils &#171; fixer &#187; l'azote atmosph&#233;rique ? Liebig l'affirmait contre tous les autres chercheurs. Schloesing et M&#252;ntz, des &#233;l&#232;ves de Boussinguault, s'appuient sur les travaux de celui-ci et sur les d&#233;couvertes de Pasteur sur les microorganismes pour voir si, non plus les v&#233;g&#233;taux, mais &#171; la terre &#187; fixe de l'azote atmosph&#233;rique. En Allemagne, l'ouverture vers les microorganismes augmente l'int&#233;r&#234;t pour la recherche sur le fumier, surtout apr&#232;s la d&#233;monstration par Hermann Hellriegel, en 1888, de la fixation d'azote atmosph&#233;rique par les l&#233;gumineuses, gr&#226;ce &#224; la pr&#233;sence de microorganismes dans les nodosit&#233;s de leurs racines. Entre ces ann&#233;es-l&#224; et la Premi&#232;re Guerre mondiale, on peut dire que la chimie agricole perdit sa position dominante dans les sciences agronomiques. C'est la biologie, d'abord avec la microbiologie des sols, puis avec la g&#233;n&#233;tique [&lt;a href='#nb3-33' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans les institutions agricoles, il se d&#233;veloppe aussi de la &#171; botanique (...)' id='nh3-33'&gt;33&lt;/a&gt;], qui t&#238;nt la premi&#232;re place. Les d&#233;couvertes sur les microorganismes amen&#232;rent une multiplication des essais sur les l&#233;gumineuses comme engrais verts, notamment apr&#232;s les travaux de Schultz-Lupitz, dans les ann&#233;es 1880 [&lt;a href='#nb3-34' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament Agricole, Pour une agriculture naturelle, op. cit., (...)' id='nh3-34'&gt;34&lt;/a&gt;]. lls suscit&#232;rent aussi de nombreux espoirs et essais pour mettre au point des engrais biologiques, notamment &#224; base d'inoculations dans le sol d'&#234;tres vivants fixateurs d'azote, essais qui all&#232;rent jusqu'&#224; la mise en place de productions commerciales. Du c&#244;t&#233; des sciences agricoles, on peut ainsi avancer que la plupart des fondateurs de l'agrobiologie [&lt;a href='#nb3-35' class='spip_note' rel='footnote' title='Outre les fondateurs et pionniers que les agrobiologistes actuels se (...)' id='nh3-35'&gt;35&lt;/a&gt;] se sont appuy&#233;s sur la tradition de l'&#233;tude agronomique du fumier et sur ce virage biologique de la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle pour l&#233;gitimer le primat qu'ils accordent aux facteurs biologiques dans l'agriculture. Etudions maintenant les principaux traits de la critique de la fertilisation min&#233;rale et de l'agrochimie d&#233;velopp&#233;e par les fondateurs de l'agriculture biologique.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Les critiques agrobiologiques de l'agrochimie&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Sur le plan agronomique, on croit souvent que l'agriculture biologique s'oppose &#224; l'agriculture chimique par son refus des engrais min&#233;raux de synth&#232;se. Les engrais que l'on disait &#171; chimiques &#187; d&#233;signaient surtout ces sacs contenant des proportions variables des &#233;l&#233;ments nutritifs r&#233;put&#233;s, depuis le triomphe de la chimie agricole, essentiels &#224; la croissance des plantes : en tout premier lieu l'azote (N), puis le phosphore (P), et le potassium (K). L'expression de &#171; mentalit&#233; NPK &#187;, forg&#233;e par Howard et reprise par Rusch [&lt;a href='#nb3-36' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p.24.' id='nh3-36'&gt;36&lt;/a&gt;] , a sans doute efficacement contribu&#233;, par la force de l'image, &#224; diffuser dans le milieu agrobiologiste, et au-del&#224;, cette d&#233;finition minimaliste et n&#233;gative, par opposition, de l'agriculture biologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, la critique &#233;cologique des engrais chimiques s'attaque avant tout &#224; leur solubilit&#233; : les engrais non consomm&#233;s par les plantes sont facilement entra&#238;n&#233;s par le ruissellement et l'infiltration vers les eaux de surface (rivi&#232;res, &#233;tangs et lacs) et vers les eaux souterraines (nappes phr&#233;atiques). Dans le cas des engrais azot&#233;s, on constate des pollutions des nappes par les nitrates, ou des ph&#233;nom&#232;nes d'eutrophisation des plans d'eau. Cependant, ce type d'inconv&#233;nients n'est pas souvent mentionn&#233; chez les fondateurs de l'agrobiologie. Leur rejet des engrais chimiques est fond&#233; sur d'autres raisons. Avant d'&#233;tudier les arguments des uns et des autres, nous allons commencer par rappeler leur position commune sur l'importance de la fumure organique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Globalement, l'agrobiologie s'est d'abord inscrite respectueusement dans la tradition de la fertilisation humique, avant de critiquer l'oubli de l'&#233;vidence du r&#244;le positif de l'humus sur la fertilit&#233; et la tendance cons&#233;cutive &#224; l'&#233;garement de la chimie agricole. Pour renouveler la th&#233;orie de l'humus, les fondateurs vont alors s'inscrire dans le virage biologique des sciences agronomiques de la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'inscription dans la tradition de la fumure organique et la d&#233;nonciation de la rupture agrochimique de l'&#233;quilibre entre production de r&#233;coltes et fertilisation&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;En tout premier lieu, les fondateurs de l'agriculture biologique re&#231;oivent humblement l'h&#233;ritage de &lt;em&gt;l'agriculture traditionnelle&lt;/em&gt; transmis par l'exp&#233;rience maintes fois r&#233;p&#233;t&#233;e des paysans. Ils s'appuient sur une observation, qui, transmise de g&#233;n&#233;rations en g&#233;n&#233;rations, &#233;tait devenue &lt;em&gt;une &#233;vidence pour les paysans&lt;/em&gt; : &lt;em&gt;l'apport r&#233;gulier de mati&#232;res organiques permet de maintenir durablement la fertilit&#233; &lt;/em&gt;des sols cultiv&#233;s. Directeur d'une ferme exp&#233;rimentale et mod&#232;le en Inde pendant sept ans, Sir Albert Howard a remarqu&#233; la grande attention que portaient les cultivateurs indiens, et ceux de l'extr&#234;me orient en g&#233;n&#233;ral [&lt;a href='#nb3-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Outre ses observations personnelles, son regard est influenc&#233; par les (...)' id='nh3-37'&gt;37&lt;/a&gt;], &#224; rapporter toutes les mati&#232;res organiques disponibles, f&#232;ces y compris, aux champs. L'agriculture serait cens&#233;e entrer ainsi dans un &#171; cercle vertueux &#187; [&lt;a href='#nb3-38' class='spip_note' rel='footnote' title='Conford P., The Origins of the Organic Movement, op. cit., p. (...)' id='nh3-38'&gt;38&lt;/a&gt;] en copiant la nature, c'est-&#224;-dire, ici, en retournant &#224; la terre la totalit&#233; des d&#233;chets organiques produit par la soci&#233;t&#233; [&lt;a href='#nb3-39' class='spip_note' rel='footnote' title='Il faut sans doute rappeler ici la r&#233;f&#233;rence au mythe primitif, naturaliste (...)' id='nh3-39'&gt;39&lt;/a&gt;]. Cette id&#233;e est d&#233;cisive pour Howard, &#224; tel point qu'il en tire l'acceptation de la R&#233;volution industrielle vis-&#224;-vis de l'agriculture, &#224; condition que l'on garantisse institutionnellement le respect de cette loi fondamentale [&lt;a href='#nb3-40' class='spip_note' rel='footnote' title='Qu'il baptisa la &#171; grande loi naturelle du retour &#187;.' id='nh3-40'&gt;40&lt;/a&gt;] dans la soci&#233;t&#233; moderne : &#171; L'essor industriel a attaqu&#233; s&#233;rieusement, par la cr&#233;ation d'une faim nouvelle, celle des besoins de la machine pour les mati&#232;res premi&#232;res, et par l'accroissement &#233;norme de la population des villes, les r&#233;serves de f&#233;condit&#233;. Une mobilisation rapide du capital du sol se manifeste. L'extension de la production industrielle et de la population n'aurait que peu ou pas d'effet si les d&#233;chets des usines et de la ville avaient &#233;t&#233; restitu&#233;s honn&#234;tement &#224; la terre. Mais cela n'a pas &#233;t&#233; fait. Il n'a pas &#233;t&#233; tenu compte du premier principe de l'agriculture ; la croissance a &#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;e mais le ph&#233;nom&#232;ne de descente vers la terre n'a pas &#233;t&#233; favoris&#233;. L'agriculture a perdu son &#233;quilibre. La lacune entre ces deux moiti&#233;s du cycle vital n'a pas &#233;t&#233; combl&#233;e, ou bien elle l'a &#233;t&#233; par des succ&#233;dan&#233;s sous forme d'engrais min&#233;raux. Les sols de la Terre sont actuellement abandonn&#233;s, &#233;puis&#233;s ou ruin&#233;s, ou bien ils sont lentement empoisonn&#233;s &#187; [&lt;a href='#nb3-41' class='spip_note' rel='footnote' title='Testament Agricole, op. cit., p. 204-205' id='nh3-41'&gt;41&lt;/a&gt;]. Aujourd'hui, plus d'un demi-si&#232;cle apr&#232;s Howard, au niveau de l'&#233;tat des sols, nous courrons encore plus vite &#224; la catastrophe. La d&#233;gradation des sols touche aujourd'hui 40 % des terres agricoles du monde et cause une baisse de rendements de l'ordre de 16 % [&lt;a href='#nb3-42' class='spip_note' rel='footnote' title='World Resources Institute, World Resources 2000-2001, People and Ecosystems (...)' id='nh3-42'&gt;42&lt;/a&gt;]. L'empoisonnement des sols peut sembler &#234;tre une affirmation un peu exag&#233;r&#233;e, mais il est presque devenu de notori&#233;t&#233; publique, depuis les travaux de Rachel Carson dans les ann&#233;es 1960, que l'usage des engrais min&#233;raux, en augmentation pour un m&#234;me rendement, d&#233;veloppe &#171; l'acidification &#187; [&lt;a href='#nb3-43' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 126 ; Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la (...)' id='nh3-43'&gt;43&lt;/a&gt;] des sols. De plus, l'augmentation et la diversification des fongicides et insecticides sont nuisibles &#224; la vie des sols, comme &#224; de nombreux autres &#234;tres vivants, l'homme y compris [&lt;a href='#nb3-44' class='spip_note' rel='footnote' title='Le canc&#233;rologue Henri Joyeux a d&#233;montr&#233; exp&#233;rimentalement que la consommation (...)' id='nh3-44'&gt;44&lt;/a&gt;]. Pour Howard, l'abandon dans la pratique agricole de la loi naturelle du retour est la cons&#233;quence de deux faits historiques corr&#233;l&#233;s : &#171; La responsabilit&#233; de ce m&#233;fait doit &#234;tre support&#233;e &#224; parties &#233;gales par les disciples de Liebig et par notre syst&#232;me &#233;conomique actuel &#187; [&lt;a href='#nb3-45' class='spip_note' rel='footnote' title='Testament Agricole, op. cit., p. 205.' id='nh3-45'&gt;45&lt;/a&gt;]. Quelques soient les variations des positions des autres fondateurs de l'agriculture biologique par rapport &#224; Howard, ils s'accordent tous &#224; voir en Liebig le personnage dont le travail agronomique repr&#233;sente le mieux la logique de l'agrochimie qu'ils rejettent. Voyons maintenant quelques-unes des critiques qu'il adresse &#224; Liebig et &#224; ses successeurs.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Une critique de l'oubli de l'&#233;vidence du r&#244;le positif de l'humus : la chimie agricole, une approche hors sol donc hors sujet &lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Tout d'abord, ils contestent radicalement que la th&#233;orie min&#233;rale liebigienne ait d&#233;montr&#233; l'inutilit&#233; de l'humus ou du fumier dans la nutrition des v&#233;g&#233;taux. Entre le r&#244;le, historiquement v&#233;rifi&#233;, et &#233;videmment positif de la mati&#232;re organique sur les rendements, d'une part, et la th&#233;orie de l'humus que Liebig croyait avoir enterr&#233;, d'autre part, il y a un foss&#233;, celui qui s&#233;pare &lt;em&gt;l'&#233;vidence de terrain&lt;/em&gt; des pol&#233;miques des chercheurs &#224; propos de leurs th&#233;ories respectives. Si les partisans de la th&#233;orie de l'humus avan&#231;aient quelques id&#233;es que l'on juge partiellement erron&#233;es aujourd'hui, telles celle de l'origine humique des mati&#232;res carbon&#233;es des plantes, ou celle de l'humus, except&#233; l'eau, comme seule source nutritive &#233;daphique des v&#233;g&#233;taux, cela est loin de constituer un argument scientifique pour relativiser le r&#244;le de l'humus. Howard souligne ainsi, &#224; propos du raisonnement de Liebig : &#171; Il ne lui vint pas &#224; l'esprit que l'importance de l'humus ne d&#233;pendait pas de la forme de la th&#233;orie sur l'humus &#187; [&lt;a href='#nb3-46' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 172.' id='nh3-46'&gt;46&lt;/a&gt;]. On peut bien r&#233;futer toutes les th&#233;ories qui voudraient prouver l'utilit&#233; de l'humus pour la croissance des plantes, il demeurera que le pass&#233; et le futur montreront toujours que, concr&#232;tement, l'apport de mati&#232;res organiques favorise la croissance des plantes terrestres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Howard, comme tant de chimistes agricoles par la suite, tels Gilbert et Lawes &#224; Rothamsted, Liebig n&#233;gligea que la terre arable contient toujours de humus tr&#232;s actif. Il semble &lt;em&gt;que Howard indique, par cette critique, l'origine abstraite des orientations de recherches sur la nutrition v&#233;g&#233;tale qui ont vu le jour depuis le XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/em&gt;. Entre le fumier et les sels de fumiers r&#233;pertori&#233;s par les analyses des chimistes apr&#232;s combustion dudit fumier, &#224; la suite des observations de Bernard Palissy, il se pose le m&#234;me probl&#232;me qu'entre, d'un c&#244;t&#233;, les champs o&#249; poussent les r&#233;coltes des hommes depuis bien longtemps, et, de l'autre, les cultures en pot de Van Helmont o&#249; le r&#244;le du sol est tenu pour n&#233;gligeable, le poids de celui ci ne variant quasiment pas. Tout simplement, le probl&#232;me qui se pose est &lt;em&gt;celui de la scientificit&#233; des questionnements sur la croissance des plantes qui se posent &#224; partir du XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/em&gt;. En effet, ces id&#233;es nouvelles sur la nutrition v&#233;g&#233;tale ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es, pour ainsi dire, contre les &#233;vidences de la tradition agricole [&lt;a href='#nb3-47' class='spip_note' rel='footnote' title='D'autre part, selon Paul Robin (Horticulture sans sol, op. cit., p. (...)' id='nh3-47'&gt;47&lt;/a&gt;]. Quelle rationalit&#233; y a-t-il &#224; chercher des r&#233;ponses sur la croissance des plantes hors du sol dans le cas des plantes terrestres ? De m&#234;me, devant &lt;em&gt;l'efficacit&#233; av&#233;r&#233;e du fumier&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;pourquoi s'acharner &#224; supputer que seuls les sels qu'il contient seraient efficaces ?&lt;/em&gt; Par la suite, en gardant toujours &#224; l'id&#233;e le fait traditionnel de l'entretien organique r&#233;ussi de la fertilit&#233; des champs, quelle v&#233;ritable pertinence scientifique y a-t-il dans les renseignements sur les besoins &#233;l&#233;mentaires des v&#233;g&#233;taux fournis par l'analyse des cendres de v&#233;g&#233;taux ? Certes, ces renseignements sont utilisables, car en sachant que les plantes ont notamment besoin des nutriments min&#233;raux trouv&#233;s dans leurs cendres, on peut aller leur en chercher ou fabriquer. Mais &lt;em&gt;quel est le rapport avec la croissance naturelle des plantes ?&lt;/em&gt; Que peut-on apprendre, avec ce type d'exp&#233;rimentations hors sol ou par combustion, qui puisse &#233;clairer le savoir ordinaire quant au r&#244;le positif des sols contenant de l'humus sur la croissance des plantes ? Howard, m&#234;me s'il reconna&#238;t une utilit&#233; au savoir chimique [&lt;a href='#nb3-48' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour &#233;crire The Waste Products of Agriculture, Howard s'entoure du chimiste (...)' id='nh3-48'&gt;48&lt;/a&gt;], ne lui attribue qu'une place secondaire et limit&#233;e [&lt;a href='#nb3-49' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Testament agricole, p. 173.' id='nh3-49'&gt;49&lt;/a&gt;]. La rupture introduite par la science occidentale avec la pratique et le savoir surtout organiques des paysans lui semble infond&#233;e [&lt;a href='#nb3-50' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. l'Introduction de l'ouvrage d'Howard et Y.D. Wad, intitul&#233; The Waste (...)' id='nh3-50'&gt;50&lt;/a&gt;] : &#171; Suivant Howard, le r&#244;le de la science agricole devrait &#234;tre d'expliquer les raisons du succ&#232;s des m&#233;thodes traditionnelles et de trouver des voies pour les am&#233;liorer &#187; [&lt;a href='#nb3-51' class='spip_note' rel='footnote' title='Conford P., op. cit.., p. 19 (ma traduction).' id='nh3-51'&gt;51&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La th&#233;orie min&#233;rale relativis&#233;e : les d&#233;monstrations scientifiques d'une nutrition v&#233;g&#233;tale organique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La domination de la chimie agricole a pouss&#233; certains &#224; m&#233;priser le r&#244;le des aspects organiques dans la nutrition des plantes. Certains, tel Georges Ville, ou encore Julius Sachs et Wilhelm Knop, les &#171; p&#232;res fondateurs de l'&#171; hydroculture &#187; &#187; [&lt;a href='#nb3-52' class='spip_note' rel='footnote' title='Robin, P., op. cit, p. 106.' id='nh3-52'&gt;52&lt;/a&gt;] ou culture hydroponique, ont cru &#224; une nutrition uniquement min&#233;rale des plantes [&lt;a href='#nb3-53' class='spip_note' rel='footnote' title='On parle de dogme de la min&#233;ralisation &#171; pour qualifier la th&#232;se fortement (...)' id='nh3-53'&gt;53&lt;/a&gt;]. Or, apr&#232;s les d&#233;couvertes d'Hellriegel sur la capacit&#233; des l&#233;gumineuses &#224; fixer l'azote atmosph&#233;rique, gr&#226;ce &#224; des microorganismes, apr&#232;s les premiers travaux sur les symbioses mycorhiziennes [&lt;a href='#nb3-54' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Robert indique que le mot mycorhize date de 1899, ce qui permet de (...)' id='nh3-54'&gt;54&lt;/a&gt;], sur lesquelles insistent abondamment Howard [&lt;a href='#nb3-55' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour Howard, les champignons mycorhizes forment un &#171; pont vivant &#187; (p.88) (...)' id='nh3-55'&gt;55&lt;/a&gt;], apr&#232;s les travaux du prix Nobel finlandais Virtanen, en 1936, et ceux de son compatriote Miettinen, en 1957 [&lt;a href='#nb3-56' class='spip_note' rel='footnote' title='Cadiou, P., et alii, L'agriculture biologique en France, &#233;cologie ou (...)' id='nh3-56'&gt;56&lt;/a&gt;], sur lesquels s'appuie Hans Peter Rusch, il n'est plus scientifiquement s&#233;rieux de douter de l'existence d'une nutrition organique des plantes. Non seulement la vie du sol aide ou m&#234;me permet la nutrition min&#233;rale des plantes dans le cas d'une terre fertile, mais, dans le cas des mycorhizes, l'intimit&#233; entre les champignons et la plante fait que l'on ne sait plus exactement o&#249; s'arr&#234;te la vie du sol et o&#249; commence la plante [&lt;a href='#nb3-57' class='spip_note' rel='footnote' title='Un fait qui nous entra&#238;ne vers une vision holiste de la dynamique biologique (...)' id='nh3-57'&gt;57&lt;/a&gt;]. De plus, des mol&#233;cules organiques peuvent &#234;tres absorb&#233;es directement par les racines sans passer par une min&#233;ralisation compl&#232;te. Miettinen a mis ainsi en &#233;vidence l'absorption v&#233;g&#233;tale d'&#171; acides amin&#233;s marqu&#233;s au carbone 14 &#187;. Howard, &#224; la fin de sa vie, ou Albrecht, aux Etats Unis, avanceront l'id&#233;e d'un v&#233;ritable cycle des substances prot&#233;iques, qui passeraient, en &#233;tant peu d&#233;grad&#233;es, des microorganismes aux plantes, des plantes aux animaux, de ceux-ci au sol, via les excr&#233;ments. Hans Peter Rusch avancera, dans cette perspective, l'hypoth&#232;se d'un &#171; cycle de la substance vivante &#187; et il consid&#233;rera que les &#233;changes macromol&#233;culaires constituent le principe fondamental de la nutrition des v&#233;g&#233;taux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;sumons-nous. La critique agronomique de l'agrobiologie envers l'agrochimie se d&#233;cline sous au moins cinq aspects. D'abord, elle reproche &#224; la science agricole moderne sa d&#233;connexion d'avec le savoir paysan traditionnel [&lt;a href='#nb3-58' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans son Testament agricole, d&#233;non&#231;ant l'&#171; ermite de laboratoire &#187; (p. 151), (...)' id='nh3-58'&gt;58&lt;/a&gt;]. Deuxi&#232;mement, elle d&#233;clare nulle et non avenue la soit-disant victoire de la th&#233;orie min&#233;rale sur la th&#233;orie de l'humus, vu que ce n'est pas une vue de l'esprit qui fait que les plantes &#171; aiment &#187; les sols contenant de l'humus : il faut donc poser la question agricole &#224; partir de cette r&#233;alit&#233; aveuglante et &lt;em&gt;globale&lt;/em&gt;. Troisi&#232;mement, l'observation banale du r&#244;le &#171; nutritif &#187; de l'humus a &#233;t&#233; confirm&#233;e par la mise &#233;vidence scientifique d'une nutrition organique des plantes. Quatri&#232;mement, l'agrobiologie condamne le remplacement trompeur du retour des d&#233;chets organiques &#224; la terre par les engrais min&#233;raux, suite &#224; l'emprise du capitalisme, de la R&#233;volution industrielle, et de la chimie agricole sur l'agriculture. Elle r&#233;fute, enfin, la pr&#233;tention h&#233;g&#233;monique de la chimie sur l'agriculture, car les principales influences, dans un champ, sont d'ordre &lt;em&gt;biologique [&lt;a href='#nb3-59' class='spip_note' rel='footnote' title='Par exemple, Howard L.-E., Sir Albert Howard in India, ibid., p. (...)' id='nh3-59'&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. Ceci &#233;tant dit, il demeure que l'agriculture biologique, depuis sa fondation, a du mal &#224; justifier son approche sur au moins deux probl&#232;mes importants. Premi&#232;rement, m&#234;me si l'on peut remettre en cause la scientificit&#233; de l'agrochimie, il faut bien reconna&#238;tre qu'elle a permis souvent, mais temporairement ou au prix d'un co&#251;t &#233;cologique exorbitant [&lt;a href='#nb3-60' class='spip_note' rel='footnote' title='Erosion violente des sols, pollutions du aux quantit&#233;s croissante d'engrais (...)' id='nh3-60'&gt;60&lt;/a&gt;], un accroissement spectaculaire des &lt;em&gt;rendements&lt;/em&gt;. L'agriculture biologique, malgr&#233; certains r&#233;sultats exemplaires, ne peut pas, en g&#233;n&#233;ral, se targuer des m&#234;mes rendements [&lt;a href='#nb3-61' class='spip_note' rel='footnote' title='D'o&#249; la critique facile adress&#233;e &#224; l'agriculture biologique :&#171; si tous les (...)' id='nh3-61'&gt;61&lt;/a&gt;]. Doit-on se contenter de dire que l'agrochimie extorque des rendements contre-nature ? On pr&#233;f&#233;rera travailler avec une hypoth&#232;se plus conforme au mouvement de croissance de la biosph&#232;re. A l'&#233;tat spontan&#233;, la vie augmente, que ce soit en biomasse ou en biodiversit&#233;. Une agriculture &#171; scientifique &#187; devrait pouvoir &lt;em&gt;cultiver la nature&lt;/em&gt;, donc accompagner son d&#233;veloppement biologique, et donc, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; accro&#238;tre ses rendements, &#224; un rythme proche de ce qui se passe &#224; l'&#233;tat sauvage. De m&#234;me, si l'on est en droit de remettre en cause la scientificit&#233; de la th&#233;orie min&#233;rale d'un point de vue &lt;em&gt;holiste&lt;/em&gt;, global, on ne peut cependant pas nier que, d'un point de vue &lt;em&gt;r&#233;ductionniste&lt;/em&gt;, elle soit vraie [&lt;a href='#nb3-62' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.P., La f&#233;condit&#233; du sol, op cit., p. 309-310.' id='nh3-62'&gt;62&lt;/a&gt;] : les plantes peuvent pousser dans une solution d'eau et de min&#233;raux [&lt;a href='#nb3-63' class='spip_note' rel='footnote' title='Entre ces deux approches, il y a une diff&#233;rence de nombres de facteurs pris (...)' id='nh3-63'&gt;63&lt;/a&gt;]. Ceci nous m&#232;ne au deuxi&#232;me probl&#232;me : l'approche holiste pr&#244;n&#233;e par l'agriculture biologique [&lt;a href='#nb3-64' class='spip_note' rel='footnote' title='Voici trois citations, parmi bien d'autres, qui illustre le holisme des (...)' id='nh3-64'&gt;64&lt;/a&gt;] a du mal &#224; &#234;tre autre chose qu'une rationalisation de l'agriculture traditionnelle, elle aussi bas&#233;e sur l'importance des ph&#233;nom&#232;nes biologiques dans les champs. En effet, si les fondateurs respectent les v&#233;rit&#233;s de la tradition paysanne, ils pr&#233;tendent &#233;galement s'appuyer sur une compr&#233;hension globale de la nature. Or, comme nous l'avons d&#233;j&#224; montr&#233; au d&#233;but de notre deuxi&#232;me partie, il s'agit bien plus d'une &#233;vocation de la nature que d'une compr&#233;hension claire de celle-ci, susceptible d'&#234;tre &#233;tay&#233;e par des d&#233;monstrations scientifiques. L'effort, en direction d'une &lt;em&gt;r&#233;conciliation rationnelle de l'agriculture et de la nature,&lt;/em&gt; demeure inachev&#233; chez les fondateurs de l'agriculture biologique. Cependant, &#224; travers la place centrale de l'humus et l'&#233;vocation de la for&#234;t comme mod&#232;le de fertilit&#233; dans les travaux des fondateurs, il est possible d'aller plus loin (cf. &#167;43). Mais d&#233;couvrons d'abord progressivement l'interpr&#233;tation de l'histoire agronomique du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle selon les fondateurs de l'agrobiologie.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'agronomie moderne et les fondateurs de l'agriculture biologique&lt;/h3&gt;
&lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;L'irruption de la chimie dans l'agriculture&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Les historiens de la chimie que nous avons pu lire ne mentionnent pas les raisons positives pour lesquelles des chimistes se sont int&#233;ress&#233;s &#224; la fertilit&#233; des sols agricoles. Ce constat appelle un ensemble de remarques, car la mise en relation des questions de la chimie avec celles de l'agriculture ne va pas de soi. L'exp&#233;rience commune de plusieurs mill&#233;naires dans l'observation et la compr&#233;hension de la croissance des v&#233;g&#233;taux semble ne s'&#234;tre jamais focalis&#233;e sur les qualit&#233;s et les quantit&#233;s d'&#233;l&#233;ments chimiques ou min&#233;raux contenus dans les sols. L'exp&#233;rience humaine ordinaire, quand elle se risquait &#224; des hypoth&#232;ses ou des affirmations issues de l'observation empirique, penchait pr&#233;f&#233;rablement pour des explications de type biologique [&lt;a href='#nb3-65' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme nous l'avons rapport&#233; plus haut avec le cas de la th&#233;orie et de l'usage (...)' id='nh3-65'&gt;65&lt;/a&gt;] : les &#234;tres vivants d&#233;pendent d'autres &#234;tres vivants pour se d&#233;velopper. D'ailleurs, au cours des controverses qui vont agiter le monde des agronomes du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les agronomes, parfois chimistes, qui vont s'opposer aux pr&#233;tentions des chimistes agricoles, vont le faire au nom de la tradition d'efficacit&#233; reconnue aux amendements ou engrais [&lt;a href='#nb3-66' class='spip_note' rel='footnote' title='La litt&#233;rature agronomique et agricole actuelle distingue assez fr&#233;quemment &#171; (...)' id='nh3-66'&gt;66&lt;/a&gt;] organiques, particuli&#232;rement au plus connu et reconnu d'entre eux, le fumier. Dans cette optique, les agriculteurs biologiques pourront se chercher une filiation paradoxale chez l'agronome chimiste fran&#231;ais Boussinguault, qui aurait d&#233;fendu le fumier contre Liebig et ses engrais chimiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette attribution de la fertilit&#233;, ou de ce qui fait pousser les plantes, &#224; la graisse et &#224; d'autres substances de nature organique peut sembler &#234;tre une des lacunes du savoir antique, et notamment aristot&#233;licien, sur la biologie. Cette lacune est la non diff&#233;renciation entre les &#234;tres vivants h&#233;t&#233;rotrophes et ceux qui sont autotrophes, - une diff&#233;renciation qui ne recoupe pas exactement celle du r&#232;gne animal et du r&#232;gne v&#233;g&#233;tal. Il faudra attendre les d&#233;couvertes scientifiques sur la photosynth&#232;se pour comprendre qu'une des grandes sp&#233;cificit&#233;s des plantes est leur capacit&#233; &#224; transformer l'&#233;nergie physique du soleil, ainsi que des mati&#232;res min&#233;rales en mati&#232;re biologique, en vie [&lt;a href='#nb3-67' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette singularit&#233;, r&#233;serv&#233; aux plantes et &#224; de nombreuses bact&#233;ries, place (...)' id='nh3-67'&gt;67&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les chimistes qui se sont essay&#233; &#224; la chimie agricole, comme &#171; Chaptal, Davy de Saussure ou encore Hermbstaedt &#187;, ne poss&#233;daient pas les outils susceptibles de fournir des r&#233;sultats convaincants et / ou utilisables par les scientifiques que sont les chimistes agricoles. A cette &#233;poque, ce sont des agronomes praticiens comme Tha&#235;r ou Dombasle qui r&#233;ussissent &#224; convaincre le plus grand nombre. Dans les ann&#233;es 1830-1850, ces m&#233;thodes vont &#234;tres mises au point. Liebig met au point une m&#233;thode d'analyse &#233;l&#233;mentaire en 1830, Varrentrapp et Will une m&#233;thode de dosage de l'azote en 1841, et de nombreuses m&#233;thodes de titration de tr&#232;s grande valeur sont obtenues &#224; partir de 1840-1850. Cependant, selon Nathalie Jas, il semble &#171; difficile de justifier par le simple fait que les chimistes disposent d'un outil efficace, l'int&#233;r&#234;t qu'ils portent &#224; la recherche agronomique et, le fait qu'ils aient r&#233;ussi &#224; faire attribuer &#224; leurs recherches une qualit&#233; si importante que ces derni&#232;res disqualifient les travaux de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs et de leurs contemporains qui [&#8230;] n'utilisaient ou n'utilisent pas essentiellement l'analyse chimique pour &#233;tudier l'agriculture &#187; [&lt;a href='#nb3-68' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit., (...)' id='nh3-68'&gt;68&lt;/a&gt;]. Nathalie Jas fait appel aux facteurs psychologiques, sociaux, et politiques pour mieux cerner cette emprise progressive de la chimie et des chimistes sur l'agriculture. Cependant, on ne voudrait pas sous estimer ici la secousse sociale qu'a constitu&#233; l'av&#232;nement de la chimie en tant que science moderne au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, notamment en Allemagne, avec V&#246;lher et surtout Liebig :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les chimistes viennent, de tous les coins du monde, &#171; apprendre &#187; en Allemagne. La chimie sera, &#224; la fois et corr&#233;lativement, la premi&#232;re science &#224; faire communiquer de mani&#232;re r&#233;gl&#233;e production de la recherche et production des chercheurs, c'est-&#224;-dire &#224; entra&#238;ner ses &#233;tudiants d'une mani&#232;re qui &#171; mime &#187; la recherche, et la premi&#232;re science effectivement internationale. [&#8230;] La chimie triomphante du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle se glorifie d'&#234;tre une science active, qui ne se soumet plus &#224; la nature, multiple et circonstancielle, mais en ma&#238;trise les proc&#233;d&#233;s ; elle se glorifie aussi d'&#234;tre une science autonome, d&#233;sint&#233;ress&#233;e, bref, acad&#233;mique &#187; [&lt;a href='#nb3-69' class='spip_note' rel='footnote' title='Stengers I., L'affinit&#233; ambigu&#235;, Le r&#234;ve newtonien de la chimie du XVIIIe (...)' id='nh3-69'&gt;69&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et cela, d'autant plus que l'on pourrait proposer une interpr&#233;tation, partag&#233;e par Howard et Rusch, et peut-&#234;tre satisfaisante, de l'int&#233;r&#234;t des chimistes pour l'agriculture, puis de l'emprise de la chimie sur la recherche agronomique, &#224; travers le prisme du caract&#232;re in&#233;dit et impressionnant des r&#233;sultats des chimistes au niveau de la nutrition v&#233;g&#233;tale. Ainsi, malgr&#233; ses critiques, Howard reconna&#238;t la pertinence des r&#233;sultats des exp&#233;riences de fertilisation chimiques men&#233;es &#224; Rothamsted :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les exp&#233;riences c&#233;l&#232;bres sur le Broadbalk Field attir&#232;rent l'attention de tous les agriculteurs. Elles &#233;taient tellement impressionnantes, tellement correctes du point de vue scientifique, elles fournissaient tellement d'&#233;claircissements, qu'elles influenc&#232;rent la mode jusqu'&#224; la fin du si&#232;cle dernier, lorsque l'&#233;clat de la grande &#233;poque de la chimie se ternit &#187; [&lt;a href='#nb3-70' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 172-173. On reviendra, par ailleurs, sur (...)' id='nh3-70'&gt;70&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me, Hans Peter Rusch prend la mesure de l'&#233;v&#233;nement constitu&#233; par les r&#233;sultats &#233;tonnants des exp&#233;riences fondatrices de la chimie agricoles, en h&#233;sitant pas &#224; recourir au vocabulaire du &#171; miracle &#187;, &#224; l'instar, un peu paradoxalement, des thurif&#233;raires de l'agrochimie jusqu'&#224; aujourd'hui :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; On peut imaginer l'&#233;tonnement qu'une telle d&#233;couverte provoqua dans le monde ; la fumure organique pr&#233;conis&#233;e par Tha&#235;r &#233;tait une chose obscure, inexpliqu&#233;e, voire myst&#233;rieuse ; nul ne pouvait dire comment elle agissait r&#233;ellement. Vint alors l'explication scientifique, claire et rigoureuse. Une analyse chimique du sol permettait de mettre facilement en &#233;vidence une carence min&#233;rale, et quand on apportait au sol des compos&#233;s chimiques (sels min&#233;raux) directement assimilables par les plantes, on faisait la d&#233;monstration qu'il &#233;tait possible, m&#234;me sur des sols infertiles, mieux encore sur des graviers, du sable et de l'eau, sans aucune participation du sol, d'obtenir miraculeusement une croissance exub&#233;rante des plantes &#187; [&lt;a href='#nb3-71' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21.' id='nh3-71'&gt;71&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La ligne d'interpr&#233;tation, que l'on voudrait proposer ici, consisterait &#224; avancer que le c&#244;t&#233; spectaculaire des exp&#233;riences, d&#233;j&#224; hors sol, des d&#233;buts de la chimie agricole, a s&#233;duit un grand nombre de personnes et de chercheurs. On ne comprenait pas grand-chose au sol, comme on ne comprend toujours pas bien aujourd'hui comment il fonctionne [&lt;a href='#nb3-72' class='spip_note' rel='footnote' title='L'azote, par exemple, est tr&#232;s fluctuant dans les sols. Les analyses peuvent (...)' id='nh3-72'&gt;72&lt;/a&gt;]. Face au flou entourant la th&#233;orie de l'humus, les exp&#233;riences r&#233;ussies de nutrition min&#233;rale des plantes auraient donn&#233; l'occasion &#224; beaucoup, non pas de sortir de l'obscurit&#233; o&#249; se trouvait la connaissance des sols, mais, plus simplement, &lt;em&gt;d'oublier le sol&lt;/em&gt;. On reviendra sur les raisons qui ont rendu &#8211; et rendent toujours aujourd'hui de moins en moins - cet oubli possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;3&lt;em&gt;Un probl&#232;me nomm&#233; Justus Von Liebig&lt;/strong&gt;3&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Liebig est utilis&#233; par les partisans de l'agrochimie, qui voit en elle un incontestable progr&#232;s de l'agronomie et de l'agriculture par rapport aux autres approches, comme le p&#232;re de cette approche. Il y a, pour eux, un avant et un apr&#232;s Liebig [&lt;a href='#nb3-73' class='spip_note' rel='footnote' title='On en finirait pas de citer les auteurs qui partage ce point de vue (...)' id='nh3-73'&gt;73&lt;/a&gt;]. Avec Liebig, l'agriculture est entr&#233;e dans la modernit&#233;. La th&#233;orie min&#233;rale de Liebig, constitu&#233;e de la &lt;em&gt;loi de restitution&lt;/em&gt; et de la &lt;em&gt;loi du minimum&lt;/em&gt;, aurait fait entrer l'agriculture dans l'&#226;ge scientifique. Plus, et plus intriguant aussi, il s'agirait d'un &#171; miracle &#187;. M&#234;me s'il faut resituer, ici, le mot miracle dans le discours de l'id&#233;ologie scientiste [&lt;a href='#nb3-74' class='spip_note' rel='footnote' title='L'id&#233;ologie scientiste prend son essor en m&#234;me temps que les trouvailles (...)' id='nh3-74'&gt;74&lt;/a&gt;], pour lequel la science moderne vient remplacer la religion et son obscurantisme, on doit tenir compte de l'effet de renforcement sur le grand nombre d'une telle qualification. En effet, la pr&#233;sentation d'un r&#233;sultat de recherche non seulement comme scientifique mais aussi comme un miracle [&lt;a href='#nb3-75' class='spip_note' rel='footnote' title='Encore tout r&#233;cemment : voir Boulaine J., Quatre si&#232;cles de fertilisation, (...)' id='nh3-75'&gt;75&lt;/a&gt;] ne manque pas de dissuader fortement un grand nombre de personnes de le remettre en cause. L'&#233;tiquette &#171; scientifique &#187; ou &#171; selon les experts &#187; y suffisant d&#233;j&#224; g&#233;n&#233;ralement amplement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une des cons&#233;quences de cette situation est que l'aspect scientifique de l'agrochimie, symbolis&#233; par la figure et les lois de Liebig, a pu masquer la complexit&#233; des enjeux agronomiques et scientifiques, mais aussi sociaux, &#233;conomiques, et &#233;cologiques que contient le d&#233;veloppement de la recherche agricole et de la pratique de l'agriculture d&#233;termin&#233;e par l'agrochimie. Nathalie Jas a, ainsi, bien mis en &#233;vidence que le succ&#232;s de la chimie agricole en tant que discipline scientifique ne pouvait &#234;tre uniquement imputable &#224; ses m&#233;thodes et r&#233;sultats d'exp&#233;rimentation. Comme Howard, elle a not&#233; que le d&#233;veloppement de la th&#233;orie min&#233;rale et de l'agrochimie ont r&#233;pondu &#224; une demande tr&#232;s forte de la soci&#233;t&#233;. La R&#233;volution industrielle, en appelant une main-d'&#339;uvre croissante dans les villes, a g&#233;n&#233;r&#233; une demande de produits agricoles, alimentaires et textiles notamment, &#224; laquelle la modernisation [&lt;a href='#nb3-76' class='spip_note' rel='footnote' title='Mais aussi l'importation agricole en provenance des colonies, (...)' id='nh3-76'&gt;76&lt;/a&gt;] de l'agriculture a r&#233;pondu. Dans ce bouleversement, qui concerne la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re, les engrais chimiques, comme la m&#233;canisation croissante, et la s&#233;lection du b&#233;tail, ont &#233;t&#233; des moyens attendus et recherch&#233;s activement, pour accro&#238;tre les rendements. Les moyens agricoles issus de la R&#233;volution industrielle sont employ&#233;s de plus en plus pour des raisons diverses selon les situations. Il peut s'agir de compenser le d&#233;part de la main d'&#339;uvre agricole, attir&#233;e par l'espoir de meilleurs salaires dans les usines. Il peut s'agir aussi de lib&#233;rer volontairement de la main d'&#339;uvre agricole pour l'industrie, en esp&#233;rant faire plus de profit avec les nouveaux moyens plut&#244;t qu'avec l'ancienne main-d'&#339;uvre. Quoi qu'il en soit, il s'est produit un transfert massif des travailleurs depuis l'agriculture vers l'industrie, celle-ci &#233;tant, opportun&#233;ment et id&#233;ologiquement, consid&#233;r&#233;e comme le domaine essentiel du progr&#232;s [&lt;a href='#nb3-77' class='spip_note' rel='footnote' title='Comme le rappelle Jan Dessau et Yves Lepape, dans l'id&#233;ologie de notre (...)' id='nh3-77'&gt;77&lt;/a&gt;]. Mais revenons pr&#233;cis&#233;ment au rapport &#224; Liebig des fondateurs de l'agrobiologie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand on &#233;voque la question de l'histoire de l'agriculture moderne, ou de l'agrochimie plus particuli&#232;rement, le nom de Liebig revient presque syst&#233;matiquement. Les fondateurs de l'agrobiologie n'&#233;chappent pas &#224; cette r&#232;gle : s'il y a un seul nom qu'ils citent de concert pour d&#233;signer l'agrochimie, c'est bien celui de Justus Von Liebig.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand ils ne le rejettent pas compl&#232;tement, en jugeant hors sujet la th&#233;orie et l'usage agricole des engrais chimiques, ils avancent que Liebig n'&#233;tait pas aussi radical que l'ont dit ceux qui l'ont &#233;rig&#233; en p&#232;re de la fumure &#171; tout chimique &#187;. Pour cela, on trouve deux voies. La premi&#232;re, emprunt&#233;e par Ehrenfried Pfeiffer, voudrait que Liebig ne soit pas un chercheur mat&#233;rialiste : certains de ses propos autoriseraient une poursuite de la recherche agricole dans la perspective de la &#171; science spirituelle &#187; steinerienne. La seconde, emprunt&#233;e par Rusch, consiste &#224; avancer que Liebig aurait reconnu s'&#234;tre tromp&#233; &#224; la fin de sa vie. Ce n'est pas l'avis de Nathalie Jas. Pour cette auteur, Liebig a mis longtemps &#224; reconna&#238;tre ses erreurs, notamment &#224; propos de son affirmation de l'inutilit&#233; des engrais azot&#233;s. Mais, dans la septi&#232;me &#233;dition de son principal ouvrage, &lt;em&gt;Die Chemie und ihrer Anwendung auf Agrikulture und Physiologie&lt;/em&gt;, l&#224; o&#249; il r&#233;ussit &#224; construire le mythe qui lui survit, il ne reconna&#238;t jamais pour autant qu'il a &#171; d&#233;fendu avec virulence et intransigeance le contraire &#187; [&lt;a href='#nb3-78' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit., p. (...)' id='nh3-78'&gt;78&lt;/a&gt;]. On apportera d'autres citations qui confortent l'id&#233;e d'une sorte de r&#233;cup&#233;ration &#8211; paradoxale ? - du personnage le plus c&#233;l&#232;bre de la chimie agricole par Hans Peter Rusch. Malgr&#233; la tentation de conclure &#224; une d&#233;marche un peu d&#233;plac&#233;e, il est plus pertinent d'inviter &#224; retrouver les &#233;ventuelles r&#233;f&#233;rences aux textes de Liebig, bien qu'elles ne soient pas mentionn&#233;es dans l'ouvrage de Rusch, pour trancher le probl&#232;me de l'existence ou non d'un changement profond dans les conceptions de Liebig. Peut-&#234;tre, en tout cas, faut-il voir dans cette d&#233;marche le souci de Rusch de favoriser le dialogue avec les tenants de l'agrochimie, en leur laissant entendre que l'on peut s'y tromper et le reconna&#238;tre honn&#234;tement, en bonne &#233;thique scientifique, sans honte, &#224; la suite du fondateur d&#233;sign&#233;, du moins en Allemagne, de la discipline.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Liebig est devenu incontournable mais il a lui-m&#234;me, &#224; la fin de sa vie, contribu&#233; &#224; la construction de son propre mythe. Il est devenu si incontournable que les fondateurs de l'agriculture biologique se sont sentis, eux aussi, oblig&#233;s, de se positionner par rapport &#224; lui. Au risque de s'enfermer dans le sch&#233;ma des thurif&#233;raires de l'agrochimie, mais &#224; l'envers. Or, la critique agrobiologique fondatrice ne cherche pas toujours, loin de l&#224;, &#224; rejeter toute la modernisation agricole. Il faut aller au-del&#224; de la figure tut&#233;laire de Liebig, car le mythe du chimiste de Giessen tend plus &#224; brouiller les cartes qu'&#224; permettre un discernement valable sur les postions des fondateurs vis-&#224;-vis de l'h&#233;ritage historique de l'agronomie du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Une fa&#231;on de montrer ce rapport complexe de l'agrobiologie aux d&#233;veloppements de l'agronomie consiste &#224; &#233;voquer quelques aspects des controverses d'agronomes que les fondateurs &#233;voquent dans leurs &#233;crits, ou qui pourraient &#233;clairer la probl&#233;matique agrobiologique. Un aper&#231;u de la &#171; querelle de l'azote &#187; montre des conceptions diff&#233;rentes des r&#244;les et du rapport entre science exp&#233;rimentale, instruments de laboratoire, et exp&#233;riences aux champs. On verra aussi que cette querlle et ces conceptions variables recoupent deux mythes agronomiques nationaux, avec Liebig en Allemagne et Boussinguault en France. Des auteurs comme Jan Dessau et Yves Le Pape, ou Jean Keilling, ont propos&#233;, dans les ann&#233;es 1970, de resituer l'agrobiologie par rapport &#224; ces grandes figures de l'histoire agronomique. Nous r&#233;pondons ici modestement &#224; cette invitation, en esquissant une reconstruction des controverses agronomiques, telles que per&#231;ues par les historiens de l'agronomie et par les fondateurs de l'agrobiologie. Tant&#244;t on trouverait Boussinguault oppos&#233; &#224; Liebig, tant&#244;t Tha&#235;r oppos&#233; &#224; Liebig, et tant&#244;t Liebig contre lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Attardons-nous donc sur la &#171; querelle de l'azote &#187;, en saisissant d'abord l'argument &#233;pist&#233;mologique utilis&#233; par Liebig pour valider ses r&#233;sultats et disqualifier ceux qui observent et &#233;tudient l'agriculture en passant par les champs. On trouvera l&#224; un prolongement de ce que nous avons esquiss&#233; plus haut au sujet de la force de p&#233;n&#233;tration culturelle de la nouvelle science moderne que repr&#233;sente la chimie du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette querelle de l'azote a oppos&#233;, d'un c&#244;t&#233;, et dans un premier temps, de 1843 &#224; 1855, Lawes, fondateur de la ferme exp&#233;rimentale Rothamsted, et son assistant Gilbert, &#224; Liebig, de l'autre c&#244;t&#233;. Dans un second temps, elle opposera, &#224; partir de 1856, Liebig &#224; des chimistes agricoles allemands, St&#246;ckhardt et Wolff, notamment [&lt;a href='#nb3-79' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 39 et 75. Notre propos sur cette querelle se veut tr&#232;s modeste, (...)' id='nh3-79'&gt;79&lt;/a&gt;]. Lawes, Gilbert, St&#246;ckhardt et Wolff consid&#232;rent les fumures azot&#233;es comme essentielles, contrairement &#224; Liebig. Liebig, s'appuyant sur Boussinguault, pense que les plantes puisent l'azote qui leur est n&#233;cessaire dans l'atmosph&#232;re : &#171; Il est &#233;vident que c'est dans l'atmosph&#232;re que les plantes, et par elles les animaux, puisent leur azote (Boussinguault) &#187; [&lt;a href='#nb3-80' class='spip_note' rel='footnote' title='Liebig J., Chimie appliqu&#233;e &#224; la physiologie v&#233;g&#233;tale et &#224; l'agriculture, p. (...)' id='nh3-80'&gt;80&lt;/a&gt;] Liebig refuse de se rendre aux arguments de ses adversaires en arguant qu'ils ne sont pas &#171; scientifiquement &#187; acquis, parce que provenant d'observations faites &#224; l'ext&#233;rieur, en champs, et donc non reproductibles, contrairement &#224; celles que l'on peut r&#233;aliser en laboratoire &#187; [&lt;a href='#nb3-81' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur la querelle de l'azote, voir Jas N., Au carrefour de la chimie et de (...)' id='nh3-81'&gt;81&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Liebig use donc de la d&#233;finition th&#233;orique de la science moderne, en exigeant un &lt;em&gt;protocole d'exp&#233;rimentation d&#233;termin&#233; et fixe,&lt;/em&gt; ainsi que des &lt;em&gt;r&#233;sultats strictement reproductibles&lt;/em&gt;, pour condamner les exp&#233;riences faites aux champs [&lt;a href='#nb3-82' class='spip_note' rel='footnote' title='On ne discutera pas, pour l'instant, cet usage de la d&#233;finition th&#233;orique de (...)' id='nh3-82'&gt;82&lt;/a&gt;]. Cet argument r&#233;p&#233;t&#233; avec acharnement, en soutien de sa th&#233;orie min&#233;rale, est le fait qui rend Liebig int&#233;ressant pour le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la chimie agricole. Les acteurs de la chimie et de la chimie agricole du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle sont des scientifiques au sens de la science &#171; moderne &#187; ou &#171; positive &#187;. Ils ont appris la chimie au sens invent&#233;, justement, par Liebig : &#171; entra&#238;nement syst&#233;matique, maniement des instruments et des protocoles instrumentaux, formation acc&#233;l&#233;r&#233;e de chimistes qui partagent les m&#234;mes faits, les m&#234;mes d&#233;marches, les m&#234;mes m&#233;thodes et les m&#234;mes lectures &#187; [&lt;a href='#nb3-83' class='spip_note' rel='footnote' title='Stengers I., L'affinit&#233; ambigu&#235;, Le r&#234;ve newtonien de la chimie du XVIIIe (...)' id='nh3-83'&gt;83&lt;/a&gt;]. Ils s'opposent ainsi &#224; la d&#233;marche de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : ils sont obligatoirement r&#233;ceptifs &#224; la critique de leurs pairs faite au nom de la scientificit&#233;, concr&#232;tement d&#233;finie. En effet, par cette controverse, Liebig pousse ses adversaires, tel Lawes et Gilbert, &#224; pr&#233;ciser leurs protocoles d'exp&#233;rimentation aux champs mais aussi l'articulation de ceux-ci avec l'analyse chimique de laboratoire. Dans le m&#234;me sens, la fascination qu'il est capable d'exercer, notamment gr&#226;ce &#224; la ma&#238;trise de la publication, pousse des jeunes chimistes, tels St&#246;ckhardt, Wolff, ou Henneberg &#171; &#224; s'engager sur le terrain &#187;, ce qu'il refuse de faire, et &#224; conqu&#233;rir le domaine de la &#171; science agricole &#187; [&lt;a href='#nb3-84' class='spip_note' rel='footnote' title='Au XIXe si&#232;cle, on parle plut&#244;t de &#171; science agricole &#187; en Allemagne et d'&#171; (...)' id='nh3-84'&gt;84&lt;/a&gt;], occup&#233; par les repr&#233;sentants de Tha&#235;r, en le soumettant peu &#224; peu aux nouvelles exigences de la chimie [&lt;a href='#nb3-85' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Au carrefour&#8230;., op. cit., p. 116.' id='nh3-85'&gt;85&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous allons maintenant prolonger l'&#233;tude d&#233;licate de la r&#233;ception agrobiologique de ces controverses en discutant trois mises en sc&#232;ne d'agronomes : Liebig contre Boussingualut &#8211; en approfondissant un peu plus la querelle de l'azote -, Tha&#235;r contre Liebig, Liebig contre Liebig.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;Les controverses historiques de l'agronomie selon les agrobiologistes&lt;/h4&gt;
&lt;h5 class=&quot;spip&quot;&gt;Boussinguault contre Liebig ?&lt;/h5&gt; &lt;p&gt;Dans une des premi&#232;res &#233;tudes universitaires fran&#231;aises de l'agriculture biologique, Jan Dessau et Yves Le Pape commence par situer Boussinguault dans les d&#233;buts de l'histoire de &#171; l'agriculture moderne, utilisatrice d'engrais et de pesticides &#187;, entre Saussure et Liebig. Mais, quelques pages plus loin, ces m&#234;mes auteurs appellent &#224; mener des recherches qui situeraient la contestation agrobiologique dans les &#171; controverses qui ont oppos&#233; les agronomes classiques, depuis que Liebig a jet&#233; les bases de la th&#233;orie dominante &#187;. Or, dans cette perspective, ils veulent rapprocher l'agriculture biologique de Boussinguault : &#171; Il faut remonter &#224; la querelle entre Liebig et Boussinguault car ces deux agronomes sont les deux principaux th&#233;oriciens de l'agronomie du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#187; [&lt;a href='#nb3-86' class='spip_note' rel='footnote' title='Cadiou, P., et alii, L'agriculture biologique en France, Ecologie ou (...)' id='nh3-86'&gt;86&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette approche appara&#238;t peu claire. D'un c&#244;t&#233;, Boussinguault est inscrit dans la filiation des chimistes agricoles, avec Liebig. De l'autre, il est mis en opposition avec ce dernier, et, indirectement, intronis&#233; comme l'agronome moderne anc&#234;tre des fondateurs de l'agriculture biologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les travaux r&#233;cents de Nathalie Jas ont jet&#233; une lumi&#232;re renouvel&#233;e sur l'histoire des sciences agronomiques au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, en France et en Allemagne. L'id&#233;e d'une opposition Boussinguault contre Liebig rel&#232;verait, en fait, plus de la construction de deux mythes sym&#233;triques, de part et d'autre du Rhin, qu'&#224; une confrontation de scientifiques sur une question d&#233;termin&#233;e : au &#171; mythe Boussinguault &#187;en France, r&#233;pond le &#171; mythe Liebig &#187; [&lt;a href='#nb3-87' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Au carrefour&#8230;., op. cit.' id='nh3-87'&gt;87&lt;/a&gt;] en Allemagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant de tenter de d&#233;m&#234;ler cet &#233;cheveau, notons le r&#244;le que veulent attribuer Jan Dessau et Yves Le Pape &#224; Boussinguault lorsqu'ils le consid&#232;rent proche de l'agriculture biologique. A la suite de la remarque que nous venons de citer sur l'opposition Boussinguault / Liebig, ces auteurs signalent &#171; un courant dont la personnalit&#233; la plus repr&#233;sentative est Albert Demolon &#187; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Ses travaux sur la p&#233;dologie l'ont amen&#233; &#224; prendre certaines distances vis-&#224;-vis des disciples de Liebig en insistant sur le caract&#232;re de &#171; milieu vivant &#187; du sol et en privil&#233;giant le r&#244;le de l'humus. Il remet en cause la fertilisation &#224; base des seuls engrais chimiques et r&#233;affirme l'int&#233;r&#234;t de la fumure organique (fumiers, composts, engrais verts, enfouissement des pailles). On peut donc consid&#233;rer qu'il a eu une influence dans l'apparition, au sein de l'agronomie classique, d'un courant de pens&#233;e et de recherches, qui rejoint celui des partisans de l'agriculture biologique &#187; [&lt;a href='#nb3-88' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh3-88'&gt;88&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, Boussinguault, suivi par Demolon, serait un d&#233;fenseur de la fumure organique. Jean Keilling, dans sa pr&#233;face &#224; l'&#233;dition fran&#231;aise du &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;, reprend cette interpr&#233;tation d'une filiation entre Boussinguault et l'agriculture biologique, via Sir Albert Howard :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Sir Albert Howard [&#8230;] propose l'emploi d'une m&#233;thode de compostage des r&#233;sidus, c'est-&#224;-dire de mise en &#339;uvre de proc&#233;d&#233;s bact&#233;riologiques de fertilisation et de restitution : &#224; la statique de la restitution chimique, il ajoute la dynamique de la biologie des sols, des fumiers et composts. Il rejoint Boussinguault dans sa pol&#233;mique avec Liebig [&#8230;] &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces interpr&#233;tations passablement contradictoires et allusives de ces deux noms de l'agronomie et de leurs relations nous invitent &#224; reprendre cette question. Il faudra d&#233;terminer, d'une part, dans quelle mesure une filiation peut &#234;tre justifi&#233;e entre Boussinguault et les fondateurs de l'agrobiologie. D'autre part, on tentera de cerner le r&#244;le qui peut &#234;tre attribu&#233;, dans le probl&#232;me de cette filiation, &#224; une certaine &#171; pol&#233;mique &#187;, dont il faudra cerner la nature et les enjeux, entre Boussinguault et Liebig. L'&#233;tude de la d&#233;marche et du travail de Jean-Baptiste Dieudonn&#233; Boussinguault sera la premi&#232;re &#233;tape de ce parcours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jean-Baptiste Boussinguault a fond&#233; une ferme exp&#233;rimentale, en 1836, qui est souvent consid&#233;r&#233;e comme la premi&#232;re station agronomique. Les travaux qu'il r&#233;alise dans les ann&#233;es 1830 sont souvent consid&#233;r&#233;s comme fondateurs dans le domaine de la chimie agricole. Il est le chef de file des chimistes agricoles [&lt;a href='#nb3-89' class='spip_note' rel='footnote' title='Ces chimistes qui ne sont pas &#171; que &#187; ou &#171; exactement &#187; chimistes car ils ont (...)' id='nh3-89'&gt;89&lt;/a&gt;] fran&#231;ais. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1840, il constitue une r&#233;f&#233;rence importante au niveau international. C'est autour de ce personnage que se construit la mythologie des agronomes fran&#231;ais de la seconde moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Mais le mythe de Boussinguault perdure encore apr&#232;s, au moins jusqu'aux ann&#233;es 1930, o&#249; l'on cherche encore en lui &#171; le fondateur de la chimie moderne &#187;, &#171; l'initiateur de la science du sol &#187;, &#171; le pr&#233;curseur de la biochimie v&#233;g&#233;tale et de la compr&#233;hension de la nutrition v&#233;g&#233;tale &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, ce qui est essentiel pour notre propos, c'est que &#171; Boussinguault est per&#231;u comme celui gr&#226;ce auquel la chimie r&#233;ussit &#224; soumettre le territoire de l'agronomie &#224; son autorit&#233;. Il symbolise cette p&#233;riode [&#8230;] des ann&#233;es 1840-1850 durant laquelle les chimistes prennent le pouvoir en mati&#232;re de recherche agronomique &#187;. M&#234;me si ses travaux sont consid&#233;r&#233;s comme fondateurs pour la chimie agricole, Boussingualt &#171; n'a pas provoqu&#233; la publication d'une litt&#233;rature aussi foisonnante et passionn&#233;e que celle engendr&#233;e par le tr&#232;s pol&#233;mique Liebig &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Boussinguault a donc r&#233;alis&#233; un travail de chimiste. Selon R. P. Aulie, il a mis au point et utilis&#233; la m&#233;thode des bilans ; avec Dumas, il a compris les fonctions r&#233;ductrices des v&#233;g&#233;taux et oxydatrices des animaux. Mais la question pour laquelle il est le plus connu est celle du cycle de l'azote. Il a d&#233;velopp&#233; de celui-ci une conception claire, et il a &#233;lucid&#233; &#171; l'ensemble des r&#233;actions chimiques qui se produisent au cours de la nitrification &#187;, soulignant ainsi que &#171; le sol est dynamique chimiquement &#187; [&lt;a href='#nb3-90' class='spip_note' rel='footnote' title='Aulie R. P., cit&#233; dans Jas N., ibid., p. 36. Selon Nathalie Jas, cette (...)' id='nh3-90'&gt;90&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On arrive, ici, au probl&#232;me dont l'&#233;claircissement va nous permettre de comprendre un peu mieux la v&#233;ritable relation qui a exist&#233; entre Boussinguault et Liebig sur le plan scientifique. Boussinguault et Liebig vont s'opposer au cours de ce qu'on appelle la &#171; querelle de l'azote &#187;. Mais, en fait, au cours de cette querelle, Boussinguault ne s'implique que tr&#232;s rarement personnellement. Ce sont les partisans ou les d&#233;tracteurs de Liebig qui le d&#233;signent ou s'appuient sur ses m&#233;thodes pour se positionner dans la querelle. Notons bien qu'il s'agit d'une querelle de chimie. Ceci constitue un premier &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse &#224; notre question : en tant qu'il est un chimiste agricole, voire le fondateur de cette approche de l'agriculture, on se sent enti&#232;rement l&#233;gitim&#233; &#224; consid&#233;rer que l'identification de Boussinguault comme r&#233;f&#233;rence de l'agriculture biologique est infond&#233;e. C'est plut&#244;t la premi&#232;re interpr&#233;tation de Jan Dessau et Yves Le Pape, d'un Boussinguault situ&#233; aux origines scientifiques de l'agrochimie, entre Saussure et Liebig, qui semble juste. En tout cas, ce n'est sans doute pas la position que d&#233;fendit Boussinguault dans cette affaire qui permet de comprendre pourquoi des agrobiologistes chercheraient en Boussinguault un de leur pr&#233;curseur, &#224; l'encontre d'un autre chimiste, Liebig.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voyons, n&#233;anmoins, mais &#224; peu pr&#232;s [&lt;a href='#nb3-91' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette querelle est &#171; extr&#234;mement difficile &#224; reconstruire, tant elle est (...)' id='nh3-91'&gt;91&lt;/a&gt;], les termes de cette querelle :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Gr&#226;ce &#224; plusieurs m&#233;moires publi&#233;s entre 1838 et 1841, Boussinguault soutient que si les min&#233;raux sont importants dans la nutrition v&#233;g&#233;tale, c'est la proportion d'azote contenue dans les engrais qui permet de d&#233;terminer la valeur relative des diff&#233;rents engrais. Liebig, au contraire, d&#232;s la premi&#232;re &#233;dition, en 1840, de La chimie et ses applications &#224; l'agriculture et &#224; la physiologie, pense que l'azote n'a que peu d'importance et que c'est leur contenance en min&#233;raux qui permet d'attribuer aux engrais leurs valeurs fertilisantes. Le discours de Liebig, encore mod&#233;r&#233; en 1840, se durcit, et, en 1843, dans la troisi&#232;me &#233;dition de son ouvrage, il refuse cat&#233;goriquement tout engrais azot&#233;, pensant que l'ammoniac, qui serait contenu dans les eaux de pluie, suffit &#224; restituer l'azote emprunt&#233; au sol. La question de savoir si l'azote doit &#234;tre ou non fourni aux v&#233;g&#233;taux par l'interm&#233;diaire d'engrais, devient, &#224; partir de cette date, le probl&#232;me important &#224; r&#233;soudre &#187; [&lt;a href='#nb3-92' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., ibid., p. 39' id='nh3-92'&gt;92&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il nous faut maintenant aller plus loin, afin de discerner, au-del&#224; de ce d&#233;bat, s'il existe une diff&#233;rence significative entre ces deux chimistes, une diff&#233;rence suffisante pour que des agrobiologistes se r&#233;clament paradoxalement de l'h&#233;ritage de l'un d'entre eux. En amont de cette querelle, importante [&lt;a href='#nb3-93' class='spip_note' rel='footnote' title='Le probl&#232;me de la nutrition azot&#233;e des plantes cultiv&#233;s reste d'actualit&#233;. Il (...)' id='nh3-93'&gt;93&lt;/a&gt;], la diff&#233;rence entre Boussinguault et Liebig tient surtout &#224; leurs m&#233;thodes de travail respectives, leurs r&#233;sultats [&lt;a href='#nb3-94' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 40.' id='nh3-94'&gt;94&lt;/a&gt;], et &#224; leurs personnalit&#233;s, notamment &#224; travers leurs investissements dans la parole publique et les controverses [&lt;a href='#nb3-95' class='spip_note' rel='footnote' title='Liebig est un personnage &#171; tr&#232;s complexe &#187;, mais aussi &#171; tr&#232;s c&#233;l&#232;bre, tr&#232;s (...)' id='nh3-95'&gt;95&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Boussinguault a eut, le premier, l'id&#233;e d'introduire &#171; la balance dans l'&#233;tude des probl&#232;mes pos&#233;s par la physiologie v&#233;g&#233;tale &#187;. L'installation d'un laboratoire dans sa ferme de Bechelbronn, &#171; pour pouvoir analyser le sol, les engrais, les semences et les v&#233;g&#233;taux tout au long de la croissance des cultures, impressionne [&#8230;] les observateurs &#233;trangers, allemands notamment &#187;. C'est avant tout cette&lt;em&gt; alliance du laboratoire et de la ferme&lt;/em&gt;, permettant l'utilisation syst&#233;matique de l'analyse chimique dans les domaines de la physiologie v&#233;g&#233;tale et animale, qui constitue l'originalit&#233; de la m&#233;thode de Boussinguault. Cette alliance sera reprise lors de la fondation, par Lawes, en 1843, de la ferme exp&#233;rimentale la plus c&#233;l&#232;bre d'Angleterre, &#224; Rothamsted, pr&#232;s de Londres. Puis, Bechelbronn et Rothamsted serviront de mod&#232;le &#224; la premi&#232;re station agricole exp&#233;rimentale allemande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Liebig, en revanche, est un chimiste qui a &#233;tudi&#233; la physiologie v&#233;g&#233;tale &#224; partir de ses seules analyses chimiques en laboratoire et des publications de ses pr&#233;d&#233;cesseurs et coll&#232;gues. En 1840, il n'a aucune pr&#233;occupation d'ordre &#233;conomique et politique. Il veut alors seulement &#171; comprendre la chimie des v&#233;g&#233;taux &#187; [&lt;a href='#nb3-96' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 76.' id='nh3-96'&gt;96&lt;/a&gt;]. Ses analyses de cendres de v&#233;g&#233;taux constituent presque les seules exp&#233;riences qu'il a effectu&#233;es pour &#233;crire son ouvrage de 1840. Il contraste avec les m&#233;ticuleuses et laborieuses exp&#233;riences effectu&#233;es par Boussinguault, au d&#233;but de cette d&#233;cennie, car celui-ci &#171; utilise l'analyse chimique pour &#233;tudier une s&#233;rie de rotations de cultures &#187; et, par la suite, de &#171; complexes dispositifs de laboratoires qui compl&#232;tent ces exp&#233;riences &#187;. A cette &#233;poque, les observateurs ne s'y trompent pas. Liebig s'est heurt&#233; &#171; aux champs et aux agriculteurs dont il cherchait &#224; nier les caract&#233;ristiques, les pratiques et les connaissances &#187; [&lt;a href='#nb3-97' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 86.' id='nh3-97'&gt;97&lt;/a&gt;]. Liebig semble, ainsi, adopter un comportement un peu caricatural, en ce sens qu'il d&#233;fend le &#171; tout laboratoire &#187; et l'oubli de la &#171; r&#233;alit&#233; du champ et de l'&#233;table &#187; [&lt;a href='#nb3-98' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 114' id='nh3-98'&gt;98&lt;/a&gt;], ce qui para&#238;t &#224; beaucoup difficilement d&#233;fendable dans le cas de la connaissance de l'agriculture, et peut-&#234;tre m&#234;me, pour la science en g&#233;n&#233;ral, qui, quoique th&#233;orico - exp&#233;rimentale, n'en demande pas moins &#224; l'essai &lt;em&gt;in vivo&lt;/em&gt; de confirmer l'essai &lt;em&gt;in vitro&lt;/em&gt;. Ainsi, le manque d'humilit&#233; de Liebig est per&#231;u m&#234;me en Allemagne, ce qui signifie qu'il ne s'agit pas d'une critique insidieuse, port&#233;e, par exemple, par un chauvinisme fran&#231;ais. Il n'a &#171; aucun respect pour les savoirs accumul&#233;s par la pratique agricole, les m&#233;prisent m&#234;me et, &#224; de nombreuses reprises, s'en prend vivement &#224; ces exploitants agricoles auxquels il n'accorde aucun cr&#233;dit &#187; [&lt;a href='#nb3-99' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 115' id='nh3-99'&gt;99&lt;/a&gt;]. Il refuse l'affrontement avec le terrain sous pr&#233;texte qu'il n'a pas lieu d'&#234;tre [&lt;a href='#nb3-100' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 116' id='nh3-100'&gt;100&lt;/a&gt;]. Finalement, &lt;em&gt;pour Liebig, il n'est de v&#233;rit&#233; que celle obtenue dans le laboratoire [&lt;a href='#nb3-101' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh3-101'&gt;101&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici donc un second &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse &#224; notre question. Boussinguault et Liebig sont deux chimistes mais le second veut trouver la v&#233;rit&#233; de l'agriculture sans v&#233;rifier ses th&#233;ories hors de son laboratoire. En maintenant l'alliance de l'analyse chimique avec les observations des agronomes et des agriculteurs en champs, Boussinguault applique une d&#233;marche scientifique moins &#233;loign&#233;e de la nature, r&#233;f&#233;rence ultime des agrobiologistes. C'est ce souci d'une science proche du terrain qui peut sugg&#233;rer un lien entre Boussinguault et les fondateurs de l'agriculture biologique. Avouons tout de m&#234;me que le lien est t&#233;nu. Une derni&#232;re pouss&#233;e de notre investigation nous le fera peut-&#234;tre consid&#233;rer comme un peu moins fragile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1851, peut-&#234;tre la seule fois o&#249; il s'investit directement dans la pol&#233;mique avec Liebig, Boussinguault s'y avance avec ironie, dans un passage, assez souvent cit&#233;, de la deuxi&#232;me &#233;dition de son &lt;em&gt;Economie rurale&lt;/em&gt;. Notons bien qu'il ne critique pas l'opinion de Liebig sur l'int&#233;r&#234;t de la fumure azot&#233;e, bien que les r&#233;sultats de ses recherches la contredisent [&lt;a href='#nb3-102' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Boussinguault, en utilisant, d&#232;s le tout d&#233;but des ann&#233;es 1850, la culture (...)' id='nh3-102'&gt;102&lt;/a&gt;]. Il critique, plus exactement, malgr&#233; l'ironie, l'&#233;quivalence pos&#233;e par Liebig entre la fumure min&#233;rale et le fumier. Il se demande : &#171; pourquoi les agriculteurs d&#233;pensent du temps et de l'argent &#224; transporter du fumier dans les champs alors qu'en suivant les th&#233;ories de Liebig, ils n'auraient qu'&#224; utiliser les cendres de ce m&#234;me fumier. Il ajoute qu'il a fum&#233; la moiti&#233; d'une terre pauvre avec du fumier et l'autre moiti&#233; avec les cendres de la m&#234;me quantit&#233; de fumier. La premi&#232;re moiti&#233; a donn&#233; une r&#233;colte convenable, la seconde n'a presque rien produit &#187; [&lt;a href='#nb3-103' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., ibid., p. 39.' id='nh3-103'&gt;103&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au del&#224; des observations et du verdict des champs comme alternative au &#171; tout chimique &#187; et au &#171; tout laboratoire &#187; de Liebig, Boussinguault met en contraste la fumure organique, &#224; travers le c&#233;l&#232;bre fumier de ferme, et les min&#233;raux. Ici, enfin, et c'est un troisi&#232;me &#233;l&#233;ment de r&#233;ponse &#224; notre question, on voit mieux le lien avec l'agriculture biologique, laquelle ne cesse de mettre en avant le fumier et la fumure organique en g&#233;n&#233;ral, m&#234;me si c'est pour les am&#233;liorer, &#224; travers des progr&#232;s dans les techniques de compostage. Cependant, avant de conclure, cette exp&#233;rience de Boussinguault nous inspire une remarque. Comme on le verra plus loin, l'interpr&#233;tation de la nature et de la nocivit&#233; des engrais chimiques varie en fonction des fondateurs. L'exp&#233;rience de Boussinguault sur le fumier et les cendres de fumier, si elle est assez connue, reste ironique et &#224; interpr&#233;ter avec prudence. Il ne faudrait pas en conclure qu'elle est une condamnation de l'efficacit&#233; des engrais chimiques, une id&#233;e qui semble parfois sourdre sous le discours de certains agrobiologistes, alors que cette efficacit&#233; a &#233;t&#233; observ&#233;e par Boussinguault lui-m&#234;me, comme nous l'avons not&#233; plus haut. Liebig a fait br&#251;ler des v&#233;g&#233;taux et observ&#233; que les &#233;l&#233;ments N, P, et K &#233;taient les plus nombreux dans leurs cendres ; il en conclut que l'on pouvait faire pousser les plantes en apportant ces &#233;l&#233;ments. Rien ne dit que les cendres de fumier contiennent ces &#233;l&#233;ments, et, dans cette exp&#233;rience de Boussinguault, on ne parle pas non plus des quantit&#233;s ni de la forme des &#233;l&#233;ments NPK qu'il faut fournir aux plantes pour les voir cro&#238;tre. Simplement, cette exp&#233;rience rappelle l'efficacit&#233; du fumier : les engrais chimiques de Liebig n'ont pas le pouvoir de remettre radicalement en cause d'autres voies de la recherche agronomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A la question de savoir si l'on peut trouver des arguments &#224; l'existence d'un courant de recherche agronomique depuis Boussinguault jusqu'&#224; l'agriculture biologique, on ne peut ici que proposer une r&#233;ponse nuanc&#233;e. Contre, on justifiera ais&#233;ment que Boussinguault participe, et au premier plan, &#224; l'affirmation scientifique du paradigme agrochimique. L'agriculture biologique des fondateurs consid&#232;re l'agrochimie comme quelque chose de n&#233;faste &#224; la qualit&#233; et au progr&#232;s de l'agriculture, m&#234;me si les raisons ou la gravit&#233; du probl&#232;me varient un peu selon les auteurs. A l'appui d'une certaine filiation avec Boussinguault, on retiendra deux &#233;l&#233;ments. Le premier r&#233;side dans l'opposition relativement partag&#233;e au &#171; tout chimique &#187; et au &#171; tout laboratoire &#187; ; la voie qui est devenue de plus en plus dominante en agronomie et en agriculture pr&#233;f&#232;re se r&#233;clamer de Liebig plut&#244;t que de Boussinguault [&lt;a href='#nb3-104' class='spip_note' rel='footnote' title='Boulaine J., Quatre si&#232;cle de fertilisation, Premi&#232;re partie, in Etude et (...)' id='nh3-104'&gt;104&lt;/a&gt;]. Le second &#233;l&#233;ment est le maintien par Boussinguault de l'int&#233;r&#234;t du fumier. En France, notamment, l'&#171; un des engrais qui a le plus retenu l'attention au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle est le fumier &#187; [&lt;a href='#nb3-105' class='spip_note' rel='footnote' title='Jas N., Chimie et agriculture en France et en Allemagne entre 1870 et 1914, (...)' id='nh3-105'&gt;105&lt;/a&gt;]. Boussinguault est rest&#233; &#171; tr&#232;s classique dans ses conseils de fumure &#187;, le &#171; fumier reste pour lui le seul engrais v&#233;ritablement indispensable &#187; et il y a de nombreux animaux dans sa ferme exp&#233;rimentale alsacienne [&lt;a href='#nb3-106' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 107.' id='nh3-106'&gt;106&lt;/a&gt;]. Sous cet angle, il deviendrait clair que Boussinguault, bien que chimiste, n'envisage pas de donner un jour le primat aux engrais chimiques : le primat de la biologie en agriculture, premier principe de base des fondateurs de l'agriculture biologique, est sauf, via la d&#233;fense du fumier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, m&#234;me si tous les domaines des sciences sont li&#233;s, un chimiste pr&#233;curseur de l'agriculture biologique, cela laisse une impression de d&#233;sordre. On ne peut s'emp&#234;cher de se poser la question de savoir s'il n'y aurait pas d'autres agronomes du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; qui &#171; feraient mieux l'affaire &#187;. C'est ici que le &#171; mythe Boussinguault &#187; reprend toute son importance pour notre analyse. Comme dans le cas de Liebig, il semble qu'avec Boussinguault, les fondateurs de l'agriculture biologique aient h&#233;rit&#233; de l'histoire conventionnelle de l'agronomie. A moins que cela ne soit un ph&#233;nom&#232;ne uniquement propre &#224; la r&#233;ception des fondateurs de l'agriculture biologique en France. Toujours est-il que le mythe Boussinguault masque, en effet, de nombreux agronomes de son si&#232;cle, moins f&#233;rus de chimie, ou ayant propos&#233; des &#233;volutions de l'agriculture sans le recours &#224; la chimie agricole, et donc plus susceptibles d'avoir travaill&#233; dans la direction pr&#244;n&#233;e par l'agrobiologie. Il y a eut notamment Adrien de Gasparin, Jules Reiffel, ou encore Mathieu de Dombasle, Auguste Bella. Au del&#224; de leurs diff&#233;rences, ces agronomes restent avant tout des praticiens, recourant &#224; des m&#233;thodes diversifi&#233;es, dans une vision plus &#233;conomique de l'agriculture, o&#249; le r&#244;le de la science agricole est de &#171; permettre &#224; l'agriculteur de rendre son exploitation rentable &#233;conomiquement &#187;. Cette vision est assez proche de &#171; l'agriculture rationnelle &#187; de l'allemand Albrecht Tha&#235;r, que Mathieu de Dombasle et Auguste Bella ont rencontr&#233; au cours des campagnes militaires de Napol&#233;on I&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;er&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les germanophones Hans M&#252;ller et Hans Peter Rusch, &#224; c&#244;t&#233; du nom de Liebig, il y a le nom d'Albrecht Tha&#235;r qui joue un grand r&#244;le dans leur interpr&#233;tation de l'histoire de l'agronomie. Souvent pr&#233;sent&#233; comme le d&#233;positaire de la th&#233;orie de l'humus au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, mais surtout comme l'irr&#233;m&#233;diable vaincu de l'histoire agronomique moderne, d&#233;finitivement &#233;vinc&#233; par la th&#233;orie min&#233;rale de Liebig, Tha&#235;r, pr&#233;sente, &lt;em&gt;a priori&lt;/em&gt;, des qualit&#233;s sup&#233;rieures &#224; celle de Boussinguault pour incarner le r&#244;le d'un pr&#233;curseur &#8211; c&#233;l&#232;bre - de l'agriculture biologique. On va maintenant voir ce qu'il en est, &#224; travers sa relation avec Liebig et le sens que donnent &#224; son &#339;uvre et &#224; cette confrontation les fondateurs de l'agriculture biologique.&lt;/p&gt; &lt;h5 class=&quot;spip&quot;&gt;Tha&#235;r contre Liebig ?&lt;/h5&gt; &lt;p&gt;Nathalie Jas a rappel&#233; que l'historiographie des sciences agronomiques avait longtemps oppos&#233; une th&#233;orie de l'humus qui aurait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par Tha&#235;r et une th&#233;orie min&#233;rale qui aurait &#233;t&#233; initi&#233;e par Liebig. Elle a &#233;galement tr&#232;s bien montr&#233; que cette vision des choses &#233;tait excessivement simplificatrice et devait par cons&#233;quent &#234;tre s&#233;rieusement amend&#233;e sinon abandonn&#233;e. Mais Nathalie Jas souligne &#233;galement que le d&#233;passement de cette historiographie &#171; essentiellement lin&#233;aire, t&#233;l&#233;ologique, et hagiographique &#187; est tr&#232;s r&#233;cent, puisqu'il ne d&#233;bute qu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980 avec, notamment, les travaux de Patrick Munday et Ursula Schling-Brodersen [&lt;a href='#nb3-107' class='spip_note' rel='footnote' title='Munday P., Sturm und Dung : Justus von Liebig and the Chemistry of (...)' id='nh3-107'&gt;107&lt;/a&gt;]. En cons&#233;quence, puisque les &#233;crits pionniers de l'agrobiologie sont tous ant&#233;rieurs &#224; cette &#233;poque quasiment contemporaine, il n'y a pas &#224; s'&#233;tonner outre mesure de retrouver l'interpr&#233;tation duale de l'histoire agronomique chez les fondateurs de l'agriculture biologique. N&#233;anmoins, la vision du monde des fondateurs de l'agriculture biologique ne colle pas avec la vision na&#239;vement moderne et progressiste de ceux qui ont pu opposer les lumi&#232;res de Liebig face &#224; l'obscurantisme de Tha&#235;r. Nous allons montrer ici que l'int&#233;r&#234;t agrobiologique pour Tha&#235;r &#233;tait essentiellement agronomique et non &#233;conomique. Les fondateurs de l'agriculture biologique retiendront l'int&#233;r&#234;t de sa recherche sur l'humus et d&#233;fendront toujours son r&#244;le dans l'agriculture qu'ils souhaitaient, mais ils se sont montr&#233;s nettement plus r&#233;serv&#233;s, &#224; l'exception de Rudolf Steiner, sur l'id&#233;e de tirer du profit financier de l'agriculture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'agrobiologie face &#224; Tha&#235;r ou l'exigence d'un droit d'inventaire&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Durant toute la premi&#232;re moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Albrecht Tha&#235;r (1752-1828) est le ma&#238;tre &#224; penser des agriculteurs &#171; progressistes &#187; en Allemagne. Ces exploitants capitalistes [&lt;a href='#nb3-108' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans le cas de la VDLF, comme dans celui des associations agricoles (...)' id='nh3-108'&gt;108&lt;/a&gt;] sont notamment regroup&#233;s, avec des repr&#233;sentants d'autres professions s'int&#233;ressant &#224; l'agriculture, au sein de la &lt;em&gt;Versammlung deutscher land und Forstwirte &lt;/em&gt;(VDLF). L'objectif de Tha&#235;r et de ces agriculteurs est la rentabilit&#233; &#233;conomique de l'agriculture. Dans les quatre volumes qui constituent la traduction de ses &lt;em&gt;Grunds&#228;tze der rationnellen Landwirtschaft &lt;/em&gt;(1809), publi&#233;s en France sous le titre &lt;em&gt;Les Principes raisonn&#233;s d'agriculture&lt;/em&gt;, &#224; partir de 1811 [&lt;a href='#nb3-109' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Feller C. et alii, Indicateurs de fertilit&#233; et durabilit&#233; des syst&#232;mes de (...)' id='nh3-109'&gt;109&lt;/a&gt;], Albrecht Tha&#235;r &#233;tudie la plupart des syst&#232;mes de culture en vigueur &#224; son &#233;poque en Allemagne. Il en fait &#171; une &#233;valuation &#233;conomique extr&#234;mement pr&#233;cise, bas&#233;e sur les bilans d'humus et les co&#251;ts de production. Pour ce faire, il &#233;tablit les relations entre apports organiques et production v&#233;g&#233;tales et animales et quantifie les entr&#233;es et les sorties d'humus au niveau de la parcelle et de l'exploitation. Il en d&#233;duit les quantit&#233;s de fumier n&#233;cessaires pour atteindre une productivit&#233; donn&#233;e en c&#233;r&#233;ales, et la surface indispensable en prairies pour maintenir un cheptel suffisant aux besoins de fertilisation. Il mesure, saison par saison, tous les temps de travaux, leur co&#251;t, ainsi que celui de l'entretien et la surveillance du b&#233;tail et de l'exploitation en g&#233;n&#233;ral &#187; [&lt;a href='#nb3-110' class='spip_note' rel='footnote' title='Feller et alii, ibid., p. 42.' id='nh3-110'&gt;110&lt;/a&gt;]. Sa m&#233;thode des bilans d'humus est int&#233;gr&#233;e dans une stricte rationalit&#233; comptable, inscrite au fronton de son &#339;uvre agricole, d&#232;s l'introduction de &lt;em&gt;ses Fondements de l'agriculture rationnelle&lt;/em&gt; : &#171; l'agriculture est une entreprise qui a pour but, gr&#226;ce &#224; la production de substances v&#233;g&#233;tales et animales, la cr&#233;ation de profits ou le gain d'argent. Plus le profit est &#233;lev&#233;, plus le but est atteint de mani&#232;re satisfaisante. L'agriculture parfaite est alors celle qui tire le profit le plus &#233;lev&#233; et le plus durable possible &#187; [&lt;a href='#nb3-111' class='spip_note' rel='footnote' title='Tha&#235;r A.-D., Fondements de l'agriculture rationnelle, cit&#233; in Jas N., M&#233;moire (...)' id='nh3-111'&gt;111&lt;/a&gt;]. Sa pens&#233;e pr&#233;sente ainsi des affinit&#233;s certaines avec la physiocratie et l'agriculture rationnelle anglaise qui l'ont inspir&#233; [&lt;a href='#nb3-112' class='spip_note' rel='footnote' title='L'ouvrage qui le fait conna&#238;tre est consacr&#233; &#224; l'agriculture anglaise du XVIIIe (...)' id='nh3-112'&gt;112&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette affinit&#233; de Tha&#235;r avec la logique industrielle et capitaliste qui conquiert peu &#224; peu les soci&#233;t&#233;s occidentales, surtout &#224; partir du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, explique l'attitude critique d'Hans M&#252;ller vis-&#224;-vis du cr&#233;ateur de la premi&#232;re &#233;cole d'agriculture en Allemagne. Except&#233; Steiner qui a une opinion positive et sans nuance de la mon&#233;tarisation des &#233;changes, les autres fondateurs europ&#233;ens, toujours plus ou moins sympathisant de la th&#233;orie de l'humus, mais peut-&#234;tre ignorants de cet aspect &#233;conomique d&#233;cisif de la pens&#233;e de Tha&#235;r, critiqueront la d&#233;pendance de l'agriculture &#224; l'argent et &#224; l'industrie sans faire r&#233;f&#233;rence &#224; ce personnage. C'est seulement dans l'agriculture organo-biologique que l'on trouve une r&#233;ception paradoxale mais coh&#233;rente avec l'objectif de l'agriculture rationnelle de Tha&#235;r : Rusch valorisera le travail de Tha&#235;r, M&#252;ller en fera une figure repoussoir de l'entr&#233;e du capitalisme dans la vie paysanne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hans M&#252;ller reprochait &#224; Tha&#235;r le primat donn&#233; &#224; l'agriculture commerciale, au nom de la richesse spirituelle de l'agriculture pour les hommes et la soci&#233;t&#233;, ainsi qu'au nom de la qualit&#233; de vie qu'il trouvait dans l'agriculture paysanne &#224; dominante vivri&#232;re. M&#252;ller se refusait &#224; ce que l'essentiel soit que chaque ferme devienne une possibilit&#233; de d&#233;crocher un b&#233;n&#233;fice. C'est pour maintenir autant que possible ces dimensions philosophiques et cette qualit&#233; de vie que le fondateur bernois a d&#233;velopp&#233; des initiatives &#233;conomiques originales, sur le plan de la commercialisation, ou bien en pr&#233;parant l'introduction de cultures commerciales relativement lucrative dans l'assolement des fermes paysannes. De m&#234;me, Howard ne voyait pas la &#171; n&#233;cessit&#233; d'un rel&#232;vement important du pouvoir d'achat dans les pays pauvres &#187; [&lt;a href='#nb3-113' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Mazoyer M. et Roudart L., Histoire des agricultures du monde, Seuil, p. (...)' id='nh3-113'&gt;113&lt;/a&gt;]. La hausse des revenus des agriculteurs d'Inde n'&#233;tait pas une condition n&#233;cessaire &#224; leur d&#233;veloppement. Howard a privil&#233;gi&#233; l'am&#233;lioration des techniques agronomiques par des moyens relativement simples, accessibles au travail manuel et &#224; une &#233;conomie paysanne pauvre, au sens de faiblement mon&#233;taris&#233;e. L'accumulation des probl&#232;mes suite &#224; l'engagement des petits paysans dans l'agrochimie pouvait devenir catastrophique pour leur survie m&#234;me. Pour l'agriculture europ&#233;enne ou les plantations industrielles, bien que le probl&#232;me de la disponibilit&#233; mon&#233;taire soit plus souvent secondaire, il gardera n&#233;anmoins le souci de donner la priorit&#233; &#224; la recherche agronomique, et non &#224; des consid&#233;rations d'&#233;conomie agricole uniquement d&#233;termin&#233;es par la &#171; soif du profit &#187;. En revanche, comme nous l'avons soulign&#233; plus haut, Rudolf Steiner ne s'est pas embarrass&#233; d'une critique du d&#233;veloppement de l'agriculture commerciale [&lt;a href='#nb3-114' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. ci-dessus le &#167; 225.' id='nh3-114'&gt;114&lt;/a&gt;]. Pfeiffer semble m&#234;me dire que Rudolf Steiner avait adopt&#233; le crit&#232;re de la recherche du profit comme facteur du succ&#232;s de l'agriculture : &#171; Le D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Steiner me dit : &#171; Si on ne travaille pas d'une fa&#231;on commerciale, c'est-&#224;-dire si le travail ne rapporte pas de b&#233;n&#233;fices, il ne marche pas &#187; [&lt;a href='#nb3-115' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., Postface &#224; Steiner, R., Agriculture, Fondements de la m&#233;thode (...)' id='nh3-115'&gt;115&lt;/a&gt;]. Ainsi, &#224; l'exception de Steiner, nous avons montr&#233; que tous les fondateurs ont critiqu&#233; plus ou moins vertement l'&#233;volution vers la domination de l'agriculture commerciale, dont Tha&#235;r fut l'un des promoteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce point a &#233;clair&#233; particuli&#232;rement l'opinion critique d'Hans M&#252;ller, pour qui Tha&#235;r est le principal promoteur de l'entr&#233;e de l'agriculture germanophone dans l'&#232;re capitaliste. Cependant, Hans M&#252;ller consid&#232;re aussi le m&#233;decin et agronome Tha&#235;r comme &#171; un grand scientifique &#187; [&lt;a href='#nb3-116' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#252;ller H., Glaube und Technik I, Der Glaube des Bauern, in Kultur und (...)' id='nh3-116'&gt;116&lt;/a&gt;], tandis que Hans Peter Rusch, de son c&#244;t&#233;, retient de lui la pr&#233;conisation de la fumure organique [&lt;a href='#nb3-117' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p.21.' id='nh3-117'&gt;117&lt;/a&gt;]. De m&#234;me, tandis que Howard fustigeait la motivation du profit en agriculture, il inscrivit son travail dans l'approfondissement de la th&#233;orie de l'humus. Nous allons maintenant nous arr&#234;ter rapidement sur cette interpr&#233;tation plus favorable de Tha&#235;r et de la th&#233;orie de l'humus par les fondateurs de l'agrobiologie. Seulement M&#252;ller et Rusch ont fait r&#233;f&#233;rence directement &#224; Tha&#235;r. Howard a exprim&#233; une position nuanc&#233;e sur la th&#233;orie de l'humus, en prenant tant&#244;t une perspective d'histoire des sciences, tant&#244;t le point de vue de l'agronome. Nous &#233;tudierons le cas de Rusch dans un dernier paragraphe. Mentionnons auparavant l'absence de la r&#233;f&#233;rence directe &#224; Tha&#235;r chez Steiner et M. Fukuoka. Dans le &lt;em&gt;Cours aux agriculteurs&lt;/em&gt; et dans &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; de la terre&lt;/em&gt;, &#224; notre connaissance, il n'y a pas de r&#233;f&#233;rence &#224; Albrecht Tha&#235;r. On y trouve pas plus la mention de la &#171; th&#233;orie de l'humus &#187;. Cependant, en plusieurs passages de &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; de la terre&lt;/em&gt;, quand Pfeiffer semble mettre un peu de c&#244;t&#233; les aspects &#171; dynamiques &#187; ou occultes de l'agriculture &#171; biologique-dynamique &#187;, il se range &#224; &#171; la th&#232;se organique &#187; [&lt;a href='#nb3-118' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 61.' id='nh3-118'&gt;118&lt;/a&gt;]. D'autre part, on comprend que Masanobu Fukuoka, depuis le Japon, ne soit pas au fait de ces subtilit&#233;s de l'histoire de l'agriculture europ&#233;enne. N&#233;anmoins, le bouddhiste ne manque pas d'accorder &#224; l'humus la m&#234;me importance que celle que la tradition paysanne lui a toujours accord&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard et la th&#233;orie de l'humus&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard, quant &#224; lui, reprenait rapidement l'historiographie traditionnelle depuis Francis Bacon jusqu'&#224; Joseph Priestley et admettait que &#171; Liebig is counted the pioneer of agricultural chemistry &#187; [&lt;a href='#nb3-119' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardening for health or disease, Chapitre 5. Toutes (...)' id='nh3-119'&gt;119&lt;/a&gt;]. Son rapport direct &#224; la &#171; th&#233;orie de l'humus &#187; consiste &#224; en citer l'existence et le principe [&lt;a href='#nb3-120' class='spip_note' rel='footnote' title='Outre dans son dernier livre ici cit&#233;, on trouve sa discussion la plus (...)' id='nh3-120'&gt;120&lt;/a&gt;], tout en en acceptant, de mani&#232;re circonstanci&#233;e, et seulement dans &lt;em&gt;Farming and gardening for health or disease,&lt;/em&gt; sa critique par la chimie agricole, dans la mesure o&#249; la vie du sol aurait &#233;t&#233; alors inconnue. Liebig &#171; vigorously combated the so-called humus theory, which attribued the nourishment of plants to the presence of humus &#187;. Howard consid&#232;re que la vision de l'humus de l'&#233;poque serait en partie responsable du succ&#232;s de la chimie agricole. Pour lui, l'humus &#233;tait alors consid&#233;r&#233; comme non vivant : &#171; At that time the soil in general and the humus in it were on as mere collections of material without organic growth of their awn ; there was ; their was non conception of their living nature and no knowledge whatever of fungous or bacterial organisms, of which humus is the habitat &#187;. C'est donc d'un point de vue d'histoire des sciences que Howard se montre compr&#233;hensif vis-&#224;-vis du rejet de la th&#233;orie de l'humus. Cette vision historique n'appara&#238;t pas ais&#233;ment dans la litt&#233;rature consacr&#233;e &#224; l'&#233;volution de l'agronomie, relativement pauvre il est vrai. A-t-il vraiment fallu attendre les d&#233;veloppements de la microbiologie, avec Pasteur dans les ann&#233;es 1860, avec Hellriegel et Willfarth dans les ann&#233;es 1880, ainsi que la naissance de la p&#233;dologie avec Dokouchaev, pour que les premi&#232;res id&#233;es et recherches sur la microfaune et la microflore des sols apparaissent ? Ignorait-on la vie microscopique du sol avant le dernier tiers du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ? Les pages consacr&#233;es par Nathalie Jas &#224; la conqu&#234;te du territoire de l'agronomie par la biologie semblent donner raison &#224; Howard. Elles montrent qu'il a fallu attendre le d&#233;but du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle pour trouver des chercheurs plus nettement &#171; revendicatifs &#187; d'un renforcement de la place des perspectives biologiques dans l'&#233;tude de l'agriculture. Jusque-l&#224;, la biologie demeurait plut&#244;t une science auxiliaire de la chimie agricole [&lt;a href='#nb3-121' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Jas N., p. 331-338.' id='nh3-121'&gt;121&lt;/a&gt;]. Ainsi, s'il est vrai que l'on envisageait pas l'existence de la vie dans le sol et dans l'humus &#224; l'&#233;poque des Davy, Sprengel et Liebig, on peut comprendre que les exp&#233;rimentations v&#233;rifiables de la chimie agricole aient s&#233;duit bon nombre d'esprits : &#171; Liebig had no difficulty in disproving the role of humus when presented in this faulty way as dead matter almost insoluble in water. He substituted for it a correct appreciation of the chemical and mineral contents of the soil and of the part these constituents play in plant nourishment &#187;. Sir Albert Howard admet les explications de Liebig comme &#171; a great advance &#187; mais il en souligne imm&#233;diatement le r&#233;ductionnisme, alors m&#233;connu, selon lui : &#171; but it was not noticed at the time that only a fraction of the facts had been dealt with &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il aurait donc fallu attendre le d&#233;veloppement des disciplines scientifiques biologiques pour pouvoir critiquer s&#233;rieusement le primat injustifi&#233; donn&#233; &#224; la chimie dans le traitement des questions agricoles. Howard a souvent soulign&#233; l'importance qu'il accordait &#224; l'ouvrage de Darwin sur les vers de terre, paru en 1882 [&lt;a href='#nb3-122' class='spip_note' rel='footnote' title='Darwin C., The Formation of Vegetable Mould Trhough the Action of Worms (...)' id='nh3-122'&gt;122&lt;/a&gt;]. Il lui accorde d'&#234;tre &#171; un retour salutaire &#187; &#224; l'observation de la vie du sol et d'avoir &#171; le m&#233;rite supr&#234;me &#187; de mener &#224; consid&#233;rer ensemble le sol lui-m&#234;me et les cr&#233;atures qui habitent en lui. Pour Howard, ce livre de Darwin aurait &#233;tabli &#171; once for all this principle of interlocked life &#187; et ainsi constitu&#233; un point de rep&#232;re pour l'&#233;tude du sol. Mais Howard n'oublie pas la voie ouverte par Pasteur, qui a permis l'appr&#233;ciation de &#171; l'existence merveilleuse des populations microbiennes &#187; dans la vie de l'univers, certes invisibles &#224; l'&#339;il nu mais observables au microscope : &#171; The effect of this investigations has been immense ; enormous new fields of science have been opened up &#187;. Cependant, comme Nathalie Jas le confirme aujourd'hui, Howard souligne aussi que l'application de ces nouvelles connaissances biologiques &#224; l'agriculture n'a &#233;t&#233; que progressive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, Howard semble consid&#233;rer que la th&#233;orie de l'humus de Tha&#235;r avait indirectement besoin d'arguments scientifiques, afin de pouvoir donner &#224; l'humus et &#224; la dimension biologique de la fertilit&#233; la place qui doit leur revenir. Cependant, dans son &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;, Howard est moins compr&#233;hensif vis-&#224;-vis de l'histoire des sciences pour excuser le retard de la perspective fondamentalement biologique en agriculture. Reprenant la posture de l'agronome proche de l'empirisme paysan mill&#233;naire, il a cet argument, remarquable selon nous, pour critiquer Liebig : &#171; Dans ses attaques contre la th&#233;orie de l'humus, [&#8230;] Il ne lui vint pas &#224; l'esprit que l'importance de l'humus ne d&#233;pendait pas de la forme de la th&#233;orie sur l'humus &#187; [&lt;a href='#nb3-123' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 172.' id='nh3-123'&gt;123&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque les fondateurs font r&#233;f&#233;rence &#224; Tha&#235;r, ou bien &#224; la th&#233;orie de l'humus, comme on va le voir encore chez Rusch, il s'agit plus d'allusions au th&#232;me &#171; humus &#187; que d'articulation scientifique stricte. Ce qui les motive c'est finalement plus la r&#233;alit&#233; de l'efficacit&#233; de l'humus que l'histoire et le contenu pr&#233;cis des th&#233;ories qui ont cherch&#233; &#224; l'expliquer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rusch et Tha&#235;r&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hans Peter Rusch revient principalement en trois endroits de son livre sur la th&#233;orie de l'humus d'Albrecht Daniel Tha&#235;r [&lt;a href='#nb3-124' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21, 78, 122-123.' id='nh3-124'&gt;124&lt;/a&gt;]. En premier lieu, il reprend l'opposition convenue entre Tha&#235;r et Liebig. Il n'&#233;voque pas la vis&#233;e &#233;conomique de Tha&#235;r et prend la critique de Tha&#235;r par Liebig comme point de d&#233;part de l'&#233;garement de l'agronomie. Rusch ne d&#233;taille pas son interpr&#233;tation de Tha&#235;r : &#171; Le D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; d'Albrecht von Tha&#235;r fonda la premi&#232;re &#233;cole d'agriculture et relan&#231;a l'id&#233;e que la fertilit&#233; du sol n'est pas in&#233;puisable. Le concept de &#171; fertilisation &#187; prit forme. Les mati&#232;res fertilisantes &#233;taient alors constitu&#233;es par les d&#233;chets produits par les &#234;tres vivants, ce que nous appelons aujourd'hui la fumure organique &#187;. On peut m&#234;me consid&#233;rer que son interpr&#233;tation est un peu superficielle : en quoi Tha&#235;r peut-il bien avoir relanc&#233; l'id&#233;e que la fertilit&#233; n'&#233;tait pas in&#233;puisable ? Les paysans et bien d'autres observateurs n'ont-ils pas remarqu&#233;, peut-&#234;tre depuis toujours, la variation de la fertilit&#233; des terres ? Et n'ont-ils pas cherch&#233; bien des moyens de la compenser ? Du coup, m&#234;me si les mots de fertilisation et de fertilisant ne sont apparus qu'&#224; l'&#233;poque de Tha&#235;r, de la &#171; nouvelle agriculture &#187; anglaise et de la physiocratie [&lt;a href='#nb3-125' class='spip_note' rel='footnote' title='En fran&#231;ais, &#171; fertilisation &#187; appara&#238;t en 1764 et &#171; fertilisant, fertilisante &#187; (...)' id='nh3-125'&gt;125&lt;/a&gt;], il faut rappeler l'&#233;vidence de l'ant&#233;riorit&#233; de la pratique sur ces cr&#233;ations de vocabulaire. De m&#234;me, une pratique n'existant pas longtemps sans &#234;tre d&#233;sign&#233;e, il n'y a qu'&#224; souligner l'existence du mot &lt;em&gt;fumure&lt;/em&gt; et du verbe &lt;em&gt;fumer&lt;/em&gt;, au moins d'origine m&#233;di&#233;vale, li&#233; au mot &lt;em&gt;fumier&lt;/em&gt; par le latin classique &lt;em&gt;fimus [&lt;a href='#nb3-126' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Rey A., ibid., article &#171; fumer &#187;.' id='nh3-126'&gt;126&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;, pour montrer la faiblesse de l'id&#233;e d'apparition du concept de fertilisation &#224; l'&#233;poque de Tha&#235;r. On pourrait aussi mentionner l'existence des mots &lt;em&gt;graisser&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;engraisser&lt;/em&gt;, ainsi que &lt;em&gt;composter&lt;/em&gt;, auxquels nous avons d&#233;j&#224; fait r&#233;f&#233;rence. Peut-&#234;tre Rusch voulait-il simplement indiquer un changement du regard et des interrogations sur la fumure &#224; partir de l'&#233;poque des Lumi&#232;res. Enfin, rappelons qu'il n'est pas tout &#224; fait exact de r&#233;duire la fumure traditionnelle et celles du temps de Tha&#235;r aux &#171; d&#233;chets produits par les &#234;tres vivants &#187; : certes, ces produits constituaient la part dominante, mais ils n'en constituaient pas la totalit&#233;. En consid&#233;rant qu'il s'agit d'une nuance importante, nous proposons plus loin une interpr&#233;tation de cette erreur, une d&#233;formation de l'histoire qui semble concerner bien des conceptions, en sus de celle de Rusch. La deuxi&#232;me r&#233;f&#233;rence d'Hans Peter Rusch &#224; Tha&#235;r souligne l'opposition existant entre le myst&#232;re entourant les m&#233;canismes de l'action b&#233;n&#233;fique de l'humus et la clart&#233; des analyses chimiques des cendres v&#233;g&#233;tales et des sols. Nous y avons d&#233;j&#224; fait allusion. Au d&#233;but de &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol,&lt;/em&gt; Rusch d&#233;clare que la fumure organique de Tha&#235;r &#233;tait &#171; une chose obscure &#187;. Cependant, cent pages plus loin, il se montre un peu contradictoire avec sa premi&#232;re opinion : &#171; Celui qui veut d&#233;couvrir cette v&#233;rit&#233; [sur l'humus] &#224; travers l'&#233;tude de la bibliographie s'apercevra &#224; la fin que Tha&#235;r, avec le peu de lumi&#232;res qu'il avait, en savait l&#224;-dessus bien davantage que les plus brillants sp&#233;cialistes d'aujourd'hui &#187;. On aurait aim&#233; que Rusch nous en dise un peu plus sur la connaissance de l'humus chez Tha&#235;r. Et cela d'autant plus qu'il consid&#232;re, &#224; la page suivante, &#171; que la recherche en mati&#232;re d'humus, loin d'&#234;tre termin&#233;e, d&#233;bute &#224; peine &#187;. C'est finalement l&#224; qu'aboutit la confrontation de Rusch &#224; Tha&#235;r : un peu &#224; la mani&#232;re d'Howard, il a repris &#224; sa fa&#231;on la question de l'humus. Leurs positions ne consistaient pas &#224; d&#233;fendre l'approche particuli&#232;re de l'humus chez Tha&#235;r contre l'innovation de la chimie agricole mais, bien plut&#244;t, &#224; consid&#233;rer qu'il fallait &#233;tudier la question agricole &#224; partir de la recherche sur l'humus. Mais Rusch, avec sa focalisation sur le cycle de la substance vivante, s'&#233;loignera plus largement qu'Howard de ce point de d&#233;part.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Passons maintenant &#224; l'interpr&#233;tation de l'histoire agronomique selon les fondateurs &#224; laquelle nous nous attendions le moins au d&#233;but de ce travail, &#224; savoir celle qui associe Liebig &#224; la critique agrobiologique, &lt;em&gt;contre lui-m&#234;me&lt;/em&gt; et d'autres chimistes agricoles.&lt;/p&gt; &lt;h5 class=&quot;spip&quot;&gt;Liebig contre Liebig ?&lt;/h5&gt; &lt;p&gt;Soulignons d'embl&#233;e que ces tentatives de r&#233;cup&#233;ration du p&#232;re mythique de l'agronomie moderne ne concernent pas tous les fondateurs. D'une part, nous n'en avons pas trouv&#233; trace chez Masanobu Fukuoka. D'autre part, l'appr&#233;ciation positive ponctuelle de Liebig [&lt;a href='#nb3-127' class='spip_note' rel='footnote' title='Que nous avons relev&#233; au &#167; 334431.' id='nh3-127'&gt;127&lt;/a&gt;] que l'on peut trouver chez Albert Howard ne correspond pas &#224; la responsabilit&#233; historique &#233;crasante qu'il lui attribue en g&#233;n&#233;ral, au niveau de l'apparition de l'agrochimie, de la crise de l'agriculture, et de ses m&#233;faits sociaux [&lt;a href='#nb3-128' class='spip_note' rel='footnote' title='En for&#231;ant &#224; peine le trait, les disciples de Liebig seraient aussi (...)' id='nh3-128'&gt;128&lt;/a&gt;]. C'est pourquoi nous &#233;tudierons uniquement ce probl&#232;me dans un passage de Pfeiffer et dans plusieurs autres de Rusch.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ehrenfried Pfeiffer et Liebig&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon Steiner et Pfeiffer, la &#171; pens&#233;e bio-dynamique &#187; et la &#171; chimie agricole &#187; repr&#233;sentaient &#171; deux p&#244;les oppos&#233;es &#187;. Rien d'&#233;tonnant ici. Sacrifiant &#224; la r&#233;ception courante de l'histoire de l'agrochimie, Pfeiffer consid&#233;rait que la &#171; chimie agricole est bas&#233;e essentiellement sur les id&#233;es de Justus v. Liebig &#187; [&lt;a href='#nb3-129' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., Postface, in Agriculture, Fondements de la m&#233;thode (...)' id='nh3-129'&gt;129&lt;/a&gt;]. Cependant, nous allons voir que le rapport du mouvement d'agriculture biologique &#224; Justus Liebig, via l'agriculture bio-dynamique, sort historiquement tr&#232;s t&#244;t d'une opposition simple et binaire. Ainsi, ce qui est original, c'est que Pfeiffer, au-del&#224; d'une quasi-reconnaissance de la &lt;em&gt;loi du minimum&lt;/em&gt; dans certains cas [&lt;a href='#nb3-130' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 55-56. Dans les pages suivantes, (...)' id='nh3-130'&gt;130&lt;/a&gt;], prend la d&#233;fense de Liebig, contre une interpr&#233;tation qui aurait tir&#233; la chimie agricole vers le statut de dogme absolu, &#224; l'encontre du sens profond qui aurait &#233;t&#233; attach&#233; &#224; la d&#233;marche du chimiste de Giessen. Dans l'extrait suivant, le disciple de Steiner va m&#234;me plus loin. Sautant de la probl&#233;matique classique des rapports entre fertilit&#233; min&#233;rale et fertilit&#233; organique, il prend pr&#233;texte d'une citation de Liebig - non r&#233;f&#233;renc&#233;e -, pour tenter d'inscrire la critique de l'agrochimie dans l'opposition mat&#233;riel versus spirituel. Saisissant une ouverture vitaliste, pr&#233;sente dans certains &#233;crits liebigiens [&lt;a href='#nb3-131' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon Marika Blondel-M&#233;grelis, il faudrait &#171; fortement nuancer &#187; le vitalisme (...)' id='nh3-131'&gt;131&lt;/a&gt;], il en profite pour faire de Liebig un chercheur qui n'aurait pas souhait&#233; que la science moderne demeure ancr&#233;e sur la base des preuves exp&#233;rimentales mat&#233;rielles : &#171; Mais on ne rend pas justice &#224; J. v. Liebig avec cette th&#233;orie. Il avait dit lui-m&#234;me douter que la th&#233;orie NPK soit strictement applicable &#224; tous les sols. Des sympt&#244;mes de d&#233;ficience apparaissent plus souvent dans les sols pauvres en humus que dans ceux o&#249; l'humus est abondant. La citation qui suit permet de croire, en allant davantage au fond des choses, que Liebig n'&#233;tait pas le mat&#233;rialiste endurci que ses adeptes nous d&#233;peignent. Il disait : &#171; Les forces inorganiques ne forment jamais que de l'inorganique. La mati&#232;re organique, avec sa forme particuli&#232;re, diff&#233;rente de celle du cristal et dot&#233;e de propri&#233;t&#233;s vitales, est cr&#233;&#233;e par une force sup&#233;rieure agissant dans le corps vivant et ayant les forces inorganiques &#224; son service&#8230; Les conditions cosmiques n&#233;cessaires &#224; la nature v&#233;g&#233;tale sont la chaleur et la lumi&#232;re solaire &#187;. Les forces sup&#233;rieures agissant dans les corps vivants seraient donc &#171; les forces cosmiques &#187; ; il appartient &#224; Rudolf Steiner de donner la r&#233;ponse &#224; cette question. Il r&#233;solut le probl&#232;me pos&#233; par Liebig en ne se cramponnant pas au c&#244;t&#233; purement mat&#233;riel de la vie v&#233;g&#233;tale et en franchissant le pas suivant, r&#233;solument et sans parti pris &#187; [&lt;a href='#nb3-132' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., Postface, in Agriculture, Fondements de la m&#233;thode (...)' id='nh3-132'&gt;132&lt;/a&gt;]. Pour un peu, si Liebig avait connu &#171; les id&#233;es progressistes de Rudolf Steiner &#187; [&lt;a href='#nb3-133' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh3-133'&gt;133&lt;/a&gt;], peut-&#234;tre aurait-il souhait&#233; les int&#233;grer dans la chimie&#8230; Ce n'est sans doute pas sur-interpr&#233;ter le propos de Pfeiffer que de souligner ici une strat&#233;gie de r&#233;cup&#233;ration. En revanche, il est patent que Pfeiffer interpr&#232;te abusivement les quelques lignes attribu&#233;es &#224; Liebig qu'il cite. Liebig ne fait que mentionner que les lois du vivant ne se r&#233;duisent pas &#224; celle de la mati&#232;re. Il indique ensuite [&lt;a href='#nb3-134' class='spip_note' rel='footnote' title='Peut-&#234;tre dans un passage &#233;loign&#233; du texte, comme la ponctuation de la (...)' id='nh3-134'&gt;134&lt;/a&gt;] le r&#244;le du soleil comme &#171; conditions cosmiques &#187; de la vie v&#233;g&#233;tale. Par rapport &#224; ces id&#233;es claires, que fait Pfeiffer ? Il remplace d'abord la &#171; force sup&#233;rieure &#187; du vivant par &#171; &lt;em&gt;les&lt;/em&gt; force&lt;em&gt;s &lt;/em&gt;sup&#233;rieure&lt;em&gt;s&lt;/em&gt; agissant &lt;em&gt;dans&lt;/em&gt; les corps vivants &#187;. Ni la mise au pluriel, ni la s&#233;paration du vivant d'avec des forces qui le gouverneraient ne sont innocentes. La plupart des biologistes admettent que la compr&#233;hension du vivant exige des hypoth&#232;ses et des explications compl&#233;mentaires &#224; celles qui suffisent &#224; d&#233;crire de mani&#232;re satisfaisante le fonctionnement de la mati&#232;re inanim&#233;e. Mais ils n'invoquent pas une pluralit&#233; de forces que l'on ne pourrait articuler logiquement entre elles. Par exemple, le paradigme &#233;volutionniste, au-del&#224; des conflits d'interpr&#233;tation, permet d'unifier la compr&#233;hension du vivant. Ensuite, Pfeiffer confond la d&#233;signation de l'originalit&#233; du niveau de r&#233;alit&#233; biologique (&#171; force sup&#233;rieure &#187;) avec le r&#244;le du soleil. Ces deux r&#233;alit&#233;s ne sont pas sur le m&#234;me plan. Les variantes du vitalisme qualifient l'irr&#233;ductibilit&#233; du vivant, tandis que le r&#244;le du soleil fait partie des lois de la physique, &lt;em&gt;&#224; partir desquels&lt;/em&gt; les lois du vivant sont construites, m&#234;me si c'est en r&#233;action partielle (n&#233;guentropie). Pfeiffer essaye de faire passer les lois r&#233;gissant le soleil et les lois cosmiques pour des lois diff&#233;rentes des lois terrestres [&lt;a href='#nb3-135' class='spip_note' rel='footnote' title='Et il faut d'autant plus se m&#233;fier de l'amalgame que l'expression &#171; forces (...)' id='nh3-135'&gt;135&lt;/a&gt;]. Les physiciens ont montr&#233; qu'il n'en &#233;tait rien. Les variations locales des lois dans l'univers physique sont toutes embo&#238;t&#233;es sous un m&#234;me fonctionnement g&#233;n&#233;ral. Le myst&#232;re de l'origine et de l'existence de la vie n'emp&#234;che pas que son fonctionnement soit accessible &#224; la causalit&#233; physicienne, consid&#233;r&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la perspective propre &#224; la biologie. L'effort anthroposophique pour compl&#233;ter de &#171; causes spirituelles &#187; l'explication causale des r&#233;gularit&#233;s mises en lumi&#232;re par les sciences de la nature est sans doute vain et inutile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voyons maintenant la mani&#232;re plus rationnelle selon laquelle Rusch voulait utiliser Liebig lui-m&#234;me contre son propre mythe et contre les d&#233;fenseurs obtus de la chimie agricole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rusch et Liebig.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La fa&#231;on dont Rusch voulait reconsid&#233;rer les positions de Liebig sur l'agronomie ne nous entra&#238;nera pas si loin que celle de Pfeiffer. &lt;em&gt;Grosso modo&lt;/em&gt;, il tente d'opposer un Liebig de la jeunesse, born&#233; au laboratoire et &#224; l'analyse des bilans min&#233;raux, d'avec un Liebig devenu sage et bien plus holiste. Sa premi&#232;re remarque favorable &#224; Liebig consiste &#224; souligner la m&#234;me premi&#232;re id&#233;e relev&#233;e par Pfeiffer ci-dessus : que les lois de la chimie agricole perdent leur validit&#233; selon les sols, particuli&#232;rement &#224; mesure que leur fertilit&#233; humique s'accro&#238;t. On sait bien que la variation des types d'humus et de leurs interrelations avec les autres facteurs du sol et du milieu rend difficile &#224; cerner la notion de fertilit&#233; humique. N&#233;anmoins Rusch rel&#232;ve deux fois que Liebig aurait constat&#233; que la &lt;em&gt;loi du minimum&lt;/em&gt; ne s'applique pas sur les sols d'Ukraine ou de Roumanie, que Rusch consid&#232;re aussi bien comme &#171; les sols les plus fertiles que nous connaissions &#187; ou &#171; riches en humus &#187; [&lt;a href='#nb3-136' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21 et 171-172.' id='nh3-136'&gt;136&lt;/a&gt;]. Il serait int&#233;ressant, le cas &#233;ch&#233;ant, de d&#233;couvrir dans quelle mesure Liebig associer l'&#233;chec de la loi du minimum avec la fertilit&#233; humique. Passons maintenant &#224; des choses plus d&#233;licates. Dans le passage qui fait suite imm&#233;diatement &#224; la reconnaissance ruschienne du cas g&#233;n&#233;ral de l'efficacit&#233; agrochimique m&#234;me hors sol, notre auteur entame une singuli&#232;re d&#233;monstration. En effet, celle-ci ne vise rien de moins qu'&#224; prendre l'exact contrepied de l'imagerie populaire selon laquelle Liebig serait le p&#232;re de l'agrochimie :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;em&gt;Ainsi commen&#231;a la marche triomphale de la chimie agricole : la fertilisation chimique &#233;tait n&#233;e et partait &#224; la conqu&#234;te du monde entier&lt;/em&gt;. L'apprenti sorcier avait d&#233;couvert la formule magique. Le ma&#238;tre lui-m&#234;me, Justus von Liebig, dont les affirmations de jeunesse furent utilis&#233;es pour le sacrer prince de la fertilisation chimique, avait compris et redout&#233; ce qui allait se passer. Il n'&#233;tait pas assez &#171; sp&#233;cialiste &#187; pour ignorer que ce qu'on avait d&#233;couvert n'&#233;tait qu'une infime partie du m&#233;canisme des &#233;changes min&#233;raux, et que la fertilit&#233; n'est possible que dans le cadre des cycles biologiques. Son mod&#232;le, &#171; l'oc&#233;an de Liebig &#187;, une communaut&#233; comprenant le sol, l'eau, la plante et l'animal, &#233;tait &lt;em&gt;le premier mod&#232;le scientifique pour une recherche sur les ph&#233;nom&#232;nes biologiques.&lt;/em&gt; Liebig mit vigoureusement en garde ses contemporains contre la tentative de fournir l'azote aux plantes sous forme chimique, disant que la &#171; nature peut fournir aux plantes cent ou mille fois plus d'azote &#187;. Liebig &lt;em&gt;ne fut donc pas un propagandiste, mais au contraire un adversaire acharn&#233; de la fertilisation chimique. Telle est la v&#233;rit&#233; historique&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-137' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., p. 21.' id='nh3-137'&gt;137&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces affirmations appellent plusieurs remarques. En premier lieu, l'expression &#171; Le ma&#238;tre lui-m&#234;me &#187;, &#224; propos de Liebig, indique deux choses : d'abord que Rusch croyait compl&#232;tement &#224; la grandeur scientifique du chimiste que fut Liebig ; ensuite, elle peut laisser penser que Rusch consid&#233;rait Liebig comme un guide pour sa propre recherche. Sur la premi&#232;re chose, notons qu'aujourd'hui, un auteur comme Marika Blondel-M&#233;grelis, assez bien intentionn&#233;e vis-&#224;-vis de Liebig, n'h&#233;site pourtant pas &#224; reconna&#238;tre que, particuli&#232;rement au plan de la chimie agricole, &#171; il n'a pas dit beaucoup plus que Davy, Chaptal et Sprengel &#187; [&lt;a href='#nb3-138' class='spip_note' rel='footnote' title='Blondel-M&#233;grelis M., Justus Liebig, Tout est chimie, in L'actualit&#233; chimique, (...)' id='nh3-138'&gt;138&lt;/a&gt;]. Quant &#224; la deuxi&#232;me chose, elle est confirm&#233;e, au-del&#224; de toutes les justifications que l'on pourrait souhaiter, par l'affirmation ruschienne, largement d&#233;mesur&#233;e, selon laquelle le travail de Liebig pourrait constituer rien de moins que &lt;em&gt;&#171; le premier mod&#232;le scientifique pour une recherche sur les ph&#233;nom&#232;nes biologiques &#187;.&lt;/em&gt; En second lieu, il faut dire un mot de l'interpr&#233;tation ruschienne du point de vue de Liebig sur l'azote [&lt;a href='#nb3-139' class='spip_note' rel='footnote' title='Interpr&#233;tation qu'il reprend &#224; la page 156.' id='nh3-139'&gt;139&lt;/a&gt;]. Certes, Liebig crut longtemps que la quantit&#233; d'azote &#233;tait presque nulle dans l'air [&lt;a href='#nb3-140' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Robert indique aujourd'hui que l'air est un m&#233;lange gazeux comprenant de (...)' id='nh3-140'&gt;140&lt;/a&gt;], tout en pensant, malgr&#233; cela, qu'elle &#233;tait &#171; m&#234;me plus que suffisante pour approvisionner d'azote tous les &#234;tres vivants &#187; [&lt;a href='#nb3-141' class='spip_note' rel='footnote' title='Liebig J., Chimie organique appliqu&#233;e &#224; l'agriculture et &#224; la physiologie, p. (...)' id='nh3-141'&gt;141&lt;/a&gt;]. Cependant, d'une part, nous avons vu, que, bien qu'elle soit compliqu&#233;e, la querelle de l'azote s'est conclue, pour ce qui est de Liebig, par son abdication, dans la derni&#232;re &#233;dition de sa &lt;em&gt;Chimie organique appliqu&#233;e &#224; l'agriculture et &#224; la physiologie&lt;/em&gt;, vis-&#224;-vis de son rejet de l'int&#233;r&#234;t des engrais min&#233;raux azot&#233;s. Rusch se trompe donc ostensiblement quand il fait de Liebig quelqu'un qui serait toujours rest&#233; d&#233;favorable &#224; l'apport d'azote, pour la raison erron&#233;e selon laquelle les plantes, quelles que soient leurs conditions de croissance, pourraient toujours s'en procurer facilement dans l'air. D'autre part, on ne saurait r&#233;duire les engrais chimiques &#224; l'azote. Rusch a tendance &#224; le faire, et il vrai que ce nutriment joue un r&#244;le essentiel dans la vie des plantes. Mais les engrais min&#233;raux de synth&#232;se comprennent au moins les deux autres &#233;l&#233;ments de la trilogie NPK. Pourquoi donc Rusch se sert-il de la position fragile de Liebig pour en faire, ce qui est incroyable, &#171; &lt;em&gt;un adversaire de la fertilisation chimique&lt;/em&gt; &#187; ? Il faudrait des recherches approfondies pour essayer de comprendre. Toujours est-il que Rusch insiste dans son interpr&#233;tation. Il affirme que le &#171; baron von Liebig &#187; aurait condamn&#233; &#171; cette science des &#233;l&#233;ments min&#233;raux &#187;, &lt;em&gt;i. e.&lt;/em&gt; la chimie agricole. Quand Nathalie Jas et Marika Blondel-M&#233;grelis soulignent un Liebig &#171; extr&#234;mement complexe &#187;, aux &#171; r&#233;actions brutales et jalouses &#187;, qui n'a que &#171; rarement reconnu ses erreurs &#187; [&lt;a href='#nb3-142' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit., p. 74 (...)' id='nh3-142'&gt;142&lt;/a&gt;], Hans Peter Rusch voit en lui un chercheur qui aurait su faire preuve d'humilit&#233; &#224; la fin de sa carri&#232;re. Ainsi Liebig aurait convenu indirectement que les engrais NPK pouvaient, &#224; force, &#171; tuer l'organisme &#171; sol &#187;, l'organisme &#171; plante &#187; et tous les autres organismes [si l'on eut &#233;cout&#233; Liebig] il n'est nullement exag&#233;r&#233; de dire, quand on consid&#232;re l'histoire, qu'on aurait pu, il y a d&#233;j&#224; 100 ans, d&#233;couvrir exp&#233;rimentalement la v&#233;rit&#233; sur l'alimentation artificielle des plantes &#187; [&lt;a href='#nb3-143' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 25.' id='nh3-143'&gt;143&lt;/a&gt;]. Rusch renvoie &#224; l'&#233;poque de la naissance et des premiers d&#233;veloppements de la microbiologie [&lt;a href='#nb3-144' class='spip_note' rel='footnote' title='Il fait r&#233;f&#233;rence &#224; Pasteur et Robert Koch deux pages plus loin.' id='nh3-144'&gt;144&lt;/a&gt;] : &#171; Il aurait suffi de suivre les indications de Liebig qui s'&#233;tait lui-m&#234;me gravement reproch&#233; d'avoir eu la pr&#233;tention, lui &#171; mis&#233;rable ver de terre &#187;, d'am&#233;liorer la cr&#233;ation &#187; [&lt;a href='#nb3-145' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch, H.-P., ibid., p. 25.' id='nh3-145'&gt;145&lt;/a&gt;]. Rusch voit le vrai visage de Liebig comme celui d'un homme incompris au point d'&#234;tre &#171; hant&#233; jusqu'&#224; sa mort par le souci d'avoir contribu&#233; &#224; mettre l'humanit&#233; sur le chemin de l'erreur &#187; [&lt;a href='#nb3-146' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 37.' id='nh3-146'&gt;146&lt;/a&gt;], et donne encore au moins deux fois, ailleurs, une appr&#233;ciation positive de Liebig [&lt;a href='#nb3-147' class='spip_note' rel='footnote' title='Aux pages 46 et 56.' id='nh3-147'&gt;147&lt;/a&gt;]. Le lecteur encore sceptique sur cette relation intellectuelle d'un des fondateurs de l'agriculture biologique avec le plus c&#233;l&#232;bre des p&#232;res de l'agrochimie pourrait l&#233;gitimement demander quelles sont les sources des citations et de l'interpr&#233;tation ruschienne de l'&#339;uvre de Liebig. En toute rigueur, cela est m&#233;thodologiquement n&#233;cessaire. Mais Rusch ne cite pas Liebig dans la bibliographie de &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt;. On ne conna&#238;trait donc pas du tout ses sources s'il n'avait gliss&#233; cette parenth&#232;se : &#171; il y a plus de 100 ans Liebig mettait d&#233;j&#224; en garde contre le danger des interventions avec des engrais chimiques dans le cycle biologique des substances (on ne trouve ces &#233;crits que dans de vieux ouvrages, qui n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233;s depuis 100 ans) &#187; [&lt;a href='#nb3-148' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 156.' id='nh3-148'&gt;148&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faudrait consulter des sp&#233;cialistes de Liebig - il y a eu &#233;norm&#233;ment de publications &#224; son sujet - afin de d&#233;terminer dans quelle mesure Rusch dit vrai ou se trompe. N&#233;anmoins, contre une certaine repr&#233;sentation qui tend &#224; opposer &lt;em&gt;radicalement&lt;/em&gt; l'agrobiologie &#224; la chimie agricole et &#224; l'agrochimie, nous pouvons souligner que plusieurs auteurs situent Liebig et/ou la chimie agricole parmi les influences qui ont pes&#233; sur la formation de l'&#233;cologie scientifique [&lt;a href='#nb3-149' class='spip_note' rel='footnote' title='Del&#233;age J.-P., Une histoire de l'&#233;cologie, Seuil, 1994 (Ed. La D&#233;couverte, (...)' id='nh3-149'&gt;149&lt;/a&gt;]. Dans cette perspective, il ne serait pas compl&#232;tement incongru, avec Marika Blondel M&#233;grelis, d'aller jusqu'&#224; voir en Liebig un fondateur de l'&#233;cologie : &#171; le regard global qu'il a port&#233; sur les ph&#233;nom&#232;nes et sur les r&#232;gnes, sa conception de la vie, &#224; laquelle Claude Bernard devra beaucoup, sa hauteur de vue, par-del&#224; les continents et les g&#233;n&#233;rations, et les avertissements qu'il claironne aux oreilles de l'humanit&#233; et de ceux qui en sont responsables, font de lui un visionnaire et le chimiste fondateur de l'&#233;cologie &#187; [&lt;a href='#nb3-150' class='spip_note' rel='footnote' title='Blondel-M&#233;grelis, M., Justus Liebig, Tout est chimie, in L'actualit&#233; (...)' id='nh3-150'&gt;150&lt;/a&gt;]. Pascal Acot est cependant plus nuanc&#233; : &#171; Ainsi, quoique le r&#244;le historique effectif de l'agrochimie dans la constitution des concepts et m&#233;thodes de l'&#233;cologie v&#233;g&#233;tale reste encore &#224; &#233;valuer, on peut consid&#233;rer que cette discipline est int&#233;gr&#233;e &#224; l'&#233;cologie scientifique &#8211; corps de savoir relativement autonome par son objet et proc&#233;dures exp&#233;rimentales &#8211; au cours de la premi&#232;re d&#233;cennie du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#187;. Comme on le voit, la controverse reste ouverte chez les historiens sur le rapport entre Liebig, l'agrochimie, et l'&#233;cologie. On ne saurait donc s'&#233;tonner que des non sp&#233;cialistes, qui plus est travaillant dans une relative sinon &#233;vidente marginalit&#233;, comme le furent les fondateurs de l'agrobiologie, n'aient pu la d&#233;passer par eux-m&#234;mes. Une derni&#232;re indication fait tout de m&#234;me pencher notre point de vue vers l'admission de la compl&#233;mentarit&#233; des savoirs chimiques et &#233;cologiques, ce qui par-del&#224;, ouvre des pistes pour bien resituer la probl&#233;matique agrobiologique. A travers la chimie agricole, c'&#233;tait bien la physiologie v&#233;g&#233;tale que l'on essayait de comprendre. Sous l'angle d'une botanique ou d'une &#233;cologie v&#233;g&#233;tale soucieuse de compl&#233;ter les preuves du terrain par celles du laboratoire, on peut comprendre le sens et le r&#244;le de la recherche men&#233;e en chimie agricole. A ce compte, l'amiti&#233; commune de deux fondateurs de la chimie agricole, Boussinguault et Liebig, avec un indiscutable pr&#233;curseur de l'&#233;cologie, Alexander von Humbolt [&lt;a href='#nb3-151' class='spip_note' rel='footnote' title='Del&#233;age J.-P., Une histoire de l'&#233;cologie, op. cit., p. 52. Pascal Acot (...)' id='nh3-151'&gt;151&lt;/a&gt;], devient compr&#233;hensible et &#233;clairante.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Conclusions interm&#233;diaires : la r&#233;ception agrobiologique paradoxale de l'histoire agronomique&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;L'accentuation exag&#233;r&#233;e de la coupure historique entre fumure min&#233;rale et fumure organique semble partiellement tributaire de l'&#339;uvre et de la d&#233;marche pol&#233;mique et m&#233;diatique du c&#233;l&#232;bre Justus von Liebig. La tradition agricole ne s'est peut-&#234;tre jamais ressentie comme exclusivement organique dans sa d&#233;marche de fumure. Consid&#233;rer qu'elle avait conscience de recourir &#224; presque tout ce qui pouvait &#171; marcher &#187; est sans doute plus juste, au moins jusqu'au milieu du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, si l'on se limite &#224; l'Europe [&lt;a href='#nb3-152' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Poulain D., (dir.), Histoires et chronologies de l'agriculture (...)' id='nh3-152'&gt;152&lt;/a&gt;]. Chercher &#224; comprendre exactement comment se nourrissent les v&#233;g&#233;taux est une question de chercheurs et d'intellectuels. L'empirisme paysan voit plus globalement et se contente souvent d'un raisonnement pragmatique. De ce point de vue, il faudrait distinguer, dans la compr&#233;hension de la fumure traditionnelle, d'une part, des pratiques paysannes relativement h&#233;t&#233;roclites, et, d'autre part, l'importance d'une tradition savante plus influenc&#233;e par une philosophie antique du cycle du vivant, traduite dans le principe de similitude. Encore cette partition est-elle trop sch&#233;matique, en ignorant sans doute l'imbrication locale des pratiques et th&#233;ories, sans parler du recours, de part et d'autre, &#224; des recettes plus ou moins occultes ou fantaisistes pour fertiliser les terres ou mener le travail agricole en g&#233;n&#233;ral [&lt;a href='#nb3-153' class='spip_note' rel='footnote' title='De telles recettes sont par exemple bien pr&#233;sentes chez certains agronomes (...)' id='nh3-153'&gt;153&lt;/a&gt;]. Mais cette dichotomie a le m&#233;rite de d&#233;placer le lieu de la controverse sur la fertilisation, depuis les pratiques paysannes et les principes qui en &#233;taient tir&#233;s, jusque vers des interrogations savantes tout d'abord cantonn&#233;es &#224; quelques questions de la &#171; nutrition &#187; v&#233;g&#233;tale. Dans cette r&#233;ception de l'histoire agronomique, les fondateurs de l'agrobiologie sont difficiles &#224; situer. L'interpr&#233;tation la plus fid&#232;le &#224; l'esprit de leurs recherches dirait qu'ils ont re&#231;u la tradition paysanne de la fumure dans sa diversit&#233; tout en reprenant l'accent biologique dominant qui s'en d&#233;gage. Mis &#224; part Masanobu Fukuoka, les fondateurs font appel &#224; une diversit&#233; de mat&#233;riaux min&#233;raux pour le compostage en tas ou en surface (roches &#171; primitives &#187; ou non purifi&#233;es artificiellement, silice, cendres, etc&#8230;). Mais ils convergent tous pour d&#233;fendre le primat de l'humus et du sol vivant dans la logique naturelle de la fertilit&#233;. En ce sens l&#224;, on pourrait dire que Albert Howard r&#233;sume l'esprit agrobiologique de la r&#233;ception de l'histoire agricole ant&#233;rieure &#224; la r&#233;volution agrochimique en posant son travail comme une &#171; d&#233;fense et illustration &#187; de la rationalit&#233; paysanne. En quelque sorte, les p&#232;res de l'agrobiologie auraient repris le probl&#232;me de la fertilit&#233; en amont de l'apparition de la perspective initi&#233;e par Lavoisier, Sprengel, Liebig, et d'autres chimistes. La r&#233;f&#233;rence &#224; Tha&#235;r ou &#224; Boussinguault, pour rappeler que les composts et les fumiers demeurent efficaces, s'inscrirait dans cette volont&#233; de consid&#233;rer le probl&#232;me, si l'on peut dire, &#171; dans l'ordre &#187; : les paysans savaient entretenir la fertilit&#233; de leurs champs &lt;em&gt;avant&lt;/em&gt; les d&#233;monstrations de nutrition min&#233;rale. Cependant, s'en tenir &#224; cette interpr&#233;tation serait trop r&#233;ducteur. Il faut aussi faire droit autrement &#224; la mythologie de l'opposition radicale agrochimie versus agrobiologie. Les fondateurs n'ont pas toujours su &#233;viter le pi&#232;ge de la lecture historique binaire reprise jusqu'&#224; il y a peu par l'historiographie des sciences agronomiques : avant Liebig l'erreur, apr&#232;s lui la v&#233;rit&#233;. Les fondateurs n'auraient fait que retourner cette interpr&#233;tation : la tradition paysanne de l'humus a raison, la chimie agricole ne propose qu'un proc&#233;d&#233; artificiel nocif pour faire pousser les plantes. La tentative de r&#233;cup&#233;ration de Liebig par Rusch s'inscrit au moins partiellement dans ce sch&#233;ma. L'avantage de cette posture est de d&#233;signer apparemment clairement deux camps, celui de la biologie et celui de la chimie. Mais la position devient vite intenable du point de vue du progr&#232;s scientifique. Louise Howard en avait conscience, quand elle cherchait &#224; &#233;viter que ceux qui s'int&#233;ressaient au travail de son mari voit en lui un adversaire de la chimie par principe. Prendre de mani&#232;re trop simpliste les diatribes howardiennes contre l'agrochimie c'&#233;tait s'exposer &#224; compter pour rien le savoir chimique. C'&#233;tait mal comprendre Howard, qui mania connaissances et analyses chimiques avec Y.D. Wad, par exemple sur le cycle de l'azote ou le rapport carbone-azote dans les composts. C'&#233;tait risquer d'entra&#238;ner l'agrobiologie et son approfondissement sur des chemins id&#233;ologiques oiseux, aux limites de l'antiscience. C'&#233;tait tout simplement manquer que la th&#232;se agrobiologique minimale et fondamentale vis-&#224;-vis de l'agrochimie consistait &#224; dire que le savoir chimique pouvait &#234;tre utile mais qu'il &#233;tait second, parce que les facteurs principaux de l'&#233;volution d'un champ sont biologiques [&lt;a href='#nb3-154' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Howard L., Sir Albert Howard in India, op. cit., p. 205.' id='nh3-154'&gt;154&lt;/a&gt;]. Reste que la d&#233;signation des facteurs biologiques comme fondamentaux dans la compr&#233;hension du probl&#232;me ne suffit pas &#224; &lt;em&gt;savoir quels savoirs biologiques seront pertinents&lt;/em&gt;. Faut-il s'int&#233;resser aux m&#233;canismes biochimiques des plantes ? A la microbiologie des sols et aux relations avec la rhizosph&#232;re des plantes ? A l'&#233;volutionnisme ? Aux relations entre les diff&#233;rentes esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales, voire entre v&#233;g&#233;taux et animaux ? Aux processus de fermentation et de d&#233;composition dans les fumiers et composts ? Faut-il approfondir la question de la nutrition v&#233;g&#233;tale pour mettre en &#233;vidence une alimentation organique ? Ou bien faut-il privil&#233;gier l'&#233;tude des &#171; cycles &#187; de la nature, que ce soit ceux des mati&#232;res ou ceux de la biosph&#232;re ? S'il n'y avait que ces questions scientifiques, on pourrait d&#233;j&#224; ais&#233;ment comprendre la difficult&#233; des fondateurs &#224; savoir comment situer l'h&#233;ritage paysan et celui des sciences agronomiques par rapport &#224; leur perspective propre, tant les probl&#232;mes sont carrefours et difficiles &#224; poser correctement. Mais il s'ajoute l&#224;-dessus les questions des libert&#233;s paysannes et de la progressive domination du capitalisme et de la logique industrielle sur l'agriculture : Tha&#235;r peut &#234;tre appel&#233; contre Liebig du point de vue du r&#244;le clef ou non de l'humus, mais il peut &#234;tre mis &#171; dans le m&#234;me panier &#187;, du point de vue de la promotion de l'agriculture commerciale. Rappelons enfin que la science &#233;cologique et l'agrobiologie se trouvent encore aujourd'hui dans une situation de r&#233;ception paradoxale de l'histoire des sciences. L'&#233;cologie conna&#238;t une certaine division interne entre un courant qui privil&#233;gie la botanique et un autre plus orient&#233; par la physique et la chimie. Quand &#224; la r&#233;ception incertaine de Liebig par l'agriculture biologique, elle est loin d'&#234;tre une attitude d&#233;pass&#233;e : l'importante fondation allemande &lt;em&gt;Stiftung &#214;kologie und Landbau&lt;/em&gt; va plus loin que Rusch et voit en Justus von Liebig &#171; un des pionniers de l'agriculture &#233;cologique moderne &#187; [&lt;a href='#nb3-155' class='spip_note' rel='footnote' title='Liebig, J., Es ist ja dies die Spitze meines Lebens, Naturgesetze im (...)' id='nh3-155'&gt;155&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, si la recherche de la compr&#233;hension des m&#233;canismes biologiques de la fertilit&#233; est l'horizon constructif de l'agrobiologie, la critique de l'agrochimie constitue parall&#232;lement, sur le plan scientifique, l'aiguillon n&#233;gatif essentiel de cette &#233;laboration agricole alternative. Nous allons maintenant passer en revue les forces et les faiblesses des critiques d&#233;cisives des diff&#233;rents fondateurs. Nous y retrouverons, entre autres, et autour de discussions des lois agrochimiques classiques, une tension durable de l'histoire agronomique du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, au niveau du r&#244;le probant ou non des exp&#233;rimentations faites respectivement au laboratoire et au champ, ainsi que, d'autre part, des critiques de la math&#233;matisation et de la r&#233;duction scientifiques, face &#224; la complexit&#233; des facteurs en jeu en agriculture. Nous porterons notre analyse successivement sur Howard, sur Steiner - rapidement -, puis sur Rusch, et enfin sur Masanobu Fukuoka.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La critique du r&#233;ductionnisme agrochimique de Liebig par Howard&lt;/h3&gt;
&lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;La d&#233;nonciation de l'agronomie de laboratoire au nom du primat de l'exp&#233;rience directe de la terre&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Albert Howard multiplie les identifications de la &#171; Nature &#187; ou de la &#171; terre &#187; &#224; &#171; notre m&#232;re &#187; [&lt;a href='#nb3-156' class='spip_note' rel='footnote' title='En ne nous en tenant qu'&#224; son Testament agricole, avec un comptage rapide, au (...)' id='nh3-156'&gt;156&lt;/a&gt;]. Nous pouvons &#233;mettre l'hypoth&#232;se d'apr&#232;s laquelle cette fa&#231;on de s'exprimer rejoint l'&#233;mergence, au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avec les pr&#233;curseurs et les continuateurs de Darwin, de la r&#233;affirmation th&#233;orique (et sociale ?) de l'inscription de l'homme dans l'immanence ou la continuit&#233; de la nature biologique [&lt;a href='#nb3-157' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur cette r&#233;inscription issue de certaines sciences contemporaines, on (...)' id='nh3-157'&gt;157&lt;/a&gt;]. Howard, en laissant entendre qu'il prend pour &#233;quivalent &#171; Nature &#187; et &#171; terre &#187;, et en &lt;em&gt;insistant sur le lien corporel des hommes &#224; la terre-m&#232;re&lt;/em&gt;, se situerait bien dans l'approche de ces sciences contemporaines, qui, selon Dominique Bourg, s'opposent aux sciences issues du mod&#232;le galil&#233;o-newtonien, et privil&#233;gient une science &#171; g&#233;o-terrestre &#187;. L'apparition d'une nouvelle science, l'&#233;cologie, et des concepts de &#171; biosph&#232;re &#187;, &#171; &#233;cosyst&#232;mes &#187;, ou &#171; &#233;cosph&#232;re &#187;, participerait de ce mouvement de rupture avec l'abstraction &#171; astrophysique &#187; des sciences modernes. On pourra avec lire les travaux d'Hannah Arendt sur cette question [&lt;a href='#nb3-158' class='spip_note' rel='footnote' title='Notamment la derni&#232;re partie de Condition de l'homme moderne et l'article La (...)' id='nh3-158'&gt;158&lt;/a&gt;]. Notons, de plus, que ce changement de perspective tendrait &#224; affaiblir la domination de la fa&#231;on protocolaire moderne de faire science. Ainsi, l'invention et l'affirmation moderne de l'instrument, (microscope et t&#233;lescope), du dispositif technique d'observation, puis du laboratoire, comme condition n&#233;cessaire de la production des savoirs dits scientifiques, se voient remises en cause par l'ouverture de m&#233;thodes scientifiques, qui, tout en restant des m&#233;thodes exp&#233;rimentales, sont susceptibles de porter des th&#233;ories de la science compatibles avec les normes de la philosophie naturelle, pr&#233;dominante avant la modernit&#233;. Sans approfondir cette question, notons que le cadre &#171; r&#233;aliste &#187; [&lt;a href='#nb3-159' class='spip_note' rel='footnote' title='Au sens de &#171; global &#187;, incluant une &#233;thique totale pour l'homme, celle de (...)' id='nh3-159'&gt;159&lt;/a&gt;] de la philosophie aristot&#233;lico-thomiste m&#233;di&#233;vale proposait une approche de l'exp&#233;rience scientifique semblant plus en rapport avec la r&#233;alit&#233; naturelle &lt;em&gt;donn&#233;e&lt;/em&gt;, que ne le fera, ensuite, la science moderne classique [&lt;a href='#nb3-160' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur cette question, outre les travaux d'Hannah Arendt cit&#233;s, on peut voir le (...)' id='nh3-160'&gt;160&lt;/a&gt;]. La citation suivante illustrera ce propos. On y comprend le lien entre la d&#233;marche d'un ing&#233;nieur technicien &#171; fabricant &#187; et ce qu'est une exp&#233;rimentation scientifique au sens moderne, c'est-&#224;-dire &lt;em&gt;une exp&#233;rience dont les conditions sont volontairement produites&lt;/em&gt;. On y saisit &#233;galement comment cette d&#233;marche se diff&#233;rencie de la philosophie naturelle d'Aristote qui proposait d'exp&#233;rimenter les choses par une observation dans la nature&lt;em&gt; in vivo&lt;/em&gt;, sans instrument, &#224; partir de nos propres yeux et sens corporels [&lt;a href='#nb3-161' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce passage se r&#233;f&#232;re &#224; un opuscule r&#233;dig&#233; par un ing&#233;nieur au service du fr&#232;re (...)' id='nh3-161'&gt;161&lt;/a&gt;] :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le discours de Pierre de Maricourt s'appuie essentiellement sur l'observation et l'exp&#233;rience, non pas l'exp&#233;rience au sens aristot&#233;licien du terme, c'est-&#224;-dire la confirmation d'un fait par sa reproductivit&#233; observ&#233;e dans la nature, mais bien d'exp&#233;rience scientifique, c'est-&#224;-dire provoqu&#233;e et r&#233;p&#233;t&#233;e volontairement. Le fait de briser un aimant pour regarder la position des p&#244;les des deux fragments est une op&#233;ration exp&#233;rimentale. D&#233;marche nouvelle qui s'est manifest&#233;e en marge de l'universit&#233;. &#187; [&lt;a href='#nb3-162' class='spip_note' rel='footnote' title='Beno&#238;t P., La th&#233;ologie au XIIIe si&#232;cle : une science pas comme les autres, in (...)' id='nh3-162'&gt;162&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour l'agronomie, l'int&#233;r&#234;t de cette remise en cause r&#233;side dans l'exigence de rapprochement des th&#233;ories agronomiques avec les pratiques agricoles. En effet, lorsque la science sort du domaine sp&#233;cialis&#233; et priv&#233; du laboratoire pour aller de nouveau se soumettre au jugement commun de l'exp&#233;rience ordinaire, c'est avec un mod&#232;le de science &lt;em&gt;publique &lt;/em&gt;que nous renouons. Et comment cela est-il possible sans retrouver le primat de l'exp&#233;rience sensible dans la construction des savoirs ? Le crit&#232;re &#171; d'objectivit&#233; faible &#187; [&lt;a href='#nb3-163' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous empruntons l'expression au P&#232;re Joseph-Marie Verlinde.' id='nh3-163'&gt;163&lt;/a&gt;] et minimale des sciences exp&#233;rimentales modernes, r&#233;side dans la &#171; r&#233;p&#233;tabilit&#233; des exp&#233;riences &#187;, devant des t&#233;moins r&#233;put&#233;s &#171; fiables &#187;, ce qui peut &#224; la limite, conf&#233;rer une dimension &#171; semi-publique &#187; &#224; ces sciences [&lt;a href='#nb3-164' class='spip_note' rel='footnote' title='Thuillier P., Les j&#233;suites ont-ils &#233;t&#233; des pionniers de la science ? in (...)' id='nh3-164'&gt;164&lt;/a&gt;]. En revanche, lorsque le d&#233;roulement et les r&#233;sultats de la r&#233;p&#233;tition des exp&#233;riences est visible, pour ce qui est de la question agraire, sur le terrain de milliers de fermes, alors on se demande comment donner de la valeur &#224; ces savoirs s'ils ne peuvent &#234;tre d&#233;clar&#233;s scientifiques. Par-l&#224;, le lien entre, d'une part, la valeur de l'exp&#233;rience commune, ordinaire, ou le savoir/sens commun, et, d'autre part, la valeur de la &#171; lumi&#232;re naturelle &#187;, et, finalement, avec la raison, pourrait s'&#233;clairer un peu [&lt;a href='#nb3-165' class='spip_note' rel='footnote' title='A l'&#233;poque des Lumi&#232;res, les auteurs de l'Encyclop&#233;die avaient conserv&#233; une (...)' id='nh3-165'&gt;165&lt;/a&gt;]. Le probl&#232;me est que ces milliers d'exp&#233;riences aux principes protocolaires et r&#233;sultats convergents n'ont pas re&#231;u le regard autoris&#233; des messieurs &#171; scientifiques &#187; de l'&#171; etablishment &#187; : alors, elles n'ont pas non plus &#233;t&#233; qualifi&#233;es de &#171; scientifiques &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette conclusion est une de celles auxquelles est parvenue Albert Howard [&lt;a href='#nb3-166' class='spip_note' rel='footnote' title='Hans Peter Rusch, soucieux lui aussi d'assurer une cr&#233;diblit&#233; scientifique &#224; (...)' id='nh3-166'&gt;166&lt;/a&gt;]. En effet, un des axes de l'argumentation howardienne sera justement de montrer que l'approche de milliers de paysans hindous et chinois, ignor&#233;e par l'agronomie officielle de son pays, est pourtant plus rationnelle et donc plus scientifique que l'approche des stations d'essais anglaises influenc&#233;es par Liebig et sa r&#233;duction des questions agronomiques aux questions de la chimie synth&#233;tique. Howard fustige ainsi l'agronomie moderne qui s'est enferm&#233; dans l'abstraction des analyses de laboratoire. Il d&#233;nonce &#171; &lt;em&gt;The Advent of the Laboratory Ermit&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-167' class='spip_note' rel='footnote' title='C'est l&#224; l'un des sous-titre de son chapitre sur &#171; The intrusion of science &#187; (...)' id='nh3-167'&gt;167&lt;/a&gt;] et la vaine sp&#233;cialisation sans fin des chercheurs qui leur fait perdre de vue l'objet global de leur &#233;tude.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;Une critique de l'application de la quantification math&#233;matique au nom de la complexit&#233;, de la variabilit&#233;, et de la solidarit&#233; des facteurs de l'agriculture r&#233;elle&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Sir Albert Howard critique &#233;galement l'application du m&#233;canisme quantitatif issu de la physique classique galil&#233;o-newtonienne aux questions de la biologie, dont l'agriculture fait partie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; En chimie et en physique, on demande des calculs pr&#233;cis. Ces disciplines s'occupent de d&#233;terminations rigoureuses qui peuvent &#234;tre rendues par des nombres pr&#233;cis. Par contre, la culture des plantes et l'&#233;levage des bestiaux appartiennent au domaine de la biologie, dans lequel tout est vivant et qui est &lt;em&gt;le p&#244;le oppos&#233; [&lt;a href='#nb3-168' class='spip_note' rel='footnote' title='Entropie et n&#233;guentropie : une anticipation ici, ou le bon sens r&#233;fl&#233;chi (...)' id='nh3-168'&gt;168&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt; de la chimie et de la physique. Beaucoup d'&#233;l&#233;ments, qui ont leur importance &#224; la campagne, tels que la fertilit&#233;, l'&#233;tat meuble du sol, son travail, la qualit&#233; des produits, la vitalit&#233; et la sant&#233; des animaux, leur &#233;tat g&#233;n&#233;ral, les rapports des propri&#233;taires avec leur ouvriers, l'esprit de corps de la ferme dans son ensemble, ne peuvent &#234;tre pes&#233;s ni mesur&#233;s. Malgr&#233; cela, leur existence conditionne le tout ; leur absence m&#232;ne &#224; la faillite. Pourquoi, dans ces conditions, faut-il attribuer une telle valeur aux poids et aux masses ainsi qu'&#224; la repr&#233;sentation statistique de ces valeurs ? Les r&#233;sultats &#233;tablis quantitativement sont-ils donc tellement en rapport avec l'objet de la recherche (la croissance de la plante et l'&#233;levage du b&#233;tail) ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il critique l'application des m&#233;thodes de quantification math&#233;matique aux questions agronomiques. Il consid&#232;re que de nombreux facteurs de l'agriculture ne sont pas ou peu quantifiables, et que ces facteurs - que l'on pourrait dire peut-&#234;tre &#171; qualitatifs &#187; - sont les plus importants. On voit l&#224; parler son exp&#233;rience de terrain. En effet, l'exp&#233;rience de l'activit&#233; paysanne apprend au chercheur combien cette proximit&#233; r&#233;guli&#232;re avec les diverses dimensions de sa ferme vont lui permettre d'agir prudemment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa critique de l'application des m&#233;thodes quantitatives n'est pas men&#233;e seulement au nom du primat des facteurs non pr&#233;cis&#233;ment mesurables - &#187;qualitatifs &#187;- en agriculture, elle l'est aussi au nom des &lt;em&gt;limites du r&#233;ductionnisme&lt;/em&gt;. Howard se demande si la volont&#233; de mettre en &#233;quation math&#233;matique les &lt;em&gt;tr&#232;s nombreuses variables&lt;/em&gt; qui r&#233;gissent les rapports de la plante et du sol n'est pas quelque peu illusoire :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Un syst&#232;me &#224; tant de variantes, comme celui de la plante et du sol qui varient de semaine en semaine et d'ann&#233;e en ann&#233;e, peut-il vraiment &#234;tre amen&#233; &#224; une pr&#233;cision correspondant aux exigences quantitatives de la math&#233;matique ? &#187; [&lt;a href='#nb3-169' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 184. On pourrait se demander si la (...)' id='nh3-169'&gt;169&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Howard, cette application des m&#233;thodes quantitatives en agronomie est une des fa&#231;ons par lesquelles l'industrie commen&#231;a &#224; s'emparer de l'agriculture [&lt;a href='#nb3-170' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 176 : &#171; Avec l'introduction des math&#233;matiques, l'enseignement de (...)' id='nh3-170'&gt;170&lt;/a&gt;]. En guise de premi&#232;re conclusion, provisoire, sur la critique howardienne de la science et de l'agronomie moderne, on pourrait la r&#233;sumer en la pr&#233;sentant de la fa&#231;on suivante : Howard tenterait comme une d&#233;molition de l'id&#233;ologie moderne du progr&#232;s agronomique, qui voit celui-ci dans l'application conjointe &#224; l'agriculture, d'une part, des m&#233;thodes exp&#233;rimentales, surtout issues des sciences bas&#233;es sur le mod&#232;le de la physique classique, et, d'autre part, des m&#233;thodes de comptabilit&#233; capitalistes, de plus en plus pr&#233;gnantes depuis la R&#233;volution industrielle. En agronomie, Sir Albert Howard rejetterait :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1&#176; le primat de la recherche sur les &#233;l&#233;ments min&#233;raux inertes sur la recherche des conditions biologiques de la fertilit&#233; et de la productivit&#233; ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2&#176; le primat conjoint de la d&#233;marche hypoth&#233;tico-d&#233;ductive de laboratoire sur l'observation &lt;em&gt;in situ&lt;/em&gt; des r&#232;gles de la fertilit&#233; sauvage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il va s'agir, maintenant, de se demander s'il est possible de relier ces aspects critiques &#171; techniques &#187; avec ceux concernant sa position &#171; sociale &#187; quant au primat indu du capitalisme sur les besoins primaires de la population, - alimentaires et sanitaires dans le texte howardien. La critique qu'Howard m&#232;ne de l'agrochimie semble pouvoir constituer ce lien entre sa critique de l'agronomie et sa critique de la place acquise par le capitalisme dans la soci&#233;t&#233; occidentale depuis la R&#233;volution industrielle. Selon l'importance de la compl&#233;mentarit&#233; et de la coh&#233;rence mutuelle de ces trois registres critiques, il faudra se demander s'il est possible de les consid&#233;rer comme les diff&#233;rentes facettes d'une m&#234;me critique globale de l'application de l'id&#233;ologie moderne du progr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;La critique howardienne contre l'oubli agrochimique de la vie du sol&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, Howard consid&#232;re que les essais de culture aux seuls engrais chimiques ont &#233;chou&#233; : sur&#171; les parcelles de la station d'essais de Woburn consacr&#233;e aux essais de fertilisation continue, [&#8230;] la tentative de cultiver sur sable fin d'ann&#233;e en ann&#233;e du bl&#233; avec des engrais min&#233;raux avait amen&#233; un &#233;chec complet. La terre a fait gr&#232;ve. La destruction des vers de terre par l'application r&#233;guli&#232;re de l'engrais min&#233;ral a enlev&#233; au sol son a&#233;ration naturelle. &#187; [&lt;a href='#nb3-171' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 136.' id='nh3-171'&gt;171&lt;/a&gt;] De l'autre, comme nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233;, il reconna&#238;t que les essais men&#233;s par Gilbert et Lawes &#224; Rothamsted sont concluants : &#171; La station exp&#233;rimentale Rothamsted, qui commen&#231;a ses recherches en 1843 &#187; mena des exp&#233;rimentations sur les fertilisants chimiques &#171; tellement impressionnantes, tellement correctes du point de vue scientifique &#187; qu'elles eurent une grande et durable influence pour &#233;tablir la croyance en la pertinence de l'approche agrochimique de la fertilit&#233;. Entre ces deux citations, on pourrait croire que Howard se contredit. En fait, dans le premier cas, il attribue l'&#233;chec de la fertilisation min&#233;rale &#224; la disparition de la structure du sol (destruction des vers de terre et de l'a&#233;ration) [&lt;a href='#nb3-172' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 135-137. Il pr&#233;cise p. 136 : &#171; L'un des colmatages du sol les plus (...)' id='nh3-172'&gt;172&lt;/a&gt;]. Dans le second cas, Howard ne peut contester directement des essais qui ont &#233;t&#233;s largement v&#233;rifi&#233;s puis confirm&#233;s plus tard par la possibilit&#233; de l'agriculture hydroponique : une nutrition min&#233;rale des plantes, si le &#171; support &#187; ou le &#171; sol &#187; est bien &#233;tudi&#233;, peut fonctionner, s'il l'on s'en tien &#224; la croissance &#171; brute &#187; des v&#233;g&#233;taux. Justement, une telle approche r&#233;ductrice, Howard n'en veut pas. Au-del&#224; du r&#244;le direct ou indirect des engrais NPK dans les essais ayant &#233;chou&#233; lorsque l'agronomie fait peu de cas de la mati&#232;re organique des sols, Howard consid&#232;re que l'oubli du sol entra&#238;ne bien plus de probl&#232;mes que l'efficacit&#233; des nouveaux engrais n'apporte d'avantages. Dans le passage suivant, Albert Howard articule sa critique depuis la contestation de la normalit&#233; de la nutrition min&#233;rale directe des plantes jusqu'aux co&#251;ts sociaux sanitaires engendr&#233;s par une nourriture humaine carenc&#233;e :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Il est &#233;vident que, pour l'agriculture occidentale, dans presque chaque cas, les d&#233;chets v&#233;g&#233;taux ou animaux sont dilapid&#233;s ou utilis&#233;s insuffisamment. De ce fait, un ab&#238;me s'est ouvert entre l'humus n&#233;cessaire &#224; la production des r&#233;coltes et l'humus ajout&#233; comme engrais. Cet ab&#238;me a &#233;t&#233; referm&#233; par l'emploi des engrais min&#233;raux. La r&#232;gle de conduite observ&#233;e dans ce cas est bas&#233;e sur la conception, devenue traditionnelle, de Liebig, selon laquelle chaque d&#233;ficience de la solution du sol peut &#234;tre compens&#233;e en ajoutant les produits chimiques convenables. Une conception totalement erron&#233;e de l'alimentation des plantes en est la cause. Elle est superficielle et inexacte dans sa base. Elle ne tient aucun compte de la vie du sol, y compris la symbiose des mycorhizes, de ce pont vivant qui relie le sol et la s&#232;ve de la plante. Les engrais artificiels m&#232;nent infailliblement &#224; une alimentation artificielle, &#224; une nourriture artificielle, &#224; des animaux artificiels et finalement &#224; des hommes et des femmes artificiels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La facilit&#233; avec laquelle des plantes peuvent &#234;tre &#171; pouss&#233;es &#187; avec des produits chimiques n'a rendu que plus difficile l'utilisation rationnelle des d&#233;chets. Du moment qu'il existe un succ&#233;dan&#233; &lt;em&gt;bon march&#233;&lt;/em&gt; de l'humus, pourquoi ne pas l'employer ? La r&#233;ponse est double. Premi&#232;rement, les produits chimiques ne sont jamais un succ&#233;dan&#233; pour l'humus, parce que la Nature est ainsi faite [&lt;a href='#nb3-173' class='spip_note' rel='footnote' title='Notons ici qu'Howard s'inscrit dans une approche non-moderne de la science, (...)' id='nh3-173'&gt;173&lt;/a&gt;] que le sol doit vivre et que la symbiose des mycorhizes doit &#234;tre un cha&#238;non essentiel dans l'alimentation des plantes. Deuxi&#232;mement, l'emploi d'un pareil succ&#233;dan&#233; n'est pas &#233;conomique ; la fertilit&#233; du sol, le meilleur avoir de chaque terre, est ainsi gaspill&#233;, car les plantes artificielles, les animaux et les femmes artificiels sont maladifs et doivent &#234;tres prot&#233;g&#233;s contre les parasites par la pulv&#233;risation de poisons, vaccins, s&#233;rums, par des m&#233;decins sp&#233;cialis&#233;s, des h&#244;pitaux etc. Quand on compare le financement de la production des r&#233;coltes avec les diff&#233;rentes aides sociales par lesquelles il faut r&#233;parer les suites d'une agriculture malsaine, et si on tient compte du fait que notre plus grande richesse est une population saine et prolifique, l'int&#233;r&#234;t pratique des engrais min&#233;raux dispara&#238;t totalement. Dans les ann&#233;es &#224; venir, les engrais artificiels seront consid&#233;r&#233;s comme l'une des plus grandes stupidit&#233;s de l'&#232;re industrielle. Les enseignements des chercheurs agronomiques de notre &#233;poque seront abandonn&#233;s comme superficiels. &#187; [&lt;a href='#nb3-174' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, op. cit., p. 35-36.' id='nh3-174'&gt;174&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous constatons, &#224; la lecture de ce passage, que l'argumentation howardienne tente d'&#244;ter toute l&#233;gitimit&#233; &#224; l'agrochimie, en la critiquant de plusieurs points de vue compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du point de vue strictement agronomique, Howard condamne l'application de la chimie &#224; l'agriculture, qui pr&#233;tend remplacer la fertilit&#233; naturelle, ou la fumure animale, ou bien encore l'humus, par des fertilisants artificiels. Pour Howard, cette application rel&#232;ve d'une conception &#171; superficielle et inexacte dans sa base &#187;. Sur ce plan, c'est bien le caract&#232;re r&#233;ductionniste (&#171; superficiel &#187;), typique de la plupart des sciences modernes, qui est en cause : l'approche par la synth&#232;se chimique, pour rem&#233;dier aux carences d'un sol jug&#233; d&#233;s&#233;quilibr&#233;, ne tient absolument pas compte d'autres facteurs tr&#232;s importants, comme &#171; la vie du sol &#187; et &#171; la symbiose des mycorhizes &#187;. En pr&#234;tant une attention particuli&#232;re aux images qu'Howard emploie ici pour qualifier le r&#244;le des mycorhizes, &#171; pont vivant qui relie le sol et la s&#232;ve des plantes &#187;, &#171; cha&#238;non essentiel dans l'alimentation des plantes &#187;, nous remarquons qu'il insiste sur les relations entre les constituants des syst&#232;mes culturaux. Cette fa&#231;on de critiquer les approches simplificatrices et trop analytiques, centr&#233;es uniquement sur des parties d'un ensemble vivant, &lt;em&gt;interactif par essence&lt;/em&gt;, par l'attention aux solidarit&#233;s qui unissent les parties d'un tout, anticipe les m&#233;thodes appel&#233;es holistes ou holistiques [&lt;a href='#nb3-175' class='spip_note' rel='footnote' title='On se contentera ici des d&#233;finitions du Robert : &#171; Holisme : 1939, du grec &#171; (...)' id='nh3-175'&gt;175&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette question de la confrontation des fertilisants artificiels et de la fertilisation humique, reli&#233;e &#224; celles des innovations potentielles en fumure organique traditionnelle (fumier de ferme), issues, notamment, des techniques de compostage et de fabrication de l'humus d&#233;velopp&#233;es par Howard, &#233;tait, &#224; l'&#233;poque d'Howard et de ses successeurs, et demeure encore, techniquement centrale [&lt;a href='#nb3-176' class='spip_note' rel='footnote' title='Notre int&#233;r&#234;t pour cette question devra rester soutenu puisque des approches (...)' id='nh3-176'&gt;176&lt;/a&gt;]. C'est toute la question d'une agriculture saine et optimale que vise la d&#233;marche d'Howard &#224; travers le prisme de l'humus. Il a en effet pass&#233; quarante ann&#233;es de sa vie &#224; &#233;tudier les pathologies v&#233;g&#233;tales et animales en agriculture pour en arriver au primat de l'objectif du maintien de la fertilit&#233; des sols cultiv&#233;s par un excellent retour des d&#233;chets organiques &#224; la terre [&lt;a href='#nb3-177' class='spip_note' rel='footnote' title='Notons ici que la prise de distance de Howard vis-&#224;-vis des engrais (...)' id='nh3-177'&gt;177&lt;/a&gt;]. Il consid&#232;re m&#234;me qu'il s'agit l&#224; de la &#171; Nature's great law of return &#187; [&lt;a href='#nb3-178' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardenning for health or disease,' id='nh3-178'&gt;178&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; ce point, nous nous permettons de renvoyer le lecteur qui voudrait approfondir cette critique de Sir Albert Howard au chapitre ais&#233;ment abordable que Philip Conford a consacr&#233; &#224; cette question, dans son livre sur les origines du mouvement organique anglais [&lt;a href='#nb3-179' class='spip_note' rel='footnote' title='Conford P, The Origins of the Organic Movement, 2001, Chapitre 5, p. 81-93, (...)' id='nh3-179'&gt;179&lt;/a&gt;]. Terminons en rappelant que le point de vue global de Howard faisait de la crise agricole une crise susceptible de bouleverser l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Du point de vue des rapports entre agrochimie et soci&#233;t&#233;, Sir Albert Howard est ainsi tr&#232;s clair, il d&#233;crit la spirale vicieuse qui va des maladies de la terre &#224; celles de la population, puis aux co&#251;ts sanitaires publics pour g&#233;rer ce d&#233;sastre, jusqu'au bord du gouffre qui menace la civilisation occidentale et les soci&#233;t&#233;s qu'elle a d&#233;sorganis&#233; [&lt;a href='#nb3-180' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 204-205.' id='nh3-180'&gt;180&lt;/a&gt;]. Avant d'&#233;tudier la critique ruschienne de l'agrochimie, nous allons nous pencher sur les pens&#233;es steineriennes consacr&#233;es aux fertilisants chimiques. La conscience agrobiologique n'a pas encore compl&#232;tement fait son deuil de certaines approches bien peu rationnelles, alors que le fondateur europ&#233;en, Sir Albert Howard, ne tenait d&#233;j&#224; pas en haute estime l'anthroposophie agricole, tout en proposant une voie de recherche autrement plus accessible et satisfaisante. Disons que, au-del&#224; de la fid&#233;lit&#233; &#224; l'histoire des origines de l'agrobiologie, ce paragraphe peut faire office d'interm&#232;de.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La critique anthroposophique de l'agrochimie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Nous trouvons chez Rudolf Steiner les formulations les plus claires d'un rejet des engrais de synth&#232;se en raison d'une nocivit&#233; suppos&#233;e &lt;em&gt;en soi&lt;/em&gt; de ces substances. Resituons d'abord la question steinerienne des engrais dans son contexte d'apparition imm&#233;diat. Dans son introduction au &lt;em&gt;Cours aux agriculteurs&lt;/em&gt;, Steiner d&#233;gageait deux grands axes de ses conf&#233;rences. Le premier, relatif aux &#171; conditions n&#233;cessaires &#224; une agriculture prosp&#232;re &#187;, visait la &#171; v&#233;g&#233;tation, l'&#233;levage, la sylviculture, l'horticulture etc&#8230; &#187;. Le second abordait &#171; un sujet parmi les plus int&#233;ressants &#187;, les &#171; myst&#232;res de la fumure, qui sont au plus haut point d'authentiques myst&#232;res &#187;. Voulant r&#233;former la fumure &#224; l'aune de ces myst&#232;res, le fondateur de l'anthroposophie d&#233;signait &#171; l'influence des conceptions mat&#233;rialistes &#187; sur l'agriculture comme origine importante de la &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; qu'il croyait constater dans les nourritures et &#171; l'&#233;volution morale de l'humanit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb3-181' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur cette introduction et pour les r&#233;f&#233;rences donn&#233;es ici, voir Steiner, R., (...)' id='nh3-181'&gt;181&lt;/a&gt;]. Steiner prend ensuite les engrais chimiques comme manifestation exemplaire de l'emprise mat&#233;rialiste nouvelle qu'il imagine sur l'agriculture. Dans le passage ci-apr&#232;s, o&#249; appara&#238;t explicitement, pour la premi&#232;re fois, la critique steinerienne de l'agrochimie, le lecteur ne manquera pas de remarquer l'explication particuli&#232;re en termes d'azote mort ou vivant, ainsi que l'analogie sympathique et insistante avec un homme ou son cadavre. Egalement, apr&#232;s l'explication des fondements de l'anthroposophie que nous avons men&#233; plus haut, on envisagera ais&#233;ment ce que Steiner entend par un azote form&#233; &#171; sous l'influence du ciel tout entier &#187; : &#171; Songez donc, mes chers amis, simplement &#224; ceci : de nos jours personne ne comprend exactement en quoi consiste la fumure. Sans doute proc&#232;de-t-on encore instinctivement &#224; partir d'une tradition h&#233;rit&#233;e de l'ancien temps. Mais comprendre la nature de la fumure, personne n'en est plus capable. En r&#233;alit&#233; personne &#8211; &#224; l'exception de ceux qui peuvent le savoir &#224; partir de connaissances spirituelles &#8211; ne sait ce que signifie &#224; proprement parler la fumure pour le champ, pourquoi dans certaines contr&#233;es elle est indispensable et n&#233;cessaire ni comment elle doit &#234;tre pratiqu&#233;e. Par exemple, personne ne sait aujourd'hui que tous les engrais chimiques sont pr&#233;cis&#233;ment le genre de fumure qui contribue pour l'essentiel &#224; cette d&#233;g&#233;n&#233;rescence dont j'ai parl&#233;, &#224; cette baisse de qualit&#233; des produits agricoles. C'est qu'aujourd'hui chacun pense tout simplement, eh bien oui, la croissance des plantes demande une certaine quantit&#233; d'azote, et les gens trouvent tout &#224; fait indiff&#233;rentes la mani&#232;re dont cet azote est pr&#233;par&#233; et son origine. Or cette origine n'est pas indiff&#233;rente, au contraire ; ce qui importe, c'est qu'il y a azote et azote, et qu'entre l'azote qui dans l'air est m&#233;lang&#233; &#224; l'oxyg&#232;ne, entre cet azote mort et l'autre, il y a une grande diff&#233;rence. Vous ne nierez pas, mes chers amis, qu'il y a une diff&#233;rence entre un homme vivant, qui va et qui vient, et un cadavre, le cadavre d'un &#234;tre humain. L'un est mort, l''autre est vivant et il a une &#226;me. Il en va de m&#234;me par exemple pour l'azote et les autres substances. Il existe un azote mort. C'est celui qui est dans l'air autour de nous [&#8230;]. L'azote qui est dans la terre, qui doit y p&#233;n&#233;trer avec l'engrais, qui doit se former sous l'influence du ciel tout entier, il faut que cet azote-l&#224; soit vivant &#187; [&lt;a href='#nb3-182' class='spip_note' rel='footnote' title='Steiner R., Agriculture, Fondements de la m&#233;thode Bio-dynamique, EAR, p. (...)' id='nh3-182'&gt;182&lt;/a&gt;]. Rudolf Steiner revient plusieurs fois sur son opposition entre engrais chimique, appel&#233; &#171; min&#233;ral &#187; ou &#171; mort &#187; et engrais &#171; vivant &#187;. Il &#233;carte l'engrais constitu&#233; d'une &#171; mati&#232;re min&#233;rale, purement min&#233;rale &#187;, au motif que l'on ne pourrait, avec celui-ci, &#171; vitaliser l'&#233;l&#233;ment terre lui-m&#234;me &#187;. Comme alternative, il en appelle au compost. Mais il ne s'agit pas d'entretenir le taux d'humus ou d'alimenter la faune et les microorganismes du sol. Une fois de plus, le rapprochement de l'agriculture steinerienne avec l'agriculture biologique &#171; classique &#187; peut appara&#238;tre trompeur. En bon occultiste, Rudolf Steiner justifie l'importance du compost par l'importance de forces ou d'&#233;nergies subtiles qui seraient, elles, v&#233;ritablement capables de vitaliser la terre : &#171; Nous avons l&#224; un moyen de vitaliser la terre ; on y fait entrer v&#233;ritablement toutes sortes de d&#233;chets dont on fait peu de cas, qu'ils viennent des champs ou du jardin, depuis l'herbe qu'on a laiss&#233; pourrir, jusqu'aux feuilles mortes et autres en transformation, voire aux animaux crev&#233;s, etc&#8230; Or ce sont des choses qu'on ne devrait m&#233;priser sous aucun pr&#233;texte, &#224; vrai dire, car elles ont conserv&#233; en elles quelque chose de l'&#233;th&#233;rique et m&#234;me de l'astral. C'est important. Dans notre tas de compost nous avons, du fait de tout ce qui entre dans sa composition, de l'&#233;th&#233;rique, du vivant-&#233;th&#233;rique, de la vie, mais aussi de l'astral. Certes, l'&#233;th&#233;rique vivant et l'astral, nous ne les trouvons pas dans le compost dans une proportion aussi forte que dans le fumier ou dans le purin, mais nous les y trouvons en quelque sorte sous une forme plus stable ; ils s'y installent, l'astral notamment s'y installe davantage &#224; demeure. Et &lt;em&gt;il s'agit seulement pour nous de tenir compte en cons&#233;quence de cette pr&#233;sence permanente&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-183' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 118-119. Je souligne.' id='nh3-183'&gt;183&lt;/a&gt;]. N&#233;anmoins, Rudolf Steiner adopte, en proposant un abandon progressif [&lt;a href='#nb3-184' class='spip_note' rel='footnote' title='Nous nous demandons encore pourquoi&#8230;' id='nh3-184'&gt;184&lt;/a&gt;] des engrais chimiques, ou en sugg&#233;rant d'apporter des &#233;l&#233;ments min&#233;raux en m&#233;lange, une attitude finale relativement conciliante : &#171; l'engrais chimique, il faut graduellement cesser de l'employer. Car tout ce qui est engrais chimique a pour effet d'appauvrir petit &#224; petit la valeur nutritive des produits de culture dans les champs qu'il a servi &#224; fumer. C'est une loi qui n'admet pas d'exception &#187; ; et sur la fumure min&#233;rale en m&#233;lange : &#171; A moins de m&#233;langer le min&#233;ral &#224; autre chose, il ne faut v&#233;ritablement pas impr&#233;gner la terre vivante d'un &#233;l&#233;ment totalement priv&#233; de vie comme l'est le min&#233;ral &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rappelons, pour conclure, que son disciple Pfeiffer le suivit bien-s&#251;r sur ce rejet des engrais chimiques. S'exprimant au sujet de la &#171; question NPK &#187;, ce dernier d&#233;clarait &#171; En augmentant la quantit&#233; d'engrais fournie, on peut, en effet, augmenter le rendement. Mais la vitalit&#233; du sol est menac&#233;e &#187; [&lt;a href='#nb3-185' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, Triades, p. 22-25.' id='nh3-185'&gt;185&lt;/a&gt;]. Dans son ouvrage compl&#233;mentaire du &lt;em&gt;Cours aux agriculteurs&lt;/em&gt;, Ehrenfried Pfeiffer d&#233;veloppe des vues d'inspiration &#233;sot&#233;rique mais il y rapporte aussi d'assez nombreux faits &#233;tablis par l'observation courante ou les sciences ordinaires. Parmi les sujets trait&#233;s de fa&#231;on &#171; classique &#187;, il y plusieurs &#233;l&#233;ments que l'on pourrait comparer assez pr&#233;cis&#233;ment avec l'approche des autres fondateurs de l'agrobiologie, notamment dans les chapitres consacr&#233;s au sol, consid&#233;r&#233; comme un &#171; organisme vivant &#187; [&lt;a href='#nb3-186' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 47-78.' id='nh3-186'&gt;186&lt;/a&gt;], &#224; l'azote [&lt;a href='#nb3-187' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 79-84.' id='nh3-187'&gt;187&lt;/a&gt;], au compostage [&lt;a href='#nb3-188' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 85-124.' id='nh3-188'&gt;188&lt;/a&gt;], &#224; la for&#234;t [&lt;a href='#nb3-189' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 157-168.' id='nh3-189'&gt;189&lt;/a&gt;], et au &#171; dynamisme de la vie v&#233;g&#233;tale &#187; [&lt;a href='#nb3-190' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 183-225.' id='nh3-190'&gt;190&lt;/a&gt;]. Dans l'ensemble, on y retrouve la plupart des aspects de la critique agrobiologique, que ce soit sur l'importance de l'humus et de la vie du sol pour la nutrition et le d&#233;veloppement sain des plantes, et la relativisation des lois agrochimiques, particuli&#232;rement celle du minimum. Notons que la d&#233;marche de Pfeiffer appara&#238;t plus analytique que celle de Rusch et d'Howard, et nettement plus que celle de Masanobu Fukuoka. Ainsi, comme dans le &lt;em&gt;Cours au agriculteurs&lt;/em&gt;, on trouve d'innombrables d&#233;tails sur de multiples min&#233;raux du sol, les oligo-&#233;l&#233;ments, et leurs influences pr&#233;sum&#233;es sur les plantes, l'animal et l'homme, sur des teneurs en vitamines, etc. [&lt;a href='#nb3-191' class='spip_note' rel='footnote' title='Notamment dans le chapitre sur le &#171; dynamisme de la vie v&#233;g&#233;tale &#187; et aux (...)' id='nh3-191'&gt;191&lt;/a&gt;] N&#233;anmoins, comme Pfeiffer pratique aussi un amalgame entre agriculture organique et agriculture bio-dynamique [&lt;a href='#nb3-192' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, ibid. Sans exhaustive, voir aux pages (...)' id='nh3-192'&gt;192&lt;/a&gt;], tout en reconnaissant par ailleurs que l'originalit&#233; de la seconde tenait aux &#171; pr&#233;parations &#187; indiqu&#233;es par Steiner [&lt;a href='#nb3-193' class='spip_note' rel='footnote' title='Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, par exemple p. 122 et p. (...)' id='nh3-193'&gt;193&lt;/a&gt;], nous n'avons pas souhait&#233; approfondir notre analyse des critiques et alternatives agricoles propos&#233;s par Steiner et Pfeiffer. Dans un paragraphe ult&#233;rieur, nous reviendrons cependant sur la perception de la bio-dynamie chez Howard, ainsi que chez Rusch et M&#252;ller, mais aussi chez des analystes contemporains de l'histoire de l'agrobiologie. De plus, nous soulignerons que les propositions techniques d&#233;fendues par Pfeiffer semblent aujourd'hui quelque peu d&#233;pass&#233;es, par des innovations agronomiques en affinit&#233; avec l'esprit &#233;cologique fondamental de la d&#233;marche agrobiologique (cf. &#167;41).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le paragraphe suivant, nous allons d&#233;couvrir le travail de distanciation vis-&#224;-vis de l'agrochimie propos&#233; par un autre fondateur germanophone, Hans Peter Rusch.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Hans Peter Rusch face &#224; la chimie agricole&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Hans Peter Rusch commence par reconna&#238;tre l'efficacit&#233; de la chimie agricole en la situant par rapport &#224; Tha&#235;r et la tradition de la fertilisation &#224; dominante organique : &#171; Le D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Albrecht von Tha&#235;r fonda la premi&#232;re &#233;cole d'agriculture et relan&#231;a l'id&#233;e que la fertilit&#233; du sol n'est pas in&#233;puisable. Le concept de &#171; fertilisation &#187; prit forme. Les mati&#232;res fertilisantes &#233;taient alors constitu&#233;es par les d&#233;chets produits par les &#234;tres vivants, ce que nous appelons aujourd'hui la fumure organique. L'irruption de la chimie dans le domaine de la vie, avec W&#246;hler, Liebig et d'autres, orienta la fertilisation dans une toute autre direction ; l'analyse chimique r&#233;v&#233;la la composition min&#233;rale des plantes, et mit en &#233;vidence l'importance pr&#233;pond&#233;rante, du point de vue quantitatif, du calcium, du potassium, du phosphore et de l'azote. Dans la pratique, on parvint &#224; stimuler consid&#233;rablement la croissance des plantes par l'apport de sels min&#233;raux plus ou moins solubles &#187; [&lt;a href='#nb3-194' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21.' id='nh3-194'&gt;194&lt;/a&gt;]. Rusch met ensuite en contraste, d'un c&#244;t&#233;, le myst&#232;re qui entourait le r&#244;le fertilisant des mati&#232;res organiques, de l'autre, l'explication analytique de la fertilisation min&#233;rale, apparemment &#171; claire et rigoureuse &#187;, donn&#233;e par ceux qui appr&#233;hend&#232;rent sol et plante du point de vue de la chimie [&lt;a href='#nb3-195' class='spip_note' rel='footnote' title='La citation de Rusch illustrant ce propos est donn&#233;e au &#167; 33441.' id='nh3-195'&gt;195&lt;/a&gt;]. Commence ensuite la critique ruschienne de l'agrochimie. L'id&#233;e principale de la critique ruschienne de la chimie agricole est que l'agrochimie n'est efficace que dans des situations p&#233;dologiques d&#233;grad&#233;es. Une premi&#232;re fa&#231;on d'exprimer cette critique consiste, pour Rusch, &#224; montrer que les plantes ne puisent gu&#232;re les engrais min&#233;raux &#233;pandus si le sol est fertile. Fort de cette conviction, Rusch s'efforce parall&#232;lement de r&#233;duire la port&#233;e du savoir d&#233;velopp&#233; par la chimie agricole : il h&#233;site entre une s&#233;rieuse relativisation et la d&#233;nonciation pure et simple de cette science. Et cela d'autant plus que, pour lui, la liste est longue des m&#233;faits attribuables aux fertilisants chimiques. Consid&#233;rons maintenant ces trois points successivement.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;L'agrochimie, une pertinence faute de mieux.&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Contre toute attente, Hans Peter Rusch en appelle &#224; Justus von Liebig pour d&#233;fendre la th&#232;se de la non-conformit&#233; des fertilisants chimiques aux processus spontan&#233;s de la nutrition v&#233;g&#233;tale. Ainsi, Hans Peter Rusch avance que la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt; ne serait pas universelle. Elle ne ferait pas partie des &#171; lois de la nature &#187; car elle ne s'appliquerait pas &#171; sur les sols les plus fertiles que nous connaissions (Ukraine, Roumanie) &#187; [&lt;a href='#nb3-196' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21.' id='nh3-196'&gt;196&lt;/a&gt;]. Rusch affirme, sans le citer [&lt;a href='#nb3-197' class='spip_note' rel='footnote' title='Liebig ne figure pas dans la bibliographie de La f&#233;condit&#233; du (...)' id='nh3-197'&gt;197&lt;/a&gt;], que &#171; Liebig lui-m&#234;me l'avait d&#233;j&#224; remarqu&#233; &#187; [&lt;a href='#nb3-198' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21.' id='nh3-198'&gt;198&lt;/a&gt;]. Il avance aussi que des exp&#233;riences en champs confirmeraient l'inefficacit&#233; de ces engrais sur sol fertile [&lt;a href='#nb3-199' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 101.' id='nh3-199'&gt;199&lt;/a&gt;]. Il indique &#233;galement qu'il serait prouv&#233;, que, dans des conditions de fertilit&#233; jug&#233;es normales ou optimales, les plantes n'absorberaient que tr&#232;s peu d'&#233;l&#233;ments min&#233;raux : &#171; Il est m&#234;me prouv&#233; que les plantes n'absorbent aucune mol&#233;cule inorganique &#224; moins d'y &#234;tres contraintes. Des exp&#233;riences faites avec des &#233;l&#233;ments marqu&#233;s ont montr&#233; que dans des sols fertiles les plantes absorbent &#224; peine 5% des engrais min&#233;raux apport&#233;s au sol. On ne peut d&#233;montrer plus clairement que les engrais chimiques ne constituent pas une nourriture naturelle et physiologiquement normale pour les plantes &#187; [&lt;a href='#nb3-200' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch, H.-P, ibid., p. 22. L&#224; encore, sur cette th&#232;se significative, il est (...)' id='nh3-200'&gt;200&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La conclusion d'Hans Peter Rusch, c'est que les plantes n'absorbent pas de min&#233;raux &#224; l'&#233;tat soluble ou dissoci&#233; si elles peuvent s'en passer. Elles ne s'en nourriraient que faute de mieux, si les conditions du milieu les y obligent. Dans ces conditions, si l'on admet que l'engrais chimique est un &#171; corps &#233;tranger &#187; dans les &#233;changes normaux du sol, et qu'il est trait&#233; comme tel &#171; par l'organisme-sol &#187;, il faudrait aussi accepter que la &lt;em&gt;loi des rendements d&#233;croissants [&lt;a href='#nb3-201' class='spip_note' rel='footnote' title='La loi des rendements d&#233;croissants ou &#171; loi des rendements moins que (...)' id='nh3-201'&gt;201&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt; soit &#171; tout-&#224;-fait inutile &#187;. A quoi bon, en effet, noter que le rendement n'est pas proportionnel aux quantit&#233;s NPK apport&#233;es si &#171; la fonction biologique &#171; f&#233;condit&#233; &#187; ne d&#233;pend nullement de la d&#233;pense en engrais chimiques &#187; ? Notons que l'argument est risqu&#233;, dans la mesure o&#249; il parie que l'agriculture biologique parviendra &#224; des rendements globalement plus r&#233;guliers, et plus int&#233;ressants du point de vue &#233;conomique, que ceux de l'agrochimie&#8230; L'attestation de la nutrition v&#233;g&#233;tale &#224; partir des &#233;l&#233;ments purement min&#233;raux du sac d'engrais ne prouverait que la grande capacit&#233; d'adaptation des plantes pour survivre. Dans cette perspective, les engrais chimiques n'augmenteraient &lt;em&gt;pas fondamentalement&lt;/em&gt; les rendements des terres : ils serviraient &#224; relever maladroitement la productivit&#233; des terres les plus ab&#238;m&#233;es, autrement dit &#224; pr&#233;venir la chute des rendements sur ces parcelles. Masanobu Fukuoka reviendra sur ce distinguo pas aussi fallacieux que certains pourraient peut-&#234;tre le croire : &#171; Dans le meilleur des cas la d&#233;pense en engrais peut aller de pair avec le rendement quantitatif, lorsque la fertilit&#233; naturelle a presque compl&#232;tement disparu &#187; [&lt;a href='#nb3-202' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p.99.' id='nh3-202'&gt;202&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre mani&#232;re employ&#233;e par Rusch pour dire que l'agrochimie est utile faute d'autre chose consiste &#224; consid&#233;rer qu'un sol en bon &#233;tat permet aux plantes de fixer assez facilement l'azote de l'air : &#171; L'azote est utilis&#233; comme une substance subordonn&#233;e, prise au moment m&#234;me d'&#234;tre utilis&#233;e ; du fait qu'il est disponible dans l'air en grandes quantit&#233;s, il suffit que les processus biologiques en aient besoin pour qu'ils puissent s'en procurer &#187; [&lt;a href='#nb3-203' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.154.' id='nh3-203'&gt;203&lt;/a&gt;]. Sur ce chemin, il rejoint le premier Liebig [&lt;a href='#nb3-204' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Rusch, H.-P., ibid., p.156.' id='nh3-204'&gt;204&lt;/a&gt;], qui comme nous l'avons vu, soutenait l'inutilit&#233; de la fertilisation azot&#233;e contre les autres chimistes agricoles de son temps. L'autre argument ruschien contre la fumure azot&#233;e, c'est que &#171; La nature a pr&#233;vu de nourrir les plantes avec les substances et les potentialit&#233;s biologiques et fonctionnelles qui proviennent des d&#233;chets des &#234;tres vivants et qui sont apport&#233;s &#224; l'organisme &#171; terre vivante &#187; ; [&#8230;]. &lt;em&gt;La plante trouve normalement tout ce dont elle a besoin dans l'&#233;ventail des substances pr&#233;sentes dans les d&#233;chets organiques&lt;/em&gt; [&#8230;] &#187; [&lt;a href='#nb3-205' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.156.' id='nh3-205'&gt;205&lt;/a&gt;]. C'est ainsi que Rusch tend &#224; consid&#233;rer que la source principale de l'azote fix&#233; par les plantes serait, en sol fertile, de l'azote organique. Non seulement l'azote min&#233;ral serait inutile, mais en plus il serait perturbateur de la vie du sol, comme nous le pr&#233;ciserons un peu plus loin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour finir ce premier volet de la relativisation ruschienne de la pertinence de l'agrochimie, rappelons que l'ensemble de l'agrobiologie cherche &#224; comprendre et ma&#238;triser les lois naturelles de la &lt;em&gt;fertilit&#233; in situ&lt;/em&gt;, et non &#224; inventer des m&#233;thodes de fertilisation &lt;em&gt;tir&#233;es d'exp&#233;rimentations sur des plantes d'abord abstraites de leur milieu naturel. &lt;/em&gt;Les fondateurs de l'agriculture biologique veulent &#233;tudier et comprendre le d&#233;veloppement v&#233;g&#233;tal &lt;em&gt;dans et sur le sol&lt;/em&gt;. Quand Rusch &#233;voque l'observation des sols fertiles comme condition de base pour &#233;tablir un savoir rigoureux sur la fertilisation, il s'oppose diam&#233;tralement au pragmatisme de la chimie agricole et &#224; son efficacit&#233; possible &lt;em&gt;hors sol&lt;/em&gt;. Mais pourquoi donc r&#233;duire en cendres des plantes pour les comprendre ?&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;La chimie agricole selon Rusch : entre mod&#232;le hydroponique, science auxiliaire, et th&#233;orie fausse&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Ainsi, en sol fertile, si les engrais chimiques ne sont pas efficaces et si la &lt;em&gt;loi du minimum&lt;/em&gt; n'est plus valable, ce serait donc, selon Rusch, que la validit&#233; de l'agrochimie n'est pas &lt;em&gt;universelle&lt;/em&gt;. L'interpr&#233;tation ruschienne de la th&#233;orie min&#233;rale va consister &#224; en faire un &lt;em&gt;cas particulier&lt;/em&gt;. Le fait que l'on puisse fertiliser des champs avec des engrais chimiques rel&#232;ve pour lui de cas pathologiques, &#233;loign&#233;s de la normalit&#233; biologique : &#171; Il est donc compr&#233;hensible que les agronomes biologiques admettent bien peu de choses parmi les r&#233;sultats des recherches pass&#233;es de la chimie agricole, car, consid&#233;r&#233;s d'un point de vue biologique, ces r&#233;sultats ont &#233;t&#233; obtenus dans des conditions exp&#233;rimentales d&#233;fectueuses. Celui qui travaille sur des sols recevant une nourriture principalement inorganique, c'est-&#224;-dire contraire &#224; toutes les lois de la biologie du sol, &#233;tudie un objet qui est d&#233;pourvu de sa qualit&#233; essentielle, le m&#233;tabolisme biologique. La r&#233;ponse que donne un tel sol est fausse car il s'agit d'un cas, non pas normal, mais pathologique &#187; [&lt;a href='#nb3-206' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 131-132.' id='nh3-206'&gt;206&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Le mod&#232;le final de la chimie agricole serait la culture hydroponique [&lt;a href='#nb3-207' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 55, 142, 94-95.' id='nh3-207'&gt;207&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt;. Redisons-le, les plantes, &#233;tudi&#233;es dans ces conditions orient&#233;es vers celles du minimum vital, &lt;em&gt;s'adapteraient autant que possible, pour vivre,&lt;/em&gt; aux situations artificielles des exp&#233;rimentateurs. Hans Peter Rush compare les exp&#233;rimentations hydroponiques de plantes cultiv&#233;es dans des solutions nutritives &#224; celles qui sont faites sur des &#171; animaux claustr&#233;s &#187;. Il parle d'&#171; exp&#233;riences violentes faites sur des &#234;tres vivants &#187;, et conclue qu'il serait &#233;vident que &#171; des cr&#233;atures maltrait&#233;es, voire tortur&#233;es, par de tels proc&#233;d&#233;s, ne peuvent fournir des renseignement utilisables &#187; pour v&#233;ritablement &#171; conna&#238;tre la nature &#187; [&lt;a href='#nb3-208' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 55-56.' id='nh3-208'&gt;208&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous sommes au c&#339;ur de la piste scientifique de l'agrobiologie : tenir compte des conditions naturelles de la vie des plantes, d&#233;fendre le lien du v&#233;g&#233;tal au sol dans la recherche agronomique. Sym&#233;triquement, la chimie agricole est tanc&#233;e pour son artificialisme et son &lt;em&gt;oubli du sol&lt;/em&gt; : &#171; A la suite des cultures artificielles avec de l'eau, du sable, du gravier, et l'apport exclusif d'un m&#233;lange &#171; harmonieux &#187; de substances chimiques, la chimie agricole g&#233;n&#233;ralisa la conception selon laquelle la plante n'avait pas besoin du sol et se nourrissait uniquement de min&#233;raux, que l'on pouvait aussi bien lui fournir autrement, la terre &#233;tant superflue et constituant simplement un support physique pratique pour un temps &#187; [&lt;a href='#nb3-209' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 142.' id='nh3-209'&gt;209&lt;/a&gt;]. Hans Peter Rusch &#233;tait parfaitement conscient de travailler sur une ligne de fracture forte entre deux conceptions de l'agriculture : &#171; &lt;em&gt;La diff&#233;rence entre les deux m&#233;thodes consiste en ceci : l'une nourrit les plantes artificiellement sans tenir compte du sol tandis que l'autre nourrit l'organisme-sol et lui laisse le soin de nourrir les plantes&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-210' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 97.' id='nh3-210'&gt;210&lt;/a&gt;]. Cette &lt;em&gt;th&#232;se de l'oubli du sol [&lt;a href='#nb3-211' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Rusch H.-P, La f&#233;condit&#233; du sol, p. 55, 94, 142, 157..' id='nh3-211'&gt;211&lt;/a&gt;]&lt;/em&gt; souligne la pertinence de la critique ruschienne : elle vise juste. Ainsi, Marika Blondel M&#233;grelis rapporte que Liebig consid&#233;rait le sol comme un &#171; r&#233;servoir &#187; d'&#233;l&#233;ments min&#233;raux. Contre un tel r&#233;ductionnisme vis-&#224;-vis des conditions naturelles de la vie des plantes, Rusch soulignera pertinemment que la fertilisation chimique n'apporte rien &#224; la structure du sol [&lt;a href='#nb3-212' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 151.' id='nh3-212'&gt;212&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et il ne se satisfera pas de la r&#233;habilitation partielle de la th&#233;orie de l'humus dans cette optique. Pour lui, se soucier d'un bon taux de mati&#232;re organique pour une meilleure structuration physique des sols, &lt;em&gt;en vue de faciliter l'assimilation min&#233;rale&lt;/em&gt;, c'&#233;tait un peu court. Cela ne d&#233;tr&#244;nait pas la fumure chimique de son statut devenue primordial. Or, pour Rusch, avec la mati&#232;re organique et l'humus, ils s'agissaient de ph&#233;nom&#232;nes d'une importance d&#233;passant largement les seules caract&#233;ristiques m&#233;caniques des sols (complexes argilo-humiques, porosit&#233; et a&#233;ration, r&#233;tention hydrique) : &#171; Les tentatives faites par l'agronomie moderne pour revaloriser la th&#233;orie min&#233;rale par la th&#233;orie de l'humus sont tr&#232;s significatives : la fourniture d'humus au sol n'est nullement consid&#233;r&#233; comme le facteur d&#233;cisif et comme l'occasion de tout reprendre au commencement et de d&#233;velopper de nouvelles th&#233;ories agronomiques. L'apport d'humus est simplement justifi&#233; par le fait que le sol en a besoin parce que sans humus il constituerait un support peu appropri&#233; &#224; la plante et &#233;galement parce que l'humus maintient la structure du sol, permettant aux plantes d'absorber des quantit&#233;s importantes d'&#233;l&#233;ments nutritifs. &lt;em&gt;La th&#233;orie de l'humus est donc simplement une confirmation de la th&#233;orie min&#233;rale, et toutes les exp&#233;riences avec des fertilisants apportant au sol de l'humus sont faites dans cette optique&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-213' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 78.' id='nh3-213'&gt;213&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; les amendements biologiques sont consid&#233;r&#233;s comme des am&#233;nagements permettant au r&#233;servoir sol de ne pas se boucher (contre le compactage des sols) et de garder la &#171; solution du sol &#187; absorbable par les racines (effet &#233;ponge de l'humus), de l'autre, en particulier chez Rusch, ils sont ce qui nourrit les plantes. M&#234;me si l'on peut trouver le vocabulaire du &#171; dosage &#187; ici mal choisi, et lui pr&#233;f&#233;rer celui, plus courant, de la forme sous laquelle se pr&#233;sente les &#233;l&#233;ments min&#233;raux, le passage suivant &#233;claire bien la critique des engrais min&#233;raux de synth&#232;se : &#171; Nous pouvons &#234;tres certains que c'est uniquement la question du dosage qui diff&#233;rencie la fertilisation chimique de la fertilisation biologique. Il est &#233;vident qu'il faut &#233;viter d'exercer une influence sur la vie du sol et des plantes &#224; l'aide de substances actives, qui perturbent le dosage naturel. Les engrais chimiques ne sont pas des poisons en eux-m&#234;mes, mais ils le deviennent quand ils sont mal dos&#233;s ; les ions apport&#233;s de cette mani&#232;re sont des composants tout &#224; fait normaux des tissus, et aussi de la terre vivante ; ils interviennent dans tous les m&#233;tabolismes, dans toutes les nourritures, mais seulement dans des proportions et des agencements que nous ignorons. Dans les sols ayant une haute activit&#233; biologique les &#233;l&#233;ments min&#233;raux n'apparaissent jamais en grande quantit&#233;s ; ils restent li&#233;s &#224; des compos&#233;s organiques aussi longtemps qu'ils ne sont pas utilis&#233;s et on peut m&#234;me admettre qu'ils sont normalement pr&#233;f&#233;r&#233;s par les plantes quand ils sont li&#233;s &#224; des compos&#233;s organiques, car dans ce cas leur dosage est tout &#224; fait ad&#233;quat &#187; [&lt;a href='#nb3-214' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 97.' id='nh3-214'&gt;214&lt;/a&gt;]. Ici, Rusch attaque le &#171; &lt;em&gt;dogme de la min&#233;ralisation&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-215' class='spip_note' rel='footnote' title='Aubert C., Pr&#233;face &#224; Rusch, H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol,, p. 13 ; No&#235;l B., (...)' id='nh3-215'&gt;215&lt;/a&gt;] en contestant qu'il faille que la mati&#232;re organique soit compl&#232;tement min&#233;ralis&#233;e avant que ses composants min&#233;raux ne puissent servir de nourriture aux plantes. Les plantes pr&#233;f&#233;reraient absorber des min&#233;raux qu'elles auront dissoci&#233;s ou fait dissocier, notamment par des mycorhizes, au moment voulu. Mais Rusch ne dit pas cela textuellement. S'il parle du choix effectu&#233; par les plantes, il ne mentionne pas l'id&#233;e d'une absorption finale, apr&#232;s extraction aupr&#232;s de compos&#233;s organique, sous forme min&#233;rale. La th&#233;orie du cycle de la substance [&lt;a href='#nb3-216' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. infra, &#167;' id='nh3-216'&gt;216&lt;/a&gt;] vivante voit l'id&#233;e d'une nutrition v&#233;g&#233;tale primordialement inorganique comme une erreur. Avec Hans Peter Rusch, l'opposition est donc totale, entre la th&#233;orie de la nutrition min&#233;rale et la &#171; fumure artificielle &#187; [&lt;a href='#nb3-217' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch, H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 156. Ailleurs il l'appelle &#171; (...)' id='nh3-217'&gt;217&lt;/a&gt;], d'une part, et sa th&#233;orie de la nutrition organique, le &#171; cycle de la substance vivante &#187;, d'autre part.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ayant montr&#233; que la chimie agricole avait obtenu ses id&#233;es &#224; propos des plantes loin de leurs conditions de vie naturelles, Rusch s'efforce encore de justifier de la pertinence tr&#232;s limit&#233;e de ses approches. Il proc&#232;de en insistant sur la complexit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne fertilit&#233;, en soulignant les multiples interactions entre le sol et les plantes, et tout un ensemble de faits qui m&#232;nent &#224; se demander, au final, quelle valeur peut bien avoir l'analyse chimique, et s'il n'est pas vain de r&#234;ver d'une fertilisation chimique &#171; &#233;quilibr&#233;e &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Rusch, le probl&#232;me de la fertilit&#233; du sol est d'une &#171; extr&#234;me complexit&#233; &#187;. Sa simplification abusive par l'agrochimie permit &#171; de l'int&#233;grer sans difficult&#233; dans l'organisation industrielle &#187; [&lt;a href='#nb3-218' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 23.' id='nh3-218'&gt;218&lt;/a&gt;]. Selon Hans Peter Rusch il n'y a pas de rapport direct et rigoureux entre les min&#233;raux contenus dans le sol et ceux trouv&#233;s dans les plantes [&lt;a href='#nb3-219' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 132.' id='nh3-219'&gt;219&lt;/a&gt;], pas plus qu'il n'y en a avec la fertilit&#233; et la productivit&#233; v&#233;g&#233;tale [&lt;a href='#nb3-220' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 21-22..' id='nh3-220'&gt;220&lt;/a&gt;]. Une des raisons serait que les plantes choisiraient les ions min&#233;raux qu'elles absorbent [&lt;a href='#nb3-221' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 133.' id='nh3-221'&gt;221&lt;/a&gt;]. D'autre part, renvoyant &#224; l'argument de la plasticit&#233; ou de l'adaptabilit&#233; du vivant, Rusch signale que l'on observe des variations du squelette min&#233;ral au sein d'une m&#234;me esp&#232;ce de plantes, en fonction des conditions du milieu o&#249; elles se d&#233;veloppent. Il souligne encore que la pr&#233;sence des min&#233;raux dans le sol, au-del&#224; de la forme sous laquelle ils se pr&#233;sentent (plus ou moins solubles, fix&#233;s, etc.) n'&#233;vacue pas le probl&#232;me de la capacit&#233; d'une plante &#224; les assimiler [&lt;a href='#nb3-222' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 134.' id='nh3-222'&gt;222&lt;/a&gt;] : a-t-elle un &#233;tat de sant&#233; suffisant pour y parvenir ? Peut-elle se passer d'interm&#233;diaire biologiques, tels les mycorhizes, quelles que soient les conditions p&#233;doclimatiques ? De plus, Rusch ajoute que les interactions biologiques entre le sol et les plantes ne sont pas des relations exactement mesurables [&lt;a href='#nb3-223' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 134-135.' id='nh3-223'&gt;223&lt;/a&gt;]. Chez Rusch, la cons&#233;quence de ces incertitudes sur les min&#233;raux se r&#233;sume &#224; une perte de validit&#233; drastique de la &lt;em&gt;loi du minimum&lt;/em&gt; : &#171; Quant &#224; la &#171; loi du minimum, on ne peut lui attribuer une signification limit&#233;e que dans les rares cas de sols dans lesquels m&#234;me une agriculture biologique optimale ne peut compenser le manque de tel ou tel autre &#233;l&#233;ment, en sorte que, m&#234;me dans les conditions les plus favorables, des ph&#233;nom&#232;nes de carence se manifestent dans le &#171; squelette min&#233;ral &#187;. Mais il s'agit d'un cas exceptionnel, qui ne se produit pratiquement jamais en agriculture biologique, car la garniture ionique est, dans le cycle biologique des substances, n&#233;cessairement compl&#232;te. Ce cas peut donc &#234;tre n&#233;glig&#233; &#187; [&lt;a href='#nb3-224' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh3-224'&gt;224&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du coup, que vaut l'analyse chimique pour Hans Peter Rusch ? Elle nous laisserait dans la perplexit&#233; et m&#233;riterait donc, au mieux, d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une science auxiliaire. C'est en tout cas ce qu'il conclue, au terme de deux pages et demie consacr&#233;es &#224; &#171; Analyse min&#233;rale et agriculture biologique &#187; : &#171; Le lecteur comprendra pourquoi nous ne voyons pas de raison de nous pencher davantage sur les donn&#233;es publi&#233;es dans les nombreux ouvrages traitant de la chimie agricole ; cette science est simplement pour nous un auxiliaire, &#224; condition de la mettre &#224; la place qui lui revient, c'est-&#224;-dire de la replacer dans son cadre biologique et de ne pas la surestimer &#187; [&lt;a href='#nb3-225' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 135.' id='nh3-225'&gt;225&lt;/a&gt;]. Un peu paradoxalement, il semble approfondir une prise de conscience de certains chimistes agricoles eux-m&#234;mes, qui essay&#232;rent de d&#233;terminer des rep&#232;res sans analyser le sol lui-m&#234;me, en comparant, d'un c&#244;t&#233;, les engrais fournis, de l'autre, la composition min&#233;rale et la productivit&#233; des plantes : &#171; C'est donc aux bornes du sol que devront s'effectuer les bilans entr&#233;es-sorties, selon le principe que nul ne peut savoir ce que poss&#232;de le sol, mais chacun peut savoir ce qu'il d&#233;pense. [&#8230;] L'analyse chimique du sol ayant &#233;t&#233; reconnue d'une extr&#234;me difficult&#233;, la m&#233;thode d'analyse par les sols-m&#234;mes, employ&#233;e en Angleterre, sera &#233;rig&#233;e en principe par G. Ville : sur des petits champs d'essais, les agriculteurs emploieront successivement des engrais manquant de l'un des &#233;l&#233;ments principaux de la production &#187; [&lt;a href='#nb3-226' class='spip_note' rel='footnote' title='Blondel-M&#233;grelis, M., Agriculture et &#233;quilibres au XIXe si&#232;cle, op. cit., p. (...)' id='nh3-226'&gt;226&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre fa&#231;on, pour Rusch, de relativiser l'agrochimie, c'est de montrer que l'on ne sait pas vraiment si elle est efficace &lt;em&gt;globalement&lt;/em&gt; au champ. Encore une fois, la qualit&#233; des interactions semble primer sur la r&#233;duction &#224; la quantit&#233; apport&#233;e. Et la qualit&#233;, pour ce m&#233;decin et biologiste, est d&#233;pendante du niveau de perturbation du sol. Toute fumure chimique entra&#238;nerait une cascade de d&#233;s&#233;quilibres non compensables. Pour Hans Peter Rusch il n'y aurait pas de fumure chimique &#233;quilibr&#233;e. Il vaut la peine de rapporter ces discussions plus techniques, de fa&#231;on &#224; montrer que Rusch trouvait de l'int&#233;r&#234;t aux &#171; recherches sur la teneur du sol en &#233;l&#233;ments min&#233;raux &#187;, et cela bien que nous n'ayons pas pu faire la comparaison avec l'actualit&#233; scientifique sur la question : &#171; Les engrais chimiques utilis&#233;s dans la pratique agricole courante n'apportent en aucun cas &#224; la terre une nourriture &#233;quilibr&#233;e, mais seulement un choix plus ou moins arbitraire de quelques &#233;l&#233;ments. Il est tout &#224; fait impossible de satisfaire ainsi les besoins min&#233;raux des plantes, qui comprennent au moins une soixantaine d'&#233;l&#233;ments. De tr&#232;s nombreuses observations (par exemple sur les carences en potassium dans les sols calcaires (Schweigart)) montrent que les oligo-&#233;l&#233;ments sont au moins aussi importants pour la fertilit&#233; du sol que les &#233;l&#233;ments dits &#171; plastiques &#187;. Si quelques grammes d'un &#233;l&#233;ment ont plus d'effet que plusieurs centaines de kilos de K, P ou Ca, cela d&#233;montre que les m&#233;thodes actuelles de fertilisation constituent un gaspillage insens&#233;. Si on veut cependant persister dans ces m&#233;thodes, on est oblig&#233; de les corriger. Il faudrait alors, dans chaque sol, pour chaque culture, &#224; chaque moment, apporter le m&#233;lange min&#233;ral exactement appropri&#233; ; il faudrait ajouter, ici tel oligo-&#233;l&#233;ment, l&#224; tel autre, et &#224; un moment bien pr&#233;cis, pour satisfaire les besoins de la plante. Le principe de la fertilisation chimique se r&#233;fute de lui-m&#234;me ; apporter un &#233;l&#233;ment min&#233;ral quel qu'il soit sous une forme &#171; assimilable par la plante &#187;, c'est d&#233;clencher toute une s&#233;rie d'autres besoins min&#233;raux. La fumure azot&#233;e, par exemple, lib&#232;re des radicaux acides sous forme active ; pour r&#233;tablir l'&#233;quilibre acide-base, il faut donc apporter du calcaire, sous une forme chimiquement active, n&#233;cessairement dissoci&#233;e. Cet apport nuit &#224; l'efficacit&#233; d'autres ions, par exemple les ions potassium, qu'il faut apporter &#224; leur tour pour r&#233;tablir l'&#233;quilibre, m&#234;me s'ils se trouvent dans le sol en quantit&#233;s suffisantes, mais sous une forme fix&#233;e (organique ou min&#233;rale). Les ions magn&#233;sium, mangan&#232;se, cuivre, et tous les autres interviennent &#233;galement ; certains oligo-&#233;l&#233;ments sont fix&#233;s et deviennent inutilisables, d'autres forment des compos&#233;s insolubles, d'autres enfin sont entra&#238;n&#233;s dans les rivi&#232;res. C'est in&#233;vitablement le chaos. Il faut se rendre &#224; l'&#233;vidence : &lt;em&gt;toute modification de la teneur naturelle du sol en &#233;l&#233;ments min&#233;raux provoque des bouleversements de l'&#233;quilibre min&#233;ral le plus souvent impr&#233;visibles et impossibles &#224; &#233;viter&lt;/em&gt;, m&#234;me avec la meilleure volont&#233; &#187; [&lt;a href='#nb3-227' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, op. cit., p. 22.' id='nh3-227'&gt;227&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rapportons encore cette critique ruschienne de la propagande pour les engrais chimiques. Cette derni&#232;re, en France, encore dans les ann&#233;es 1950, d&#233;fendait que la hausse des rendements que l'on pouvait obtenir avec les engrais min&#233;raux donnait aussi des &#171; r&#233;sidus de r&#233;coltes plus abondants &#187; et donc &#171; plus d'humus &#187; et un &#171; sol plus fertile &#187; [&lt;a href='#nb3-228' class='spip_note' rel='footnote' title='Association nationale pour le perfectionnement et le d&#233;veloppement de (...)' id='nh3-228'&gt;228&lt;/a&gt;]. Hans Peter Rusch essaye de contredire cette th&#232;se en arguant, ce qui semble v&#233;rifi&#233;, que la fertilisation chimique donne des plantes au d&#233;veloppement racinaire moindre. Mais la prise en compte des r&#233;sidus racinaires est-elle suffisante ? Pour que son argument touche vraiment, il faudrait que les r&#233;sidus de r&#233;colte a&#233;riens obtenus en chimie soient inf&#233;rieurs ou &#233;gaux &#224; ceux obtenus en agrobiologie. Citons tout de m&#234;me sa critique : &#171; La fameuse th&#233;orie selon laquelle il faut apporter des engrais chimiques pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils contribuent &#224; faire de l'humus n'y change rien. L'agriculture biologique a depuis longtemps r&#233;fut&#233; cette affirmation ; les plantes en culture biologique ont une masse de racines beaucoup plus importantes et sont donc beaucoup mieux prot&#233;g&#233;es contre le gel et la s&#233;cheresse. On a montr&#233;, exp&#233;rimentalement, que la fumure chimique stimule uniquement la partie a&#233;rienne de la plante, mais non le syst&#232;me radiculaire, dont le d&#233;veloppement se trouve au contraire inhib&#233;. La plante est contrainte d'absorber, en quantit&#233; anormalement importantes, les ions pr&#233;sents dans la solution du sol et de les acheminer vers ses parties a&#233;riennes ; elle ne peut pas s'en d&#233;barrasser et se les incorpore tant bien que mal, pour ne pas mourir ; elle n'a pas &#224; se pr&#233;occuper de la formation d'un syst&#232;me radiculaire conforme au d&#233;veloppement normal de la plante. Il faut donc s'attendre &#224; une diminution et non &#224; une augmentation de la masse des racines &#187; [&lt;a href='#nb3-229' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 100.' id='nh3-229'&gt;229&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A ce stade de sa critique, Hans Peter Rusch ne peut d&#233;j&#224; plus toujours se contenter d'une position mod&#233;r&#233;e sur la validit&#233; circonstanci&#233;e de la chimie agricole ou sur son utilit&#233; accessoire pour l'approche biologique de l'agriculture. Persuad&#233; qu'il faut mettre le &#171; facteur &#171; substance vivante &#187; &#187; &#224; la base de la fertilit&#233; du sol, il ne comprend pas que beaucoup d'agronomes demeurent dans la perspective agrochimique lorsqu'ils font des d&#233;couvertes sur la biologie des sols. Certains ont remarqu&#233; que l'efficacit&#233; de l'apport de fumure organique &#233;tait maximale quand il &#233;tait incorpor&#233; &#171; &#224; la mince couche superficielle du sol &#187;. Mais les m&#234;mes ont d&#233;couvert &#171; qu'en proc&#233;dant ainsi on peut employer des quantit&#233;s nettement plus importantes d'azote chimique &#187;, et ainsi repousser le seuil o&#249; la loi des rendements d&#233;croissants devient d&#233;favorable &#224; l'agrochimiste. Face au mirage de la hausse des rendements &#224; court terme, Rusch est convaincu que &#171; cet azote inorganique est nuisible au sol et &#224; la plante &#187;. Rusch d&#233;plore que les agronomes ne se soucient pas de ce probl&#232;me. Et dans des passages comme celui-ci, il se laisse aller &#224; compter pour rien la valeur de la chimie agricole : &#171; La meilleure technique de fabrication d'humus conduisit finalement les exp&#233;rimentateurs &#224; la conclusion que l'on peut, gr&#226;ce &#224; elle, utiliser des quantit&#233;s plus &#233;lev&#233;es d'engrais chimiques, et donc corriger et am&#233;liorer les m&#233;thodes chimiques. Les tentatives d'interpr&#233;tation de ce genre sont nombreuses ; elles visent toutes &#224; rendre viables, en leur apportant un compl&#233;ment biologique, &lt;em&gt;les th&#233;ories chimiques, consid&#233;r&#233;es comme la base de l'agriculture, alors qu'elles s'av&#232;rent en r&#233;alit&#233; fondamentalement fausses&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb3-230' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 78. Je souligne.' id='nh3-230'&gt;230&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s ces critiques sur la th&#233;orie agrochimique, voyons un peu quelques-unes des cons&#233;quences n&#233;gatives de la fumure chimique selon Rusch, tant au niveau des sols qu'au niveau des r&#233;coltes et de l'&#233;conomie agricole.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;Les m&#233;faits de la fertilisation chimique&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Rassemblons tout d'abord les cons&#233;quences n&#233;gatives des engrais min&#233;raux [&lt;a href='#nb3-231' class='spip_note' rel='footnote' title='Peut-&#234;tre est-il utile de donner une remarque sur le vocabulaire de (...)' id='nh3-231'&gt;231&lt;/a&gt;] vis-&#224;-vis du sol d'apr&#232;s Hans Peter Rusch. L'ayant reconnu comme la clef de vo&#251;te de l'agrochimie [&lt;a href='#nb3-232' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Mais qui dit aujourd'hui &#171; fertilisation min&#233;rale &#187; dit &#171; for&#231;age &#187;, et il n'y (...)' id='nh3-232'&gt;232&lt;/a&gt;], c'est sur l'azote synth&#233;tique que Rusch concentre sa critique. L'azote inorganique serait nuisible au sol et &#224; la plante [&lt;a href='#nb3-233' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 78.' id='nh3-233'&gt;233&lt;/a&gt;]. C'est le th&#232;me des engrais solubles perturbateurs du fonctionnement normal sol-plante : &#171; Si l'on donne au sol une nourriture suppl&#233;mentaire sous forme dissoci&#233;e, c'est-&#224;-dire avec des substances min&#233;rales plus ou moins assimilables, ainsi que des compos&#233;s azot&#233;s synth&#233;tiques, alors &lt;em&gt;l'&#233;quilibre entre la cr&#233;ation de nourriture par le sol, le maintien de r&#233;serves et l'absorption par les plantes&lt;/em&gt; se trouve consid&#233;rablement perturb&#233;, car les processus biologiques sont stimul&#233;s anormalement par l'apport impr&#233;vu de mati&#232;res participant aux &#233;changes &#187; [&lt;a href='#nb3-234' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 155.' id='nh3-234'&gt;234&lt;/a&gt;]. Ainsi, l'apport d'engrais azot&#233;s, notamment en fin d'hiver ou en d&#233;but de printemps, engendrerait l'acidification du sol, ph&#233;nom&#232;ne que nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233;. Rusch propose son explication du m&#233;canisme en cause tout en soulignant que ce m&#233;fait est concomitant d'une grande efficacit&#233; de la fumure synth&#233;tique azot&#233;e : ce probl&#232;me se produit, &#171; en particulier, dans le cas d'apports d'azote &#224; une mauvaise p&#233;riode, c'est-&#224;-dire quand, au d&#233;but du printemps, faute d'une temp&#233;rature du sol suffisante, une croissance naturelle n'est pas encore possible, la fixation naturelle de l'azote ne se produisant qu'au-dessus d'une certaine temp&#233;rature (environ 15 &#176;C). L'effet des engrais chimiques, dans ce cas, est tr&#232;s bien d&#233;montr&#233;, et, tout compte fait, c'est l&#224; qu'il est le plus nuisible. [&#8230;] La formation des substances humiques est stimul&#233;e d'une mani&#232;re consid&#233;rable et &#224; contretemps par l'acc&#233;l&#233;ration artificielle des processus de d&#233;composition, les microorganismes de la zone &#224; structure cellulaire se trouvant contraints de travailler &#224; une allure pr&#233;cipit&#233;e. Il en r&#233;sulte une augmentation, non pas de l'humus, mais des substances humiques ; en raison du caract&#232;re acide de ces substances, l'&#233;quilibre &#233;lectrolytique est d&#233;truit et le sol devient acide &#187; [&lt;a href='#nb3-235' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh3-235'&gt;235&lt;/a&gt;]. Une autre cons&#233;quence n&#233;gative de la fumure azot&#233;e sous forme de sels solubles, corr&#233;l&#233;e bien s&#251;r, serait l'atteinte aux microorganismes du sol. Ceux qui fabriquent l'amidon tendraient &#224; dispara&#238;tre purement et simplement [&lt;a href='#nb3-236' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 100. Sur ce point, l'auteur s'appuie sur le travail de W. (...)' id='nh3-236'&gt;236&lt;/a&gt;]. Plus g&#233;n&#233;ralement, il se formerait &#171; un type de microflore pathologique, car les microorganismes re&#231;oivent une nourriture anormale constitu&#233;e de seulement quelques &#233;l&#233;ments nutritifs, en quantit&#233; excessives, et non pas la nourriture &#233;quilibr&#233;e que leur fournit la d&#233;composition des mati&#232;res organiques. Par exemple, les champignons qui transforment les nitrates n'ont plus besoin d'utiliser leur pouvoir de se procurer l'azote, sous forme d'acides amin&#233;s, dans les substances cellulaires ; ils perdent en m&#234;me temps leur capacit&#233; de production d'enzymes, c'est-&#224;-dire un pouvoir biologique que perdent du m&#234;me coup les substances vivantes que les champignons laissent apr&#232;s leur mort naturelle &#187; [&lt;a href='#nb3-237' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 155.' id='nh3-237'&gt;237&lt;/a&gt;]. Relevons un dernier probl&#232;me p&#233;dologique que Rusch met sur le compte de la fumure chimique, &#224; savoir l'inhibition de la structure grumeleuse du sol, laquelle correspond aux fameux complexes argilo-humiques, bons indicateurs de fertilit&#233;. Howard et Pfeiffer ont rapport&#233; le drame de la disparition de la fertilit&#233; des sols pour les soci&#233;t&#233;s. Rusch leur embo&#238;te le pas et estime que les USA, en 1968, avaient perdu &#171; pr&#232;s de 40 % &#187; de leurs terres fertiles [&lt;a href='#nb3-238' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 141.' id='nh3-238'&gt;238&lt;/a&gt;]. Cependant, bien que le Dust Bowl soit d&#251; essentiellement &#224; un mauvais travail m&#233;canique du sol [&lt;a href='#nb3-239' class='spip_note' rel='footnote' title='Un mauvais travail du sol, dont l'exc&#232;s de labour, serait &#224; l'origine du Dust (...)' id='nh3-239'&gt;239&lt;/a&gt;], Rusch pointe le r&#244;le que la fertilisation chimique jouerait, depuis son essor, dans la d&#233;structuration des sols. Selon Rusch, &#171; Il est manifestement impossible de fertiliser artificiellement sans mettre en danger la structure grumeleuse normale &#187; [&lt;a href='#nb3-240' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.155. Plus largement, sur la structure grumeleuse selon Rusch, voir (...)' id='nh3-240'&gt;240&lt;/a&gt;]. Il donne au moins deux justifications &#224; cette affirmation, en voici la plus compr&#233;hensible : &#171; la formation de la structure grumeleuse &#187; est inhib&#233;e parce que &#171; les engrais chimiques apportent des radicaux acides inorganiques &#187;, ce qui entra&#238;ne l'augmentation de &#171; la fixation du calcium et [de] la garniture des cristaux d'argile &#187;. Ainsi, une partie des processus &#171; conduisant &#224; la formation de la structure grumeleuse et &#224; l'humification se trouve n&#233;glig&#233;e au profit des autres processus, et les &#233;quilibres sont rompus &#187; [&lt;a href='#nb3-241' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh3-241'&gt;241&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux m&#233;faits sur les plantes, ils sont li&#233;s aux d&#233;s&#233;quilibres de croissance que les engrais NPK entraineraient, tant au niveau de la forme des plantes (d&#233;s&#233;quilibres entre les parties &#233;pig&#233;es et hypog&#233;es) [&lt;a href='#nb3-242' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.100.' id='nh3-242'&gt;242&lt;/a&gt;], qu'au niveau du rythme de croissance (que d'autres expliquent par l'allongement des cellules de la partie a&#233;rienne, qui, en les amincissant, faciliterait les attaques parasitaires). Au niveau des m&#233;faits sur le milieu naturel, Hans Peter Rusch signale les d&#233;sormais bien connus ph&#233;nom&#232;nes de &#171; lessivage &#187; [&lt;a href='#nb3-243' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.101 et 99.' id='nh3-243'&gt;243&lt;/a&gt;] des engrais azot&#233;s, entrainant pollution des nappes ou des eaux de surface.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le plan &#233;conomique, les engrais chimiques ne permettraient pas les profits annonc&#233;s par la propagande. Au contraire. Rusch prend le cas de la politique du III&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich visant une autonomie maximale. Cet exemple est int&#233;ressant car il rassemble les d&#233;savantages &#233;conomiques et &#233;cologiques des engrais chimiques : &#171; En 1938, une &#171; bataille de la production &#187; fut d&#233;cr&#233;t&#233;e en Allemagne ; conform&#233;ment aux recommandations des chimistes agricoles, les apports d'engrais chimiques furent doubl&#233;s, voire tripl&#233;s, dans l'espoir que la r&#233;colte serait elle aussi doubl&#233;e ou tripl&#233;e. Les r&#233;sultats furent lamentables, car la nature donna une r&#233;ponse qu'il faut remarquer : dans certains endroits les rendements baiss&#232;rent au lieu d'augmenter ; dans la mesure o&#249; l'on peut avancer des chiffres (F. Caspari) il semble que les augmentations de rendement furent tr&#232;s faibles (8 &#224; 18 %) et n'ont pas compens&#233; la d&#233;pense suppl&#233;mentaire, sans parler des dommages irr&#233;parables caus&#233;s &#224; l'organisme-sol &#187;. On peut certes contester le faible &#233;cart des rendements avec ou sans agrochimie, surtout que Rusch &#233;voque m&#234;me des rendements agrobiologiques sup&#233;rieurs chez certains paysans du mouvement M&#252;ller [&lt;a href='#nb3-244' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 96.' id='nh3-244'&gt;244&lt;/a&gt;]. Aujourd'hui, les agrobiologistes fran&#231;ais conviennent d'une moyenne de l'ordre de 40 quintaux de bl&#233; par hectare, contre 60-70 quintaux chez leurs voisins en chimie, ce qui fait tout de m&#234;me un &#233;cart de l'ordre de 50 %. En moyenne, on peut consid&#233;rer que Rusch minimise trop l'accroissement des rendements obtenus en agrochimie. Cependant, selon les fermes, les r&#233;gions, et les types de production les &#233;carts peuvent se resserrer nettement. en soit, le raisonnement ruschien, au-del&#224; de cette exag&#233;ration, apparait cependant typique de l'&#233;valuation &#233;cologique d'une m&#233;thode culturale, en cherchant &#224; envisager son co&#251;t global. Ainsi, dans l'exemple cit&#233;, il prend en compte la d&#233;pense financi&#232;re de la m&#233;thode, son rendement, et ses cons&#233;quences pour la fertilit&#233; du sol. L'agriculteur biologique consciencieux essaye au maximum de tout compter comme cela : aussi bien l'entretien de ses sols que ses rendements, aussi bien la faune et la flore auxiliaire, le respect du milieu naturel, que l'&#233;tat de ses cultures, autant sa rentabilit&#233; &#233;conomique que la participation de son syst&#232;me cultural et commercial &#224; la vie &#233;conomique et sociale locale, ainsi que sa plus ou moins grande d&#233;pendance aux subventions publiques, etc. Et de ce point de vue global, on peut ais&#233;ment convenir, avec Rusch que l'agriculture biologique est plus int&#233;ressante pour la soci&#233;t&#233; que l'agrochimie. R&#233;ciproquement, Rusch a &#233;galement raison de souligner que, hors des aides publiques, du strict point de vue d'une entreprise engag&#233;e dans la comp&#233;tition capitaliste, une exploitation agrochimique n'est absolument pas rentable [&lt;a href='#nb3-245' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 77 et 112.' id='nh3-245'&gt;245&lt;/a&gt;]. Partant des engrais chimiques, il d&#233;nonce &#171; le cercle vicieux qui co&#251;te si cher &#224; l'agriculture &#187; [&lt;a href='#nb3-246' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 101.' id='nh3-246'&gt;246&lt;/a&gt;] : &#171; On trouve aujourd'hui de tr&#232;s nombreux paysans, jardiniers et sp&#233;cialistes de l'agriculture, qui sont convaincus que la nourriture artificielle des plantes, avec toutes ses cons&#233;quences, conduit &#224; une impasse et les rend finalement esclaves du syst&#232;me. Les modifications incessantes du syst&#232;me actuel, la trilogie : engrais chimiques, lutte antiparasitaire violente, renouvellement des semences, deviennent d'ann&#233;e en ann&#233;e plus importantes, les d&#233;penses augmentent continuellement, en sorte que l'agriculture serait abandonn&#233; parce que non rentable si on lui appliquait les crit&#232;res &#233;conomiques utilis&#233;s dans l'industrie &#187; [&lt;a href='#nb3-247' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 306. Hans Peter Rusch rejoint ici les observations de Masanobu (...)' id='nh3-247'&gt;247&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, au bout de la cha&#238;ne, les engrais chimiques auraient des cons&#233;quences n&#233;gatives sur les teneurs des r&#233;coltes et donc la valeur alimentaire des produits agricoles. Des l&#233;gumes peuvent avoir une croissance excessive : &#171; il en r&#233;sulte une teneur excessive des produits en certains &#233;l&#233;ments (par exemple sels de potasse, nitrates &#187; [&lt;a href='#nb3-248' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 9.' id='nh3-248'&gt;248&lt;/a&gt;]. Sur le march&#233;, il y aurait arnaque du consommateur, aussi bien sur le poids que sur la valeur nutritionnelle des produits. Cet extrait est introduit par le credo romantique sur le rejet du r&#232;gne de la quantit&#233; : &#171; L'analyse chimique, sur laquelle furent &#233;difi&#233;es les doctrines min&#233;rales et leurs institutions, est une m&#233;thode non pas qualitative, mais uniquement quantitative. Elle est &#224; l'image du monde contemporain, fond&#233; sur la quantit&#233; et la masse. Le paysan vend des produits au poids, en d&#233;pit de toutes les complications qui ne font que simuler une diff&#233;renciation d'apr&#232;s la qualit&#233; biologique. Celui qui a les plus grosses pommes de terre b&#233;n&#233;ficie du meilleur prix. Les plus grosses pommes de terre s'obtiennent, disent les techniciens, avec des engrais chimiques, et le produit n'est pas d&#233;pr&#233;ci&#233; par le fait que les tubercules sont atteints, en raison du for&#231;age, de ce qu'on appelle en m&#233;decine l'hydropisie ; l'eau et les substances min&#233;rales bon march&#233; sont pay&#233;es aussi cher que ce qu'il y a encore de nutritif dans la pomme de terre, le consommateur ne pouvant faire la distinction. L'acheteur ne voit pas non plus les attaques des maladies &#224; virus, et nul ne pense qu'une pomme de terre atteinte d'une telle maladie pourrait se vendre moins cher qu'une pomme de terre saine, bien que personne ne puisse contester s&#233;rieusement que sa valeur soit moindre &#187; [&lt;a href='#nb3-249' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 24.' id='nh3-249'&gt;249&lt;/a&gt;]. Sur ce probl&#232;me de qualit&#233; nutritionnelle compar&#233;e des produits agricoles, Hans Peter Rusch et les agriculteurs biologiques avaient raison. Aujourd'hui, plus personne ne conteste plus s&#233;rieusement que les produits biologiques soient g&#233;n&#233;ralement meilleurs pour la sant&#233;. Le canc&#233;rologue Henri Joyeux en a donn&#233; la preuve exp&#233;rimentale, en d&#233;montrant que les aliments issus de l'agriculture biologique &#233;taient plus performants que les aliments cultiv&#233;s en agrochimie pour pr&#233;venir les cancers [&lt;a href='#nb3-250' class='spip_note' rel='footnote' title='Joyeux H., Changez d'alimentation, Pr&#233;vention des cancers, Faut-il manger Bio (...)' id='nh3-250'&gt;250&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, la critique ruschienne de l'agrochimie semble parfois disproportionn&#233;e, surtout lorsqu'il en vient &#224; mettre en garde contre un seul &#233;pandage d'engrais chimique : &#171; Il faut s'attendre &#224; ce qu'une seule fumure chimique renverse l'&#233;difice complexe et si bien agenc&#233; des &#233;changes min&#233;raux dans le sol &#187;. Ou bien encore quand il d&#233;nonce un seul apport de produit phytosanitaire de synth&#232;se : &#171; Un seul apport d'azote, un seul traitement toxique sur les plantes ou les animaux, emp&#234;che le d&#233;roulement du cycle des substances et interdit l'obtention de cette qualit&#233; biologique qui est n&#233;cessaire pour que tous les organismes participant aux processus nutritionnels, du sol jusqu'&#224; l'homme, puissent remplir pleinement leur fonction &#187; [&lt;a href='#nb3-251' class='spip_note' rel='footnote' title='La f&#233;condit&#233; du sol, p. 306.' id='nh3-251'&gt;251&lt;/a&gt;]. Ainsi les produits de synth&#232;se entra&#238;neraient &#171; la mort du sol &#187; [&lt;a href='#nb3-252' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. aussi le paragraphe intitul&#233; &#171; La mort du sol et de la pens&#233;e &#187;, p. (...)' id='nh3-252'&gt;252&lt;/a&gt;]. La chimie agricole, trait&#233;e aussi de &#171; technique rudimentaire &#187;, produit bien &#171; des masses de mati&#232;re v&#233;g&#233;tale &#224; l'aide d'&#233;l&#233;ments directement assimilables et compos&#233;s azot&#233;s fabriqu&#233;s artificiellement &#187;. Mais, ce faisant, elle &#171; compromet n&#233;cessairement l'&#233;quilibre biologique et donc la qualit&#233; : une telle technique conduit finalement &#224; tuer l'organisme &#171; sol &#187;, l'organisme &#171; plante &#187; et tous les autres organismes &#187; [&lt;a href='#nb3-253' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 24-25.' id='nh3-253'&gt;253&lt;/a&gt;]. C'est pourquoi, dans ses conclusions, fid&#232;le &#224; son approche tout ou rien, Rusch appelle &#224; la &#171; conversion totale &#187; [&lt;a href='#nb3-254' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 307-308.' id='nh3-254'&gt;254&lt;/a&gt;] &#224; son agriculture biologique en d&#233;clarant qu'&#171; il n'y a pas de solution interm&#233;diaire &#187; et qu'&#171; il ne peut y avoir aucun compromis entre la nourriture naturelle et la nourriture artificielle des plantes, entre l'agriculture biologique et l'agriculture chimique &#187; [&lt;a href='#nb3-255' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 305.' id='nh3-255'&gt;255&lt;/a&gt;]. Le purisme d'Hans Peter Rusch ne se justifie peut-&#234;tre pas scientifiquement. Sa vision de la nature ou de la biosph&#232;re a tendance &#224; en faire un objet paradoxalement sacr&#233;e et tr&#232;s fragile : on a du mal &#224; croire qu'un seul traitement agricole puisse &#224; ce point bouleverser les &#233;quilibres et les dynamiques du sol et du milieu naturel environnant. De m&#234;me, Hans Peter Rusch semble raisonner selon un d&#233;terminisme strict alors qu'un d&#233;terminisme statistique ou probabiliste [&lt;a href='#nb3-256' class='spip_note' rel='footnote' title='Schr&#246;dinger, E., Qu'est-ce que la vie ?, De la physique &#224; la biologie, Seuil, (...)' id='nh3-256'&gt;256&lt;/a&gt;] convient certainement mieux &#224; la compr&#233;hension du monde physico-chimique, et donc, &lt;em&gt;&#224; fortiori&lt;/em&gt;, &#224; la compr&#233;hension du r&#232;gne vivant. Il est curieux que Rusch n'ait pas pris cette voie alors qu'il consid&#232;re explicitement que sa th&#233;orie biologique s'inscrit dans le prolongement des travaux de Schr&#246;dinger sur l'entropie et la n&#233;guentropie et dans celui de ceux de Bertalanffy sur la &#171; th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des syst&#232;mes &#187; et la &#171; th&#233;orie des syst&#232;mes ouverts &#187; [&lt;a href='#nb3-257' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur le rapport de Rusch &#224; ces auteurs, on verra notamment, sur Schr&#246;dinger, (...)' id='nh3-257'&gt;257&lt;/a&gt;]. En fait, les agriculteurs biologiques ont renonc&#233; au purisme biologique comme au d&#233;terminisme strict. Et il ne s'agit pas seulement de se plier aux normes technocratiques et sanitaires (conditionnement, conservation, transport, r&#233;alisation de plats cuisin&#233;s avec des ingr&#233;dients indisponibles en Bio, etc.) sans lesquels ils ne pourraient presque plus rien vendre au-del&#224; de la porte de leur ferme. Les cahiers des charges qui r&#232;glementent la profession agrobiologique attestent que les h&#233;ritiers de Rusch et d'Howard ont accept&#233; l'id&#233;e de recourir, en cas d'urgence, plut&#244;t que de perdre beaucoup de travail et d'argent, et faute de solution &#233;cologique imm&#233;diate, &#224; quelques traitements contenant des produits de synth&#232;se. Cet abandon du purisme ne signifie &lt;em&gt;pas automatiquement &lt;/em&gt;que nos agrobiologistes aient pris le chemin de la perte de &#171; l'&#226;me de la Bio &#187; [&lt;a href='#nb3-258' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon l'expression de Jeanne-Marie Viel, lors de la soutenance de la th&#232;se (...)' id='nh3-258'&gt;258&lt;/a&gt;]. On peut toujours y voir la &#171; confiance dans la nature &#187; fondatrice, mais une confiance peut-&#234;tre plus r&#233;aliste, plus &#224; m&#234;me de mesurer, avec sang froid, la marge de man&#339;uvre de la nature par rapport &#224; ses seuils de d&#233;stabilisation par l'intervention humaine. Nous y reviendrons, &#233;tant donn&#233; que les probl&#233;matiques nature et artifice, et agrobiologie versus agrochimie, que Rusch aurait tendance &#224; superposer un peu vite, constituent, selon nous, une voie d'entr&#233;e particuli&#232;rement pertinente, tant dans la compr&#233;hension des enjeux du travail des fondateurs, que dans l'approfondissement de mod&#232;les d'agriculture &#233;cologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;couvrons maintenant la critique agronomique fukuokienne.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La critique fukuokienne de l'agronomie moderne et de l'agrochimie&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;C'est dans &lt;em&gt;L'agriculture naturelle&lt;/em&gt; que Masanobu Fukuoka livre ses critiques les plus pr&#233;cises de l'agronomie moderne et de l'h&#233;ritage agrochimique [&lt;a href='#nb3-259' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans un chapitre intitul&#233; &#171; Une critique des lois de l'agronomie &#187;, p. (...)' id='nh3-259'&gt;259&lt;/a&gt;], symbolis&#233;, comme chez les autres fondateurs, par la figure de Liebig. Cependant, m&#234;me si Masanobu critique nomm&#233;ment la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt; et la &lt;em&gt;Loi des rendements d&#233;croissants&lt;/em&gt;, il faut noter d'embl&#233;e que sa critique porte essentiellement sur la sp&#233;cialisation scientifique : il essaye de se positionner, comme Howard et Rusch, &#224; l'origine m&#233;thodologique de la d&#233;marche agronomique. Apr&#232;s avoir cern&#233; cette critique g&#233;n&#233;rale, nous essayerons de mettre en lumi&#232;re le caract&#232;re assez id&#233;ologique de sa critique de la &lt;em&gt;Loi des rendements d&#233;croissants&lt;/em&gt;, puis la pertinence relative de sa critique de la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;Le petit bout de la lorgnette : la sp&#233;cialisation agronomique serait vaine&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;L'essentiel de la critique agronomique fukuokienne se r&#233;sume &#224; une transposition de sa position philosophique g&#233;n&#233;rale &#224; la question particuli&#232;re des sciences agronomiques. Son appel au retour &#224; la nature comme &#171; tout organique &#187; et &#171; indivisible &#187; s'oppose &#224; toute vell&#233;it&#233; de saisir par l'intelligence une structure diff&#233;renci&#233;e dans la nature. La contraction vers l'un, et mieux encore vers le vide absolu de la non activit&#233; et de la non valeur, qu'il r&#233;sume parfois sous le concept de &lt;em&gt;Mu,&lt;/em&gt; &#233;limine toute pr&#233;tention au discernement et au progr&#232;s. L'agronomie scientifique est r&#233;duite &#224; une d&#233;marche analytique et inductive &#224; partir de r&#233;alit&#233;s partielles, dont les r&#233;sultats seraient ensuite g&#233;n&#233;ralis&#233;s frauduleusement. Elle serait incompatible avec la priorit&#233; de l'intuition directe de la nature propos&#233;e par Masanobu Fukuoka : &#171; L'agriculture scientifique entreprend tout d'abord une recherche fond&#233;e essentiellement sur la m&#233;thode inductive, puis fait volte-face, appliquant le raisonnement d&#233;ductif pour tirer des propositions sp&#233;cifiques de pr&#233;misses g&#233;n&#233;rales. L'agriculture naturelle arrive &#224; ses conclusions en utilisant un raisonnement d&#233;ductif fond&#233; sur l'intuition. Par cela, je n'&#233;voque pas la formulation d'hypoth&#232;ses imaginaires, insens&#233;es, mais un processus mental qui s'efforce d'atteindre &#224; une conclusion de grande port&#233;e par la compr&#233;hension intuitive. Durant ce processus, on tire des conclusions limit&#233;es adapt&#233;es au temps et &#224; l'endroit, et [on] recherche des voies concr&#232;tes pour s'en tenir &#224; ces conclusions &#187; [&lt;a href='#nb3-260' class='spip_note' rel='footnote' title='AN p. 82.' id='nh3-260'&gt;260&lt;/a&gt;]. Pour l' ancien sp&#233;cialiste de la pathologie v&#233;g&#233;tale, l'agronomie scientifique est une d&#233;marche marqu&#233;e du sceau de la sp&#233;cialisation. Et, comme chez Howard, cette d&#233;marche subdivis&#233;e, qui part de quelques segments du r&#233;el, voire d'un seul facteur de la production agricole, serait un &#233;chec th&#233;orique et pratique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le plan th&#233;orique, elle ferait &#171; perdre de vue le tout &#187; et &#171; l'objectif &#187; clair de la recherche. Masanobu Fukuoka consacre trois bonnes pages &#224; ce probl&#232;me en l'interpr&#233;tant comme une opposition entre les raisonnements inductifs et d&#233;ductifs. Il y aurait une dimension d'arbitraire dans le choix des facteurs de production ou des angles d'&#233;tude pris en compte par les agronomes scientifiques. De son c&#244;t&#233;, M. Fukuoka penserait &#233;chapper &#224; cet arbitraire en d&#233;finissant d'abord intuitivement le but ou l'id&#233;al &#224; atteindre avant d'inf&#233;rer les moyens de s'en approcher : &#171; Revenons &#224; notre exemple de la culture du riz : l'agriculture naturelle utilise un raisonnement intuitif pour brosser un tableau id&#233;al de cette culture, inf&#233;rer les conditions de l'environnement dans lesquelles une situation approchant de l'id&#233;al peut appara&#238;tre, et mettre au point les moyens de la r&#233;aliser. A l'oppos&#233;, l'agriculture scientifique &#233;tudie tous les aspects de la production du riz et effectue de nombreux tests diff&#233;rents pour essayer de d&#233;velopper des m&#233;thodes de culture de plus en plus &#233;conomiques et rentables &#187; [&lt;a href='#nb3-261' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh3-261'&gt;261&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 10 &#8211; Une critique de la pluralit&#233; des lois scientifiques chez M. Fukuoka [&lt;a href='#nb3-262' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. L'agriculture naturelle, p. 72.' id='nh3-262'&gt;262&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous allons noter que Masanobu Fukuoka consid&#232;re l'accumulation des perspectives scientifiques comme une dispersion vaine de la recherche : son image n&#233;gative de l'attitude humaine &lt;em&gt;centrifuge&lt;/em&gt; s'appliquerait parfaitement &#224; l'activisme des scientifiques, jug&#233; st&#233;rile du point de vue de la compr&#233;hension profonde du r&#233;el. Mais ne pourrait-on pas lui r&#233;torquer qu'il ne voit pas l'arbitraire de sa propre perspective ? Qui serait suffisamment dupe pour ne pas relever que la mise en &#339;uvre d'un &#171; raisonnement intuitif &#187;, visant &#171; un tableau id&#233;al &#187; de la culture du riz ou autre, soit une base de recherche fragile et incertaine ? L'orientation largement bouddhiste de son regard sur la nature suffit &#224; montrer que Masanobu Fukuoka n'&#233;chappe pas &#224; une forme de particularisme et de &lt;em&gt;r&#233;duction&lt;/em&gt; dans sa perspective de recherche. N&#233;anmoins, en affirmant et en s'appuyant sur une finalit&#233; ou un ordre g&#233;n&#233;ral de la nature explicit&#233; auparavant, peut-&#234;tre la recherche fukuokienne se prot&#232;ge-t-elle d'&#233;garements particuliers. C'est en tout cas cette errance que M. Fukuoka reproche &#224; la recherche agronomique et souhaite absolument &#233;viter [&lt;a href='#nb3-263' class='spip_note' rel='footnote' title='Il est possible que ce d&#233;bat renvoie &#224; l'&#233;mergence anti-intellectualiste et (...)' id='nh3-263'&gt;263&lt;/a&gt;] : &#171; Cette exp&#233;rimentation inductive est faite sans objectif clairement d&#233;fini. Les scientifiques conduisent leurs exp&#233;riences en oubliant la direction dans laquelle leur recherche les entra&#238;ne. Ils se satisfont semble-t-il, des r&#233;sultats et sont confiants dans le fait que l'accumulation de ces r&#233;sultats conduit &#224; des progr&#232;s nets et constants et &#224; un accomplissement scientifique. Mais en l'absence d'un objectif d&#233;fini pour guider leur course, leur activit&#233; n'est qu'une errance sans but. Cela n'est pas le progr&#232;s &#187; [&lt;a href='#nb3-264' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 82.' id='nh3-264'&gt;264&lt;/a&gt;]. L'explication fukuokienne de ce consentement scientifique &#224; l'aveuglement global r&#233;siderait dans le pragmatisme technoscientifique de ses praticiens. Les scientifiques auraient conscience du r&#233;ductionnisme de leurs recherches, mais ils n'en auraient cure outre-mesure, &#233;tant d&#233;termin&#233;s et satisfaits par l'obtention de r&#233;sultats pratiques et r&#233;guliers : &#171; Le scientifique est bien conscient de la nature restrictive et circonstancielle de la recherche inductive, et s'applique aussi au raisonnement d&#233;ductif, mais il en revient &#224; s'en remettre &#224; l'approche inductive parce qu'elle conduit plus directement &#224; une r&#233;ussite et &#224; un accomplissement pratiques et certains &#187; [&lt;a href='#nb3-265' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 83.' id='nh3-265'&gt;265&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La cons&#233;quence de la sp&#233;cialisation, sur le plan pratique, c'est que l'agrochimie et l'agronomie moderne n'auraient aucune chance de parvenir &#224; une am&#233;lioration durable de l'agriculture : &#171; L'agriculture scientifique croit qu'en promouvant une recherche sp&#233;cialis&#233;e sur les parties du tout, des am&#233;liorations partielles peuvent &#234;tre obtenues qui se traduiront par une am&#233;lioration de celui-ci. L'homme est devenu si absorb&#233; par l'exploration des parties, qu'il a abandonn&#233; sa qu&#234;te de la v&#233;rit&#233; du tout. Ou, peut-&#234;tre, in&#233;vitablement, sa tentative de conna&#238;tre les parties lui a-t-elle fait perdre de vue le tout. Une recherche fragmentaire ne produit que des r&#233;sultats d'utilit&#233; limit&#233;e. L'agriculture scientifique ne peut engendrer que des am&#233;liorations partielles d'o&#249; ne peuvent r&#233;sulter de hauts rendements et une production &#233;lev&#233;e que sous certaines conditions, mais ces &#171; gains &#187; tombent bient&#244;t sous le violent choc en retour de la nature et n'ont jamais pour r&#233;sultat d&#233;finitif des rendements plus &#233;lev&#233;s &#187; [&lt;a href='#nb3-266' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 80-81. L'id&#233;e que les hauts rendements (...)' id='nh3-266'&gt;266&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons donc compris que, selon la critique fukuokienne, ce serait le point de d&#233;part de l'attitude cognitive pr&#244;n&#233;e en science qui ne serait pas bon. Il serait impossible d'aller des parties au tout. La d&#233;marche analytique cart&#233;sienne, inspir&#233;e des math&#233;matiques et de la m&#233;canique, consistant, en vue de sa r&#233;solution, &#224; d&#233;composer un probl&#232;me complexe en autant de parties identifiables que possibles, serait inadapt&#233;e &#224; la connaissance de la nature, consid&#233;r&#233;e comme un tout unifi&#233;. Une fois de plus, nous retrouvons l'opposition, soulign&#233;e par le romantisme, entre le m&#233;canique et l'organique : &#171; On entend souvent dire que les rendements ne peuvent &#234;tre accrus en certains endroits &#224; cause des mauvaises conditions atmosph&#233;riques, ou parce que les sols sont pauvres et doivent &#234;tre d'abord am&#233;lior&#233;s. Cela revient tout &#224; fait &#224; parler d'une usine o&#249; la production est la r&#233;sultante de composants tels que les mati&#232;res premi&#232;res, l'&#233;quipement en machines, le travail et le capital. Lorsque le rouage endommag&#233; d'une machine ralentit la production, la productivit&#233; peut &#234;tre imm&#233;diatement r&#233;tablie en r&#233;parant le dommage. Mais la culture dans un environnement naturel diff&#232;re radicalement de la fabrication industrielle. En agriculture, le tout organique ne peut &#234;tre am&#233;lior&#233; par le simple remplacement de ses parties &#187; [&lt;a href='#nb3-267' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 77.' id='nh3-267'&gt;267&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En aval de cette critique g&#233;n&#233;rale de la sp&#233;cialisation, Masanobu Fukuoka s'essaye &#224; d&#233;monter la valeur des lois de la chimie agricole. Il identifie six lois ayant jou&#233;, selon lui, &#171; un r&#244;le critique dans le d&#233;veloppement des pratiques de l'agriculture moderne &#187; : &lt;em&gt;La loi des rendements d&#233;croissants, L'&#233;quilibre, L'adaptation, La compensation et l'annulation, La relativit&#233;, La loi du minimum&lt;/em&gt;. N'ayant pas recherch&#233; dans quelle mesure ces six lois et principes sont bien tous des h&#233;ritages de l'histoire moderne de l'agronomie, nous nous contenterons d'&#233;tudier sa critique des deux plus connues de sa liste, la premi&#232;re et la derni&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoique son argumentation tourne toujours autour de l'id&#233;e d'une harmonie globale de la nature rendant non significative toute loi particuli&#232;re, il est possible de montrer que la critique fukuokienne, ici aventur&#233;e sur des objets scientifiques d&#233;finis, affiche ses faiblesses. Par exemple, nous la verrons tant&#244;t n&#233;gliger l'int&#233;r&#234;t de la pertinence circonstancielle de la &lt;em&gt;Loi des rendements d&#233;croissants&lt;/em&gt;, tant&#244;t se contredire sur la pertinence de &lt;em&gt;La loi du minimum&lt;/em&gt;. Mais la perspicacit&#233; de Masanobu Fukuoka, notamment quant au r&#244;le r&#233;el des engrais chimiques vis-&#224;-vis de la fertilit&#233; des sols, ne cesse d'entretenir l'aiguillon d'une recherche agronomique orient&#233;e autrement sur les donn&#233;es la nature. Venons-en donc aux critiques fukuokiennes de ces deux lois classiques de la chimie agricole.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;Masanobu Fukuoka et la Loi des rendements d&#233;croissants : une critique incertaine&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Notons d'abord sa d&#233;finition de &lt;em&gt;La loi des rendements d&#233;croissants&lt;/em&gt; : &#171; cette loi &#233;tablit, par exemple, que lorsqu'on utilise la technologie scientifique pour cultiver le riz ou le bl&#233; sur une parcelle de terre donn&#233;e et que l'on mesure les rendements r&#233;sultants, la technologie fait effectivement appara&#238;tre une tendance ascendante jusqu'&#224; une certaine limite sup&#233;rieure, mais au-del&#224; de cette limite, elle produit l'inverse de d&#233;croissance des rendements. Une telle limite n'est pas fixe dans le monde r&#233;el, mais change avec le temps et les circonstances, de telle sorte que la technologie agricole cherche constamment les moyens de la franchir. Cependant cette loi enseigne qu'il existe des limites d&#233;finies aux rendements, et qu'au-del&#224; d'un certain point, l'effort additionnel est vain &#187; [&lt;a href='#nb3-268' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 69.' id='nh3-268'&gt;268&lt;/a&gt;]. A cette lecture, nous remarquons tout de suite qu'il donne une acception large &#224; cette loi. En effet, selon l'acception courante, rapport&#233;e par Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, elle ne s'applique pas &#224; la technologie scientifique agricole mais &#224; la seule fertilisation min&#233;rale : si on part d'une teneur nulle en &#171; min&#233;raux nutritifs de la solution du sol &#187;, l'augmentation de cette teneur se traduit &#171; d'abord par de faibles augmentations de production, puis les augmentations de production sont de plus en plus fortes (plus que proportionnelles) ; &#224; partir d'une certaine teneur[&#8230;], les augmentations deviennent de moins en moins fortes (moins que proportionnelles), puis elles plafonnent ; enfin, avec des teneurs tr&#232;s &#233;lev&#233;es, qui deviennent toxiques, la production de biomasse diminue &#187; [&lt;a href='#nb3-269' class='spip_note' rel='footnote' title='Mazoyer M et Roudart L., Histoire des agricultures du monde, op. cit., p. (...)' id='nh3-269'&gt;269&lt;/a&gt;]. Si l'on se penche maintenant sur la critique fukuokienne de cette loi, nous sommes un peu surpris de constater qu'elle tient en six lignes. D'une part, Masanobu Fukuoka &#171; per&#231;oit dans la loi des rendements d&#233;croissants une force &#224; l'&#339;uvre dans la nature qui s'efforce de maintenir un &#233;quilibre en s'opposant &#224; l'augmentation graduelle des rendements et en la supprimant &#187; [&lt;a href='#nb3-270' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 71' id='nh3-270'&gt;270&lt;/a&gt;] ; d'autre part, serait une &#171; chausse-trappe &#187; la &#171; croyance que les fertilisants et leurs formes d'&#233;pandage sont une cause directe d'am&#233;lioration des rendements. Les dommages provoqu&#233;s par leur utilisation massive peut, en fait, tout aussi bien conduire &#224; une r&#233;duction de ces rendements &#187; [&lt;a href='#nb3-271' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 79' id='nh3-271'&gt;271&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Force est de reconna&#238;tre que cette critique n'est pas pr&#233;cise et un brin id&#233;ologique. Pourquoi affirmer qu'une &#171; force naturelle &#187; supprime l'augmentation des rendements alors qu'il y a une plage d'augmentation des apports NPK o&#249; ces rendements croissants sont g&#233;n&#233;ralement indiscutables ? Masanobu Fukuoka rappelle l'effet n&#233;gatif d'un apport de fertilisants excessif, mais cela n'est-il pas normal, s'il y a bien une limite en toute chose ici-bas, s'il y a bien un &lt;em&gt;ordre&lt;/em&gt; naturel ? Finalement, &#224; propos des six lois et principes qu'il a identifi&#233;s, Masanobu Fukuoka d&#233;clarera qu'aucune n'est significative : &#171; Chacune de ces lois n'est pas autre chose qu'une manifestation de la grande harmonie et du grand &#233;quilibre de la nature &#187;. On peut bien &#234;tre d'accord. Mais o&#249; est la pertinence de sa critique des rendements d&#233;croissants si elle se contente de dire que la nature rappelle son ordre en indiquant un seuil &#224; partir duquel elle ne peut plus augmenter les rendements, m&#234;me si on la &#171; nourrit &#187; avec plus de NPK ? Masanobu Fukuoka croit-il que cette loi soit sans int&#233;r&#234;t ? Il y a peut-&#234;tre quelque chose de banal &#224; dire qu'un apport excessif d'azote synth&#233;tique produit l'effet inverse de ce qu'il produit en dessous d'un certain seuil : ce ne serait qu'un cas particulier de l'observation courante selon laquelle toute concentration artificielle d'un produit sp&#233;cifique finit par devenir nocive pour le milieu qui la re&#231;oit. Mais ce japonais semble trop attendre de la m&#233;thode scientifique : son objectif n'est-il pas justement de mettre en &#233;vidence des corr&#233;lations pr&#233;cises entre facteurs et donc des seuils de changement de situation ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est probable que Masanobu Fukuoka ait jet&#233; le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain : en soulignant la limite de la fertilisation agrochimique, il a oubli&#233; d'admettre son efficacit&#233; difficilement contestable jusqu'&#224; un certain point. On peut bien critiquer l'agrochimie d'un point de vue global, en montrant qu'elle a plus d'effets d&#233;l&#233;t&#232;res que de r&#233;sultats positifs, encore faut-il &#234;tre rigoureux et reconna&#238;tre ses succ&#232;s relatifs, au risque de m&#233;conna&#238;tre ce qu'elle nous apprend sur le fonctionnement de la fertilit&#233; des sols. De ce point de vue, la critique d'Hans Peter Rusch appara&#238;t plus rigoureuse. Voyons maintenant les critiques que le paysan-chercheur japonais adresse &#224; la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt; : certaines semblent d'une plus grande validit&#233; que celle que nous venons d'examiner.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;Les analyses fukuokiennes de la Loi du minimum&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Masanobu Fukuoka consid&#232;re que la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt; est &#171; universellement connue &#187; et qu'elle a &#171; jet&#233; les bases de l'agriculture moderne &#187;. Il en attribue, classiquement, la paternit&#233; &#224; Justus von Liebig [&lt;a href='#nb3-272' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 69-70. On ne reprochera pas &#224; un lointain japonais de ne pas (...)' id='nh3-272'&gt;272&lt;/a&gt;], et il rappelle qu'elle &#233;tablit que &#171; le rendement d'une culture est d&#233;termin&#233; par celui des constituants, parmi tous ceux qui agissent sur le rendement, qui manque le plus &#187; [&lt;a href='#nb3-273' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, p. 70.' id='nh3-273'&gt;273&lt;/a&gt;]. Remarquons, une fois de plus, que Masanobu Fukuoka pr&#233;sente textuellement un peu trop largement les lois de l'agrochimie. Pour la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt;, en parlant de la pr&#233;sence des &#171; constituants &#187; du &#171; rendement &#187; d'une culture, il laisse son lecteur dans le vague. N&#233;anmoins, l'impr&#233;cision se trouve aussit&#244;t lev&#233;e, parce qu'il reproduit le sch&#233;ma r&#233;alis&#233; par Liebig pour illustrer la &lt;em&gt;Loi du minimum. &lt;/em&gt;Rappelons que le sch&#233;ma explicatif de Liebig, appel&#233; couramment &#171; Le tonneau de Liebig &#187;, consiste en un demi-tonneau dont les douelles, de longueur in&#233;gale, repr&#233;sente chacune la pr&#233;sence d'un &#233;l&#233;ment min&#233;ral dans le sol. La douelle la plus courte, par o&#249; d&#233;borde l'eau quand on remplit le tonneau, indique l'&#233;l&#233;ment min&#233;ral jouant le r&#244;le de &#171; facteur limitant &#187; du rendement d'une culture. On peut regrouper les analyses de Masanobu Fukuoka en quatre groupes de remarques : sur la pertinence de la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt;, sur la rel&#233;gation de cette loi en derni&#232;re importance, quant au primat du r&#244;le de l'interconnexion des min&#233;raux sur leur nature et quantit&#233; propre, et enfin sur l'id&#233;e du maintien et non de la hausse agrochimique des rendements.&lt;/p&gt; &lt;h5 class=&quot;spip&quot;&gt;La pluralit&#233; des facteurs du rendement comme invalidation de la Loi du minimum ?&lt;/h5&gt; &lt;p&gt;Masanobu Fukuoka entame sa critique par trois commentaires &#224; propos de la validit&#233; de cette loi agronomique. Dans un premier commentaire, Masanobu Fukuoka admet la pertinence de cette loi : &#171; La quantit&#233; d'eau &#8211; ou rendement - que contient le tonneau est d&#233;termin&#233;e par celui des &#233;l&#233;ments nutritifs qui manque le plus. Peu importe la quantit&#233; des autres &#233;l&#233;ments, c'est cet &#233;l&#233;ment le plus rare qui d&#233;termine la limite sup&#233;rieure du rendement. Une illustration typique de ce principe consiste &#224; mettre en &#233;vidence que la raison pour laquelle les cultures &#233;chouent en terrain volcanique en d&#233;pit de l'abondance d'azote, de potassium, de calcium, de fer, et d'autres &#233;l&#233;ments nutritifs, est la raret&#233; des phosphates. Bien s&#251;r, l'adjonction de fertilisant phosphat&#233; a souvent pour r&#233;sultat une am&#233;lioration des rendements. En dehors des probl&#232;mes d'&#233;l&#233;ments nutritifs du sol, ce concept a aussi &#233;t&#233; utilis&#233; comme outil de base pour parvenir &#224; de hauts rendements &#187; [&lt;a href='#nb3-274' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 71.' id='nh3-274'&gt;274&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son deuxi&#232;me commentaire, rang&#233; sous la rubrique &#171; Aucune loi n'est significative &#187;, est assez vague. Il est bas&#233; sur son postulat du &#171; grand &#233;quilibre de la nature &#187; : &#171; s'il existe une loi du minimum, il doit aussi y avoir une loi du maximum. Dans leur recherche de l'&#233;quilibre et de l'harmonie, les v&#233;g&#233;taux ont une aversion non seulement pour les d&#233;ficiences en &#233;l&#233;ments nutritifs mais pour les d&#233;ficiences et les exc&#232;s en quoi que ce soit &#187; [&lt;a href='#nb3-275' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh3-275'&gt;275&lt;/a&gt;]. On peut se demander si Masanobu Fukuoka serait capable de justifier scientifiquement sa vision de la nature, que l'on pourrait peut-&#234;tre qualifier de &#171; m&#233;diane &#187;, vu qu'elle est marqu&#233;e par l'importance du juste milieu. Peut-&#234;tre n'est-ce qu'id&#233;ologie, transfert de son obsession de la &#171; voie immobile &#187;. A contrario, rappelons que Rusch &#233;tait plus sensible &#224; la plasticit&#233; du vivant. Il admettait que les plantes &#233;taient relativement capables de compenser une d&#233;ficience d'un &#233;l&#233;ment nutritif par un autre, particuli&#232;rement en absorbant des &#233;l&#233;ments soit sous forme organique, soit sous forme inorganique, selon les conditions. La capacit&#233; d'adaptation du vivant semble &#233;chapper &#224; M. Fukuoka.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revanche, en un troisi&#232;me commentaire, M. Fukuoka contredit son acceptation premi&#232;re de la valeur significative de la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt;. Il consid&#232;re que le niveau r&#233;el des rendements est d&#233;termin&#233; autrement que par le &#171; facteur de production le plus d&#233;ficitaire &#187; : le rendement d'une r&#233;colte &#171; n'est pas d&#233;termin&#233; par un seul facteur ; il est le r&#233;sultat global de tous les facteurs et conditions de la culture &#187; [&lt;a href='#nb3-276' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 75.' id='nh3-276'&gt;276&lt;/a&gt;]. Masanobu Fukuoka semble &#171; embarqu&#233; &#187; dans un point de vue holiste, qui lui fait perdre en coh&#233;rence et en discernement. Ici, en effet, il remet en cause l'importance des &#233;l&#233;ments nutritifs, alors qu'il vient de reconna&#238;tre, seulement quatre pages auparavant, le r&#244;le productif limitant d'une faiblesse du phosphate, en terrains volcaniques : &#171; avant de se pr&#233;occuper des effets que peut avoir l'exc&#233;dent ou le manque d'un &#233;l&#233;ment nutritif particulier, il serait plus sens&#233; de d&#233;terminer tout d'abord dans quelle mesure les &#233;l&#233;ments nutritifs ont une influence de premier plan sur les rendements. A moins d'&#233;tablir les limites, les caract&#233;ristiques et le domaine d'action aff&#233;rents &#224; ce facteur global que sont les &#233;l&#233;ments nutritifs, tous les r&#233;sultats obtenus des recherches les concernant s'&#233;vaporent en fum&#233;e &#187; [&lt;a href='#nb3-277' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh3-277'&gt;277&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette premi&#232;re pr&#233;sentation fukuokienne contradictoire de la pertinence de l'agrochimie appelle quelques remarques. Dans son expos&#233;, M. Fukuoka se r&#233;f&#232;re &#224; la globalit&#233; et &#224; l'&#233;quilibre de la nature pour critiquer la signification des th&#232;ses de la chimie agricole. Plus g&#233;n&#233;ralement, en bien des passages de ses &#233;crits, la nature est pr&#233;sent&#233;e comme un tout &lt;em&gt;organique&lt;/em&gt;. Cependant, en montrant qu'il ne pr&#234;te pas nettement plus d'attention &#224; la dimension &lt;em&gt;biologique&lt;/em&gt; qu'aux autres dimensions de la nature, on pourrait d&#233;fendre l'interpr&#233;tation selon laquelle son organicisme est assez formel. Ce serait une fa&#231;on de plus de marquer son originalit&#233; par rapport au standard agronomique de l'agriculture biologique &#8211; le primat du vivant dans les facteurs de la fertilit&#233; &#8211; et par rapport &#224; l'histoire de l'agronomie, o&#249; bien des chimistes et agronomes se sont &#233;lev&#233;s contre le &#171; tout chimique &#187;. C'est ainsi que Masanobu Fukuoka ne prend pas en consid&#233;ration, dans sa critique de l'agrochimie, le crit&#232;re de la biodisponibilit&#233; des min&#233;raux pour les plantes. Il semble rejoindre l'exposition la plus plate des lois agrochimiques, laquelle consid&#232;re le sol comme un r&#233;servoir o&#249; l'eau de pluie se charge de min&#233;raux. Les plantes absorbent de l'eau par leurs racines et ainsi, aussi des min&#233;raux. Il n'y a pas de probl&#232;me d&lt;em&gt;'acc&#232;s&lt;/em&gt; aux min&#233;raux pour les plantes. Or, si les tenants les plus radicaux de la fertilisation min&#233;rale ont pu en venir &#224; admettre l'utilit&#233; de la mani&#232;re organique des sols, et donc &#224; la pertinence d'une fumure min&#233;rale &lt;em&gt;et organique&lt;/em&gt; (fumier, compost&#8230;), c'est bien parce que l'on a remarqu&#233; que l'efficacit&#233; des engrais chimiques &#233;tait augment&#233;e si l'on se souciait de concert de ces deux param&#232;tres. C'&#233;tait d&#233;j&#224; ce que Grandeau r&#233;pondait aux partisans de la fumure exclusivement chimique, tels Georges Ville ; c'est toujours ce que rapportent aujourd'hui Christian Feller et Rapha&#235;l Manlay : l'humus des sols agricoles am&#233;liore la disponibilit&#233; min&#233;rale pour les plantes [&lt;a href='#nb3-278' class='spip_note' rel='footnote' title='Feller M. et Manlay R., Evolution des concepts d'humus et de fertilit&#233; sur (...)' id='nh3-278'&gt;278&lt;/a&gt;]. Et c'&#233;tait aussi ce qu'admettait Hans Peter Rusch, m&#234;me si ce dernier y voyait l'occasion de revenir sur les causes de l'efficacit&#233; humique et, plus g&#233;n&#233;ralement, sur les fondements agronomiques, plut&#244;t que de faire simplement de l'humus un compl&#233;ment facilitant l'installation des plantes dans le sol et leur nutrition min&#233;rale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, et &#224; l'int&#233;rieur de sa critique, Masanobu Fukuoka semble paradoxalement raisonner &#224; la mani&#232;re de l'agrochimie, c'est-&#224;-dire en termes de stock d'&#233;l&#233;ments min&#233;raux. Il reconna&#238;t la &lt;em&gt;Loi du minimum &lt;/em&gt;et suppute une &#171; loi du maximum &#187; : trop de tel ou tel min&#233;ral dans le sol deviendrait toxique pour les plantes. Il faut dire ici que la &lt;em&gt;Loi des rendements d&#233;croissants&lt;/em&gt; montre exactement cela, au moins pour le cas des quantit&#233;s d'azote min&#233;ral fournis aux cultures. Mais il y a une diff&#233;rence entre la &lt;em&gt;pr&#233;sence&lt;/em&gt; de l'azote dans le sol et sa &lt;em&gt;forme&lt;/em&gt; : est-il sous forme d'engrais soluble ? Ou bien associ&#233; &#224; l'eau, &#224; l'air, &#224; des &#233;l&#233;ments organiques, &#224; des &#234;tres vivants ? Tous ces param&#232;tres qualitatifs influent &#233;videmment sur la disponibilit&#233; ou la g&#234;ne que peut occasionner telle ou telle quantit&#233; d'un &#233;l&#233;ment min&#233;ral pr&#233;sent dans le sol [&lt;a href='#nb3-279' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ce point encore, comme nous l'avons signal&#233; plus haut, Marika (...)' id='nh3-279'&gt;279&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Masanobu Fukuoka ne s'encombre pas de telles analyses. Son propos demeure dans une g&#233;n&#233;ralit&#233; qui a pour cons&#233;quence pratique de ne devenir op&#233;ratoire et efficace que si l'on s'abstient au maximum d'intervenir sur la nature : laiss&#233;e &#224; elle-m&#234;me, la fertilit&#233; des for&#234;ts et des champs augmenterait. Sur cette base, une agriculture discr&#232;te est possible. Mais si l'agriculteur souhaite intervenir &lt;em&gt;imm&#233;diatement&lt;/em&gt;, par exemple sur ces sols volcaniques qu'il a &#233;voqu&#233;s, manifestement carenc&#233;s en phosphate, que lui propose le chercheur japonais ? A notre connaissance, Masanobu Fukuoka ne propose rien d'autre que sa m&#233;thode g&#233;n&#233;rale (retourner les pailles au champ, maintenir un couvert v&#233;g&#233;tal, ne pas labourer, etc.). On peut donc se demander si, en absence d'un apport ext&#233;rieur, la carence de phosphate va diminuer. A moins que M. Fukuoka ne veuille seulement consid&#233;rer que le rythme naturel d'&#233;volution de la fertilit&#233; : laiss&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, les terrains volcaniques, si le climat le permet, seront colonis&#233;s par une v&#233;g&#233;tation spontan&#233;e, susceptible, sur le moyen ou le long terme, d'am&#233;liorer la fertilit&#233; de ces sols. C'est &#224; ce niveau que s'appliquerait son principe d'harmonie de la nature : avec le temps, hors des contrari&#233;t&#233;s de l'intervention humaine, les sols deviendraient de plus en plus propices &#224; l'agriculture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Revenons maintenant aux autres angles d'attaque de la critique fukuokienne. Apr&#232;s cette consid&#233;ration passablement contradictoire, M. Fukuoka prolonge sa critique de la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt;, d'abord, et &#224; l'exact oppos&#233; du point de vue de Liebig, en la rel&#233;guant loin derri&#232;re les autres facteurs de la productivit&#233; agricole, ensuite, et cette fois-ci dans un apparent et surprenant accord avec le dernier Liebig, en arguant que les relations des min&#233;raux entre eux et avec les autres facteurs seraient plus importantes que leur d&#233;nombrement statique.&lt;/p&gt; &lt;h5 class=&quot;spip&quot;&gt;Masanobu Fukuoka et l'importance n&#233;gligeable du tonneau de Liebig&lt;/h5&gt; &lt;p&gt;La deuxi&#232;me critique fukuokienne de la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt; consiste &#224; placer en derni&#232;re position l'importance des &#233;l&#233;ments min&#233;raux dans la d&#233;termination du rendement. M. Fukuoka a r&#233;alis&#233; un deuxi&#232;me sch&#233;ma o&#249; s'&#233;tagent les facteurs de production par ordre d'importance d&#233;croissante : apr&#232;s les &#171; Conditions de base &#187;, on trouve les &#171; Facteurs relatifs &#224; l'environnement &#187;, les &#171; Fertilisants et engrais &#187;, les &#171; Conditions de la culture &#187;, les &#171; Maladies et parasites &#187;, les &#171; Conditions m&#233;t&#233;orologiques &#187;, et, enfin, en ajoutant &#171; l'inclinaison du tonneau &#187;, la &#171; quantit&#233; des &#233;l&#233;ments nutritifs &#187; [&lt;a href='#nb3-280' class='spip_note' rel='footnote' title='L'agriculture naturelle, p. 76.' id='nh3-280'&gt;280&lt;/a&gt;]. Bien que l'on puisse trouver r&#233;aliste l'id&#233;e de relativiser l'importance des min&#233;raux dans le rendement final, M. Fukuoka devrait signaler que les exp&#233;riences de chimie agricole et de culture hydroponique ont d&#233;montr&#233; l'importance vitale de certains min&#233;raux, au moins dans les conditions exp&#233;rimentales. Il devrait aussi reconna&#238;tre que, hors de la consid&#233;ration de la durabilit&#233; de l'agriculture sur les parcelles en question, et hors des questions &#233;cologiques, &#233;conomiques, et sociales pos&#233;es par de cette m&#233;thode, l'agrochimie parvient &#224; des rendements relativement &#233;lev&#233;s. De plus, et plus directement au sujet de son sch&#233;ma de critique du &lt;em&gt;tonneau de Liebig&lt;/em&gt;, on pourrait objecter que la relativisation du r&#244;le des &#233;l&#233;ments min&#233;raux ne justifie pas pourquoi il situe leur r&#244;le &lt;em&gt;au dernier rang [&lt;a href='#nb3-281' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut relever encore une autre incertitude de son sch&#233;ma. Bien qu'il place (...)' id='nh3-281'&gt;281&lt;/a&gt;]. &lt;/em&gt;Pourquoi seraient-ils moins importants que la m&#233;t&#233;o ou le niveau de parasitisme de la saison culturale ? Nous n'avons pas trouv&#233; l'esquisse d'une justification de ce choix dans les textes du fondateur de l'agriculture du non-faire. M. Fukuoka ne revient pas sur ces difficult&#233;s de sa critique. Une confrontation avec l'opinion de Liebig donne &#224; penser qu'il n'y a pas de raison &#224; ce choix. Alors que Masanobu Fukuoka rel&#232;gue en derni&#232;re position la signification des quantit&#233;s min&#233;rales et de la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt;, le chimiste Justus von Liebig, en se souciant particuli&#232;rement du sous-sol et des &#171; &#233;l&#233;ments actifs &#187;, leur donnait la premi&#232;re place :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La prise en compte du sous-sol, qui permet d'expliquer les b&#233;n&#233;fices de l'assolement, conduit paradoxalement Liebig non pas &#224; vanter le m&#233;rites du travail de la charrue, [&#8230;], mais &#224; r&#233;futer l'agriculture bas&#233;e sur l'emploi du fumier : c'est qu'en effet le bl&#233; pr&#233;l&#232;ve &#224; la terre arable alors que le tr&#232;fle pr&#233;l&#232;ve dans les couches plus profondes. Le fumier, produit &#224; partir de cultures fourrag&#232;res, restitue &#224; la couche arable de quoi alimenter les prochaines r&#233;coltes en grain. Mais il n'est qu'un moyen factice, et plus encore pernicieux parce qu'il masque, longtemps, que le sous-sol s'&#233;puise, et r&#233;jouit le cultivateur qui ne voit pas que son champ va &#224; la ruine d&#233;finitive. La terre forme un tout, un r&#233;servoir immense mais non infini ; et &lt;em&gt;rien ne saurait contrebalancer ce principe qu'il faut conserver au sol la somme enti&#232;re de ses &#233;l&#233;ments actifs&lt;/em&gt;. Elle constitue un capital qu'il faut pr&#233;server : toute technique employ&#233;e &#8211; drainage, travail de la charrue, apport de fumier &#8211; m&#234;me si ou parce qu'elle am&#233;liore le rendement imm&#233;diat, ne constitue pas un progr&#232;s r&#233;el. &lt;em&gt;Liebig est chimiste dans l'&#226;me : seule la mati&#232;re compte, dans sa min&#233;ralit&#233; profonde&lt;/em&gt; qui, au bout de la transformation demeure &#187; [&lt;a href='#nb3-282' class='spip_note' rel='footnote' title='Blondel-M&#233;grelis M., Agriculture et &#233;quilibres au XIXe si&#232;cle, in Acot, P., (...)' id='nh3-282'&gt;282&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans nous pr&#233;occuper du raisonnement douteux de Liebig, retenons que, de la plante, &#224; l'animal, au sol, il ne consid&#233;rait que &#171; le transport des mati&#232;res min&#233;rales &#187; et &#171; ignorait tous les ph&#233;nom&#232;nes troublants li&#233;s &#224; la vie animale &#187; ; de m&#234;me, n'entrait pas dans son champ d'investigation l'&#233;tude &#171; des macro- et des microorganismes &#187; [&lt;a href='#nb3-283' class='spip_note' rel='footnote' title='Blondel-M&#233;grelis M., ibid., p. 25.' id='nh3-283'&gt;283&lt;/a&gt;]. Une telle focalisation unilat&#233;rale ne vaut sans doute gu&#232;re plus que son contraire. Nous proposons de renvoyer dos &#224; dos l'arbitraire du chimisme de Liebig et l'arbitraire de la d&#233;consid&#233;ration fukuokienne des ph&#233;nom&#232;nes et principes de la nutrition min&#233;rale des v&#233;g&#233;taux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, en accord avec sa tendance &#224; d&#233;clarer le savoir impossible, M. Fukuoka pr&#233;f&#232;re exclure la possibilit&#233; de pouvoir pr&#233;voir les rendements en tenant compte de la min&#233;ralit&#233;. Au bout du compte, la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt; est ridiculis&#233;e : &#171; Le tonneau de Liebig est b&#226;ti sur du vent. Dans le monde r&#233;el, les rendements sont le r&#233;sultat de facteurs et de conditions innombrables, et le tonneau devrait donc &#234;tre repr&#233;sent&#233; au sommet d'une colonne ou d'un socle figurant toutes ces conditions. [&#8230;] le rendement est d&#233;termin&#233; par des facteurs et des conditions vari&#233;s, tels que l'&#233;chelle des travaux de culture, l'&#233;quipement, l'approvisionnement en &#233;l&#233;ments nutritifs et d'autres consid&#233;rations encore. Non seulement l'effet d'un surplus ou d'une carence de l'un des facteurs sur le rendement est tr&#232;s faible, mais il est en r&#233;alit&#233; impossible de dire quelle est l'importance de cet effet avec une approximation inf&#233;rieure &#224; l'&#233;cart de 1 &#224; 10 &#187; [&lt;a href='#nb3-284' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., AN, p. 75.' id='nh3-284'&gt;284&lt;/a&gt;]. Ajoutant le facteur &#171; inclinaison du tonneau &#187;, d'une &#171; influence plus d&#233;terminante que la hauteur des planches &#187;, M. Fukuoka avance que &#171; la quantit&#233; des &#233;l&#233;ments nutritifs particuliers est souvent sans signification v&#233;ritable &#187; [&lt;a href='#nb3-285' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 76.' id='nh3-285'&gt;285&lt;/a&gt;]. Une derni&#232;re critique du &#171; tonneau &#187; sera fid&#232;le au holisme, lequel, pour d&#233;fendre la diff&#233;rence du tout et de la somme des parties, insiste sur le primat des dynamiques inter-substantielles.&lt;/p&gt; &lt;h5 class=&quot;spip&quot;&gt;Le primat accord&#233; &#224; la dynamique des &#233;l&#233;ments min&#233;raux plut&#244;t qu'&#224; leur quantification&lt;/h5&gt; &lt;p&gt;Cette critique de M. Fukuoka &#224; l'encontre de l'analogie du tonneau de Liebig consiste &#224; consid&#233;rer que &#171; le tonneau n'a pas de cerclage &#187;. Autrement dit, le rassemblement des min&#233;raux identifi&#233;s comme essentiels par la chimie agricole serait d'une pertinence incertaine : &#171; Avant de s'inqui&#233;ter de la hauteur de ses planches, nous devrions examiner si celles-ci sont solidement joint&#233;es. Un tonneau sans cerclage fuit terriblement et ne peut contenir d'eau. La fuite de l'eau entre les planches du tonneau, provoqu&#233;e par l'absence d'un cerclage soigneusement fait, repr&#233;sente le manque de compr&#233;hension r&#233;elle de l'interconnexion des diff&#233;rents &#233;l&#233;ments nutritifs &#187; [&lt;a href='#nb3-286' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 76-77.' id='nh3-286'&gt;286&lt;/a&gt;]. Sur ce point, il est &#233;tonnant de d&#233;couvrir que Liebig serait revenu, en 1862, sur le r&#233;ductionnisme de son &#171; tonneau &#187;. Parmi les facteurs &#224; prendre en compte au-del&#224; de la nature chimique et des quantit&#233;s de min&#233;raux, il aurait alors justement soutenu la n&#233;cessit&#233; de connaitre &#171; leur relation entre eux &#187; [&lt;a href='#nb3-287' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Blondel-M&#233;grelis, M., Agriculture et &#233;quilibres au XIXe si&#232;cle, op. cit., (...)' id='nh3-287'&gt;287&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, cette critique fukuokienne se ram&#232;ne &#224; la critique holiste. Une connaissance exhaustive de l'ensemble des relations entre les &#233;l&#233;ments min&#233;raux nutritifs &#233;tant impossible, et consid&#233;rant que ces relations &#8211; &#233;tendues aux autres facteurs de production - comptent tout autant que la nature propre &#224; chacun, la connaissance d'un seul &#233;l&#233;ment est d&#233;clar&#233;e &#233;galement impossible : &#171; On peut dire que l'on ne sait &#224; peu pr&#232;s rien des relations v&#233;ritables entre l'azote, le phosphore, le potassium et les douzaines d'autres &#233;l&#233;ments nutritifs des v&#233;g&#233;taux ; que, quelle que soit l'importance des recherches accomplies sur chacun d'eux, l'homme ne comprendra jamais pleinement les connexions organiques existant entre tous les &#233;l&#233;ments nutritifs qui constituent une plante donn&#233;e. Quand bien m&#234;me nous essaierions de conna&#238;tre vraiment un seul de ces &#233;l&#233;ments, nous n'y parviendrions pas parce qu'il nous faudrait aussi d&#233;terminer de quelle mani&#232;re il est en liaison avec tous les autres facteurs, y compris le sol et les fertilisants, les m&#233;thodes de culture, les parasites, le temps qu'il fait et l'environnement. Mais ceci est impossible parce que le temps et l'espace sont en &#233;tat constant de flux &#187;. Ramen&#233;e &#224; l'image du tonneau, la m&#233;compr&#233;hension des relations entre &#233;l&#233;ments nutritifs &#171; &#233;quivaut &#224; l'absence du cerclage qui fait tenir ensemble les planches du tonneau &#187;. Identifier et peser les min&#233;raux du sol absorb&#233;s par les plantes ne serviraient &#224; rien, vu que, dans la d&#233;termination des rendements, les aspects dynamiques l'emporteraient sur tout d&#233;nombrement statique des facteurs de production. Du coup, l'importance des min&#233;raux identifi&#233;s dans les analyses de sol et de cendres v&#233;g&#233;tales men&#233;s par les chimistes agricoles serait invalid&#233;e par la m&#233;connaissance de leurs interactions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Masanobu Fukuoka en conclue qu'il faut changer &#171; la forme m&#234;me du tonneau &#187;. Il &#233;tend sa critique du tonneau de Liebig &#224; la pr&#233;tention d'action sur tel ou tel facteur de production pour am&#233;liorer le rendement global, comme cela s'est fait durant la R&#233;volution verte. Puis il la g&#233;n&#233;ralise, &#171; dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es &#187;, &#224; la division de la recherche scientifique, une id&#233;e d&#233;j&#224; exprim&#233;e par Howard : dans le cas d'un &#171; centre de test agricole qui comprend diff&#233;rents d&#233;partements, chacun &#233;tant consacr&#233; &#224; une &#233;tude particuli&#232;re &#8211; techniques de culture, fertilisants ou lutte contre les parasites &#8211; m&#234;me l'existence d'une section vou&#233;e &#224; la planification et la pr&#233;sence d'un directeur pr&#233;voyant ne pourra rassembler ces sections en un tout int&#233;gr&#233;, anim&#233; d'un objectif commun &#187; [&lt;a href='#nb3-288' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 77.' id='nh3-288'&gt;288&lt;/a&gt;]. &lt;em&gt;Grosso modo&lt;/em&gt;, on a toujours affaire au m&#234;me holisme biologique, qui affirme que la dynamique de la vie ne pourrait se comprendre en tentant d'expliquer diff&#233;rents aspects de celle-ci, m&#234;me avec la meilleure capacit&#233; d'articulation synth&#233;tique.&lt;/p&gt; &lt;h5 class=&quot;spip&quot;&gt;L'agrochimie : augmenter les rendements ou pr&#233;venir leur chute ?&lt;/h5&gt; &lt;p&gt;La remarque la plus pertinente de Masanobu Fukuoka sur la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt; consiste peut-&#234;tre &#224; corriger l'id&#233;e de &lt;em&gt;ceux qui voient dans les engrais min&#233;raux un moyen d'augmenter les rendements agricoles. &lt;/em&gt;Masanobu Fukuoka n'y voient qu'un moyen de maintenir ou de pr&#233;venir la baisse d'une fertilit&#233; : &#171; Il va de soi que si nous d&#233;composons les &#233;l&#233;ments nutritifs v&#233;g&#233;taux et les analysons chimiquement, nous constatons qu'ils peuvent &#234;tre divis&#233;s en un certain nombre de composants : azote, phosphore, potassium, calcium, mangan&#232;se, etc. Mais d&#233;clarer que fournir une quantit&#233; suffisante de chacun de ces facteurs accro&#238;t le rendement, est pour le moins un raisonnement douteux. Au lieu de pr&#233;tendre que cela augmente le rendement, nous devrions dire que cela ne fait que le maintenir. Un &#233;l&#233;ment nutritif en quantit&#233; insuffisante diminue le rendement, mais fournir une quantit&#233; suffisante de celui-ci n'augmente pas le rendement, cela pr&#233;vient seulement sa diminution &#187; [&lt;a href='#nb3-289' class='spip_note' rel='footnote' title='AN, p. 75.' id='nh3-289'&gt;289&lt;/a&gt;]. La remarque est int&#233;ressante dans la mesure o&#249; il est bien &#233;tabli que l'on consid&#232;re habituellement que les hauts rendements sont le fait de l'agrochimie. L'agriculture biologique, au niveau agronomique, souffre particuli&#232;rement de l'inf&#233;riorit&#233; de la moyenne de ses rendements, compar&#233;s &#224; ceux qui peuvent &#234;tre obtenus &#171; en chimie &#187;. On a beau insister sur les qualit&#233;s organoleptiques et sanitaires des produits, ainsi que sur un bilan &#233;cologique, social, et &#233;conomique pouvant donner une image favorable de l'agriculture biologique, il n'emp&#234;che : l'argument des quantit&#233;s r&#233;colt&#233;es continue &#224; peser s&#233;rieusement dans le soutien au d&#233;veloppement de l'agriculture biologique. Bien que des personnalit&#233;s, comme le professeur Marc Dufumier, de l'Institut National Agronomique, relayent les agrobiologistes pour r&#233;p&#233;ter que &#171; l'agriculture biologique peut nourrir toute l'humanit&#233; &#187;, le spectre des disettes et des bas rendements de la tradition paysanne hante encore la conscience collective. En ne pr&#233;sentant, au plan agronomique, quasiment aucune v&#233;ritable innovation majeure par rapport &#224; la tradition paysanne [&lt;a href='#nb3-290' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur le plan agronomique, Masanobu Fukuoka est le plus r&#233;volutionnaire des (...)' id='nh3-290'&gt;290&lt;/a&gt;], l'agriculture biologique a du mal &#224; faire figure de d&#233;marche progressiste, susceptible d'accompagner le d&#233;veloppement de la population et de l'&#233;conomie mondiale. Masanobu Fukuoka essaye de nous faire consid&#233;rer que les engrais chimiques ne feraient que compenser une perte de fertilit&#233; initiale. C'est-&#224;-dire qu'il faudrait, non pas comparer les rendements de l'agrochimie &#224; ceux de l'agrobiologie, mais, bien plut&#244;t, comparer la d&#233;marche de fertilisation de l'une et de l'autre par rapport &#224; la fertilit&#233; initiale ou naturelle des terres consid&#233;r&#233;es. Dans cette perspective, on peut se demander lequel des deux itin&#233;raires culturaux tend le plus vers la restauration de la fertilit&#233; originelle des champs. La r&#233;ponse est ais&#233;e, dans la mesure o&#249; l'agrochimie consid&#232;re le sol comme un r&#233;servoir [&lt;a href='#nb3-291' class='spip_note' rel='footnote' title='Blondel-Megrelis, M., Agriculture et &#233;quilibres au XIXe si&#232;cle, ibid., p. (...)' id='nh3-291'&gt;291&lt;/a&gt;] et un simple support pour les plantes : les engrais min&#233;raux sont destin&#233;s directement &#224; la nutrition des plantes ; en aucune fa&#231;on ils n'ont pour but d'accompagner les m&#233;canismes de la terre. Tandis que l'agrobiologie, en apportant des engrais organiques, consid&#232;re qu'elle &#171; nourrit le sol pour nourrir la plante &#187; [&lt;a href='#nb3-292' class='spip_note' rel='footnote' title='Il s'agit d'un des principes de base de l'agriculture biologique, qui, en (...)' id='nh3-292'&gt;292&lt;/a&gt;]. Elle s'efforce, en outre, de combiner les facteurs de moindre perturbation de la dynamique biologique des sols. Il est donc certain que la d&#233;marche agrobiologique, au moins en th&#233;orie, tend plus que l'agrochimie &#224; maintenir voire &#224; augmenter la fertilit&#233; naturelle des sols.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'autre part, on fera une autre remarque sur ce d&#233;placement de perspective, depuis l'id&#233;e d'augmenter les rendements vers celle de pr&#233;venir leur chute. Cette remarque concerne autant la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt; que la &lt;em&gt;Loi de restitution&lt;/em&gt;, mais elle est surtout piquante, au sens o&#249; elle rapprocherait, une nouvelle fois, le discours de Masanobu Fukuoka de celui de&#8230; Justus von Liebig ! Ainsi, l'id&#233;e d'associer les engrais chimiques &#224; l'augmentation des rendements serait peut-&#234;tre moins une th&#232;se des premiers chimistes agricoles que le r&#233;sultat de la propagande commerciale ayant accompagn&#233; la diffusion des engrais chimiques dans l'agriculture. Au premier rang des fondateurs de la chimie agricole par son mythe, Liebig partagea, au moins dans les ann&#233;es 1860 [&lt;a href='#nb3-293' class='spip_note' rel='footnote' title='A l'&#233;poque de la publication de la septi&#232;me &#233;dition de son ouvrage majeur, La (...)' id='nh3-293'&gt;293&lt;/a&gt;], l'id&#233;e de son temps sur le bouclage des cycles et le retour &#224; la nature des pr&#233;l&#232;vements humains [&lt;a href='#nb3-294' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur l'importance sociale de l'id&#233;e de boucler les cycles de mati&#232;res jusqu'aux (...)' id='nh3-294'&gt;294&lt;/a&gt;]. Le r&#244;le de l'engrais vis-&#224;-vis du sol &#233;tait pour lui relatif. Les min&#233;raux apport&#233;s ne pouvaient au mieux qu'&lt;em&gt;entretenir&lt;/em&gt; le &#171; chiffre de son rendement &#187;. Selon Marika Blondel-Megrelis, c'est le passage de l'agriculture de subsistance &#224; l'agriculture commerciale qui motivait la lutte de Liebig pour les engrais min&#233;raux. Dans l'agriculture &#224; dominante autarcique, les d&#233;chets retournaient &#224; la terre de chaque ferme. Du coup, parce que seulement une part faible des r&#233;coltes &#233;tait vendue, il y aurait eu peu de pertes d'&#233;l&#233;ments nutritifs. C'est en raison de cette vision et de la rupture du cycle court production-fertilisation, d&#233;clench&#233;e par l'entr&#233;e de l'agriculture dans la logique commerciale, que Liebig consid&#233;rait l'achat et l'apport des engrais min&#233;raux comme une n&#233;cessit&#233; : &#171; ils doivent imp&#233;rativement assumer cette fonction, sous la menace, mille fois &#233;prouv&#233;e dans l'histoire, de la ruine d&#233;finitive &#187; [&lt;a href='#nb3-295' class='spip_note' rel='footnote' title='Blondel-Megrelis, M., Agriculture et &#233;quilibres au XIXe si&#232;cle, ibid., p. 28. (...)' id='nh3-295'&gt;295&lt;/a&gt;]. Cependant, ce qui nous int&#233;resse ici, ce n'est pas la justification des engrais min&#233;raux mais l'espoir mis en eux. Celui-ci est d&#233;pendant d'une approche de la fertilit&#233; en terme de &#171; r&#233;servoir &#187; inextensible, de &#171; capital &#187;, ou de donn&#233; fixe. Liebig n'aurait pas pens&#233; &#224; une croissance des rendements agricoles : &#171; Les substances nutritives fixes du sol sont un capital. Toute culture qui ne rend pas au sol ce qu'elle prend am&#232;ne l'appauvrissement &#187; [&lt;a href='#nb3-296' class='spip_note' rel='footnote' title='Liebig, J., Lettres sur l'agriculture moderne, p. 165, cit&#233; in (...)' id='nh3-296'&gt;296&lt;/a&gt;]. Il n'aurait vis&#233; que le maintien de la fertilit&#233; donn&#233;e, avec une approche r&#233;duite &#224; la chimie : &#171; Le maintien de la richesse dans un pays tient &#224; ce que l'on conserve au sol la somme enti&#232;re de ses &#233;l&#233;ments actifs &#187; [&lt;a href='#nb3-297' class='spip_note' rel='footnote' title='Liebig J., Les lois naturelles de l'agriculture, I, (1862), p.159, cit&#233; in (...)' id='nh3-297'&gt;297&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, la force de la critique fukuokienne n'est que l'envers de sa faiblesse : son holisme ne permet gu&#232;re de donner des pistes d'action concr&#232;tes, mais &lt;em&gt;son insistance sur le caract&#232;re donn&#233; et dynamique de la fertilit&#233; d&#233;place la r&#233;flexion vers la probl&#233;matique de la qualit&#233; des interventions agricoles&lt;/em&gt;. A lire Howard ou Liebig, on a l'impression que l'agronomie et l'agriculture ne peuvent esp&#233;rer trouver que des solutions pour &#233;viter la chute de la fertilit&#233;. L'id&#233;e de boucler un cycle a quelque chose de r&#233;p&#233;titif, comme nous l'avons vu aussi chez Rusch. Il y a &lt;em&gt;quelque chose de frustrant dans la perspective d'efforts en vu du seul maintien de la fertilit&#233;&lt;/em&gt;. Certes, cela vaut mieux que l'appauvrissement, ou la d&#233;sertification, dans le pire des cas. Mais la perspective culturelle occidentale, engag&#233;e dans la croyance au progr&#232;s [&lt;a href='#nb3-298' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour un &#233;tat r&#233;cent de la question du progr&#232;s, cf. Bourg, D. et Besnier J.-M., (...)' id='nh3-298'&gt;298&lt;/a&gt;], ne saurait se satisfaire d'un simple maintien : moult efforts sur les autres facteurs de production, de la protection phytosanitaire aux performances des mat&#233;riels agricoles, en passant par la s&#233;lection vari&#233;tale, ont cherch&#233; &#224; am&#233;liorer les rendements. Mais la remarque de M. Fukuoka, resitu&#233;e dans la perspective de la recherche holiste d'une agriculture naturelle, peut nous faire d&#233;couvrir autre chose : dans toutes les th&#233;ories et techniques d'agriculture, pass&#233;es ou pr&#233;sentes, il y a une ignorance fondamentale. L'agriculture d&#233;marre sur un &#171; capital &#187; de fertilit&#233;, pour reprendre le mot de Liebig, sans vraiment savoir ni tenir compte de l'apparition de cette donn&#233;e. D&#232;s lors, on comprend qu'il ait fallu autant que possible entretenir la fertilit&#233; par presque &lt;em&gt;tous les moyens&lt;/em&gt;. Avant l'agrochimie, nous avons soulign&#233; que l'on recourait &#224; de nombreux produits naturels comme &#224; des d&#233;chets divers et &#224; des sous-produits des activit&#233;s humaines. Avec l'av&#232;nement progressif de la chimie agricole, rien ne change dans cette diversit&#233; peu rationnelle, si ce n'est que l'objectif de la fertilisation viserait plus l'apport d'&#233;l&#233;ments min&#233;raux. Liebig, pas plus que d'autres, n'est regardant quant &#224; l'origine des &#233;l&#233;ments chimiques rapport&#233;s [&lt;a href='#nb3-299' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Liebig, J., La chimie organique appliqu&#233;e &#224; l'agriculture et &#224; la (...)' id='nh3-299'&gt;299&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne saurait n&#233;anmoins en rester &#224; l'&#233;tat d'ignorance des m&#233;canismes qui ont fait appara&#238;tre la fertilit&#233; des sols. Et les comprenant, en admettant que celle-ci vient progressivement sur la mati&#232;re brute, on pourrait peut-&#234;tre enfin consid&#233;rer plus rationnellement la fertilisation comme une reproduction des m&#233;canismes naturels de l'augmentation de la fertilit&#233;. Serait-ce quitter l'ancienne vis&#233;e du &lt;em&gt;maintien&lt;/em&gt; h&#233;t&#233;roclite et hasardeux de la productivit&#233; des sols ? Nous y reviendrons dans notre derni&#232;re partie. De plus, nous prolongerons le changement de perspective propos&#233; par M. Fukuoka dans cette derni&#232;re critique de la &lt;em&gt;Loi du minimum&lt;/em&gt;, &#224; travers la pr&#233;sentation de l'&#233;lan &#233;cologique qui anime son agriculture alternative (&#167; 344).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous essayerons de tirer le bilan de la critique agrobiologique de l'agrochimie apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; les axes essentiels des alternatives propos&#233;es par les fondateurs. Dans la section suivante, nous allons ainsi parcourir trois voies diff&#233;rentes pour l'agriculture biologique : la perspective howardienne, la plus classique et la plus proche de l'agriculture traditionnelle, avec en son centre une m&#233;thode de compostage en tas ou en fosse, en vue de produire de l'humus et am&#233;liorer la fertilit&#233; des champs ; puis nous pr&#233;senterons la conception ruschienne, plus r&#233;cente et plus originale, mais plus th&#233;orique aussi, insistant sur la limitation de l'intervention agricole dans la nature et introduisant une rupture dans la tradition du compostage, en r&#233;pudiant le tas de compost ; enfin, la voie fukuokienne, encore plus originale, rompt avec le souci de fertiliser les parcelles pour valoriser les m&#233;canismes naturelles de la fertilit&#233;, &#224; travers une m&#233;thode d'agroforesterie et de culture semi-sauvage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-1' id='nb3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] On sait d&#233;sormais que la notion de &#171; sel &#187; chez Palissy &#233;tait assez floue. A la fin du XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, m&#234;me avec le c&#233;ramiste fran&#231;ais, on est donc encore loin des th&#233;ories cr&#233;dibles des Srengel et Liebig sur la nutrition min&#233;rale des v&#233;g&#233;taux (cf. Feller C., Boulaine J., et Pedro G., Indicateurs de fertilit&#233; et durabilit&#233; des syst&#232;mes de culture au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, L'approche de Albrecht Tha&#235;r, in Etude et gestion des sols, 8,1, 2001, p. 33-46).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-2' id='nb3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Robin P., Horticulture sans sol : histoire et actualit&#233;, in Cahiers d'&#233;conomie et sociologie rurales, n&#176;46-47, 1998, p. 97-112, p. 102.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-3' id='nb3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Mariotte E., cit&#233; dans Robin P., op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-4' id='nb3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Robin P., ibid., p. 103.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-5' id='nb3-5' class='spip_note' title='Notes 3-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] D'apr&#232;s Paul Robin, c'est surtout les historiens de la chimie agricole qui rappelle la contribution de Glauber ; Cf. Robin, P., ibid., p. 104. Notons &#233;galement que l'origine de l'azote consomm&#233; par les plantes va devenir un des grands probl&#232;mes de l'agronomie occidentale &#224; partir des ann&#233;es 1840. Le probl&#232;me demeure aujourd'hui car la croissance des plantes demeure g&#233;n&#233;ralement limit&#233;e par l'azote.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-6' id='nb3-6' class='spip_note' title='Notes 3-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Robin P., ibid., p. 105.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-7' id='nb3-7' class='spip_note' title='Notes 3-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Lavoisier (1743-1794), d&#233;montra le caract&#232;re infond&#233; de la th&#233;orie du phlogistique qui r&#233;gnait chez les savants de son &#233;poque. Il d&#233;montra que les substances, en br&#251;lant, non seulement ne perdent pas de poids, comme elle devrait le faire en consumant l'hypoth&#233;tique &#233;l&#233;ment phlogistique (un &#171; feu, consid&#233;r&#233; comme un des mat&#233;riaux ou principes de la composition des corps &#187;, selon Le Robert), mais, au contraire, deviennent plus lourdes. A ce propos, Lavoisier &#233;labora la loi fondamentale de la chimie : &#171; dans une r&#233;action chimique, la masse des substances r&#233;actives doit &#234;tre &#233;gale &#224; la masse des produits de r&#233;action &#187;, appel&#233;e Loi de conservation de la masse (D'apr&#232;s Lecourt D., (dir.), Encyclop&#233;die des sciences, Librairie G&#233;n&#233;rale Fran&#231;aise, 1998, 1526 p., p. 290). En introduction &#224; l'histoire de la chimie, on peut lire Bensaude-Vincent B. et Stengers I., Histoire de la chimie, Ed. La d&#233;couverte, 1992, et Scheidecker-Chevallier M., De la Mati&#232;re vivante &#224; la Vie brevet&#233;e, Ed. Ellipses, 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-8' id='nb3-8' class='spip_note' title='Notes 3-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Pour le type d'exp&#233;rience qu'il mena, voir ci-dessus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-9' id='nb3-9' class='spip_note' title='Notes 3-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Cf. ci-dessous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-10' id='nb3-10' class='spip_note' title='Notes 3-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] D'apr&#232;s Paul Robin, Senebier affirme aussi en 1782 que &#171; le gaz carbonique est un aliment pour les plantes, celui-ci devant &#234;tre dissous dans l'eau &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-11' id='nb3-11' class='spip_note' title='Notes 3-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Ouvrage publi&#233; &#224; paris en 1804.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-12' id='nb3-12' class='spip_note' title='Notes 3-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Avec cet ouvrage, De Saussure a pos&#233; les bases de la photochimie. Aujourd'hui, selon Claude Bourguignon, on consid&#232;re que 92 &#224; 98 % du poids sec des plantes provient de l'atmosph&#232;re (cf. Bourguignon C., Le sol, la terre et les champs, Ed. Sang de la terre, Paris, 2002, 190 p., p. 98)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-13' id='nb3-13' class='spip_note' title='Notes 3-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Par Barnes, en 1898.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-14' id='nb3-14' class='spip_note' title='Notes 3-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Les auteurs de l'Antiquit&#233; avaient bien remarqu&#233; que l'ombre des grands arbres &#233;tait peu favorable &#224; la croissance des plantes diverses qui &#233;taient situ&#233;es sous leur couvert, mais ils attribuaient cet effet, non &#224; l'absence de lumi&#232;re, mais &#224; une influence, sp&#233;cifiquement nuisible, de cette ombre. Pline l'Ancien, tout &#224; fait au d&#233;but de notre &#232;re, expose tr&#232;s nettement cette opinion dans son Histoire Naturelle, aux livres XVI et XVII : &#171; Iuglandium quidem pinorumque et picearum et abietis quaecumque attingere non dubie venenum &#187; (En tous cas, l'ombre des noyers, des pins, des &#233;pic&#233;as et des sapins est incontestablement un poison pour tout ce qu'elle touche).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-15' id='nb3-15' class='spip_note' title='Notes 3-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Jas N., Les sciences agricoles en Allemagne. La chimie agricole, des premi&#232;res th&#233;ories sur la nutrition des plantes &#224; l'av&#232;nement des engrais industriels, M&#233;moire de Ma&#238;trise, sous la direction de Yves Lequin, Facult&#233; d'histoire, Universit&#233; Lumi&#232;re, Bron, 1993.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-16' id='nb3-16' class='spip_note' title='Notes 3-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] De pin, m&#233;l&#232;ze, laurier rose, airelle, et gen&#233;vrier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-17' id='nb3-17' class='spip_note' title='Notes 3-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] D'apr&#232;s Liebig, 1844, cit&#233; in Paul Robin, ibid., p. 105.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-18' id='nb3-18' class='spip_note' title='Notes 3-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Selon Steiner, 1985, cit&#233; in Paul Robin, ibid. Il montre que les plantes absorbent en m&#234;me temps de l'eau du &#171; support &#187; et des sels min&#233;raux dissous dedans&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-19' id='nb3-19' class='spip_note' title='Notes 3-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] &#171; La th&#233;orie des engrais &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-20' id='nb3-20' class='spip_note' title='Notes 3-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Dans un article intitul&#233; Von den Substanzen der Ackerkrume und des Untergrundes, publi&#233; dans la revue Journal f&#252;r technische und &#246;konomische Chemie. R&#233;f&#233;rence donn&#233;e par Jas, N., in Les sciences agricoles en Allemagne, La chimie agricole, Des premi&#232;res th&#233;ories sur la nutrition des plantes &#224; l'&#233;v&#232;nement des engrais industriels, M&#233;moire de Ma&#238;trise, p. 37. Dans ce m&#234;me travail (p.34), Nathalie Jas consid&#232;re que la th&#232;se de G&#252;nther Wendt, paru en 1950, &#171; fait date &#187; pour la r&#233;habilitation de la pr&#233;s&#233;ance historique de Sprengel sur Liebig, dans l'expression des premi&#232;res lois de la chimie agricole (cf. Wendt, G., Carl Sprengel und die von ihm geschaffene Mineraltheorie als fundament der neuen Pflanzenern&#228;hrungtheorie, Inaugural-Dissertation zur Erlangung des Doktorgrades der Mathematisch-Naturwissenschaftlischen Fakult&#228;t der Georg-August-Universit&#226;t zu G&#244;ttingen, Ernst Fischer, G&#246;ttingen, 1950, 208 p. (&#171; Carl Sprengel et la th&#233;orie min&#233;rale qu'il a cr&#233;&#233;e comme fondement des nouvelles connaissances sur la nutrition v&#233;g&#233;tale &#187;)).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-21' id='nb3-21' class='spip_note' title='Notes 3-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, Les sciences agronomiques en France et en Allemagne, 1840-1914, Editions des archives contemporaines, Paris, 433 p., 2001, pp. 74-75. Liebig, chimiste, travaillera sur les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments chimiques et sur les cycles du carbone et de l'azote dans la nature. Il &#233;chouera dans le lancement d'un engrais de sa fabrication en 1847. En revanche son nom est associ&#233; aux &#171; bouillies Liebig &#187;, destin&#233;es &#224; l'alimentation humaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-22' id='nb3-22' class='spip_note' title='Notes 3-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] D'apr&#232;s Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, ibid., p. 85.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-23' id='nb3-23' class='spip_note' title='Notes 3-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] Tha&#235;r n'est pas indiff&#233;rent aux min&#233;raux. Il consid&#232;re que &#171; les min&#233;raux encouragent l'absorption des mati&#232;res organiques, seuls aliments des v&#233;g&#233;taux en &#233;veillant leur app&#233;tit comme le sel ou les &#233;pices activent celui de l'&#234;tre humain &#187; (cf. Tha&#235;r, A.-D., Fondements de l'agriculture rationnelle, cit&#233; in Jas, N., M&#233;moire de ma&#238;trise, op. cit., p. 28). Christian Feller et alii rel&#232;vent &#233;galement, dans ce m&#234;me ouvrage, que Tha&#235;r pr&#234;tait attention, outre &#224; l'humus, aussi &#224; l'argile, au sable, &#224; la chaux, pour appr&#233;cier la &#171; valeur intrins&#232;que &#187; d'un sol (cf. Feller, C. et alii, Indicateurs de fertilit&#233; et durabilit&#233; des syst&#232;mes de culture au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, L'approche de Albrecht Tha&#235;r, p. 38).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-24' id='nb3-24' class='spip_note' title='Notes 3-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] Tha&#235;r, A.-D., cit&#233; in Jas, N., Les sciences agricoles en Allemagne&#8230;, M&#233;moire de ma&#238;trise, op. cit., p. 30.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-25' id='nb3-25' class='spip_note' title='Notes 3-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] Je reprends ici les trois arguments donn&#233;s par Nathalie Jas dans son M&#233;moire de Ma&#238;trise, ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-26' id='nb3-26' class='spip_note' title='Notes 3-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] Jas N., Les sciences agricoles en Allemagne&#8230;, M&#233;moire de ma&#238;trise, ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-27' id='nb3-27' class='spip_note' title='Notes 3-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] Ibid., p. 37.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-28' id='nb3-28' class='spip_note' title='Notes 3-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit., p. 85.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-29' id='nb3-29' class='spip_note' title='Notes 3-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] Jas N., Chimie et agriculture en France et en Allemagne, 1870-1914, M&#233;moire de DEA, sous la dir. De G Ramunni, Facult&#233; d'histoire, Universit&#233; Lumi&#232;re, Bron, 1994, 165 p., p. 108.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-30' id='nb3-30' class='spip_note' title='Notes 3-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] Robin P., op. cit., p. 106.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-31' id='nb3-31' class='spip_note' title='Notes 3-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit.., p. 332.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-32' id='nb3-32' class='spip_note' title='Notes 3-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] Jas N., Chimie et agriculture en France et en Allemagne, 1870-1914, op. cit., p. 113.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-33' id='nb3-33' class='spip_note' title='Notes 3-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] Dans les institutions agricoles, il se d&#233;veloppe aussi de la &#171; botanique agricole &#187;, de la &#171; biologie des esp&#232;ces cultiv&#233;es &#187;, de la &#171; bioclimatologie &#187;, de la &#171; pathologie v&#233;g&#233;tale &#187; et de l'&#171; entomologie agricole &#187;. Cf. Nathalie Jas, Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit.., p. 333.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-34' id='nb3-34' class='spip_note' title='Notes 3-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] Howard A., Testament Agricole, Pour une agriculture naturelle, op. cit., p.86.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-35' id='nb3-35' class='spip_note' title='Notes 3-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] Outre les fondateurs et pionniers que les agrobiologistes actuels se reconnaissent (Howard, Steiner, Rusch, Masanobu Fukuoka, Jean Boucher), on peut citer, dans l'aire germanophone, Franz Sekera, Raoul Heinrich Franc&#233;, Ewald K&#246;neman.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-36' id='nb3-36' class='spip_note' title='Notes 3-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p.24.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-37' id='nb3-37' class='spip_note' title='Notes 3-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] Outre ses observations personnelles, son regard est influenc&#233; par les travaux de Waksman sur l'humus, et selon, Louise Howard, par l'ouvrage classique de F.H. King, Farmers of Forty Centuries, qui donne &#171; a detailed and extraordinary interesting description of the methods in use for centuries past in China, Korea and Japan for conserving soil fertility &#187;. Cf. Howard, L.-E., Sir Albert Howard in India, p.200. Pour une introduction au travail du p&#233;dologue F.H. King en fran&#231;ais, voir Berner, A., Quatre mille ans d'agriculture durable, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-38' id='nb3-38' class='spip_note' title='Notes 3-38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] Conford P., The Origins of the Organic Movement, op. cit., p. 19.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-39' id='nb3-39' class='spip_note' title='Notes 3-39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;] Il faut sans doute rappeler ici la r&#233;f&#233;rence au mythe primitif, naturaliste et immobiliste, de l'&#233;ternel retour (Voir, par exemple, les travaux de Mircea Eliade, particuli&#232;rement Le Temps sacr&#233; et les mythes, in Le sacr&#233; et le profane, Folio, Essais, 1997, (1957), 185 p., pp. 63-100, surtout pp. 96-99. Aujourd'hui, un Marcel Mazoyer, lorsqu'il avance qu'un &#171; &#233;cosyst&#232;me stable ne &#171; cr&#233;&#233; &#187; ni ne &#171; perd &#187; rien, il recycle tout &#187; peut sembler peu &#233;loign&#233; de ce mythe (Cf. Mazoyer M. et Roudart L., Histoire des agricultures du monde, Seuil, 1998, p. 49). Howard, chr&#233;tien occidental et progressiste, au lieu d'un cycle ferm&#233;, pense peut-&#234;tre &#224; une spirale ascendante et progressiste, mais, plus objectivement, l'image bouddhique d'une nature immobile, alternance de vide et de forme, est assur&#233;ment bien moins dynamique et optimiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-40' id='nb3-40' class='spip_note' title='Notes 3-40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;] Qu'il baptisa la &#171; grande loi naturelle du retour &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-41' id='nb3-41' class='spip_note' title='Notes 3-41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;] Testament Agricole, op. cit., p. 204-205&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-42' id='nb3-42' class='spip_note' title='Notes 3-42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;] World Resources Institute, World Resources 2000-2001, People and Ecosystems : The Fraying Web of life, Washington, 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-43' id='nb3-43' class='spip_note' title='Notes 3-43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;] Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 126 ; Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 69 ; Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 22 ; Lemieux G., L'aggradation des sols par le patrimoine microbiologique d'origine foresti&#232;re, Universit&#233; Laval, Qu&#233;bec, Publication GCBR n&#176; 25, 1992, 10 p., p. 05.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-44' id='nb3-44' class='spip_note' title='Notes 3-44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;] Le canc&#233;rologue Henri Joyeux a d&#233;montr&#233; exp&#233;rimentalement que la consommation des aliments de l'agriculture biologique diminuait les risques de cancer chez l'homme. Plus g&#233;n&#233;ralement, le canc&#233;rologue Dominique Belpomme a montr&#233; que la cause principale du d&#233;veloppement effarant du cancer en Occident r&#233;sidait dans la crise &#233;cologique, c'est-&#224;-dire dans notre mauvais rapport &#224; la nature (cf. Joyeux H., Changez d'alimentation, Faut-il manger bio ?, Ed. F.X. de Guibert, 2002, 272 p. ; Belpomme D., Ces maladies cr&#233;&#233;es par l'homme Ed. Albin Michel, 2004).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-45' id='nb3-45' class='spip_note' title='Notes 3-45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;] Testament Agricole, op. cit., p. 205.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-46' id='nb3-46' class='spip_note' title='Notes 3-46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;] Ibid., p. 172.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-47' id='nb3-47' class='spip_note' title='Notes 3-47' rev='footnote'&gt;47&lt;/a&gt;] D'autre part, selon Paul Robin (Horticulture sans sol, op. cit., p. 100-101), ces exp&#233;rimentations se sont construites contre la th&#233;orie des quatre &#233;l&#233;ments d'Aristote, notamment contre l'&#233;l&#233;ment Terre chez Van Helmont ; contre cette th&#233;orie d'Aristote et contre la th&#233;orie des trois principes d'Herm&#232;s et des alchimistes (sel, soufre, mercure), dans le cas de Robert Boyle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-48' id='nb3-48' class='spip_note' title='Notes 3-48' rev='footnote'&gt;48&lt;/a&gt;] Pour &#233;crire The Waste Products of Agriculture, Howard s'entoure du chimiste Y.-D. Wad. Louise Howard note &#233;galement qu'il invite, dans cet ouvrage paru d'abord en 1931, celui qui pr&#233;pare un compost &#224; devenir &#171; a chemical manufacturer &#187;. (Cf. Howard L.-E., Sir Albert Howard in India, op. cit., p. 205).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-49' id='nb3-49' class='spip_note' title='Notes 3-49' rev='footnote'&gt;49&lt;/a&gt;] Cf. Testament agricole, p. 173.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-50' id='nb3-50' class='spip_note' title='Notes 3-50' rev='footnote'&gt;50&lt;/a&gt;] Cf. l'Introduction de l'ouvrage d'Howard et Y.D. Wad, intitul&#233; The Waste Products of Agriculture, Their Utilization as Humus, paru en 1931 (Oxford University Press).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-51' id='nb3-51' class='spip_note' title='Notes 3-51' rev='footnote'&gt;51&lt;/a&gt;] Conford P., op. cit.., p. 19 (ma traduction).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-52' id='nb3-52' class='spip_note' title='Notes 3-52' rev='footnote'&gt;52&lt;/a&gt;] Robin, P., op. cit, p. 106.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-53' id='nb3-53' class='spip_note' title='Notes 3-53' rev='footnote'&gt;53&lt;/a&gt;] On parle de dogme de la min&#233;ralisation &#171; pour qualifier la th&#232;se fortement remise en cause qui affirme que le seul moyen pour les plantes de r&#233;absorber les nutriments contenus dans la mati&#232;re organique morte est la min&#233;ralisation de celle-ci par les micro-organismes &#187; (Cf. Beno&#238;t No&#235;l, Lexique, sur &lt;a href=&quot;http://www.aggra.org/&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.aggra.org&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-54' id='nb3-54' class='spip_note' title='Notes 3-54' rev='footnote'&gt;54&lt;/a&gt;] Le Robert indique que le mot mycorhize date de 1899, ce qui permet de situer &#224; cette &#233;poque les premiers travaux sur ce sujet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-55' id='nb3-55' class='spip_note' title='Notes 3-55' rev='footnote'&gt;55&lt;/a&gt;] Pour Howard, les champignons mycorhizes forment un &#171; pont vivant &#187; (p.88) entre l'humus du sol et les plantes. Il suppose que l'apport d'humus aux sols d&#233;grad&#233;s relance le d&#233;veloppement des mycorhizes. Ces champignons entrent en symbiose avec les racines des plantes et relient directement, ainsi, les plantes &#224; l'humus. Howard envisageait la mesure de la qualit&#233; de l'activit&#233; des mycorhizes comme indicateur pertinent dans l'&#233;tude des maladies des plantes. De m&#234;me, il proposait aux chercheurs de travailler &#224; la question de savoir si l'immunit&#233; des plantes &#233;tait d&#233;termin&#233;e par le d&#233;veloppement des mycorhizes. Pour Howard, la pr&#233;sence des mycorhizes existe &#171; sur la plupart, sinon sur toutes les plantes cultiv&#233;es &#187; (Testament agricole, p. 156). Des recherches plus r&#233;centes ont montr&#233; qu'elles &#233;taient en symbiose avec 90 % des esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales (Meyer et Linderman, 1986 ; Rambelli, 1973, in Perry, D.A., et alii, Bootstrapping in ecosystems, BioScience, n&#176; 39, vol. 4, 1989, p. 230-237).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-56' id='nb3-56' class='spip_note' title='Notes 3-56' rev='footnote'&gt;56&lt;/a&gt;] Cadiou, P., et alii, L'agriculture biologique en France, &#233;cologie ou mythologie ?, PUG, op. cit., p. 70.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-57' id='nb3-57' class='spip_note' title='Notes 3-57' rev='footnote'&gt;57&lt;/a&gt;] Un fait qui nous entra&#238;ne vers une vision holiste de la dynamique biologique v&#233;g&#233;tale, par la continuit&#233; et l'imbrication des esp&#232;ces formant les cha&#238;nes trophiques de la vie du sol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-58' id='nb3-58' class='spip_note' title='Notes 3-58' rev='footnote'&gt;58&lt;/a&gt;] Dans son Testament agricole, d&#233;non&#231;ant l'&#171; ermite de laboratoire &#187; (p. 151), Howard appelle les chercheurs et les universit&#233;s qui se consacrent aux sciences agricoles &#224; se nourrir du produit de leurs recherches (p.171), ce qui prouverait que leur rationalit&#233; &#233;gale au moins celle des paysans d'Inde qu'Howard a observ&#233; humblement. Tout chercheur agricole doit avoir, pour Howard, en sus d'un bon bagage scientifique, l'exp&#233;rience et le go&#251;t de la pratique agricole (p. 206).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-59' id='nb3-59' class='spip_note' title='Notes 3-59' rev='footnote'&gt;59&lt;/a&gt;] Par exemple, Howard L.-E., Sir Albert Howard in India, ibid., p. 205.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-60' id='nb3-60' class='spip_note' title='Notes 3-60' rev='footnote'&gt;60&lt;/a&gt;] Erosion violente des sols, pollutions du aux quantit&#233;s croissante d'engrais lessiv&#233;s et de pesticides n&#233;cessaires pour un m&#234;me rendement, chute de la biodiversit&#233;, de la qualit&#233; de l'alimentation, mais aussi un bilan &#233;nerg&#233;tique (calories employ&#233;es compar&#233;es aux calories r&#233;colt&#233;es) tr&#232;s n&#233;gatif, comme le rappelle Masanobu Fukuoka dans plusieurs passages de L'agriculture naturelle (p. 22, p. 45-48, p. 157).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-61' id='nb3-61' class='spip_note' title='Notes 3-61' rev='footnote'&gt;61&lt;/a&gt;] D'o&#249; la critique facile adress&#233;e &#224; l'agriculture biologique :&#171; si tous les agriculteurs passent en bio, ce sera la famine ! &#187; Le chiffon rouge de la famine est ridicule quand on sait que la plupart des famines ont eut des raisons politiques et non des causes strictement agricoles. Quoiqu'il en soit, m&#234;me avec des rendements inf&#233;rieurs, rien ne nous interdit d'augmenter le nombre d'agriculteurs, ni d'envisager de la rendre plus productive dans un avenir proche. L'agriculture serait-elle une t&#226;che plus complexe que d'envoyer des satellites op&#233;rationnels dans l'espace ou de faire fonctionner internet pour des millions de personnes connect&#233;es ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-62' id='nb3-62' class='spip_note' title='Notes 3-62' rev='footnote'&gt;62&lt;/a&gt;] Rusch H.P., La f&#233;condit&#233; du sol, op cit., p. 309-310.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-63' id='nb3-63' class='spip_note' title='Notes 3-63' rev='footnote'&gt;63&lt;/a&gt;] Entre ces deux approches, il y a une diff&#233;rence de nombres de facteurs pris en compte, tant du point de vue des interactions &#233;cologiques imm&#233;diates, que des cons&#233;quences &#233;cologiques, et donc sociales, &#224; long terme. La diff&#233;rence peut se dire, selon Dominique Bourg, en termes de longueur de rationalit&#233;. Pour nous, d'un point de vue philosophique inspir&#233; du r&#233;alisme aristot&#233;lo-thomiste, l'approche holiste, plus proche du r&#233;el, est donc plus rationnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-64' id='nb3-64' class='spip_note' title='Notes 3-64' rev='footnote'&gt;64&lt;/a&gt;] Voici trois citations, parmi bien d'autres, qui illustre le holisme des fondateurs : &#171; Il n'est pas difficile de reconna&#238;tre la faiblesse de cette m&#233;thode de recherche. Le probl&#232;me n'est jamais consid&#233;r&#233; dans son ensemble et n'est jamais &#233;tudi&#233; sur la terre sous tous les angles, avant qu'une recherche sp&#233;cialis&#233;e ait &#233;t&#233; entreprise &#187; (Howard, Testament agricole, p. 181. Je souligne) La &#171; nature est un tout vivant organique qui ne peut &#234;tre divis&#233; &#187; (Masanobu Fukuoka, L'agriculture naturelle, p. 56). Et chez Pfeiffer : &#171; A la source de ce probl&#232;me de l'agriculture moderne, il y a une crise spirituelle. Car il faut, pour le r&#233;soudre, que l'homme &#233;largisse sa connaissance de la nature et des lois de la vie. Il faut qu'il cr&#233;&#233; une nouvelle m&#233;thode de pens&#233;e, bas&#233;e sur le sens de l'unit&#233; organique, de l'ensemble vivant &#187; (Pfeiffer, La f&#233;condit&#233; de la terre, M&#233;thode pour conserver ou r&#233;tablir la fertilit&#233; du sol, Le principe bio-dynamique dans la nature, p. 322). Chez Rusch, enfin : &#171; &#171; Au commencement &#233;tait la pens&#233;e &#187;. C'est avec le concept du Tout, avec l'image de toute la cr&#233;ation dans la t&#234;te et dans le c&#339;ur, que l'homme a progress&#233; ; l'agriculture de demain, [&#8230;], ne pourra devenir autrement une r&#233;alit&#233; &#187; (Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 308).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-65' id='nb3-65' class='spip_note' title='Notes 3-65' rev='footnote'&gt;65&lt;/a&gt;] Comme nous l'avons rapport&#233; plus haut avec le cas de la th&#233;orie et de l'usage de la &#171; graisse &#187; dans l'Antiquit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-66' id='nb3-66' class='spip_note' title='Notes 3-66' rev='footnote'&gt;66&lt;/a&gt;] La litt&#233;rature agronomique et agricole actuelle distingue assez fr&#233;quemment &#171; engrais &#187; et &#171; amendements &#187;. L'engrais est une &#171; substance apport&#233;e au sol en vue de fournir aux plantes les nutriments dont elles ont besoin &#187;. L'amendement est une &#171; substance incorpor&#233;e au sol en vue d'am&#233;liorer ses propri&#233;t&#233;s physiques ; les amendements organiques sont aussi des engrais &#187; (No&#235;l B., Lexique, sur le site web &lt;a href=&quot;http://www.aggra.org/&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;www.aggra.org&lt;/a&gt;). Notons, ici, l'inversion s&#233;mantique qui s'est produite depuis la r&#233;volution agrochimique : l'engrais antique &#233;tait organique, une &#171; graisse &#187;, l'engrais moderne est le plus souvent inorganique, min&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-67' id='nb3-67' class='spip_note' title='Notes 3-67' rev='footnote'&gt;67&lt;/a&gt;] Cette singularit&#233;, r&#233;serv&#233; aux plantes et &#224; de nombreuses bact&#233;ries, place essentiellement le r&#232;gne v&#233;g&#233;tal - il existe quelques bact&#233;ries photosynth&#233;tiques - &#224; la base du d&#233;veloppement de toutes les autres formes de vie, l'humanit&#233; y compris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-68' id='nb3-68' class='spip_note' title='Notes 3-68' rev='footnote'&gt;68&lt;/a&gt;] Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit., p.51.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-69' id='nb3-69' class='spip_note' title='Notes 3-69' rev='footnote'&gt;69&lt;/a&gt;] Stengers I., L'affinit&#233; ambigu&#235;, Le r&#234;ve newtonien de la chimie du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, in Serres, M., (Dir.), El&#233;ments d'histoire des sciences, Bordas, Paris, 1994, (1989), 576 p., p. 297-319, p.318. Autour des passages cit&#233;s, l'auteur fait abondamment r&#233;f&#233;rence au r&#244;le de Liebig.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-70' id='nb3-70' class='spip_note' title='Notes 3-70' rev='footnote'&gt;70&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 172-173. On reviendra, par ailleurs, sur l'interpr&#233;tation howardienne discutable selon laquelle la fondation de Rothamsted se serait faite sous l'influence de l'esprit de Liebig.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-71' id='nb3-71' class='spip_note' title='Notes 3-71' rev='footnote'&gt;71&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-72' id='nb3-72' class='spip_note' title='Notes 3-72' rev='footnote'&gt;72&lt;/a&gt;] L'azote, par exemple, est tr&#232;s fluctuant dans les sols. Les analyses peuvent varier de jour en jour. (No&#235;l B., Entretien avec l'auteur, 26/04/205) Pour cette interpr&#233;tation de l'oubli du sol, on s'appuie ici sur cet entretien avec Beno&#238;t No&#235;l.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-73' id='nb3-73' class='spip_note' title='Notes 3-73' rev='footnote'&gt;73&lt;/a&gt;] On en finirait pas de citer les auteurs qui partage ce point de vue tellement commun qu'il peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une doxa de notre &#233;poque, une opinion devenue une &#233;vidence pour la grande majorit&#233; d'entre nous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-74' id='nb3-74' class='spip_note' title='Notes 3-74' rev='footnote'&gt;74&lt;/a&gt;] L'id&#233;ologie scientiste prend son essor en m&#234;me temps que les trouvailles scientifiques se multiplient pour la premi&#232;re fois &#224; un rythme rapide, c'est-&#224;-dire avec la &#171; R&#233;volution thermo&#8211;industrielle &#187; (Georgescu-Roegen N., in La d&#233;croissance, Sang de la terre, op. cit.), au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-75' id='nb3-75' class='spip_note' title='Notes 3-75' rev='footnote'&gt;75&lt;/a&gt;] Encore tout r&#233;cemment : voir Boulaine J., Quatre si&#232;cles de fertilisation, Seconde partie, in Etude et Gestion des Sols, 2,4, 1995, pp. 219-226, p. 219 et 220.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-76' id='nb3-76' class='spip_note' title='Notes 3-76' rev='footnote'&gt;76&lt;/a&gt;] Mais aussi l'importation agricole en provenance des colonies, particuli&#232;rement dans le cas de l'empire britannique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-77' id='nb3-77' class='spip_note' title='Notes 3-77' rev='footnote'&gt;77&lt;/a&gt;] Comme le rappelle Jan Dessau et Yves Lepape, dans l'id&#233;ologie de notre modernit&#233; occidentale, le &#171; progr&#232;s est quasi-synonyme d'industrialisation &#187; (cf. Dessau J. et Le Pape Y., L'agriculture biologique, Critique technologique et syst&#232;me social, Universit&#233; des sciences sociales de Grenoble, Institut de recherche &#233;conomique et de planification, 1975, p. 10).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-78' id='nb3-78' class='spip_note' title='Notes 3-78' rev='footnote'&gt;78&lt;/a&gt;] Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit., p. 86.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-79' id='nb3-79' class='spip_note' title='Notes 3-79' rev='footnote'&gt;79&lt;/a&gt;] Ibid., p. 39 et 75. Notre propos sur cette querelle se veut tr&#232;s modeste, &#233;tant donn&#233; qu'une sp&#233;cialiste comme Nathalie Jas reconna&#238;t d&#233;j&#224; que ladite querelle est &#171; extr&#234;mement difficile &#224; reconstruire, tant elle est impr&#233;gn&#233;e par la pol&#233;mique voire la mauvaise foi de ses acteurs, de ses observateurs et de ses narrateurs post&#233;rieurs &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-80' id='nb3-80' class='spip_note' title='Notes 3-80' rev='footnote'&gt;80&lt;/a&gt;] Liebig J., Chimie appliqu&#233;e &#224; la physiologie v&#233;g&#233;tale et &#224; l'agriculture, p. 60.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-81' id='nb3-81' class='spip_note' title='Notes 3-81' rev='footnote'&gt;81&lt;/a&gt;] Sur la querelle de l'azote, voir Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, p. 38-40 ; Chimie et agriculture en France et en Allemagne, p. 82-83 ; Les sciences agricoles en Allemagne, La chimie agricole, des premi&#232;res th&#233;ories sur la nutrition des plantes &#224; l'av&#232;nement des engrais industriels, p. 38-43. Nathalie Jas note aussi que le front d'opposition &#224; la perspective de Liebig sur l'origine de l'azote contenu dans les plantes &#233;tait large. Il comprenait bon nombre des premiers chimistes agricoles allemands, &#224; l'instar de leurs homologues fran&#231;ais, mais aussi ceux qui les financaient, souvent de grands propri&#233;taires capitalistes f&#233;rus de &#171; l'agriculture rationnelle &#187; de Thaer, pour qui la chimie n'est qu'un moyen parmi d'autre du d&#233;veloppement agricole. Ces derniers ont une m&#233;fiance &#171; &#224; l'encontre des r&#233;sultats obtenus dans le seul laboratoire &#187;. Cette m&#233;fiance fut &#171; accentu&#233;e par les erreurs r&#233;p&#233;t&#233;es de Liebig &#187;, et aussi par l'&#233;chec de l'engrais qu'il fabriqua (et tenta de commercialiser ?) en 1847. Nathalie Jas revient sur cet &#233;chec dans Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, p. 76.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-82' id='nb3-82' class='spip_note' title='Notes 3-82' rev='footnote'&gt;82&lt;/a&gt;] On ne discutera pas, pour l'instant, cet usage de la d&#233;finition th&#233;orique de la science. Nathalie Jas avance qu'elle est peu v&#233;rifiable dans la pratique des sciences au quotidien. Ainsi, m&#234;me des exp&#233;riences enseign&#233;es, dans les manuels scolaires, comme &#171; fondatrices &#187; de disciplines aussi prestigieuses que la physique ou la chimie, seraient difficilement reproductibles, en raison de multiples facteurs, li&#233;s &#224; la complexit&#233; de leur r&#233;alisation, aux sp&#233;cificit&#233;s variables des mat&#233;riaux et des instruments utilis&#233;s, aux configurations des laboratoires, &#224; la marge d'interpr&#233;tation des protocoles par les exp&#233;rimentateurs&#8230; (Jas N., Communication personnelle).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-83' id='nb3-83' class='spip_note' title='Notes 3-83' rev='footnote'&gt;83&lt;/a&gt;] Stengers I., L'affinit&#233; ambigu&#235;, Le r&#234;ve newtonien de la chimie du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, op. cit., p.318&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-84' id='nb3-84' class='spip_note' title='Notes 3-84' rev='footnote'&gt;84&lt;/a&gt;] Au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, on parle plut&#244;t de &#171; science agricole &#187; en Allemagne et d'&#171; agronomie &#187; en France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-85' id='nb3-85' class='spip_note' title='Notes 3-85' rev='footnote'&gt;85&lt;/a&gt;] Jas N., Au carrefour&#8230;., op. cit., p. 116.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-86' id='nb3-86' class='spip_note' title='Notes 3-86' rev='footnote'&gt;86&lt;/a&gt;] Cadiou, P., et alii, L'agriculture biologique en France, Ecologie ou mythologie ?, PUG, 1975, 180 p., p. 69.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-87' id='nb3-87' class='spip_note' title='Notes 3-87' rev='footnote'&gt;87&lt;/a&gt;] Jas N., Au carrefour&#8230;., op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-88' id='nb3-88' class='spip_note' title='Notes 3-88' rev='footnote'&gt;88&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-89' id='nb3-89' class='spip_note' title='Notes 3-89' rev='footnote'&gt;89&lt;/a&gt;] Ces chimistes qui ne sont pas &#171; que &#187; ou &#171; exactement &#187; chimistes car ils ont pour objet la &#171; production v&#233;g&#233;tale, l'agriculture &#187;. (Jas N., op. cit., p. 43).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-90' id='nb3-90' class='spip_note' title='Notes 3-90' rev='footnote'&gt;90&lt;/a&gt;] Aulie R. P., cit&#233; dans Jas N., ibid., p. 36. Selon Nathalie Jas, cette vision du sol dynamique chimiquement s'oppose &#224; celle de la premi&#232;re moiti&#233; du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qui consid&#233;rait le sol comme statique, mais elle s'oppose aussi &#224; celle d&#233;velopp&#233;e par Schloesing et M&#252;ntz, des &#233;l&#232;ves de Boussinguault, qui introduisit l'action des micro-organismes et les conduisit &#224; une conception biochimique du sol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-91' id='nb3-91' class='spip_note' title='Notes 3-91' rev='footnote'&gt;91&lt;/a&gt;] Cette querelle est &#171; extr&#234;mement difficile &#224; reconstruire, tant elle est impr&#233;gn&#233;e par la pol&#233;mique, voire la mauvaise foi de ses acteurs, de ses observateurs et de ses narrateurs post&#233;rieurs &#187;. (Jas N., ibid., p. 39, faisant r&#233;f&#233;rence &#224; Schling-Brodersen U., 1989).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-92' id='nb3-92' class='spip_note' title='Notes 3-92' rev='footnote'&gt;92&lt;/a&gt;] Jas N., ibid., p. 39&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-93' id='nb3-93' class='spip_note' title='Notes 3-93' rev='footnote'&gt;93&lt;/a&gt;] Le probl&#232;me de la nutrition azot&#233;e des plantes cultiv&#233;s reste d'actualit&#233;. Il semble bien que l'azote disponible ou assimilable pour les plantes constitue un facteur limitant pour le d&#233;veloppement des plantes. Les deux autres &#233;l&#233;ments de la trilogie NPK, le phosphore et la potasse, pourraient bien &#234;tres en quantit&#233; largement suffisante dans la plupart des sols agricoles. On comprendrait alors que des agronomes ou des agriculteurs &#171; conventionnels &#187; parlent d'&#171; engrais azot&#233;s &#187; ou d'&#171; unit&#233; d'azote &#224; l'hectare &#187; &#224; propos des engrais NPK.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-94' id='nb3-94' class='spip_note' title='Notes 3-94' rev='footnote'&gt;94&lt;/a&gt;] Ibid., p. 40.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-95' id='nb3-95' class='spip_note' title='Notes 3-95' rev='footnote'&gt;95&lt;/a&gt;] Liebig est un personnage &#171; tr&#232;s complexe &#187;, mais aussi &#171; tr&#232;s c&#233;l&#232;bre, tr&#232;s influent et tr&#232;s habile &#187; (Jas, N., p. 40). On se reportera particuli&#232;rement aux pages 115-116 et 86-88 du livre de Nathalie Jas pour comprendre comment la &#171; charisme &#187; de Liebig lui a permis de devenir et de demeurer si c&#233;l&#232;bre jusqu'&#224; aujourd'hui, malgr&#233; ses erreurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-96' id='nb3-96' class='spip_note' title='Notes 3-96' rev='footnote'&gt;96&lt;/a&gt;] Ibid., p. 76.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-97' id='nb3-97' class='spip_note' title='Notes 3-97' rev='footnote'&gt;97&lt;/a&gt;] Ibid., p. 86.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-98' id='nb3-98' class='spip_note' title='Notes 3-98' rev='footnote'&gt;98&lt;/a&gt;] Ibid., p. 114&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-99' id='nb3-99' class='spip_note' title='Notes 3-99' rev='footnote'&gt;99&lt;/a&gt;] Ibid., p. 115&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-100' id='nb3-100' class='spip_note' title='Notes 3-100' rev='footnote'&gt;100&lt;/a&gt;] Ibid., p. 116&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-101' id='nb3-101' class='spip_note' title='Notes 3-101' rev='footnote'&gt;101&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-102' id='nb3-102' class='spip_note' title='Notes 3-102' rev='footnote'&gt;102&lt;/a&gt;] &#171; Boussinguault, en utilisant, d&#232;s le tout d&#233;but des ann&#233;es 1850, la culture sur sol calcin&#233; en atmosph&#232;re confin&#233;e, pour pouvoir contr&#244;ler et faire varier la composition du sol et de l'atmosph&#232;re, d&#233;montre quantitativement les effets produits par les composants min&#233;raux et azot&#233;s des engrais sur l'&#233;laboration des mat&#233;riaux organiques des v&#233;g&#233;taux. Il montre ainsi en 1857 que l'action des nitates et des phosphates est plus prononc&#233;e lorsque ces derniers sont utilis&#233;s ensemble que lorsqu'ils sont employ&#233;s s&#233;par&#233;ment. Ce faisant, il souligne avec acuit&#233; la faiblese la plus importante de la &#171; th&#233;orie min&#233;rale &#187; de Liebig, celle de refuser toute fumure azot&#233;e &#187;. (cf. Jas N., ibid., p. 36)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-103' id='nb3-103' class='spip_note' title='Notes 3-103' rev='footnote'&gt;103&lt;/a&gt;] Jas N., ibid., p. 39.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-104' id='nb3-104' class='spip_note' title='Notes 3-104' rev='footnote'&gt;104&lt;/a&gt;] Boulaine J., Quatre si&#232;cle de fertilisation, Premi&#232;re partie, in Etude et Gestion des Sols, 2,3, 1995, p. 201-208.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-105' id='nb3-105' class='spip_note' title='Notes 3-105' rev='footnote'&gt;105&lt;/a&gt;] Jas N., Chimie et agriculture en France et en Allemagne entre 1870 et 1914, op. cit. Pour toute cette question de l'importance continue de la recherche sur le fumier au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, voir les pages 105-109.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-106' id='nb3-106' class='spip_note' title='Notes 3-106' rev='footnote'&gt;106&lt;/a&gt;] Ibid., p. 107.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-107' id='nb3-107' class='spip_note' title='Notes 3-107' rev='footnote'&gt;107&lt;/a&gt;] Munday P., Sturm und Dung : Justus von Liebig and the Chemistry of Agriculture, UMI Dissertation Service, Michigan, 1990 ; Schling-Brodersen, U., Entwicklung and Institutionalisierung der Agrikulturechemie im XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Jahrhundert : Liebig and die landwirtschaftliche Versuchsstationen, Braunscchweiger Ver&#246;ffentlichung zur Geschichte der Pharmazie und der Naturwissenschaft, Braunschweig, 1989 (cf. Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit., p. 20-21).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-108' id='nb3-108' class='spip_note' title='Notes 3-108' rev='footnote'&gt;108&lt;/a&gt;] Dans le cas de la VDLF, comme dans celui des associations agricoles locales, telles les landwirschaftliche Vereine, les droits d'entr&#233;e &#233;lev&#233;s ne permettent pas la pr&#233;sence des petits agriculteurs (cf. Jas, N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, ibid., p. 76).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-109' id='nb3-109' class='spip_note' title='Notes 3-109' rev='footnote'&gt;109&lt;/a&gt;] Cf. Feller C. et alii, Indicateurs de fertilit&#233; et durabilit&#233; des syst&#232;mes de culture au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, L'approche de Albrecht Tha&#235;r, p. 35. Le titre de la traduction fran&#231;aise est relativement &#233;loign&#233; du titre en allemand : une traduction plus fid&#232;le donne Fondements de l'agriculture rationnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-110' id='nb3-110' class='spip_note' title='Notes 3-110' rev='footnote'&gt;110&lt;/a&gt;] Feller et alii, ibid., p. 42.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-111' id='nb3-111' class='spip_note' title='Notes 3-111' rev='footnote'&gt;111&lt;/a&gt;] Tha&#235;r A.-D., Fondements de l'agriculture rationnelle, cit&#233; in Jas N., M&#233;moire de ma&#238;trise, op. cit., p. 23.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-112' id='nb3-112' class='spip_note' title='Notes 3-112' rev='footnote'&gt;112&lt;/a&gt;] L'ouvrage qui le fait conna&#238;tre est consacr&#233; &#224; l'agriculture anglaise du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Cette Introduction &#224; la connaissance de l'agriculture anglaise est parue en trois volumes entre 1798 et 1804.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-113' id='nb3-113' class='spip_note' title='Notes 3-113' rev='footnote'&gt;113&lt;/a&gt;] Cf. Mazoyer M. et Roudart L., Histoire des agricultures du monde, Seuil, p. 490-498.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-114' id='nb3-114' class='spip_note' title='Notes 3-114' rev='footnote'&gt;114&lt;/a&gt;] Cf. ci-dessus le &#167; 225.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-115' id='nb3-115' class='spip_note' title='Notes 3-115' rev='footnote'&gt;115&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., Postface &#224; Steiner, R., Agriculture, Fondements de la m&#233;thode Bio-dynamique, p. 327. Cependant le m&#234;me Pfeiffer glisse une opinion contraire, en s'appuyant sur un passage de l'&#233;conomiste Werner Sombarth, dans La f&#233;condit&#233; de la terre (p. 21).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-116' id='nb3-116' class='spip_note' title='Notes 3-116' rev='footnote'&gt;116&lt;/a&gt;] M&#252;ller H., Glaube und Technik I, Der Glaube des Bauern, in Kultur und Politik, 1949-1950.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-117' id='nb3-117' class='spip_note' title='Notes 3-117' rev='footnote'&gt;117&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p.21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-118' id='nb3-118' class='spip_note' title='Notes 3-118' rev='footnote'&gt;118&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 61.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-119' id='nb3-119' class='spip_note' title='Notes 3-119' rev='footnote'&gt;119&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardening for health or disease, Chapitre 5. Toutes les citations d'Howard qui suivent dans ce paragraphe proviennent de cette m&#234;me source.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-120' id='nb3-120' class='spip_note' title='Notes 3-120' rev='footnote'&gt;120&lt;/a&gt;] Outre dans son dernier livre ici cit&#233;, on trouve sa discussion la plus int&#233;ressante de la th&#233;orie de l'humus dans le Testament agricole, p. 172. (cf. aussi p. 58).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-121' id='nb3-121' class='spip_note' title='Notes 3-121' rev='footnote'&gt;121&lt;/a&gt;] Cf. Jas N., p. 331-338.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-122' id='nb3-122' class='spip_note' title='Notes 3-122' rev='footnote'&gt;122&lt;/a&gt;] Darwin C., The Formation of Vegetable Mould Trhough the Action of Worms with Observations of Their Habits, John Murray ed., London, 1882 (1881 ?), 298 p. Sur ce sujet, outre l'&#233;dition fran&#231;aise paru en 2001, voir Blanchart, E., et alii., Perception et popularit&#233; des vers de terre avant et apr&#232;s Darwin, in Etude et gestion des sols, 12, 2, 2005, p. 145-151.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-123' id='nb3-123' class='spip_note' title='Notes 3-123' rev='footnote'&gt;123&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 172.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-124' id='nb3-124' class='spip_note' title='Notes 3-124' rev='footnote'&gt;124&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21, 78, 122-123.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-125' id='nb3-125' class='spip_note' title='Notes 3-125' rev='footnote'&gt;125&lt;/a&gt;] En fran&#231;ais, &#171; fertilisation &#187; appara&#238;t en 1764 et &#171; fertilisant, fertilisante &#187; date de 1771 (Cf. Rey, A. Dictionnaire historique de la langue fran&#231;aise, article &#171; fertile &#187;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-126' id='nb3-126' class='spip_note' title='Notes 3-126' rev='footnote'&gt;126&lt;/a&gt;] Cf. Rey A., ibid., article &#171; fumer &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-127' id='nb3-127' class='spip_note' title='Notes 3-127' rev='footnote'&gt;127&lt;/a&gt;] Que nous avons relev&#233; au &#167; 334431.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-128' id='nb3-128' class='spip_note' title='Notes 3-128' rev='footnote'&gt;128&lt;/a&gt;] En for&#231;ant &#224; peine le trait, les disciples de Liebig seraient aussi responsables que le syst&#232;me capitaliste de la crise agricole et de ses cons&#233;quences pour la sant&#233; des hommes (cf. Testament agricole, p. 205).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-129' id='nb3-129' class='spip_note' title='Notes 3-129' rev='footnote'&gt;129&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., Postface, in Agriculture, Fondements de la m&#233;thode Bio-dynamique, p. 322-323.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-130' id='nb3-130' class='spip_note' title='Notes 3-130' rev='footnote'&gt;130&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 55-56. Dans les pages suivantes, l'auteur indique aussi l'int&#233;r&#234;t qu'il trouve, m&#234;me si elle insuffisante, &#224; l'analyse des engrais organiques selon leur teneur NPK.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-131' id='nb3-131' class='spip_note' title='Notes 3-131' rev='footnote'&gt;131&lt;/a&gt;] Selon Marika Blondel-M&#233;grelis, il faudrait &#171; fortement nuancer &#187; le vitalisme de Liebig (cf. Blondel-M&#233;grelis M., Agriculture et &#233;quilibres au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, in Acot P., (dir.), La ma&#238;trise du milieu, Vrin, 1994, 151, p. 15-38, p. 25. Voir &#233;galement l'extrait d'une lettre de Liebig &#224; Sprengel o&#249; le premier moque le r&#244;le de &#171; la force vitale &#187;. Il le fait en rappelant que la nouvelle chimie ne recourt qu'&#224; &#171; des forces chimiques &#187; dans ses explications (cf. Blondel-M&#233;grelis, M., Justus Liebig, Tout est chimie, in L'actualit&#233; chimique, 10/2003, p. 57). Selon Myriam Scheidecker-Chevallier, la chimie &#171; parvient &#224; synth&#233;tiser en laboratoire des produits organiques &#187;, tels &#171; l'ur&#233;e &#187; (cf. Scheidecker-Chevallier M., De la Mati&#232;re vivante &#224; la Vie brevet&#233;e, Ellipses, 2005, p. 66). Cependant le d&#233;bat est assez compliqu&#233; : peut-on dire au sens strict que les chimistes synth&#233;tisent des produits &#171; organiques &#187; ? Rien n'est moins s&#251;r. En effet, il y a une diff&#233;rence sensible entre la mol&#233;cule d'ur&#233;e et le corps que l'on trouve &#224; l'&#233;tat naturel, l'urine (Gloaguen V., Entretien avec l'auteur, Limoges, 22 09 2005). Le vivant produit de l'urine, non de l'ur&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-132' id='nb3-132' class='spip_note' title='Notes 3-132' rev='footnote'&gt;132&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., Postface, in Agriculture, Fondements de la m&#233;thode Bio-dynamique, p. 323.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-133' id='nb3-133' class='spip_note' title='Notes 3-133' rev='footnote'&gt;133&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-134' id='nb3-134' class='spip_note' title='Notes 3-134' rev='footnote'&gt;134&lt;/a&gt;] Peut-&#234;tre dans un passage &#233;loign&#233; du texte, comme la ponctuation de la citation (les &#8230;) peut le laisser supposer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-135' id='nb3-135' class='spip_note' title='Notes 3-135' rev='footnote'&gt;135&lt;/a&gt;] Et il faut d'autant plus se m&#233;fier de l'amalgame que l'expression &#171; forces cosmiques &#187;, sous la plume de Pfeiffer, cachent ce que notre &#233;tude a r&#233;v&#233;l&#233; (cf. supra, &#167; 243).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-136' id='nb3-136' class='spip_note' title='Notes 3-136' rev='footnote'&gt;136&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21 et 171-172.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-137' id='nb3-137' class='spip_note' title='Notes 3-137' rev='footnote'&gt;137&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., p. 21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-138' id='nb3-138' class='spip_note' title='Notes 3-138' rev='footnote'&gt;138&lt;/a&gt;] Blondel-M&#233;grelis M., Justus Liebig, Tout est chimie, in L'actualit&#233; chimique, 10/2003, op. cit., p.58.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-139' id='nb3-139' class='spip_note' title='Notes 3-139' rev='footnote'&gt;139&lt;/a&gt;] Interpr&#233;tation qu'il reprend &#224; la page 156.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-140' id='nb3-140' class='spip_note' title='Notes 3-140' rev='footnote'&gt;140&lt;/a&gt;] Le Robert indique aujourd'hui que l'air est un m&#233;lange gazeux comprenant de fa&#231;on constante &#224; l'&#233;tat pur 78 % d'azote, 21 % d'oxyg&#232;ne, 1% d'argon et d'autres gaz rares ; l'air est souvent charg&#233; d'impuret&#233;s (vapeur d'eau, gaz carbonique, ozone, etc.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-141' id='nb3-141' class='spip_note' title='Notes 3-141' rev='footnote'&gt;141&lt;/a&gt;] Liebig J., Chimie organique appliqu&#233;e &#224; l'agriculture et &#224; la physiologie, p. 61.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-142' id='nb3-142' class='spip_note' title='Notes 3-142' rev='footnote'&gt;142&lt;/a&gt;] Cf. Jas N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit., p. 74 et 86-87 ; Blondel-M&#233;grelis M., Justus Liebig, Tout est chimie, in L'actualit&#233; chimique, 10/2003, op. cit., p.58.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-143' id='nb3-143' class='spip_note' title='Notes 3-143' rev='footnote'&gt;143&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 25.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-144' id='nb3-144' class='spip_note' title='Notes 3-144' rev='footnote'&gt;144&lt;/a&gt;] Il fait r&#233;f&#233;rence &#224; Pasteur et Robert Koch deux pages plus loin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-145' id='nb3-145' class='spip_note' title='Notes 3-145' rev='footnote'&gt;145&lt;/a&gt;] Rusch, H.-P., ibid., p. 25.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-146' id='nb3-146' class='spip_note' title='Notes 3-146' rev='footnote'&gt;146&lt;/a&gt;] Ibid., p. 37.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-147' id='nb3-147' class='spip_note' title='Notes 3-147' rev='footnote'&gt;147&lt;/a&gt;] Aux pages 46 et 56.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-148' id='nb3-148' class='spip_note' title='Notes 3-148' rev='footnote'&gt;148&lt;/a&gt;] Ibid., p. 156.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-149' id='nb3-149' class='spip_note' title='Notes 3-149' rev='footnote'&gt;149&lt;/a&gt;] Del&#233;age J.-P., Une histoire de l'&#233;cologie, Seuil, 1994 (Ed. La D&#233;couverte, 1991), 330 p., p. 50-56 ; Acot P., Histoire de l'&#233;cologie, PUF, 1994, 128 p., p. 27-31.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-150' id='nb3-150' class='spip_note' title='Notes 3-150' rev='footnote'&gt;150&lt;/a&gt;] Blondel-M&#233;grelis, M., Justus Liebig, Tout est chimie, in L'actualit&#233; chimique, 10/2003, op. cit., p.58.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-151' id='nb3-151' class='spip_note' title='Notes 3-151' rev='footnote'&gt;151&lt;/a&gt;] Del&#233;age J.-P., Une histoire de l'&#233;cologie, op. cit., p. 52. Pascal Acot indique une filiation possible entre la chimie agricole et la notion &#233;cologique de &#171; facteur limitant &#187; : cette notion aurait pu &#234;tre d&#233;gag&#233;e de la loi du minimum et &#234;tre utilis&#233;e dans les questions de r&#233;partition g&#233;ographique des esp&#232;ces animales, via un article &#171; tr&#232;s remarqu&#233; &#187; du botaniste anglais F.-F. Blackman (paru en 1905) et les analyses du &#171; bioc&#233;noticien am&#233;ricain V. Shelford &#187; (voir Acot, P., Histoire de l'&#233;cologie, ibid., p. 31).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-152' id='nb3-152' class='spip_note' title='Notes 3-152' rev='footnote'&gt;152&lt;/a&gt;] Cf. Poulain D., (dir.), Histoires et chronologies de l'agriculture fran&#231;aise, op. cit., p. 115.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-153' id='nb3-153' class='spip_note' title='Notes 3-153' rev='footnote'&gt;153&lt;/a&gt;] De telles recettes sont par exemple bien pr&#233;sentes chez certains agronomes latins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-154' id='nb3-154' class='spip_note' title='Notes 3-154' rev='footnote'&gt;154&lt;/a&gt;] Cf. Howard L., Sir Albert Howard in India, op. cit., p. 205.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-155' id='nb3-155' class='spip_note' title='Notes 3-155' rev='footnote'&gt;155&lt;/a&gt;] Liebig, J., Es ist ja dies die Spitze meines Lebens, Naturgesetze im Landbau, Stiftung &#214;kologie und Landbau, Sonderausgabe n&#176; 23, 1995, 54 p., (Quatri&#232;me de couverture).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-156' id='nb3-156' class='spip_note' title='Notes 3-156' rev='footnote'&gt;156&lt;/a&gt;] En ne nous en tenant qu'&#224; son Testament agricole, avec un comptage rapide, au moins aux pages 58, 105, 169, 176, 184, 205.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-157' id='nb3-157' class='spip_note' title='Notes 3-157' rev='footnote'&gt;157&lt;/a&gt;] Sur cette r&#233;inscription issue de certaines sciences contemporaines, on pourra lire de Dominique Bourg &#171; Sciences, nature et modernit&#233; &#187;, in Ecologie et politique, n&#176;11/12, Hiver 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-158' id='nb3-158' class='spip_note' title='Notes 3-158' rev='footnote'&gt;158&lt;/a&gt;] Notamment la derni&#232;re partie de Condition de l'homme moderne et l'article La dimension de l'homme et la conqu&#234;te de l'espace, dans La crise de la culture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-159' id='nb3-159' class='spip_note' title='Notes 3-159' rev='footnote'&gt;159&lt;/a&gt;] Au sens de &#171; global &#187;, incluant une &#233;thique totale pour l'homme, celle de l'homme comme cr&#233;ature divine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-160' id='nb3-160' class='spip_note' title='Notes 3-160' rev='footnote'&gt;160&lt;/a&gt;] Sur cette question, outre les travaux d'Hannah Arendt cit&#233;s, on peut voir le livre de Gilson intitul&#233; Le r&#233;alisme m&#233;thodique, et le texte d'Husserl intitul&#233; La terre ne se meut pas (Ed. Minuit, Paris, 1989, 94 p.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-161' id='nb3-161' class='spip_note' title='Notes 3-161' rev='footnote'&gt;161&lt;/a&gt;] Ce passage se r&#233;f&#232;re &#224; un opuscule r&#233;dig&#233; par un ing&#233;nieur au service du fr&#232;re du roi Saint Louis, au sujet du fonctionnement des aimants&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-162' id='nb3-162' class='spip_note' title='Notes 3-162' rev='footnote'&gt;162&lt;/a&gt;] Beno&#238;t P., La th&#233;ologie au XIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : une science pas comme les autres, in Serres M., El&#233;ments d'histoire des sciences, Bordas, (1989), p. 193.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-163' id='nb3-163' class='spip_note' title='Notes 3-163' rev='footnote'&gt;163&lt;/a&gt;] Nous empruntons l'expression au P&#232;re Joseph-Marie Verlinde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-164' id='nb3-164' class='spip_note' title='Notes 3-164' rev='footnote'&gt;164&lt;/a&gt;] Thuillier P., Les j&#233;suites ont-ils &#233;t&#233; des pionniers de la science ? in D'archim&#232;de &#224; Einstein, Les faces cach&#233;es de l'invention scientifique, Fayard, Le livre de poche, 1988, 416 p., pp.177-191.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-165' id='nb3-165' class='spip_note' title='Notes 3-165' rev='footnote'&gt;165&lt;/a&gt;] A l'&#233;poque des Lumi&#232;res, les auteurs de l'Encyclop&#233;die avaient conserv&#233; une compr&#233;hension de la raison qui ne lui donner le sens de &#171; calcul &#187; que tr&#232;s secondairement. Ainsi, les quatre approches que proposait l'abb&#233; de La Chapelle dans sa d&#233;finition du mot raison, renvoient toutes &#224; une perspective g&#233;n&#233;rale, donn&#233;e naturellement &#224; l'homme, sur la v&#233;rit&#233; et la r&#233;alit&#233;. La raison y est comprise comme lieu d'une connaissance r&#233;elle et non comme un simple cadre formel : &#171; On peut se former diverses notions du mot raison. 1&#176; On peut entendre simplement et sans restriction cette facult&#233; naturelle [de] conna&#238;tre la v&#233;rit&#233;, quelque lumi&#232;re qu'elle suive, et quelque ordre de mati&#232;res qu'elle s'applique. 2&#176; On peut entendre par raison cette m&#234;me facult&#233; consid&#233;r&#233;e, non absolument, mais uniquement en tant qu'elle se conduit dans ses recherches par certaines notions, que nous apportons en naissant, et qui sont communes &#224; tous les hommes du monde. [&#8230;] 3&#176; On entend quelquefois par la raison cette lumi&#232;re naturelle m&#234;me, par laquelle la facult&#233; que nous d&#233;signons par ce nom se conduit. [&#8230;] 4&#176; Par raison, on peut aussi entendre l'enchainement des v&#233;rit&#233;s auxquelles l'esprit humain peut atteindre naturellement, sans etre aid&#233; des lumi&#232;res de la foi. &#187; (L'abb&#233; de La Chapelle, article &#171; raison &#187; dans l'Encyclop&#233;die, cit&#233; in Mandosio J.-M., 2000, Apr&#232;s l'effondrement, Notes sur l'utopie n&#233;otechnologique, Editions de l'encyclop&#233;die des nuisances, 221 p., p. 179.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-166' id='nb3-166' class='spip_note' title='Notes 3-166' rev='footnote'&gt;166&lt;/a&gt;] Hans Peter Rusch, soucieux lui aussi d'assurer une cr&#233;diblit&#233; scientifique &#224; l'agriculture biologique, s'appuiera &#233;galement sur l'&#171; exp&#233;rience biologique globale &#187; constitu&#233;e par les quelques centaines d'exploitations Suisses et Allemandes inspir&#233;es des principes d'Hans M&#252;ller pour construire et faire valider ses exp&#233;rimentations (?) microbiologiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-167' id='nb3-167' class='spip_note' title='Notes 3-167' rev='footnote'&gt;167&lt;/a&gt;] C'est l&#224; l'un des sous-titre de son chapitre sur &#171; The intrusion of science &#187; dans on ouvrage &#171; Farming and gardening for health or disease &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-168' id='nb3-168' class='spip_note' title='Notes 3-168' rev='footnote'&gt;168&lt;/a&gt;] Entropie et n&#233;guentropie : une anticipation ici, ou le bon sens r&#233;fl&#233;chi ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-169' id='nb3-169' class='spip_note' title='Notes 3-169' rev='footnote'&gt;169&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 184. On pourrait se demander si la multiplication des approches r&#233;ductionnistes ne pourrait pas d&#233;passer le probl&#232;me des limites de la quantification que semblent supposer Howard pour le traitement des probl&#232;mes d'agriculture (et d'&#233;cologie). Quoiqu'il en soit, Sir Albert Howard d&#233;fend une rationalit&#233; plus &#171; longue &#187; dans l'&#233;tude des probl&#232;mes agronomiques. Il sera montr&#233; plus loin qu'il s'appuie sur une approche beaucoup plus bas&#233;e sur la biologie : la rationalit&#233; de ces sciences est plus large, plus longue. Elle est aussi moins d&#233;pendante &#224; sa base du r&#233;ductionnisme quantitatif. Les crit&#232;res de validation pr&#233;valant, comme dans les sciences qu'Howard consid&#232;re comme plus &#224; m&#234;me de faire avancer la recherche agronomique, sont plus li&#233;s au terrain qu'au laboratoire (Cf. TA, p. 173). Mais Howard exprime ainsi aussi ses doutes sur le projet scientifique appliqu&#233; &#224; la biologie et &#224; l'agriculture. Chez les fondateurs de l'agrobiologie, et jusqu'&#224; r&#233;cemment, il n'existe pas de r&#233;ponse vraiment satisfaisante &#224; la connaissance de la fertilit&#233; et &#224; la gestion agricole de celle-ci. Quand Howard traite ensemble de l'&#233;tat du sol et des relations entre eux des travailleurs de la terre, il peut sembler que son approche de l'agriculture n'est pas suffisamment rationnelle. Le probl&#232;me scientifique de la fertilit&#233; des sols est d'abord et fondamentalement un probl&#232;me de science de la nature. La question des r&#232;gles techniques et &#233;cologiques de la gestion de la fertilit&#233; en agriculture doit &#234;tre clairement distingu&#233;e des aspects &#233;conomiques et sociaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-170' id='nb3-170' class='spip_note' title='Notes 3-170' rev='footnote'&gt;170&lt;/a&gt;] Ibid., p. 176 : &#171; Avec l'introduction des math&#233;matiques, l'enseignement de l'exploitation, autre branche de la science agronomique, s'est d&#233;velopp&#233;. [Pour] permettre &#224; l'agriculture d'etre rentable [&#8230;] Partout on calcule. La valeur d'une exp&#233;rience ou d'une innovation est d&#233;termin&#233;e principalement par la grandeur du gain qu'on arrivera &#224; arracher &#224; la m&#232;re Nature. La production de la ferme et de l'usine a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e du m&#234;me point de vue, celui des dividendes. L'agriculture entra dans les rangs de l'industrie &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-171' id='nb3-171' class='spip_note' title='Notes 3-171' rev='footnote'&gt;171&lt;/a&gt;] Ibid., p. 136.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-172' id='nb3-172' class='spip_note' title='Notes 3-172' rev='footnote'&gt;172&lt;/a&gt;] Ibid., p. 135-137. Il pr&#233;cise p. 136 : &#171; L'un des colmatages du sol les plus int&#233;ressants que j'ai observ&#233;s en Grande-Bretagne se trouvait sur les parcelles de la station d'essais de Woburn consacr&#233;e aux essais de fertilisation continue &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-173' id='nb3-173' class='spip_note' title='Notes 3-173' rev='footnote'&gt;173&lt;/a&gt;] Notons ici qu'Howard s'inscrit dans une approche non-moderne de la science, une approche peut-&#234;tre plus aristot&#233;licienne, puisqu'il pr&#233;tend que le bon sens et la science peut atteindre &#224; la v&#233;rit&#233; de l'ordre de la nature ; comme le note Dominique Bourg, la rationalit&#233; galil&#233;o-newtonienne, qui qualifie la majorit&#233; dominante des sciences dites modernes, ne consiste plus &#171; en la recherche des causes finales, conform&#233;ment au principe cardinal de la physique aristot&#233;licienne selon lequel &#171; la nature ne fait rien en vain &#187;, mais en celle des seules causes efficientes &#187; (cf. Bourg D., &#171; Sciences, nature et modernit&#233; &#187;, in Ecologie et politique, p. 115).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-174' id='nb3-174' class='spip_note' title='Notes 3-174' rev='footnote'&gt;174&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, op. cit., p. 35-36.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-175' id='nb3-175' class='spip_note' title='Notes 3-175' rev='footnote'&gt;175&lt;/a&gt;] On se contentera ici des d&#233;finitions du Robert : &#171; Holisme : 1939, du grec &#171; holos &#187; signifiant &#171; entier &#187;. &#171; Th&#233;orie selon laquelle l'homme est un tout indivisible qui ne peut &#234;tre expliqu&#233; par ses diff&#233;rentes composantes (physique, physiologique, psychique) consid&#233;r&#233;es s&#233;par&#233;ment &#187;. Au sens large, le Robert dit que le holisme est un &#171; Syst&#232;me d'explication globale &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-176' id='nb3-176' class='spip_note' title='Notes 3-176' rev='footnote'&gt;176&lt;/a&gt;] Notre int&#233;r&#234;t pour cette question devra rester soutenu puisque des approches contemporaines font encore de l'humus un d&#233;terminant essentiel de la qualit&#233; des sols : &#171; l'humus est le support biologique fondamental qui fait du sol un milieu vivant et assure sa fertilit&#233; &#187;. Cf. Philippe Duchaufour, Article &#171; Humus &#187;, in Dictionnaire de l'Ecologie, Encyclopaedia Universalis, Albin Michel, Paris, 1999, 1400 p., p.703 (Pr&#233;face de Fran&#231;ois Ramade).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-177' id='nb3-177' class='spip_note' title='Notes 3-177' rev='footnote'&gt;177&lt;/a&gt;] Notons ici que la prise de distance de Howard vis-&#224;-vis des engrais chimiques a &#233;t&#233; progressive. Thomas Gieryn pense avoir montr&#233; que, durant les ann&#233;es de travail &#224; Pusa, Gabriel et Albert Howard se montr&#232;rent indiff&#233;rent &#224; propos de l'usage d'engrais naturels ou artificiels. Dans leurs premi&#232;res ann&#233;es en Inde, le recours aux uns ou aux autres &#233;tait jug&#233; indiff&#233;rent ou bien compl&#233;mentaire. Le premier motif de leur mise &#224; l'&#233;cart fut &#233;conomique et non agronomique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-178' id='nb3-178' class='spip_note' title='Notes 3-178' rev='footnote'&gt;178&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardenning for health or disease,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-179' id='nb3-179' class='spip_note' title='Notes 3-179' rev='footnote'&gt;179&lt;/a&gt;] Conford P, The Origins of the Organic Movement, 2001, Chapitre 5, p. 81-93, intitul&#233; &#171; The Great Humus Controversy &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-180' id='nb3-180' class='spip_note' title='Notes 3-180' rev='footnote'&gt;180&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 204-205.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-181' id='nb3-181' class='spip_note' title='Notes 3-181' rev='footnote'&gt;181&lt;/a&gt;] Sur cette introduction et pour les r&#233;f&#233;rences donn&#233;es ici, voir Steiner, R., Agriculture, Fondements de la m&#233;thode Bio-dynamique, EAR, p. 14-15. Le titre Cours aux agriculteurs d&#233;signe ce m&#234;me ouvrage. Il appara&#238;t en d&#233;but de table des mati&#232;res. Il est employ&#233; fr&#233;quemment dans le milieu agrobiologique, en raison de sa commodit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-182' id='nb3-182' class='spip_note' title='Notes 3-182' rev='footnote'&gt;182&lt;/a&gt;] Steiner R., Agriculture, Fondements de la m&#233;thode Bio-dynamique, EAR, p. 25-26.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-183' id='nb3-183' class='spip_note' title='Notes 3-183' rev='footnote'&gt;183&lt;/a&gt;] Ibid., p. 118-119. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-184' id='nb3-184' class='spip_note' title='Notes 3-184' rev='footnote'&gt;184&lt;/a&gt;] Nous nous demandons encore pourquoi&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-185' id='nb3-185' class='spip_note' title='Notes 3-185' rev='footnote'&gt;185&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, Triades, p. 22-25.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-186' id='nb3-186' class='spip_note' title='Notes 3-186' rev='footnote'&gt;186&lt;/a&gt;] Ibid., p. 47-78.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-187' id='nb3-187' class='spip_note' title='Notes 3-187' rev='footnote'&gt;187&lt;/a&gt;] Ibid., p. 79-84.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-188' id='nb3-188' class='spip_note' title='Notes 3-188' rev='footnote'&gt;188&lt;/a&gt;] Ibid., p. 85-124.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-189' id='nb3-189' class='spip_note' title='Notes 3-189' rev='footnote'&gt;189&lt;/a&gt;] Ibid., p. 157-168.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-190' id='nb3-190' class='spip_note' title='Notes 3-190' rev='footnote'&gt;190&lt;/a&gt;] Ibid., p. 183-225.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-191' id='nb3-191' class='spip_note' title='Notes 3-191' rev='footnote'&gt;191&lt;/a&gt;] Notamment dans le chapitre sur le &#171; dynamisme de la vie v&#233;g&#233;tale &#187; et aux pages 88-90.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-192' id='nb3-192' class='spip_note' title='Notes 3-192' rev='footnote'&gt;192&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, ibid. Sans exhaustive, voir aux pages p. 220-221, 294, 296.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-193' id='nb3-193' class='spip_note' title='Notes 3-193' rev='footnote'&gt;193&lt;/a&gt;] Pfeiffer E., La f&#233;condit&#233; de la terre, par exemple p. 122 et p. 226.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-194' id='nb3-194' class='spip_note' title='Notes 3-194' rev='footnote'&gt;194&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-195' id='nb3-195' class='spip_note' title='Notes 3-195' rev='footnote'&gt;195&lt;/a&gt;] La citation de Rusch illustrant ce propos est donn&#233;e au &#167; 33441.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-196' id='nb3-196' class='spip_note' title='Notes 3-196' rev='footnote'&gt;196&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-197' id='nb3-197' class='spip_note' title='Notes 3-197' rev='footnote'&gt;197&lt;/a&gt;] Liebig ne figure pas dans la bibliographie de La f&#233;condit&#233; du sol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-198' id='nb3-198' class='spip_note' title='Notes 3-198' rev='footnote'&gt;198&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 21.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-199' id='nb3-199' class='spip_note' title='Notes 3-199' rev='footnote'&gt;199&lt;/a&gt;] Ibid., p. 101.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-200' id='nb3-200' class='spip_note' title='Notes 3-200' rev='footnote'&gt;200&lt;/a&gt;] Rusch, H.-P, ibid., p. 22. L&#224; encore, sur cette th&#232;se significative, il est regrettable que Rusch ne donne pas ses sources.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-201' id='nb3-201' class='spip_note' title='Notes 3-201' rev='footnote'&gt;201&lt;/a&gt;] La loi des rendements d&#233;croissants ou &#171; loi des rendements moins que proportionnels &#187; a &#233;t&#233; d&#233;gag&#233;e par le chimiste allemand Eilhard Mitscherlich (1794-1863).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-202' id='nb3-202' class='spip_note' title='Notes 3-202' rev='footnote'&gt;202&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p.99.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-203' id='nb3-203' class='spip_note' title='Notes 3-203' rev='footnote'&gt;203&lt;/a&gt;] Ibid., p.154.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-204' id='nb3-204' class='spip_note' title='Notes 3-204' rev='footnote'&gt;204&lt;/a&gt;] Cf. Rusch, H.-P., ibid., p.156.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-205' id='nb3-205' class='spip_note' title='Notes 3-205' rev='footnote'&gt;205&lt;/a&gt;] Ibid., p.156.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-206' id='nb3-206' class='spip_note' title='Notes 3-206' rev='footnote'&gt;206&lt;/a&gt;] Ibid., p. 131-132.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-207' id='nb3-207' class='spip_note' title='Notes 3-207' rev='footnote'&gt;207&lt;/a&gt;] Ibid., p. 55, 142, 94-95.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-208' id='nb3-208' class='spip_note' title='Notes 3-208' rev='footnote'&gt;208&lt;/a&gt;] Ibid., p. 55-56.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-209' id='nb3-209' class='spip_note' title='Notes 3-209' rev='footnote'&gt;209&lt;/a&gt;] Ibid., p. 142.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-210' id='nb3-210' class='spip_note' title='Notes 3-210' rev='footnote'&gt;210&lt;/a&gt;] Ibid., p. 97.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-211' id='nb3-211' class='spip_note' title='Notes 3-211' rev='footnote'&gt;211&lt;/a&gt;] Cf. Rusch H.-P, La f&#233;condit&#233; du sol, p. 55, 94, 142, 157..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-212' id='nb3-212' class='spip_note' title='Notes 3-212' rev='footnote'&gt;212&lt;/a&gt;] Ibid., p. 151.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-213' id='nb3-213' class='spip_note' title='Notes 3-213' rev='footnote'&gt;213&lt;/a&gt;] Ibid., p. 78.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-214' id='nb3-214' class='spip_note' title='Notes 3-214' rev='footnote'&gt;214&lt;/a&gt;] Ibid., p. 97.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-215' id='nb3-215' class='spip_note' title='Notes 3-215' rev='footnote'&gt;215&lt;/a&gt;] Aubert C., Pr&#233;face &#224; Rusch, H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol,, p. 13 ; No&#235;l B., Lexique, sur &lt;www.aggra.org&gt;. Remarquons aussi que dans ce passage, Rusch tend &#224; vider de sa substance le concept de &#171; solution du sol &#187;, en affirmant que les min&#233;raux du sol se trouvent majoritairement associ&#233;s &#224; de l'organique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-216' id='nb3-216' class='spip_note' title='Notes 3-216' rev='footnote'&gt;216&lt;/a&gt;] Cf. infra, &#167;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-217' id='nb3-217' class='spip_note' title='Notes 3-217' rev='footnote'&gt;217&lt;/a&gt;] Rusch, H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 156. Ailleurs il l'appelle &#171; fertilisation forc&#233;e &#187; ou &#171; fumure de for&#231;age &#187;, (p. 24, 100, 306), ou encore une nourriture &#171; sous forme dissoci&#233;e &#187; (p. 155).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-218' id='nb3-218' class='spip_note' title='Notes 3-218' rev='footnote'&gt;218&lt;/a&gt;] Ibid., p. 23.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-219' id='nb3-219' class='spip_note' title='Notes 3-219' rev='footnote'&gt;219&lt;/a&gt;] Ibid., p. 132.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-220' id='nb3-220' class='spip_note' title='Notes 3-220' rev='footnote'&gt;220&lt;/a&gt;] Ibid., p. 21-22..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-221' id='nb3-221' class='spip_note' title='Notes 3-221' rev='footnote'&gt;221&lt;/a&gt;] Ibid., p. 133.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-222' id='nb3-222' class='spip_note' title='Notes 3-222' rev='footnote'&gt;222&lt;/a&gt;] Ibid., p. 134.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-223' id='nb3-223' class='spip_note' title='Notes 3-223' rev='footnote'&gt;223&lt;/a&gt;] Ibid., p. 134-135.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-224' id='nb3-224' class='spip_note' title='Notes 3-224' rev='footnote'&gt;224&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-225' id='nb3-225' class='spip_note' title='Notes 3-225' rev='footnote'&gt;225&lt;/a&gt;] Ibid., p. 135.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-226' id='nb3-226' class='spip_note' title='Notes 3-226' rev='footnote'&gt;226&lt;/a&gt;] Blondel-M&#233;grelis, M., Agriculture et &#233;quilibres au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, op. cit., p. 29.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-227' id='nb3-227' class='spip_note' title='Notes 3-227' rev='footnote'&gt;227&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, op. cit., p. 22.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-228' id='nb3-228' class='spip_note' title='Notes 3-228' rev='footnote'&gt;228&lt;/a&gt;] Association nationale pour le perfectionnement et le d&#233;veloppement de l'emploi des engrais et des amendements, La fertilisation, Engrais et Amendements, Paris, 1955 ?, 45 p., p. 05 et 45.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-229' id='nb3-229' class='spip_note' title='Notes 3-229' rev='footnote'&gt;229&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 100.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-230' id='nb3-230' class='spip_note' title='Notes 3-230' rev='footnote'&gt;230&lt;/a&gt;] Ibid., p. 78. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-231' id='nb3-231' class='spip_note' title='Notes 3-231' rev='footnote'&gt;231&lt;/a&gt;] Peut-&#234;tre est-il utile de donner une remarque sur le vocabulaire de l'agrochimie. On trouve employ&#233;es assez indiff&#233;remment les expressions &#171; engrais min&#233;raux &#187; ou &#171; engrais chimique &#187; : &#224; condition de parler dans les deux cas d'engrais obtenus par synth&#232;se chimique, on peut comprendre comme suit le rapprochement. Les engrais chimiques comprennent des &#233;l&#233;ments min&#233;raux issus de gisements dans des sols ou des sous-sols. Mais ils comprennent aussi des engrais azot&#233;s obtenus par la fixation industrielle de l'azote de l'air. Pour comprendre que l'expression &#171; engrais min&#233;raux &#187; puisse les regrouper, il faut consid&#233;rer que le r&#232;gne min&#233;ral regroupe tout ce qui n'est pas organique : de ce point de vue, les gaz vont partie du min&#233;ral. Signalons que, parmi les fondateurs et &#224; notre connaissance, seul Rusch emploie aussi la d&#233;signation d'engrais de synth&#232;se (sur les engrais de synth&#232;se, voir La f&#233;condit&#233; du sol, p. 288-291 ; sur la nocivit&#233; des produits de synth&#232;se en g&#233;n&#233;ral, cf. p. 29-32 pour qualifier les fumures agrochimiques : ce fait m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233; parce que c'est l'appellation retenue dans les cahiers des charges de l'agriculture biologique contemporaine (qui a pour principe g&#233;n&#233;ral d'exclure les produits chimiques de synth&#232;se).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-232' id='nb3-232' class='spip_note' title='Notes 3-232' rev='footnote'&gt;232&lt;/a&gt;] &#171; Mais qui dit aujourd'hui &#171; fertilisation min&#233;rale &#187; dit &#171; for&#231;age &#187;, et il n'y a pas de for&#231;age possible sans azote chimique ; l'azote est le pivot de la fertilisation chimique &#187; (Cf. La f&#233;condit&#233; du sol, p. 24). Parmi ceux qui proposent des innovations d'envergure pour l'agriculture, Beno&#238;t No&#235;l reconna&#238;t cette importance de l'azote m&#234;me au-del&#224; de l'agrochimie et consid&#232;re que ses recherches pr&#233;parent le passage de &#171; l'agriculture de l'azote &#224; l'agriculture du carbone &#187; (No&#235;l B., Communication personnelle).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-233' id='nb3-233' class='spip_note' title='Notes 3-233' rev='footnote'&gt;233&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 78.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-234' id='nb3-234' class='spip_note' title='Notes 3-234' rev='footnote'&gt;234&lt;/a&gt;] Ibid., p. 155.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-235' id='nb3-235' class='spip_note' title='Notes 3-235' rev='footnote'&gt;235&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-236' id='nb3-236' class='spip_note' title='Notes 3-236' rev='footnote'&gt;236&lt;/a&gt;] Ibid., p. 100. Sur ce point, l'auteur s'appuie sur le travail de W. Abrecht.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-237' id='nb3-237' class='spip_note' title='Notes 3-237' rev='footnote'&gt;237&lt;/a&gt;] Ibid., p. 155.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-238' id='nb3-238' class='spip_note' title='Notes 3-238' rev='footnote'&gt;238&lt;/a&gt;] Ibid., p. 141.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-239' id='nb3-239' class='spip_note' title='Notes 3-239' rev='footnote'&gt;239&lt;/a&gt;] Un mauvais travail du sol, dont l'exc&#232;s de labour, serait &#224; l'origine du Dust Bowl. C'est surtout en r&#233;action &#224; ces probl&#232;mes que les Techniques Culturales Simplifi&#233;es auraient &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es aux Etats-Unis (No&#235;l B., Communication personnelle).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-240' id='nb3-240' class='spip_note' title='Notes 3-240' rev='footnote'&gt;240&lt;/a&gt;] Ibid., p.155. Plus largement, sur la structure grumeleuse selon Rusch, voir les pages 143-149.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-241' id='nb3-241' class='spip_note' title='Notes 3-241' rev='footnote'&gt;241&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-242' id='nb3-242' class='spip_note' title='Notes 3-242' rev='footnote'&gt;242&lt;/a&gt;] Ibid., p.100.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-243' id='nb3-243' class='spip_note' title='Notes 3-243' rev='footnote'&gt;243&lt;/a&gt;] Ibid., p.101 et 99.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-244' id='nb3-244' class='spip_note' title='Notes 3-244' rev='footnote'&gt;244&lt;/a&gt;] Cf. La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 96.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-245' id='nb3-245' class='spip_note' title='Notes 3-245' rev='footnote'&gt;245&lt;/a&gt;] Ibid., p. 77 et 112.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-246' id='nb3-246' class='spip_note' title='Notes 3-246' rev='footnote'&gt;246&lt;/a&gt;] Ibid., p. 101.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-247' id='nb3-247' class='spip_note' title='Notes 3-247' rev='footnote'&gt;247&lt;/a&gt;] Ibid., p. 306. Hans Peter Rusch rejoint ici les observations de Masanobu Fukuoka et d'Howard sur l'impasse pour l'agriculture de son entr&#233;e sous la d&#233;pendance de l'industrie (cf &#167; 22).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-248' id='nb3-248' class='spip_note' title='Notes 3-248' rev='footnote'&gt;248&lt;/a&gt;] Ibid., p. 9.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-249' id='nb3-249' class='spip_note' title='Notes 3-249' rev='footnote'&gt;249&lt;/a&gt;] Ibid., p. 24.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-250' id='nb3-250' class='spip_note' title='Notes 3-250' rev='footnote'&gt;250&lt;/a&gt;] Joyeux H., Changez d'alimentation, Pr&#233;vention des cancers, Faut-il manger Bio ?, Ed. F.-X. de Guibert, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-251' id='nb3-251' class='spip_note' title='Notes 3-251' rev='footnote'&gt;251&lt;/a&gt;] La f&#233;condit&#233; du sol, p. 306.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-252' id='nb3-252' class='spip_note' title='Notes 3-252' rev='footnote'&gt;252&lt;/a&gt;] Cf. aussi le paragraphe intitul&#233; &#171; La mort du sol et de la pens&#233;e &#187;, p. 94-96.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-253' id='nb3-253' class='spip_note' title='Notes 3-253' rev='footnote'&gt;253&lt;/a&gt;] Ibid., p. 24-25.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-254' id='nb3-254' class='spip_note' title='Notes 3-254' rev='footnote'&gt;254&lt;/a&gt;] Ibid., p. 307-308.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-255' id='nb3-255' class='spip_note' title='Notes 3-255' rev='footnote'&gt;255&lt;/a&gt;] Ibid., p. 305.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-256' id='nb3-256' class='spip_note' title='Notes 3-256' rev='footnote'&gt;256&lt;/a&gt;] Schr&#246;dinger, E., Qu'est-ce que la vie ?, De la physique &#224; la biologie, Seuil, 1986, (1967), 242 p., p. 40-43 ; 167 ; 187 ; 201.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-257' id='nb3-257' class='spip_note' title='Notes 3-257' rev='footnote'&gt;257&lt;/a&gt;] Sur le rapport de Rusch &#224; ces auteurs, on verra notamment, sur Schr&#246;dinger, les pages 67, 89, et 310 ; sur Bertalanffy, les pages 67, et 89-92.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-258' id='nb3-258' class='spip_note' title='Notes 3-258' rev='footnote'&gt;258&lt;/a&gt;] Selon l'expression de Jeanne-Marie Viel, lors de la soutenance de la th&#232;se de Solenne Piriou (Rennes, 2002).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-259' id='nb3-259' class='spip_note' title='Notes 3-259' rev='footnote'&gt;259&lt;/a&gt;] Dans un chapitre intitul&#233; &#171; Une critique des lois de l'agronomie &#187;, p. 69-103.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-260' id='nb3-260' class='spip_note' title='Notes 3-260' rev='footnote'&gt;260&lt;/a&gt;] AN p. 82.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-261' id='nb3-261' class='spip_note' title='Notes 3-261' rev='footnote'&gt;261&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-262' id='nb3-262' class='spip_note' title='Notes 3-262' rev='footnote'&gt;262&lt;/a&gt;] Cf. L'agriculture naturelle, p. 72.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-263' id='nb3-263' class='spip_note' title='Notes 3-263' rev='footnote'&gt;263&lt;/a&gt;] Il est possible que ce d&#233;bat renvoie &#224; l'&#233;mergence anti-intellectualiste et antirationaliste de la science moderne telle que mise en &#233;vidence par Whitehead dans La science et le monde moderne (p.33). En s'accrochant au faits exp&#233;rimentaux pour construire son savoir, la science moderne &#233;vite de mettre en discussion la pertinence, non pas de sa m&#233;thodologie, mais de la direction dans laquelle elle regarde et envisage le r&#233;el.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-264' id='nb3-264' class='spip_note' title='Notes 3-264' rev='footnote'&gt;264&lt;/a&gt;] AN, p. 82.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-265' id='nb3-265' class='spip_note' title='Notes 3-265' rev='footnote'&gt;265&lt;/a&gt;] Ibid., p. 83.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-266' id='nb3-266' class='spip_note' title='Notes 3-266' rev='footnote'&gt;266&lt;/a&gt;] Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 80-81. L'id&#233;e que les hauts rendements agrochimiques ne durent pas et se &#171; payent &#187; t&#244;t ou tard, par des retours de b&#226;ton, avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; soulign&#233;e par Karl Marx ou Sir Albert Howard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-267' id='nb3-267' class='spip_note' title='Notes 3-267' rev='footnote'&gt;267&lt;/a&gt;] Ibid., p. 77.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-268' id='nb3-268' class='spip_note' title='Notes 3-268' rev='footnote'&gt;268&lt;/a&gt;] Ibid., p. 69.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-269' id='nb3-269' class='spip_note' title='Notes 3-269' rev='footnote'&gt;269&lt;/a&gt;] Mazoyer M et Roudart L., Histoire des agricultures du monde, op. cit., p. 387-389.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-270' id='nb3-270' class='spip_note' title='Notes 3-270' rev='footnote'&gt;270&lt;/a&gt;] AN, p. 71&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-271' id='nb3-271' class='spip_note' title='Notes 3-271' rev='footnote'&gt;271&lt;/a&gt;] Ibid., p. 79&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-272' id='nb3-272' class='spip_note' title='Notes 3-272' rev='footnote'&gt;272&lt;/a&gt;] Ibid., p. 69-70. On ne reprochera pas &#224; un lointain japonais de ne pas l'attribuer &#224; Carl Philip Sprengel, &#233;tant donn&#233; qu'avant les travaux tout r&#233;cents de Nathalie Jas (cf. plus haut, le &#167; 33122), bien peu de personnes connaissaient cette pr&#233;s&#233;ance historique en France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-273' id='nb3-273' class='spip_note' title='Notes 3-273' rev='footnote'&gt;273&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, p. 70.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-274' id='nb3-274' class='spip_note' title='Notes 3-274' rev='footnote'&gt;274&lt;/a&gt;] Ibid., p. 71.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-275' id='nb3-275' class='spip_note' title='Notes 3-275' rev='footnote'&gt;275&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-276' id='nb3-276' class='spip_note' title='Notes 3-276' rev='footnote'&gt;276&lt;/a&gt;] Ibid., p. 75.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-277' id='nb3-277' class='spip_note' title='Notes 3-277' rev='footnote'&gt;277&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-278' id='nb3-278' class='spip_note' title='Notes 3-278' rev='footnote'&gt;278&lt;/a&gt;] Feller M. et Manlay R., Evolution des concepts d'humus et de fertilit&#233; sur trois si&#232;cles dans une optique de rendements soutenus, Ed. GCBR / Universit&#233; de Laval, Publication n&#176; 146, Qu&#233;bec, 21 p., p. 07.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-279' id='nb3-279' class='spip_note' title='Notes 3-279' rev='footnote'&gt;279&lt;/a&gt;] Sur ce point encore, comme nous l'avons signal&#233; plus haut, Marika Blondel-Megrelis consid&#232;re que Liebig lui-m&#234;me a &#233;volu&#233; d'une statique des &#233;l&#233;ments chimiques &#224; la prise en compte de la question de l'assimilabilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-280' id='nb3-280' class='spip_note' title='Notes 3-280' rev='footnote'&gt;280&lt;/a&gt;] L'agriculture naturelle, p. 76.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-281' id='nb3-281' class='spip_note' title='Notes 3-281' rev='footnote'&gt;281&lt;/a&gt;] On peut relever encore une autre incertitude de son sch&#233;ma. Bien qu'il place le tonneau des &#233;l&#233;ments nutritifs en derni&#232;re position, il situe aussi le facteur &#171; Fertilisants et engrais &#187; en troisi&#232;me position : ne s'agit-il pas du m&#234;me facteur ? Certes, la cat&#233;gorie &#171; Fertilisants et engrais &#187; d&#233;passe les seuls min&#233;raux nutritifs - on pense bien-s&#251;r aux divers engrais organiques - mais elle les englobe n&#233;anmoins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-282' id='nb3-282' class='spip_note' title='Notes 3-282' rev='footnote'&gt;282&lt;/a&gt;] Blondel-M&#233;grelis M., Agriculture et &#233;quilibres au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, in Acot, P., (dir), La ma&#238;trise du milieu, Vrin, Publication de l'Institut Interdisciplinaire d'Etudes Epist&#233;mologiques, 1994, 151 p, p. 15-38, p. 30-31. Une autre citation de Liebig, donn&#233; dans cet article, montre cette inversion de l'importance de la question min&#233;rale, accessoire ou fondamentale, entre le chimiste de Giessen et le paysan de Shikoku : &#171; On ne con&#231;oit pas qu'on ait pu nier si longtemps la part que les &#233;l&#233;ments du sol prennent &#224; la prosp&#233;rit&#233; des v&#233;g&#233;taux, et qu'on ait pu consid&#233;rer comme accessoires les substances min&#233;rales renferm&#233;es dans les plantes &#187; (cf. Liebig J., La chimie organique appliqu&#233;e &#224; l'agriculture et &#224; la physiologie v&#233;g&#233;tale, p. 231). Le caract&#232;re parfois rh&#233;torique et pol&#233;mique du travail de Liebig transpara&#238;t un peu ici : Liebig n'est sans doute pas sans ignorer que les amendements traditionnels ont compris parfois des chaulages ou d'autres apports min&#233;raux. Tracer une ligne stricte entre la tradition paysanne et la th&#233;orie min&#233;rale est abusif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-283' id='nb3-283' class='spip_note' title='Notes 3-283' rev='footnote'&gt;283&lt;/a&gt;] Blondel-M&#233;grelis M., ibid., p. 25.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-284' id='nb3-284' class='spip_note' title='Notes 3-284' rev='footnote'&gt;284&lt;/a&gt;] Fukuoka M., AN, p. 75.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-285' id='nb3-285' class='spip_note' title='Notes 3-285' rev='footnote'&gt;285&lt;/a&gt;] Ibid., p. 76.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-286' id='nb3-286' class='spip_note' title='Notes 3-286' rev='footnote'&gt;286&lt;/a&gt;] Ibid., p. 76-77.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-287' id='nb3-287' class='spip_note' title='Notes 3-287' rev='footnote'&gt;287&lt;/a&gt;] Cf. Blondel-M&#233;grelis, M., Agriculture et &#233;quilibres au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, op. cit., p. 30. Selon Marika Blondel-Megrelis, Boussinguault aurait insist&#233; sur ce point et d'autres relativisant la pertinence de la seule analyse chimique des bilans entr&#233;es/sorties du sol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-288' id='nb3-288' class='spip_note' title='Notes 3-288' rev='footnote'&gt;288&lt;/a&gt;] AN, p. 77.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-289' id='nb3-289' class='spip_note' title='Notes 3-289' rev='footnote'&gt;289&lt;/a&gt;] AN, p. 75.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-290' id='nb3-290' class='spip_note' title='Notes 3-290' rev='footnote'&gt;290&lt;/a&gt;] Sur le plan agronomique, Masanobu Fukuoka est le plus r&#233;volutionnaire des fondateurs de l'agriculture biologique. Or il est justement remarquable qu'il critique aussi bien, d'un c&#244;t&#233; l'agrochimie et l'agronomie moderne, de l'autre la tradition paysanne et l'agriculture biologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-291' id='nb3-291' class='spip_note' title='Notes 3-291' rev='footnote'&gt;291&lt;/a&gt;] Blondel-Megrelis, M., Agriculture et &#233;quilibres au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ibid., p. 31.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-292' id='nb3-292' class='spip_note' title='Notes 3-292' rev='footnote'&gt;292&lt;/a&gt;] Il s'agit d'un des principes de base de l'agriculture biologique, qui, en raison de sa clart&#233; p&#233;dagogique, est largement diffus&#233; aupr&#232;s du public s'int&#233;ressant &#224; la bio. On le trouve formul&#233; tel quel chez Pfeiffer (cf. La f&#233;condit&#233; de la terre, p. 12 et 85).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-293' id='nb3-293' class='spip_note' title='Notes 3-293' rev='footnote'&gt;293&lt;/a&gt;] A l'&#233;poque de la publication de la septi&#232;me &#233;dition de son ouvrage majeur, La chimie organique appliqu&#233;e &#224; l'agriculture et &#224; la physiologie v&#233;g&#233;tale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-294' id='nb3-294' class='spip_note' title='Notes 3-294' rev='footnote'&gt;294&lt;/a&gt;] Sur l'importance sociale de l'id&#233;e de boucler les cycles de mati&#232;res jusqu'aux ann&#233;es 1870, voir le travail r&#233;cent de Sabine Barles intitul&#233; L'invention des d&#233;chets urbains, France, 1790-1970.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-295' id='nb3-295' class='spip_note' title='Notes 3-295' rev='footnote'&gt;295&lt;/a&gt;] Blondel-Megrelis, M., Agriculture et &#233;quilibres au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ibid., p. 28. On croirait entendre Howard, rappelant l'origine de maintes chutes de civilisation &#224; la suite de la perte de fertilit&#233; de leurs sols. Mais ce serait bien-s&#251;r oublier que Liebig ne prend en compte que les min&#233;raux du sol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-296' id='nb3-296' class='spip_note' title='Notes 3-296' rev='footnote'&gt;296&lt;/a&gt;] Liebig, J., Lettres sur l'agriculture moderne, p. 165, cit&#233; in Blondel-Megrelis, M., Agriculture et &#233;quilibres au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ibid., p. 28.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-297' id='nb3-297' class='spip_note' title='Notes 3-297' rev='footnote'&gt;297&lt;/a&gt;] Liebig J., Les lois naturelles de l'agriculture, I, (1862), p.159, cit&#233; in Blondel-Megrelis, M., Agriculture et &#233;quilibres au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ibid., p. 28&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-298' id='nb3-298' class='spip_note' title='Notes 3-298' rev='footnote'&gt;298&lt;/a&gt;] Pour un &#233;tat r&#233;cent de la question du progr&#232;s, cf. Bourg, D. et Besnier J.-M., (dir.), Peut-on encore croire au progr&#232;s ?, PUF, 2000, 280 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-299' id='nb3-299' class='spip_note' title='Notes 3-299' rev='footnote'&gt;299&lt;/a&gt;] Cf. Liebig, J., La chimie organique appliqu&#233;e &#224; l'agriculture et &#224; la physiologie v&#233;g&#233;tale, p. 252 et 264, cit&#233; in Blondel-Megrelis, M., Agriculture et &#233;quilibres au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ibid., p. 26-27 et 36.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vers une agriculture plus scientifique ? Les t&#226;tonnements de l'agriculture biologique naissante</title>
		<link>http://www.ecolotech.eu/Vers-une-agriculture-plus-scientifique-Les-tatonnements-de.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques PYRAT</dc:creator>



		<description>Nous allons maintenant introduire aux th&#233;ories et techniques agricoles propos&#233;es par Howard, Rusch, et Masanobu Fukuoka. L'agronomie howardienne : compostage, importance des mycorhizes, et engrais verts Plus importantes que ses recherches d'am&#233;lioration vari&#233;tales, et prioritaires &#224; ses yeux sur celles-ci, furent ses recherches sur la fertilit&#233; du sol. Pour Sir Albert Howard, la for&#234;t repr&#233;sente l'exemple concret le plus parfait du fonctionnement de la nature. Il consid&#232;re que la for&#234;t se fertilise (...)

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&lt;a href="http://www.ecolotech.eu/-L-ensemble-technique-agrobiologique-une-approche-centree-.html" rel="directory"&gt;L'ensemble technique agrobiologique : une approche centree sur le sol&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous allons maintenant introduire aux th&#233;ories et techniques agricoles propos&#233;es par Howard, Rusch, et Masanobu Fukuoka.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;L'agronomie howardienne : compostage, importance des mycorhizes, et engrais verts&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Plus importantes que ses recherches d'am&#233;lioration vari&#233;tales, et prioritaires &#224; ses yeux sur celles-ci, furent ses recherches sur la fertilit&#233; du sol. Pour Sir Albert Howard, la for&#234;t repr&#233;sente l'exemple concret le plus parfait du fonctionnement de la nature. Il consid&#232;re que la for&#234;t se fertilise elle-m&#234;me et ne souffre d'aucune carence. Loin d'&#234;tre le premier &#224; penser ainsi, il s'inspira d'une image g&#233;n&#233;raliste du fonctionnement forestier pour envisager l'agriculture [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Gregory Barton &#233;voque plusieurs auteurs comme l'agriculteur John Lorain (...)' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Sur ce mod&#232;le, la fabrication d'humus et la dynamique du sol l'occup&#232;rent tout sp&#233;cialement. Howard travailla sur la question de l'a&#233;ration et de l'humidit&#233; du sol, particuli&#232;rement en mettant au point des techniques de drainage et une technique de compostage. Sa technique de compostage, que nous pr&#233;senterons dans un premier point, est devenue c&#233;l&#232;bre : elle s'enseigne et se pratique encore aujourd'hui dans diff&#233;rents pays, parfois avec des modifications, comme dans le cas du proc&#233;d&#233; Bangalore [&lt;a href='#nb4-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Mustin M., Le compost, Gestion de la mati&#232;re organique, Ed. Fran&#231;ois (...)' id='nh4-2'&gt;2&lt;/a&gt;]. Nous la pr&#233;senterons dans un premier point. Nous ne discuterons pas, dans ce paragraphe, l'interpr&#233;tation howardienne de la for&#234;t, ni la coh&#233;rence de son ensemble technique agricole avec ce mod&#232;le. C'est que nous consid&#233;rons que cette question pr&#233;sente un caract&#232;re fondamental. Nous avons donc trouv&#233; plus judicieux de la traiter dans notre quatri&#232;me et derni&#232;re partie, &#224; la fois plus synth&#233;tique et plus sp&#233;culative. En revanche, nous allons analyser ici un aspect agronomique important de la pens&#233;e howardienne, dans la mesure o&#249; il s'agit de sa justification scientifique [&lt;a href='#nb4-3' class='spip_note' rel='footnote' title='J'entends ici &#171; justification scientifique &#187; au sens ordinaire, c'est-&#224;-dire (...)' id='nh4-3'&gt;3&lt;/a&gt;] principale du r&#244;le de l'humus dans l'alimentation normale des plantes terrestres. Le second point de ce paragraphe portera ainsi sur le r&#244;le central des mycorhizes chez Howard. Cependant, tout en s'inspirant de l'&#233;cosyst&#232;me forestier, Howard a aussi subi l'influence de l'enseignement et de la recherche agronomique de son temps. Ces deux types d'inspirations ne convergent pas forc&#233;ment. Un exemple caract&#233;ristique du manque d'articulation des deux sources r&#233;side dans la question des engrais verts, question agronomique qu'il appara&#238;t bien difficile de relier de mani&#232;re coh&#233;rence &#224; un mod&#232;le forestier. Un aper&#231;u des propositions howardiennes pour am&#233;liorer la gestion des engrais verts formera notre troisi&#232;me et dernier point.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le proc&#233;d&#233; de compostage Indore&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Pour Howard, la R&#233;volution industrielle a modifi&#233; l'&#233;quilibre de l'agriculture. En cr&#233;ant des &#171; faims &#187; nouvelles, celles des populations urbaines et celles des machines, tout en diminuant la main-d'&#339;uvre disponible aux champs, la R&#233;volution industrielle a renforc&#233; l'exploitation des terres agricoles. Il faudrait ajouter que la m&#233;canisation et la sp&#233;cialisation croissantes de l'agriculture, tout en permettant une exploitation accrue des sols, ont fait diminuer le b&#233;tail et donc le fumier disponible. Liebig et d'autres ont cru que les engrais min&#233;raux pourraient combler l'&#233;cart se creusant entre, d'un c&#244;t&#233;, l'exportation de la fertilit&#233; &#224; travers les r&#233;coltes, et, de l'autre, la n&#233;cessaire fertilisation. D'autres ont propos&#233; d'am&#233;liorer la gestion du fumier et d'int&#233;grer les engrais chimiques ou d'autres innovations, tels les engrais verts ou encore les inoculations biologiques [&lt;a href='#nb4-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur les tentatives d'engrais biologiques &#224; partir d'inoculations de (...)' id='nh4-4'&gt;4&lt;/a&gt;], en fonction de leur efficacit&#233;. Howard, quant &#224; lui, sans ignorer les engrais verts et d'autres techniques secondaires, proposera essentiellement d'am&#233;liorer fumiers [&lt;a href='#nb4-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Il consid&#233;rait que la gestion du fumier de ferme &#233;tait le point le plus (...)' id='nh4-5'&gt;5&lt;/a&gt;] et composts et de maximiser la production de ces amendements en les encourageant par des l&#233;gislations appropri&#233;es [&lt;a href='#nb4-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard n'a pas atteint son objectif de soutien politique et l&#233;gislatif (...)' id='nh4-6'&gt;6&lt;/a&gt;]. Tandis que Liebig et ses partisans avaient propos&#233; une &lt;em&gt;Loi de restitution&lt;/em&gt; bas&#233;s sur les seuls &lt;em&gt;&#233;l&#233;ments &lt;/em&gt;min&#233;raux du sol, Howard, afin de maintenir l'&#233;quilibre entre les &#171; deux moiti&#233;s du cycle vital &#187; de l'agriculture [&lt;a href='#nb4-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. TA, p. 204.' id='nh4-7'&gt;7&lt;/a&gt;], d&#233;fendra sa &#171; grande loi du Retour &#187;, en tenant compte non seulement des &#233;l&#233;ments du sol mais aussi des &lt;em&gt;processus&lt;/em&gt; forestiers macroscopiques [&lt;a href='#nb4-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Barton, G., Sir Albert Howard and the Forestry Roots of the Organic Farming (...)' id='nh4-8'&gt;8&lt;/a&gt;] et du principe oriental de la Roue de la vie. Par rapport &#224; l'agrochimie, Howard allait chercher &lt;em&gt;moins loin&lt;/em&gt; des produits &lt;em&gt;moins transform&#233;s&lt;/em&gt; pour assurer la fertilisation. De m&#234;me, son proc&#233;d&#233; de compostage, en innovant par rapport aux techniques traditionnelles, n'exigeait pratiquement que la connaissance paysanne ordinaire et non une formation de chimiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est entre 1924 et 1931 que Sir Albert Howard a mis au point en Inde sa m&#233;thode de compostage. Il en a donn&#233; une description d&#233;taill&#233; dans deux livres, l'un paru en 1931, intitul&#233; &lt;em&gt;The Waste Products of Agriculture, Their Utilization as Humus&lt;/em&gt;, le second publi&#233; en 1940 et intitul&#233; &lt;em&gt;An Agricultural Testament&lt;/em&gt;. Le principe g&#233;n&#233;ral du proc&#233;d&#233; Indore [&lt;a href='#nb4-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Pr&#233;sent&#233; dans ses bases aux pages 37-48 du Testament agricole. Le nom de (...)' id='nh4-9'&gt;9&lt;/a&gt;] consiste &#224; r&#233;colter et m&#233;langer les d&#233;chets v&#233;g&#233;taux et animaux de la zone cultiv&#233;e et &#224; les rassembler en tas ou en fosse avec une base destin&#233;e &#224; neutraliser l'acidit&#233;. Il faut ensuite garder ces r&#233;sidus &#224; un degr&#233; d'humidit&#233; ressemblant &#224; celui d'une &#233;ponge press&#233;e, et retourner deux fois la masse. On obtient, au bout de trois mois, un compost riche et &#233;miett&#233;, contenant des nutriments et des &#171; organismes &#187; essentiels &#224; la croissance des plantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 11 &#8211; Le proc&#233;d&#233; de compostage Indore [&lt;a href='#nb4-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Mustin M., Le compost, Ed. Dubusc, Paris, p. 596.' id='nh4-10'&gt;10&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard reconnaissait que son proc&#233;d&#233; de compostage ressemblait aux techniques traditionnelles, en visant &#224; favoriser ou induire l'action microbienne par l'action de l'air et de l'humidit&#233;. Une preuve &#233;vidente de la continuit&#233; du travail d'Howard avec les techniques d'amendement du pass&#233; se trouve dans le m&#234;me type d'inventaire &#171; &#224; la Pr&#233;vert &#187; que l'on retrouve dans la liste des produits v&#233;g&#233;taux et animaux que l'agronome anglais d&#233;clarait valables pour le compost : du c&#244;t&#233; des v&#233;g&#233;taux, il y a les &#171; paille, balle d'avoine, foin et tr&#232;fle vari&#233;s, broussailles, mauvaises herbes, y compris plantes aquatiques et algues, d&#233;chets de tailles, houblon, tiges de pommes de terre, d&#233;chets de jardinage comprenant ceux des serres, des foug&#232;res, des feuilles mortes, de la sciure et des copeaux de bois. Une quantit&#233; limit&#233;e d'autres produits d'origine v&#233;g&#233;tale, tels que les cosses des graines de coton, du cacao et des cacahu&#232;tes, ainsi que des tiges de bananes sont &#233;galement disponibles aux environs de certaines grandes villes &#187;. Il ajoutait que l'on cultivait en plus, dans les r&#233;gions tropicales et subtropicales, des plantes &#171; cultiv&#233;es pour l'obtention de produits compostables aux bords des champs, des routes et dans chaque coin libre disponible &#187;. Au niveau des r&#233;sidus animaux, ils sont &#171; toujours les m&#234;mes dans le monde entier : l'urine et les excr&#233;ments du b&#233;tail, la fiente des volailles, les d&#233;chets de cuisine, y compris les os &#187;. Et l&#224; o&#249; le b&#233;tail manque, Howard invitait &#224; utiliser des succ&#233;dan&#233;s, &#171; tels que farine de sang, d&#233;chets d'abattoirs, farine de sabots et corne, engrais de poissons, etc &#187; [&lt;a href='#nb4-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Testament agricole, p. 39-41.' id='nh4-11'&gt;11&lt;/a&gt;]. &lt;em&gt;Grosso modo&lt;/em&gt;, les mati&#232;res premi&#232;res du compost correspondait &#224; tout ce que l'on pouvait trouver d'origine organique. Venons-en maintenant aux processus et organismes qui dirigent le compostage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard soulignait que ce n'&#233;tait pas l'action de l'homme qui faisait le compost mais celle des &#234;tres vivants, et il rappelait que ceux-ci pr&#233;paraient &#171; l'humus id&#233;al &#187; sur le sol de la for&#234;t [&lt;a href='#nb4-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardening for health or disease, chapitre XIII et (...)' id='nh4-12'&gt;12&lt;/a&gt;], tout comme ils gouvernaient les processus du tas de compost du d&#233;but &#224; la fin. Dans les am&#233;liorations qu'il a apport&#233;es au proc&#233;d&#233; Indore, Howard s'est appuy&#233; sur deux travaux principaux, celui du microbiologiste Selman Abraham Waksman [&lt;a href='#nb4-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Waksman S.-A., Humus, Origin, chemical composition and importance in (...)' id='nh4-13'&gt;13&lt;/a&gt;], lequel insistait sur le r&#244;le des microorganismes dans la formation d'humus et sur la bonne composition des d&#233;chets &#224; employer, et ceux de H.-B. Hutchinson et E.-H. Richards sur le fumier artificiel. Hutchinson et Richards illustrent un aspect m&#233;connu de la recherche agronomique &#171; officielle &#187;, celle de l'am&#233;lioration de la gestion du fumier. Howard appr&#233;cie ces efforts, mais il reproche aux p&#232;res du proc&#233;d&#233; ADCO, mis au point au sein de la c&#233;l&#232;bre station de recherche agronomique de Rothamsted, d'avoir eu recours &#224; des produits de synth&#232;se pour am&#233;liorer le compostage. De plus, toujours fid&#232;le &#224; son double souci agronomique et socio-&#233;conomique, Howard leur reproche aussi l'entrave au progr&#232;s de la recherche par la prise de brevet sur le proc&#233;d&#233; ADCO :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Hutchinson et Richards se sont rapproch&#233;s le plus du proc&#233;d&#233; Indore, mais ils commirent deux fautes fatales : 1) l'emploi de produits chimiques comme activateurs &#224; la place de l'urine, pour stimuler la d&#233;gradation des d&#233;chets v&#233;g&#233;taux ; et 2) les brevets pris concernant le proc&#233;d&#233; ADCO. L'urine se compose du liquide de drainage de chaque cellule et de chaque glande du corps animal, qui contient non seulement l'azote et les produits min&#233;raux, indispensables aux champignons et aux bact&#233;ries qui d&#233;gradent la cellulose, mais encore toutes les substances de croissance accessoires. Les poudres ADCO contiennent principalement des produits chimiques fabriqu&#233;s en usine et de la chaux &#8211; liants d'une valeur beaucoup moindre que les cendres de bois ou la terre utilis&#233;es dans le proc&#233;d&#233; Indore. Le proc&#233;d&#233; ADCO attire l'attention beaucoup plus sur le rendement que sur la qualit&#233;. Il introduit dans le compostage la m&#234;me erreur fondamentale faite en agriculture, l'emploi de produits chimiques &#224; la place de fumiers naturels. De plus, l'octroi d'un brevet, m&#234;me si l'on n'en retire aucun b&#233;n&#233;fice personnel, comme dans le cas pr&#233;sent, cr&#233;&#233; toujours des barri&#232;res pour le chercheur, qui devient l'esclave de son propre syst&#232;me. L'inflexibilit&#233; l'emporte sur la souplesse, chaque progr&#232;s devient alors difficile et m&#234;me impossible. Le proc&#233;d&#233; ADCO a &#233;t&#233; brevet&#233;e en 1916 et est rest&#233; sans aucune modification jusqu'en 1940 &#187; [&lt;a href='#nb4-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Testament agricole, p. 50-51.' id='nh4-14'&gt;14&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face au proc&#233;d&#233; ADCO, Howard vante l'adaptabilit&#233; du proc&#233;d&#233; Indore aux conditions les plus vari&#233;es, gr&#226;ce &#224; son recours &#224; des mat&#233;riaux naturels et &#224; des d&#233;chets imm&#233;diatement disponibles. Bien s&#251;r, il y a aussi, dans le point de vue howardien, une part d'id&#233;ologie biologique ou de biologisme dans le fait de d&#233;nigrer tout recours &#224; des produits transform&#233;s par synth&#232;se artificielle. La certitude du primat de l'action d'&#234;tres vivants &#224; la base des m&#233;canismes de la fertilit&#233; tend peu ou prou, chez les fondateurs, &#224; faire manquer de discernement sur les processus physiques et chimiques, voire m&#234;me sur les processus biochimiques, en cause dans la fertilit&#233; &#8211; comme la photosynth&#232;se. Sous cet angle, il est compr&#233;hensible que Howard se sente en retrait vis-&#224;-vis de Hutchinson et Richards, et plus proche des travaux de Waksman sur l'humus et les microorganismes : d'une part, ces derniers n'ont pas besoin de produits issus de l'artifice humain pour r&#233;ussir l'humification dans la nature, d'autre part, ils sont situ&#233;s, chez Howard comme chez Rusch, &#224; la base des processus de l'apparition de la fertilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son principe g&#233;n&#233;ral, l'art de la pr&#233;paration du compost consiste alors seulement &#224; procurer aux agents biologiques les conditions pour qu'ils travaillent avec la plus grande intensit&#233;, efficacit&#233;, et rapidit&#233;. Passons maintenant en revue les trois principaux points techniques &#224; mettre en &#339;uvre pour cela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;L'adjonction de corps basiques pour neutraliser l'acidit&#233; exc&#233;dentaire&lt;/em&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Pendant la fabrication de l'humus, le m&#233;lange qui fermente devient rapidement acide. L'acidit&#233; doit &#234;tre neutralis&#233;e ; sinon l'activit&#233; des microorganismes ne peut pas progresser &#224; la vitesse convenable. Une base est donc n&#233;cessaire. L&#224; o&#249; du carbonate de calcium ou du carbonate de potassium est disponible, sous forme de calcaire pulv&#233;ris&#233; ou de cendre de bois, ces corps seuls ou ensemble, ou m&#233;lang&#233;s avec de la terre, fournissent une base commode pour assurer la r&#233;action g&#233;n&#233;rale dans les limites optima (PH 7-8) convenant aux microorganismes qui d&#233;gradent la cellulose. L&#224; o&#249; il n'est pas possible de se procurer de la cendre de bois, du calcaire ou de la chaux, on peut employer de la terre seule. On peut utiliser &#233;galement la chaux &#233;teinte, mais elle convient moins bien que les carbonates. La chaux vive est une base beaucoup trop forte &#187; [&lt;a href='#nb4-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 42-43.' id='nh4-15'&gt;15&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Broyage et recherche d'une proportion carbone-azote autour de 33/1&lt;/em&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour faciliter les processus du compostage, Howard pr&#233;conisait de casser les barri&#232;res protectrices naturelles des r&#233;sidus v&#233;g&#233;taux les plus durs et de rechercher un &#233;quilibre chimique des mat&#233;riaux rassembl&#233;s favorables &#224; l'attaque par les microorganismes : &#171; Un entretien ininterrompu avec divers r&#233;sidus secs pendant toute l'ann&#233;e, dans un &#233;tat de division convenable, est le facteur essentiel de ce proc&#233;d&#233;. La composition chimique id&#233;ale de ces produits devrait &#234;tre telle qu'apr&#232;s usage comme liti&#232;re pour le b&#233;tail, la proportion carbone-azote devrait &#234;tre d'environ 33/1. Le produit devrait accuser un &#233;tat physique favorable &#224; l'acc&#232;s facile des champignons et des bact&#233;ries, leur permettant de d&#233;grader les tissus rapidement. L'&#233;corce constituant la protection naturelle de la cellulose et de la lignine contre l'invasion des champignons doit &#234;tre d&#233;truite en premier lieu. C'est la raison pour laquelle tous les corps ligneux &#8211; tels que les tiges du coton et des pois chiches &#8211; sont toujours r&#233;pandus, avant le compostage, sur les routes qui m&#232;nent &#224; Indore o&#249; ils sont broy&#233;s finement par la circulation &#187; [&lt;a href='#nb4-16' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 40.' id='nh4-16'&gt;16&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette m&#234;me perspective, et tenant compte de la difficult&#233; &#224; obtenir de bons r&#233;sultats directement au sol par la culture des engrais verts, Howard proposait, un peu &#224; la mani&#232;re des paysans d'Orient qui semaient des plantes compostables dans les endroits disponibles non cultiv&#233;s, d'utiliser &#171; des plantes &#224; engrais verts pour le compostage &#187;. L'int&#233;r&#234;t de l'ajout de cette masse riche en azote &#233;tait l'am&#233;lioration du rapport C/N et donc du processus dans son ensemble : &#171; Il a &#233;t&#233; reconnu comme extr&#234;mement profitable pour la transformation en humus de corps pauvres en azote (comme les feuilles de la canne &#224; sucre et les tiges de coton) de m&#233;langer ces substances coriaces avec de la masse verte &#224; l&#233;gumineuse. La production d'humus se trouve ainsi acc&#233;l&#233;r&#233;e et simplifi&#233;e, la quantit&#233; d'eau n&#233;cessaire est diminu&#233;e et la terre qui produit la masse verte en est favorablement influenc&#233;e &#187; [&lt;a href='#nb4-17' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 94-95.' id='nh4-17'&gt;17&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Humidit&#233; et a&#233;ration :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut de l'eau pendant toute la pr&#233;paration de l'humus et une a&#233;ration abondante est &#233;galement essentielle durant les premiers stades. Lorsque l'on utilise &#171; trop d'eau, l'a&#233;ration de la masse est entrav&#233;e, la fermentation a&#233;robie s'arr&#234;te bient&#244;t et devient rapidement ana&#233;robie. Quand il n'y a pas assez d'eau, l'activit&#233; des bact&#233;ries se ralentit et s'arr&#234;te ensuite. L'&#233;tat id&#233;al de l'humidit&#233; de la masse dans les premiers temps correspond &#224; environ la moiti&#233; de sa saturation, c'est-&#224;-dire qu'elle doit se rapprocher le plus pr&#232;s possible de l'&#233;tat d'une &#233;ponge press&#233;e &#187;. Howard avait conscience de la difficult&#233; d'un bon compostage : &#171; Si cela semble simple, il n'est pourtant pas facile dans la pratique de maintenir simultan&#233;ment le degr&#233; d'humidit&#233; et d'a&#233;ration du tas de compost de telle fa&#231;on que les microorganismes puissent exercer leur travail efficacement. Presque toujours, on a tendance &#224; laisser la masse dans un &#233;tat p&#226;teux &#187;. Howard conseillait le recours &#224; l'eau de pluie : la &#171; m&#233;thode la plus simple et la plus efficace pour fournir &#224; la fois l'eau et l'oxyg&#232;ne consiste, l&#224; o&#249; cela est possible, dans l'emploi de l'eau de pluie, qui est satur&#233;e en oxyg&#232;ne &#187;. Plus directement au niveau de l'a&#233;ration, il est conseill&#233;, en d&#233;but de compostage, de tenir m&#233;caniquement &#171; perm&#233;able la masse en formation, afin de permettre &#224; l'air atmosph&#233;rique d'entrer et &#224; l'acide carbonique form&#233; de s'&#233;chapper &#187;, par exemple en pratiquant des trous dans le tas avec un levier [&lt;a href='#nb4-18' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur les d&#233;tails des trous d'a&#233;ration de la m&#233;thode Indore, voir Testament (...)' id='nh4-18'&gt;18&lt;/a&gt;]. Howard note encore l'&#233;volution de l'humification depuis des conditions a&#233;robies et mycologiques vers des conditions ana&#233;robies et bact&#233;riennes : &#171; Apr&#232;s la fin de l'&#233;tape pr&#233;liminaires des champignons et apr&#232;s que les r&#233;sidus des v&#233;g&#233;taux ont &#233;t&#233; suffisamment d&#233;grad&#233;s pour &#234;tre travaill&#233;s par les bact&#233;ries, la formation d'humus continue sous des conditions ana&#233;robies ; l'a&#233;ration de la masse compacte n'est alors pas n&#233;cessaire et est d'ailleurs difficilement possible &#187; [&lt;a href='#nb4-19' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 43.' id='nh4-19'&gt;19&lt;/a&gt;]. Voyons maintenant les autres aspects du compostage howardien : tas ou fosse, retournement, &#233;pandage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; la discussion du compostage en tas ou en fosse, Howard prend comme crit&#232;re de discernement le dess&#232;chement, le refroidissement, et la consommation d'eau : &#171; Lorsque la masse en fermentation montre une propension &#224; se dess&#233;cher ou &#224; se refroidir trop rapidement, la production d'humus doit se faire dans des fosses plates. Il en r&#233;sulte une &#233;conomie consid&#233;rable d'eau ; la temp&#233;rature de la masse a tendance &#224; rester &#233;lev&#233;e et r&#233;guli&#232;re &#187; [&lt;a href='#nb4-20' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 44.' id='nh4-20'&gt;20&lt;/a&gt;]. Cependant ces avantages par rapport au tas sont &#224; leur tour source d'inconv&#233;nients. Une fosse a bien &#233;videmment tendance &#224; se remplir en cas de pluies cons&#233;quentes, ce qui est le cas de la zone tropicale o&#249; Howard travailla. Du coup, il fallait pr&#233;voir des &#233;quipements suppl&#233;mentaires pour ces fosses de compostage. Howard conseillait des canaux de d&#233;rivations autour des fosses pour intercepter l'eau de surface, mais aussi de couvrir les fosses avec des toits face &#224; la mousson, ou encore de pr&#233;voir une l&#233;g&#232;re pente dans un angle du fond de la fosse pour permettre un drainage, ce qui ne semblait pas &#233;vident &#224; r&#233;aliser. Notons encore qu'Howard invitait &#224; prot&#233;ger les masses en compostage des vents dominants, qui souvent emp&#234;chent &#171; toute fermentation sur les c&#244;t&#233;s du tas &#187;, et qu'il d&#233;fendait les grands tas de compost plut&#244;t que les petits pour mieux r&#233;sister aux intemp&#233;ries. Lors du chargement du tas ou des fosses, Howard invite &#224; surveiller l'hygrom&#233;trie : une masse trop arros&#233;e favorisera des &#233;tats ana&#233;robie, propice &#224; l'apparition de puanteur et de mouches ; le manque d'eau entra&#238;nera la diminution de la fermentation [&lt;a href='#nb4-21' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 44' id='nh4-21'&gt;21&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour ce qui est des retournements, afin d'assurer une d&#233;composition uniforme, Howard en pr&#233;conisait deux : le premier entre la deuxi&#232;me et la troisi&#232;me semaine apr&#232;s la charge, le second environ cinq semaines apr&#232;s la charge, au moment de la transition du processus des champignons aux bact&#233;ries [&lt;a href='#nb4-22' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 47-48.' id='nh4-22'&gt;22&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 12 &#8211; Couverture des fosses &#224; compost &#224; Gandraprara (m&#233;thode Indore) [&lt;a href='#nb4-23' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Testament Agricole, Planche XI, entre les pages 212 et 213.' id='nh4-23'&gt;23&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au niveau de l'&#233;pandage, il conseillait d'&#233;pandre aussit&#244;t et donc d'&#233;viter de stocker le compost m&#251;r : &#171; Si on le laisse apr&#232;s m&#251;rissement encore en tas, il faut s'attendre &#224; ce que son efficacit&#233; diminue. Les ph&#233;nom&#232;nes d'oxydation continuent. La nitrification commence et donne des nitrates facilement solubles &#187;. Mieux vaut mettre le compost &#171; &#224; la banque &#187;, c'est-&#224;-dire l'incorporer au sol. Howard consid&#233;rait l'humus et les microorganismes du sol comme une partie pr&#233;cieuse du b&#233;tail d'une ferme : &#171; L'humus fra&#238;chement pr&#233;par&#233; est peut-&#234;tre l'avoir principal de l'agriculteur et il faut le surveiller comme si c'&#233;tait de l'argent liquide. Il contient &#233;galement une partie du b&#233;tail de la plantation. Quoique ces b&#234;tes ne puissent &#234;tre observ&#233;es qu'au microscope, elles r&#233;clament autant de soins et de surveillance que les porcs visibles &#224; l'&#339;il nu &#187; [&lt;a href='#nb4-24' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 48-49. En cas de besoin de conservation, il faudrait couvrir (...)' id='nh4-24'&gt;24&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au terme de cette introduction au compostage Indore, ajoutons quelques mots sur la port&#233;e qu'attribuait Howard &#224; son proc&#233;d&#233;. Contre les myst&#232;res de l'ancienne th&#233;orie de l'humus, et contre la persistance d'une mythologie du compost chez certains agriculteurs, mais aussi par d&#233;fiance vis-&#224;-vis de l'agriculture anthroposophique en particulier, signalons que, pour le p&#232;re de l'agriculture organique, le compostage ne rec&#233;lait aucun secret, aucune magie, ni n'&#233;tait bas&#233; sur une connaissance &#233;sot&#233;rique [&lt;a href='#nb4-25' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard A., Farming and gardening for health or disease, chapitre (...)' id='nh4-25'&gt;25&lt;/a&gt;]. Au contraire, la validit&#233; du compostage Indore &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme universelle par son cr&#233;ateur, en vertu de son ad&#233;quation proclam&#233;e &#224; la loi naturelle : &#171; It is because the Indore process accords with natural law that it is equally successful in whatever type of farming or gardening it is applied. [&#8230;] Nature has not different laws for her tropic, semitropic, temperate, or other zones, nor different principles for this soil or that. Her adaptations vary, but her basis is one and universal &#187; [&lt;a href='#nb4-26' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-26'&gt;26&lt;/a&gt;]. Convaincu de la rationalit&#233; et de l'universalit&#233; de sa m&#233;thode de compostage, Howard lui r&#234;vait un avenir plan&#233;taire et la voyait comme une solution de renouveau pour l'agriculture dans son ensemble : &#171; Si le proc&#233;d&#233; Indore peut franchir victorieusement [les] &#233;preuves, il deviendra bient&#244;t la trame de la pratique agricole. Ainsi, il durera et atteindra son but, celui de la restauration des droits de fumure de notre plan&#232;te &#187; [&lt;a href='#nb4-27' class='spip_note' rel='footnote' title='Testament agricole, op. cit., p. 51.' id='nh4-27'&gt;27&lt;/a&gt;]. Cependant Howard savait que l'influence culturelle d&#233;terminante de la science sur l'&#233;volution de l'Occident lui imposait de trouver d'autres arguments pour promouvoir son compostage, au-del&#224; du seul constat empirique de son efficacit&#233; sur les r&#233;coltes et le b&#233;tail. Dans cette optique, Howard a cherch&#233; &#224; comprendre analytiquement pourquoi l'entretien du taux d'humus des sols &#233;tait efficace sur l'&#233;tat sanitaire des plantes. C'est en &#233;tudiant les mycorhizes qu'il a cru d&#233;couvrir la r&#233;ponse.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'importance des mycorhizes&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Le leitmotiv de l'agriculture howardienne c'est l'importance de l'humus pour la sant&#233; et la productivit&#233; des v&#233;g&#233;taux. Son souci de d&#233;fendre scientifiquement sa th&#232;se passait par la mise en avant de travaux d&#233;taill&#233;s permettant d'&#233;tayer le lien positif humus-plantes. Les travaux les plus significatifs qu'il pensait avoir trouv&#233; concernaient les mycorhizes, auxquelles il fait r&#233;guli&#232;rement allusion dans son &#339;uvre : : &#171; Pourquoi l'humus est-il un organisme tellement important pour le maintien de la sant&#233; des plantes ? Les mycorhizes nous indiquent la voie &#187; [&lt;a href='#nb4-28' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 156.' id='nh4-28'&gt;28&lt;/a&gt;]. S'appuyant sur les recherches des D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Rayner et Levisohn, men&#233;es en 1938, Howard admettait que les mycorhizes ne concernaient pas &#171; une plante foresti&#232;re d&#233;finie &#187;. Au contraire, les mycorhizes existent &#171; sur la plupart, sinon sur toutes les plantes cultiv&#233;es &#187; [&lt;a href='#nb4-29' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 156-157.' id='nh4-29'&gt;29&lt;/a&gt;]. Aujourd'hui, les th&#232;ses sur la diffusion importante des mycorhizes dans le r&#232;gne v&#233;g&#233;tal sont confirm&#233;es. Jean Usse, l'auteur de la premi&#232;re traduction fran&#231;aise, en 1970, de &lt;em&gt;An Agricultural Testament&lt;/em&gt;, notait d&#233;j&#224; que des observations au microscope &#233;lectronique avaient r&#233;v&#233;l&#233; l'existence de mycorhizes aussi chez les c&#233;r&#233;ales [&lt;a href='#nb4-30' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 157. Howard en note l'existence pour le riz (cf. p. (...)' id='nh4-30'&gt;30&lt;/a&gt;]. Mais les recherches plus r&#233;centes ont prouv&#233; que les champignons mycorhizes sont en symbiose avec 90 % des esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales [&lt;a href='#nb4-31' class='spip_note' rel='footnote' title='Perry, D.A. et alii, Bootstrapping in ecosystems, in BioScience, 39, 4, (...)' id='nh4-31'&gt;31&lt;/a&gt;]. D'autres &#233;tudes ont montr&#233; que les conif&#232;res sauvages &#233;taient toujours mycorhiz&#233;s, tandis que, sur 6507 esp&#232;ces d'angiospermes &#233;tudi&#233;s, on en d&#233;nombre 70 % r&#233;guli&#232;rement mycorhiz&#233;s et 12 % occasionnellement. [&lt;a href='#nb4-32' class='spip_note' rel='footnote' title='Lemieux, G., L'intersuffisance des &#233;cosyst&#232;mes &#233;pig&#233; et hypog&#233;, ibid., p. (...)' id='nh4-32'&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais comment Howard consid&#233;rait-il exactement les mycorhizes ? L'agronome p&#232;re du mouvement organique mondial pressentait, d&#232;s avant la seconde guerre mondiale, qu'il s'agissait d'un cas de symbiose : &#171; Nous sommes vraisemblablement ici en pr&#233;sence d'un exemple s&#233;rieux de symbiose dans laquelle certains champignons du sol relient l'humus du sol directement aux racines des plantes cultiv&#233;es. Le myc&#233;lium peut contenir jusqu'&#224; 100 % de mati&#232;res prot&#233;iques, dig&#233;r&#233;es dans les racines et transport&#233;es ensuite par le courant de [s&#232;ve] dans les feuilles vertes, &#224; l'endroit o&#249; s'op&#232;re l'assimilation chlorophyllienne. &#187;. Howard affirmait aussit&#244;t que &#171; L'existence d'une symbiose mycorhizienne efficace des racines est une condition essentielle de leur sant&#233; ; quand elle manque, la r&#233;sistance envers les maladies diminue &#187; [&lt;a href='#nb4-33' class='spip_note' rel='footnote' title='Testament agricole, op. cit., p.157.' id='nh4-33'&gt;33&lt;/a&gt;]. Il est l&#233;gitime de se demander si Howard n'abusait pas sur le terme &#171; symbiose &#187;. En effet, ce qu'il nous dit des mycorhizes dans le &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt; ou bien dans&lt;em&gt; Agriculture et jardinage pour la sant&#233; ou la maladie&lt;/em&gt;, c'est qu'il s'agit d'un pont vivant entre l'humus et les plantes. Nous avons bien compris qu'il se sert des mycorhizes pour critiquer l'id&#233;e de la nutrition min&#233;rale directe des plantes et orienter l'agronomie vers la vie du sol. Mais sa vision du myc&#233;lium mycorhizien est-elle vraiment symbiotique ? &lt;em&gt;Stricto sensu&lt;/em&gt;, comme Le Robert l'indique, la d&#233;finition de la symbiose implique le mutualisme : &#171; Association durable et r&#233;ciproquement profitable entre deux organismes vivants &#187;. Que gagne le champignon du sol au contact ou dans l'investigation des racines des plantes ? Howard a constat&#233; que, dans le cas des endomycorhizes, lorsqu'il y a envahissement des cellules des racines par les filaments de myc&#233;lium [&lt;a href='#nb4-34' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur les endomycorhizes et les ectomycohrizes, voir par exemple Lemieux, G., (...)' id='nh4-34'&gt;34&lt;/a&gt;], il se passe un temps apr&#232;s lequel le myc&#233;lium est dig&#233;r&#233;. Dans &lt;em&gt;Agriculture et jardinage pour la sant&#233; ou la maladie&lt;/em&gt;, il rapporte qu'il a vu les photos prises par un certains D&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;r&lt;/sup&gt; Rogers sur ce sujet dans les ann&#233;es 1930, o&#249; l'on peut se rendre compte des &#233;tapes enti&#232;res du processus, depuis la p&#233;n&#233;tration des cellules jusqu'&#224; la digestion compl&#232;te des filaments. Mais nulle part Howard ne tente d'expliquer plus avant le processus. Il attend de nouvelles analyses pour comprendre : &#171; L'explication scientifique compl&#232;te de l'activit&#233; de ce remarquable exemple de symbiose doit encore &#234;tre donn&#233;e. Il semble que la nature nous ait fourni, avec les mycorhizes, un m&#233;canisme qui est beaucoup plus important et plus r&#233;pandu que les nodosit&#233;s des l&#233;gumineuses &#187; [&lt;a href='#nb4-35' class='spip_note' rel='footnote' title='Testament agricole, op. cit., p. 158.' id='nh4-35'&gt;35&lt;/a&gt;]. Effectivement, des recherches plus r&#233;centes proposent des explications des m&#233;canismes r&#233;ciproques entre mycorhizes et plantes [&lt;a href='#nb4-36' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. infra &#167; 4.' id='nh4-36'&gt;36&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour s'acheminer vers une conclusion quant &#224; la perception howardienne des associations mycorhiziennes, il faut encore souligner qu'il attribuait &#224; cette connexion intime des plantes et de la vie du sol le statut d'une preuve scientifique de l'importance de l'humus pour la sant&#233; des v&#233;g&#233;taux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, il ne souligne pas assez, sans doute parce que le fait est devenu une &#233;vidence pour lui, que l'apport ou la pr&#233;sence d'humus dans les sols favorise le d&#233;veloppement des mycorhizes. Il l'affirme n&#233;anmoins &#224; propos d'exp&#233;rience sur la culture compar&#233;e de cannes &#224; sucre avec humus ou engrais min&#233;raux [&lt;a href='#nb4-37' class='spip_note' rel='footnote' title='Testament agricole, p.67.' id='nh4-37'&gt;37&lt;/a&gt;], et plus g&#233;n&#233;ralement dans le chapitre o&#249; il regroupe ses critiques de l'agronomie dominante [&lt;a href='#nb4-38' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.181.' id='nh4-38'&gt;38&lt;/a&gt;]. Quoiqu'il en soit, il s'appuie toujours sur de multiples exp&#233;riences, en Inde et un peu partout dans le monde, pour insister sur le caract&#232;re b&#233;n&#233;fique de l'humus. Il mentionne aussi une exp&#233;rience plus personnelle. Dans un jardin qu'il avait acquis en 1934, il entreprit avec succ&#232;s de r&#233;g&#233;n&#233;rer des pommiers [&lt;a href='#nb4-39' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Les pommiers &#233;taient litt&#233;ralement recouverts de la nielle am&#233;ricaine, de (...)' id='nh4-39'&gt;39&lt;/a&gt;] uniquement par &#171; une augmentation progressive de la teneur en humus du sol &#187; : &#171; En trois ans, les parasites avaient disparu, les arbres &#233;taient compl&#232;tement chang&#233;s. Le feuillage et le bois ne laissent plus rien &#224; d&#233;sirer. La qualit&#233; des fruits est excellente &#187; [&lt;a href='#nb4-40' class='spip_note' rel='footnote' title='Testament agricole, ibid., p.157.' id='nh4-40'&gt;40&lt;/a&gt;]. Pour v&#233;rifier encore ces r&#233;sultats, Howard pr&#233;voyait de faire subir &#224; ses arbres des tests de r&#233;sistance aux organismes pathog&#232;nes, soulignant sa pr&#233;f&#233;rence pour des analyses au niveau des plantes cultiv&#233;es plut&#244;t qu'au niveau du sol : &#171; Ces arbres seront maintenant soumis &#224; des exp&#233;riences sur l'infection pour d&#233;terminer si la fertilit&#233; est enti&#232;rement r&#233;tablie ou non. Le comportement des arbres, en r&#233;pondant aux diff&#233;rents agents pathog&#232;nes, &#233;tablira ce fait. Aucun examen du sol ne peut me renseigner mieux que les arbres eux-m&#234;mes &#187; [&lt;a href='#nb4-41' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-41'&gt;41&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, convaincu qu'il d&#233;tient dans les mycorhizes la preuve de l'efficacit&#233; humique, Sir Albert Howard peut croire &#234;tre parvenu &#224; remplir une partie de la mission qu'il s'&#233;tait assign&#233;, &#224; savoir apporter des justifications scientifiques &#224; la rationalit&#233; des pratiques paysannes les mieux &#233;tablies :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; D'un coup, l'exp&#233;rience ancestrale des cultivateurs concernant l'importance de l'humus s'accorde avec la science. Toujours il existait chez les meilleurs fermiers une r&#233;serve intime sur la valeur des engrais min&#233;raux compar&#233;e au fumier de ferme du bon vieux temps. L'action de ces deux [fumures] sur sol et plante n'est jamais identique. Il existe en outre une certitude croissante que l'augmentation des maladies des plantes et des animaux correspond d'une fa&#231;on quelconque &#224; l'application des engrais artificiels. Dans le bon vieux temps de l'agriculture mixte, le pulv&#233;risateur &#233;tait inconnu, les dommages occasionn&#233;s par des &#233;pid&#233;mies comme la fi&#232;vre aphteuse n'&#233;taient aucunement comparables &#224; ceux d'aujourd'hui. La cause de ces diff&#233;rences, la symbiose mycorhizienne, a exist&#233; de tout temps. Elle n'a pas &#233;t&#233; reconnue parce que les stations d'essais suivaient aveugl&#233;ment la mode introduite par Liebig et Rothamsted, ne pensaient qu'aux &#233;l&#233;ments fertilisants et oubli&#232;rent de contr&#244;ler de quelle mani&#232;re la plante et le sol sont coupl&#233;s. On cherchait &#224; r&#233;soudre scientifiquement un probl&#232;me biologique sur la base d'observations et d'exp&#233;riences insuffisantes &#187; [&lt;a href='#nb4-42' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.158.' id='nh4-42'&gt;42&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Howard &#233;tait satisfait d'avoir d&#233;couvert, dans les associations mycorhiziennes, un ph&#233;nom&#232;ne biologique prouvant l'importance de l'humus dans la sant&#233; et la productivit&#233; des plantes. Si l'on ajoutait le r&#244;le structurant de l'humus dans les sols [&lt;a href='#nb4-43' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Testament agricole, p.107.' id='nh4-43'&gt;43&lt;/a&gt;], la preuve &#233;tait faite de la sup&#233;riorit&#233; de son approche globale et biologique sur l'approche r&#233;ductrice et chimique selon la &#171; mentalit&#233; NPK &#187;. D'un autre c&#244;t&#233;, des recherches avaient montr&#233; que certaines plantes pouvaient &#171; fixer &#187; dans le sol de l'azote atmosph&#233;rique. Comme chez Masanobu Fukuoka, on constate que Albert Howard base l'ensemble de sa m&#233;thode sur une vision unitaire de la nature, incarn&#233;e par la for&#234;t. Cependant, tous les deux ont aussi appris, dans leurs &#233;tudes ou par la tradition paysanne, la technique des engrais verts. Mais ni l'un ni l'autre ne purent int&#233;grer cette propri&#233;t&#233; botanique particuli&#232;re dans leur philosophie de la nature. Quoiqu'il en soit, malgr&#233; ce hiatus, tous les deux firent du recours aux l&#233;gumineuses un &#233;l&#233;ment compl&#233;mentaire et significatif de leur pratique agricole. Howard a m&#234;me travaill&#233; &#224; am&#233;liorer la gestion des engrais verts.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Aper&#231;u sur le travail howardien consacr&#233; aux engrais verts&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s que Schultz-Lupitz ait, vers 1880, &#171; d&#233;montr&#233; comment les sols ouverts et sableux de l'Allemagne du Nord peuvent voir leur structure et leur fertilit&#233; am&#233;lior&#233;es en enterrant les engrais verts du lupin &#187;, et apr&#232;s les travaux d'Hellriegel et Willfahrt, Howard note que cette question a &#233;t&#233; beaucoup &#233;tudi&#233;e par les stations de recherche agronomique. Selon Howard, la recherche dominante a tourn&#233; autour de l'augmentation dans le sol &#171; de l'azote fix&#233; et de la substance organique &#187;. Mais, pour l'agronome anglais, les espoirs plac&#233;s dans cette d&#233;couverte et les techniques culturales associ&#233;es &#233;taient exag&#233;r&#233;s : &#171; A la fin du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il sembla tr&#232;s facile de r&#233;soudre d'un coup, en enterrant les l&#233;gumineuses d'une fa&#231;on tr&#232;s &#233;conomique, le grand probl&#232;me du maintien de la fertilit&#233; du sol. Avec tr&#232;s peu de peine, les nodosit&#233;s devaient servir d'usine &#224; azote et le reste de la plante de source d'humus. Tout cela pouvait &#234;tre r&#233;alis&#233; &#224; peu de frais et sans inconv&#233;nients s&#233;rieux pour les produits cultiv&#233;s. Ces esp&#233;rances, h&#233;ritage naturel de la mentalit&#233; NPK, ont provoqu&#233; d'innombrables essais avec les engrais verts dans le monde entier, sur pratiquement toutes les esp&#232;ces de l&#233;gumineuses. Dans certains cas, surtout dans un sol ouvert, bien a&#233;r&#233;, o&#249;, apr&#232;s les labours, la pluie se trouvait bien r&#233;partie et o&#249; l'on disposait d'un temps suffisant pour la d&#233;composition, les r&#233;sultats ont &#233;t&#233; satisfaisants. Mais, dans la plupart des cas, ils ont &#233;t&#233; d&#233;cevants &#187; [&lt;a href='#nb4-44' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 86.' id='nh4-44'&gt;44&lt;/a&gt;]. Howard consid&#232;re que les bons r&#233;sultats des allemands, et de Shultz-Lupitz en particulier, ont &#233;t&#233; obtenus parce que tous les facteurs leur &#233;taient favorables. La m&#233;thode ne serait pas reproductible telle quelle sous d'autres climats. Avec les m&#234;mes objectifs, &#224; savoir la fertilisation azot&#233;e et la fonction pi&#232;ge &#224; nitrates, d'une part, et l'augmentation du taux de mati&#232;re organique des sols [&lt;a href='#nb4-45' class='spip_note' rel='footnote' title='Howard soulignait aussi que la combinaison engrais vert-humus permettait de (...)' id='nh4-45'&gt;45&lt;/a&gt;], d'autre part, Howard entreprit d'autres recherches sur les engrais verts, en identifiant quatre facteurs ou axes principaux de travail : la connaissance du cycle de l'azote en rapport avec l'agriculture locale ; les conditions n&#233;cessaires pour le d&#233;veloppement rapide de nombreuses nodosit&#233;s sur les racines des l&#233;gumineuses utilis&#233;es ; la composition chimique de la masse verte au moment de l'enfouissement ; les conditions du sol pendant la p&#233;riode de d&#233;composition [&lt;a href='#nb4-46' class='spip_note' rel='footnote' title='TA, p. 87.' id='nh4-46'&gt;46&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon Howard, il faut d'abord conna&#238;tre &#171; &#224; quelle saison l'accumulation des nitrates s'op&#232;re dans le sol, comment ces accumulations s'int&#232;grent dans les dispositions de culture locale et &#224; quel moment les nitrates sont expos&#233;s &#224; la perte par lessivage ou d'autres raisons &#187;. Sur la deuxi&#232;me question, Howard rapporte l'observation de son coll&#232;gue Clarke, &#224; Shajampur aux Indes, selon laquelle il est &#171; avantageux d'apporter une petite quantit&#233; de fumier de ferme au sol, juste avant les semailles, ce qui provoque un accroissement consid&#233;rable de la croissance et de la formation des nodosit&#233;s de la plante fournissant l'engrais vert &#187; [&lt;a href='#nb4-47' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-47'&gt;47&lt;/a&gt;]. Quand &#224; la composition chimique de l'engrais vert, Howard propose un tableau de chiffres montrant que celle-ci varie &#171; beaucoup avec la croissance &#187; : &#171; On obtient ainsi des r&#233;sultats tr&#232;s diff&#233;rents en apportant aux microorganismes la mati&#232;re provenant de plantes jeunes ou muries. Waksman et Tenney ont indiqu&#233; les r&#233;sultats de la d&#233;composition d'un engrais vert typique, r&#233;colt&#233; &#224; des p&#233;riodes diff&#233;rentes (seigle). Les plantes jeunes se d&#233;composent beaucoup plus lentement. Elles contiennent une quantit&#233; insuffisante d'azote pour la d&#233;composition et les microorganismes du sol doivent pr&#233;lever une partie des nitrates du sol pour couvrir leurs besoins. Au lieu d'enrichir le sol avec de l'azote assimilable, la d&#233;composition des engrais verts provoque un appauvrissement momentan&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4-48' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 88.' id='nh4-48'&gt;48&lt;/a&gt;]. Sur l'autre versant de l'int&#233;r&#234;t des engrais verts, celui de la production d'humus, Howard note que des plantes port&#233;es &#224; maturit&#233; en produiront plus. Enfin, le quatri&#232;me point dont il faut tenir compte pour obtenir du succ&#232;s avec les engrais verts est l'&#233;tat du sol. Les microorganismes qui d&#233;gradent l'engrais vert ont besoin de beaucoup de facteurs auxiliaires collaborant ensemble : suffisamment d'azote et de min&#233;raux, de l'humidit&#233;, de l'air, une temp&#233;rature convenable. L'essentiel de la perspective d'Howard sur ce point consiste &#224; souligner que les engrais verts fonctionnent mieux sur un sol fertile ou avec un apport coupl&#233; d'humus [&lt;a href='#nb4-49' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 90.' id='nh4-49'&gt;49&lt;/a&gt;]. Dans un sol pauvre l'efficacit&#233; des engrais verts est plus incertaine et la culture suivante peut en p&#226;tir. La discussion technique suivante, principalement autour de la forme de l'azote du sol, en rend compte : &#171; Le facteur qui provoque souvent des perturbations est la p&#233;nurie du sol en azote fix&#233; et en mati&#232;re min&#233;rale. Il s'ensuit que l'engrais vert m&#251;r influencera toujours diff&#233;remment la culture suivante en fonction de la fertilit&#233; du sol. Dans les sols pauvres, la majeure partie de l'azote fix&#233; disponible est bloqu&#233; pendant la d&#233;gradation de l'engrais vert. La culture suivante souffrira donc d'un manque et l'engrais vert aura, par cons&#233;quent, un mauvais effet momentan&#233;. Si, par contre, le sol est fertile, ou bien si nous enfouissons simultan&#233;ment de l'humus fra&#238;chement pr&#233;par&#233;, l'azote suppl&#233;mentaire indispensable pour la d&#233;composition sera pr&#233;sent et le produit suivant ne sera pas d&#233;savantag&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4-50' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-50'&gt;50&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la production d'humus par les engrais verts, Howard en souligne la difficult&#233;. Mais comme les facteurs &#171; qui agissent dans le sol sur les engrais verts sont les m&#234;mes que dans le tas de compost &#187; la r&#233;flexion peut d&#233;gager les difficult&#233;s &#224; surmonter sur ce mod&#232;le. Elles tiennent essentiellement &#224; l'air et &#224; l'humidit&#233;. Des pluies exag&#233;r&#233;es apr&#232;s l'enfouissement ou bien un enfouissement trop profond g&#233;n&#232;rent des conditions ana&#233;robies pr&#233;judiciables : une flore ana&#233;robie se d&#233;veloppe et &#171; s'approvisionne en oxyg&#232;ne &#224; partir du substrat &#187; fourni par l'agriculteur. De plus, les &#171; protides pr&#233;cieux sont attaqu&#233;s et leur azote s'&#233;chappe comme gaz &#187;. Ce type de conditions apr&#232;s l'enfouissement g&#233;n&#232;re des processus chimiques semblables &#224; ceux des tourbi&#232;res. Avec la mousson, l'agriculture tropicale rencontre ainsi, souvent, avec les engrais verts, un r&#233;sultat peu satisfaisant [&lt;a href='#nb4-51' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid..' id='nh4-51'&gt;51&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement Howard n'insiste pas plus sur les engrais verts. Mais il en revient &#224; &#171; la Nature &#187; pour voir comment celle-ci s'arrange avec les nitrates. Il notent que des algues &#224; la surface du sol ou des mauvaises herbes peuvent les bloquer : &#171; Apparemment, il n'y a aucune n&#233;cessit&#233; de semer une l&#233;gumineuse, quand la Nature s'en acquitte elle-m&#234;me beaucoup mieux, si les mauvaises herbes qui surgissent peuvent &#234;tre trait&#233;es de sorte qu'elles utilisent toutes les accumulations de nitrates et que la mati&#232;re v&#233;g&#233;tale form&#233;e peut &#234;tre enfouie &#224; temps et d&#233;compos&#233;e avant la culture suivante &#187;. Howard rapporte ainsi le cas exemplaire d'un producteur de houblon du Sussex qui semait un peu de moutarde dans le houblon, apr&#232;s la formation de celui-ci en ombelle. Le sol, d&#233;j&#224; propice au mouron, formait un tapis vert sans entraver le m&#251;rissement du houblon. Apr&#232;s la r&#233;colte, les moutons p&#226;turent la moutarde. Au printemps suivant, le mouron est enfoui par labour. Howard trouvait que cet &#171; emploi d'une mauvaise herbe commune pour r&#233;gulariser la teneur du sol en azote &#187; &#233;tait une &#171; id&#233;e g&#233;niale &#187; car il lui semblait &#171; difficile de trouver un engrais vert plus efficace que le mouron fourni gratuitement par la Nature &#187; [&lt;a href='#nb4-52' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 91-92.' id='nh4-52'&gt;52&lt;/a&gt;]. Notons que ce &#233;ni&#232;me retour &#224; la Nature pour penser l'agriculture ne passe pas par la figure de la for&#234;t. Les engrais verts apparaissent en d&#233;calage avec le th&#232;me howardien de la r&#233;f&#233;rence &#224; un syst&#232;me naturel coh&#233;rent et unifi&#233; de la fertilit&#233;. Dans son &lt;em&gt;Testament agricole&lt;/em&gt;, on peut trouver un indice de cette incertitude d'Howard sur la place des engrais verts dans la loi naturelle, en remarquant, d'une part, que cette question comporte trois entr&#233;es nettement s&#233;par&#233;es dans la table des mati&#232;res, et, d'autre part, qu'il pr&#233;sente ses r&#233;sultats les plus significatifs sur cet aspect dans un chapitre portant sur l'am&#233;lioration de sa m&#233;thode de compostage [&lt;a href='#nb4-53' class='spip_note' rel='footnote' title='Un chapitre intitul&#233; Evolution du proc&#233;d&#233; Indore.' id='nh4-53'&gt;53&lt;/a&gt;]. Avouons que le rapprochement des engrais verts et du compostage semble bien empirique, d&#233;pendant purement de la technique de compostage, &#224; travers l'am&#233;lioration du ratio C/N. Pour finir, et &#224; la d&#233;charge d'Howard sur ce point-l&#224;, rapportons que Gilles Lemieux exprime des doutes, du point de vue d'une r&#233;flexion sur l'&#233;volution, quant &#224; la signification de la fixation de l'azote atmosph&#233;rique par les l&#233;gumineuses. Lui non plus n'est pas s&#251;r que cette propri&#233;t&#233; de certains v&#233;g&#233;taux soit int&#233;grable dans une compr&#233;hension unifi&#233;e du fonctionnement spontan&#233; des &#233;cosyst&#232;mes. Il &#233;met l'hypoth&#232;se que cette propri&#233;t&#233; puisse &#234;tre une &#233;mergence adaptative des plantes face &#224; la d&#233;gradation agricole des sols forestiers [&lt;a href='#nb4-54' class='spip_note' rel='footnote' title='Lemieux G., Communication personnelle.' id='nh4-54'&gt;54&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En conclusion g&#233;n&#233;rale sur le syst&#232;me agricole howardien, on peut avancer que celui-ci r&#233;sume presqu'&#224; lui seul le canon originel et traditionnel de l'agrobiologie : attention &#224; l'humus et &#224; la vie du sol, importance centrale du compostage et des engrais verts. Les critiques, les compl&#233;ments, et les am&#233;liorations qui viendront par la suite ne remettront jamais en cause le souci fondateur de l'humus et de la vie du sol pour promouvoir une fertilit&#233; et une qualit&#233; optimale et durable en agriculture. Mais les moyens &#224; mettre en &#339;uvre pour satisfaire se souci vont tout de m&#234;me &#233;voluer significativement. Apr&#232;s cette introduction aux points essentiels de l'agriculture biologique d'apr&#232;s Howard, nous allons porter notre attention sur une conception agronomique nettement plus th&#233;orique, mais aussi exemplaire des variations de m&#233;thode en agrobiologie, celle d'Hans Peter Rusch. Bien que centr&#233;e sur une compr&#233;hension originale de la biologie globale, cette approche a n&#233;anmoins particip&#233; de la pr&#233;paration d'une petite r&#233;volution pratique en agriculture, en invitant &#224; l'abandon des tas de fumier et autres composts, ainsi qu'en orientant les travaux culturaux vers des interventions minimales sur les sols.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Hans Peter Rusch : la th&#233;orie du cycle de la substance vivante et la critique du compostage&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Au c&#339;ur de l'approche d'Hans Peter Rusch, omnipr&#233;sente dans son dernier ouvrage, &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt;, il y a l'id&#233;e d'un cycle d'&#233;l&#233;ments vivants ultimes. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, nous allons d'abord pr&#233;ciser et critiquer ce postulat ruschien. Dans un second temps, nous &#233;clairerons un apport vraisemblablement plus durable de l'&#339;uvre de Rusch, la critique du compostage et l'orientation de la r&#233;flexion agronomique en direction d'un travail simplifi&#233; des sols agricoles. Cependant, devant la difficult&#233; propre au travail ruschien, il est n&#233;cessaire de pr&#233;ciser un peu plus notre expos&#233;. La th&#233;orie du cycle de la substance vivante est une approche originale d'Hans Peter Rusch. Ceci ne veut pas dire que l'on ne puisse pas trouver des approches nourries de la m&#234;me inspiration dans la litt&#233;rature. En particulier, la notion de cycle a connu de multiples d&#233;clinaisons, que ce soit chez les chimistes, avec notamment le cycle de l'azote, ou dans des conceptions de gestion urbaine, en particulier au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, au niveau de la gestion et du recyclage de mati&#232;res de toutes sortes [&lt;a href='#nb4-55' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Barnes S., L'invention des d&#233;chets urbains, Ed. Champs Vallon, op. (...)' id='nh4-55'&gt;55&lt;/a&gt;], ou encore et plus g&#233;n&#233;ralement en &#233;cologie, avec la notion de cycles g&#233;ochimiques chez Vernadsky [&lt;a href='#nb4-56' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir Vernadsky W., La biosph&#232;re, Seuil, 2002 (1re &#233;dition russe en 1926), 284 (...)' id='nh4-56'&gt;56&lt;/a&gt;], par exemple. Mais Rusch a donn&#233; un contenu bien particulier &#224; l'id&#233;e de cycles biologiques. Apr&#232;s avoir esquiss&#233; cette th&#233;orie, puis rappel&#233; son d&#233;calage vis-&#224;-vis des conceptions scientifiques admises en biologie d&#232;s la fin des ann&#233;es 1950, nous introduirons &#224; sa d&#233;clinaison complexe au niveau du sol, avant de terminer sur les recommandations pratiques aux agriculteurs qu'elle a nourris.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La substance vivante et son cycle&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Rusch a d&#233;fendu une &#171; loi du maintien de la substance vivante &#187; en s'appuyant notamment sur une interpr&#233;tation de Wladimir Vernadsky. Il a adopt&#233; l'id&#233;e d'un cycle &#171; ferm&#233; &#187; des substances vivantes, &#171; capable d'un &#233;quilibre stable &#187; [&lt;a href='#nb4-57' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 91' id='nh4-57'&gt;57&lt;/a&gt;]. Dans cette perspective, ni la notion de &#171; substance &#187;, ni la th&#232;se d'une stabilit&#233; historique globale de la quantit&#233; de vie ne sont solidement &#233;tablies scientifiquement. Du c&#244;t&#233; de l'id&#233;e du maintien transhistorique de la biomasse on se trouve plut&#244;t en porte-&#224;-faux et avec un trait g&#233;n&#233;ral de l'&#233;volutionnisme, et avec le projet agricole m&#234;me d'un accroissement de la nourriture disponible pour la population mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la th&#232;se de Vernadsky qui aurait inspir&#233; &#224; Rusch sa &#171; loi du maintien de la substance vivante &#187;, celle de la stabilit&#233; de la quantit&#233; de vie au cours de l'&#233;volution [&lt;a href='#nb4-58' class='spip_note' rel='footnote' title='Vernadsky affirmait en effet : &#171; De l'immutabilit&#233; des processus d'alt&#233;ration (...)' id='nh4-58'&gt;58&lt;/a&gt;], un ensemble d'interrogations &#233;merge : si la masse globale de mati&#232;re vivante n'a presque pas chang&#233; au cours des temps g&#233;ologiques, peut-on en dire autant &#224; l'&#233;chelle de l'histoire de l'humanit&#233; ? Avons-nous assez de recul ? La vie n'a-t-elle pas originellement augment&#233; quantitativement &#8211; mais aussi qualitativement - dans les oc&#233;ans puis sur la terre ferme ? D'autre part, le d&#233;veloppement de l'agriculture n'a-t-il pas pour but, particuli&#232;rement, l'accroissement des aliments disponibles, et donc celui de la quantit&#233; de mati&#232;re vivante ? Finalement, on peut se demander si la th&#232;se de la stabilit&#233; de la biomasse globale est exacte. Plus profond&#233;ment, une telle th&#232;se ne contredit-elle pas une dimension essentielle et &#233;vidente de la vie, &#224; savoir que &lt;em&gt;la vie est f&#233;conde, qu'elle se multiplie ?&lt;/em&gt; Cette &#233;vidence est d'ailleurs &#224; la base de l'agri&lt;em&gt;culture&lt;/em&gt; , en tant que l'agriculteur cherche &#224; &lt;em&gt;cultive&lt;/em&gt;r, &lt;em&gt;&#224; accompagner un ph&#233;nom&#232;ne biologique &lt;/em&gt;spontan&#233;ment g&#233;n&#233;reux. L'agriculture fonde ainsi son progr&#232;s et son d&#233;veloppement [&lt;a href='#nb4-59' class='spip_note' rel='footnote' title='Par la multiplication naturelle et la s&#233;lection humaine des semences.' id='nh4-59'&gt;59&lt;/a&gt;] sur la nature prolifique qui nous est donn&#233;e [&lt;a href='#nb4-60' class='spip_note' rel='footnote' title='Si la nature est bien f&#233;conde, c'est-&#224;-dire un processus de croissance de la (...)' id='nh4-60'&gt;60&lt;/a&gt;]. Hans Peter Rusch &#233;tait peut-&#234;tre, ainsi, en situation bancale avec les agriculteurs biologiques, pour qui, plus que le maintien, l'accroissement des r&#233;coltes, et donc de la fertilit&#233; du sol, est un des premiers soucis [&lt;a href='#nb4-61' class='spip_note' rel='footnote' title='L'autre souci important &#233;tant l'am&#233;lioration vari&#233;tale.' id='nh4-61'&gt;61&lt;/a&gt;]. Comme nous l'&#233;voquions dans les premiers d&#233;veloppements que nous avons consacr&#233;s &#224; Rusch dans ce travail, sa compr&#233;hension &#233;l&#233;mentaire de la signification de &#171; &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt; &#187; semble d&#233;j&#224; poser un probl&#232;me, pour ainsi dire pr&#233;liminaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En ce qui concerne maintenant la notion de substance, Rusch a repris des &#233;l&#233;ments du travail de Vernadsky &lt;em&gt;via&lt;/em&gt; sa r&#233;ception par le philosophe Adolf Meyer-Abich [&lt;a href='#nb4-62' class='spip_note' rel='footnote' title='Meyer-Abich A., Naturphilosophie auf neuen Wegen, Piper-Verlag, 1956, cit&#233; (...)' id='nh4-62'&gt;62&lt;/a&gt;]. Or, ce dernier a traduit, de fa&#231;on quelque peu ambigu&#235;, l'expression vernadskyenne de &#171; mati&#232;re vivante &#187; par celle de &#171; substance vivante &#187; [&lt;a href='#nb4-63' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Vogt G., Entstehung und Entwicklung des &#246;kologischen Landbaus im (...)' id='nh4-63'&gt;63&lt;/a&gt;]. Disons d'abord un mot sur cette ambigu&#239;t&#233;. Les mots &#171; mati&#232;re &#187; et &#171; substance &#187; n'ont pas la m&#234;me port&#233;e. Le premier est tr&#232;s g&#233;n&#233;ral alors que le second est beaucoup plus sp&#233;cifique et fait plus facilement penser &#224; une &#171; chose &#187;, que l'on pourrait caract&#233;riser. On peut alors comprendre que Rusch se soit engag&#233; dans des recherches sur les formes saines et les formes malades des substances vivantes. Dans cette logique, toujours selon Rusch, la substance vivante circulerait en un cycle, sous forme saine ou malade, entre le sol, les plantes, l'animal, et l'homme. Cependant, le travail de Vernadsky n'invite pas forc&#233;ment, loin s'en faut, &#224; rechercher dans une direction aussi particuli&#232;re. Dans d'autres traductions, on se rend compte que Vernadsky parle de la &#171; mati&#232;re vivante &#187; et de la &#171; presque invariabilit&#233; &#187; de la &#171; masse &#187; de celle-ci au cours des temps g&#233;ologiques. Il s'agit d'une approche plus g&#233;n&#233;rique qui ne tend pas &#224; faire du ph&#233;nom&#232;ne de la vie une &#171; chose &#187; ou une &#171; substance &#187;. L'approche de Vernadsky appara&#238;t, ainsi, plus proche du concept contemporain de &#171; biomasse &#187; [&lt;a href='#nb4-64' class='spip_note' rel='footnote' title='Le concept est apparu en 1966. Le Robert emploie l'expression &#171; mati&#232;re (...)' id='nh4-64'&gt;64&lt;/a&gt;]. Mais revenons au texte ruschien. Son id&#233;e originale essentielle est qu'une partie du vivant ne se d&#233;composerait jamais : &#171; Nous [&#8230;] avons, depuis 1951 (en collaboration avec E. Santo) fait des recherches approfondies [&#8230;] qui nous ont conduits &#224; la &#171; loi de la conservation de substance vivante &#187; ; nous ignorions alors que le philosophe Meyerabich avait, presque en m&#234;me temps, et par une d&#233;marche purement philosophique, formul&#233; une loi semblable. Nous estimions d&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque, que la nature ne se permet en aucun cas le luxe de laisser se d&#233;composer sans raison les substances &#233;l&#233;mentaires de la vie apr&#232;s la mort des organismes, des tissus et des cellules, ou, comme disent les chimistes, de les laisser se &#171; min&#233;raliser &#187;. &lt;em&gt;Consid&#233;rer une d&#233;composition syst&#233;matique, une min&#233;ralisation totale de la substance vivante comme un processus normal serait absurde&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-65' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 70.' id='nh4-65'&gt;65&lt;/a&gt;]. Rusch trouvait &#171; inimaginable &#187; que tout le vivant puisse se d&#233;composer et ne voyait pas pourquoi admettre une telle explication en biologie. Il imaginait au contraire l'existence de sortes d'atomes du vivant, de niveau infra-cellulaire, ne se d&#233;composant jamais et circulant entre les diff&#233;rentes stations d'un cycle g&#233;n&#233;ral de la biosph&#232;re [&lt;a href='#nb4-66' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ce point, voir &#233;galement Pain, J., Landbau als Kulturkritik. &#8222;Boden&#171; als (...)' id='nh4-66'&gt;66&lt;/a&gt;]. Il postulait aussi que ce niveau de r&#233;alit&#233; biologique serait apparu avant les cellules et serait dot&#233; d'une certaine autonomie : &#171; &lt;em&gt;On arrive &#224; cette conclusion, &#224; savoir que les substances vivantes sont capables, sous des formes nouvelles, et sans la protection que leur offre la cellule, d'une vie extracellulaire&lt;/em&gt;, dans l'&#233;tat primitif qui &#233;tait le leur avant que les cellules apparaissent sur la terre &#187; [&lt;a href='#nb4-67' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 70-71.' id='nh4-67'&gt;67&lt;/a&gt;]. Les substances vivantes formeraient le &#171; m&#233;tabolisme originel &#187; et &#171; h&#233;r&#233;ditaire &#187; [&lt;a href='#nb4-68' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 79, 83, et plus g&#233;n&#233;ralement, p. 79-92, ainsi que tout le chapitre (...)' id='nh4-68'&gt;68&lt;/a&gt;]. Sous sa forme normale, originelle et saine, ce cycle serait le cycle de la f&#233;condit&#233;. Des atteintes et des d&#233;gradations expliquerait la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de certaines substances en &#233;l&#233;ments pathog&#232;nes, tels les virus, entra&#238;nant des probl&#232;mes &#224; tous les stades du cycle. C'est pourquoi Hans Peter Rusch partage une tendance tr&#232;s profonde &#224; ne consid&#233;rer qu'une alternative stricte entre sant&#233; globale ou maladie. Chez le m&#233;decin et microbiologiste d'Herborn, il n'y a gu&#232;re de place pour l'id&#233;e de degr&#233; dans la sant&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceci &#233;tant dit, il est n&#233;cessaire &#224; pr&#233;sent de confronter la th&#233;orie ruschienne avec la th&#233;orie biologique accept&#233;e &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque Ce n'est pas du c&#244;t&#233; de la th&#233;orie de l'&#233;volution, ni du c&#244;t&#233; de l'&#233;cologie, malgr&#233; la r&#233;f&#233;rence abusive &#224; Vernadsky et le recours &#224; l'id&#233;e de cycle, qu'il faut tourner nos regard pour esquisser une &#233;valuation du principe central de la biologie selon Hans Peter Rusch. En sp&#233;culant sur des sortes d'&#233;l&#233;ments atomiques d&#233;terminant la dynamique du vivant, l'approche biologique de Rusch se situe plus du c&#244;t&#233; des explications infra-organiques de la biologie mol&#233;culaire que des th&#233;ories &#233;thologiques ou &#233;cologiques, lesquelles comprennent d'abord le vivant &#224; l'&#233;chelle des organismes et de leur relations aux milieux naturels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons dit que la substance vivante pouvait d&#233;g&#233;n&#233;rer en virus. Techniquement parlant, Rusch pr&#233;sentait les substances vivantes comme les &#233;quivalents &#171; sains &#187; des virus. Cependant, du point de vue du champ scientifique biochimique, et de sa sp&#233;cialit&#233; de biologiste cellulaire plus pr&#233;cis&#233;ment, il n'&#233;tait gu&#232;re &#233;vident de comprendre, dans la plupart de ses publications, ce qu'il entendait plus pr&#233;cis&#233;ment par &#171; substance vivante &#187; : sur le sujet, les expos&#233;s de Rusch &#171; se limitaient &#224; de vagues consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales &#187; [&lt;a href='#nb4-69' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Vogt G., Entstehung und Entwicklung des &#246;kologischen Landbaus im (...)' id='nh4-69'&gt;69&lt;/a&gt;] telles celles que nous venons d'exposer. Il s'appuyait sur diverses sources pour l&#233;gitimer l'existence et l'usage de la cat&#233;gorie de substance vivante, tel Vernadsky, mais aussi sur les d&#233;veloppements de la biologie mol&#233;culaire des ann&#233;es 1950. Mais, en accord avec Gunter Vogt, en raison des rares citations scientifiques pr&#233;cises faites par Rusch, seule une reconstruction fragmentaire des origines de son concept de substance vivante est possible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la &#171; substance vivante &#187; sera une conception &#233;cart&#233;e du champ scientifique d&#232;s la fin des ann&#233;es 1950, lorsque l'explication des &#233;changes biochimiques dans la cellule fut donn&#233;e de mani&#232;re satisfaisante. Pour cette mise &#224; l'&#233;cart, trois arguments principaux ont &#233;t&#233;s avanc&#233;s. Ils auraient d&#251; pousser Rusch &#224; corriger ou abandonner son concept [&lt;a href='#nb4-70' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 214-215. Pour cet &#233;pisode de l'histoire de la biologie, Gunter Vogt (...)' id='nh4-70'&gt;70&lt;/a&gt;]. Premi&#232;rement, les mol&#233;cules et organelles cellulaires caract&#233;ris&#233;es par Rusch comme substance vivante ne sont pas stables, mais, au contraire, elles sont construites puis d&#233;truites dans le processus naturel. Deuxi&#232;mement, les scientifiques se seraient fortement oppos&#233;s &#224; l'id&#233;e d'une plasticit&#233; du vivant, au moins au niveau infra-cellulaire : les chromosomes, virus, mitochondries, ayant des structures biochimiques diff&#233;rentes, toute mutation d'une forme &#224; l'autre serait exclue. Troisi&#232;mement, le &#171; corps humus &#187; ne serait pas un assemblage de ces &#171; composantes cellulaires &#187; que Rusch assimilait &#224; la substance vivante. En conclusion, Rusch sera critiqu&#233; comme proposant des id&#233;es vraisemblables, voire fascinantes, mais d&#233;nu&#233;es d'une base solide fond&#233;e sur des exp&#233;riences chiffr&#233;es. Au pire, ses id&#233;es seront raval&#233;es au rang des songes creux ou de la simple id&#233;ologie. Cependant, quelques ann&#233;es auparavant, &#224; la fin des ann&#233;es 1940, lors de la naissance du concept ruschien, un rejet clair et global, de la part de la communaut&#233; scientifique, n'eut pas &#233;t&#233; possible. En effet, ce n'est qu'au cours des ann&#233;es 1950, que, d'un c&#244;t&#233;, la biologie mol&#233;culaire expliqua la substance h&#233;r&#233;ditaire et les processus de l'h&#233;r&#233;dit&#233;, et que, de l'autre, la biologie cellulaire expliqua l'&#233;laboration et la fonction des organelles cellulaires. N&#233;anmoins, du fait que la destruction des mol&#233;cules organiques et la composition biochimique de l'humus &#233;taient connues &#224; l'&#233;poque, il appara&#238;t que le concept de substance vivante &#233;tait d'embl&#233;e un &#171; concept tr&#232;s sp&#233;culatif &#187; [&lt;a href='#nb4-71' class='spip_note' rel='footnote' title='Vogt G., Entstehung und&#8230;, ibid.' id='nh4-71'&gt;71&lt;/a&gt;]. Mais la question fondamentale de Rusch, celle de l'essence m&#234;me de la vie, demeure sans r&#233;ponse jusqu'&#224; aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, ce m&#233;decin &#171; a maintenu contre vents et mar&#233;es sa th&#233;orie du cycle de la substance vivante &#187;. Selon Johannes Pain, face aux critiques scientifiques, il aurait seulement relativis&#233; la port&#233;e de sa th&#233;orie, en r&#233;duisant la substance vivante &#224; un &#171; principe spirituel de la fertilit&#233; et de la sant&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4-72' class='spip_note' rel='footnote' title='Pain J., Landbau als Kulturkritik. &#8222;Boden&#171; als Kristallisationspunkt (...)' id='nh4-72'&gt;72&lt;/a&gt;]. Notre &#233;tude n'a pas permis de confirmer cette &#233;ventuelle relativisation. Dans &lt;em&gt;La f&#233;condit&#233; du sol&lt;/em&gt;, la substance vivante demeure le concept clef de bout en bout. Venons-en maintenant au r&#244;le du sol dans la th&#233;orie ruschienne.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le sol, stade clef du cycle de la substance vivante&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Si l'on se penche maintenant sur l'articulation de sa th&#233;orie avec la question du sol, on d&#233;couvre que cette question est subsum&#233;e sous la th&#232;se de la substance vivante et de son cycle. L'approche ruschienne du sol est d&#233;pendante de l'id&#233;e de substance vivante dans la mesure o&#249; l'humus, d&#233;fini singuli&#232;rement, comme nous allons le voir, serait un &#171; lieu de stockage de la substance vivante &#187; : soigner l'humus serait un objectif clef pour atteindre &#224; la sant&#233; dans la nature [&lt;a href='#nb4-73' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-73'&gt;73&lt;/a&gt;]. Quand &#224; l'id&#233;e du cycle de la substance, on se rend compte, parall&#232;lement, qu'elle transforme m&#234;me l'id&#233;e traditionnelle de la fertilit&#233; de la terre : &#171; La f&#233;condit&#233; des &#234;tres vivants n'est pas bas&#233;e sur la fertilit&#233; du sol et ne trouve pas son origine dans ce dernier : elle forme un cycle qui sera toujours recommenc&#233;, aussi longtemps que la vie existera sur la terre &#187;. D'une question botanique et p&#233;dologique, la fertilit&#233; du sol se transforme en la question g&#233;n&#233;rale et sp&#233;culative la fertilit&#233; en tant que ph&#233;nom&#232;ne traversant les diff&#233;rentes esp&#232;ces d'&#234;tres vivants, ind&#233;pendamment de leurs places respectives dans l'apparition et l'&#233;volution de la vie sur Terre. Redisons-le, chez Hans Peter Rusch, le sol n'est qu'un lieu d'accumulation de la substance vivante, pas une &#233;tape n&#233;cessaire de l'installation d'une biodiversit&#233; et d'une biomasse abondante au sein de la biosph&#232;re terrestre. Le sol ne jouerait ainsi un r&#244;le particulier &#171; que dans la mesure o&#249; &lt;em&gt;tous les organismes, qui finalement tirent tous leur subsistance de lui&lt;/em&gt;, lui rendent &#233;galement leur substance &#187; [&lt;a href='#nb4-74' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 58. Je souligne.' id='nh4-74'&gt;74&lt;/a&gt;]. Ajoutons ici que l'affirmation du sol d'o&#249; tout vient est limite, en raison du ph&#233;nom&#232;ne biologique fondamental de la photosynth&#232;se. Mais passons encore et voyons maintenant comment l' auteur aborde le sol en lui-m&#234;me, puis comment il entend en &#233;valuer la fertilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;L'humus-processus et la structure grumeleuse cellulaire&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Hans Peter Rusch s'int&#233;resse particuli&#232;rement &#224; la couche sup&#233;rieure du sol, qu'il nomme &#171; structure grumeleuse microbienne ou cellulaire &#187; [&lt;a href='#nb4-75' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.143-146.' id='nh4-75'&gt;75&lt;/a&gt;]. Il reprend les observations de Raoul Franc&#233; et Franz Sekera sur celle-ci : &#171; La transformation intensive des masses organiques conduit &#224; la formation, en quantit&#233; consid&#233;rables, de colonies microbiennes dans la couche sup&#233;rieure du sol, c'est-&#224;-dire dans les 5 &#224; 8 premiers centim&#232;tres. [&#8230;] les filaments de champignons pr&#233;sents dans un gramme de terre, mis bout &#224; bout, arriveraient &#224; une longueur de 100 m&#232;tres ou davantage ; nous savons que le nombre de cellules microbiennes dans un gramme de terre peut atteindre plusieurs centaines de millions et m&#234;me plusieurs milliards &#187; [&lt;a href='#nb4-76' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p.143.' id='nh4-76'&gt;76&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Figure n&#176; 13 &#8211; Le sol selon H.-P. Rusch [&lt;a href='#nb4-77' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. La f&#233;condit&#233; du sol, p. 145.' id='nh4-77'&gt;77&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;tude de cette structure grumeleuse prend chez lui la place occup&#233;e par l'humus chez les autres fondateurs. Le &#171; corps &#187; humus est transform&#233; en un processus. Il dit suivre F. Caspari sur ce point : &#171; l'humus n'est pas une mati&#232;re mais un processus ; en termes microbiologiques, on peut dire que l'humus est le pouvoir biologique et fonctionnel des substances vivantes du sol d'organiser les d&#233;chets des &#234;tres vivants en vue d'une nouvelle harmonie &#187; [&lt;a href='#nb4-78' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 100.' id='nh4-78'&gt;78&lt;/a&gt;]. Et la structure grumeleuse serait l'expression de la dynamique de la substance vivante. La structure grumeleuse se subdiviserait en &#171; structure cellulaire &#187; et &#171; structure plasmatique &#187; ou &#171; structure grumeleuse macromol&#233;culaire stable &#187; [&lt;a href='#nb4-79' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. p. 146-147, o&#249; l'auteur explique un peu l'&#233;quivalence de sens des deux (...)' id='nh4-79'&gt;79&lt;/a&gt;], la seconde &#233;tant un produit de la premi&#232;re [&lt;a href='#nb4-80' class='spip_note' rel='footnote' title='Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 148.' id='nh4-80'&gt;80&lt;/a&gt;]. C'est ce niveau macromol&#233;culaire ultime que d&#233;signe l'humus chez Rusch :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; D'un point de vue biologique, les substances organiques atteignent dans les structures plasmatiques leur forme la plus simple, les substances intervenant dans les cycles biologiques abandonnant toute organisation sp&#233;cifique. Elles perdent toutes les qualit&#233;s qu'elles avaient acquises par leur incorporation dans des cellules et des tissus. On trouve l&#224; des forces de liaison extr&#234;mement puissantes, qui sont capables de maintenir l'essaim d'ions comme &#171; l'essaim &#187; de substances vivantes, mais on ne trouve plus d'organe protecteur, ni de paroi cellulaire, ni de membranes, ni de concentration de substances h&#233;r&#233;ditaires. &lt;em&gt;Il se forme un tissu vivant primitif, une forme originelle faite d'une congr&#233;gation de substances min&#233;rales, organiques et vivantes&lt;/em&gt;, sans agencement particulier, comparables &#224; ceux que l'on trouve dans les organismes, avec un liquide tissulaire rempli d'anions et de cations. &lt;em&gt;C'est cela seulement que l'on devrait appeler &#171; humus &#187;, dans la mesure o&#249; il s'agit d'une &#171; substance &#187; ; on peut dire, dans cet ordre d'id&#233;es, que l'humus est le tissu le plus primitif qui existe, un tissu dont la plante vit &lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-81' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 149.' id='nh4-81'&gt;81&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fig. n&#176; 14 &#8211; Plante et sol selon H.-P. Rusch [&lt;a href='#nb4-82' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. La f&#233;condit&#233; du sol, p. 147.' id='nh4-82'&gt;82&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, cette approche compliqu&#233;e est au service d'une th&#232;se sur le primat de l'organique dans la nutrition v&#233;g&#233;tale [&lt;a href='#nb4-83' class='spip_note' rel='footnote' title='Les autres fondateurs n'allaient pas si loin dans la remise en cause de la (...)' id='nh4-83'&gt;83&lt;/a&gt;]. Mi-processus, mi-substance, l'humus est finalement aussi &#171; le principe fondamental de la nutrition &#187; v&#233;g&#233;tale : &#171; Mais si la substance vivante joue un r&#244;le, sous la forme de l'humus (le mot &#171; humus &#187; n'a pas d'autre signification pour nous et il traduit le concept de &#171; force originelle &#187; de nos a&#239;eux) les &#233;changes min&#233;raux deviennent secondaires, car on ne peut soutenir que les mol&#233;cules organiques sont subordonn&#233;es aux mol&#233;cules inorganiques. En cons&#233;quence, il faut admettre que les &#233;changes macromol&#233;culaires constituent le principe fondamental de la nutrition ; en d'autres termes il faut &#233;laborer une nouvelle m&#233;thode agricole, fondamentalement diff&#233;rente, bas&#233;e sur le concept du cycle des substances vivantes &#187; [&lt;a href='#nb4-84' class='spip_note' rel='footnote' title='La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 79.' id='nh4-84'&gt;84&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On notera par ailleurs que la p&#233;dofaune produirait la structure grumeleuse cellulaire et donc la structure plasmatique fondamentale, en d&#233;composant la mati&#232;re organique apport&#233;e au sol. Rusch affirme qu'une diversit&#233; et quantit&#233; maximale de la vie du sol serait souhaitable. Il en &#171; d&#233;duit &#187; aussi que la fumure organique devrait &#234;tre aussi vari&#233;e que possible : &#171; Pour l'agriculteur biologique, cela a la signification suivante : une nourriture du sol vari&#233;e, une large gamme de mati&#232;res organiques, permet le d&#233;veloppement d'une communaut&#233; de travailleurs microbiens constitu&#233;e de sp&#233;cialistes vari&#233;s ; cela garantit que les mat&#233;riaux r&#233;sultant de leur activit&#233;, qui constituent la nourriture des plantes, sont tr&#232;s vari&#233;s et fournissent aux plantes une large gamme d'aliments sp&#233;cifiques &#187; [&lt;a href='#nb4-85' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 143 et 145.' id='nh4-85'&gt;85&lt;/a&gt;]. Sans trop savoir sur quel crit&#232;re, l'optimum devant &#234;tre trouv&#233; sur chaque sol, il faudrait aussi apporter ni &#171; trop &#187; ni &#171; trop peu d'engrais organiques &#187; [&lt;a href='#nb4-86' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 145.' id='nh4-86'&gt;86&lt;/a&gt;]. Mais avant d'aller plus loin sur les recommandations pratiques ruschiennes, il nous faut pr&#233;senter les principes du test de sol qu'il a mis au point.&lt;/p&gt; &lt;h4 class=&quot;spip&quot;&gt;Le comptage cellulaire : vers une &#233;valuation quantitative simple de la fertilit&#233; ?&lt;/h4&gt; &lt;p&gt;Comme nous l'avons dit, Rusch fait une distinction dans les horizons biologiques du sol. Sous le niveau de la surface proprement dite, o&#249; il localise la couverture du sol et de petits animaux, il situe la zone &#224; structure grumeleuse microbienne. Celle-ci serait un niveau de pr&#233;paration v&#233;g&#233;tale o&#249; agissent diff&#233;rentes &#171; cellules &#187;, tels que des actinomyc&#232;tes, des bact&#233;ries, des champignons, etc&#8230; Pour donner une image de la limite de cet horizon, Rusch propose un sch&#233;ma de sol en coupe o&#249; il a dessin&#233; &#233;galement une plante [&lt;a href='#nb4-87' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 147.' id='nh4-87'&gt;87&lt;/a&gt;] : entre la surface et la couverture du sol, d'une part, et le niveau inf&#233;rieur o&#249; la tige de la plante d&#233;veloppe son chevelu racinaire, se situerait la zone cellulaire ou microbienne. Au niveau de la structure grumeleuse cellulaire, la plante ne ferait pas de racines. La structure grumeleuse cellulaire produit l'horizon inf&#233;rieur de la structure grumeleuse plasmatique mais celle-ci ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e &#171; comme une forme r&#233;siduelle &#187; de la premi&#232;re, car les deux horizons diff&#232;rent m&#234;me &#171; d'un simple point de vue morphologique &#187; : la &#171; structure cellulaire est reconnaissable, comme son nom l'indique, &#224; la pr&#233;sence de cellules ; la structure plasmatique est th&#233;oriquement d&#233;pourvue de cellules, et en contient pratiquement tr&#232;s peu. La premi&#232;re se reconna&#238;t d&#233;j&#224; macroscopiquement &#224; ses pores et &#224; ses agr&#233;gats grossiers dans lesquels on retrouve la structure des d&#233;chets qui en constituent l'origine ; ces r&#233;sidus, non encore dig&#233;r&#233;s, associ&#233;s &#224; des colonies microbiennes g&#233;antes et &#224; des substances min&#233;rales, forment une structure faite d'&#233;l&#233;ments et de pores grossiers, dont la coh&#233;sion est assur&#233;e d'abord principalement par les structures organiques en voie de d&#233;composition, puis de plus ne plus par les liaisons microbiennes. Il en va tout autrement de la structure grumeleuse plasmatique ; elle a l'aspect d'une terre meuble, finement grumeleuse, qui, d'une part se distingue tr&#232;s bien de la poussi&#232;re min&#233;rale inerte (tests de mise en solution d'apr&#232;s K&#246;hler), d'autre part ne forme plus d'agr&#233;gats grossiers ; elle appara&#238;t sous une bonne loupe, comme un syst&#232;me a&#233;r&#233;, pourvu de fentes fines et de pores de petites dimensions. Celui qui veut l'&#233;tudier peut le faire sur un compost ancien, tr&#232;s m&#251;r &#187; [&lt;a href='#nb4-88' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 148. Rusch ne donne pas de pr&#233;cision quant au test du d&#233;nomm&#233; (...)' id='nh4-88'&gt;88&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A partir de cette distinction Rusch a tent&#233; des recherches pour d&#233;gager &#171; des m&#233;thodes simples &#187; d'&#233;valuation quantitative de la fertilit&#233; du sol [&lt;a href='#nb4-89' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., Rusch, H.-P., ibid., p. 172.' id='nh4-89'&gt;89&lt;/a&gt;]. Il s'est d'abord pench&#233; sur la structure grumeleuse cellulaire mais il a du reconna&#238;tre que celle-ci &#233;tait &#171; instable &#187;, variant fortement dans le nombre de cellules la composant en fonction des d&#233;p&#244;ts de mati&#232;re organique sur le sol &#8211; lorsque les conditions climatiques ad&#233;quates sont r&#233;alis&#233;es : ainsi, &#171; &lt;em&gt;le nombre de cellules varie de mani&#232;re importante non seulement d'un point &#224; un autre d'un m&#234;me champ, mais &#233;galement au cours des p&#233;riodes d'activit&#233; et de repos de la v&#233;g&#233;tation&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-90' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 172' id='nh4-90'&gt;90&lt;/a&gt;]. En cons&#233;quence, l'&#233;tude de cet horizon du sol &#171; ne permet pas de mesurer avec s&#251;ret&#233; la fertilit&#233; du sol &#187;. Malgr&#233; cette restriction, Rusch pers&#233;v&#233;ra : &#171; Plus la structure cellulaire fut abondante, plus la fertilit&#233; r&#233;sultante sera grande. Ne serait-ce que pour cette raison, on ne doit pas n&#233;gliger la possibilit&#233; que donne le comptage cellulaire direct pour appr&#233;hender quelque chose de la fertilit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4-91' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 175' id='nh4-91'&gt;91&lt;/a&gt;]. Il d&#233;fendra son test bas&#233; sur le comptage direct au microscope des cellules contenues dans des &#233;chantillons de l'horizon cellulaire, notamment pour &#233;valuer les diff&#233;rents engrais organiques : &#171; Ce comptage permet au moins de tester l'action sur le sol d'un engrais organique apport&#233; depuis peu, en montrant s'il produit beaucoup ou peu de cellules &#187; [&lt;a href='#nb4-92' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-92'&gt;92&lt;/a&gt;]. Mais, s'effor&#231;ant de tenir compte de diff&#233;rentes restrictions, Hans Peter Rusch demeurera attach&#233; &#224; son analyse microbiologique &#171; Les comptages cellulaires directs sont utilisables quand on les interpr&#232;te en pensant toujours &#224; leur signification, quand on les interpr&#232;te en pensant toujours &#224; leur signification, quand on dispose en m&#234;me temps d'autres chiffres, enfin quand on consid&#232;re que ces chiffres repr&#233;sentent des valeurs relatives, comme c'est toujours le cas si on compare des masses biologiques De toute mani&#232;re, le comptage cellulaire direct doit &#234;tre effectu&#233; de telle mani&#232;re qu'il soit ind&#233;pendant des conditions temporaires et en particulier des saisons &#187; [&lt;a href='#nb4-93' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-93'&gt;93&lt;/a&gt;]. En vingt ans, Rusch affirme ainsi avoir effectu&#233; plus de 30.000 comptages [&lt;a href='#nb4-94' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 176.' id='nh4-94'&gt;94&lt;/a&gt;]. Au-del&#224; des difficult&#233;s des incertitudes au niveau de la variation spatiale et temporelle du nombre des cellules, Rusch admet une corr&#233;lation signification entre le nombre de cellules et la fertilit&#233;, puisque le dynamisme des cellules d&#233;terminerait la formation des substances de la structure plasmatique [&lt;a href='#nb4-95' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir ses tableaux de chiffres classant la fertilit&#233; de plusieurs &#171; substrats (...)' id='nh4-95'&gt;95&lt;/a&gt;]. Cette derni&#232;re, &#171; point crucial &#187; du cycle des substances, comprendrait trois groupes de substances : des &#233;l&#233;ments min&#233;raux ou substances &#233;lectrolytiques (anions et cations) continuellement li&#233;s lors du d&#233;roulement des processus biologiques [&lt;a href='#nb4-96' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 150-151.' id='nh4-96'&gt;96&lt;/a&gt;] ; les substances humiques, pouvant fixer sur leurs surfaces libres &#171; des quantit&#233;s consid&#233;rables de substances vivantes et en m&#234;me temps d'ions &#187;, constituant ainsi &#171; une partie tr&#232;s importante de la structure grumeleuse plasmatique &#187; [&lt;a href='#nb4-97' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 151-152.' id='nh4-97'&gt;97&lt;/a&gt;] ; les substances vivantes proprement dites [&lt;a href='#nb4-98' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 152-153.' id='nh4-98'&gt;98&lt;/a&gt;]. A ce propos, Rusch donne encore une pr&#233;cision sur la faible part quantitative de ces substances vivantes, pourtant d&#233;cisives dans sa th&#233;orie : elles sont &#171; essentielles pour le cycle de substances vivantes &#187; mais constituent &#171; dans les cellules en voie de d&#233;composition une part faible, s'amenuisant manifestement tant en nombre qu'en volume &#187;. On pourrait estimer &#171; que les syst&#232;mes vivants &#171; nus &#187;, d&#233;pouill&#233;s de toutes les substances protectrices, syst&#232;mes qui, en tant que structures originelles et substances de base, dirigent toute l'activit&#233; d'une cellule, forment moins de la millioni&#232;me partie de la cellule (estimation faite d'apr&#232;s les poids mol&#233;culaire probables) &#187;. Il ajoute aussi que le stade le plus important du cycle biologique des substances, &#171; &#224; savoir le flot de substances lib&#233;r&#233;es dans le processus microbien et qui s'&#233;coule directement dans la r&#233;gion des racines nourrici&#232;res, est contr&#244;l&#233; par la flore de la rhizosph&#232;re et imm&#233;diatement absorb&#233; par les plantes &#187;. Rusch insiste ainsi sur la rapidit&#233; de la nutrition organique des plantes dans le passage depuis les cellules qui d&#233;composent et lib&#232;reraient ces &#233;l&#233;ments vivants irr&#233;ductibles, jusqu'aux racines [&lt;a href='#nb4-99' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-99'&gt;99&lt;/a&gt;]. En soulignant que ce stade de son cycle des substances est &#171; serr&#233; &#187;, peut-&#234;tre voulait-il d&#233;courager par avance les critiques voulant supposer que ces substances pouvaient avoir le temps de se d&#233;composer et de se min&#233;raliser dans cet horizon du sol.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour conclure sur le &#171; test Rusch &#187;, il semble raisonnable de porter notre attention au-del&#224; de la seule question de la pertinence scientifique de sa th&#233;orie et de cette m&#233;thode quantitative d'&#233;valuation de la fertilit&#233;, en allant d&#233;couvrir les incitations pratiques qui en ont d&#233;coul&#233;es. Premi&#232;rement, parce que l'&#233;valuation du travail scientifique de Rusch m&#232;ne &#224; douter de la valeur de sa th&#233;orie du cycle de la substance. Ensuite, parce que m&#234;me en faisant abstraction de ce point, en admettant que cette mise entre parenth&#232;se soit d&#233;fendable, il appara&#238;t &#233;galement bien difficile de d&#233;terminer la pertinence de ses m&#233;thodes microbiologiques d'&#233;valuation des sols et engrais. Enfin, parce que H.-P. Rusch relativisait lui-m&#234;me la port&#233;e de son travail, d'une part, en avouant sa difficult&#233; &#224; &#171; &lt;em&gt;prononcer un jugement formel&lt;/em&gt; &#187; dans &#171; &lt;em&gt;la pratique quotidienne du testage de sol&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-100' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 206.' id='nh4-100'&gt;100&lt;/a&gt;], et, d'autre part, en incitant &#224; une attitude plus globale, privil&#233;giant &#171; l'observation directe &#187; [&lt;a href='#nb4-101' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. par exemple Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 84 et (...)' id='nh4-101'&gt;101&lt;/a&gt;], notamment de la sant&#233; et de la f&#233;condit&#233; des &#234;tres vivants, et donc des rendements agricoles. Ainsi, par-del&#224; ses incertitudes scientifiques, le travail d'Hans Peter Rusch a contribu&#233; &#224; orienter les pratiques des agriculteurs du mouvement d'Hans M&#252;ller vers un traitement sp&#233;cifique des sols de leurs champs. L'innovation majeure qu'il a apport&#233;e r&#233;side dans la critique du compostage. Mais cette entr&#233;e a &#233;t&#233; compl&#233;t&#233;e par un ensemble de techniques visant &#224; pr&#233;server la &#171; structure grumeleuse &#187;, autrement dit et plus simplement, l'ordre structural et biologique des sols, tel qu'il se pr&#233;sente spontan&#233;ment. Albert Howard et Rudolf Steiner, repr&#233;sentant en quelque sorte une premi&#232;re g&#233;n&#233;ration de pionniers de l'agrobiologie, ont mis la technique du compostage au centre de leur m&#233;thode agricole. Qu'il se fasse en tas ou en fosse, ce compostage &#233;tait une am&#233;lioration des techniques traditionnelles aussi bien asiatiques qu'europ&#233;ennes. Hans Peter Rusch va rompre avec cette tradition et proposer le &lt;em&gt;compostage en surface&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;sheet composting&lt;/em&gt; en anglais. D&#233;couvrons comment sa m&#233;thode de comptage cellulaire a contribu&#233; &#224; le mener &#224; cette rupture. En accord avec sa th&#233;orie de la moindre intervention dans la nature pour faciliter un cycle sain de la substance vivante, cette rupture concerne aussi l'importance et la forme du travail du sol en agriculture.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Critique du compostage en tas et d&#233;fense du travail cultural en surface&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Quoiqu'il en soit de l'arri&#232;re-fond th&#233;orique global sur la biologie et de la conception ruschienne de la vie du sol en particulier, l'essentiel est de retenir que ce gyn&#233;cologue va baser son soutien aux agriculteurs sur le postulat d'une corr&#233;lation entre masse microbienne de la couche superficielle du sol et fertilit&#233;. De m&#234;me, sa critique du compostage et ses pr&#233;conisations sur les techniques culturales ont le m&#234;me fondement. D'abord, sur le compostage, l'essentiel est d&#233;fendu techniquement en quelques lignes, lors d'une exp&#233;rience men&#233;e sur un sol peu fertile [&lt;a href='#nb4-102' class='spip_note' rel='footnote' title='Il s'agissait d'un sol tr&#232;s l&#233;ger, &#171; extr&#234;mement perm&#233;able, sous-sol absorbant, (...)' id='nh4-102'&gt;102&lt;/a&gt;] :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Nous avions, dans cette exp&#233;rience, compost&#233; selon la m&#233;thode traditionnelle tous les v&#233;g&#233;taux disponibles (feuilles, d&#233;chets de cuisine) et du fumier achet&#233; avaient &#233;t&#233; mis en tas pendant au moins un an, les tas &#233;tant recouverts de terre, d'herbe ou de feuilles et retourn&#233;s 2 ou 3 fois. Ayant test&#233; ces composts avec nos m&#233;thodes, [&#8230;] il s'av&#233;ra que, en d&#233;pit de leur haute qualit&#233; biologique, ils ne donnaient que des nombres de cellules faibles, &#224; peine sup&#233;rieure &#224; ceux du sol. Au contraire les mat&#233;riaux frais donnaient, comme toujours, des chiffres &#233;lev&#233;s, variant entre 1000 et 6000. &lt;em&gt;Nous avions donc, avec des mati&#232;res premi&#232;res de haute valeur, fabriqu&#233; un compost sans valeur&lt;/em&gt;. De tels composts, qui donnaient le m&#234;me nombre de cellules qu'un sol peu fertile, ne pouvaient avoir un effet fertilisant &#187; [&lt;a href='#nb4-103' class='spip_note' rel='footnote' title='La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 213.' id='nh4-103'&gt;103&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rusch sera convaincu devant de nombreux autres exemples qu'un compost bien fait pouvait aider l'agriculteur biologique &#224; cultiver, par exemple, des l&#233;gumes sains, &#171; mais souvent la production restait insuffisante &#187;. Rusch articule faiblesse du nombre de cellules dans le compost traditionnel avec &#171; l'insuffisance des rendements obtenus &#187; en agriculture biologique classique. Il g&#233;n&#233;ralise en affirmant qu'il n'y a pas moyen de rem&#233;dier &#224; cette faiblesse du compostage en tas ou en fosse : &#171; &lt;em&gt;Toutes les tentatives faites pour emp&#234;cher la chute du nombre de cellules lors du compostage se sont sold&#233;es par des &#233;checs&lt;/em&gt;. On ne peut emp&#234;cher, lors d'un entreposage de longue dur&#233;e ([&#8230;] aussi [pour] les composts urbains [&#8230;]) que la valeur biologique et fonctionnelle du compost tombe &#224; une valeur tr&#232;s faible, m&#234;me si le compostage est parfaitement a&#233;robie, si une humidit&#233; convenable est maintenue, si on ensemence des microorganismes et si on retourne continuellement le tas &#187; [&lt;a href='#nb4-104' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 214.' id='nh4-104'&gt;104&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rusch en tire une r&#233;flexion d&#233;cisive sur l'observation de la nature en g&#233;n&#233;ral : &#171; Une seule chose est certaine : &lt;em&gt;la nature ne composte pas&lt;/em&gt;. Elle ne laisse jamais, dans des conditions normales, des mati&#232;res organiques en tas &#187; [&lt;a href='#nb4-105' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-105'&gt;105&lt;/a&gt;]. Autrement dit, on ne tire &#171; &lt;em&gt;le maximum de potentiel productif d'une fumure que si on emploie le compostage de surface, c'est-&#224;-dire si on imite la nature. La nature ne conna&#238;t que le compostage de surface&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-106' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 215.' id='nh4-106'&gt;106&lt;/a&gt;]. Cette premi&#232;re rupture avec la tradition [&lt;a href='#nb4-107' class='spip_note' rel='footnote' title='Une rupture affirm&#233;e &#224; la page 286.' id='nh4-107'&gt;107&lt;/a&gt;] permet aussi &#224; Rusch de fournir une explication sur les faibles rendements de l'agriculture biologique de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration : &#171; &lt;em&gt;Cette observation explique pourquoi l'agriculture biologique pratiqu&#233;e jusque l&#224;, si elle donnait des produits d'une haute qualit&#233; biologique, ne donnait des rendements suffisants que sur des sols naturellement fertiles&lt;/em&gt; &#187; [&lt;a href='#nb4-108' class='spip_note' rel='footnote' title='La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 214.' id='nh4-108'&gt;108&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour comprendre les autres orientations ruschiennes vis-&#224;-vis maintenant du travail du sol, on peut prolonger l'&#233;tude de sa r&#233;flexion dans le cadre plus vaste de la critique de l'interventionnisme agricole. Hans Peter Rusch admet certes que &#171; les interventions humaines &#187; sont &#171; in&#233;vitables en agriculture &#187; mais il insiste fortement, dans toute son &#339;uvre agronomique, pour que les actions du cultivateur soient &#171; aussi limit&#233;es que possibles &#187; [&lt;a href='#nb4-109' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 149.' id='nh4-109'&gt;109&lt;/a&gt;]. Sur la base de l'analogie du sol avec un organisme, la structure plasmatique est identifi&#233;e &#224; un tube digestif. Le sol serait aussi &#171; sensible et vuln&#233;rable qu'un tissu v&#233;g&#233;tal ou animal &#187; [&lt;a href='#nb4-110' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 182.' id='nh4-110'&gt;110&lt;/a&gt;]. Intervenir dans cet horizon serait dangereux, comme si l'on touchait un organe vital du sol : &#171; On sait, l&#224;, que l'on ne peut se permettre aucune intervention sans mettre en danger la vie de l'ensemble &#187; [&lt;a href='#nb4-111' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 150.' id='nh4-111'&gt;111&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourrait-on alors se contenter d'un travail du sol en surface ? On pourrait le croire : &#171; tout travail du sol qui descend au-dessous de la couche &#224; structure cellulaire &#8211; c'est-&#224;-dire au-dessous de quelques centim&#232;tres &#8211; risque d'inhiber et de perturber la croissance des plantes &#187;. Mais la r&#233;alit&#233; concr&#232;te des champs invite &#224; adopter une attitude de principe encore plus prudente : &#171; La limite entre la zone cellulaire et le reste de la couche arable &#233;tant tr&#232;s variable, parfois &#224; quelques centim&#232;tres, dans d'autres cas &#224; quelques millim&#232;tres de la surface, tout travail du sol est, en soi, nuisible &#224; l'organisme &#171; terre vivante &#187; [&lt;a href='#nb4-112' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 182-183.' id='nh4-112'&gt;112&lt;/a&gt;]. Hans Peter Rusch est ainsi un pr&#233;curseur du non-labour, en nette progression aujourd'hui [&lt;a href='#nb4-113' class='spip_note' rel='footnote' title='On trouve le r&#233;sum&#233; des positions de Rusch sur le travail du sol et la (...)' id='nh4-113'&gt;113&lt;/a&gt;] : &#171; Le dommage caus&#233; devient consid&#233;rable et inexcusable quand le sol est retourn&#233; au moment de son activit&#233; maximale ; le fait d'enfouir en profondeur, &#224; la charrue ou &#224; la b&#234;che, un engrais organique frais (fumier, engrais vert) doit toujours &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une lourde faute contre la vie &#187; [&lt;a href='#nb4-114' class='spip_note' rel='footnote' title='La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 183.' id='nh4-114'&gt;114&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, quoique tributaire d'une th&#233;orie biologique g&#233;n&#233;rale plus qu'incertaine, Hans Peter Rusch a fait &#233;volu&#233; les pratiques agrobiologiques vers une fertilisation &#224; base d'apports, aussi fragment&#233;s que possibles, de mati&#232;res organiques fra&#238;ches sur la surface des parcelles. Que ce soit pour amender ou pour lutter contre les adventices, Hans Peter Rusch mettra toujours en garde contre l'&#171; effet inhibiteur de la perturbation des couches du sol &#187; [&lt;a href='#nb4-115' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-115'&gt;115&lt;/a&gt;]. Nous sommes arriv&#233;s &#224; la d&#233;clinaison de son principe g&#233;n&#233;ral voulant que la fertilit&#233; et la sant&#233; d&#233;coule du &#171; Tout intact par rapport &#224; l'ordre humain &#187;. Le cycle des mati&#232;res vivantes, en &#233;vitant de les manufacturer ou de les incorporer au sol autrement qu'en les d&#233;posant, serait la clef de la qualit&#233; et des rendements agricoles. Si l'on excepte une vision aussi insistante du cycle biologique, on peut dire que Hans Peter Rusch a travaill&#233; dans une voie ouvrant &#224; la r&#233;ception occidentale de l'agriculture fukuokienne du non-agir.&lt;/p&gt; &lt;h2 class=&quot;spip&quot;&gt;Sur la piste agrosauvage de Masanobu Fukuoka&lt;/h2&gt; &lt;p&gt;Masanobu Fukuoka, du point de vue de sa &#171; sage ignorance &#187;, recommandait de s'abstenir de nuire pour voir la nature entretenir et m&#234;me faire progresser la f&#233;condit&#233; de ses sols. Il a le m&#233;rite de nous rappeler que la fertilit&#233; est une donn&#233;e de la nature : vouloir compenser la baisse de la fertilit&#233; c'est d'abord l'avoir ab&#238;m&#233;e. C'est donc avoir mal agi, ne pas avoir su la respecter, l'entretenir, et l'accompagner. Quoiqu'il en dise, M. Fukuoka a point&#233; un savoir de la nature autrement plus concret, &#224; l'&#233;chelle du paysan et de la conscience ordinaire, que, par exemple, la th&#233;orie du cycle de la substance vivante chez Rusch. En parlant d'agriculture sauvage, en cherchant &#224; m&#234;ler et imbriquer ses cultures avec les plantes ou les arbres non domestiqu&#233;s, il attire l'attention, par ses bons rendements maintenus, sur les forces en cause dans les m&#233;canismes naturels de la fertilit&#233;. Nous allons d'abord d&#233;couvrir le cheminement qui l'a men&#233; &#224; une agriculture simplifi&#233;e. Nous verrons ensuite que la validit&#233; de sa m&#233;thode prend appui sur un syst&#232;me agroforestier. Enfin, nous terminerons avec l'esp&#233;rance de reverdir les d&#233;serts, l'application plan&#233;taire que voit Masanobu Fukuoka pour sa m&#233;thode.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La recherche d'une agriculture simplifi&#233;e&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; sa tendance au rejet de la science, des scientifiques peuvent s'inspirer de sa d&#233;marche pour poser diff&#233;remment la question de la fertilit&#233; et de la fertilisation. Pour notre part, l'&#233;tude du travail de M. Fukuoka a &#233;t&#233; d&#233;cisive pour resituer l'agriculture biologique par rapport &#224; l'agriculture conventionnelle, &#224; l'agriculture traditionnelle, et &#224; l'appel &#224; une agriculture &#171; plus naturelle &#187;. La force de sa d&#233;marche, une fois mis de c&#244;t&#233; son habillage de religiosit&#233; orientale, est ind&#233;niable. Elle r&#233;side notamment dans la grande simplicit&#233; de ses principes. Plut&#244;t que de chercher &#224; droite et &#224; gauche des solutions pour le probl&#232;me agricole, M. Fukuoka cherche &#224; s'abstenir d'interventions inutiles ou nuisibles : &#171; Et si on ne faisait pas ceci ? Et si on ne faisait pas cela ? &#8211; telle &#233;tait ma mani&#232;re de penser &#187; [&lt;a href='#nb4-116' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 44.' id='nh4-116'&gt;116&lt;/a&gt;]. Pendant les trente ann&#233;es o&#249; il a v&#233;cu presque comme un ermite, ayant &#171; peu de contact avec les gens en dehors de ma propre communaut&#233; &#187;, il a mis &#171; le cap en ligne droite sur une m&#233;thode d'agriculture du &#171; non-agir &#187; &#187;. Le r&#233;sultat fut une agriculture largement simplifi&#233;e dans une vision de la nature comme &#233;quilibre et harmonie : &#171; Finalement j'arrivai &#224; la conclusion qu'il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire de labourer, pas n&#233;cessaire de r&#233;pandre de l'engrais, pas n&#233;cessaire du faire du compost, pas n&#233;cessaire d'utiliser de l'insecticide. Quand vous arrivez jusqu'&#224; ce point, il y a peu de pratiques agricoles qui sont vraiment n&#233;cessaires &#187; [&lt;a href='#nb4-117' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh4-117'&gt;117&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Concr&#232;tement, &#224; quoi vont ressembler les champs de Masanobu Fukuoka si l'on prend ses principes &#224; la lettre ? La crainte d'avoir affaire &#224; une agriculture &#171; de l'abandon &#187; [&lt;a href='#nb4-118' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 42.' id='nh4-118'&gt;118&lt;/a&gt;], quand on entend parler de Masanobu Fukuoka, est seulement justifiable lorsque l'on oublie la radicalit&#233; de sa d&#233;marche. La radicalit&#233; renvoie &#224; une prise de position tranch&#233;e dans un d&#233;bat. Dans la dialectique nature et culture o&#249; se formule une m&#233;thode agricole, M. Fukuoka a cherch&#233; &#224; s'accrocher au maximum au p&#244;le naturel, entendu comme ce qui advient ind&#233;pendamment de l'homme. L'agriculteur qui voudrait passer sans transition, d'une saison culturale &#224; la suivante, de sa m&#233;thode &#224; celle de Masanobu Fukuoka s'expose &#224; l'&#233;chec : il ne part pas d'une nature fonctionnant d'une mani&#232;re proche de ses r&#233;gulations spontan&#233;es. M. Fukuoka lui-m&#234;me s'est d'abord heurt&#233; concr&#232;tement &#224; ce probl&#232;me, lorsqu'il a repris le verger de son p&#232;re [&lt;a href='#nb4-119' class='spip_note' rel='footnote' title='Il dit que son p&#232;re fut &#171; atterr&#233; &#187; par sa d&#233;marche et que les &#171; autres membres (...)' id='nh4-119'&gt;119&lt;/a&gt;], jusqu'alors conduit de mani&#232;re conventionnelle : &#171; Avant la fin de la guerre, lorsque je montai au verger pour mettre en pratique ce qu'alors je pensais &#234;tre l'agriculture sauvage, je ne fis aucune taille et laissai le verger &#224; lui-m&#234;me. Les branches s'emm&#234;l&#232;rent, les arbres furent attaqu&#233;s par des insectes, et presqu'un hectare de mandariniers s'atrophia et mourut. Depuis ce temps et encore maintenant, la question &#171; Quel est le mod&#232;le naturel ? &#187; n'a cess&#233; d'occuper mon esprit. Au cours de mon cheminement pour arriver &#224; une r&#233;ponse, j'an&#233;antis encore 400 arbres &#187; [&lt;a href='#nb4-120' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, ibid., p. 45.' id='nh4-120'&gt;120&lt;/a&gt;]. M. Fukuoka comprit qu'il fallait partir de conditions proches de la nature sauvage [&lt;a href='#nb4-121' class='spip_note' rel='footnote' title='Il s'agit toujours d'un principe guide de l'agriculture biologique, comme en (...)' id='nh4-121'&gt;121&lt;/a&gt;], tant au niveau du milieu et du sol, qu'au niveau des plantes cultiv&#233;es. Le passage suivant montre qu'il a &#233;tendu ce raisonnement de l'agriculture &#224; la vie sociale, non sans sacrifier &#224; ce que nous connaissons en Occident comme une forme de rousseauisme ou d'attirance pour le mythe de l'enfant sauvage : &#171; Dans la mesure o&#249; les arbres s'&#233;loignent de leur forme naturelle la taille et la destruction des insectes deviennent n&#233;cessaires ; dans la mesure o&#249; la soci&#233;t&#233; humaine se d&#233;tache d'une vie proche de la nature l'&#233;ducation devient n&#233;cessaire &#187;. [&lt;a href='#nb4-122' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, ibid., p. 46.' id='nh4-122'&gt;122&lt;/a&gt;] En fait, la &#171; ligne de raisonnement &#187; de Masanobu Fukuoka [&lt;a href='#nb4-123' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 45.' id='nh4-123'&gt;123&lt;/a&gt;] consiste &#224; dire que l'homme a cr&#233;&#233; les conditions de son propre tourment en maltraitant la nature, aussi bien hors de lui qu'en lui. Sur le seul plan agricole, cela revient &#224; dire que l'homme a mal travaill&#233; et qu'il a ainsi cr&#233;&#233; les conditions qui ont rendu n&#233;cessaires une bonne partie des fa&#231;ons culturales, des produits utilis&#233;s, des soins apport&#233;s aux plantes et aux animaux que nous connaissons dans l'agriculture moderne [&lt;a href='#nb4-124' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 190.' id='nh4-124'&gt;124&lt;/a&gt;]. Si l'on g&#233;n&#233;ralise la th&#232;se de Masanobu Fukuoka, l'histoire est d&#233;cadence. Et l'homme une esp&#233;rance illusoire. Du coup, dans tous les domaines de la civilisation humaine, la seule chose souhaitable est le &#171; Retour &#224; la source &#187; [&lt;a href='#nb4-125' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 48-50.' id='nh4-125'&gt;125&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour suivre M. Fukuoka sur ce chemin, nous sommes oblig&#233;s de mettre de c&#244;t&#233; les repr&#233;sentations occidentales du paradis originel. Dans celles-ci, il y a toujours une id&#233;e du bonheur parfait, mais il y aussi, presque toujours, une dose plus ou moins importante de dialogue avec le divin, d'existence subjective de la personne, et donc de libert&#233; et de cr&#233;ativit&#233; de l'homme. L'homme du paradis occidental participe activement, m&#234;me si c'est de mani&#232;re secondaire et ais&#233;e, au bonheur parfait. L'homme du paradis oriental, qui s'appelle parfois Datong, s'efface dans la fusion avec l'&#234;tre ou le vide total. Le Dieu fukuokien ne s'adresse pas &#224; l'homme [&lt;a href='#nb4-126' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 307.' id='nh4-126'&gt;126&lt;/a&gt;]. Ceci &#233;tant dit, au fur et &#224; mesure de notre &#233;tude de l'&#339;uvre de M. Fukuoka, une question g&#233;n&#233;rale a peu &#224; peu &#233;merg&#233; de mani&#232;re pressante. Une r&#233;flexion, d'un bon sens apparent, veut que l'agriculture soit de la technique, et donc qu'il n'y ait gu&#232;re de sens &#224; parler d'une agriculture naturelle, et encore moins d'une agriculture sauvage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme l'a relev&#233; Larry Korn, au sens strict, &#171; la seule agriculture &#171; sauvage &#187; est la chasse et le cueillette. Faire pousser des r&#233;coltes agricoles est un changement culturel qui requiert de la connaissance et un effort constant &#187; [&lt;a href='#nb4-127' class='spip_note' rel='footnote' title='Korn, L., Introduction, in La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. (...)' id='nh4-127'&gt;127&lt;/a&gt;]. Beaucoup en conviennent. M&#234;me un Gunter Vogt, au terme du premier travail germanophone d'importance consacr&#233; &#224; l'histoire de l'agriculture biologique, en vient &#224; remettre en cause la pertinence de cette id&#233;e agrobiologique d'une agriculture en harmonie avec la nature [&lt;a href='#nb4-128' class='spip_note' rel='footnote' title='Vogt G. Entstehung und Entwiclung des &#246;kologischen Lanbaus, p. (...)' id='nh4-128'&gt;128&lt;/a&gt;]. Faut-il d&#233;finitivement la ranger au rayon des illuminations romantiques de la jeunesse du mouvement ? Nous ne le croyons pas. Au contraire, nous pensons qu'il faut la regarder en face et la purifier. L'&#233;carter serait presque vider enti&#232;rement de sa substance le levain que constituent la critique et la recherche agrobiologiques pour la p&#226;te agricole et son au-del&#224; soci&#233;tal. Mais que signifie-t-elle mat&#233;riellement ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;e fukuokienne d'agriculture sauvage, qui sous-titre &lt;em&gt;La r&#233;volution d'un seul brin de paille&lt;/em&gt;, le premier livre ayant fait conna&#238;tre le paysan et biologiste japonais, a le m&#233;rite d'&#234;tre plus parlante que l'id&#233;e d'agriculture naturelle que l'on trouve chez Hans Peter Rusch et chez Albert Howard, et plus tard dans l'&#339;uvre m&#234;me de Masanobu Fukuoka. L'id&#233;e de &#171; sauvage &#187; &#233;vite les &#233;quivoques sur les diff&#233;rents sens du mot nature [&lt;a href='#nb4-129' class='spip_note' rel='footnote' title='Et elle semble importante pour comprendre le sens pr&#233;cis que la nature a (...)' id='nh4-129'&gt;129&lt;/a&gt;]. Le sauvage, chez M. Fukuoka, c'est essentiellement la nature terrestre qui tend &#224; devenir for&#234;t si le climat le lui permet. En un sens encore plus fort que chez Sir Albert Howard, la for&#234;t joue le r&#244;le du mod&#232;le de l'agriculture. Tandis que Howard imite de loin la for&#234;t, Fukuoka cherche &#224; s'y plonger. Au terme de ce travail, une des questions demeur&#233;es irr&#233;solues vis-&#224;-vis de l'&#339;uvre du c&#233;l&#232;bre agriculteur bouddhiste, est celle-ci : pourquoi a-t-il travaill&#233; &#224; mettre au point une agriculture sauvage et n'a-t-il pas choisi plut&#244;t une revalorisation du mode de vie de simple pr&#233;dation ? L&#224;, la non-intervention humaine dans les &#233;cosyst&#232;mes eut &#233;t&#233; port&#233;e &#224; son maximum. Peut-&#234;tre &#233;tait-ce en raison des contraintes territoriales inh&#233;rentes &#224; ce mode de vie, vu que la nature et la for&#234;t du Japon, comme le niveau de la population et la superficie du pays, n'ont pas grand-chose &#224; voir avec les conditions dans lesquelles des peuples parviennent encore &#224; vivre ainsi, par exemple en Amazonie. Quoi qu'il en soit, une juste compr&#233;hension du sens de l'&#339;uvre de Masanobu Fukuoka implique de saisir qu'il a cherch&#233; &#224; se rapprocher autant que possible de ces conditions pr&#233;agricoles. A d&#233;faut de se confondre ou de se fondre avec la nature animale et foresti&#232;re, il a cherch&#233; &#224; installer ses plantes domestiques aussi discr&#232;tement que possible dans le milieu naturel. Dans ses rizi&#232;res, il ne laboure pas. Il a r&#233;ussi &#224; semer du tr&#232;fle et il n'intervient (en inondant) que pour affaiblir celui-ci et faciliter le d&#233;marrage des pieds de riz. Aussit&#244;t apr&#232;s, il laisse faire la nature. Il est int&#233;ressant de noter qu'il fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'histoire agricole de son pays pour justifier qu'il ne s'agit pas d'une invention de sa part : &#171; J'en ai r&#233;cemment discut&#233; avec le Professeur Iinuma de l'Universit&#233; de Kyoto. Il y a mille ans, au Japon, on pratiquait l'agriculture sans labourer, et la culture de la terre sur une faible profondeur n'a pas &#233;t&#233; introduite avant l'&#232;re Tokugawa il y a 300 &#224; 400 ans. Le labour profond a &#233;t&#233; introduit au Japon avec l'agriculture occidentale &#187;. D'autre part, il est important de souligner, face aux sceptiques, que Masanobu Fukuoka a re&#231;u une reconnaissance de la part des scientifiques, m&#234;me si elle a &#233;t&#233; souvent impersonnelle et longue &#224; venir. Plus d&#233;cisif peut-&#234;tre, les techniques culturales simplifi&#233;es (TCS), dont le non-labour, progressent nettement aujourd'hui dans le monde, aussi bien en agrochimie qu'en agrobiologie [&lt;a href='#nb4-130' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Mennessier M., L'Am&#233;rique abandonne la charrue, in Le Figaro, 19 novembre (...)' id='nh4-130'&gt;130&lt;/a&gt;]. Ecoutons donc cette d&#233;claration fukuokienne de modernit&#233; paradoxale : &#171; Faire pousser des c&#233;r&#233;ales dans un champ non labour&#233; peut sembler &#224; priori une r&#233;gression vers l'agriculture primitive, mais, avec les ann&#233;es, cette m&#233;thode s'est r&#233;v&#233;l&#233;e dans les laboratoires universitaires et les centres d'essai agricoles du pays, la m&#233;thode la plus simple, la plus efficace et la plus moderne de toutes. Tout en d&#233;savouant la science moderne, cette mani&#232;re de travailler la terre se place maintenant au tout premier plan du d&#233;veloppement de l'agriculture moderne &#187; [&lt;a href='#nb4-131' class='spip_note' rel='footnote' title='La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 49. Dans cette m&#234;me page, l'auteur (...)' id='nh4-131'&gt;131&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De m&#234;me avec les parasites : M. Fukuoka compte qu'une &#171; exploitation naturelle &#187; [&lt;a href='#nb4-132' class='spip_note' rel='footnote' title='On peut trouver surprenant que Masanobu Fukuoka utilise cette expression, &#224; (...)' id='nh4-132'&gt;132&lt;/a&gt;]retrouve rapidement un &#233;quilibre parasites-pr&#233;dateurs des parasites, avant que la nuisance ne mette en danger s&#233;rieusement le rendement et la qualit&#233; de la r&#233;colte [&lt;a href='#nb4-133' class='spip_note' rel='footnote' title='La r&#233;volution d'un seul brin de paille, op. cit., p. 98-100. Larry Korn (...)' id='nh4-133'&gt;133&lt;/a&gt;]. Aujourd'hui, on peut dire que des versions d&#233;grad&#233;es de ce principe fukuokien gagnent du terrain, m&#234;me chez les agrochimistes. Nombre d'entre eux pensent maintenant &#224; comparer le co&#251;t des &#233;pandages de biocides avec le prix de vente de la r&#233;colte et les diminutions de rendement occasionn&#233;s par les organismes pathog&#232;nes ou les adventices : on traite moins syst&#233;matiquement qu'il y a vingt ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons ainsi compris comment une plus grande proximit&#233; avec l'&#233;cosyst&#232;me naturel avait permis &#224; Masanobu Fukuoka de simplifier le travail agricole tout en maintenant les objectifs de qualit&#233; et de rendement. Sa d&#233;marche se concr&#233;tise globalement en un syst&#232;me d'agroforesterie. Dans celui-ci, une nouvelle rupture se dessine par rapport &#224; la tradition agricole et agrobiologique. La relativisation de l'intervention et de l'artifice humain s'accentue. Amendements, compostage en tas et compostage de surface sont quasiment abandonn&#233;s, au profit d'une insertion discr&#232;te de l'agriculture dans les m&#233;canismes spontan&#233;s de l'augmentation naturelle de la fertilit&#233;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Par-del&#224; la fertilisation : la mise en place d'un syst&#232;me agroforestier&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Ainsi, le point o&#249; Masanobu Fukuoka se d&#233;marque peut-&#234;tre le plus de l'agriculture biologique classique est peut-&#234;tre celui de la fertilisation. Quand Rusch rejetait le compostage en tas ou en fosse, pr&#233;conis&#233; par Howard et Steiner, il d&#233;fendait encore l'apport d'amendements min&#233;raux non solubles et l'apport d'engrais organique par un compostage de surface. Masanobu Fukuoka, quant &#224; lui, vise &#224; ignorer purement et simplement l'id&#233;e de fertilisation. Ce ne sont pas les quelques fientes de poules qu'il dit apporter parfois, ni m&#234;me sa pratique du retour int&#233;gral aux champs des pailles des c&#233;r&#233;ales r&#233;colt&#233;es, qui pourront faire figure d'un authentique plan de fertilisation pour l'agriculteur occidental. M&#234;me par rapport &#224; l'agriculture traditionnelle orientale ou europ&#233;enne, f&#233;rue de compostage, Masanobu Fukuoka fait figure d'exception. Sa th&#232;se sur la fertilit&#233;, que certains d&#233;signent avec le n&#233;ologisme d'&#171; autofertilit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb4-134' class='spip_note' rel='footnote' title='Piriou S., L'institutionnalisation de l'agriculture biologique, 1980-2000, (...)' id='nh4-134'&gt;134&lt;/a&gt;], n'est que l'affirmation de la croissance de la fertilit&#233; naturelle dans les conditions normales. En minimisant les interventions et en permettant &#224; la dynamique &#233;cologique de se r&#233;aliser au mieux, Fukuoka pr&#233;tend avoir obtenu des rendements &#233;gaux ou sup&#233;rieurs &#224; la moyenne de sa r&#233;gion, agrobiologie, agriculture traditionnelle, et agrochimie confondues [&lt;a href='#nb4-135' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce que confirme Larry Korn : &#171; M. Fukuoka r&#233;colte entre cinquante et soixante (...)' id='nh4-135'&gt;135&lt;/a&gt;]. C'est pour le moins &#233;tonnant. Mais le climat tropical de l'&#238;le de Shikoku, avec celui de sa voisine Kyushu, toujours humide, presque le plus chaud du Japon en &#233;t&#233;, presque temp&#233;r&#233; en hiver, pr&#233;sente la plus grande r&#233;gularit&#233; de l'archipel nippon : cela peut aider &#224; comprendre la luxuriance possible de la v&#233;g&#233;tation. Mais, demandons-nous : que faire face &#224; des secteurs o&#249; les sols sont pauvres, voire arides ou d&#233;sertiques ? C'est sans doute &#224; ce point que le mod&#232;le forestier trouve sa plus grande force dans l'&#339;uvre de Masanobu Fukuoka. Sur sa ferme m&#234;me, il a &#233;t&#233; confront&#233; &#224; des collines aux sols &#233;rod&#233;s et d&#233;nud&#233;s. Dans les passages suivants, il relate son cheminement face &#224; des sols &#233;puis&#233;s, depuis les m&#233;thodes alors pr&#233;conis&#233;es officiellement, jusque vers sa m&#233;thode d'agroforesterie. La situation de d&#233;part n'inspirait plus que d&#233;solation : &#171; Il y a vingt ans, le flanc de cette montagne &#233;tait d'argile nue, si dure que vous n'auriez pas pu y enfoncer une pelle. Une bonne partie de la terre par ici &#233;tait ainsi. Les gens avaient fait pousser des pommes de terre jusqu'&#224; ce que la terre fut &#233;puis&#233;e, puis les champs avaient &#233;t&#233; laiss&#233;s &#224; l'abandon &#187;. Dans les premi&#232;res &#233;tapes de ses essais pour restaurer la fertilit&#233; de &#171; ces pentes montagneuses d&#233;nud&#233;es &#187;, M. Fukuoka n'arriva pas &#224; grand-chose : &#171; Apr&#232;s la guerre, on encourageait la technique qui consistait &#224; cultiver en profondeur le verger et &#224; creuser des trous pour y ajouter des mati&#232;res organiques [&lt;a href='#nb4-136' class='spip_note' rel='footnote' title='On retrouve une m&#233;thode assez semblable (avec des sillons) pr&#244;n&#233;e par Howard, (...)' id='nh4-136'&gt;136&lt;/a&gt;]. Quand je revins du centre d'essai, j'ai essay&#233; de le faire dans mon verger. Apr&#232;s quelques ann&#233;es j'en vins &#224; la conclusion que cette m&#233;thode &#233;tait non seulement &#233;puisante physiquement, mais franchement inutile pour ce qui est de l'am&#233;lioration du sol. J'enfouis d'abord de la paille et des foug&#232;res que j'avais descendues de la montagne. Transporter des charges de plus de 40 kg &#233;tait un gros travail, et deux ou trois ans plus tard, il n'y avait pas assez d'humus pour emplir ma main ! Les tranch&#233;es que j'avais creus&#233;es pour enfouir la mati&#232;re organique s'&#233;boul&#232;rent et tourn&#232;rent au puits ouverts &#187; [&lt;a href='#nb4-137' class='spip_note' rel='footnote' title='La r&#233;volution d'un seul brin de paille, op. cit., p. 86-87.' id='nh4-137'&gt;137&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;tape suivante m&#232;ne Masanobu Fukuoka au succ&#232;s. Cette fois-ci, il arrive &#224; sa m&#233;thode agrosauvage pour son verger-jardin. Au passage, on remarquera qu'il rel&#232;ve le r&#244;le humificateur sup&#233;rieur du bois par rapport aux pailles : &#171; Ensuite j'essayai d'enterrer du bois. Il semble que la paille est la meilleure aide pour am&#233;liorer le sol, mais &#224; en juger d'apr&#232;s la quantit&#233; de terre form&#233;e, le bois est meilleur. C'est parfait aussi longtemps qu'il y a des arbres &#224; couper. Mais pour quelqu'un qui n'en a pas &#224; proximit&#233;, il est pr&#233;f&#233;rable de faire tout simplement pousser le bois dans le verger plut&#244;t que de le transporter &#224; distance &#187; [&lt;a href='#nb4-138' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 87-88.' id='nh4-138'&gt;138&lt;/a&gt;]. Du coup, Masanobu Fukuoka remet de la nature dans ses cultures et souligne son r&#244;le b&#233;n&#233;fique pour l'agrosyst&#232;me [&lt;a href='#nb4-139' class='spip_note' rel='footnote' title='Les agriculteurs biologiques r&#233;sument cette d&#233;marche en invitant &#224; prot&#233;ger (...)' id='nh4-139'&gt;139&lt;/a&gt;] : &#171; Dans mon verger il y a des pins et des c&#232;dres, quelques poiriers, des kakis, des n&#233;fliers, des cerisiers japonais et beaucoup d'autres vari&#233;t&#233;s indig&#232;nes poussant parmi les agrumes. L'un des arbres les plus int&#233;ressants, bien qu'il ne soit pas indig&#232;ne, est l'acacia Morishima. C'est le m&#234;me arbre que j'ai mentionn&#233; plus t&#244;t en rapport avec les coccinelles et la protection par les pr&#233;dateurs naturels. Son bois est un bois dur, ses fleurs attirent les abeilles et ses feuilles font un bon fourrage. Il aide &#224; pr&#233;venir les ravages d'insectes dans le verger, joue le r&#244;le de brise-vent, et les nodosit&#233;s (&#171; rhizobium &#187;, bact&#233;ries vivant dans les racines) fertilisent le sol &#187;. En compl&#233;ment du semis ou de la plantation d'arbres sauvages avec ses fruitiers, il a mis des l&#233;gumineuses sur le sol nu : &#171; Quand &#224; la surface du sol, j'ai sem&#233; un m&#233;lange de tr&#232;fle blanc et de luzerne sur la terre nue. Il a mis plusieurs ann&#233;es avant de prendre mais finalement a lev&#233; et couvert les pentes du verger. J'ai plant&#233; &#233;galement du radis japonais (&lt;em&gt;daikon&lt;/em&gt;). Les racines de ce vigoureux l&#233;gume p&#233;n&#232;trent profond&#233;ment dans le sol, ajoutent de la mati&#232;re organique et ouvrent des passages &#224; la circulation de l'air et de l'eau. Il se ress&#232;me tout seul facilement, et apr&#232;s l'avoir sem&#233; une fois on peut presque ne plus y penser &#187; [&lt;a href='#nb4-140' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 88.' id='nh4-140'&gt;140&lt;/a&gt;]. A cette &#233;tape du travail de M. Fukuoka, le verger peut devenir verger-jardin. Mais avant de montrer comment il &#171; jardine &#187;, laissons-lui faire le bilan de la reforestation et du semis de l&#233;gumineuse dans son verger :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; En cons&#233;quence de cette &#233;paisse couverture du sol en tr&#232;fle et en mauvaises herbes, la couche superficielle du sol d'argile rouge compacte, est devenue en vingt cinq ans meuble, noire et riche en mati&#232;re organique et en vers de terre. Avec l'engrais vert pour fertiliser le sol en surface et les racines de l'acacia Morishima pour l'am&#233;liorer en profondeur, vous pouvez tr&#232;s bien vous passer de fertilisant et il est inutile de cultiver entre les arbres du verger. Avec de grands arbres en brise-vent, des agrumes au centre et une couverture d'engrais vert dessous, j'ai trouv&#233; le moyen de ne pas m'en faire et de laisser le verger se d&#233;brouiller seul &#187; [&lt;a href='#nb4-141' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid., p. 88-89.' id='nh4-141'&gt;141&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pr&#233;cisons alors comment il g&#232;re ses l&#233;gumes dans les mauvaises herbes et les adventices. Si le tr&#232;fle vient &#224; se faire dominer par les adventices, Masanobu Fukuoka r&#233;agit diff&#233;remment des m&#233;thodes courantes. En agriculture conventionnelle, voire en agriculture biologique, on tente g&#233;n&#233;ralement de d&#233;sherber, par le travail du sol, les herbicides, ou le br&#251;lage [&lt;a href='#nb4-142' class='spip_note' rel='footnote' title='Les plus jeunes du mouvement d'Hans M&#252;ller, vers la fin des ann&#233;es 1960, (...)' id='nh4-142'&gt;142&lt;/a&gt;]. Le paysan le plus connu de Shikoku pr&#233;f&#232;re couper les mauvaises herbes jusqu'&#224; ce que ses semis et plantations prennent l'avantage sur elles : &#171; Apr&#232;s sept ou huit ans le tr&#232;fle disparut presque parmi les mauvaises herbes ; aussi, apr&#232;s les avoir recoup&#233;es jetai-je un peu plus de graines de tr&#232;fle &#224; la fin de l'&#233;t&#233; &#187;. Le semis des l&#233;gumes suit le m&#234;me proc&#233;d&#233;, &#224; base de fauche des adventices et d'utilisation de cette coupe en mulch protecteur des jeunes pousses ; M. Fukuoka s&#232;me entre les arbres, dans les endroits ouverts &#224; une bonne possibilit&#233; de photosynth&#232;se : &#171; Je fais pousser les l&#233;gumes d'une mani&#232;re &#171; semi-sauvage &#187;, utilisant un terrain vague, berge ou terre inculte non cl&#244;tur&#233;e. Jeter simplement les graines et laisser les l&#233;gumes pousser avec les mauvaises herbes telle est ma conception. Je vais venir mes l&#233;gumes sur le versant de la montagne dans les espaces libres entre les agrumes. Le point important est de conna&#238;tre le bon moment pour semer [&lt;a href='#nb4-143' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette question du moment propice aux semis d&#233;pend des conditions climatiques (...)' id='nh4-143'&gt;143&lt;/a&gt;]. [&#8230;] Il vaut mieux attendre une pluie qui a des chances de durer plusieurs jours. Coupez un andain dans le couvert de mauvaises herbes et r&#233;pandez les graines de l&#233;gumes. Il n'est pas n&#233;cessaire de les recouvrir de terre ; remettez simplement les mauvaises herbes que vous avez coup&#233;es sur les graines pour jouer le r&#244;le de mulch et les cacher aux oiseaux et aux poulets jusqu'&#224; ce qu'elles puissent germer. Habituellement les mauvaises herbes doivent &#234;tres recoup&#233;es deux ou trois fois pour donner une t&#234;te d'avance aux pousses de l&#233;gumes, mais parfois une seule coupe suffit &#187; [&lt;a href='#nb4-144' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, ibid, p. 91-92.' id='nh4-144'&gt;144&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut appr&#233;cier la logique agricole de Masanobu Fukuoka mais certains ne manqueront pas de pointer qu'il travaille essentiellement manuellement. Sa vision de l'agriculture, comme travail sacr&#233; et voie d'accomplissement spirituel de l'homme, n'est pas en phase avec l'agriculture envisag&#233; comme m&#233;tier au service de finalit&#233;s diverses de celui qui la pratique. Il n'utilise que des outils de jardinage simples et peut-&#234;tre une seule machine traditionnelle, pour le battage des gerbes de c&#233;r&#233;ales [&lt;a href='#nb4-145' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. la photo du &#171; traditionnel tambour &#224; p&#233;dale &#187;, dans La r&#233;volution d'un seul (...)' id='nh4-145'&gt;145&lt;/a&gt;]. Parall&#232;lement, il travaille sur la ferme familiale, une ferme &#224; &#233;chelle humaine, qu'il parvient &#224; suivre seul pour subvenir &#224; ses besoins : avec le temps il a appris &#224; conna&#238;tre sa ferme en d&#233;tail, il sait assez pr&#233;cis&#233;ment quand il doit intervenir pour obtenir l'efficacit&#233; optimale. Ce passage r&#233;sume ses r&#233;ticences &#224; une agriculture pratiqu&#233;e &#224; plus grande &#233;chelle, susceptible de d&#233;gager des exc&#233;dents commerciaux et de permettre des modes de vie d&#233;tach&#233;s de la pratique agricole, bien que toutes les civilisations en aient g&#233;n&#233;r&#233; : &#171; Lao Tseu, le sage tao&#239;ste, dit que l'on peut mener une vie saine et d&#233;cente dans un petit village. Bodhi-dharma, fondateur du Zen, passa neuf ans de sa vie dans une cave sans se donner de mouvement. Se tracasser pour faire de l'argent, pour s'agrandir, pour mettre en valeur, pour faire des r&#233;coltes de rapport et pour les exp&#233;dier n'est pas la voie de l'agriculteur. Etre ici, prendre soin d'un petit champ, en pleine possession de la libert&#233; et de la pl&#233;nitude de chaque jour &#8211; de chacun des jours &#8211; a d&#251; &#234;tre la voie originelle de l'agriculture &#187; [&lt;a href='#nb4-146' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, ibid, p. 137-138.' id='nh4-146'&gt;146&lt;/a&gt;]. Mais cette m&#233;thode est-elle malgr&#233; tout transposable &#224; plus grande &#233;chelle ? Peut-elle s'envisager dans le contexte d'une agriculture m&#233;canis&#233;e, voire industrialis&#233;e, o&#249; le travail est de moins en moins d&#233;termin&#233; par la connaissance d&#233;taill&#233;e du lieu et de plus en plus par des recettes techniques tendant &#224; faire abstraction des conditions p&#233;doclimatiques ? [&lt;a href='#nb4-147' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. la d&#233;finition de l'agronomie dans l'Encyclopaedia Universalis.' id='nh4-147'&gt;147&lt;/a&gt;] Au premier abord, la transposition de la m&#233;thode fukuokienne sur une grande &#233;chelle et dans le cadre d'une agriculture m&#233;canis&#233;e semble hors de son propos. N&#233;anmoins, Masanobu Fukuoka s'est engag&#233; dans la restauration de la fertilit&#233; un peu partout o&#249; il le pouvait. Au-del&#224; de sa tendance &#224; l'&#233;r&#233;mitisme, au-del&#224; de ses &#233;crits et conf&#233;rences, au-del&#224; de l'application localis&#233;e et collectivement organis&#233;e de sa m&#233;thode [&lt;a href='#nb4-148' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans plusieurs villages d'Inde, notamment.' id='nh4-148'&gt;148&lt;/a&gt;], il a soutenu de vastes projets de reconqu&#234;te des d&#233;serts. Ainsi, &#224; la charni&#232;re de l'agriculture et de la reconstitution de ses conditions possibilit&#233;s naturelles, l&#224; o&#249; elles ont le plus disparu, on peut dire que l'agriculteur-philosophe japonais applique ses m&#233;thodes &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Reverdir les d&#233;serts : l'application des principes fukuokiens &#224; grande &#233;chelle&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;D'abord, dans les faits, comme nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233;, des techniques plus ou moins proches, ou directement inspir&#233;es des principes de Masanobu Fukuoka, se r&#233;pandent dans l'agriculture occidentale, largement au-del&#224; du cercle des seuls agrobiologistes et des fermes de petite ou moyenne dimension : non labour, semis direct sur couvert v&#233;g&#233;tal, agroforesterie, taille douce en arboriculture&#8230; Ensuite, en s'en tenant &#224; la question de la fertilit&#233;, il faut creuser la r&#233;flexion du c&#244;t&#233; de ce que rappelle Masanobu Fukuoka quant au r&#244;le p&#233;dog&#233;n&#233;tique des arbres. Comme il le dit lui-m&#234;me dans le chapitre de &lt;em&gt;La r&#233;volution d'un seul brin de paille&lt;/em&gt; o&#249; il relate la restauration de la fertilit&#233; de son verger d'agrumes, &#171; Il n'y a pas de m&#233;thode plus avis&#233;e en agriculture que la voie d'une saine am&#233;lioration du sol &#187; [&lt;a href='#nb4-149' class='spip_note' rel='footnote' title='RBP, ibid, p. 86.' id='nh4-149'&gt;149&lt;/a&gt;]. Unanimement les fondateurs de l'agrobiologie ont mis la question de la restauration de la fertilit&#233; au premier plan d'une agriculture performante et durable sur tous les plans. Mais, seul parmi eux, Masanobu Fukuoka a autant insist&#233; pour mettre la proximit&#233; concr&#232;te avec les &#233;cosyst&#232;mes naturels au c&#339;ur de l'agriculture. Surtout, il a donn&#233;, selon nous, une incarnation plus logique au mod&#232;le forestier. Quand Howard pr&#233;conisait le compost pour imiter la for&#234;t, Rusch lui r&#233;pondait d&#233;j&#224; que la nature ne fait pas de tas. Quand Howard appelait &#224; &#233;tablir des rotations longues entre les for&#234;ts et les parcelles cultiv&#233;es pour que la nature refasse la fertilit&#233; d&#233;grad&#233;e par l'agriculture, on peut interpr&#233;ter cette solution comme une simple juxtaposition de l'agriculture et de la for&#234;t, non une articulation de l'une avec ou dans l'autre. C'est cette articulation que propose Masanobu Fukuoka. Nous en avons montr&#233; le principe dans ses rizi&#232;res et dans son verger. Nous avons vu qu'il &#233;tait devenu capable de relancer la fertilit&#233; de secteurs presque st&#233;riles. S'il est adversaire de l'agrandissement agricole, ce n'est pas seulement pour d&#233;fendre son inclination &#224; une simple agriculture de subsistance pour chacun. C'est aussi parce qu'il privil&#233;gie l'extension de la production agricole par unit&#233; de surface et non par conqu&#234;te de nouvelles parcelles. Il privil&#233;gie l'&#233;tagement et la verticalit&#233; dans l'organisation des productions agricoles, dans l'esprit des oasis. Ce point n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; la permaculture, le principal courant d'agrobiologie qu'il a contribu&#233; &#224; inspirer. Bill Mollison et David Holmgren, les fondateurs de la permaculture, &#233;voquent ici cette question &#224; propos du rendement :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La productivit&#233; de l'agriculture est habituellement &#233;valu&#233;e par le &lt;em&gt;rendement par unit&#233; de surface&lt;/em&gt;. Les rendements par unit&#233; de surface de n'importe quelle &lt;em&gt;esp&#232;ce &lt;/em&gt;particuli&#232;re doivent probablement &#234;tre plus bas dans un &#233;cosyst&#232;me de permaculture que dans une monoculture. N&#233;anmoins, &lt;em&gt;la somme des rendements&lt;/em&gt; d'un syst&#232;me de permaculture sera plus grande, simplement parce qu'un syst&#232;me de monoculture ne peut jamais utiliser toute l'&#233;nergie disponible et tous les &#233;l&#233;ments nutritifs existants. Par exemple, un syst&#232;me de plantation &#224; plusieurs &#233;tages utilise toute la lumi&#232;re disponible pour la photosynth&#232;se. Les diff&#233;rentes esp&#232;ces d'arbres, comme Kern le fait remarquer, ont des syst&#232;mes radiculaires de formes dissemblables, ponctionnent les r&#233;serves d'eau et d'aliments &#224; plusieurs niveaux &#187; [&lt;a href='#nb4-150' class='spip_note' rel='footnote' title='Mollison B. et Holmgren D., Permaculture 1, Debard, 1986 (1978), 180 p., p. (...)' id='nh4-150'&gt;150&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De plus, les syst&#232;mes d'agroforesterie adapt&#233;s &#224; l'agriculture m&#233;canis&#233;e moderne, qui se d&#233;veloppent aujourd'hui, prouvent que l'installation mesur&#233;e des arbres, dans des openfields pr&#233;alables, peut se traduire par une dynamique &#171; gagnant-gagnant &#187; : l'introduction r&#233;fl&#233;chie d'arbres peut apporter une contribution &#233;quilibrante &#224; l'&#233;cologie des champs sans nuire aux rendements des cultures de la parcelle, ainsi que rapporter un compl&#233;ment de revenu par la vente de bois de qualit&#233;. Mais l'on peut aussi introduire plusieurs sortes d'arbres sp&#233;cifiques, tels des fixateurs d'azote, comme le fait Masanobu Fukuoka, et comme l'agroforesterie traditionnelle le fait depuis longtemps [&lt;a href='#nb4-151' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Mazoyer M. et Roudart L., Histoire des agricultures du monde, op. cit., (...)' id='nh4-151'&gt;151&lt;/a&gt;]. Bien s&#251;r, on peut aussi introduire des fruitiers. Des essais, notamment au CIRAD [&lt;a href='#nb4-152' class='spip_note' rel='footnote' title='Centre de coop&#233;ration Internationale en Recherche Agronomique pour le (...)' id='nh4-152'&gt;152&lt;/a&gt;] de Montpellier, mais aussi la pratique &#233;prouv&#233;e de certains agriculteurs biologiques, ont ainsi d&#233;j&#224; montr&#233; que des combinaisons judicieuses d'arbres auxiliaires et de cultures arboricoles pouvaient aboutir au r&#233;sultat d'am&#233;liorer et les rendements fruitiers, et les rendements des cultures, des c&#233;r&#233;ales en l'occurrence [&lt;a href='#nb4-153' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur ces questions, voir notamment Liagre F., L'agroforesterie peut-elle (...)' id='nh4-153'&gt;153&lt;/a&gt;]. Mais revenons plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce paysan-chercheur japonais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoique p&#232;re assez solitaire de l'agriculture sauvage, M. Fukuoka a eu n&#233;anmoins envie de faire conna&#238;tre largement ses trouvailles, et il a inspir&#233; ainsi de nombreuses recherches et innovations. Il a &#233;crit des livres et des articles, r&#233;pondu &#224; des interviews, particip&#233; &#224; des &#233;missions de t&#233;l&#233;vision ou de radio [&lt;a href='#nb4-154' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., RBP, op. cit., p. 49.' id='nh4-154'&gt;154&lt;/a&gt;]. De nombreux chercheurs sont venus visiter ses champs ou faire des pr&#233;l&#232;vements, bien des stagiaires sont venus apprendre sa fa&#231;on de travailler et vivre un temps des produits de sa ferme. Ses livres sont traduits en plusieurs langues, en anglais, en indien, en allemand, en espagnol, en fran&#231;ais&#8230; Selon les &#233;ditions Guy Tr&#233;daniel, qui ont publi&#233; en fran&#231;ais les trois ouvrages de sa main disponibles aujourd'hui pour le public fran&#231;ais, Masanobu Fukuoka serait m&#234;me c&#233;l&#233;br&#233; par ses compatriotes comme le &#171; Lao Tseu des temps modernes &#187;. Le titre est impressionnant, des sondages aupr&#232;s de la population japonaise seraient int&#233;ressant pour mesurer la popularit&#233; r&#233;elle de cet homme [&lt;a href='#nb4-155' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour donner un peu plus de vraisemblance &#224; la th&#232;se de la popularit&#233; de M. (...)' id='nh4-155'&gt;155&lt;/a&gt;]. Quoi qu'il en soit, celle-ci est &#233;tablie &#224; un niveau certain, vu qu'il lui a &#233;t&#233; d&#233;cern&#233;, rappelons-le, un &#233;quivalent du Prix Nobel de la paix, en 1988 [&lt;a href='#nb4-156' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. supra, &#167; 141.' id='nh4-156'&gt;156&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cette large m&#233;diatisation n'a pas suffi &#224; M. Fukuoka. Depuis la fin des ann&#233;es 1970, il a voyag&#233; un peu partout pour faire conna&#238;tre ses id&#233;es : Etats-Unis, Europe, Afrique, Inde, Tha&#239;lande, Philippines&#8230; C'est une rencontre avec un responsable de la FAO qui l'a conduit sur la voie d'un projet qui fait r&#234;ver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fort de sa conscience du r&#244;le d&#233;cisif du manque, ou bien, r&#233;ciproquement, de la plantation d'arbres [&lt;a href='#nb4-157' class='spip_note' rel='footnote' title='Apr&#232;s la question de la nature, le th&#232;me de l'arbre forme comme une seconde (...)' id='nh4-157'&gt;157&lt;/a&gt;], il s'int&#233;resse, depuis 1979, &#224; la reconqu&#234;te des d&#233;serts. Sa technique est simple : m&#233;langer des graines sauvages et des semences domestiques, autant d'arbres que d'arbustes, de c&#233;r&#233;ales et de l&#233;gumes, et les enrober dans des supports naturels protecteurs. Les boulettes, faites par exemple avec de l'argile, prot&#232;gent les semences des rayons directs du soleil et des pr&#233;dateurs en attendant la pluie. Devant l'urgence qu'il voit dans la d&#233;sertification, M. Fukuoka n'h&#233;site plus &#224; recommander d'organiser des ensemencements de ce type avec de gros moyens modernes, tels les avions ou les h&#233;licopt&#232;res [&lt;a href='#nb4-158' class='spip_note' rel='footnote' title='Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, op. cit., p. 100.' id='nh4-158'&gt;158&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour l'instant, on peut rapporter l'initiative qui a eut lieu dans le nord de la Gr&#232;ce avec lui, en 1998. Au printemps 1998, avec son disciple Panaiotis Manikis [&lt;a href='#nb4-159' class='spip_note' rel='footnote' title='Cet ami de Masanobu Fukuoka l'avait accompagn&#233; lors de son premier voyage en (...)' id='nh4-159'&gt;159&lt;/a&gt;], une &lt;em&gt;Initiative de ceinture verte pour l'Europe m&#233;ridionale&lt;/em&gt; est lanc&#233;e par Masanobu Fukuoka. Le but de la &lt;em&gt;Green Belt southern Europe&lt;/em&gt; est de stopper la d&#233;sertification des r&#233;gions nord-m&#233;diterran&#233;ennes. Sous la direction de l'agronome japonais, dans la r&#233;gion du lac de Vegoritida, a ainsi eu lieu en Gr&#232;ce un premier ensemencement sur une large &#233;chelle (10.000 ha). Des volontaires de toute l'Europe, des &#233;tudiants, des agriculteurs, ont sem&#233; sept tonnes de graines enrob&#233;es dans des boulettes r&#233;alis&#233;es avec soixante tonnes d'alumine. L'op&#233;ration a, semble-t-il, connu un franc succ&#232;s, tant au niveau du gouvernement que de plusieurs scientifiques, journalistes, et aupr&#232;s de la population locale [&lt;a href='#nb4-160' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. ww.mir.org/greenbelt/english/index.htm [visite de 09/2006].' id='nh4-160'&gt;160&lt;/a&gt;]. Cette initiative n'a semble-t-il pas &#233;t&#233; renouvel&#233;e depuis, avec Masanobu Fukuoka. Mais rappelons qu'il aura 94 ans en 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, le succ&#232;s de cette d&#233;marche est promis &#224; un bel avenir, car cet engagement entre en r&#233;sonnance directe avec l'action engag&#233;e par l'association du professeur Wangari Maathai, la r&#233;cente Prix Nobel de la paix 2004 &#8211; et L&#233;gion d'honneur fran&#231;aise en 2006. Cr&#233;&#233; en 1976, son &lt;em&gt;Green Belt Movement&lt;/em&gt; a le m&#234;me objectif de revalorisation &#233;cologique et sociale : &lt;em&gt;favoriser le d&#233;veloppement en commen&#231;ant par faire reculer les d&#233;serts et restaurer la fertilit&#233; des terres en plantant des arbres&lt;/em&gt;. A ce jour, le &lt;em&gt;Green Belt Movement &lt;/em&gt;a aid&#233;, notamment des femmes k&#233;nyanes, &#224; planter plus de 30 millions d'arbres ! [&lt;a href='#nb4-161' class='spip_note' rel='footnote' title='Maathai W., Pour l'amour des arbres, Ed. l'Archipel, Paris, 2005, 164 p. ; (...)' id='nh4-161'&gt;161&lt;/a&gt;] Masanobu Fukuoka, parmi d'autres, a vis&#233; juste en mettant l'&#233;cosyst&#232;me sauvage et les arbres au c&#339;ur de la recherche de syst&#232;mes agricoles performants &#224; tous points de vue, &#233;cologiques et productifs : restauration durable de la fertilit&#233;, disponibilit&#233; hydrique, qualit&#233; alimentaire, productivit&#233; agricole et sylvicole, agr&#233;ment paysager, etc&#8230; Dans notre quatri&#232;me et derni&#232;re partie, nous approfondirons encore la piste agrosauvage de Masanobu Fukuoka et le mod&#232;le forestier des fondateurs de l'agrobiologie. Nous d&#233;couvrirons alors une nouvelle perspective d'agroforesterie contemporaine, ayant le double avantage de souligner les limites th&#233;oriques de la pens&#233;e des fondateurs et d'ouvrir &#224; une nouvelle &#233;tape de la pratique et de la r&#233;flexion sur la probl&#233;matique fertilit&#233; et fertilisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, auparavant, il nous faut tirer un bilan des diff&#233;rents syst&#232;mes d'agriculture biologique propos&#233;s par les fondateurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-1' id='nb4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Gregory Barton &#233;voque plusieurs auteurs comme l'agriculteur John Lorain (Nature and Reason Harmonized in the Practice of Husbandry, 1825) ou Georges Marsch (Men and nature : Or, Physical Geography as Modified by Human Action, 1864) mais il fait remonter cette id&#233;e &#224; la croyance antique en un &#226;ge d'or primitif o&#249; l'homme vivait dans les for&#234;ts et o&#249; la terre avait sa fertilit&#233; maximale. Il fait r&#233;f&#233;rence &#224; Columelle et &#224; Pline l'Ancien (Voir Barton G., Sir Albert Howard and the Forestry Roots of the Organic Farming Movement, in Agricultural History, 75, 2, 2001, p. 168-187, p. 174 (ed. Agricultural History Society et University of California Press).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-2' id='nb4-2' class='spip_note' title='Notes 4-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Cf. Mustin M., Le compost, Gestion de la mati&#232;re organique, Ed. Fran&#231;ois Dubusc, Paris, 1987, 954 p., p. 596.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-3' id='nb4-3' class='spip_note' title='Notes 4-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] J'entends ici &#171; justification scientifique &#187; au sens ordinaire, c'est-&#224;-dire au sens d'une d&#233;monstration th&#233;orico-exp&#233;rimentale formalis&#233;e, math&#233;matis&#233;e, et articulant de mani&#232;re aussi univoque que possible une ou plusieurs s&#233;rie de variables avec d'autres. C'est dans ce sens ordinaire que Howard pouvait dire que les lois agrochimiques de Liebig &#233;taient le r&#233;sultat d'un travail tout &#224; fait convaincant sur le plan scientifique de son &#233;poque. (cf. Testament agricole, p. 171-172).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-4' id='nb4-4' class='spip_note' title='Notes 4-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Sur les tentatives d'engrais biologiques &#224; partir d'inoculations de microorganismes, voir Jas, N., Microorganismes &#224; tout faire : les tentatives de red&#233;finitions du champ scientifique de la fertilisation par la microbiologie du sol en France vers 1886 &#8211;1930, Communication lors de la Journ&#233;e d'&#233;tude L'agriculture biologique, ferment du d&#233;veloppement &#233;cologique ? ; voir aussi Jas, N., Au carrefour de la chimie et de l'agriculture, op. cit., p. 331-334.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-5' id='nb4-5' class='spip_note' title='Notes 4-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Il consid&#233;rait que la gestion du fumier de ferme &#233;tait le point le plus faible de l'agriculture occidentale (cf. Testament agricole, p. 33).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-6' id='nb4-6' class='spip_note' title='Notes 4-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Howard n'a pas atteint son objectif de soutien politique et l&#233;gislatif d'envergure &#224; la fabrication d'humus. Pour Gregory Barton, il n'y aurait gu&#232;re que la politique nazie qui ait int&#233;gr&#233; quelques id&#233;es proches de celles d'Howard (cf. Barton G., Sir Albert Howard and the Forestry Roots of the Organic Farming Movement, op. cit., p. 186-187). Mais si l'on va par l&#224;, il serait plus juste d'attribuer &#224; l'agriculture anthroposophique l'influence la plus directe sur la politique agricole du III&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-7' id='nb4-7' class='spip_note' title='Notes 4-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Cf. TA, p. 204.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-8' id='nb4-8' class='spip_note' title='Notes 4-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Barton, G., Sir Albert Howard and the Forestry Roots of the Organic Farming Movement, ibid., p. 178.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-9' id='nb4-9' class='spip_note' title='Notes 4-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Pr&#233;sent&#233; dans ses bases aux pages 37-48 du Testament agricole. Le nom de compostage &#171; Indore &#187; vient du nom de l'Etat indien o&#249; le proc&#233;d&#233; a &#233;t&#233; mis au point : Howard a donn&#233; ce nom en reconnaissance pour l'aide mat&#233;rielle et financi&#232;re que cette institution lui a apport&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-10' id='nb4-10' class='spip_note' title='Notes 4-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Cf. Mustin M., Le compost, Ed. Dubusc, Paris, p. 596.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-11' id='nb4-11' class='spip_note' title='Notes 4-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Howard A., Testament agricole, p. 39-41.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-12' id='nb4-12' class='spip_note' title='Notes 4-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardening for health or disease, chapitre XIII et chapitre II.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-13' id='nb4-13' class='spip_note' title='Notes 4-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Waksman S.-A., Humus, Origin, chemical composition and importance in nature, 1938.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-14' id='nb4-14' class='spip_note' title='Notes 4-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Testament agricole, p. 50-51.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-15' id='nb4-15' class='spip_note' title='Notes 4-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Ibid., p. 42-43.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-16' id='nb4-16' class='spip_note' title='Notes 4-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] Ibid., p. 40.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-17' id='nb4-17' class='spip_note' title='Notes 4-17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] Ibid., p. 94-95.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-18' id='nb4-18' class='spip_note' title='Notes 4-18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] Sur les d&#233;tails des trous d'a&#233;ration de la m&#233;thode Indore, voir Testament agricole, p. 45.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-19' id='nb4-19' class='spip_note' title='Notes 4-19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] Ibid., p. 43.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-20' id='nb4-20' class='spip_note' title='Notes 4-20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] Ibid., p. 44.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-21' id='nb4-21' class='spip_note' title='Notes 4-21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] Ibid., p. 44&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-22' id='nb4-22' class='spip_note' title='Notes 4-22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] Ibid., p. 47-48.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-23' id='nb4-23' class='spip_note' title='Notes 4-23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] Cf. Testament Agricole, Planche XI, entre les pages 212 et 213.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-24' id='nb4-24' class='spip_note' title='Notes 4-24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] Ibid., p. 48-49. En cas de besoin de conservation, il faudrait couvrir l'humus et le retourner de temps en temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-25' id='nb4-25' class='spip_note' title='Notes 4-25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] Howard A., Farming and gardening for health or disease, chapitre XIII.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-26' id='nb4-26' class='spip_note' title='Notes 4-26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-27' id='nb4-27' class='spip_note' title='Notes 4-27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] Testament agricole, op. cit., p. 51.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-28' id='nb4-28' class='spip_note' title='Notes 4-28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] Ibid., p. 156.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-29' id='nb4-29' class='spip_note' title='Notes 4-29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] Ibid., p. 156-157.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-30' id='nb4-30' class='spip_note' title='Notes 4-30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] Ibid., p. 157. Howard en note l'existence pour le riz (cf. p. 80-81).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-31' id='nb4-31' class='spip_note' title='Notes 4-31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] Perry, D.A. et alii, Bootstrapping in ecosystems, in BioScience, 39, 4, 1989, p. 230-237, 1989. Nous utilisons ici le texte original et la traduction comment&#233;e de cet article par Gilles Lemieux (cf. Lemieux, G., L'intersuffisance des &#233;cosyst&#232;mes &#233;pig&#233; et hypog&#233;, Publication GCBR n&#176; 16, 1990, 39 p., p. 05).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-32' id='nb4-32' class='spip_note' title='Notes 4-32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] Lemieux, G., L'intersuffisance des &#233;cosyst&#232;mes &#233;pig&#233; et hypog&#233;, ibid., p. 06&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-33' id='nb4-33' class='spip_note' title='Notes 4-33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] Testament agricole, op. cit., p.157.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-34' id='nb4-34' class='spip_note' title='Notes 4-34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] Sur les endomycorhizes et les ectomycohrizes, voir par exemple Lemieux, G., L'intersuffisance des &#233;cosyt&#232;mes &#233;pig&#233; et hypog&#233;, p. 07.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-35' id='nb4-35' class='spip_note' title='Notes 4-35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] Testament agricole, op. cit., p. 158.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-36' id='nb4-36' class='spip_note' title='Notes 4-36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] Cf. infra &#167; 4.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-37' id='nb4-37' class='spip_note' title='Notes 4-37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] Testament agricole, p.67.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-38' id='nb4-38' class='spip_note' title='Notes 4-38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] Ibid., p.181.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-39' id='nb4-39' class='spip_note' title='Notes 4-39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;] &#171; Les pommiers &#233;taient litt&#233;ralement recouverts de la nielle am&#233;ricaine, de pucerons verts et de chenilles d&#233;truisant les fruits (mite du pommier). Le fruit &#233;tait de mauvaise qualit&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-40' id='nb4-40' class='spip_note' title='Notes 4-40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;] Testament agricole, ibid., p.157.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-41' id='nb4-41' class='spip_note' title='Notes 4-41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-42' id='nb4-42' class='spip_note' title='Notes 4-42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;] Ibid., p.158.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-43' id='nb4-43' class='spip_note' title='Notes 4-43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;] Cf. Testament agricole, p.107.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-44' id='nb4-44' class='spip_note' title='Notes 4-44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;] Ibid., p. 86.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-45' id='nb4-45' class='spip_note' title='Notes 4-45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;] Howard soulignait aussi que la combinaison engrais vert-humus permettait de diminuer les apports d'humus (cf. Testament agricole, p. 192).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-46' id='nb4-46' class='spip_note' title='Notes 4-46' rev='footnote'&gt;46&lt;/a&gt;] TA, p. 87.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-47' id='nb4-47' class='spip_note' title='Notes 4-47' rev='footnote'&gt;47&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-48' id='nb4-48' class='spip_note' title='Notes 4-48' rev='footnote'&gt;48&lt;/a&gt;] Ibid., p. 88.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-49' id='nb4-49' class='spip_note' title='Notes 4-49' rev='footnote'&gt;49&lt;/a&gt;] Ibid., p. 90.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-50' id='nb4-50' class='spip_note' title='Notes 4-50' rev='footnote'&gt;50&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-51' id='nb4-51' class='spip_note' title='Notes 4-51' rev='footnote'&gt;51&lt;/a&gt;] Ibid..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-52' id='nb4-52' class='spip_note' title='Notes 4-52' rev='footnote'&gt;52&lt;/a&gt;] Ibid., p. 91-92.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-53' id='nb4-53' class='spip_note' title='Notes 4-53' rev='footnote'&gt;53&lt;/a&gt;] Un chapitre intitul&#233; Evolution du proc&#233;d&#233; Indore.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-54' id='nb4-54' class='spip_note' title='Notes 4-54' rev='footnote'&gt;54&lt;/a&gt;] Lemieux G., Communication personnelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-55' id='nb4-55' class='spip_note' title='Notes 4-55' rev='footnote'&gt;55&lt;/a&gt;] Cf. Barnes S., L'invention des d&#233;chets urbains, Ed. Champs Vallon, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-56' id='nb4-56' class='spip_note' title='Notes 4-56' rev='footnote'&gt;56&lt;/a&gt;] Voir Vernadsky W., La biosph&#232;re, Seuil, 2002 (1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;re&lt;/sup&gt; &#233;dition russe en 1926), 284 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-57' id='nb4-57' class='spip_note' title='Notes 4-57' rev='footnote'&gt;57&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 91&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-58' id='nb4-58' class='spip_note' title='Notes 4-58' rev='footnote'&gt;58&lt;/a&gt;] Vernadsky affirmait en effet : &#171; De l'immutabilit&#233; des processus d'alt&#233;ration superficielle, d&#233;coule l'immutabilit&#233; du nombre des atomes englob&#233;s par la vie, c'est-&#224;-dire la presque invariabilit&#233; au cours des temps g&#233;ologiques de la masse globale de la mati&#232;re vivante &#187;. Il ajoutait qu'il n'existerait &#171; que des indices de faibles oscillations autour de la moyenne fixe &#187; (cf. Vernadsky W., La biosph&#232;re, op. cit., p. 72).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-59' id='nb4-59' class='spip_note' title='Notes 4-59' rev='footnote'&gt;59&lt;/a&gt;] Par la multiplication naturelle et la s&#233;lection humaine des semences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-60' id='nb4-60' class='spip_note' title='Notes 4-60' rev='footnote'&gt;60&lt;/a&gt;] Si la nature est bien f&#233;conde, c'est-&#224;-dire un processus de croissance de la vie, on pourrait peut-&#234;tre dire, en ayant conscience de l'anthropomorphisme de l'expression, qu'elle est &#171; progressiste &#187;&#8230; Masanobu Fukuoka, tout en r&#233;servant cette perspective &#224; ce qu'il appelle le point de vue &#171; relativiste &#187;, affirme que la nature est &#171; progr&#232;s et progression jamais nonchalante &#187; (in La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 251).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-61' id='nb4-61' class='spip_note' title='Notes 4-61' rev='footnote'&gt;61&lt;/a&gt;] L'autre souci important &#233;tant l'am&#233;lioration vari&#233;tale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-62' id='nb4-62' class='spip_note' title='Notes 4-62' rev='footnote'&gt;62&lt;/a&gt;] Meyer-Abich A., Naturphilosophie auf neuen Wegen, Piper-Verlag, 1956, cit&#233; in Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, op. cit. (Bibliographie).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-63' id='nb4-63' class='spip_note' title='Notes 4-63' rev='footnote'&gt;63&lt;/a&gt;] Cf. Vogt G., Entstehung und Entwicklung des &#246;kologischen Landbaus im deutschsprachigen Raum, op. cit., (chapitre 5).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-64' id='nb4-64' class='spip_note' title='Notes 4-64' rev='footnote'&gt;64&lt;/a&gt;] Le concept est apparu en 1966. Le Robert emploie l'expression &#171; mati&#232;re vivante &#187; dans sa d&#233;finition du mot &#171; biomasse &#187; : &#171; Masse de mati&#232;re vivante, animal ou v&#233;g&#233;tal, subsistant en &#233;quilibre sur une surface donn&#233;e du globe terrestre &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-65' id='nb4-65' class='spip_note' title='Notes 4-65' rev='footnote'&gt;65&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 70.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-66' id='nb4-66' class='spip_note' title='Notes 4-66' rev='footnote'&gt;66&lt;/a&gt;] Sur ce point, voir &#233;galement Pain, J., Landbau als Kulturkritik. &#8222;Boden&#171; als Kristallisationspunkt gesellschaftsreformerischer Bestrebungen alternativer Landbaubewegungen Deutschlands und der Schweiz, Communication donn&#233;e lors de la Journ&#233;e d'Etude L'agriculture biologique, ferment du d&#233;veloppement &#233;cologique ?, Universit&#233; de Technologie de Troyes, 23 06 2005 (Organisation : Association pour la Philosophie, l'HIstoire des Fondements, et l'Avenir de l'Agriculture Biologique (APHIFAAB) et Yvan Besson ; Actes &#224; para&#238;tre en 2007, cf. &lt;a href=&quot;http://monsite.orange.fr/aphifaab&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://monsite.orange.fr/aphifaab&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-67' id='nb4-67' class='spip_note' title='Notes 4-67' rev='footnote'&gt;67&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 70-71.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-68' id='nb4-68' class='spip_note' title='Notes 4-68' rev='footnote'&gt;68&lt;/a&gt;] Ibid., p. 79, 83, et plus g&#233;n&#233;ralement, p. 79-92, ainsi que tout le chapitre sur la substance vivante, la loi de son maintien, son cycle, p. 61-75. (Il faut aussi noter que la substance vivante serait un m&#233;tabolisme ou un ph&#233;nom&#232;ne originel &#171; au sens goeth&#233;en du terme &#187;&#8230; (p.79)).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-69' id='nb4-69' class='spip_note' title='Notes 4-69' rev='footnote'&gt;69&lt;/a&gt;] Cf. Vogt G., Entstehung und Entwicklung des &#246;kologischen Landbaus im deutschsprachigen Raum, chapitre 5, ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-70' id='nb4-70' class='spip_note' title='Notes 4-70' rev='footnote'&gt;70&lt;/a&gt;] Ibid., p. 214-215. Pour cet &#233;pisode de l'histoire de la biologie, Gunter Vogt fait r&#233;f&#233;rence &#224; Keller, 1990 ; Zallen, 1993 ; Rasmussen, 1995 ; Rheinberger, 1995.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-71' id='nb4-71' class='spip_note' title='Notes 4-71' rev='footnote'&gt;71&lt;/a&gt;] Vogt G., Entstehung und&#8230;, ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-72' id='nb4-72' class='spip_note' title='Notes 4-72' rev='footnote'&gt;72&lt;/a&gt;] Pain J., Landbau als Kulturkritik. &#8222;Boden&#171; als Kristallisationspunkt gesellschaftsreformerischer Bestrebungen alternativer Landbaubewegungen Deutschlands und der Schweiz, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-73' id='nb4-73' class='spip_note' title='Notes 4-73' rev='footnote'&gt;73&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-74' id='nb4-74' class='spip_note' title='Notes 4-74' rev='footnote'&gt;74&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 58. Je souligne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-75' id='nb4-75' class='spip_note' title='Notes 4-75' rev='footnote'&gt;75&lt;/a&gt;] Ibid., p.143-146.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-76' id='nb4-76' class='spip_note' title='Notes 4-76' rev='footnote'&gt;76&lt;/a&gt;] Ibid., p.143.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-77' id='nb4-77' class='spip_note' title='Notes 4-77' rev='footnote'&gt;77&lt;/a&gt;] Cf. La f&#233;condit&#233; du sol, p. 145.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-78' id='nb4-78' class='spip_note' title='Notes 4-78' rev='footnote'&gt;78&lt;/a&gt;] Ibid., p. 100.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-79' id='nb4-79' class='spip_note' title='Notes 4-79' rev='footnote'&gt;79&lt;/a&gt;] Cf. p. 146-147, o&#249; l'auteur explique un peu l'&#233;quivalence de sens des deux expressions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-80' id='nb4-80' class='spip_note' title='Notes 4-80' rev='footnote'&gt;80&lt;/a&gt;] Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, p. 148.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-81' id='nb4-81' class='spip_note' title='Notes 4-81' rev='footnote'&gt;81&lt;/a&gt;] Ibid., p. 149.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-82' id='nb4-82' class='spip_note' title='Notes 4-82' rev='footnote'&gt;82&lt;/a&gt;] Cf. La f&#233;condit&#233; du sol, p. 147.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-83' id='nb4-83' class='spip_note' title='Notes 4-83' rev='footnote'&gt;83&lt;/a&gt;] Les autres fondateurs n'allaient pas si loin dans la remise en cause de la perspective admise concernant la nutrition min&#233;rale. Cf. par exemple Howard, Testament agricole, p. 35 et 67.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-84' id='nb4-84' class='spip_note' title='Notes 4-84' rev='footnote'&gt;84&lt;/a&gt;] La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 79.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-85' id='nb4-85' class='spip_note' title='Notes 4-85' rev='footnote'&gt;85&lt;/a&gt;] Ibid., p. 143 et 145.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-86' id='nb4-86' class='spip_note' title='Notes 4-86' rev='footnote'&gt;86&lt;/a&gt;] Ibid., p. 145.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-87' id='nb4-87' class='spip_note' title='Notes 4-87' rev='footnote'&gt;87&lt;/a&gt;] Ibid., p. 147.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-88' id='nb4-88' class='spip_note' title='Notes 4-88' rev='footnote'&gt;88&lt;/a&gt;] Ibid., p. 148. Rusch ne donne pas de pr&#233;cision quant au test du d&#233;nomm&#233; K&#246;lher, lequel n'appara&#238;t pas dans la bibliographie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-89' id='nb4-89' class='spip_note' title='Notes 4-89' rev='footnote'&gt;89&lt;/a&gt;] Ibid., Rusch, H.-P., ibid., p. 172.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-90' id='nb4-90' class='spip_note' title='Notes 4-90' rev='footnote'&gt;90&lt;/a&gt;] Ibid., p. 172&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-91' id='nb4-91' class='spip_note' title='Notes 4-91' rev='footnote'&gt;91&lt;/a&gt;] Ibid., p. 175&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-92' id='nb4-92' class='spip_note' title='Notes 4-92' rev='footnote'&gt;92&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-93' id='nb4-93' class='spip_note' title='Notes 4-93' rev='footnote'&gt;93&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-94' id='nb4-94' class='spip_note' title='Notes 4-94' rev='footnote'&gt;94&lt;/a&gt;] Ibid., p. 176.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-95' id='nb4-95' class='spip_note' title='Notes 4-95' rev='footnote'&gt;95&lt;/a&gt;] Voir ses tableaux de chiffres classant la fertilit&#233; de plusieurs &#171; substrats &#187; et engrais en fonction de plusieurs techniques de comptages cellulaires, &#224; la page 177.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-96' id='nb4-96' class='spip_note' title='Notes 4-96' rev='footnote'&gt;96&lt;/a&gt;] Ibid., p. 150-151.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-97' id='nb4-97' class='spip_note' title='Notes 4-97' rev='footnote'&gt;97&lt;/a&gt;] Ibid., p. 151-152.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-98' id='nb4-98' class='spip_note' title='Notes 4-98' rev='footnote'&gt;98&lt;/a&gt;] Ibid., p. 152-153.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-99' id='nb4-99' class='spip_note' title='Notes 4-99' rev='footnote'&gt;99&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-100' id='nb4-100' class='spip_note' title='Notes 4-100' rev='footnote'&gt;100&lt;/a&gt;] Ibid., p. 206.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-101' id='nb4-101' class='spip_note' title='Notes 4-101' rev='footnote'&gt;101&lt;/a&gt;] Cf. par exemple Rusch H.-P., La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 84 et 309.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-102' id='nb4-102' class='spip_note' title='Notes 4-102' rev='footnote'&gt;102&lt;/a&gt;] Il s'agissait d'un sol tr&#232;s l&#233;ger, &#171; extr&#234;mement perm&#233;able, sous-sol absorbant, teneur en sable tr&#232;s &#233;lev&#233;, v&#233;g&#233;tation arbustive pauvre et rabougrie, utilis&#233; pour la production d'asperges ; nappe phr&#233;atique &#224; 18 m&#232;tres de profondeurs. Au d&#233;but de l'exp&#233;rience, le sol, partiellement &#224; nu, ne portait que de rares mauvaises herbes, et donnait des nombres de cellules extr&#234;mement faibles (6-15 !) &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-103' id='nb4-103' class='spip_note' title='Notes 4-103' rev='footnote'&gt;103&lt;/a&gt;] La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 213.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-104' id='nb4-104' class='spip_note' title='Notes 4-104' rev='footnote'&gt;104&lt;/a&gt;] Ibid., p. 214.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-105' id='nb4-105' class='spip_note' title='Notes 4-105' rev='footnote'&gt;105&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-106' id='nb4-106' class='spip_note' title='Notes 4-106' rev='footnote'&gt;106&lt;/a&gt;] Ibid., p. 215.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-107' id='nb4-107' class='spip_note' title='Notes 4-107' rev='footnote'&gt;107&lt;/a&gt;] Une rupture affirm&#233;e &#224; la page 286.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-108' id='nb4-108' class='spip_note' title='Notes 4-108' rev='footnote'&gt;108&lt;/a&gt;] La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 214.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-109' id='nb4-109' class='spip_note' title='Notes 4-109' rev='footnote'&gt;109&lt;/a&gt;] Ibid., p. 149.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-110' id='nb4-110' class='spip_note' title='Notes 4-110' rev='footnote'&gt;110&lt;/a&gt;] Ibid., p. 182.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-111' id='nb4-111' class='spip_note' title='Notes 4-111' rev='footnote'&gt;111&lt;/a&gt;] Ibid., p. 150.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-112' id='nb4-112' class='spip_note' title='Notes 4-112' rev='footnote'&gt;112&lt;/a&gt;] Ibid., p. 182-183.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-113' id='nb4-113' class='spip_note' title='Notes 4-113' rev='footnote'&gt;113&lt;/a&gt;] On trouve le r&#233;sum&#233; des positions de Rusch sur le travail du sol et la critique du labour aux pages 280-283.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-114' id='nb4-114' class='spip_note' title='Notes 4-114' rev='footnote'&gt;114&lt;/a&gt;] La f&#233;condit&#233; du sol, ibid., p. 183.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-115' id='nb4-115' class='spip_note' title='Notes 4-115' rev='footnote'&gt;115&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-116' id='nb4-116' class='spip_note' title='Notes 4-116' rev='footnote'&gt;116&lt;/a&gt;] Fukuoka M., La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 44.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-117' id='nb4-117' class='spip_note' title='Notes 4-117' rev='footnote'&gt;117&lt;/a&gt;] Ibid.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-118' id='nb4-118' class='spip_note' title='Notes 4-118' rev='footnote'&gt;118&lt;/a&gt;] Ibid., p. 42.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-119' id='nb4-119' class='spip_note' title='Notes 4-119' rev='footnote'&gt;119&lt;/a&gt;] Il dit que son p&#232;re fut &#171; atterr&#233; &#187; par sa d&#233;marche et que les &#171; autres membres de la communaut&#233; &#187; villageoise le consid&#233;raient comme un excentrique (cf. RBP, ibid., p. 42).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-120' id='nb4-120' class='spip_note' title='Notes 4-120' rev='footnote'&gt;120&lt;/a&gt;] RBP, ibid., p. 45.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-121' id='nb4-121' class='spip_note' title='Notes 4-121' rev='footnote'&gt;121&lt;/a&gt;] Il s'agit toujours d'un principe guide de l'agriculture biologique, comme en t&#233;moigne un document r&#233;cent de l'IRAB/FIBL (cf. w.fibl.org/fran&#231;ais/publications/manuel/pdf [visite de 10/2006]).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-122' id='nb4-122' class='spip_note' title='Notes 4-122' rev='footnote'&gt;122&lt;/a&gt;] RBP, ibid., p. 46.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-123' id='nb4-123' class='spip_note' title='Notes 4-123' rev='footnote'&gt;123&lt;/a&gt;] Ibid., p. 45.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-124' id='nb4-124' class='spip_note' title='Notes 4-124' rev='footnote'&gt;124&lt;/a&gt;] Ibid., p. 190.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-125' id='nb4-125' class='spip_note' title='Notes 4-125' rev='footnote'&gt;125&lt;/a&gt;] Ibid., p. 48-50.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-126' id='nb4-126' class='spip_note' title='Notes 4-126' rev='footnote'&gt;126&lt;/a&gt;] Fukuoka M., L'agriculture naturelle, p. 307.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-127' id='nb4-127' class='spip_note' title='Notes 4-127' rev='footnote'&gt;127&lt;/a&gt;] Korn, L., Introduction, in La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 18.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-128' id='nb4-128' class='spip_note' title='Notes 4-128' rev='footnote'&gt;128&lt;/a&gt;] Vogt G. Entstehung und Entwiclung des &#246;kologischen Lanbaus, p. 290-292.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-129' id='nb4-129' class='spip_note' title='Notes 4-129' rev='footnote'&gt;129&lt;/a&gt;] Et elle semble importante pour comprendre le sens pr&#233;cis que la nature a chez les japonais, comme en t&#233;moigne le titre du livre consacr&#233; par Augustin Berque &#224; ce sujet (cf. Berque A., Le sauvage et l'artifice, Les japonais devant la nature, Gallimard, NRF).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-130' id='nb4-130' class='spip_note' title='Notes 4-130' rev='footnote'&gt;130&lt;/a&gt;] Cf. Mennessier M., L'Am&#233;rique abandonne la charrue, in Le Figaro, 19 novembre 2005. La culture en semis direct repr&#233;sente maintenant 15 % des surfaces arables am&#233;ricaines, avec de grands b&#233;n&#233;fices pour l'environnement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-131' id='nb4-131' class='spip_note' title='Notes 4-131' rev='footnote'&gt;131&lt;/a&gt;] La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 49. Dans cette m&#234;me page, l'auteur revient sur le succ&#232;s m&#233;diatique que son travail a eut au tournant des ann&#233;es 1970 et 1980 : &#224; cette &#233;poque, &#171; Journalistes, professeurs, chercheurs techniques viennent en foule visiter mes champs et les cabanes de la montagne &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-132' id='nb4-132' class='spip_note' title='Notes 4-132' rev='footnote'&gt;132&lt;/a&gt;] On peut trouver surprenant que Masanobu Fukuoka utilise cette expression, &#224; moins qu'il ne s'agisse d'un probl&#232;me de traduction. Les agrobiologistes ont tendance &#224; pr&#233;f&#233;rer le terme de &#171; ferme &#187;, plut&#244;t que le terme &#171; exploitation &#187;, pour d&#233;signer leurs entreprises, contre l'oubli de la dimension de &#171; culture &#187; des terres qui doit pr&#233;c&#233;der et accompagner le travail de r&#233;colte. (Cf. Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 249-256).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-133' id='nb4-133' class='spip_note' title='Notes 4-133' rev='footnote'&gt;133&lt;/a&gt;] La r&#233;volution d'un seul brin de paille, op. cit., p. 98-100. Larry Korn ajoute : &#171; M. Fukuoka insiste sur le fait que le meilleur contr&#244;le des maladies et des insectes est de cultiver des r&#233;coltes dans un environnement sain &#187; (Korn L., Introduction, in La r&#233;volution d'un seul brin de paille, ibid., p. 21).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-134' id='nb4-134' class='spip_note' title='Notes 4-134' rev='footnote'&gt;134&lt;/a&gt;] Piriou S., L'institutionnalisation de l'agriculture biologique, 1980-2000, Th&#232;se de doctorat de l'ENSAR, 2002, op. cit., p. 126.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-135' id='nb4-135' class='spip_note' title='Notes 4-135' rev='footnote'&gt;135&lt;/a&gt;] Ce que confirme Larry Korn : &#171; M. Fukuoka r&#233;colte entre cinquante et soixante quintaux de riz &#224; l'hectare. Ce rendement est approximativement le m&#234;me que celui produit tant par la m&#233;thode chimique que traditionnelle dans sa r&#233;gion. Son rendement en c&#233;r&#233;ales d'hiver est souvent sup&#233;rieur &#224; celui de l'agriculteur traditionnel ou chimique, qui tous deux utilisent la m&#233;thode culturale du sillon &#187; (cf. Korn, L., Introduction, in RBP, p. 20).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-136' id='nb4-136' class='spip_note' title='Notes 4-136' rev='footnote'&gt;136&lt;/a&gt;] On retrouve une m&#233;thode assez semblable (avec des sillons) pr&#244;n&#233;e par Howard, avec succ&#232;s, dans l'agriculture manuelle de la canne &#224; sucre (cf. Howard A., Testament agricole, p. 187-203, plus particuli&#232;rement p. 191-192).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-137' id='nb4-137' class='spip_note' title='Notes 4-137' rev='footnote'&gt;137&lt;/a&gt;] La r&#233;volution d'un seul brin de paille, op. cit., p. 86-87.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-138' id='nb4-138' class='spip_note' title='Notes 4-138' rev='footnote'&gt;138&lt;/a&gt;] Ibid., p. 87-88.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-139' id='nb4-139' class='spip_note' title='Notes 4-139' rev='footnote'&gt;139&lt;/a&gt;] Les agriculteurs biologiques r&#233;sument cette d&#233;marche en invitant &#224; prot&#233;ger la faune et la flore auxiliaire des champs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-140' id='nb4-140' class='spip_note' title='Notes 4-140' rev='footnote'&gt;140&lt;/a&gt;] Ibid., p. 88.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-141' id='nb4-141' class='spip_note' title='Notes 4-141' rev='footnote'&gt;141&lt;/a&gt;] Ibid., p. 88-89.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-142' id='nb4-142' class='spip_note' title='Notes 4-142' rev='footnote'&gt;142&lt;/a&gt;] Les plus jeunes du mouvement d'Hans M&#252;ller, vers la fin des ann&#233;es 1960, introduisirent le d&#233;sherbage thermique dans l'agriculture biologique, contre l'opinion du fondateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-143' id='nb4-143' class='spip_note' title='Notes 4-143' rev='footnote'&gt;143&lt;/a&gt;] Cette question du moment propice aux semis d&#233;pend des conditions climatiques et botaniques locales. Dans la r&#233;gion o&#249; habite M. Fukuoka, il y a &#171; des pluies de printemps d'une r&#233;gularit&#233; absolue et un climat assez doux pour faire pousser des l&#233;gumes en toute saison. Avec le temps, il est arriv&#233; &#224; savoir quels l&#233;gumes cultiver parmi quelles mauvaises herbes, et quelle sorte de soins chacun r&#233;clame &#187;. Pour la plupart des r&#233;gions d'Am&#233;rique du nord, Larry Korn consid&#232;re que la m&#233;thode de M. Fukuoka pour les l&#233;gumes n'est pas reproductible comme telle : &#171; C'est &#224; chaque agriculteur qui voudrait cultiver des l&#233;gumes de mani&#232;re semi-sauvage de d&#233;velopper une technique appropri&#233;e &#224; la terre et &#224; la v&#233;g&#233;tation naturelle &#187; (cf. Korn L., Commentaire de bas de page, in La r&#233;volution d'un seul brin de paille, ibid., p. 91). Notons n&#233;anmoins que le moment propice d&#233;couvert par M. Fukuoka correspond aux fins des cycles des adventices : &#171; Pour les l&#233;gumes de printemps le bon moment est quand les mauvaises herbes d'hiver commencent &#224; mourir et juste avant que les mauvaises herbes de printemps aient germ&#233;. Pour les semailles d'automne, les graines doivent &#234;tre jet&#233;es quand les herbes d'&#233;t&#233; se fanent et que les mauvaises herbes d'hiver n'ont pas encore fait leur apparition &#187; (cf. RBP, ibid, p. 91).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-144' id='nb4-144' class='spip_note' title='Notes 4-144' rev='footnote'&gt;144&lt;/a&gt;] RBP, ibid, p. 91-92.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-145' id='nb4-145' class='spip_note' title='Notes 4-145' rev='footnote'&gt;145&lt;/a&gt;] Cf. la photo du &#171; traditionnel tambour &#224; p&#233;dale &#187;, dans La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 75.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-146' id='nb4-146' class='spip_note' title='Notes 4-146' rev='footnote'&gt;146&lt;/a&gt;] RBP, ibid, p. 137-138.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-147' id='nb4-147' class='spip_note' title='Notes 4-147' rev='footnote'&gt;147&lt;/a&gt;] Cf. la d&#233;finition de l'agronomie dans l'Encyclopaedia Universalis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-148' id='nb4-148' class='spip_note' title='Notes 4-148' rev='footnote'&gt;148&lt;/a&gt;] Dans plusieurs villages d'Inde, notamment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-149' id='nb4-149' class='spip_note' title='Notes 4-149' rev='footnote'&gt;149&lt;/a&gt;] RBP, ibid, p. 86.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-150' id='nb4-150' class='spip_note' title='Notes 4-150' rev='footnote'&gt;150&lt;/a&gt;] Mollison B. et Holmgren D., Permaculture 1, Debard, 1986 (1978), 180 p., p. 22.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-151' id='nb4-151' class='spip_note' title='Notes 4-151' rev='footnote'&gt;151&lt;/a&gt;] Cf. Mazoyer M. et Roudart L., Histoire des agricultures du monde, op. cit., p. 56.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-152' id='nb4-152' class='spip_note' title='Notes 4-152' rev='footnote'&gt;152&lt;/a&gt;] Centre de coop&#233;ration Internationale en Recherche Agronomique pour le D&#233;veloppement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-153' id='nb4-153' class='spip_note' title='Notes 4-153' rev='footnote'&gt;153&lt;/a&gt;] Sur ces questions, voir notamment Liagre F., L'agroforesterie peut-elle int&#233;resser les agriculteurs biologiques ?, Communication &#224; la journ&#233;e d'&#233;tude L'agriculture biologique, ferment du d&#233;veloppement &#233;cologique ?, Universit&#233; de Technologie de Troyes, 2005 (Organisation : APHIFAAB et Yvan Besson).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-154' id='nb4-154' class='spip_note' title='Notes 4-154' rev='footnote'&gt;154&lt;/a&gt;] Fukuoka M., RBP, op. cit., p. 49.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-155' id='nb4-155' class='spip_note' title='Notes 4-155' rev='footnote'&gt;155&lt;/a&gt;] Pour donner un peu plus de vraisemblance &#224; la th&#232;se de la popularit&#233; de M. Fukuoka, rappelons qu'il habite et travaille sur l'&#238;le de Shikoku, consid&#233;r&#233;e comme le sanctuaire spirituel du pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-156' id='nb4-156' class='spip_note' title='Notes 4-156' rev='footnote'&gt;156&lt;/a&gt;] Cf. supra, &#167; 141.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-157' id='nb4-157' class='spip_note' title='Notes 4-157' rev='footnote'&gt;157&lt;/a&gt;] Apr&#232;s la question de la nature, le th&#232;me de l'arbre forme comme une seconde toile de fond de l'&#339;uvre fukuokienne. Il est de plus en plus th&#233;matis&#233; dans ses ouvrages successifs. Cf. notamment La r&#233;volution d'un seul brin de paille, p. 37, 83-89 ; L'agriculture naturelle, p. 10-11, 128-129, 160-163, 221 ; La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 41-42, 44-47, 80-81, 99-100, 129, 178-184.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-158' id='nb4-158' class='spip_note' title='Notes 4-158' rev='footnote'&gt;158&lt;/a&gt;] Fukuoka M., La Voie du Retour &#224; la Nature, op. cit., p. 100.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-159' id='nb4-159' class='spip_note' title='Notes 4-159' rev='footnote'&gt;159&lt;/a&gt;] Cet ami de Masanobu Fukuoka l'avait accompagn&#233; lors de son premier voyage en Europe, en 1983 (cf. Fukuoka, M., La Voie du Retour &#224; la Nature, p. 77).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-160' id='nb4-160' class='spip_note' title='Notes 4-160' rev='footnote'&gt;160&lt;/a&gt;] Cf. ww.mir.org/greenbelt/english/index.htm [visite de 09/2006].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-161' id='nb4-161' class='spip_note' title='Notes 4-161' rev='footnote'&gt;161&lt;/a&gt;] Maathai W., Pour l'amour des arbres, Ed. l'Archipel, Paris, 2005, 164 p. ; Maathai W., Un prix Nobel de la paix pour la plan&#232;te, in l'Ecologiste, 2004, vol. 5, n&#176; 03, p. 06-07.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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